Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

09/07/2009

n° 275 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan -03-07 –Début - : Barack Obama a trouvé son bourbier : l’Afghanistan.

                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers   'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan

   n°275                                                                                                                             03/07/09

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Doug Ireland : Barack Obama a trouvé son bourbier : l’Afghanistan.

1-2 Paul Craig Roberts : Obama est en train de se transformer en un Dick Cheney.

1-3 Marie Nassif-Debs : Barak Obama : ou La paix » construite sur l’oppression.

1-4 Patrick Martin : Obama au Caire : le nouveau visage de l’impérialisme U.S.  

Suite 1

1-5 Serge Michailof : La guerre en Afghanistan est-elle perdue ?

2 Annexe

2-1 La stratégie du chaos (première partie)

2-2 George Monbiot : SOA, ou l’école du terrorisme à l’américaine.

Fin

2-3 Jeanne Theoharis : Guantánamo chez nous.

2-4 Que faire de Guantanamo ?

2-5 Michael Hudson : Dé-dollarisation : le démantèlement de l’empire militaire et financier américain.



Avant propos

Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- Taliban - pour désigner tous les résistants ...



1  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Doug Ireland : Barack Obama a trouvé son bourbier : l’Afghanistan.

Embourbés en Afghanistan, les Etats-Unis ont nommé sur place un commandant en chef militaire spécialiste de la torture. Et s’essaient à la contre-insurrection.

John Conyers est l’un des blacks les plus influents de la Chambre des Représentants, un vétéran qui a passé trois décennies au Congrès et qui préside aujourd’hui la commission « Justice » de la Chambre.

La semaine dernière, un membre sur sept de la Chambre a voté contre la rallonge budgétaire de 81,3 milliards de dollars demandée par Barack Obama pour les guerres en Afghanistan et en Irak.

Un groupe de membres dissidents du parti Démocrate dont Conyers appartenait à ce front du non.

Pour expliquer son vote contre le président, Conyers a pointé du doigt l’erreur fondamentale qui se niche dans la politique d’Obama en Afghanistan : « Le Président n’a pas récusé notre prétention démesurée la plus omniprésente et dangereuse : la croyance téméraire que nous pouvons ériger les fondations d’une société civile par l’emploi judicieux de nos instruments de violence high-tech ».

La « contre-insurrection » nouveau concept à la mode

La politique de Barack Obama en Afghanistan repose sur la stratégie de la « counter-insurgency », la contre-insurrection, un concept particulièrement en vogue à Washington. Mais si la rhétorique du président et de son administration met l’accent sur la nécessité de reconstruire un Afghanistan aux infrastructures et institutions civiles détruites par trente années de guerre, la réalité est toute autre : le budget d’Obama prévoit que pour un dollar dépensé pour l’aide humanitaire et la reconstruction du pays, dix dollars reviennent à la chose militaire.

Entre les 68 000 soldats américains bientôt présents sur le sol afghan grâce aux derniers renforts envoyés par Obama auxquels s’ajoutent les 33 000 soldats d’autres pays de l’OTAN (dont la France), on n’est pas loin des 120 000 soldats déployés par feu l’URSS lorsqu’elle occupait ce pays avant d’en être chassée par les moudjahiddin et les seigneurs de guerre locaux. Et c’est au nom de la contre-insurrection qu’Obama vient de changer de commandant en chef en Afghanistan. Le nom de la nouvelle recrue : le général Stanley McChrystal, un ancien « Green Beret ».

Quand le General McChrystal était pour la torture

Or, le choix de ce haut-gradé tourne en dérision la rhétorique d’un Obama qui promet de rompre avec la pratique de la torture prônée et appliquée par l’équipe de George W. Bush et de Dick Cheney. Selon un article du magazine Esquire, le général McChrystal a autorisé la torture sur la base militaire américaine secrète en Irak de Camp Nama (dans l’armée, on disait que le nom « Nama » était l’acronyme de « Nasty Ass Military Area ».)

Les interrogatoires musclés des Irakiens détenus à Camp Nama étaient si violents que l’on déplore au moins deux morts, raison pour laquelle McChrystal a expressément fait fermer l’accès de ce camp à la Croix-Rouge. A l’heure des comptes, McChrystal a donc doublement violé la convention de Genève.

En mars, le légendaire journaliste d’investigation Seymour Hersh a révélé l’existence d’un escadron de la mort obéissant aux ordres du vice-président et appartenant aux « Joint Special Operations Command » de l’armée américaine. Or, entre 2003 et 2008, le commandant de ce Joint Special Operations Command entre 2003 et 2008 n’était autre que le… général McChrystal !

McChrystal, exécutant des basses œuvres criminelles de Dick Cheney

Les meurtres d’individus sont strictement interdits par la loi américaine, mais l’administration Bush a réinterprété la loi pour donner à l’exécutif suprême le pouvoir de mener de telles actions clandestines. Et le General McChrystal en était le bas exécutant, à l’insu du Secrétaire à la Defense de Bush, Bob Gates, qui occupe les mêmes fonctions sous Obama. Seul Cheney était au parfum…

Sur la radio nationale publique (NPR) le 30 mars dernier, Seymour Hersh s’est convaincu que l’idée que McChrystal n’était pas au courant des assassinats perpétrés par ses forces spéciales était « absurde ».

L’ancien chef de la CIA à Kaboul prend la plume

Un article paru dans la Saudi Gazette le 25 mai détaille comment la politique d’Obama est en train d’exacerber les problèmes en Afghanistan et au Pakistan. Il mérite d’être particulièrement lu car son auteur, Graham E. Fuller, est l’ancien chef de la CIA à Kaboul et un ancien vice-président du National Intelligence Council (centre stratégique des dix-neuf agences de renseignement américaines).

Parmi les commentaires de Fuller figure celui-ci particulièrement percutant : « La situation au Pakistan va de mal en pire, comme une conséquence directe de la guerre U.S. qui fait rage sur la frontière avec l’Afghanistan. La politique américaine a importé la guerre qui se déroule en Afghanistan jusqu’au Pakistan avec ses incursions, ses bombardements par drones et ses assassinats – et c’est la réponse classique d’un échec dans un pays. Souvenez-vous de l’invasion du Cambodge pour sauver Vietnam ? »

Fuller rappelle aussi le problème posé par les Pachtounes qui constituent la moitié de la population afghane : « Les Résistants représentent des islamistes zélés et largement incultes. La plupart des Pachtounes voient lesrésistants – qu’on les aime ou non – comme le meilleur vecteur pour restaurer leur pouvoir en Afghanistan, perdu en 2001. Les Pachtounes figurent aussi parmi les peuples les plus férocement nationalistes, tribaux et xénophobes du monde, unis seulement contre l’envahisseur étranger. A la fin, les Résistants sont probablement plus pachtounes qu’islamistes ».

Le problème Pachtoune

Même son de cloche chez Carlo Cristofori, qui travaille sur l’Afghanistan depuis trente ans. Cristofori était le secrétaire du Comité international pour la solidarité avec la résistance afghane, créé par le Parlement européen en 1979 après l’invasion soviétique.

Dans un excellent article pour le journal Counterpunch du 22 mai dernier, il écrit : « Les Pachtounes ne délaisseront pas facilement deux siècles de mémoire et de pouvoir. Sans un rôle majeur pour eux dans l’avenir de l’Afghanistan, il n’y aura pas une paix viable… Jeter de plus en plus de forces militaires dans le chaudron afghan n’est pas la bonne solution, et n’est guère une solution pour établir la liberté et l’autodétermination. Le faire perpétuera et exacerbera la contradiction désastreuse de la politique américaine », de contre-insurrection.

Un autre expert de la région, Selig S. Harrison, ancien correspondent du Washington Post pour l’Asie du Sud pendant des années, souligne dans le Post de 11 Mai que l’offensive pakistanaise anti-Taliban actuellement en cours et demandée par Obama sape aussi la politique de contre-insurrection car l’armée pakistanaise est largement composée de Punjabis, ennemis historiques des Pachtounes.

Voilà Obama prévenu sur les dangers de la « contre-insurrection »

Donc, Harrison écrit qu’« envoyer des soldats punjabis dans les territoires pachtounes pour combattre les djihadistes pousse le pays de plus en plus vers une guerre civile définie par l’ethnicité et renforce les sentiments des Pachtounes pour un « Pachtounistan » indépendant qui comptera une population de 41 millions d’habitants dans des tranches importantes du Pakistan et de l’Afghanistan ».

Et Harrison lance un avertissement supplémentaire à Obama and Co. : « Dans la croyance populaire à Washington, il y aura éventuellement un triomphe soit d’une identité pachtoune, soit d’une identité résistantse. Or il est fort vraisemblable que le résultat pourrait être ce que l’ambassadeur du Pakistan à Washington, Hussain Haqqani, a appelé "un Pachtounistan islamiste". » Son prédécesseur à ce poste, le général Mahmud Ali Durrani, déclarait dans un séminaire à l’ambassade du Pakistan le 1er mars 2007 : « J’espère que lesrésistants et le nationalisme pachtoune ne fusionneront pas car si cela se produit nous sommes cuits et c’est sur le point d’arriver. »

Depuis l’alerte du général pakistanais, la politique militaire de contre-insurrection si chère à Obama n’a fait qu’empirer la situation au Pakistan, comme en Afghanistan, avec des événements comme la mort de 140 civils, dont 93 enfants (selon Reuters), lors du bombardement américain de Bala Boluk le 3 mai dernier. Même Bob Gates, le Secrétaire à la Defense d’Obama, l’a avoué lors de la célèbre émission de télévision de CBS « 60 Minutes » le 17 mai.

Obama a trouvé son Vietnam

Quand la correspondante Katie Couric lui a demandé si les militaires américains seraient tous partis d’Afghanistan à la fin du premier mandat d’Obama, d’ici quatre ans, Gates a répondu : « Tu me demandes d’inventer un conte de fées… mais je ne crois pas dans ces histoires, je suis un trop vieux routier pour ça ! »

Quand un gouvernement comme celui du président afghan Hamid Karzaï — un ancien agent de la CIA qui doit sa présidence à George W. Bush et à une élection truquée sans partis politiques — est si impopulaire qu’il ne peut pas survivre sans plus de 100 000 soldats étrangers sur place, une politique de contre-insurrection comme celle que prône Obama est vouée à l’échec. Surtout quand la présence de ces militaires étrangers ne fait que souder les liens nationalistes entre l’ennemi et la moitié pachtoune d’Afghanistan.

Et le sang qui continue de couler inutilement dans le bourbier afghan teinte maintenant de rouge les mains de Barack Obama. Il a trouvé son Vietnam.

Doug Ireland :

27 mai

http://www.bakchich.info/Barack-Obama-a-trouve-son-bourbier,07825.html


1-2 Paul Craig Roberts : Obama est en train de se transformer en un Dick Cheney.

Au cours de sa visite au Moyen-Orient et avant tout avec son discours à l’Université du Caire, le président Obama a tenté de gagner à sa politique un large public arabe et islamique . De nombreux médias du monde entier l’ont soutenu unanimement, comme s’ils s’étaient concertés. Ceux qui se sont montrés sceptiques et ont demandé que les actes succèdent aux paroles n’ont généralement pas été pris au sérieux. Or ces demandes sont tout à fait justifiées : non seulement l’expérience que l’on a de la politique étrangère américaine au cours des dernières décennies mais également celle des déclarations d’Obama et de ce qu’il a fait jusqu’ici. C’est ce qu’explique Paul Craig Roberts, ex-sous-secrétaire au Trésor des États-Unis.
15 juin

Les États-Unis et leur président ont perdu leur âme. Un pays désespéré a élu un président qui promettait le changement. Des États-uniens étaient venus de tout le pays assister à Washington, par un froid glacial, à la cérémonie de prestation de serment. Aucun autre président n’avait attiré une telle foule. La bonne disposition du peuple à son égard et ses attentes suffisait pour qu’il mette fin aux guerres gratuites et fasse passer des réformes importantes, mais il a trahi le peuple pour favoriser d’autres intérêts. Il se fie à son attitude et à sa rhétorique modérées pour convaincre les gens que le changement est en route.

Or le changement que nous observons est en lui et non dans sa politique. Il est en train de se transformer en un Dick Cheney. Il est en fonctions depuis à peine quatre mois et l’on pourrait déjà écrire un livre entier sur les promesses qu’il n’a pas tenues.

Il avait déclaré qu’il allait fermer Guantanamo, la prison où l’on torturait, et abolir les cours illégales connues sous le nom de tribunaux militaires. Mais maintenant, il dit qu’il va réformer ces tribunaux et poursuivre les procédures, mais sans aveux obtenus sous la torture. Appuyant son adhésion à la politique de Bush/Cheney, les démocrates de la Chambre des représentants lui ont refusé le budget nécessaire à la fermeture de Guantanamo.

On continuera d’enlever des personnes (en général sur la foi de fausses informations fournies par leurs adversaires) et de les interner dans des prisons du tiers-monde pour les y interroger. Une nouvelle fois, Obama a remplacé par une « réforme » sa promesse d’abolir une pratique illégale. Selon lui, la pratique des détentions secrètes (renditions) a été réformée et n’impliquera plus la torture. Comment le savoir ? Obama va-t-il confier à un agent du gouvernement la mission de surveiller les traitements réservés par des brutes du tiers-monde aux personnes enlevées ? Étant donné la propension de la police états-unienne à brutaliser les citoyens états-uniens, rien ne peut garantir que les victimes ne seront pas torturées.

Obama a défendu le programme d’écoutes téléphoniques sans mandat de l’Agence de sécurité nationale (NSA) instauré par l’administration Bush/Cheney et confirmé l’argumentation juridique selon laquelle l’« immunité de juridiction » protège les fonctionnaires gouvernementaux de toutes poursuites pénales et civiles lorsqu’ils violent les lois états-uniennes et les droits constitutionnels des citoyens. Le ministère de la Justice d’Obama a pris la defense de Donald Rumsfeld dans un procès intenté par des détenus dont Rumsfeld avait violé les droits.

Par une « déclaration signée » [1], Obama a renoncé ce mois-ci à protéger les whistleblowers, ceux qui révèlent au Congrès les actions illégales de l’exécutif.

Obama revendique des pouvoirs encore plus étendus que Bush pour l’exécutif. À ce sujet, Bruce Fein écrit : « En principe, le président Obama soutient que les victimes des agissements anticonstitutionnels du gouvernement américain ne pourront pas porter plainte, cela afin d’empêcher les Américains et le monde entier de tirer les leçons des actes illégaux perpétrés au nom de la sécurité nationale et d’exiger des responsables qu’ils répondent de leurs actes politiquement et juridiquement. » En d’autres termes, Obama s’est engagé à couvrir les crimes du régime Bush et à assurer que son propre régime pourra continuer à agir de manière illégale et anticonstitutionnelle.

Obama s’oppose à la publication de la dernière série d’épouvantables photos de tortures qui viennent d’être découvertes. Il prétend que cette publication va susciter la colère desrésistants et les amener à tuer des GI’s. Bien sûr que c’est insensé. Ceux qui résistent à l’occupation de leur pays par les troupes états-uniennes et les mercenaires de l’OTAN ont déjà pour vocation de tuer nos soldats et ils savent que les États-uniens torturent tous ceux qu’ils capturent. Obama s’oppose à cette publication parce qu’il sait que l’image barbare de l’armée US que donnent ces photos va saper l’appui aux guerres qui enrichissent le complexe militaro-sécuritaire, qui calment le lobby pro-Israël et récompensent ceux qui ont financé sa campagne.

Obama est également revenu sur sa promesse de retirer les troupes d’Irak. À la consternation de ses partisans, il laisse là-bas 50 000 GI’s. Les autres sont envoyés en Afghanistan et au Pakistan où, sous les yeux d’Obama, la guerre a éclaté sur une grande échelle et où les bombardements de civils ont déjà fait un million de réfugiés.

Et la guerre contre l’Iran reste une option. Sur l’insistance de Washington, l’OTAN effectue des manœuvres sur un ancien territoire soviétique, préparant la voie à un futur enrichissement du complexe militaro-sécuritaire états-unien. Le chômage états-unien qui monte en flèche fournit les troupes nécessaires aux guerres expansionnistes d’Obama.

Le président peut faire de grands discours sans malmener la langue anglaise. Il sait sourire et amener les gens à croire à sa rhétorique. Le monde, ou du moins une grande partie de celui-ci, semble se satisfaire des paroles modérées qui font passer la politique de suprématie de l’Exécutif et d’hégémonie mondiale qui était celle de Dick Cheney.

[1] Signing statement : acte par lequel le président modifie la signification d’un texte de loi.
Paul Craig Roberts :

Cet article a été publié dans Horizons et débats du 15 juin 2009.

Paul Craig Roberts est l’auteur de la loi Kemp-Roth. Il fut sous-secrétaire au Trésor de l’administration Reagan. Il fut rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal et rédacteur à la National Review.

Version originale publiée par Informationclearinghouse.info.
Version française : Horizons et débats.

http://www.voltairenet.org/article160613.html


1-3 Marie Nassif-Debs : Barak Obama : ou La paix » construite sur l’oppression.

Analyse objective du discours de Barak Obama

Extrait

Nous ne pensons pas aller à l’encontre de la vérité si nous disons que le discours tenu par le président étasunien Barak Obama, le 4 juin à l’université du Caire, n’a pas avancé une nouvelle position dans la politique extérieure des Etats-Unis.

En effet, ce discours, qui fut précédé, quelques jours plus tôt, par un retour à la « Feuille de route », préparée à Oslo il y a plus de seize ans et dont l’exécution n’a jamais dépassé la première clause de « Gaza et Jéricho », a constitué la suite logique de la politique suivie par toutes les administrations étasuniennes depuis Richard Nixon et son ministre des Affaires étrangères, Henry Kissinger.

Indépendamment du langage fleuri et aussi des fréquentes citations du Coran, qui s’étendit longuement sur la nécessité du dialogue entre l’Occident « chrétien » et l’Islam, le discours s’appuya sur le raisonnement sophiste qui, sous couvert de logique, visait réellement à tromper. Voilà pourquoi, nous dirons que le président des Etats-Unis n’a pas « prononcé une parole juste », contrairement au premier verset (ayat) cité par lui. Et voilà pourquoi nous avons décidé de mettre à nu les idées contenues dans son discours, selon la traduction officielle qui nous est parvenue.

Obama, l’Islam et l’Arabité

Dans sa première partie, le discours s’est appuyé sur une toile de fond disant que la guerre menée contre l’Occident vient d’une seule direction, celle des musulmans. C’est pourquoi, prêche le discours, c’est une guerre de religion basée sur d’autres guerres de religions très anciennes dans le temps, mais aussi sur la période du colonialisme qui « priva les musulmans de certains droits et de certaines chances », pour arriver, enfin, à l’incapacité des musulmans à s’habituer « au changement extrême dû à la mondialisation et au modernisme, ce qui poussa certains musulmans à considérer l’Occident comme ennemi des traditions islamiques » !!!

Cette logique renferme deux grandes erreurs. La première consiste à vider les croisades et, plus tard, le colonialisme de leur contenu économique et de leurs deux caractéristiques d’oppression et d’exploitation ; surtout que les Croisés et les colonialistes n’avaient fait aucune différence entre musulmans et chrétiens d’Orient. Nous nous contenterons, à ce propos de parler des événements historiques qui avaient accompagné la chute de Constantinople et le rôle joué par certains Etats chrétiens, dont Gênes, afin de faciliter la prise de cette ville par les Ottomans du Sultan Mohammad V et de supprimer, par là, une concurrence gênante. Quant à la seconde erreur, elle consiste à vouloir dire que la lutte menée par les peuples arabes est une lutte « religieuse » ou, plutôt, une lutte menée par quelques obscurantistes « qui sèment la haine et la préfèrent à la coopération qui pourrait aider nos peuples à réaliser le progrès », comme le dit si bien le discours…

Ajoutons à tout cela que cette théorie à propos de l’Occident et de l’Islam et du dialogue qui doit avoir lieu entre eux nie la présence des nations et des Etats dans la régions ; il bannit le concept de l’arabité et la présence d’un monde arabe que Barak Obama n’a cité l’existence qu’une seule fois, en passant, parce qu’il voulait attribuer à la lutte des peuples arabes contre l’occupation israélienne la cause seconde de la tension dans la région. D’ailleurs, en niant l’arabité des peuples de notre région, le président des Etats-Unis préparait le terrain à ce qu’il allait dire, un peu plus loin, à savoir que nous devons tous « admettre que le désir des juifs d’avoir une patrie à eux est un désir ancré dans une histoire dramatique que personne ne peut nier ». Ainsi, il transformait les juifs en une nation, contrairement à tout ce qui est à ce propos, y compris par des historiens israéliens, et ouvrait la porte toute grande devant ce qu’il avait déjà promis, lors de sa campagne électorale : Israël est l’Etat des juifs dans le monde. Ce qui nous ramène aux enseignements des conservateurs appelés « zionist christiens », amis de Georges W. Bush, et à leur mot d’ordre concernant le « transfert » des Palestiniens, y compris ceux qui n’ont pas quitté leurs terres en 1948.

Les erreurs et les justifications

Mais les erreurs et les justifications ne s’arrêtèrent pas là. Ils atteignirent tous les sujets et les problèmes liés au monde arabe. Le problème des sources énergétiques, en particulier. C’est que les Etats-Unis se trouvent mêlés directement à ces problèmes, depuis les années quarante du XX° siècle et les tentatives visant à marginaliser le rôle de la Grande Bretagne, dans le but de mettre la main sur le pétrole et le gaz de l’Orient arabe. Ils ont eu et continuent à avoir un rôle primordial dans la répression des mouvements populaires dans différents pays arabes. Ils sont aussi responsables du maintien de certains régimes politiques arriérés et répressifs, parce que ces régimes justifient la présence étasunienne militaire et, surtout, économique dans la région arabe.

Nous mettons en avant quelques exemples de ces erreurs contenues dans le discours :

1-En ce qui concerne l’agression étasunienne en Afghanistan, Barak Obama dit : »Nous ne sommes pas allés par libre choix mais par nécessité », mettant ainsi en avant les événements sanglants du 11 septembre 2001 et la responsabilité reconnue par l’organisation Al-Qaëda. Cependant, il a oublié de dire que la présence de son pays en Afghanistan revient à quelques vingt ans plus tôt, aux années quatre-vingts, quand la CIA, avec Oussama Ben Laden et le groupe des Résistants (alors appelés « moudjahiddins »), organisait les campagnes militaires contre la présence armée soviétique. D’ailleurs, la CIA a bien su utiliser ces mêmes groupes afin de propager la culture de l’opium qui lui avait servi à financer ses actions subversives ainsi que celles de ses amis « Contras » et autres en Amérique latine. Enfin, M. Obama a oublié de préciser qu’au moment où une campagne de protestation couvrait le monde contre la répression des femmes, les assassinats des militants et la destruction des statues bouddhistes et autres vestiges des civilisations anciennes en Afghanistan, Washington fut la seule capitale, ou presque, à reconnaître le gouvernement des Résistants et à lui présenter aide et assistance.

Et, si nous n’avons pas développé la tentative d’Obama de se déclarer tuteur des chrétiens arabes, à travers ce qu’il avait dit concernant le respect dû aux Maronites du Liban ou aux Coptes d’Egypte, c’est parce que cette tentative fait déjà partie de toute une littérature visant à instaurer un « Nouveau Moyen Orient », dans lequel Israël serait entouré par de mini Etats confessionnels antagonistes qui auraient, tous, besoin pour survivre de l’aval des Etats-Unis qui pourraient, ainsi, assurer leur mainmise sur les richesses du monde arabe.

En tout cas, et malgré le langage fleuri et les citations du Coran, du Talmud et de l’Evangile, le discours du président Obama n’a réussi qu’à susciter les applaudissements de ceux que le régime égyptien avait choisis pour lui serrer la main. Et, si le gouvernement palestinien de Mahmoud Abbas s’est empressé de le décrire comme un bon point de départ pour atteindre la paix, généralisée et juste, dans la région, il n’en reste pas moins que le refus du droit au retour des Palestiniens, les crimes et le blocus ne peuvent pas assurer une telle paix…

D. Marie NASSIF-DEBS

15/6/2009
(Article paru dans le bimensuel An-Nidaa)

Version arabe : http://www.aloufok.net/spip.php?art...


1-4 Patrick Martin : Obama au Caire : le nouveau visage de l’impérialisme U.S.  

Le discours du président U.S. Barack Obama au Caire le 4 juin dernier était farci de contradictions. Il s’est déclaré opposé a « l’assassinat d’hommes, de femmes et d’enfants innocents », mais a pris la defense des guerres menées en Irak et en Afghanistan, ou de celle conduite indirectement au Pakistan, tout en gardant le silence sur les derniers massacres de Palestiniens à Gaza par Israël.

Le 5 juin 2009

Ces guerres ont fait plus d’un million de morts en Irak, des centaines de milliers en Afghanistan, au Pakistan et dans les territoires palestiniens. Obama a déclaré soutenir la démocratie, les droits de l’Homme et même ceux des femmes, après deux journées d’entrevue avec le roi saoudien Abdullah et le président Hosni Moubarak, deux des tyrans les plus notoires du Proche Orient. Pas un mot dans son discours sur l’absence totale de droits démocratiques en Arabie Saoudite ou sur la répression que mène en ce moment la dictature militaire de Moubarak… Peu avant la visite du président à l’université d’Al-Azhar, la police secrète égyptienne a lancé un raid sur le campus et 200 étudiants étrangers ont été arrêtés. Avant de quitter le Moyen Orient, Obama chanta néanmoins les louanges de Moubarak, notre « allié inconditionnel ».

Se posant en avocat de la paix et de l’entente universelle, Obama se dispensa très diplomatiquement d’évoquer les ordres qu’il a lui-même donnés pour une intensification des hostilités en Afghanistan, avec notamment le déploiement de 17 000 soldats U.S. supplémentaires. Il a en outre tacitement avalisé la politique de son prédécesseur en Irak, en déclarant : « Je pense qu’au bout du compte, les Irakiens se sentent tout de même mieux sans la tyrannie de Saddam Hussein ». Il a aussi préféré éluder la question du retrait des forces U.S. et de sa date butoir signée par l’administration Bush pour décembre 2012, parlant seulement d’une promesse « de retirer toutes nos troupes d’Irak d’ici 2012 ».

Dans son discours, Obama réfute l’idée qu’on puisse taxer l’Amérique « d’empire égocentrique » – ce qu’elle est effectivement – ou que les USA cherchent à obtenir davantage de bases, davantage de territoires ou davantage d’accès aux ressources naturelles du monde musulman. La guerre en Afghanistan est selon lui « une guerre par nécessité », provoquée par les attaques terroristes du 11 septembre. L’administration Bush-Cheney tenait exactement le même argument à l’époque, passant sciemment à la trappe les véritables intérêts matériels en jeu. En réalité, la guerre en Afghanistan participe de la prétention impérialiste des Etats-Unis à contrôler totalement les principales réserves mondiales de gaz et de pétrole : le Golfe Persique et le Bassin de la Caspienne.

Bien sûr, on n’était plus du tout dans le même registre rhétorique. Fini l’artillerie lourde de Bush : « Vous êtes soit avec nous soit contre nous ! », Obama nous dit d’un ton rassurant « Nous sommes tous ensembles dans cette galère ! » Mais, comme l’ont noté pas mal de commentateurs (la New Republic comparait mot à mot ce discours à celui de Bush le 16 septembre 2006 aux Nations Unies), en coupant l’image et le son et en s’en tenant au texte et à la rhétorique générale du discours, on reste toujours dans la même veine que les discours de Bush, de Condolezza Rice ou d’autres représentants de l’administration précédente.

Le propos plus vague, plus fleuri, les références de pure forme à la culture islamique ou à l’égalité des droits des nations, tout ça n’est qu’une variante réajustée du langage dont on drape habituellement les politiques impérialistes américaines ; aucun changement substantiel. Obama n’a pas fait la moindre proposition pour que soient réparés les torts faits aux populations du Proche Orient, pour la bonne et simple raison que, fondamentalement, la source même de cette oppression est le système de pillage et de domination impérialiste du monde, dont l’impérialisme américain reste la pire expression.

Obama a certes fait une petite référence en passant au colonialisme et au rôle des Etats-Unis dans le renversement de gouvernements démocratiquement élus comme celui de Mossadegh en Iran, en 1953. Mais dans sa litanie sur les « sources de tension » dans la région, il s’en est tenu à la même liste que son prédécesseur, avec au premier plan « l’extrémisme violent » – substitut purement rhétorique pour remplacer le « terrorisme » de Bush.

Dans les médias américains, la réaction au discours d’Obama fut unanimement enthousiaste. A gauche, David Corn du magazine Mother Jones claironna que les plus grands atouts d’Obama étaient « sa trajectoire personnelle, son anti-Busherie, sa reconnaissance des erreurs de l’Amérique, enfin sa volonté de dire au moins les choses comme s’il voulait se poser en honnête courtier au Proche Orient ».

Dans le magazine belliciste de gauche New Republic, Michael Crowley écrivait : « Le voir déballer sa biographie, offrir une représentation si inhabituelle du monde, c’est apprécier tous les bénéfices que l’Amérique va pouvoir tirer de ce nouveau visage qu’elle présente d’elle au monde ».

Peut-être plus révélateur encore, ce commentaire de Max Boot, néo-conservateur et fervent defenseur de la guerre en Irak : « Il m’a semblé bien plus efficace pour faire valoir la cause de l’Amérique aux yeux du monde musulman. Pas le moindre doute : c’est un bien meilleur vendeur que son prédécesseur ».

Dans son discours au Caire, Obama jouait tout simplement le rôle pour lequel il a été engagé et promu par une portion décisive des élites américaines de la finance mais aussi de l’appareil militaire et des affaires étrangères, à savoir d’offrir un nouveau visage à l’impérialisme américain. Cela dénote un virage tactique, certes, mais non un changement de stratégie dans l’offensive de Washington pour sa domination du monde.

Il y a environ deux ans, l’ancien conseiller à la sécurité nationale U.S., Zbigniew Brzezinski, offrit publiquement son soutien à la candidature présidentielle de celui qui n’était encore qu’un obscur sénateur de l’Illinois, pariant sur le fait qu’un Afro-Américain héréditairement lié au monde musulman comme Obama, améliorerait certainement l’image des USA sur le plan international.

Brzezinski était le mentor des faucons de l’administration démocrate de Jimmy Carter. Il avait largement contribué à pénétrer les bouleversements politiques survenus en Afghanistan, dans le but de provoquer l’intervention soviétique afin d’attirer la bureaucratie de Moscou dans le piège d’un bourbier identique à celui du Vietnam. Son point de focale a toujours été ce qu’il appelle « le grand échiquier » d’Eurasie, et en particulier les riches champs pétroliers d’Asie Centrale, où la lutte d’influence fait désormais rage entre les USA, la Russie, la Chine et l’Iran.

Brzezinski déclarait dès août 2007 : Obama « reconnaît que le vrai défi c’est un nouveau visage, l’idée d’une nouvelle direction, d’une redéfinition du rôle des Etats-Unis dans le monde… Ici, Obama est incontestablement plus efficace et l’emporte haut la main. Il a le sens de ce qui est historiquement pertinent et de ce qu’on est réellement en droit d’attendre des Etats-Unis dans leur relation avec le reste du monde ».

Defenseur impitoyable des objectifs de l’impérialisme américain, Brzezinski avait averti les élites américaines au pouvoir, du danger de ce qu’il appelle le « réveil politique global ». Dans un commentaire qui a fait couler beaucoup d’encre, il expliqua au magazine allemand Der Spiegel, quelques mois à peine avant de soutenir Obama, que la grande majorité de l’humanité « trouvera bientôt intolérables les disparités béantes de la condition humaine. Cela pourrait bien être le danger collectif auquel nous serons confrontés au cours des prochaines décennies ».

Si l’on veut appeler les choses par leur nom, ce que les représentants les moins obtus de la classe dirigeante américaine redoutent réellement, c’est une révolution mondiale. C’est seulement pour empêcher un tel soulèvement social qu’ils ont jugé crucial d’installer Obama à la Maison Blanche. C’est aussi la raison de son pèlerinage au Caire.

Source: World Socialist Web Site

Vendredi, 12 Juin 2009

Traduit de l’anglais par Dominique Arias pour Investig'Action


Les commentaires sont fermés.