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07/08/2009

n° 42 - Les dossiers des ‘Guerres de l'Otan’ - 06-08 – Début - : La Georgie est devenue un satellite de l’orbite étasunienne, avec un président étasunien, des armes étasuniennes.

n° 42 - Les dossiers des ‘Guerres de l'Otan’ - 06-08 – Début - : La Georgie est devenue un satellite de l’orbite étasunienne, avec un président étasunien, des armes étasuniennes.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Les dossiers des ‘Guerres de l'Otan’. n° 42- 06-08

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

 Tiré à part 

1-1 L'Ossétie du Sud veut s'unir sa population à la Russie voisine

1 Dossiers .

1-1 Camille Desmoulins : Otan en emporte le parlement.

1-2 Quel était l’objectif de cette visite d’Obama en Russie ?

Suite

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Dénonçons la complicité de l’Otan avec Israël !

2-2 Le sénateur Philippe Mahoux (PS) propose d’interdire tout arsenal nucléaire en Belgique.

2-3 Les bombes américaines indésirables à Kleine Brogel ?

Fin

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 André Serra : La Georgie est devenue un satellite de l’orbite étasunienne, avec un président étasunien, des armes étasuniennes.

3-2 Paul Craig Roberts : La République des insouciants.

3-3 F. William Engdahl : Les Usa cherche l'encerclement nucléaire par l'OTAN de la Russie.

3-4 Daniel Vernet : Le retour du leadership américain…

3-5 Marielle Bernard : OTAN-Russie, la suspicion éternelle.

3-6 Laure Delcour: L’OTAN et la Russie : nouvelles perspectives de coopération ou impasse ?

3-7 Marcel Poznanski : L’Otan développe ses tentacules sur tous les océans du monde.

3-8 L'Union africaine invitée à collaborer avec l'Otan sur la défense…

4 Annexe

4-1 Traité nucléaire START 1 : l´obstination des États-Unis.

 



Tiré à part 

1-1 L'Ossétie du Sud veut s'unir sa population à la Russie voisine

Un après la courte guerre entre la Russie et la georgie  à propos de l'Ossétie du Sud, le président  Edouard Kokoity affirme vouloir unir sa population à la Russie voisine.

"Le but de ma vie, mon but politique, est d'unifier mon peuple", a dit le président sud-ossète Edouard Kokoity lors d'un entretien accordé à Reuters à Tskhinvali, capitale de l'enclave.

"Nous bâtirons notre Etat, qui s'inscrira dans une alliance avec la Russie, et je n'exclus pas qu'un jour nous fassions partie de la Russie. Le peuple d'Ossétie du Sud aspire à être uni à la Russie." 

De fortes tensions persistent un an après le conflit de cinq jours.

Ce samedi, l'Ossétie du Sud a accusé les forces georgiennes d'avoir procédé à des tirs de mortiers en direction de son territoire et la Russie a prévenu Tbilissi qu'elle se réservait le droit de recourir à la force pour défendre les civils. La Georgie a démenti que des tirs aient eu lieu et accusé la Russie d'"intentions agressives".

Les Sud-Ossètes avaient lancé une accusation analogue jeudi et un journaliste de Reuters avait entendu deux fortes explosions en provenance de Tskhinvali, mais sans pouvoir en déterminer la cause.

La Russie a pris en charge la surveillance des "frontières" de l'enclave aux termes d'un accord conclu en avril et qui, selon Edouard Kokoity, prévoit aussi le déploiement de 3.700 soldats russes dans la région.

"La présence de troupes russes est insuffisante sur le territoire de l'Ossétie du Sud", a déclaré cet ancien lutteur âgé de 44 ans. "Je pense que sur notre territoire cela inclut aussi le fait de disposer d'armements plus sérieux."

Il a refusé d'indiquer combien d'effectifs supplémentaires et quels types d'armes la Russie serait censée déployer.

Moscou compte également ouvrir une autre base militaire dans la région, a-t-il dit.

Les tensions perceptibles entre Sud-Ossètes et Georgiens à l'approche du premier anniversaire de la guerre font penser à des diplomates que le risque d'un nouveau conflit armée est réel.

"Je ne veux pas de guerre, je ne veux même pas y penser", a déclaré Kokoity. "J'ai pour priorité de stabiliser la région, pas de laisser éclater une nouvelle guerre."

L'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, ont rompu avec les autorités de Tbilissi au début des années 1990.

Ethniquement distincts des Georgiens, les Sud-Ossètes parlent une langue proche du farsi et disent avoir été séparés contre leur gré de la population d'Ossétie du Nord, région intégrée à la Russie.

Les voitures arrivant de Russie en Ossétie du Sud - seul moyen officiel d'entrer dans l'enclave située à 160 km au nord de la capitale georgienne - sont accueillies par une affiche proclamant que "l'Ossétie est indivisible".

Quatre-vingt-dix-huit pour cent des Sud-Ossètes sont titulaires de passeports russes. Le russe est leur langue véhiculaire, le rouble russe leur monnaie.

Kokoity estime que la Russie n'est pas encore prête pour l'unification "parce que cela implique une très grave accusation d'annexion territoriale".

"Si l'Ossétie est unifiée, je quitterai l'arène politique pour de bon", a-t-il dit.

Reuters

http://fr.news.yahoo.com/4/20090801/twl-georgie-ossetie-bd5ae06.html



Dossiers

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

1-1 Camille Desmoulins : Otan en emporte le parlement.

Come-Back  de la France dans le commandement intégré de l’Otan…

Et le Parlement aura le droit de débattre poliment le 17 mars prochain d’une décision déjà entérinée.

C’est ce mercredi soir à l’Ecole militaire, devant la fine fleur des milieux français de la défense et de la sécurité, que Nicolas Sarkozy annoncera officiellement le retour de la France dans le Commandement intégré de l’OTAN. Le Président de la République intervient en clôture de la journée d’étude de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), intitulée : « La France, la défense européenne et l’OTAN au XXIème siècle ». Le débat parlementaire ne s’ouvrira, quant à lui, que le 17 mars.

C’est bien de débattre une fois que les décisions sont prises et annoncées.

Voilà qui rappelle le grand débat parlementaire sur l’Afghanistan de l’été dernier, après que des soldats français ont été tués dans une embuscade. Depuis plusieurs années des parlementaires et plusieurs milieux militaires réclamaient un examen par la représentation nationale des raisons et conditions de l’engagement français dans ce pays, sous la bannière de l’OTAN, en vain… Il aura fallu attendre un sérieux incident pour que les députés se réveillent et aient l’autorisation de l’évoquer dans l’hémicycle. Pour finalement confirmer la présence française et entériner un renforcement du dispositif qui avait été décidé par l’Elysée, une fois encore, avant que le moindre débat n’ait eu lieu.

Une perte de crébilité pour la France

En l’occurrence, l’habillage démocratique postmortem est d’autant plus grotesque qu’on connaît déjà les commandements que l’Elysée a troqué avec Washington contre cette réintégration des moins glorieuses. «  Mais ce n’est pas parce qu’on aura placé une vingtaine d’étoiles (de généraux s’entend) qu’on maîtrisera en quoi que ce soit les ordres qui seront donnés par les Américains », commente un officier rebelle de nos vaillantes armées. C’est un vieux reste d’Ancien Régime qui continue à nous faire croire qu’en arrachant quelques postes prestigieux de commandement et de direction dans les organisations internationales, on en maîtrise les missions et les orientations. L’Elysée - que son locataire soit de droite ou de gauche - s’efforce à appliquer ce principe erroné pendant que les Britanniques prennent le contrôle entier de programmes de l’OTAN ou d’agence des Nations unies en fournissant la logistique et le petit personnel. Comme méthode, c’est plus sûr !

Le plus dommageable de l’empressement élyséen concerne les deux héritages les plus modernes du gaullisme historique : l’existence d’une force de dissuasion nucléaire indépendante des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, fondement d’une diplomatie, elle-aussi indépendante ; et le maintien d’un siège permanent française au Conseil de sécurité des Nations unies. Le retour de la France dans le Commandement intégré de l’OTAN affaiblit considérablement ses deux acquis, notamment sa crédibilité à l’ONU. En effet, c’est à Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’Etat de Bill Clinton que revient l’idée brillante de fonder un « club des démocraties » afin de doubler l’ONU et son Conseil de sécurité toujours susceptible d’être bloqué par un véto russe, chinois ou… français. Sa successeure Condoleezza Rice a repris l’idée en s’exclamant : «  Mais le club de démocraties nous l’avons, c’est l’OTAN ! ». Dès lors les deux administrations Bush n’ont eu de cesse d’élargir l’Alliance aux nouveaux pays de l’Est envisageant même des partenariats avec l’Australie, le Japon, la Nouvelle Zélande et d’autres pays de l’océan Pacifique. Madame Rice, aux visions géopolitiques connues, a même déclaré vouloir faire de l’OTAN, « une organisation globale pour, à terme, remplacer l’ONU et son Conseil de sécurité toujours susceptible d’être bloqué par un véto russe, chinois ou …français ! ».

Mais au-delà d’un affaiblissement de la position française aux Nations unies, le retour de la France dans le Commandement intégré de l’OTAN détruit l’acquis le plus important du gaullisme : celui du non alignement sur les grandes puissances. Parce qu’aujourd’hui quel habitant du monde ne considère pas avec raison que l’OTAN est une machine américaine ?

Une politique d’affrontement des civilisations

La vieille démocratie cocardière, avec les valeurs de sa Révolution qui ont été exportées dans le monde entier, le camp de l’Occident ! Tel est le choix d’un Président de la République atlantiste et pro-américain en faveur d’un nouvel occidentalisme. Une façon sûre de conforter la guerre des civilisations qui, d’une grille d’analyse est devenue une méthode de gestion de crise. Avec une OTAN globale consolidée, il n’y a plus, désormais que « l’Occident démocratique » et le reste du monde confiné à la barbarie. C’est quand même mieux et plus gérable que les complexités d’un monde multipolaire toujours en recherche d’arbitrage.

A cet égard, et plutôt que de se précipiter pour proclamer l’honnêteté de Bernard Kouchner, dernièrement rattrapé par ses pratiques affairistes, Martine Aubry, Elisabeth Guigou et une bonne partie du PS auraient brillé d’intelligence politique si elles avaient profité de cette affaire pour mettre en chantier la critique de la politique étrangère de notre pays. On aurait compris alors, et pas seulement sur l’affaire de l’OTAN que, contrairement à ce que disait Hubert Védrine en période de cohabitation, à savoir qu’il n’y a pas de politique étrangère de droite, ni de gauche… eh bien Nicolas Sarkozy a, bel et bien rallié une politique étrangère de droite inventée par les idéologues néoconservateurs américains : elle s’appelle l’Occidentalisme et l’OTAN en est son bras armé.

Camille Desmoulins

11 mars

http://www.bakchich.info/Otan-en-emporte-le-parlement,07011.html


1-2 Quel était l’objectif de cette visite d’Obama en Russie ?

Yulyi Kvitsinsky est un éminent diplomate russe, ancien ambassadeur de Russie en Norvège et en Allemagne, ancien ministre adjoint russe des Affaires Etrangères, spécialiste des négociations sur le contrôle de l’armement, député à la Douma d’Etat (pour le Parti communiste de la Fédération russe - PCFR). Sur le site du Parti Communiste de la Fédération de Russie (PCFR), il a commenté la visite du président américain Obama en Russie

(6-8 juillet 2009).

Interview de Yulyi Kvitsinsky, membre du PCFR 

QUESTION. A présent que la visite du président américain Obama est terminée, quelles sont vos impressions sur l’issue de cette visite ?
RÉPONSE. Mes sentiments sont mitigés. A ce stade, on ne peut établir que quelques conclusions préliminaires attendu que le contenu des accords n’a pas été complètement dévoilé et qu’on ne sait pas vraiment comment se sont déroulés les entretiens et les négociations entre Obama et les dirigeants russes. Quoi qu’il en soit, cette visite a incontestablement été constructive. De chaque côté, on a tenté de faire croire à un « nouveau départ » des relations, à une interruption de la mésentente entre la Russie et les Etats-Unis, qui s’est accrue ces dernières années, à l’amorce d’un dialogue constructif, à la découverte d’un grand nombre de points communs et, en un mot, à une amélioration des relations en perspective. C’est ce qu’attendait le reste du monde de cette visite. C’est ce dont notre hôte américain et nos dirigeants russes avaient besoin pour leur politique intérieure. Mais il semblerait qu’aucun miracle ni aucune avancée n’ait eu lieu. Rien ne le laissait d’ailleurs présager dans les positions adoptées par les parties.

QUESTION. Quel était l’objectif de cette première visite d’Obama en Russie ? De son côté, quel avantage la Russie voulait-elle en tirer ?
RÉPONSE. Obama doit démontrer que ses nombreuses promesses concernant les changements qu’il entend apporter à la politique américaine ne sont pas des promesses en l’air. Jusqu’à présent, ses efforts n’ont pas vraiment abouti. Ses paroles et ses promesses sont en contradiction avec ses actes. C’était aussi le cas lors de ses visites en Europe, au Moyen-Orient, lors des négociations entre la nouvelle administration et la Chine. Le défi russe n’était pas gagné d’avance. L’Amérique a besoin de Moscou, de son engagement à résoudre divers problèmes urgents de même que les problèmes concernant leur politique étrangère. Logiquement, les U.S.A. auraient dû être prêts à  « offrir » en contrepartie des récompenses politiques significatives et autres. Mais ce n’est pas l’habitude des Etats-Unis. D’une part, Obama a fait en sorte que les partenaires russes le voient comme extrêmement constructif et, aux yeux du public américain, qui est resté profondément conservateur, il a prétendu faire preuve de suffisamment de dureté voire de rudesse. En effet, malgré des déclarations, des promesses et des gestes généreusement constructifs, il a fait peu de cadeaux à Moscou mais a reçu, pour sa part, diverses choses plutôt appréciables.
De son côté, il semble que la Russie n’ait pas obtenu grand-chose des positions défendues lors des négociations. Et même là où des perspectives existaient, la situation, après les négociations, n’est toujours pas suffisamment claire et reste assez précaire. Certaines revendications de la Russie ont tout simplement été « abandonnées », d’autres ont été reléguées au second plan. Ce genre de choses se produit souvent lorsque nous négocions avec les Américains. Si bien qu’ils se sont accoutumés à la récurrence de telles situations de sorte qu’ils ne croient plus vraiment à l’intransigeance et à la cohérence de notre position. C’est ainsi que certains observateurs ont écrit avec une certaine moquerie par rapport aux déclarations faites par Obama à Moscou que la partie russe, à en juger par son comportement, n’a pas vraiment conscience de ce qu’elle veut et de ce qu’elle attend des Etats-Unis, excepté la reconnaissance de la Russie en tant que partenaire égal, grande puissance sur un pied d’égalité avec l’Amérique, etc.

QUESTION. Vous avez parlé de positions « abandonnées ». Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
RÉPONSE. Il y en a pas mal. On sait notamment que la partie russe, pour la conclusion d’un accord START [en 1991], avait souhaité régler le problème du « potentiel récupérable » d’ogives nucléaires. Les Américains, en effet, n’ont pas détruit les ogives dans le cadre d’une réduction des armes nucléaires stratégiques mais les ont simplement stockées. Il ne sera dès lors nullement difficile de les ramener et de les réinstaller sur les plateformes des véhicules de lancement, ainsi leur réduction d’armes nucléaires est en quelque sorte une imposture. Nous refusons d’accepter une telle situation d’inégalité. Néanmoins, l’accord de principe intitulé « Compréhension mutuelle », adopté par Obama et Medvedev, fait à nouveau référence aux « limites des systèmes de lancement stratégiques et des ogives nucléaires qui y sont liées ».

Si l’on jette un coup d’œil au paragraphe 6 de cet accord, on constate qu’il est question de l’impact sur la stabilité stratégique des missiles balistiques intercontinentaux et des missiles balistiques pour sous-marins. Quant aux missiles de croisière basés en mer - un des principaux instruments utilisés par l’Amérique pour atteindre des objectifs stratégiques contre ses adversaires, de nouveau, il semblerait qu’ils aient été laissés de côté.


Le paragraphe 9, quant à lui, stipule que « le traité ne sera pas appliqué pour les pratiques de coopération existantes dans le domaine des armes nucléaires stratégiques offensives entre l’une des parties et un tiers Etat ». Manifestement, le futur accord ne prendra pas en considération les armes nucléaires des alliés des Etats-Unis au sein de l’OTAN – et plus précisément celles de la Grande-Bretagne et de la France, et peut-être aussi celles de pays comme Israël ou le Pakistan. Avec de tels projets de réduction, le potentiel nucléaire de la Russie sera progressivement ramené à un potentiel nucléaire comparable à celui de certains de ces pays. Lorsqu’on a fixé lors des pourparlers entre la Russie et l’Amérique un équilibre de 8-10 mille ogives nucléaires de chaque côté, on a éventuellement pu à ce moment-là négliger les forces nucléaires anglaises ou françaises pour finaliser l’accord. Mais pourra-t-on encore le faire à présent ?

QUESTION. Dans l’accord de « Compréhension mutuelle », l’objectif est de fixer les limites pour les véhicules de lancement dans une fourchette de 500 à 1100 unités et une fourchette de 1500 à 1675 unités en ce qui concerne les ogives associées. Pouvez-vous commenter ces chiffres ?
RÉPONSE. J’espère que nos militaires ont soigneusement calculé ces chiffres. Il s’agit d’une question très complexe. Et plus sa complexité augmente moins le taux est ajustable vu la nécessité de préserver pour l’avenir une force de dissuasion nucléaire suffisamment crédible après la réduction.
Nous avons signé un contrat avec les Américains sur les potentiels stratégiques offensifs, lequel est entré en vigueur en 2003. Conformément à cet accord, les parties pourront posséder de 1700 à 2200 ogives en 2012. Ce chiffre a été réduit dans le nouvel accord à 1500-1675 unités, soit une réduction d’un tiers ou un quart. En ce qui concerne les véhicules de lancement, cependant, une limite de 500-1100 unités a été fixée.
Mais dans la réalité et non sur le papier, si l’on se réfère aux données américaines, les Etats-Unis possédaient en janvier 2009, 1198 véhicules et 2200 ogives tandis que la Russie possédait 816 véhicules et 2 à 3 mille ogives. Ainsi, comparée aux limites autorisées par le traité de 2003, la réduction des ogives est plutôt restreinte mais plus significative pour les véhicules de lancement, en particulier lorsqu’elle atteindra les 500 véhicules environ, y compris les lanceurs avec équipement traditionnel. (Il semble que les Américains seront d’accord avec la nécessité de prendre en considération les véhicules de lancement stratégiques avec équipement traditionnel et vecteurs nucléaires.)
Comme vous le savez, c’est nous qui avons parlé de « profonde » réduction du nombre de vecteurs stratégiques. Les commentateurs américains ont tendance à y voir une ruse habile de notre part, les Russes, disent-ils, vu la rapide détérioration de leur arsenal de missiles et une production insuffisante de nouveaux vecteurs, les perdront inévitablement dans des proportions croissantes, ils cherchent donc à pousser les Américains à réduire suffisamment leurs réserves. Mais les choses ne sont pas aussi évidentes. Le fait est que l’arsenal restant sera essentiellement constitué de vecteurs avec véhicules de rentrée unique, alors que les choses seront quelque peu différentes pour les Américains. De plus, les U.S.A. disposent de nombreux systèmes avancés le long de nos frontières capables d’opérer des frappes stratégiques. Nos systèmes dont la portée est inférieure à la portée des systèmes stratégiques n’en sont pas capables. A cela s’ajoute les missiles de croisière américains basés en mer, mentionnés plus haut. Voilà ce à quoi il faudra penser avant de décider une réduction drastique du nombre de nos vecteurs stratégiques. Espérons que nous avons encore suffisamment de personnel compétent pour prendre la bonne décision concernant ces questions. 

QUESTION. Quant est-il de la defense antimissile des Etats-Unis ? Les dirigeants russes ont en effet insisté pour l’associer à la réduction des armes nucléaires stratégiques.
RÉPONSE. Le point 5 de l’accord de « Compréhension mutuelle » stipule que le futur traité devra inclure une clause sur l’interdépendance des armes offensives stratégiques et des armes défensives stratégiques. Toutefois, le comportement d’Obama lors de la conférence de presse commune a donné l’impression qu’il n’était pas disposé à associer les réductions d’armes nucléaires offensives stratégiques à la defense antimissile globale des Etats-Unis. Ce qui a conduit notre Président à repenser à sa contrepartie de l’article 5. Je ne pense pas toutefois que les Américains accepteront de modifier leur position sur la poursuite du déploiement d’une defense antimissile à grande échelle. Ainsi, même en fixant des plafonds égaux pour les armes nucléaires stratégiques, cela entraînerait de facto pour nous une inégalité certaine ainsi qu’un déséquilibre croissant sur le plan nucléaire, qui serait à leur avantage. Ils y songent depuis le lancement par Reagan de « l’Initiative de Defense Stratégique» [en 1983] et plus tard, après l’effondrement de l’Union soviétique, l’abandon total du traité ABM de 1972. Ils pensaient en effet qu’après l’écrasante défaite de la Russie dans les années 90, elle ne serait plus en mesure de développer une defense antimissile à grande échelle efficace, permettant ainsi à l’Amérique d’avoir le monopole.
Si l’on jette un œil à la déclaration commune des deux présidents concernant les questions de defense antimissile, qui est par ailleurs un document très intéressant, on constate qu’il n’est nulle part question d’ABM. Le texte mentionne uniquement une « réponse coopérative à la prolifération de missiles balistiques », en d’autres mots, il n’est pas question d’équilibre nucléaire entre nous mais du déploiement de systèmes de defense antimissile contre les pays tiers, et pour le dire plus clairement, contre l’Iran et la Corée du Nord. Il s’agit là d’une vieille position américaine : aidez-nous d’abord à faire pression sur l’Iran et la Corée du Nord, en les forçant à capituler et ensuite nous pourrions songer à apporter quelques ajustements à nos projets pour la République tchèque et la Pologne. Et pour rendre cette position plus acceptable, les Américains déclarent à présent qu’ils réexamineront la question de l’efficacité d’un déploiement de systèmes ABM là-bas et du moment de ce déploiement, ils mentionnent aussi la possibilité d’informations communes, etc. Mais pour la Russie et sa sécurité, le problème ne peut être réduit à un simple ajustement des projets américains en République tchèque et en Pologne !

QUESTION. Pourquoi dans ce cas, les Américains auraient-ils accepté dans l’accord de «  Compréhension mutuelle » de mettre en corrélation les armes stratégiques et la defense antimissile ?
RÉPONSE. Je ne surestimerais pas ce fait. Je me souviens qu’en 1985 suite à une forte pression de notre part, dans le seul but de reprendre les pourparlers sur les armes stratégiques, ils avaient finalement accepté d’envisager cette question conjointement à celle de la defense antimissile et des dispositifs à moyenne portée. Ils ont accepté mais n’avaient pas l’intention de réellement le faire. Ils agissent souvent de la sorte. Leur tactique ici consiste simplement à achever les négociations sur les armes nucléaires stratégiques d’ici la fin de l’année 2009, tout en esquivant le débat sur le traité ABM et en annonçant ensuite bien haut qu’ils ont accepté une réduction drastique des armes de destruction massive mais que ce sont les Russes qui empêchent la mise en œuvre des accords, de par leur réticence à se montrer flexibles sur la question ABM. Ils lancent ainsi un appel œcuménique, leurs satellites et amis, soutenus par de nombreuses organisations non gouvernementales et volontaires idéalistes, pointent la Russie du doigt et l’accusent de tous les péchés. Et Moscou finit par capituler pour préserver la sécurité internationale et la prospérité de l’humanité. De leur côté, les Américains rient sournoisement. Ils ont en effet atteint leur but, ils ont renforcé leurs positions militaires au détriment de notre sécurité et, en même temps, ils apparaissent « blancs comme neige » comparés à nous.

QUESTION. Quant est-il de l’Iran et de la Corée du Nord ?
RÉPONSE. Les Etats-Unis ont délibérément conduit la question iranienne sur une voie de garage, entravant la conclusion d’un accord équitable avec l’Iran sur un usage pacifique de l’énergie nucléaire dans ce pays, visant un changement du régime existant. Si l’Iran adopte des positions proaméricaines, tout le tapage autour des programmes nucléaires iraniens et leurs prétendues conséquences menaçantes pour les Etats-Unis, la Russie, l’Europe cesseront immédiatement. Il est grand temps que ces Etats qui ne veulent absolument pas des armes nucléaires de l’Iran entament des négociations sérieuses avec Téhéran de manière à ce que le respect des obligations qui en découlent puisse être soumis à un strict contrôle international. Sinon les Etats-Unis nous accuseront d’être derrière la création des armes nucléaires iraniennes ou de déclencher une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Soulignons que récemment [5 juillet 2009], le vice-président américain Biden a laissé entendre qu’une attaque de l’Iran était une décision souveraine d’Israël. En réalité, il s’agit d’une incitation à la guerre. Il est temps de mettre fin à tout cela et de ne plus suivre l’actuelle politique américaine peu prometteuse et très dangereuse qui consiste à forcer l’Iran à capituler purement et simplement. Ce sont d’ailleurs de vains calculs.

QUESTION. Mais outre les accords START [signés en 1991, ratifiés en 1993] et ABM [conclu en 1972 entre Nixon et Brejnev], plusieurs autres accords ont été signés. Que valent-ils ?
RÉPONSE. Il existe une déclaration commune sur la coopération dans le domaine du nucléaire. Cette déclaration comporte un paragraphe stipulant que les efforts seront poursuivis concernant l’entrée en vigueur d’accords sur la coopération bilatérale en vue d’un usage pacifique de l’énergie atomique. Notre Rosatom [Agence fédérale de l'énergie nucléaire russe] attend avec impatience un tel accord mais les Américains l’ont bloqué suite à notre intervention dans le Caucase. Nous verrons ce qu’il en résultera.
Il existe aussi une déclaration commune sur l’Afghanistan, laquelle renferme un nombre important de promesses de la part de la Russie pour soutenir les Etats-Unis, toujours incapables de vaincre les talibans ou de mettre fin à la production de drogues ou encore de stabiliser le pays et de renforcer le régime Karzai. Je pense que la situation en Afghanistan restera inchangée pendant un long moment encore, limitant la possibilité de mesures coercitives de la part des Etats-Unis dans d’autres régions, et en particulier le Moyen-Orient. De ce point de vue, le consentement de la Russie à utiliser la route de transit qui traverse son territoire pour la livraison de denrées alimentaires et d’équipements, y compris militaires, pour le compte des Etats-Unis et de ses alliés paraît donc logique dans un contexte politique plus vaste. Ceci dit, au vu de l’importance de notre mission pour les Etats-Unis et le transit visé, une question se pose : qu’avons-nous demandé et reçu en retour ? Malheureusement la réponse à cette question est floue. La création d’une commission présidentielle bilatérale Russie - USA et de plusieurs groupes de travail dirigés par des ministres et autres hauts fonctionnaires ? Nous avons déjà eu la Commission Gore-Chernomyrdin et les résultats de ses travaux étaient loin d’être impressionnants. Nous avons également déjà connu des situations où, outre les commissions intervenant au niveau ministériel, plusieurs douzaines de conseillers américains, grâce à Yeltsin et Chubais, avaient fait leur nid dans nos ministères. Et comme vous le savez les conséquences ont été désastreuses pour nous. Autrement dit, ce ne sont pas les commissions qui importent mais les changements au niveau de la stratégie américaine à l’égard de la Russie. Les incertitudes à ce propos sont nombreuses. Le conseiller de la Maison Blanche, McFaul, a carrément déclaré juste avant le départ d’Obama pour Moscou : « Nous n’allons pas rassurer les Russes, ni leur céder quelque chose ni même négocier avec eux l’expansion de l’OTAN ou la defense antimissile ». Et c’était visiblement le cas. C’est pourquoi nous ne céderons à aucune pression ou folle espérance. Bien sûr, nous saisirons toutes les opportunités qui s’offriront à nous suite à cette visite mais jusqu’ici il n’y a pas de raisons de se faire des illusions.

QUESTION. Dernière question. Que pensez-vous des projets de nouveaux accords avec les Etats-Unis sur la réduction des armes nucléaires et de leur idée d’éliminer toutes les armes nucléaires dans le monde, le fameux « Ground Zero » ?
RÉPONSE. Je ne pense pas que cette idée soit suffisamment réaliste. Néanmoins il peut être utile d’engager le dialogue sur ce sujet du moins pour ce qui est de ralentir l’érosion du Traité de non-prolifération [conclu en 1968, entré en vigueur en 1970]. Pour le reste, il ne faut pas oublier que par le passé, à l’époque où il existait un certain équilibre entre l’URSS et les Etats-Unis tant en ce qui concerne les armes nucléaires que les armes traditionnelles, il y avait de chaque côté des avantages à conclure des accords de réductions égales ou équivalentes de leurs vastes arsenaux. Mais depuis la situation a radicalement changé. Les Etats-Unis ont à présent l’avantage absolu, tant au niveau des armes nucléaires que des armes traditionnelles, sur tout adversaire potentiel ou groupe d’adversaires. Leur budget militaire - en période de « guerre froide » supposée à l’arrêt - a déjà dépassé les 400 milliards de dollars. Ils développent sans cesse leur potentiel militaire et cherchent ouvertement à acquérir la supériorité absolue non seulement sur terre et en mer mais aussi dans l’espace.
Dans de telles circonstances, les accords que nous signons avec eux sur les réductions d’armes doivent être élaborés en ayant à l’esprit une bonne compréhension de la situation et conclus avec la plus grande prudence. Autrement dit, moins nous nous engageons, plus nos chances d’agir avec les moyens limités à notre disposition seront grandes. Ce qui soulève inévitablement la question suivante : y a-t-il une bonne raison pour que nous devenions le principal voire l’unique partenaire des Etats-Unis dans les négociations sur la réduction des armes nucléaires alors que d’autres grandes puissances se tiennent tranquillement à l’écart du processus ? Avons-nous besoin de continuer à faire des concessions qui diminuent notre sécurité dans le seul but de remporter une victoire politique publique dans le cadre des négociations avec les Etats-Unis sur la limitation et la réduction des armes nucléaires ? Une chose est sûre c’est que dans la situation actuelle, ces avantages entraîneront inévitablement pour nous un déséquilibre.

Le site du PCFR est kprf.ru

Ce texte a été publié en Anglais sur le site : www.solidnet.org

http://www.ptb.be/nouvelles/article/sur-la-visite-du-president-obama-a-moscou.html  

 

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