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14/07/2009

n°446 - Les Dossiers d'Irak - 12-07 - :Suite - : L'Occident (démocratique etc.) est-il une internationale de la mort

n°446 - Les Dossiers d'Irak - 12-07 - :Suite - : L'Occident (démocratique etc.) est-il une internationale de la mort



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les Dossiers d'Irak

N° 446                                                         12/07/09

C.De Broeder & M.Lemaire



 Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Dossier & Point de vue

1-3 Gilles Munier : SOFA – la grande manip…

1-4 Julie Hyland : Grande-Bretagne : Brown : l'enquête sur la guerre en Irak ne doit pas « distribuer les mauvais points ».

1-5 Retrait des troupes d'occupations.

1 Alain Gresh : Retrait des troupes américaines des villes d’Irak

2 Des troupes restent à Mossoul,

3 Jean-pierre Perrin : Retrait des troupes américaines - Al-Qaeda revigoré.

4 L'Irak renoue avec la violence.

5 Interrogations sur l’après-repli américain en Irak. 


1-3 Gilles Munier : SOFA – la grande manip…
Les Irakiens qui croyaient qu’on les consulterait par referendum, fin juillet, pour valider le SOFA - Status of force agreement, le pacte sécuritaire avec les Etats-Unis - voté par les parlementaires le 27 novembre 2008, en sont pour leurs frais : le Premier ministre Nouri al-Maliki en a décidé autrement, en accord avec Barack Obama.

La consultation est reportée à janvier 2010, « faute de temps et d’argent », ce qui ne convainc évidemment personne.
Jusqu’au 31 décembre 2008, l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis était entérinée par des résolutions de l’ONU.

Pour éviter de se retrouver dans une situation juridique délicate, Washington se devait de négocier, avec le gouvernement irakien, un accord précisant les formes que prendrait, après cette date, la présence militaire américaine dans le pays.
Double langage
Après des mois de tractations, le texte soumis aux députés comportait des formulations ambiguës permettant des interprétations « flexibles » afin que personne ne perde la face.

Malgré cela, le 27 novembre dernier, 198 sur 275 parlementaires s’étaient fait porter malade ou avaient éprouvé l’impérieux besoin d’effectuer leur pèlerinage à La Mecque ! Le texte était passé par 149 voix pour, et 35 contre. Pour : celles d’al-Dawa, du Conseil suprême islamique d’Abdul Aziz al-Hakim et des deux partis kurdes. Des membres du Front de l’accord irakien, coalition de partis sunnites, avaient négocié leur soutien au gouvernement en obtenant l’organisation d’un referendum national fin juillet 2009. Contre, principalement : les partisans de Moqtada Sadr. L’Ayatollah Sistani, qui exigeait un semblant de consensus national, donna son aval à l’opération.
Depuis ce vote au Parlement, à Bagdad, dans les milieux pro américains, la mode est plus que jamais au double langage : se présenter au peuple en ardent défenseur de la souveraineté nationale, et assurer Washington, discrètement, qu’il faut maintenir dans le pays une présence militaire conséquente.
Ainsi, le 30 juin, comme l’exige le SOFA, les troupes d’occupation se retireront des villes, mais pour se positionner… à leur lisière ! Interrogés sur le nombre de soldats qui seront maintenus, le général Ray Odierno, commandant de l'US Army en Irak, a répondu : « très petit », et Ali al- Dabbagh, porte- parole du gouvernement, que ce sera « fonction des besoins ». En d’autres termes : les GI’s ne quitteront pas vraiment les villes. L’accord de sécurité les autorise, d’ailleurs, à intervenir partout, sous couvert de chasse aux terroristes d’al-Qaïda au Pays des deux fleuves, vocable englobant toute la résistance. La construction de quatorze nouvelles bases est même à l’étude, dont une baptisée « Joint Security Station Comanche » en bordure de Sadr City. Firyad Rawndouzi, membre du Comité sécurité et défense du Parlement, estime nécessaire un « soutien américain » dans le « zones instables », les opérations militaires se déroulant – au moins sur le papier - en coordination avec l’armée et le gouvernement irakiens. Massoud Barzani est le seul à se déclarer pour le maintien des troupes américaines et à proposer, si nécessaire, la construction de bases de repli dans la région kurde qu’il préside.

« Bagdad s’enflammerait »
Le Président Obama a annoncé le retrait des troupes américaines d’Irak pour le 31 août 2010, soit seize mois avant la date fixée par le SOFA. Mais, de 35 et 50 000 soldats y demeureront pour une période indéterminée, comme prévu par Dick Cheney, pour conseiller et former les troupes irakiennes, et mener « si nécessaire » des opérations « limitées » contre les « terroristes ». Lors du vote à l’Assemblée, ces points avaient été cachés, délibérément, à la plupart des députés et à l’opinion publique. Désormais connus de tous, les non-dits du SOFA annonçaient une campagne référendaire explosive. Le non ne faisait aucun doute et ce, d’autant plus, qu’Obama avait décidé de publier les photos des tortures infligées aux Irakiens par la CIA et la soldatesque étasunienne. C’en était trop pour Nouri al-Maliki. En apprenant la nouvelle, selon un officiel américain présent, le Premier ministre irakien était devenu « blanc comme neige » et déclaré que si la décision était maintenue : «Bagdad s’enflammerait ».
Depuis que Barack Obama a interdit la publication des photos - « pour ne pas mettre en danger les troupes américaines » -, Nouri al-Maliki peut jouer à nouveau au nationaliste à poigne. Il lui restait à échapper au rejet du SOFA par le peuple irakien. Dès mars dernier, Sadiq al-Rikabi, son principal conseiller, avait préparé le terrain en déclarant que le referendum n’était plus nécessaire en raison des engagements pris par Obama. Puis, Faraj al-Haidari, président de la Commission électorale a réclamé 90 millions de dollars pour l’organiser. « Trop cher ! » a dit le Premier ministre et le report du scrutin a été annoncé. Son annulation pure et simple était trop risquée : elle aurait nécessité la convocation du Parlement et provoqué des débats houleux susceptibles de déstabiliser le gouvernement.
D’ici le 30 janvier 2010 - date des législatives–referendum - il faut s’attendre à de nouvelles manipulations de l’opinion autour du SOFA.

Nouri al-Maliki se montrera très attentif à la façon dont l’armée américaine respecte l’accord, comme il l’a fait en avril en condamnant un raid US sur Kout et en réclamant – pour la galerie - le passage des militaires impliqués devant un tribunal irakien. Fin manœuvrier, il pourrait, cette fois, demander la négociation d’un nouveau texte. Dans ce cas, son succès électoral est assuré.

Gilles Munier

July 01, 2009

Gilles Munier (Afrique Asie – juillet 09)

http://gmunier.blogspot.com/


1-4 Julie Hyland : Grande-Bretagne : Brown :  l'enquête sur la guerre en Irak ne doit pas « distribuer les mauvais points ».

Si l'annonce d'une nouvelle enquête sur la guerre en Irak par le premier ministre Gordon Brown était censée enterrer toutes les questions sur l'invasion plus que discutable, elle a eu l'effet opposé.

Brown a annoncé cette nouvelle enquête au début de la semaine. Ce sera la cinquième enquête sur l'Irak depuis 2003. Y compris l'enquête d'Hutton sur le prétendu suicide de l'inspecteur en chef des armes irakiennes, David Kelly, et l'enquête de Butler sur les sources d'informations utilisées pour justifier l'invasion.

Toutes ces enquêtes ne portaient que sur des points précis liés à la guerre, elles n'ont servi que d'opération de camouflage.

On prétend que celle-ci sera différente. Elle couvrira la période qui s'étend de 2001 au retrait des troupes anglaises d'Irak au début de cette année. Cependant, Brown a insisté sur le fait que cette enquête « devra  identifier les leçons à tirer. Elle ne se lancera pas dans l'attribution de mauvais points, ni n'envisagera les questions de responsabilité civile ou pénale ».

À cette fin, Brown a déclaré que l'enquête — qui sera menée par un comité de conseillers de son cabinet sous l'autorité de Sir John Chilcot — se déroulerait en secret, les « informations les plus sensibles » n'étant pas divulguées au public pour des raisons de « sécurité nationale », ses conclusions ne seront pas révélées avant les élections générales de mars 2010.

Le fait que Brown ait dû accepter une nouvelle enquête montre que sont gouvernement traverse une crise politique. Non seulement, le Parti travailliste a perdu le soutien populaire, il a également perdu sa crédibilité aux yeux de sections de l'élite dirigeante qui s'impatientent de ce qu'il n'est pas capable de prendre les initiatives qu'elles jugent nécessaires.

Ayant accepté une enquête à laquelle il s'était opposé pendant des années, Brown espérait garder ses discussions secrètes. Mais ses plans ont presque immédiatement tourné court, il aurait été contraint d'accepter qu'une partie de l'enquête soit publique.

Le dirigeant conservateur, David Cameron, entre autres, a critiqué le caractère globalement secret de l'enquête, arguant que « quelques sessions publiques » devraient faire « partie de la stratégie de mise en confiance du public qui est absolument nécessaire ».

Le Parti conservateur a soutenu l'invasion, Cameron a reconnu que « le conflit irakien cause une grande division », mais il a poursuivi, « ce sur quoi l'on peut être d'accord, ce sont le professionnalisme et la bravoure des forces armées, le service qu'elles ont rendu à notre pays, et la dette que nous avons envers tous ceux qui ont perdu la vie ».

Il y a eu des plaintes plus larges sur le caractère très restreint de la proposition de Brown, de la part d'autres partisans de la guerre, y compris au sujet de l'exclusion des militaires de la discussion.

Ce genre de critique des auditions à huis clos du gouvernement n'a rien à voir avec une authentique responsabilité démocratique. Pour les puissances en place, « restaurer » l'image de l'armée et « tirer les leçons » de la guerre d'Irak sont essentiels pour leurs objectifs à plus long terme.

Le quotidien de droite Telegraph est du même avis que Brown, l'enquête ne doit pas « distribuer les mauvais points ». Mais il défend l'idée dans son éditorial qu'un examen de « cette coûteuse intervention étrangère » était nécessaire. Plus important encore, il faut tirer les leçons de ce qu'il décrit avec regret comme l'absence de tout « plan d'après-guerre » qui a condamné l'Angleterre à s'enfoncer dans une occupation de longue durée.

« Les forces britanniques étant déployées en Afghanistan sans que l'on entrevoit la fin, il est plus important que jamais de tirer les leçons des erreurs commises en Irak », avertit le journal.

Dans le Guardian, Jonathan Steel a postulé deux modèles possibles pour une enquête. L'un, « et ce que de nombreuses familles de soldats anglais tombés veulent, chercherait à régler de comptes en donnant les noms de tous ceux qui ont pris les décisions déterminantes, les hauts fonctionnaires comme les ministres. Un autre type d'enquête consisterait à tirer des leçons », explique-t-il.

Steel poursuit, « Mon opinion c'est qu'une enquête qui règle des comptes n'est pas la bonne route à suivre... Cela donnerait un aspect principalement punitif à la procédure et ne donnerait lieu, au mieux, qu'à un passage de patate chaude entre fonctionnaires et ministres, et au pire, à une chasse aux sorcières alimentée par les médias. »

Pour ce commentateur du Guardian, « la question cruciale est que la Grande-Bretagne ne se lance plus dans une telle "guerre par choix" à nouveau ».

Dans le Times, le spécialiste des questions militaires Michaël Evans a exprimé son souhait que l'enquête examine « à quel moment le gouvernement Blair a estimé que la destruction des supposées "armes de destruction massive" de Saddam n'était plus l'unique objectif et que le changement de régime était le véritable but » et qu'est-ce qui « s'est vraiment passé en coulisses lorsque — devant l'opposition de la France et de l'Allemagne — le gouvernement britannique a abandonné sa tentative de faire passer une seconde résolution de l'ONU en faveur de l'invasion ».

« Guerre par choix », « Changement de régime », machinations « en coulisses » ? L'emploi de ces termes indique les vraies questions, le fait que l'invasion de l'Irak constitue un acte d'agression, et que malgré toutes les affirmations selon lesquelles Saddam Hussein représentait une menace pour le monde, le véritable auteur de la violence, de la mort et des destructions est l'impérialisme des États-Unis aidé par son sous-fifre britannique.

Les affirmations selon lesquelles l'Irak possédait des armes de destruction massive ont servi de prétexte aux efforts entrepris par les États-Unis pour contrer leur déclin par rapport à leurs principaux rivaux en utilisant leur puissance militaire supérieure afin de faire prévaloir leurs intérêts dans la région riche en pétrole du Moyen-Orient.

Avec le Royaume-Uni qui se jetait dans l'aventure en espérant récupérer une partie des bénéfices, les représentants politiques de l'oligarchie financière aux États-Unis et en Grande-Bretagne ont mis au point une conspiration contre les peuples du Moyen-Orient et leurs propres populations.

Des preuves dont on dispose déjà, on peut déduire que Tony Blair avait accepté en privé les objectifs de guerre des États-Unis. En public, cependant, son gouvernement produisait et arrangeait des rapports des services de renseignement sur les supposées armes de destruction massive de l'Irak.

Devant les condamnations populaires, Blair a déclaré que le test d'un gouvernement était sa capacité à ignorer la volonté populaire. En cela, il avait le soutien de la quasi-totalité de l'establishment politique et des médias.

Les estimations du nombre de vies iraquiennes perdues à cause de la guerre et de l'occupation se montent à 1 million. L'Irak a été réduit en cendres, ses infrastructures sont détruites en grande partie, et des millions de gens sont devenus des réfugiés, et des millions de plus sont confrontés au chômage et à une pauvreté extrême. 179 personnels militaires britanniques et 4315 Américains ont été tués.

La réalité brute en ce qui concerne la bourgeoisie britannique et le gouvernement travailliste en particulier, c'est que même une enquête visant uniquement à « tirer les leçons » en préparation de futures guerres de conquête ouvre immédiatement la porte à des actions en justice contre les architectes de cette guerre.

Les poursuites engagées contre des nazis de haut rang à la fin de la Seconde Guerre mondiale ont établi que commettre délibérément une guerre d'agression constituait un crime contre les lois internationales.

En fait, c'était le premier chef d'accusation contre les dirigeants nazis. Comme l'a expliqué le tribunal international de Nuremberg : « Lancer une guerre d'agression […] n'est pas seulement un crime international, c'est le crime international suprême, se distinguant des autres crimes internationaux en ce qu'il contient en lui-même les maux cumulés de tous les autres. »

Dans le cas de la guerre d'Irak, ces « maux cumulés » ont consisté en des tueries, de la torture, les « interrogatoires externalisés », les détentions illégales, et des atteintes profondes aux droits démocratiques fondamentaux de la classe ouvrière.

Ce qu'il faut, ce n'est pas une nouvelle enquête du gouvernement sur la guerre en Irak, mais la création d'un tribunal apte à juger les crimes de guerre de Bush, Blair et leurs complices dans ces actions meurtrières.

Ce n'est pas simplement une question de vengeance contre ces individus. Laisser impunis des crimes de cette ampleur aurait des conséquences catastrophiques sur la vie politique, sociale et morale en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en fait, dans le monde entier. Cela ne pourrait que faciliter le lancement de nouvelles guerres d'agression encore pires et toutes les atrocités qui en résultent.

Julie Hyland

Mardi 30 Juin 2009

http://www.alterinfo.net/Grande-Bretagne-pour-la-creation-d-un-tribunal-de-guerre-sur-l-invasion-de-l-Irak_a33917.html

http://www.wsws.org/


1-5 Retrait des troupes d'occupations.

1 Alain Gresh : Retrait des troupes américaines des villes d’Irak

Le mardi 30 juin, les troupes américaines se retireront des villes irakiennes, laissant à l’armée nationale le soin de la sécurité. Comme le rappelle LeMonde.fr du 26 juin (« L’Irak se prépare au retrait américain des villes fin juin ») :

« Les 750 000 policiers et militaires irakiens qui prendront en main la sécurité dans les villes après le retrait américain du 30 juin devront gérer une situation encore fragile, six ans après la chute de Saddam Hussein. Conformément à l’accord de sécurité signé en novembre entre Bagdad et Washington, les 130 000 militaires américains se regrouperont dans des bases hors des agglomérations. »

« Parallèlement, 500 000 policiers et 250 000 soldats irakiens, une force née du néant après le chaos de l’invasion conduite par les Etats-Unis en 2003, ont pris progressivement possession des bases américaines et des barrages qu’ils contrôlaient avec les Américains. La nouvelle donne oblige désormais la Force multinationale à demander l’autorisation quand elle veut intervenir hors de ses cantonnements. »

C’est le 27 novembre 2008 que le parlement irakien a ratifié l’accord sur le retrait des troupes américaines d’ici fin 2011 (signé du temps de l’administration Bush). Et il semble que le président Obama soit bien décidé à se conformer à ce calendrier, malgré certaines pressions de ses militaires (lire Gareth Porter, « M. Obama, prisonnier de ses “faucons” en Irak ? », Le Monde diplomatique, janvier 2009).

L’Agence France Presse donne les précisions suivantes : 157 bases américaines dans la villes seront évacuées ; 131 000 soldats américains restent présents en Irak ; 4 313 ont été tués depuis le début de l’invasion, ainsi que, selon le gouvernement irakien, 1844 soldats et policiers irakiens. Toujours selon l’AFP, 100 867 civils irakiens ont été tués durant la même période (selon l’ONG britannique Iraq Body Count). Le bilan des pertes humaines a fait l’objet de nombreuses polémiques.

Ainsi, dans un envoi du 9 avril 2007, je citais le quotidien britannique The Guardian du 28 mars 2007, qui publiait un texte intitulé « A monstrous war crime », signé par Richard Norton, éditeur de la revue médicale The Lancet. Celle-ci avait publié le 11 octobre une étude de l’université Johns Hopkins affirmant que 650 000 Irakiens étaient morts des suites de l’intervention américaine. La BBC, rappelle Richard Norton, a révélé que le comité scientifique auprès du gouvernement britannique avait confirmé la validité de l’étude, ce qui n’avait pas empêché Londres de dénoncer l’étude comme « peu sérieuse ».

Le 10 janvier 2008, je publiais un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé qui donnait le chiffre de 151 000 morts irakiens entre mars 2003 et juin 2006. Jugera-t-on un jour les responsables américains et britanniques qui ont pris la décision de se lancer dans cette meurtrière aventure ? C’est plus que douteux...

Alors que l’échéance du retrait des villes se rapproche, on assiste, selon Patrice Claude (LeMonde.fr, 25 juin) à une « nouvelle vague d’attentats contre les chiites ». Un attentat qui a fait plus de 70 morts le 24 juin dans la banlieue de Bagdad est « le huitième attentat visant délibérément des zones d’habitat chiite comptabilisé en quatre jours. Depuis l’explosion d’un camion piégé qui a détruit 80 maisons et tué 73 civils, le 20 juin, sur le marché central de Taza, une petite ville turkmène chiite située près de Kirkouk, ce sont près de 170 personnes qui ont perdu la vie ».

Qu’est-ce qui changera après le 30 juin ? Michael Knights, sur le site du Washington Institute for Near East Policy (partie du lobby pro-israélien), publie le 26 juin une étude intitulée « Iraq Withdrawal Deadline : Subtle Shift in U.S. Mission » :

« Le calendrier de la mise en œuvre de l’accord est respecté. Depuis sa ratification, les forces américaines ont commencé à se soumettre aux dispositions : obtenir l’accord des Irakiens pour tous les raids militaires ; transfert de toutes les personnes nouvellement arrêtées aux autorités irakiennes dans les vingt-quatre heures. La zone internationale et le contrôle de l’essentiel de l’espace aérien sont passés le 1er janvier 2009 sous souveraineté irakienne. » (...)

« Le 30 juin est perçu comme un point crucial vers le retrait total des forces américaines. Bien que l’accord ne le spécifie pas, l’administration Obama a affirmé son intention de réduire sa présence à des forces “résiduelles” de 35 000 soldats d’ici août 2010. » La date du retrait total est fixée au 31 décembre 2011.

« Malgré ces changements, bien des choses resteront en l’état », poursuit Michael Knights. Les forces américaines resteront à la périphérie des villes. Des conseillers américains pourront assister les troupes irakiennes dans leurs opérations dans les villes. Parmi les aspects négatifs du retrait, selon l’auteur, le fait que les troupes américaines servaient à “unifier” les différentes composantes ethnico-religieuses.

Quoi qu’il en soit, il est clair que l’avenir dépendra de la capacité du gouvernement irakien à sortir des logiques ethniques et confessionnelles.

Pour une vision quotidienne de la vie des Irakiens, ainsi que de la manière dont ils perçoivent le retrait des troupes américaines et sa transformation par le gouvernement du premier ministre Nouri Al-Maliki en une grande victoire, on lira les témoignages sur le blog « Inside Iraq » (envois entre le 26 et le 28 juin). L’un explique comment, sur une chaîne publique de télévision, ceux qui expriment des doutes sur les capacités des soldats irakiens à assurer la sécurité sont coupés ; l’autre s’inquiète des pratiques de M. Al-Maliki qui lui rappellent celles de Saddam Hussein...

Pour le conforter, si l’on peut dire, dans ses craintes, on lira l’enquête de Shane Bauer, dans l’hebdomadaire progressiste américain The Nation (22 juin) : « Iraq’sNew Death Squad », où l’on apprend comment les Américains ont formé les forces antiterroristes en Irak, en s’appuyant sur l’expérience de la Colombie ou du Salvador...

Enfin - hasard du calendrier sans doute -, c’est ce week-end que le gouvernement irakien a ouvert l’accès à ses champs de pétrole à des compagnies étrangères (à titre d’opérateur et pas de propriétaire) : « Big Oil Ready for Big Gamble in Iraq » (Gina Chon, The Wall Street Journal, 24 juin). Le pétrole a été depuis plusieurs années au cœur de polémiques américano-irakiennes et Washington n’a jamais été capable d’imposer une loi sur la privatisation des richesses pétrolières irakiennes (lire « Le pétrole et l’Irak »).

Alain Gresh
Le Monde Diplomatique

mercredi 1er juillet

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=6870


2 Des troupes restent à Mossoul,

Certaines troupes non-combattantes américaines demeureront à Mossoul, dans le nord de l'Irak, après le 30 juin. «Le gouvernement irakien a accepté le maintien de certaines troupes non-combattantes» à Mossoul, a déclaré jeudi aux journalistes le général Robert Caslen, plus haut gradé américain dans le nord de l'Irak.

«Ces militaires aideront les forces irakiennes là où elles le souhaiteront, et ils seront dans cinq districts seulement, à travailler avec les Irakiens», a ajouté le général Caslen.

Mossoul, dernier bastion urbain d'Al-Qaïda selon l'armée américaine, est une des dernières villes du pays qui n'a pas encore été entièrement pacifiée.

Bagdad, les localités de la province d'Al-Anbar (ouest) ainsi que celles de Diyala (nord-est de la capitale), Mossoul (nord), Samarra et Kerbala (centre), Kirkouk (nord) et Bassorah (sud) seront contrôlées par des soldats et des policiers.

Il s'agit des villes les plus instables, ou celle d'importance économique (Bassorah) ou religieuse (Kerbala). Les huit autres grandes villes du centre et du sud, réputées plus calmes, dépendront exclusivement du ministère de l'Intérieur.

Le gouvernement met aussi l'accent sur le contrôle des frontières, particulièrement celle avec l'Iran, jugée trop poreuse aux infiltrations de «groupes spéciaux». Ces miliciens seraient armés par l'Iran, selon l'armée américaine. 700 postes d'observation sont érigés le long des 3600 km de frontières.

http://tatun.unblog.fr/2009/06/26/les-soldats-americains-laissent-la-rue-aux-irakiens/


3 Jean-pierre Perrin : Retrait des troupes américaines - Al-Qaeda revigoré.

La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information.

Le long de la frontière syrienne, la police irakienne ne patrouille que deux semaines par mois.

Les quinze autres jours, elle ne travaille pas. La raison : elle n’a plus d’essence pour ses voitures. Cette frontière est pourtant le point de passage de la quasi-totalité desrésistants qui viennent se battre en Irak.

Mais la corruption se soucie peu d’Al-Qaeda. Même si cette organisation vient de faire un spectaculaire retour en force dans l’ancienne Mésopotamie.

La méthode, attaques kamikaze ou véhicules piégés, comme les cibles, les quartiers chiites ou les commissariats, portent la signature de l’organisation.

«Fragile». La situation n’est pas pour autant comparable avec les années les plus noires de la guerre civile (2006-2007).

Reste que cette vague d’attaques inquiète Washington qui voit la situation sécuritaire se dégrader au pire moment, celui où les troupes américaines quittent les villes.

 «Nous observons un regain de violence, mais, dans l’ensemble, le niveau de violence est comparable à celui de 2003.

C’est toujours fragile», admettait récemment le chef d’état-major interarmes américain, l’amiral Michael Mullen. Cette recrudescence de la violence fait craindre qu’elle s’aggrave encore avant le retrait des forces américaines, prévu pour fin 2011 par l’accord de sécurité entre Washington et Bagdad.

L’année 2008 avait été un tournant dans la lutte contre Al-Qaeda, marquée par une amélioration sensible de la sécurité attribuée au général David Petraeus. Les incidents armés étaient tombés de 180 par jour à 25 ou 30. «Al-Qaeda a été affaiblie mais n’a pas disparu. Des groupes résiduels continuent à opérer», confiait-il lors d’un passage à Paris, en septembre.

Prudent, il avait ajouté que cette amélioration était «fragile et réversible».

Selon l’anthropologue Hosham Dawod, chercheur au CNRS, qui travaille sur ce dossier, l’affaiblissement d’Al-Qaeda doit effectivement beaucoup à la nouvelle stratégie américaine. «Elle a été frontale et fulgurante : elle a notamment consisté à repérer les chefs de l’insurrection et à les éliminer ; les forces spéciales américaines ont tué des centaines de responsable de la résistance mais, habilement, elles ont épargné les petits cadres et les simples combattants.

Et puis, l’armée américaine a su acheter les tribus contre Al-Qaeda.»

Mais Al-Qaeda a aussi su évoluer. Ce n’est plus la même organisation qui opère en Irak. Elle s’est «irakisée». Les officiers baassistes, notamment les membres de la Garde républicaine spéciale (la force d’élite de Saddam Hussein), l’ont intégrée. Dès lors, Al-Qaeda a su s’adapter à la nouvelle donne : renforcement de l’Etat, des forces de sécurité - entre 800 000 et 900 000 hommes -, regain de légitimité du gouvernement…

«Vigilance calculée».

Le paradoxe, c’est aussi qu’Al-Qaeda a tiré profit de la montée en puissance du Premier ministre Nouri al-Maliki, précisément grâce à ses succès contre les groupes armés, sunnites et chiites. «Rares sont les hommes politiques irakiens qui ont accepté que Maliki s’octroie seul les bénéfices de cet acquis.

Une partie de la dégradation de la situation est donc due à une baisse calculée de la vigilance de ses adversaires politiques qui avaient eux-mêmes contribué à l’amélioration de la sécurité. Ils veulent l’affaiblir là où il avait bâti sa fortune politique : la sécurité», indique Dawod. Selon lui, le plan Obama porte aussi sa part de responsabilité : «L’annonce précipitée d’un retrait, sans que les forces irakiennes soient prêtes à prendre la relève, a encouragé les groupes armés et les pays de la région à se disputer à nouveau leurs positions en Irak. Obama ne s’est pas rendu compte de la complexité de ce pays.»

Il y a encore d’autres raisons, dont le retour des jihadistes via la frontière syrienne (au rythme d’une vingtaine par mois), un moyen pour Damas de faire pression sur Washington afin d’obtenir la levée des sanctions.

Un autre chercheur, qui a requis l’anonymat, relève la libération par les Américains de 2 000 détenus de la prison de Bucca (près du Koweït), dont une partie a rejoint les insurgés : «En vertu de l’accord de sécurité, les Américains devaient remettre à Bagdad les prisonniers dangereux, ce qu’ils n’ont pas fait. Cette violation a joué dans le retour de la violence.»

http://www.liberation.fr/monde/0101576943-al-qaeda-revigore-en-plein-retrait-des-troupes-americaines


4 L'Irak renoue avec la violence.

La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information.

Samedi, 73 Irakiens avaient perdu la vie à Kirkouk, lors de l'explosion d'un camion-piégé devant une mosquée.

Hier, un véhicule de la police a sauté sur une mine, à Falloujah et ses cinq occupants ont été tués. Un peu plus tard, un autre attentat a fait deux morts dans une gare routière de la capitale.

À une semaine de la fin du retrait des unités de combat américaines déployées dans les centres urbains, cette série d'attentats a mis fin à une longue période de calme que démontraient les statistiques des pertes civiles.

Elle a surtout renforcé les doutes sur les capacités des forces irakiennes à préserver les succès enregistrés depuis un an dans la lutte contre la guérilla.

Certaines unités irakiennes ont démontré leur aguerrissement et leur discipline, notamment l'an dernier, lors de l'opération menée contre des activistes, à Bassorah.

Cependant, c'est loin d'être le cas pour toutes les formations de l'armée de terre et de la police. « Les forces irakiennes n'ont pas assez d'expérience, déplore Mustafa Hussain, un épicier de 33 ans, et elles ne contrôlent pas bien les véhicules aux postes de contrôle. »

Outre leurs performances inégales, les forces de sécurité irakiennes sont ethniquement hétérogènes. L'armée est majoritairement chiite et certains de ses éléments ont ouvertement pris partie contre les sunnites dont les éléments extrémistes sont tenus responsables de la majorité des attentats de ces derniers mois. Les attentats viseraient donc à aviver les tensions intercommunautaires.

C'est possible. Mais il faut aussi tenir compte du facteur Al-Qaida : bien qu'affaiblis, ces groupes pourraient profiter du retrait américain pour reprendre leur campagne de terreur.

Jawad Khadim, un chauffeur de taxi de Sadr City, en est convaincu : « Les groupes terroristes veulent faire passer le message qu'après le retrait des troupes américaines des villes, il y aura un vide en matière de sécurité. »

26 juin 2009

http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-L-Irak-renoue-avec-la-violence-aveugle-_3637-984399_actu.Htm


5 Interrogations sur l’après-repli américain en Irak.

Les récents événements en Irak suscitent des interrogations sur la manière dont les forces de sécurité irakiennes pourront assurer la sécurité lorsque les troupes de combat américaines se seront retirées des centres urbains. D’ici le 30 juin, la plupart des soldats américains devront avoir quitté les villes et les villages, marquant une étape importante dans la réappropriation par l’Irak de sa souveraineté.(…)

Mais les forces irakiennes sont-elles prêtes à prendre la relève ?
Certaines unités irakiennes ont démontré leurs capacités, notamment l’an dernier lors de l’opération menée contre des activistes à Bassorah.
Cependant ce type d’opération requiert des services de renseignement de premier plan et une grande réactivité.
Michael O’Hanlon, spécialiste de la politique de sécurité américaine au Brookings Institute de Washington, relève qu’en dépit de leur retrait des villes, les Américains resteront à proximité et qu’un petit nombre d’entre eux se maintiendront à l’intérieur des agglomérations.
Cependant, les performances de l’armée irakienne ont paru inégales, et dans des zones ethniquement hétérogènes telles que Kirkouk ou Mossoul, les forces américaines ont souvent été considérées comme la seule partie neutre.
Wayne White, ancien directeur adjoint du bureau des renseignements sur le Proche-Orient du département d’Etat américain, note ainsi que l’armée irakienne est majoritairement chiite et que certains éléments ont ouvertement pris parti contre les sunnites.
Des résistants sunnites, et notamment al Qaïda, sont tenus responsables par le gouvernement de la majorité des attaques de ces derniers mois, le plus souvent dirigés contre des chiites..
Les chiites redoutent dès lors que les résistants tentent d’exploiter le vide laissé par le repli américain.
"On ne peut arrêter chaque poseur de bombe.

Mais des dirigeants forts et avisés devraient être capables de prévenir le cycle de vengeances meurtrières de 2005 qui a culminé en guerre civile", tempère Joost Hiltermann, du Groupe international de crise.
En outre, si la plupart des troupes de combat américaines se retirent, des instructeurs, des conseillers et des unités de surveillance aérienne par drones seront maintenus sur place et devraient être parmi les derniers à quitter le pays.
A l’extérieur des villes, les opérations militaires américaines ne sont pas limitées mais elles doivent se faire en coordination avec les autorités irakiennes, ainsi que c’est le cas depuis le début de l’année.
"La pression sera dès lors maintenue sur al Qaïda", conclut Tim Ripley, du Jane’s Defence Weekly Magazine.
En cas de nouvelle flambée de violence, le gouvernement irakien pourra toujours demander une révision du calendrier de retrait américains, mais il serait pour le moins humiliant d’y recourir après avoir clamé haut et fort que les forces irakiennes sont capables d’assurer la sécurité du pays.
Réclamer le soutien d’un pays voisin, tel que l’Iran chiite, paraîtrait tout aussi inacceptable, estime David Mack, chercheur à l’Institut du Moyen-Orient de Washington et ancien sous-secrétaire d’Etgat ajoint américain pour les affaires du Proche-Orient.
Rien ne dit toutefois que l’Irak ferait à nouveau appel aux Etats-Unis. "Il y a un risque tant pour l’Irak que pour les Etats-Unis que, confronté à un regain d’insurrection sunnite et à des pressions séparatistes kurdes, le gouvernement (de Nouri al) Maliki accepte l’aide iranienne dans les zones de sécurité", estime David Mack.
Le gouvernement américain doit tenir compte de contraintes politiques et financières, mais il ne voudra pas perdre le terrain durement conquis ces deux dernières années sur le plan de la sécurité et il continuera de disposer en Irak de 100.000 hommes et d’une importante puissance aérienne. "Ils pourraient revenir dans l’arène", prédit Paul Rogers, professeur à l’université britannique de Bradford.
"S’ils le font, ce serait avec un profil aussi bas que possible, en se reposant principalement sur la puissance aérienne et bien moins sur une présence sur le terrain, même en courant le risque des dommages collatéraux que cela peut comporter.
De nombreux observateurs jugent que l’étape la plus cruciale pour l’Irak sera les élections législatives de janvier prochain et non le retrait des militaires américains des agglomérations, d’ici la fin du mois.
Ce vote est considéré comme un test de la capacité des factions adverses à vivre ensemble après les années de sanglants affrontements déclenchées par l’invasion américaine de 2003.
"Au sens strict, les gains en matière de sécurité seront de portée limitée si (...) le scrutin n’offre pas la possibilité aux Irakiens de discuter des questions fondamentales de réconciliation nationale dans une atmosphère ouverte", prédit Reidar.

( Jeudi, 25 juin 2009 - Avec les agences de presse )

http://www.aloufok.net/spip.php?article656

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