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28/06/2009

n° 24 - Les dossiers du Pakistan - 26-06 – Suite - : Des « conseillers » américains au Pakistan.

n° 24 - Les dossiers du Pakistan - 26-06 – Suite  - : Des « conseillers » américains au Pakistan.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de PAKISTAN.  

                                                                               n° 24- 26-06

                                                             C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

2 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

2-1 Continuité entre la politique Obama et celle de son prédécesseur Bush.

2-2 Paul Craig Roberts : Obama est en train de se transformer en un Dick Cheney.

2-3 Patrick Martin : Obama au Caire : le nouveau visage de l’impérialisme U.S.

2-4 Thierry Meyssan : Obama et les arrière-pensées de la main tendue aux musulmans.

2-5 Ahmed Rashid: "Les Etats-Unis ont fait beaucoup d'erreurs".

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse de l’auteur mais doit être vu comme information.

2-1 Continuité entre la politique Obama et celle de son prédécesseur Bush.

La presse américaine souligne la continuité entre cette politique et celle de son prédécesseur Bush.

Karen DeYoung écrit un article dans le Washington Post (28 mars), « Obama Outlines Afghan Strategy. He Pushes Stability and Regional Partnerships » :

« Le président Obama a présenté sa nouvelle stratégie pour l’Afghanistan et le Pakistan avec l’évocation de menaces qui rappellent celle formulée par l’administration Bush. “Les terroristes qui ont planifié et organisé les attaques du 11-Septembre”, a-t-il dit, continuent à comploter pour “tuer autant de nos concitoyens que possible”. » (...)

« Mais Obama tente de séparer cette approche du problème de celle des années précédentes, marquées par l’absence de continuité et des échecs politiques alors que le président George W. Bush orientait son attention et les ressources américaines vers l’Irak. Obama s’est engagé à se mobiliser sur le Pakistan et à construire un meilleur “partenariat” avec son gouvernement et ses militaires. » (...)

« Obama a affirmé que ce qui se passait au Pakistan était “indissociablement lié” au succès en Afghanistan.

Le Pakistan, a-t-il dit, “a besoin de notre aide pour poursuivre Al-Qaida”, dont la direction, avec d’autres groupes insurgés, est installée dans les montagnes accidentées à la frontière de l’Afghanistan. “La capacité du gouvernement pakistanais de détruire ces bases sûres est liée à sa propre force et sécurité”, a poursuivi Obama.

Il s’est engagé pour une aide de 7,5 milliards de dollars, pour de nouveaux équipements militaires et une constance dans cette politique et ces efforts. »

« “Mais, a-t-il poursuivi, après des années de résultats incertains, nous n’accorderons pas un chèque en blanc. Le Pakistan doit faire la preuve de sa détermination à éradiquer Al-Qaida et les extrémistes violents qui sont le long de sa frontière. Et nous insisterons pour que des actions soient prises, d’une manière ou d’une autre, quand nous aurons des informations concernant des objectifs terroristes de haut niveau.” »

« Bien que l’administration ait intensifié les attaques de missiles d’avions sans pilote Predator contre des objectifs de l’autre côté de la frontière, il ne semble pas qu’elle ait repris les attaques terrestres par les Forces spéciales et la CIA que l’administration Bush avait autorisées l’été dernier. »

Au même moment, la presse américaine relayait des informations comme quoi des responsables des services secrets pakistanais aidaient les talibans dans leurs opérations contre l’Afghanistan (« Afghan intel chief : Pakistan spies support Taliban », International Herald Tribune, 26 mars.)

Cet effort américain supplémentaire se traduira sur le terrain : à l’issue des nouveaux déploiements, les troupes américaines représenteront deux tiers des effectifs étrangers déployés (contre seulement un tiers pour l’OTAN).

Il est peu probable pourtant que cette nouvelle ligne permette la réussite de cette « mission impénétrable » (voir « Afghanistan-Pakistan, “mission impénétrable” ») que dénonçait William Pfaff.

Nancy A. Youssef et Margaret Talev, du Miami Herald(28 mars), trouvent que le dossier pakistanais a été mal traité par le président (« Obama’s Afghan Plan Does Little To Fix Pakistan ») :

« Obama a formulé un plan bien moins ambitieux pour le Pakistan, bien que ses principaux conseillers militaires et du renseignement pensent que ce pays est au centre du problème. Dans son discours, le président a qualifié la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan de “région la plus dangereuse du monde” pour la sécurité des Etats-Unis. »

(...)

« Des responsables américains officiels affirment que des officiers des services de renseignement maintiennent des liens étroits avec les talibans afghans et pakistanais. Il semble que l’un des éléments de la stratégie d’Obama en direction de l’Afghanistan est de convaincre son armée que les Etats-Unis ne partiront pas de la région comme ils l’ont fait dans les années 1990, mais resteront jusqu’à ce que l’Afghanistan devienne un pays sûr. Un des éléments essentiels dans la recherche par Obama de la stabilité est, selon ce qu’a affirmé un officier du renseignement américain vendredi, “de convaincre les Pakistanais qu’il n’y a aucune bonne raison pour laquelle ils devraient investir dans (s’allier avec) les talibans”. »

L’éditorial du quotidien Le Monde, (28 mars) est consacré à « Obama l’Afghan ».

« Si rupture il y a dans l’approche américaine, c’est surtout dans une évaluation plus réaliste des réalités régionales : les racines du conflit afghan se situent largement au Pakistan, où les chefs d’Al-Qaida et de la mouvance talibane ont établi des sanctuaires. Or l’impunité dont ils jouissent n’existerait pas sans la complicité des services secrets d’Islamabad. La bonne solution est-elle de tripler l’aide au Pakistan, comme l’a annoncé M. Obama, et une telle approche est-elle conciliable avec un accroissement des frappes militaires contre des cibles situées au Pakistan ? »

« Le président américain a récemment reconnu que la situation sécuritaire connaissait une dérive en Afghanistan, tout en soulignant qu’il fallait songer à une stratégie de sortie. “Obama l’Afghan” est en train de mesurer à son tour que la tâche consistant à pacifier un pays qui a tenu en échec plus de 100 000 soldats soviétiques ne sera pas aisée. »

Alain Gresh

29 mars 2009,

http://blog.mondediplo.net/2009-03-29-Obama-et-l-Afghanistan-Pakistan


2-2 Paul Craig Roberts : Obama est en train de se transformer en un Dick Cheney.

Extrait

Au cours de sa visite au Moyen-Orient et avant tout avec son discours à l’Université du Caire, le président Obama a tenté de gagner à sa politique un large public arabe et islamique . De nombreux médias du monde entier l’ont soutenu unanimement, comme s’ils s’étaient concertés. Ceux qui se sont montrés sceptiques et ont demandé que les actes succèdent aux paroles n’ont généralement pas été pris au sérieux. Or ces demandes sont tout à fait justifiées : non seulement l’expérience que l’on a de la politique étrangère américaine au cours des dernières décennies mais également celle des déclarations d’Obama et de ce qu’il a fait jusqu’ici.

C’est ce qu’explique Paul Craig Roberts, ex-sous-secrétaire au Trésor des États-Unis.
Les États-Unis et leur président ont perdu leur âme. Un pays désespéré a élu un président qui promettait le changement. Des États-uniens étaient venus de tout le pays assister à Washington, par un froid glacial, à la cérémonie de prestation de serment. Aucun autre président n’avait attiré une telle foule. La bonne disposition du peuple à son égard et ses attentes suffisait pour qu’il mette fin aux guerres gratuites et fasse passer des réformes importantes, mais il a trahi le peuple pour favoriser d’autres intérêts. Il se fie à son attitude et à sa rhétorique modérée pour convaincre les gens que le changement est en route.

 Or le changement que nous observons est en lui et non dans sa politique. Il est en train de se transformer en un Dick Cheney. Il est en fonctions depuis à peine quatre mois et l’on pourrait déjà écrire un livre entier sur les promesses qu’il n’a pas tenues.

 Il avait déclaré qu’il allait fermer Guantanamo, la prison où l’on torturait, et abolir les cours illégales connues sous le nom de tribunaux militaires. Mais maintenant, il dit qu’il va réformer ces tribunaux et poursuivre les procédures, mais sans aveux obtenus sous la torture. Appuyant son adhésion à la politique de Bush/Cheney, les démocrates de la Chambre des représentants lui ont refusé le budget nécessaire à la fermeture de Guantanamo.

 On continuera d’enlever des personnes (en général sur la foi de fausses informations fournies par leurs adversaires) et de les interner dans des prisons du tiers-monde pour les y interroger. Une nouvelle fois, Obama a remplacé par une « réforme » sa promesse d’abolir une pratique illégale. Selon lui, la pratique des détentions secrètes (renditions) a été réformée et n’impliquera plus la torture. Comment le savoir ?

Obama va-t-il confier à un agent du gouvernement la mission de surveiller les traitements réservés par des brutes du tiers-monde aux personnes enlevées ?

Étant donné la propension de la police états-unienne à brutaliser les citoyens états-uniens, rien ne peut garantir que les victimes ne seront pas torturées.

 Obama a défendu le programme d’écoutes téléphoniques sans mandat de l’Agence de sécurité nationale (NSA) instauré par l’administration Bush/Cheney et confirmé l’argumentation juridique selon laquelle l’« immunité de juridiction » protège les fonctionnaires gouvernementaux de toutes poursuites pénales et civiles lorsqu’ils violent les lois états-uniennes et les droits constitutionnels des citoyens. Le ministère de la Justice d’Obama a pris la défense de Donald Rumsfeld dans un procès intenté par des détenus dont Rumsfeld avait violé les droits.

 Par une « déclaration signée » [1], Obama a renoncé ce mois-ci à protéger les whistleblowers, ceux qui révèlent au Congrès les actions illégales de l’exécutif.

Obama revendique des pouvoirs encore plus étendus que Bush pour l’exécutif.

À ce sujet, Bruce Fein écrit : « En principe, le président Obama soutient que les victimes des agissements anticonstitutionnels du gouvernement américain ne pourront pas porter plainte, cela afin d’empêcher les Américains et le monde entier de tirer les leçons des actes illégaux perpétrés au nom de la sécurité nationale et d’exiger des responsables qu’ils répondent de leurs actes politiquement et juridiquement. »

En d’autres termes, Obama s’est engagé à couvrir les crimes du régime Bush et à assurer que son propre régime pourra continuer à agir de manière illégale et anticonstitutionnelle.

 Obama s’oppose à la publication de la dernière série d’épouvantables photos de tortures qui viennent d’être découvertes. Il prétend que cette publication va susciter la colère des insurgés et les amener à tuer des GI’s. Bien sûr que c’est insensé.

Ceux qui résistent à l’occupation de leur pays par les troupes états-uniennes et les mercenaires de l’OTAN ont déjà pour vocation de tuer nos soldats et ils savent que les États-uniens torturent tous ceux qu’ils capturent. Obama s’oppose à cette publication parce qu’il sait que l’image barbare de l’armée US que donnent ces photos va saper l’appui aux guerres qui enrichissent le complexe militaro-sécuritaire, qui calment le lobby pro-Israël et récompensent ceux qui ont financé sa campagne.

 Obama est également revenu sur sa promesse de retirer les troupes d’Irak. À la consternation de ses partisans, il laisse là-bas 50 000 GI’s.

Les autres sont envoyés en Afghanistan et au Pakistan où, sous les yeux d’Obama, la guerre a éclaté sur une grande échelle et où les bombardements de civils ont déjà fait un million de réfugiés.

 Et la guerre contre l’Iran reste une option. Sur l’insistance de Washington, l’OTAN effectue des manœuvres sur un ancien territoire soviétique, préparant la voie à un futur enrichissement du complexe militaro-sécuritaire états-unien. Le chômage états-unien qui monte en flèche fournit les troupes nécessaires aux guerres expansionnistes d’Obama.

 Le président peut faire de grands discours sans malmener la langue anglaise. Il sait sourire et amener les gens à croire à sa rhétorique. Le monde, ou du moins une grande partie de celui-ci, semble se satisfaire des paroles modérées qui font passer la politique de suprématie de l’Exécutif et d’hégémonie mondiale qui était celle de Dick Cheney.

 Cet article a été publié dans Horizons et débats du 15 juin 2009.

 Paul Craig Roberts  
15 juin 2009 

Paul Craig Roberts est l’auteur de la loi Kemp-Roth. Il fut sous-secrétaire au Trésor de l’administration Reagan. Il fut rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal et rédacteur à la National Review. 

Version originale publiée par Informationclearinghouse.info.
Version française : Horizons et débats.

[1] Signing statement : acte par lequel le président modifie la signification d’un texte de loi.

http://www.voltairenet.org/article160613.html


2-3 Patrick Martin : Obama au Caire : le nouveau visage de l’impérialisme U.S.

Le discours du président U.S. Barack Obama au Caire le 4 juin dernier était farci de contradictions. Il s’est déclaré opposé a « l’assassinat d’hommes, de femmes et d’enfants innocents », mais a pris la défense des guerres menées en Irak et en Afghanistan, ou de celle conduite indirectement au Pakistan, tout en gardant le silence sur les derniers massacres de Palestiniens à Gaza par Israël.

Ces guerres ont fait plus d’un million de morts en Irak, des centaines de milliers en Afghanistan, au Pakistan et dans les territoires palestiniens.

Obama a déclaré soutenir la démocratie, les droits de l’Homme et même ceux des femmes, après deux journées d’entrevue avec le roi saoudien Abdullah et le président Hosni Moubarak, deux des tyrans les plus notoires du Proche Orient.

Pas un mot dans son discours sur l’absence totale de droits démocratiques en Arabie Saoudite ou sur la répression que mène en ce moment la dictature militaire de Moubarak…

Se posant en avocat de la paix et de l’entente universelle, Obama se dispensa très diplomatiquement d’évoquer les ordres qu’il a lui-même donnés pour une intensification des hostilités en Afghanistan, avec notamment le déploiement de 17 000 soldats U.S. supplémentaires.

….

Dans son discours, Obama réfute l’idée qu’on puisse taxer l’Amérique « d’empire égocentrique » – ce qu’elle est effectivement – ou que les USA cherchent à obtenir davantage de bases, davantage de territoires ou davantage d’accès aux ressources naturelles du monde musulman. La guerre en Afghanistan est selon lui « une guerre par nécessité », provoquée par les attaques terroristes du 11 septembre. L’administration Bush-Cheney tenait exactement le même argument à l’époque, passant sciemment à la trappe les véritables intérêts matériels en jeu. En réalité, la guerre en Afghanistan participe de la prétention impérialiste des Etats-Unis à contrôler totalement les principales réserves mondiales de gaz et de pétrole : le Golfe Persique et le Bassin de la Caspienne.

Bien sûr, on n’était plus du tout dans le même registre rhétorique. Fini l’artillerie lourde de Bush : « Vous êtes soit avec nous soit contre nous ! », Obama nous dit d’un ton rassurant « Nous sommes tous ensembles dans cette galère ! » Mais, comme l’ont noté pas mal de commentateurs (la New Republic comparait mot à mot ce discours à celui de Bush le 16 septembre 2006 aux Nations Unies), en coupant l’image et le son et en s’en tenant au texte et à la rhétorique générale du discours, on reste toujours dans la même veine que les discours de Bush, de Condolezza Rice ou d’autres représentants de l’administration précédente.

Le propos plus vague, plus fleuri, les références de pure forme à la culture islamique ou à l’égalité des droits des nations, tout ça n’est qu’une variante réajustée du langage dont on drape habituellement les politiques impérialistes américaines ; aucun changement substantiel. Obama n’a pas fait la moindre proposition pour que soient réparés les torts faits aux populations du Proche Orient, pour la bonne et simple raison que, fondamentalement, la source même de cette oppression est le système de pillage et de domination impérialiste du monde, dont l’impérialisme américain reste la pire expression.

Obama a certes fait une petite référence en passant au colonialisme et au rôle des Etats-Unis dans le renversement de gouvernements démocratiquement élus comme celui de Mossadegh en Iran, en 1953. Mais dans sa litanie sur les « sources de tension » dans la région, il s’en est tenu à la même liste que son prédécesseur, avec au premier plan « l’extrémisme violent » – substitut purement rhétorique pour remplacer le « terrorisme » de Bush.

Dans son discours au Caire, Obama jouait tout simplement le rôle pour lequel il a été engagé et promu par une portion décisive des élites américaines de la finance mais aussi de l’appareil militaire et des affaires étrangères, à savoir d’offrir un nouveau visage à l’impérialisme américain. Cela dénote un virage tactique, certes, mais non un changement de stratégie dans l’offensive de Washington pour sa domination du monde.

Il y a environ deux ans, l’ancien conseiller à la sécurité nationale U.S., Zbigniew Brzezinski, offrit publiquement son soutien à la candidature présidentielle de celui qui n’était encore qu’un obscur sénateur de l’Illinois, pariant sur le fait qu’un Afro-Américain héréditairement lié au monde musulman comme Obama, améliorerait certainement l’image des USA sur le plan international.

Brzezinski était le mentor des faucons de l’administration démocrate de Jimmy Carter. Il avait largement contribué à pénétrer les bouleversements politiques survenus en Afghanistan, dans le but de provoquer l’intervention soviétique afin d’attirer la bureaucratie de Moscou dans le piège d’un bourbier identique à celui du Vietnam. Son point de focale a toujours été ce qu’il appelle « le grand échiquier » d’Eurasie, et en particulier les riches champs pétroliers d’Asie Centrale, où la lutte d’influence fait désormais rage entre les USA, la Russie, la Chine et l’Iran.

Brzezinski déclarait dès août 2007 : Obama « reconnaît que le vrai défi c’est un nouveau visage, l’idée d’une nouvelle direction, d’une redéfinition du rôle des Etats-Unis dans le monde…

Ici, Obama est incontestablement plus efficace et l’emporte haut la main. Il a le sens de ce qui est historiquement pertinent et de ce qu’on est réellement en droit d’attendre des Etats-Unis dans leur relation avec le reste du monde ».

Défenseur impitoyable des objectifs de l’impérialisme américain, Brzezinski avait averti les élites américaines au pouvoir, du danger de ce qu’il appelle le « réveil politique global ». Dans un commentaire qui a fait couler beaucoup d’encre, il expliqua au magazine allemand Der Spiegel, quelques mois à peine avant de soutenir Obama, que la grande majorité de l’humanité « trouvera bientôt intolérables les disparités béantes de la condition humaine. Cela pourrait bien être le danger collectif auquel nous serons confrontés au cours des prochaines décennies ».

Si l’on veut appeler les choses par leur nom, ce que les représentants les moins obtus de la classe dirigeante américaine redoutent réellement, c’est une révolution mondiale. C’est seulement pour empêcher un tel soulèvement social qu’ils ont jugé crucial d’installer Obama à la Maison Blanche. C’est aussi la raison de son pèlerinage au Caire.

Traduit de l’anglais par Dominique Arias pour Investig'Action

Source: World Socialist Web Site

Le 5 juin 2009


2-4 Thierry Meyssan : Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans.

Extraits

Le président des États-Unis a tendu la main aux musulmans lors d´un discours très médiatisé au Caire. Il entendait ainsi tourner la désastreuse page de la « croisade » bushienne au Grand Moyen-Orient. Toutefois, dans cet exercice de relations publiques, les envolées lyriques ont remplacé les clarifications nécessaires, tandis qu´apparaissaient les nouveaux appétits de Washington.

Le discours que le président Obama a prononcé le 4 juin au Caire [1] a été présenté à l´avance par les services de communication de la Maison-Blanche comme « fondateur d´une nouvelle ère ». Il a fait l´objet d´une intense campagne promotionnelle qui s´est conclue par un mail adressé par David Axelrod aux dizaines de millions d´abonnés de la liste de la Maison-Blanche [2]. Le conseiller en image de Barack Obama y invite les États-uniens à visionner la vidéo du discours qui, selon lui, marque un nouveau départ dans les relations de l´Amérique avec le monde musulman [3]. On l´a bien compris, ce discours s´adresse tout autant, sinon plus, aux électeurs US qu´aux musulmans.

Son message principal peut être résumé ainsi : les États-Unis ne considèrent plus l´islam comme l´ennemi et souhaitent établir des relations d´intérêt mutuel avec les États musulmans. Ce message doit être pris pour ce qu´il est : un slogan de relations publiques.

Examinons point par point ce discours.

Préambule : aimez-nous !

Dans une longue introduction, l´orateur a développé son message principal de main tendue.

Barack Hussein Obama a justifié la rupture avec son prédécesseur par sa propre personnalité. Il a offert un moment d´émotion à son auditoire, comme on les aime dans les films hollywoodiens. Il a raconté son père musulman, son adolescence en Indonésie -pays musulman le plus peuplé du monde-, et son travail social à Chicago auprès de populations noires musulmanes.
Ainsi, après nous avoir fait croire que la politique extérieure des États-Unis était fondée sur la couleur de peau de son président, on veut nous convaincre qu´elle reflète son parcours individuel. Pourtant personne ne pense que M. Obama est un autocrate en mesure d´imposer ses états d´âme. Chacun est conscient que la politique de Washington est le fruit d´un difficile consensus entre ses élites. En l´occurrence, le changement de rhétorique est imposé par une succession d´échecs militaires en Palestine, au Liban, en Irak et en Afghanistan. Les États-Unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme leur ennemi parce qu´ils ne sont pas parvenus à les écraser.
Ce réalisme avait conduit en 2006 à la révolte des généraux autour de Brent Scowcroft, déplorant la colonisation ratée de l´Irak et mettant en garde contre un désastre militaire face à l´Iran. Il s´était poursuivi avec la Commission Baker-Hamilton appelant à négocier avec la Syrie et l´Iran pour sortir la tête haute du fiasco irakien. Ce réalisme avait contraint le président Bush à limoger Donald Rumsfeld et à le remplacer par Robert Gates, le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton. Ce réalisme s´était incarné dans la publication du rapport des agences de renseignement attestant l´inexistence d´un programme nucléaire militaire iranien et détruisant ainsi toute justification possible d´une guerre contre l´Iran.

Toujours à propos du grand amour retrouvé, le président Obama s´est présenté comme féru d´histoire et a égrené les apports de la civilisation musulmane au monde. Dans les films hollywoodiens, il y a toujours une séquence sur la diversité culturelle qui nous enrichi. Cependant le scénario misait sur l´affligeante ignorance du public US. M. Obama et son équipe ont réduit l´apport des peuples aujourd´hui musulmans aux inventions postérieures à leur islamisation. N´ont-ils rien créé avant ?
En choisissant de réduire l´histoire des peuples musulmans à leur seule période islamique, Barack Obama a nié quelques millénaires de civilisation et a repris à son compte la rhétorique des islamistes les plus obscurantistes. Nous allons voir qu´il ne s´agit pas là d´une erreur, mais d´un choix stratégique.

Enfin, le président Obama a abattu sa carte principale en appelant ses auditeurs à repenser leur image des États-Unis. « Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum : « De plusieurs peuples, un seul » », a-t-il déclaré. Cette devise, qui devait exprimer l´unité des colonies nouvellement indépendantes d´Amérique, devient aujourd´hui celle de l´Empire globalisé. Nous seulement les États-Unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme des ennemis, mais ils entendent les intégrer dans l´Empire global. C´est d´ailleurs la raison pour laquelle l´establishment washingtonien a soutenu la candidature de Barack Hussein Obama. Le prénom musulman du président, comme sa couleur de peau, sont des arguments pour convaincre les peuples de l´Empire que le pouvoir qui les domine leur ressemble. Lorsqu´elle avait étendu son empire, la Rome antique avait fait de même en choisissant ses empereurs dans des contrées lointaines, tel Philippe l´Arabe [4]. La sauvagerie des légions n´en avait pas été changée.

1- La guerre globale au terrorisme

Après ce sirupeux morceau de violon, le président Obama s´est attaché à recoller son introduction avec la « guerre globale au terrorisme ». Il a donc établi une distinction entre l´islam, qui n´est pas mauvais comme le pensaient Bush et Cheney mais bon, et les extrémistes qui s´en réclament à tort, qui restent eux toujours mauvais. La pensée reste manichéenne, mais le curseur s´est déplacé.
Le problème, c´est que depuis huit ans, Washington s´efforce de construire un adversaire à sa taille. Après l´URSS, c´était l´islam. A contrario, si ni les communistes, ni les musulmans ne sont les ennemis, contre qui les États-Unis sont-ils en guerre ? Réponse : « Al-Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd´hui encore sa détermination à commettre d´autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d´élargir son rayon d´action. Il ne s´agit pas là d´opinions à débattre - ce sont des faits à combattre ». Et bien non, Monsieur le président, ce ne sont pas là des faits avérés, mais des imputations qui doivent être débattues [5].
Barack Obama continue : « Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu´au dernier, si nous avions l´assurance que l´Afghanistan et maintenant le Pakistan n´abritaient pas d´éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d´Américains. Mais ce n´est pas encore le cas. »
À ce stade, le président apparaît enfermé dans un cercle vicieux. Il explique que les ennemis ne sont pas les musulmans en général, mais une poignée d´individus non représentatifs, puis il affirme que cette poignée d´individu doit être combattue en livrant des guerres contre des peuples musulmans. C´est tout le problème : Washington voudrait être l´ami des musulmans, mais a besoin d´un ennemi pour justifier ses actions militaires, et pour le moment, il n´a pas trouvé de bouc-émissaire de remplacement.

Thierry Meyssan

Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire.

Dernier ouvrage paru : L´Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban)

Source :

http://www.voltairenet.org/article160476.html


2-5 Ahmed Rashid: "Les Etats-Unis ont fait beaucoup d'erreurs".

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse de l’auteur mais doit être vu comme information.

Le journaliste pakistanais, éminent spécialiste des 'talibans', évoque la stratégie US dans la région...

La bombe pakistanaise peut-elle tomber aux mains des islamistes?

Non, c'est très improbable. Personne ne sait combien il y a d'armes nucléaires au Pakistan.

Même Barack Obama doit l'ignorer. Mais ce qui est sûr, c'est qu'elles sont étroitement contrôlées par l'armée et que des mécanismes sûrs empêchent tout vol.

Quelles erreurs les Américains ont-ils commis dans la région?

Le président Bush avait promis de reconstruire l'Afghanistan après la chute des talibans fin 2001. Mais il s'en est aussitôt détourné pour l'Irak, lui réservant tous les moyens militaires et de renseignements. La traque d'Al-Qaida et la reconstruction en Afghanistan en ont pâti. Sans compter la corruption de certaines compagnies américaines, comme Halliburton. A peine l'argent versé, la moitié s'était déjà envolée ! Ce manque d'intérêt des Américains pour l'Afghanistan n'a pas échappé à la population. Désillusionnés, beaucoup de gens ont rejoint les talibans.

Comment les talibans pakistanais ont-ils accru leur influence?

Ce sont des combattants pachtounes qui s'étaient battus pour les talibans pendant la guerre civile en Afghanistan.

Ils sont devenus importants fin 2001 lorsqu'ils sont venus au secours des talibans afghans dans les zones tribales. Al-Qaida les payait cher pour qu'ils leur offrent leur protection. Pendant quatre ans, personne ne s'est penché sur leur cas, alors même qu'ils se radicalisaient. Devenus riches, ils ont organisé leurs propres milices et se sont fixé comme objectif de talibaniser tout le Pakistan !

Et les talibans afghans?

Leur situation est différente. L'armée de l'ex-président Mucharraf et les renseignements pakistanais leur ont donné un sanctuaire. Ils pensaient en effet que les Etats-Unis quitteraient bientôt l'Afghanistan et ils avaient besoin de garder leur soutien pour que le prochain gouvernement à Kaboul soit propakistanais. Le Pakistan a joué un double jeu envers Washington. Il l'aidait à traquer Al-Qaida, mais ne faisait rien pour attraper les talibans afghans. Et les Américains ne le demandaient même pas, car ils pensaient que les talibans étaient finis ! C'était une grosse erreur de Bush.

Que pensez-vous de la nouvelle stratégie américaine?

En Afghanistan, Barack Obama fait ce qui aurait dû l'être depuis huit ans. Mais l'insurrection a pris de l'ampleur, donc la tâche va être difficile. Au Pakistan, la situation a beaucoup changé depuis 2001. Les Etats-Unis devront renforcer l'aide civile, soutenir le gouvernement, et faire pression sur l'armée pour aller chasser les talibans, comme ils l'ont fait dans la vallée de Swat.

Pourquoi l'armée pakistanaise semble-t-elle échouer dans la lutte contre les talibans?

C'est une question de motivation. Il y a beaucoup d'antiaméricanisme. L'armée se demande : «Je le fais pour mon pays ou pour faire plaisir à l'Amérique?» Elle va devoir y répondre.

Recueilli par Faustine Vincent
20 Minutes.fr
http://www.afghana.org/1015/index.php?option=com_content&task=view&id=425&Itemid=42



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