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02/08/2009

n°449- Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak - 31-07 - : Début - : Uranium appauvri : Un holocauste nucléaire mondial nous menace.

n°449- Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak - 31-07 - : Début - : Uranium appauvri : Un holocauste nucléaire mondial nous menace.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme,

 L’information est une arme au service de la paix

    Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak

                 n°449                            31/07/09

                C.De Broeder      &         M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Yvonne Ridley : Pourquoi Obama refuse la publication des photos et vidéos de tortures de prisonniers.?

1-2 Les nouveaux escadrons de la mort irakiens.

1-3 Patrick Martin : Obama : le nouveau visage de l’impérialisme U.S.

Suite

1-4 Marie Nassif-Debs : Analyse objective du discours de Barak Obama : « La paix » construite sur l’oppression.

1-5 William Blum : Selon quelles normes jugerons-nous Barack Obama ?

1-6 Abir Taleb : Kurdistan irakien: la discorde du pétrole.

Fin

1-7 Leuren Moret : Uranium appauvri : Un holocauste nucléaire mondial nous menace.

2 Annexe

2-1 Morice : Cargos de nuit (vague 14)

Avant propos

Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...


1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Yvonne Ridley : Pourquoi Obama refuse la publication des photos et vidéos de tortures de prisonniers. ?

Il existe un groupe d’hommes et de femmes pleins de suffisance au sein des services de renseignement US qui savaient très bien que Barack Obama n’autoriserait jamais la publication des photos et vidéos de tortures de prisonniers.

Ils savaient très bien que ces  images étaient trop choquantes pour être révélées aux yeux du monde extérieur et la triste vérité est qu’elles resteront choquantes pendant les 50 années à venir.
Je le savais aussi bien mais je ne l’ai pleinement réalisé qu’il y a quelques semaines au cours d’une rencontre destinée à éveiller la conscience publique sur le legs de la Guerre contre terrorisme de George W Bush.
Jusque-là j’avais cru naïvement que l’administration Obama remplirait sa promesse d’être l’administration la plus ouverte dans l’histoire de l’Usamérique.

Chaque fois que j’avais des doutes sur les promesses courageuses d’Obama la réponse à la question : « Pouvez-vous vraiment ? » était un sonore : « Oui, nous le pouvons ».

Comme je l’ai dit, les doutes m’ont assailli lors d’une rencontre à Bradford, dans le Nord de l’Angleterre, durant un discours à réveiller les morts, tenu par Anas Al Tikriti, de la Fondation Cordoba, sur les injustices de la Guerre contre le terrorisme auxquelles nous continuons à être confrontés.
Pour illustrer son discours, des images parlantes de la prison d’Abou Ghraïb étaient projetées sur des écrans géants tout autour de la salle…J’ai constaté avec surprise que j’avais de fait oublié à quel point elles étaient horribles. Nous nous souvenons tous de l’image, devenue icône, de Satar Jabar encagoulé, debout sur une caisse et tenant deux fils électriques dans ses mains, avec un autre fil attaché à son pénis, persuadé qu’il est sur le point d ‘être électrocuté.
Mais les autres photos, quand elles ont été projetées, ont coupé le souffle et le sifflet au public, qui s’est mis à s’agiter sur ses chaises, mal à l’aise. Il semble que le temps avait émoussé nos souvenirs et que certains d’entre nous avaient oublié les hommes nus, empilés en pyramides humaines, les chiens montrant les dents et haletant au-dessus de prisonniers terrorisés, lorgnés par des militaires US ricaneurs.
Je me suis penchée vers mon voisin de gauche et lui ai confié : « Je ne peux pas croire que j’avais oublié l’horreur qu’était Abou Ghraïb. »
Il m’a chuchoté en retour : « Ce n’est rien. Rappelle-toi que les photos sont sorties longtemps après l’ouverture de Guantanamo et plus de trois ans après que des gens avaient déjà été torturés et assassinés à Bagram. Si tu penses que ces photos sont horribles, attends que les autres soient publiées. »
Et à ce moment-là, j’ai réalisé que justement, ça ne va pas avoir lieu.

Mon voisin n’était autre que Moazzam Begg, sans doute le plus connu ex-pensionnaire de Guantanamo Bay, un homme qui a témoigné des brutalités et des atrocités, y compris le meurtre et la torture, commises de façon routinière par les interrogateurs et les soldats US à Bagram, en Afghanistan.
Nous étions venus tous deux à Bradford pour parler de l’odyssée du  Dr. Aafiya Siddiqui, une mère de trois enfants qui a été kidnappée, torture et détenue plusieurs années à Bagram avant d’être blessée par balle par des soldats US et d’être soumise à un transfert extraordinaire vers New York.
À cette époque, les USA démentaient que le Dr. Siddiqui eût jamais été détenue à Bagram – bien que j’en eusse des preuves irréfutables, dont une identification positive par d’anciens détenus.
Et il m’est apparu que dans ces immondes archives cachées de photos et de vidéos révélant toute l’étendue des tortures US, il devait certainement y avoir des photos du Dr. Aafiya Siddiqui.
Comme les USA continuent à démentir avoir jamais détenu le Dr Siddiqui, il est hors de question qu’ils publient l’intégralité des archives de photos et de vidéos car celles-ci sont trop accusatrices et ouvriraient les vannes à un flot de toutes sortes d’actions en justice, d’annulations de procès et sans doute de compensations.
Bien sûr, l’autre raison pour laquelle le président Obama ne veut pas que ces images soient rendues publiques, c’est que cela enflammerait à la fois les amis et les ennemis et à long terme,  sans doute, cela mettrait en danger la vie de tout citoyen US voyageant dans le monde musulman, pour ne pas parler des militaires.
Obama a lui-même dit qu’il avait décidé d’empêcher la publication des images de détenus torturés par les interrogateurs US pour la raison que “la conséquence la plus directe d’une publication, je crois, serait d’enflammer encore plus l’opinion anti-US et de mettre nos troupes encore plus en danger ». L’animateur de télé Jon Stewart a noté avec une ironie désabusée dans son show Comedy Central que la déclaration d’Obama « résume le dilemme dans lequel nous nous trouvons dans cette affaire de torture et d’abus.  Torturer des détenus est censé être l’unique moyen d’obtenir certaines informations qui nous donneront une plus grande sécurité. Mais publier des photos de nous le faisant, ça, ça nous mettrait en danger. »

Bien sûr, si les interrogateurs n’avaient rien fait de fâcheux, il n’y aurait rien eu à cacher. Mais il est clair qu’il ya quelque chose à cacher, non ? Et si ce que Moazzam dit est vrai, ce dont nous parlons, c’est le viol, les abus sadiques et les brutalités pas seulement d ‘hommes et de femmes, mais aussi d’enfants.

Si certains culs-terreux républicains se contenteraient sans doute de rigoler au spectacle d’hommes au teint basané que l’on brutalise, je ne suis pas sûre qu’ils se contenteraient de hausser les épaules devant les photos de tortures de femmes et de jeunes enfants.

Deux des enfants du Dr. Aafiya Siddiqui sont encore portés disparus – l’un d’eux n’était qu’un bébé de quelques mois lorsqu’il a été arraché des bras de sa mère par un agent féminin US qui avait pris part à l’arrestation. L’autre enfant, une petite fille, avait juste commencé à marcher.

Cette information, soit dit en passant, m’a été donnée gratuitement par un des policiers de Karachi qui avait participé à l’opération conjointe [pakistano-US, NdT] d’arrestation du Dr. Siddiqui en mars 2003. Et pourtant les autorités US continuent à mentir, malgré l’accumulation de preuves.
Alors, croyez-vous que les Usaméricains ont torture le bébé ou la petite fille ?

Est-ce de cela que les interrogateurs de la CIA et du FBI, et leurs sous-traitants free lance, sont capables ?

Est-ce pour cela qu’Obama ne peut pas, ne veut pas que les photos et vidéos soient rendues publiques ?
Croyez-vous que les interrogateurs de la CIA ont procédé à des simulacres de noyade avec les enfants du Dr. Siddiqui ?

Peut-être les ont-ils même soumis à des abus sexuels comme ils l’ont fait avec des hommes et des femmes détenus à Abou Ghraïb.
Aha, j’entends déjà certains d’entre vous hurler au ciel, objectant bruyamment à mes commentaires et folles spéculations. Vous pourriez m’accuser d’être irresponsable et de nourrir les flammes de la haine du monde musulman envers chaque soldat US et chaque détenteur d’un passeport US. Et vous pourriez avoir raison, mais ne vous en prenez pas à moi, prenez-vous en à votre président.
Car c’est lui qui AVAIT promis de rendre publiques ces affreuses archives et c’est lui qui A dit une fois que “la lumière du jour est le meilleur désinfectant”.
Mais après avoir visionné ce matériel obscène, il a choisi d’adopter la position de l’autruche, dans la croyance idiote que ça ca va passer et être bientôt oublié

Mais ça ne sera pas le cas, et jusqu’à ce que ces archives soient rendues publiques, les folles spéculations continueront à grossir, nourries par la haine et la colère devant le fait qu’à nouveau un président US a été élu sur des fausse promesses et des mensonges

Yvonne Ridley 

Traduit par  Fausto Giudice

http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7910&lg=fr


1-2 Les nouveaux escadrons de la mort irakiens.

Les Forces Spéciales d’Opérations Irakiennes (ISOF ou FSOI) sont certainement les Forces spéciales les plus importantes jamais constituées dans le monde par les Américains. Elles échappent aux contrôles que la plupart des gouvernements imposent à de telles unités.

Leur constitution a débuté dans les déserts de Jordanie, peu après la prise de Bagdad, en avril 2003. Là, les Forces Spéciales – les Bérets Verts – ont entraîné de jeunes Irakiens de 18 ans qui n’avaient aucune formation militaire. La brigade formée a été le couronnement de leur rêve : c’était une unité d’élite, implacable, clandestine, entièrement équipée par les Etats-Unis, ne répondant qu’aux ordres américains, sans attache avec aucun ministère irakien.

Selon les rapports du Congrès, l’ISOF comprend neuf bataillons, répartis dans quatre « bases de commandos » dispersées à travers l’Irak. En décembre, cette force comprendra une « cellule de renseignements » fonctionnant indépendamment des réseaux de renseignements étatiques. Avec 4564 membres, l’ISOF a la même taille que les Forces Spéciales US en Irak. Toujours selon le Congrès, il est prévu de doubler ce nombre dans les « prochaines années ».

Pour le Lt. Colonel Roger Carstens, les Forces Spéciales US sont « en train de mettre sur pied la force la plus puissante de la région ». En 2008, Carstens, alors officier supérieur au Centre pour la Nouvelle Sécurité américaine, était conseiller de la Force Antiterroriste Nationale Irakienne, où il a aidé les Irakiens à élaborer les règles du contre-terrorisme en vigueur pour l’ISOF. « Tout ce que ces gars veulent », dit-il, «c’est sortir et tuer des sales type toute la journée… Ils sont aussi efficaces que nous. Nous les avons entraînés. Ils sont comme nous. Ils utilisent les mêmes armes. Ils marchent comme des Américains ».

Une branche occulte de l’armée US

Quand les Forces Spéciales US ont commencé à transférer petit à petit l’ISOF aux Irakiens en avril 2007, elles ne l’ont pas placée sous la tutelle du Ministère de la Défense ou du Ministère de l’Intérieur, institutions qui, de par le monde, contrôlent de telles unités.

Les Américains ont, en revanche, forcé les Irakiens à créer un Bureau de niveau ministériel appelé le Bureau du Contre-Terrorisme. Institué par une directive du premier ministre Nouri al-Maliki, le BCT qui commande l’ISOF, sans aucune intervention de la police ou de l’armée, est sous son autorité directe. Selon les termes de la directive, le Parlement n’a aucune influence sur l’ISOF dont il ignore les missions. Des individus comme Carstens voient ce bureau comme « la structure idéale pour le contre-terrorisme dans le monde ».

Pour les Irakiens, l’ISOF – surnommée La sale brigade – même si elle se trouve sous le contrôle officiel du gouvernement, est une branche occulte de l’armée US. Ce n’est pas loin de la vérité. Les Forces Spéciales US sont étroitement associées à chaque niveau de l’ISOF, de la planification à la réalisation des missions pour décider de la tactique et de la politique à suivre car « elles disposent de conseillers à chaque échelon de la chaîne de commandement » selon le général Simeon Trombitas, véritable fondateur du projet ISOF alors qu’il dirigeait l’Equipe de Transition de la Force Nationale Irakienne de Contre terrorisme. Trombitas a passé sept des ses trente années de service à former des forces spéciales en Colombie, El Salvador, entre autres. Le 23 février, il m’a fait faire le tour de AREA IV, une base irako-américaine près de l’aéroport de Bagdad où a lieu l’entraînement de l’ISOF. Il me confie qu’il est fier de ce qui a été fait au Salvador mais il oublie de mentionner que ces forces modelées par les Etats-Unis sont responsables de la mort, dans les années 1980, de 50 000 civils, sympathisants de la guérilla de gauche. Au Guatemala, cas similaire : les escadrons de la mort ont tué 140 000 personnes. Au début des années 1990, une unité d’élite de la police colombienne, Los Pepes, formée par les Etats-Unis, accusée de nombreux meurtres, constitue l’élément central de l’organisation paramilitaire actuelle.

Sur le blog du Département de la Défense, Trombitas affirme que les campagnes d’entraînement en Amérique Latine peuvent « facilement être transposées » en Irak. Les forces spéciales salvadoriennes ont même aidé l’ISOF, me dit-il. « C’est un monde de coalition. Plus nous travaillons ensemble, plus nous nous ressemblons. Quand nous partageons nos valeurs et nos expériences avec d’autres armées, ils deviennent nous ». En le quittant, je lui demande combien de temps les Etats-Unis seront engagés auprès de l’ISOF. « Les forces spéciales sont spéciales parce que nous conservons des relations avec des forces étrangères. Une partie de notre stratégie d’engagement sur le terrain est de maintenir des liens avec les unités qui sont importantes pour la sécurité de la région et du monde… Nous allons avoir des relations de travail pour un certain temps » m’assure-t-il.

La milice d’al-Maliki

C’est ce que craint un membre du Parlement irakien, Hassan al-Rubaie qui les voit d’un mauvais œil. « Si les Etats-Unis quittent l’Irak, ce sera la dernière force qui y restera ». Il s’inquiète qu’une force aussi puissante et secrète, étroitement liée aux Américains, puisse transformer l’Irak en « une base militaire dans la région » leur permettant ainsi de continuer à conduire des missions en Irak sous couvert de l’ISOF. Ce n’est d’ailleurs pas la seule cause de méfiance des parlementaires. En août dernier, les bâtiments du gouvernorat de Diyala furent l’objet d’un raid de la part de l’ISOF appuyée par des hélicoptères Apaches US au cours duquel des membres du Parti islamique sunnite furent arrêtés. En réponse à la levée de boucliers du Parlement, Maliki, qui doit approuver chaque opération de l’ISOF, a démenti avoir eu connaissance de l’affaire. D’où la question : qui a donné l’ordre ? Les Américains ? Maliki a-t-il menti pour cacher que l’ISOF a été utilisée à des fins politiques ? Depuis, d’autres opérations du même type ont eu lieu : en décembre, 35 fonctionnaires, opposants au Parti Dawa de Maliki, furent arrêtés à Sadr City. Dans ce quartier, où les Américains ne s’aventurent pas, l’ISOF conduit des opérations de châtiment collectif pour intimider la population. Certains parlementaires craignent que l’ISOF devienne l’escadron de la mort personnel du Premier ministre. Pour le député Abdul Karim al-Samarrai, entre autres, le démantèlement du BCT doit être effectif car « il n’existe aucune base légale pour l’existence d’une brigade armée hors du contrôle du ministère de la Défense ou de l’Intérieur ».

Or, Obama a indiqué qu’il s’appuiera davantage sur les forces spéciales US. La nomination par Robert Gates et de Stanley McChrystal en Afghanistan montre qu’il tient sa parole. De 2003 à 2008, ce dernier a été à la tête de Commandement Conjoint des Forces Spéciales qui supervise les forces les plus secrètes de l’armée et est responsable de la formation des forces spéciales à l’extérieur. McChrystal a également été le commandant des Forces Spéciales d’Opérations US en Irak pendant cinq ans. Selon le Wall Street Journal, il y « commandait des unités qui se spécialisaient dans la contre – guérilla, y compris la formation d’unités locales ». Pour certains, les unités locales sont utilisées pour des opérations clandestines. « Le commandement des Forces Spéciales d’Opérations des Etats-Unis cultive des relations avec les forces spéciales d’autres pays parce cela permet aux Etats-Unis d’intervenir militairement de manière anonyme. L’opération clandestine idéale est celle qui est conduite par des forces locales».

Shane Bauer

6 juillet 2009 :

*Article résumé par Xavière Jardez – Texte intégral : www.thenation.com

http://www.geostrategie.com/1771/les-nouveaux-escadrons-d...


1-3 Patrick Martin : Obama : le nouveau visage de l’impérialisme U.S.

Le discours du président U.S. Barack Obama au Caire le 4 juin dernier était farci de contradictions. Il s’est déclaré opposé a « l’assassinat d’hommes, de femmes et d’enfants innocents », mais a pris la défense des guerres menées en Irak et en Afghanistan, ou de celle conduite indirectement au Pakistan, tout en gardant le silence sur les derniers massacres de Palestiniens à Gaza par Israël.

Ces guerres ont fait plus d’un million de morts en Irak, des centaines de milliers en Afghanistan, au Pakistan et dans les territoires palestiniens.

Obama a déclaré soutenir la démocratie, les droits de l’Homme et même ceux des femmes, après deux journées d’entrevue avec le roi saoudien Abdullah et le président Hosni Moubarak, deux des tyrans les plus notoires du Proche Orient. Pas un mot dans son discours sur l’absence totale de droits démocratiques en Arabie Saoudite ou sur la répression que mène en ce moment la dictature militaire de Moubarak…

Peu avant la visite du président à l’université d’Al-Azhar, la police secrète égyptienne a lancé un raid sur le campus et 200 étudiants étrangers ont été arrêtés. Avant de quitter le Moyen Orient, Obama chanta néanmoins les louanges de Moubarak, notre « allié inconditionnel ».

Se posant en avocat de la paix et de l’entente universelle, Obama se dispensa très diplomatiquement d’évoquer les ordres qu’il a lui-même donnés pour une intensification des hostilités en Afghanistan, avec notamment le déploiement de 17 000 soldats U.S. supplémentaires. Il a en outre tacitement avalisé la politique de son prédécesseur en Irak, en déclarant : « Je pense qu’au bout du compte, les Irakiens se sentent tout de même mieux sans la tyrannie de Saddam Hussein ».

Il a aussi préféré éluder la question du retrait des forces U.S. et de sa date butoir signée par l’administration Bush pour décembre 2012, parlant seulement d’une promesse « de retirer toutes nos troupes d’Irak d’ici 2012 ».

Dans son discours, Obama réfute l’idée qu’on puisse taxer l’Amérique « d’empire égocentrique » – ce qu’elle est effectivement – ou que les USA cherchent à obtenir davantage de bases, davantage de territoires ou davantage d’accès aux ressources naturelles du monde musulman. La guerre en Afghanistan est selon lui « une guerre par nécessité », provoquée par les attaques terroristes du 11 septembre. L’administration Bush-Cheney tenait exactement le même argument à l’époque, passant sciemment à la trappe les véritables intérêts matériels en jeu. En réalité, la guerre en Afghanistan participe de la prétention impérialiste des Etats-Unis à contrôler totalement les principales réserves mondiales de gaz et de pétrole : le Golfe Persique et le Bassin de la Caspienne.

Bien sûr, on n’était plus du tout dans le même registre rhétorique. Fini l’artillerie lourde de Bush : « Vous êtes soit avec nous soit contre nous ! », Obama nous dit d’un ton rassurant « Nous sommes tous ensembles dans cette galère ! » Mais, comme l’ont noté pas mal de commentateurs (la New Republic comparait mot à mot ce discours à celui de Bush le 16 septembre 2006 aux Nations Unies), en coupant l’image et le son et en s’en tenant au texte et à la rhétorique générale du discours, on reste toujours dans la même veine que les discours de Bush, de Condolezza Rice ou d’autres représentants de l’administration précédente.

Le propos plus vague, plus fleuri, les références de pure forme à la culture islamique ou à l’égalité des droits des nations, tout ça n’est qu’une variante réajustée du langage dont on drape habituellement les politiques impérialistes américaines ; aucun changement substantiel. Obama n’a pas fait la moindre proposition pour que soient réparés les torts faits aux populations du Proche Orient, pour la bonne et simple raison que, fondamentalement, la source même de cette oppression est le système de pillage et de domination impérialiste du monde, dont l’impérialisme américain reste la pire expression.

Obama a certes fait une petite référence en passant au colonialisme et au rôle des Etats-Unis dans le renversement de gouvernements démocratiquement élus comme celui de Mossadegh en Iran, en 1953. Mais dans sa litanie sur les « sources de tension » dans la région, il s’en est tenu à la même liste que son prédécesseur, avec au premier plan « l’extrémisme violent » – substitut purement rhétorique pour remplacer le « terrorisme » de Bush.

Dans les médias américains, la réaction au discours d’Obama fut unanimement enthousiaste.

A gauche, David Corn du magazine Mother Jones claironna que les plus grands atouts d’Obama étaient « sa trajectoire personnelle, son anti-Busherie, sa reconnaissance des erreurs de l’Amérique, enfin sa volonté de dire au moins les choses comme s’il voulait se poser en honnête courtier au Proche Orient ».

Dans le magazine belliciste de gauche New Republic, Michael Crowley écrivait : « Le voir déballer sa biographie, offrir une représentation si inhabituelle du monde, c’est apprécier tous les bénéfices que l’Amérique va pouvoir tirer de ce nouveau visage qu’elle présente d’elle au monde ».

Peut-être plus révélateur encore, ce commentaire de Max Boot, néo-conservateur et fervent défenseur de la guerre en Irak : « Il m’a semblé bien plus efficace pour faire valoir la cause de l’Amérique aux yeux du monde musulman. Pas le moindre doute : c’est un bien meilleur vendeur que son prédécesseur ».

Dans son discours au Caire, Obama jouait tout simplement le rôle pour lequel il a été engagé et promu par une portion décisive des élites américaines de la finance mais aussi de l’appareil militaire et des affaires étrangères, à savoir d’offrir un nouveau visage à l’impérialisme américain. Cela dénote un virage tactique, certes, mais non un changement de stratégie dans l’offensive de Washington pour sa domination du monde.

Il y a environ deux ans, l’ancien conseiller à la sécurité nationale U.S., Zbigniew Brzezinski, offrit publiquement son soutien à la candidature présidentielle de celui qui n’était encore qu’un obscur sénateur de l’Illinois, pariant sur le fait qu’un Afro-Américain héréditairement lié au monde musulman comme Obama, améliorerait certainement l’image des USA sur le plan international.

Brzezinski était le mentor des faucons de l’administration démocrate de Jimmy Carter. Il avait largement contribué à pénétrer les bouleversements politiques survenus en Afghanistan, dans le but de provoquer l’intervention soviétique afin d’attirer la bureaucratie de Moscou dans le piège d’un bourbier identique à celui du Vietnam. Son point de focale a toujours été ce qu’il appelle « le grand échiquier » d’Eurasie, et en particulier les riches champs pétroliers d’Asie Centrale, où la lutte d’influence fait désormais rage entre les USA, la Russie, la Chine et l’Iran.

Brzezinski déclarait dès août 2007 : Obama « reconnaît que le vrai défi c’est un nouveau visage, l’idée d’une nouvelle direction, d’une redéfinition du rôle des Etats-Unis dans le monde… Ici, Obama est incontestablement plus efficace et l’emporte haut la main. Il a le sens de ce qui est historiquement pertinent et de ce qu’on est réellement en droit d’attendre des Etats-Unis dans leur relation avec le reste du monde ».

Défenseur impitoyable des objectifs de l’impérialisme américain, Brzezinski avait averti les élites américaines au pouvoir, du danger de ce qu’il appelle le « réveil politique global ». Dans un commentaire qui a fait couler beaucoup d’encre, il expliqua au magazine allemand Der Spiegel, quelques mois à peine avant de soutenir Obama, que la grande majorité de l’humanité « trouvera bientôt intolérables les disparités béantes de la condition humaine. Cela pourrait bien être le danger collectif auquel nous serons confrontés au cours des prochaines décennies ».

Si l’on veut appeler les choses par leur nom, ce que les représentants les moins obtus de la classe dirigeante américaine redoutent réellement, c’est une révolution mondiale. C’est seulement pour empêcher un tel soulèvement social qu’ils ont jugé crucial d’installer Obama à la Maison Blanche. C’est aussi la raison de son pèlerinage au Caire.

Source: World Socialist Web Site

Traduit de l’anglais par Dominique Arias pour Investig'Action



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