Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

09/07/2009

n° 275 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan -03-07 –Suite - : Barack Obama a trouvé son bourbier : l’Afghanistan.

n° 275 - Les  dossiers  'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan -03-07 –Suite -  : Barack Obama a trouvé son bourbier : l’Afghanistan.



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers   'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan

   n°275                                                                                                                             03/07/09

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion (fin)

1-5 Serge Michailof : La guerre en Afghanistan est-elle perdue ?

2 Annexe

2-1 La stratégie du chaos (première partie)

2-2 George Monbiot : SOA, ou l’école du terrorisme à l’américaine..


1-5 Serge Michailof : La guerre en Afghanistan est-elle perdue ?

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

Extrait

Nous savons depuis le Vietnam que, même en gagnant toutes les batailles, on ne peut vaincre une guérilla qui dispose de financements et de zones de repli inexpugnables. (ndlr : le Pakistan)

Or les résistants contrôlent une partie des 4 milliards de dollars (2,814 milliards d'euros) annuels de l'argent de la drogue.

L'impasse militaire est évidente : "We are not winning...", a reconnu Obama. Peut-on négocier, et avec qui ?

Les négociations sponsorisées par l'Arabie saoudite ne débouchent sur rien : en position de force, les résistants n'ont aucun intérêt à négocier. On cherche désespérément les résistants modérés.

On a aussi vu ce que donnaient les négociations avec les résistants au Pakistan. Faut-il plier bagage ? Pierre Lellouche, qui était chargé d'une mission de coordination sur l'"AfPak" (Afghanistan-Pakistan), rappelait, lors d'une interview à Kaboul, que, si nous pouvions rentrer chez nous en paix, il ne faudrait pas hésiter.

Il ajoutait aussi fort justement que cette guerre ne nous laissera pas en paix.

Si l'on en croit Ahmed Rashid, le grand spécialiste du mouvementrésistants, ce sont 30 000 jeunes provenant du Moyen-Orient, d'Asie et d'Europe qui ont été endoctrinés et entraînés par Al-Qaida entre 1996 et 2001.

Que nous réserve l'avenir si Al-Qaida sort vainqueur de ce conflit ?

Le centre de gravité du conflit est au Pakistan. L'enjeu principal est en fait le positionnement de l'armée pakistanaise.

Etat dans l'Etat qui dispose de ses propres financements et qui définit sans contrôle la politique de defense, cette armée a joué depuis 2001 un double jeu tout en bénéficiant de la bienveillance de l'administration Bush. Elle a profité d'une considérable aide militaire (11 milliards de dollars), mais a continué à soutenir des groupes extrémistes qu'elle avait créés pour atteindre ses objectifs historiques : contrer l'Inde au Cachemire, contrôler l'Afghanistan, et enfin contrôler la vie politique au Pakistan.

Or cette politique débouche sur une impasse, car ces groupes extrémistes ont acquis leur autonomie et menacent désormais la cohésion du pays.

Cette armée est donc confrontée à un choix difficile entre la poursuite de ses objectifs, qui risquent de conduire le pays à l'implosion, ou la destruction du cancer extrémiste, qui exige une révision déchirante de ses ambitions.

Le dialogue conduit par la nouvelle administration américaine est donc crucial : il s'agit de "convaincre" l'armée de se débarrasser de sa paranoïa vis-à-vis de l'Inde qui justifiait aussi beaucoup de prébendes, et de la persuader que la manipulation de groupes extrémistes pour atteindre ses objectifs n'est plus acceptable.

Le soutien de la Chine et de l'Arabie saoudite, qui sont les deux autres bailleurs de fonds de l'armée pakistanaise, sera certainement indispensable pour faire passer le message. Il faudra en parallèle consolider la chancelante démocratie pakistanaise, et un test crucial devrait être la décision de transférer aux autorités civiles le contrôle de l'aide militaire américaine.

Il est enfin indispensable de monter un très ambitieux programme d'aide au Pakistan, dont l'économie est en chute libre - on cite des besoins de 50 milliards de dollars sur trois ans ! Seule une armée qui aura clairement fait le choix de cesser tout soutien aux groupes extrémistes pourra freiner les djihadistes qui circulent entre Pakistan et Afghanistan. Mais seule une administration pakistanaise assainie pourra aussi apporter les services de base en éducation, santé, justice, qui ne sont actuellement offerts dans le nord-ouest du pays que par les islamistes. L'issue de la guerre en Afghanistan repose ainsi sur la prise de conscience par une armée islamisée et par l'opinion publique pakistanaise que la reprise du contrôle des zones tribales n'est pas une guerre "pour les Américains", mais pour la survie du Pakistan.

L'armée, dont la taille est très insuffisante, doit au plus vite monter en puissance selon le modèle habilement suivi par les Algériens face à leur insurrection islamiste, en 1993. Elle devrait comporter à la fois des unités d'intervention très mobiles et une armée de masse pour tenir le terrain et offrir des perspectives aux jeunes désoeuvrés qui sont attirés par les salaires payés par les résistants.

L'ensemble, ne rêvons pas, devra être financé, équipé et soutenu par les pays de la coalition. Au total, la guerre en Afghanistan, telle qu'elle a été conduite depuis 2002, ne peut qu'être perdue. Seuls le changement de pied de l'armée pakistanaise et la mise en place d'un appareil sécuritaire afghan crédible permettront d'engager avec succès, au niveau local, des négociations avec desrésistants dont les revendications sont souvent locales.

Ceux qui sentiront tourner le vent pourront être "incités", comme en Irak, à se dissocier des extrémistes engagés dans un djihad global. Seule cette approche permettra à la communauté internationale d'éviter une défaite dangereuse pour la paix du monde.

Dans ce contexte, les militaires de la coalition doivent aider à "tenir" cet Etat embryonnaire pendant les trois ans qui sont le minimum nécessaire pour la mise en œuvre de cette stratégie.

Car les délais sont maintenant très courts avant les échéances électorales aux Etats-Unis comme en France, et la nécessité de démontrer que la guerre n'est pas perdue. Très difficile chemin, certes. Sans doute encore praticable avec une administration américaine qui pose enfin le problème. Mais chemin semé de bien nombreuses embûches.

Serge Michailof

Michailof est enseignant à Sciences Po et à Paris-I, spécialiste du développement.

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/06/29/la-guerre-en-afghanistan-est-elle-perdue-par-serge-michailof_1213021_3232.html




2 Annexe

2-1 La stratégie du chaos (première partie)

La stratégie du chaos fonctionne sur l'entretien mensonger de la terreur ; elle gère et attise le désordre, l'effroi, la crainte religieuse, la panique sociale, la haine raciale, pour mieux affirmer son contrôle liberticide. Le cynisme de sa pratique nous informe sur son projet idéologique : celui d'un pouvoir seigneurial et sans partage.

Le mouvement de liquidation du système fédéral américain, qu'il convient maintenant d'appliquer au monde entier, s'est organisé selon un plan logique et structuré : développer un dispositif chaotique de type féodal fonctionnant sur l'ignorance, la désinformation et le crime mafieux, afin de rendre invisible et invulnérable le centre réel du pouvoir.

Ce dispositif opacifie les centres de décision (impossibilité de consolider les bilans des grandes multinationales) ; il privatise la recherche scientifique, l'enseignement et les institutions gouvernementales ou non gouvernementales de contrôle ; il tente de réduire le savoir à la seule communication permise. Tout ce qu'il finance plus ou moins visiblement, c'est ce qu'il contrôle de manière occulte. On peut mesurer son pouvoir de corruption à la mise en place d'un circuit moderniste d'Argent-Marchandise-Argent pouvant être décliné à l'infini en Argent sale-Marchandise-Argent, ou, Argent-Marchandise-Argent sale, etc. Ainsi, les techniques du contrôle mafieux deviennent les formes de la politique la plus moderne. L'État entièrement sous contrôle, on assiste à son dépérissement absolu.

Une première réplique européenne de ce « coup du monde » à d'abord été donnée en Italie ces quinze dernières années. Elle a d'abord prétendu nettoyer ses institutions politiques, juridiques, journalistiques, policières, militaires. Puis, soudain, par un détournement de l'opération « mains propres », elle a légitimé la « modernité et le sens de l'État» d'une classe politique qui, après être passée par les juges et la prison, revenait, vierge de tout soupçon, à la nation. En réalité, ce détournement réussi, devant des médias aux ordres, fut la victoire de la nouvelle mafia d'affaires s'emparant des hautes sphères de l'État.

La nouvelle société mafieuse à réussi en Italie un coup d'État légal : son crime est propre. En contrôlant tout ou partie des médias, c'est elle qui édicte les critères de vérité, mais surtout, c'est elle qui possède les armes de la pensée logique. Aujourd'hui, ce que les médias montrent, c'est ce que le crime organisé produit et non ce qu'il commet.

Le but de cette stratégie du chaos, son pouvoir féodal, est profondément liberticide. La suppression préméditée des libertés civiques qu'il organise va de paire avec son projet de liquidation de l'État républicain. Cet État, qui, la plupart du temps ne respectait le citoyen que pour son vote, est trop libre pour lui. Il arrive encore, mais de plus en plus rarement, que le citoyen sache pour qui il vote. Et c'est cette liberté là qui est en cause. Il ne s'agit pas de supprimer le droit de vote, mais de le rendre virtuel : on presse ce risque dans le développement, au sein même de l'État, d'une série d'instances décisionnaires sans contrôle électif. Les commissions européennes sont comme les sigles monétaristes : plus on en parle moins ils ont de comptes à rendre.

La stratégie du chaos qui modélise si habilement des mythes, comme celui de la persistance d'une démocratie en Amérique, n'a pas ignoré l'Europe. L'ambition de cette modélisation locale est de ruiner le respect envers la politique, et d'affirmer la primauté, nécessairement propre, de l'économie : les nouveaux juges ont condamné à la prison quelques lampistes, mais épargné avec le plus grand soin leurs donneurs d'ordres. Les maîtres des multinationales ont pu, en toute impunité, préparer l'Europe monétariste, et installer aux commandes une nouvelle génération d'hommes d'affaires instruits selon les codes de la mafia.

Après l'effondrement de l'Empire soviétique, l'Europe politique n'a pas su profiter, pour son projet d'unification, d'une opportunité historique qui ne se renouvellera plus. C'est à une collective absence d'ambition historique qu'on peut attribuer son incapacité à régler, en son seul nom, les conflits nés sur son sol. L'Europe politique n'a jamais pu imposer sa diplomatie en Europe Centrale et en Europe de l'Est comme à l'Ouest : elle ignore que cet échec, qu'elle revendique encore comme une victoire, la rend inoffensive pour les stratèges du chaos.

Aujourd'hui, chaque mesure qu'elle prend dans l'urgence, acculée par les médias, est toujours prise à contretemps. Elle ne prévoit plus, mais survit au jour le jour, confrontée au déferlement incessant du paradoxal et de l'insolite, de l'incompréhensible et du mystérieux qu'entretient le dispositif chaotique dominant. Un tel dispositif ne laisse aucune chance à la classe politique européenne : ce qu'il désorganise le mieux est précisément ce qu'il contrôle le mieux, et l'incertitude est la matière même de sa pratique. Face à une stratégie qui fait de la dissipation une technique de guerre, les décisions des politiques sont de moins en moins dictées par la raison, mais de plus en plus par une peur teintée de superstition.

L'Europe politique s'est perdue en abandonnant le savoir à des transnationales pour qui l'instabilité et l'incertitude, la surenchère et la terreur sont les fondements théoriques de leur contrôle sur la société. C'est justement en ce point que réside la forme d'invisibilité du dispositif chaotique. On peut cependant établir des liaisons dialectiques entre certains discours énigmatiques et quelques faits effrayants. Par exemple, entre l'accélération des mutations virales et le langage de la techno-science sur le devenir d'une médecine guérissant, dans un très proche futur, toutes les maladies. On peut établir d'autres relations logiques entre l'effondrement de l'institution sanitaire aux États-Unis et en Europe et l'apparition d'une tendance de la techno-science qui, par une perversion de la logique, veut imputer l'origine de la misère aux gènes et non à l'exploitation. On peut suggérer que la réponse apportée par la stratégie du chaos à la gestion des conflits s'apparente à un dispositif mathématique expérimental dont la sécheresse des résultats n'est pas redevable des morts. On peut encore signaler que, loin de toute génétique, certains secteurs très spécialisés de l'économie et de la politique pratiquent depuis longtemps une forme performante de clonage. On peut, pour finir, conseiller à la classe politique européenne de méditer sur la fonction hégélienne de la synthèse, c'est mise en perspective historique de la décision, qui est devenue la propriété exclusive de la société du chaos.

x6tenz, pour Mecanopolis

28 Juin 2009

redaction@mecanopolis.org

http://www.alterinfo.net/La-strategie-du-chaos-premiere-partie_a33812.html

 

2-2 George Monbiot : SOA, ou l’école du terrorisme à l’américaine.

Les coulisses du terrorisme.

Les États-Unis entraînent depuis des années des terroristes dans un camp en Georgie – ceci est toujours d’actualité

" Si des gouvernements, quels qu’ils  soient, sponsorisent les hors-la-loi et les tueurs d’innocents," a déclaré George Bush le jour où il a commencé à bombarder l’Afghanistan, "ils deviennent eux-mêmes des hors-la-loi et des assassins. Ils prendront cette voie solitaire à leur propre péril." Je suis content qu’il ait dit " des gouvernements quels qu’ils soient", car il y en a un qui, bien qu’il ne soit pas encore identifié comme sponsor du terrorisme, requiert d’urgence son attention.

Depuis 55 ans, il existe un camp d’entraînement dont les victimes dépassent massivement le nombre de personnes tuées par les attentats de New York, les explosions à l’ambassade et autres atrocités attribuées, à tort ou à raison, à al Qaida. Le camp s’appelle The Western Hemisphere Institute for Security Cooperation, ou le WHISC. (NDT : Institut  de l’Hemisphère Occidental pour la Coopération Sécuritaire). Ce camp est basé à Fort Benning, en Georgie; il a été financé par le gouvernement Bush.

Jusqu’au mois de juin de cette année, le Whisc était surnommé  "The School of the Americas" ou SOA. (NDT : "l’Ecole des Amériques" ou SOA). Depuis 1946, la SOA a entraîné plus de 60 000 soldats et policiers latino-américains. Parmi ses gradés se trouvent les tortionnaires, les meurtriers de masse, les dictateurs et les terroristes d’État les plus célèbres du continent. Comme des centaines de pages de documentation compilées par le groupe de pression SOA Watch Now l’attestent, l’Amérique latine a été dépecée par ses anciens élèves.

 

Au mois de juin de cette année, le colonel Byron Lima Estrada, alors qu’il était étudiant à l’Ecole, a été condamné à Guatemala City pour le meurtre de l’évêque Juan Gerardi en 1998.  Gerardi fut assassiné car il avait apporté son aide à la rédaction d’un rapport sur les atrocités commises par le D-2, l’agence des services secrets militaires dirigée par Lima Estrada avec l’aide de deux gradés de la SOA, de Guatemala City. Le D-2 avait coordonné "la campagne anti-insurrectionnelle" qui avait anéanti 448 villages indiens Mayas, assassinant 10 000 personnes. 14% des ministres du cabinet qui ont travaillé au service des régimes génocidaires de Lucas Garcia, Rios Montt et Mejia Victores, ont fait leurs études à l’Ecole des Amériques.

En 1993, la Commission des Nations Unies pour la vérité sur le Salvador a désigné les officiers de l’armée ayant commis les pires atrocités durant la guerre civile. Les deux tiers d’entre eux avaient été entraînés à L’Ecole des Amériques. Parmi eux se trouvaient Roberto d’Aubuisson, le chef de l’escadron de la mort du Salvador, les hommes qui avaient tué l’archevêque Oscar Romero, ainsi que 19 des 26 soldats qui avaient assassiné les prêtres jésuites en 1989. Au Chili, les gradés de l’Ecole avaient fait partie  à la fois de la police secrète d’Augusto Pinochet et de ses trois principaux camps de concentration. L’un d’entre eux a participé à l’assassinat d’Orlando Letelier et de Ronni Moffit à Washington en 1976.

Les dictateurs de l’Argentine, Roberto Viola et Leopoldo Galtieri, ceux du Pananma, Manuel Noriega et Omar Torrijos, celui du Pérou, Juan Velasco Alvarado et celui de l’Equateur, Guillermo Rodriguez, ont tous bénéficié des enseignements de l’Ecole. De même pour le chef de l’escadron de la mort de "Grupo Colina" (Groupe de la Colline) à Fujimori au Pérou, pour quatre des cinq officiers qui dirigeaient l’infâme Battalion 3-16 au Honduras (qui y contrôlait l’escadron de la mort dans les années 80) et pour le commandant responsable du massacre de Ocosngo à Mexico en 1994.

Tout ceci est de l’histoire ancienne, insistent les défenseurs de l’Ecole. Mais les diplômés de la SOA sont également impliqués dans la sale guerre menée en Colombie avec l’aide des États-Unis. En 1999, le rapport du Département d’État américain concernant les droits de l’homme mentionnaient les noms de deux gradés de la SOA comme étant les assassins d’Alex Lopera, membre de la Commission pour la Paix. L’an dernier, Human Rights Watch révéla que 7 anciens élèves y dirigent des groupes paramilitaires et qu’ils ont commandité des enlèvements, des disparitions, des meurtres et des massacres. Au mois de février de cette année, un gradé de la SOA en Colombie a été déclaré coupable de complicité de torture et du meurtre de 30 paysans par des paramilitaires. L’Ecole attire actuellement la plupart de ses étudiant de Colombie – plus que d’autres pays.

Le FBI définit le terrorisme comme "des actes violents…dans l’intention d’intimider ou d’exercer des pressions sur une population civile, d’influencer la politique d’un gouvernement ou d’affecter la conduite d’un gouvernement", ce qui est la description précise des activités des diplômés de la SOA. Mais comment peut-on s’assurer que leur alma mater (l’école qui a dispensé l’enseignement suivi) a participé à cela ? Eh bien, en 1996, le gouvernement américain a été obligé d’éditer 7 des manuels d’entraînement de l’école. Entre autres conseils pour terroristes, on recommandait le chantage, la torture, l’exécution et l’arrestation des parents de témoins.L’an dernier, en partie grâce à la campagne dirigée par SOA Watch, plusieurs députés ont tenté de fermer l’Ecole. Ils ont été battus par 10 voix. Au lieu de cela, la Chambre des Représentants a voté pour sa fermeture et l’a immédiatement rouverte sous un autre nom. Donc, tout comme Windscale est devenu Sellafield avec l’espoir de l’effacer de la mémoire du public, l’Ecole des Amériques s’est lavée du passé en se renommant elle-même WHISC. 

Tandis que le colonnel Mark Morgan informait le Département de la Defense  juste avant le vote au Congrès : " Certains de vos chefs nous ont dit qu’ils ne peuvent supporter tout ce qui est estampillé "Ecole des Amériques". Nous proposons ceci : elle change de nom." Paul Coverdell, le Sénateur de Géorgie qui s’était battu pour sauver l’Ecole, a dit aux journaux que ce changement était  "purement cosmétique."

Mais visitez le site web WHISC et vous verrez que l’Ecole des Amériques est tout sauf effacée des annales. Même la page "Histoire" oublie de le mentionner. Les cours au WHISC, nous dit-on,  "couvrent un large spectre de domaines en rapport, tels que la planification pour les opérations de paix, les premiers secours, les opérations civiles et militaires, l’organisation tactique et les opérations anti-drogue."

Plusieurs pages décrivent ses initiatives concernant les droits de l’homme. Mais, bien qu’elles rendent compte de la plupart de ses programmes d’entraînement, des techniques de combat et de commando, la contre insurrection et les interrogatoires ne sont pas évoqués. Ni le fait que les options "paix" et "droits de l’homme" de Whisc étaient également présentées par la SOA dans l’espoir  d’apaiser le Congrès pour préserver son budget: mais il est peu probable que les étudiants les choisissent.

On ne peut attendre de ce camp d’entraînement terroriste qu’il change de lui-même : après tout, abandonné à son propre sort pour en tirer une leçon, il refuse de reconnaître qu’il a un passé. Donc, étant donné que la preuve liant l’école à des atrocités continues en Amérique latine est plus forte que la preuve liant  les camps d’entraînement d’al-Qaida  aux attentats de New York, que devrions-nous faire de ces "acteurs maléfiques" à Fort Benning en Georgie ?

Eh bien, nous pourrions pousser nos gouvernements à appliquer toute la pression  diplomatique possible, et demander l’extradition des commandants en vue d’un jugement pour complicité de crimes contre l’humanité.
Alternativement, nous pourrions demander que nos gouvernements attaquent les Etats-Unis, qu’ils bombardent ses installations militaires, ses villes et ses aéroports dans l’espoir de renverser son gouvernement non élu et de le remplacer par une administration supervisée par les Nations Unies. S’il s’avère que cette proposition est impopulaire auprès de la population américaine, nous pourrions gagner son cœur et son esprit en lui parachutant des naans (les pains au Moyen-Orient) et du curry lyophilisé dans des sacs en plastique marqués du drapeau afghan.

Vous pouvez objecter que cette prescription est ridicule, je suis d’accord. Mais même en essayant, je ne peux faire la différence morale entre ce moyen d’action et la guerre lancée maintenant contre l’Afghanistan.

George Monbiot

George Monbiot, entre autres activités, est journaliste pour le quotidien The Guardian. Choqué comme beaucoup par l’invasion de l’Afghanistan, il n’a pu s’empêcher de sortir quelques fantômes des placards pour nous rappeler que les terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Son article revient sur la création et l’évolution de la SOA, School Of  Americas – l’Ecole des Amériques -  à la réputation sulfureuse.

Au point de devoir changer de nom et relisser son image : la SOA est devenue WHISC, The Western Hemisphere Institute For Security Cooperation, mais sa vocation première reste inchangée et l’école recrute toujours.

 The Guardian,

Published on juin 6, 2009 par apetimedia

Traduit par Apetimedia pour ReOpenNews


A lire :

Virtual Truth Commission : Telling the Truth (en anglais)

L’Organisation des Etats Américains : OEA (en français)

http://www.reopen911.info/News/2009/06/06/soa-ou-lecole-du-terrorisme-a-lamericaine/

 

 

 

Les commentaires sont fermés.