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21/08/2009

n°451 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak - 19-08 - :Fin - : Barack Obama ou le retour du leadership US.

n°451 - Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak - 19-08 - :Fin - : Barack Obama  ou le retour du leadership US.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme,

 L’information est une arme au service de la paix

    Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak

n°451                            19/08/09

C.De Broeder      &       M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Illizi:Un ancien collabo irakien témoigne sur les méthodes d’assassinats.

2-2 L'Irak confrontée a une Catastrophe Environnementale sans précédent 3 Annexe

3 Annexe

3-1 Chronologie de la guerre en Irak (2002-2009)

3-2 Jean Bricmont : Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger »



2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

2-1 Illizi:Un ancien collabo irakien témoigne sur les méthodes d’assassinats.

Un ancien collaborateur dévoile les méthodes d’assassinats, ainsi que des attaques à la bombe visant des civils irakiens

Un Irakien qui a demandé de ne pas être identifié a divulgué une partie des activités US tels que des assassinats et des attentats à la bombe dans des marchés qui visent à susciter les combats sectaires entre les Irakiens, afin de faciliter le partage du pays.

Il a souligné avoir travaillé avec les États-Unis pour les troupes d'occupation durant deux ans et demi, et a réussi à fuir à l'extérieur de Bagdad où, espère-t-il, que  sa trace ne soit pas retrouvé par les Américains.

L'ancien collaborateur irakien a rappelé:

«J'étais un soldat de l'armée irakienne pendant  la guerre de 1991 et durant le retrait du Koweït, j'ai décidé de demander l'asile en Arabie saoudite  des dizaines d'autres frères comme moi avaient effectués la même démarche. C'est ainsi que commença le processus par lequel je a été recruté dans les forces américaines, car il existe des commissions militaires américaines qui ont choisi un certain nombre d' Irakiens qui étaient prêts à se joindre à nous et d'être transportés vers les USA. 

Et de  rajouter:

"En 1992, j'ai été affecté plus précisément sur une île où la plupart des établissements étaient militaires. J'étais avec un certain nombre d'autres Irakiens, l'un d'eux l'ancien gouverneur de Najaf, Adnan Adh -Dharfi. Nous avons reçu une formation militaire et également  des cours d'anglais et surtout des entrainements intensifs pour accomplir  des tâches telles que les assassinats », a-t-il insisté.

En 2003 lors de l'invasion de l'Irak et à  la frontière de l'Arabie Saoudite nous avons enfilé les vêtements de l'armée irakienne et nous nous sommes infiltrés dans les rangs de l'armée irkaienne afin de semer la confusion la plus totale en divulguant des rumeurs, et c'est  ainsi que l'armée irakienne a été déstabilisée.

Je faisais partie d'une unité affectée  dans le quartier d'al-A'zamiyah près du palais Présidentiel et nous avions été autorisés à rendre visite à nos parents à Bagdad une fois par mois, et je visitais ma famille dans «Madinat as-Sadr» à l'est de Bagdad.

Ma fonction de garde du corps, n'avait pas duré longtemps suite à une "promotion", j'avais en effet été responsable d'une unité qui était spécifiquement entrainé  pour des assassinats dans les rues de Bagdad, a t-il dit.

Notre tâche était de procéder à des assassinats de personnes ciblées. L'armée d'occupation US  nous fournissait leurs noms, photos et cartes de leurs déplacements quotidiens depuis leurs lieux de résidence et nous étions censés tuer les chiites, par exemple , dans l'al-A'zamiyah, et de tuer les sunnites dans le de "Madinat as-Sadr», et ainsi de suite. 

Celui qui commettait une erreur se faisait descendre.

Trois membres de mon équipe ont été tués par les forces d'occupation américaines après avoir échoué dans leurs missions qui était d'assassiner des personnalités politiques sunnites à Bagdad. pour ne pas laisser de trace où preuve de ces tentatives d'assassinats rappelle l'ancien collaborateur. 

Les Américains ont une unité de "mercenaires" cette unité est un mélange d 'Irakien , d'Américain et d'étrangers ainsi que des détachements de la sécurité { BLACKWATER à titre d'exemple}qui sont déployés à Bagdad et dans d'autres villes irakiennes . Cette unité ne doit pas seulement procéder à des assassinats, mais certaines d'entre elles se spécialisent dans la plantations de bombes et des voitures piégées dans les quartiers et les marchés.

Les opérations  d'attentats à la voiture piégée et l'explosion d'explosifs sur des marchés sont effectuées de diverses manières, la plus connu et la plus célèbre parmi les soldats américains est une bombe placée dans les voitures car elles sont recherchées à des postes de contrôle.

Un autre moyen est de placer des bombes dans des voitures pendant les interrogatoires.

Après avoir ciblé la personne cette dernière est convoquée à l'une des bases américaines, lors de son interrogatoire un engin explosif est placé  dans sa voiture et  lorsqu'il reprend son itinéraire  le civil ignore absolument qu'il doit suivre un chemin déjà programmé pour se rendre soit un poste de police ou alors un lieu public comme les marchés où mosquées et son engin explose!

Et les médias véhiculent l'information que cet un attentat commis par un kamikaz!

Le témoignage de l'ancien collaborateur est compatible avec  certains rapports qui ont révélé la participation de personnel militaire américain dans les bombardements qui visent les civils irakiens. Le journaliste britannique Robert Fisk, a récemment rencontré des Irakiens en Syrie au sujet de ces «opérations noires», menée par les Américains.

L'écrivain égyptien et ancien rédacteur en chef d'Al-Ahram, Muhammad Hasanayn Haykal, a également noté, dans une interview avec Al-Jazeera TV par satellite que ce sont des mercenaires qui constituent pratiquement une  seconde armée.

Cette force est désormais appelé le «Chevaliers de Malte», dit Haykal, et ils sont à l'origine de bon nombre d'attaques qui ciblent les civils irakiens.

Haykal a noté qu'il y a des Irakiens et Libanais travaillant dans les rangs de cette force.

illizi - La Voix des Opprimes

Source: Heyetnet

Traduit au mieux pour LVO

10-07

http://news.stcom.net/modules.php?name=News&file=article&sid=4395


2-2 L'Irak confrontée a une Catastrophe Environnementale sans précédent Oubliées Des Environnementalistes : L'Irak Confrontée A Une Catastrophe Environnementale.

Les environnementalistes de Cohn Bendit sont particulièrement silencieux sur la pollution environnementale provoquée par les guerres dévastatrices au Moyen Orient.

Pourtant la guerre américaine en Irak est à l'origine d'une catastrophe environnementale sans précédent transformant ce pays considéré il y a encore quelques années comme le grenier du Moyen Orient en vastes étendues poussiéreuses désertiques.

Gaza croule sous les gravas, Israël interdit toute activité de déblaiement et de reconstruction.

L'Irak Confrontée A Une Catastrophe Environnementale

Dans un article de Liz Sly publié le 30/07/09 sur le site du Los Angeles Times ( www.latimes.com) et intitulé " Selon des experts, l'Irak est confronté à une catastrophe environnementale" la reporter lance un cri d'alarme concernant la catastrophe environnementale en cours en Irak et que se gardent bien de dénoncer les environnementalistes libéraux réformistes complices des guerres US/OTAN.
En Irak, les tempêtes de poussière sont un phénomène habituel, mais récemment elles sont devenues beaucoup plus fréquentes.
" Des tempêtes de poussière devenues fréquentes actuellement sont le signe des dommages causées par l'homme à un pays qui est passé du statut de grenier du Moyen Orient à celui de bol de poussière" selon ce qu'ont dit des experts. "On se réveille le matin avec les narines bouchées. Les maisons et les arbres ont disparu sous une couche marron choquante de pollution. Un vent chaud répand de fines particules à travers portes et fenêtres, recouvrant tout ce qui est en vue d'une étrange couche orange rougeoyante."
Les populations déjà confrontées à de vastes problèmes car ni les infrastructures, ni les services de base dont elles bénéficiaient sous Saddam Hussein, n'ont été reconstruites ou rétablis, se trouvent fragilisées par les nouveaux problèmes de santé conséquences de cette catastrophe environnementale causée par l'homme.
"Actuellement, il semble que nous avons des tempêtes de poussière tous les jours" selon Raed Hussein, 31 ans, un antiquaire qui a du conduire son fils de 5 ans à l'hôpital lors d'une récente bourrasque car son fils ne pouvait plus respirer. "Nous souffrons de manque d'électricité, nous souffrons des explosions, et maintenant nous souffrons encore plus à cause de cette terrible poussière."
Selon certains responsables irakiens, l'Irak et la population irakienne sont actuellement confrontées à une catastrophe environnementale et l'augmentation de la fréquence des tempêtes de poussière n'en est que la manifestation la plus visible. La guerre, deux années consécutives de sécheresse, sont entrain de ruiner l'écosystème irakien. Des lits de rivières à sec ont pour conséquence de transformer des terres il y a peu de temps encore arables, en désert, détruisant les arbres, la végétation. Ce qui récemment était une zone fertile est devenue une zone désolée ou sévit la pénurie.
L'Irak il y a quelques années était un pays exportateur de produits agricoles. Cette année, l'Irak a du importer 80% de sa nourriture.
L'environnement est devenu si fragile, que le moindre vent transporte avec lui une couverture de poussière qui s'étend et subsiste pendant des jours. L'accumulation de poussière sur la surface des terres desséchées exacerbe le problème, provoque des tempêtes plus fréquentes qui durent plus longtemps alimentant le cercle vicieux de cette pollution environnementale catastrophique pour l'agriculture du pays. Cet été et l'été dernier on a pu constater que le nombre de jours de poussière ont plus que doublé, et 35% du temps, cette poussière réduit la visibilité. Seule note positive dans toute cette désolation, effet "bénéfique" involontaire, ces tempêtes de poussière limitent les sorties aériennes et les opérations terrestres militaires de l'armée d'occupation US.
Mais le plus grave, ce sont les conséquences sanitaires de cette augmentation importante des tempêtes de poussière. Des milliers de personnes sont hospitalisées pour des problèmes respiratoires liés à cette pollution. Sans parler des problèmes de santé provoqués par les fines particules d'Uranium Appauvri qui circulent librement sur tout le territoire irakien et au delà, à cause des tonnes de bombes à l'UA larguées sur ce pays. Mais sur cette pollution dramatique hautement toxique pour l'homme puisqu'elle peut provoquer des cancers et malformations congénitales, les environnementalistes, pour qui l'urgence c'est le CO2 et la "catastrophe à venir " du réchauffement climatique, se taisent complices de ceux qui polluent et mènent des guerres génocidaires.
Autre problème très grave dans cette environnement écologique fortement pollué, c'est le problème du manque d'eau. Un boulversement dramatique pour une pays ou l'agriculture est née il y a des milliers d'années. L'ancien nom de l'Irak " La Mésopotamie" veut dire le "pays entre deux rivières". Bien que la moitié du pays soit constituée de zones désertiques, l'autre moitié est composée de plaines fertiles arrosées par le Tigre et l'Euphrate qui approvisionnaient il y a encore peu de temps tout le Moyen Orient.
Selon le ministère de l'agriculture irakien, on estime qu'actuellement 90% des terres sont soit désertiques ou sont en voie de désertification, et le reste des terres arables est érodé au rythme de 5% par an.

Pour le directeur général du département qui combat la désertification au ministère de l'agriculture, Fadhil Faraji, " la désertification grave en cours c'est comme un cancer chez un être humain, quand la terre perd sa couverture végétale c'est très difficile de la faire repousser. Vous devez vous y atteler mètre par mètre".
Les mouvements de tanks dans le désert, même si cela n'a pas été prouvé scientifiquement et pour cause - qui va aller mesurer les conséquences de ces manoeuvres et opérations guerrières en cours? - ont certainement largement contribué à l'augmentation de ces tempêtes de poussière qui provoquent des troubles respiratoires chez les Irakiens mais empêchent aussi la respiration végétale. Les centrales électriques, par manque d'eau, sont obligées d'arrêter leur fonctionnement parfois pendant plusieurs jours. Confrontés à la pénurie d' électricité, les Irakiens coupent arbres et arbustes pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires comme celui de cuisiner et se chauffer, contribuant ainsi involontairement à la désertification en cours.
A cela, il faut ajouter la sécheresse de l'année dernière qui a touché toute la région et gravement réduit la quantité d'eau disponible. L'année dernière, les précipitations ont été réduites de plus de 80% et cette année seulement la moitié des précipitations habituelles ont été enregistrées. La Turquie et la Syrie, confrontées au même problème de sécheresse, et qui contrôlent en amont les eaux de l'Euphrate, en ont réduit le débit de moitié contribuant à exacerber la sécheresse en Irak. Pour compenser, l'eau du Tigre a été détournée pour assurer le débit de l'Euphrate, mais cela s'est fait au détriment des villages le long du Tigre. Confrontés à la sécheresse, les paysans irakiens perdent leurs moyens de subsistance et vont rejoindre les grands centres urbains, augmentant ainsi le nombre de chômeurs dans un pays où les seuls à bénéficier des quelques projets de reconstruction sont des entreprises étrangères qui importent des pays du tiers monde une main d'oeuvre extrêmement bon marché au détriment de la main d'oeuvre locale réduite à la misère.
Mais cela fait partie de la stratégie militaire US et Cie de la "destruction créative" qui vise avec le soutien de troupes coloniales d'occupation à s'emparer des richesses d'un pays tout en détruisant l'environnement naturel et agricole afin de rendre celui-ci en grande partie inhabitable et pousser les populations rurales majoritaires à déserter les campagnes et se concentrer dans des villes entourées de murs où elles sont réduites en esclavage.
Cette concentration urbaine en accéléré - ce phénomène de désertification des campagnes s'est produit dans les pays occidentaux dés la fin du XIX ème siècle parallèlement à l'industrialisation mais surtout au début du XXème, et la Première Guerre Mondiale l'a amplifié dans le cas de la France - de populations démunies vivant dans des conditions sanitaires catastrophiques, subit de plein fouet les conséquences de ces tempêtes de poussière qui pénètre également dans les salles à manger et salons des élites collaboratrices. Ce "talc" s'infiltre dans les buffets et armoires mais surtout dans les bronches sans distinction de classe. " Elle provoque des problèmes de santé, détruit les machines dans les usines et perturbe les affaires, sans parler des effets psychologiques" a dit Ibrahim Jawad Sherif, qui est responsable du contrôle des sols au ministère de l'environnement. " C'est une catastrophe qui affecte chaque aspect de la vie irakienne." selon lui.
Remédier aux problèmes provoqués par cette pollution environnementale due aux opérations militaires US nécessitent de vastes sommes d'argent. Jusqu'à présent, les pollueurs - les US et les pays de la "coalition of the willing", la Grande Bretagne, l'Australie, le Danemark ... ont été dévaster ce pays, mais se sont toujours refusés à dédommager l'Irak, qui lui continue de verser des dédommagements notamment au Koweit, pour les dégâts causés pendant la Première Guerre du Golfe.
Le gouvernement irakien collaborateur en place a lui aussi d'autres priorités (pour ses membres, s'enrichir) et répondre aux besoins immédiats des populations irakiennes souffrant de cette catastrophe environnementale n'en constitue pas une.
Le libéralisme guerrier a provoqué une catastrophe environnementale en Irak, mais les environnementalistes des Cohn Bendit Bové n'en ont cure.

Difficile d'imposer une "taxe verte" dans un pays où la pollution environnementale n'est pas due à une industrialisation sauvage comme dans le cas des pays dit émergents ( Inde, Chine...) mais à une guerre coloniale pour dérober aux populations locales les richesses naturelles du pays qui leur appartient.
Sur ce type de pollution environnementale catastrophique pour les êtres humains et
créée par l'homme libéral mondialiste, les environnementalistes font silence.
30-07

http://www.planetenonviolence.org/Oubliees-Des-Environnementalistes-L-Irak-Confrontee-A-Une-Catastrophe-Environnementale,-Gaza-Sous-Blocus-Sous-Des-Tonnes_a1978.html



3 Annexe

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

3-1 Chronologie de la guerre en Irak (2002-2009)

Catherine Gouëset,

le 30/06/2009

Cliquer sur ce lien : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/chronologie-de-la-guerre-d-irak-2002-2009_498027.html


3-2 Jean Bricmont : Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger »

New York, le jeudi 30 juillet 2009

Alors que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, milite pour la mise en œuvre du nouveau concept juridique de « responsabilité de protéger », le président de l’Assemblée générale, MIguel d’Escoto, invitait quatre intellectuels à éclairer les délégations en présentant leurs analyses. La table ronde réunissait Gareth Evans (un des auteurs du concept), Noam Chomsky, Ngugi wa Thiong’o et Jean Bricmont, dont nous reproduisons l’intervention.

Le but de mon exposé sera de mettre en question les hypothèses sur lesquelles reposent l’idée et la rhétorique de la « responsabilité de protéger ».
En résumé, je voudrais montrer que les principaux obstacles qui empêchent la mise en œuvre d’une véritable responsabilité de protéger sont précisément les politiques et les attitudes des pays qui en sont les plus enthousiastes partisans, à savoir les pays occidentaux et en particulier les États-Unis.

Au cours de la dernière décennie, le monde a assisté, impuissant, au bombardement, par les États-Unis, de civils innocents en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Il est demeuré spectateur lors de l’attaque israélienne meurtrière au Liban et à Gaza. Nous avons précédemment assisté au massacre, sous la puissance de feu états-unienne, de millions de gens au Vietnam, au Cambodge et au Laos ; et bien d’autres sont morts en Amérique Centrale et en Afrique australe lors de guerres appuyées par les États-Unis. Allons-nous crier, au nom de toutes ces victimes : Plus jamais ! Dorénavant, le monde, la communauté internationale, vous protègera !

Notre réponse humanitaire est oui, nous voulons protéger toutes les victimes. Mais comment, et avec quelles forces ? Comment le faible sera-t-il jamais défendu contre le fort ? [1] La réponse à cette question n’est pas seulement humanitaire ou juridique, mais avant tout politique. La protection des faibles dépend toujours de la limitation du pouvoir des forts. Le règne de la loi permet une telle limitation, pourvu que la loi soit la même pour tous. Tendre vers ce but nécessite une combinaison de principes idéalistes et d’une évaluation réaliste des rapports de force existant dans le monde.
Avant de rentrer dans une discussion politique de la responsabilité de protéger, je voudrais souligner que le problème qui se pose ne porte pas sur les aspects diplomatiques ou préventifs de cette doctrine, mais sur l’aspect militaire de la « réponse rapide et décisive » et sur le défi que cela pose au principe de la souveraineté nationale.

La responsabilité de protéger est une doctrine ambigüe. D’une part, elle est vendue aux Nations Unies comme étant fort différente du « droit d’ingérence humanitaire », notion qui été développée en Occident après la chute des empires coloniaux et la défaite des États-Unis en Indochine [2]. Cette idéologie se fondait sur les tragédies se produisant dans les pays décolonisés, afin de fournir une base morale aux anciennes politiques d’intervention et de contrôle des pays occidentaux sur le reste du monde.

Cela est parfaitement compris dans la majeure partie du monde. Le « droit » d’ingérence humanitaire a été universellement rejeté par le Sud, par exemple lors de son sommet à La Havane en 2000 ou lors de la réunion des pays non alignés à Kuala Lumpur en février 2003, peu avant l’attaque états-unienne contre l’Irak. La responsabilité de protéger tente de faire entrer ce droit dans le cadre de la Charte des Nations Unies, de façon à le rendre acceptable, en insistant sur le fait que l’option militaire doit intervenir en dernier recours et doit être approuvée par le Conseil de Sécurité. Mais alors, il n’y a rien de légalement neuf sous le soleil.

D’autre part, la responsabilité de protéger est présentée au public occidental comme une nouvelle norme dans les relations internationales, norme qui autorise l’usage de la force sur des bases humanitaires. Il y a une grande différence entre la responsabilité de protéger, envisagée purement comme doctrine juridique et sa réception idéologique dans les médias occidentaux.

Lorsque l’on envisage l’histoire états-unienne de l’après-guerre, histoire qui inclut les guerres d’Indochine, les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan, du Panama et même de petite Grenade, il est difficile de croire que c’est le droit international ou le respect pour la souveraineté nationale qui empêche les États-Unis d’arrêter des génocides. Si les États-Unis avaient eu les moyens et le désir d’intervenir au Rwanda, ils l’auraient fait, et aucun droit international ne les en auraient empêché. Et si une « nouvelle norme » est introduite, elle ne sauvera personne nulle part, dans le contexte des rapports de force politiques et militaires existants, à moins que les États-Unis ne décident d’intervenir, pour des raisons qui leur sont propres.

De plus, il est assez incroyable de voir que les partisans de la responsabilité de protéger parler d’une obligation de reconstruire (après une intervention militaire). Combien d’argent les États-Unis ont-ils versé comme réparations pour les destructions infligées en Indochine et en Irak, ou à infligées à Gaza et au Liban par un pays qu’ils soutiennent et arment ? Ou au Nicaragua, auquel des réparations pour les destructions des Contras sont toujours impayées, malgré la condamnation des États-Unis par la Cour Internationale de Justice ? Pourquoi espérer que la responsabilité de protéger force à l’avenir les États puissants à payer pour ce qu’ils détruisent, s’ils ne le font pas en vertu du droit existant actuellement ?

Il est vrai que le XXIème siècle a besoin de Nations Unies rénovées, mais pas de Nations Unies qui justifient les interventions unilatérales avec de nouveaux arguments, mais plutôt de Nations Unies qui offrent un support moral à ceux qui cherchent à construire un monde moins dominé par les États-Unis et leurs alliés. Le but original des Nations Unies était de sauver l’humanité du « fléau de la guerre », en référence aux deux guerres mondiales. Cela devait être accompli par un respect strict de la souveraineté nationale, de façon à empêcher les grandes puissances d’intervenir militairement contre les plus faibles, quel qu’en soit le prétexte. Les guerres menées par les États-Unis et l’Otan montrent que, malgré des progrès substantiels, les Nations Unies n’ont pas encore atteint leur but originel. Les Nations Unies doivent continuer leurs efforts en direction de ce but, avant de s’assigner une nouvelle priorité, soi-disant humanitaire, qui en réalité peut être utilisée par les grandes puissances pour justifier leurs guerres futures, en affaiblissant le principe de la souveraineté nationale.

Quand l’Otan a exercé son droit auto-proclamé d’intervention au Kosovo, où les efforts diplomatiques étaient loin d’avoir été épuisés, il a été applaudi dans les médias occidentaux. Quand la Russie a exercé ce qu’elle considérait comme sa responsabilité de protéger en Ossétie du sud, elle a été universellement condamnée par les mêmes médias occidentaux. Quand le Vietnam est intervenu au Cambodge (mettant fin au régime des Khmers Rouges) ou quand l’Inde est intervenue dans ce qui est aujourd’hui le Bangladesh, leurs actions ont été sévèrement condamnées en Occident.

Tout cela indique que les gouvernements, médias et ONG occidentaux, s’autoproclamant « communauté internationale », évalueront la responsabilité de tragédies humaines très différemment, selon qu’elle se produit dans un pays dont le gouvernement est, pour une raison ou une autre, jugé hostile par l’Occident, ou dans un pays ami. En particulier, les États-Unis feront pression sur l’ONU pour faire adopter leur propre vision des évènements. Les États-Unis ne choisiront pas toujours d’intervenir, mais ils utiliseront néanmoins la non-intervention pour dénoncer les Nations Unies et pour suggérer que celles-ci devraient être remplacées par l’Otan comme arbitre international.

La souveraineté nationale est parfois stigmatisée par les promoteurs de la responsabilité de protéger comme étant une « autorisation de tuer ». Il est bon de se rappeler pourquoi la souveraineté nationale doit être défendue contre de telles accusations.

Tout d’abord, la souveraineté nationale est une protection partielle des faibles contre les forts. Personne ne s’attend à ce que le Bangladesh intervienne dans les affaires intérieures des États-Unis pour les forcer à réduire leurs émissions de CO2, en invoquant les conséquences catastrophiques que celles-ci peuvent avoir pour le Bangladesh. L’ingérence est toujours unilatérale.

L’ingérence états-unienne dans les affaires intérieures des autres États prend des formes multiples mais est constante et viole toujours l’esprit et souvent la lettre de la Charte des Nations Unies. Bien qu’ils prétendent agir en fonction de principes tels que la liberté et la démocratie, les interventions des États-Unis ont eu des conséquences désastreuses : non seulement les millions de morts causé directement ou indirectement par les guerres, mais aussi le fait d’avoir « tué l’espoir » de centaines de millions de gens qui auraient pu bénéficier des politiques sociales progressistes initiées par des personnes telles que Arbenz au Guatemala, Goulart au Brésil, Allende au Chili, Lumumba au Congo, Mossadegh en Iran, les Sandinistes au Nicaragua ou le Président Chavez au Venezuela, qui ont tous été systématiquement subvertis, renversés, ou tués avec le soutien plein et entier de l’Occident.

Mais ce n’est pas tout. Chaque action agressive des États-Unis provoque une réaction. Le déploiement d’un bouclier anti-missile produit plus de missiles, pas moins. Bombarder des civils- que ce soit délibérément ou par dommage collatéraux-produit plus de résistance armée, pas moins. Chercher à renverser ou à subvertir des gouvernements produit plus de répression interne, pas moins. Encourager les minorités à faire sécession, en leur donnant l’impression, souvent fausse, que la « seule superpuissance » viendra à leur secours si elles sont réprimées, produit plus de violence et de haine, pas moins. La possession par Israël d’armes nucléaires encourage d’autres États du Proche-Orient à posséder de telles armes. Les tragédies en Somalie et dans l’Est du Congo sont dues en grande partie à des interventions étrangères, pas à leur absence. Pour prendre un exemple extrême, qui est un des exemples préférés d’atrocités citées par les partisans de la responsabilité de protéger, il est très peu probable que les Khmers Rouges auraient pris le pouvoir au Cambodge, sans les bombardements états-uniens massifs et « secrets », suivis par un changement de régime organisé par les États-Unis qui déstabilisa complètement ce malheureux pays.

L’idéologie de l’ingérence humanitaire fait partie d’une longue histoire d’attitudes occidentales par rapport au reste du monde. Quand les colons ont débarqué sur les côtes des Amériques, de l’Afrique ou de l’Asie orientale, ils ont été horrifiés de découvrir ce que nous appellerions des violations des droits de l’homme et qu’ils appelaient des « mœurs barbares » : sacrifices humains, cannibalisme ou femmes aux pieds bandés. Ces indignations, sincères ou calculées, ont, de façon répétée, été utilisées pour couvrir les crimes des pays occidentaux : esclavage, exterminations des populations indigènes et pillage systématique des terres et des ressources. Cette attitude d’indignation vertueuse continue à ce jour et est à la base de l’idée que l’Occident a un « droit d’intervenir » et un « droit de protéger », tout en ignorant les régimes oppressifs considérés comme « amis », la militarisation et les guerres sans fin, ainsi que l’exploitation massive de la force de travail et des matières premières.

L’Occident devrait tirer des leçons de sa propre histoire. Concrètement, qu’est-ce que cela voudrait dire ? D’abord, garantir un respect strict du droit international de la part des puissances occidentales, implémenter les résolutions de l’ONU concernant Israël, démanteler l’empire des bases états-uniennes ainsi que l’Otan, cesser toutes les menaces concernant l’usage unilatéral de la force, lever les sanctions unilatérales, en particulier l’embargo contre Cuba, arrêter toutes les formes d’ingérences dans les affaires intérieures des autres états, en particulier toutes les opérations des « promotions de la démocratie », de « révolutions colorées » ainsi que l’exploitation de la politique des minorités. Ce respect nécessaire pour la souveraineté nationale signifie que le souverain ultime de chaque État-nation est le peuple de cet État, dont le droit à remplacer des gouvernements injustes ne peut pas être usurpé par des puissances étrangères supposées bienveillantes.

Ensuite, nous pourrions utiliser nos budgets militaires disproportionnés (les pays de l’Otan couvrant 70 % des dépenses militaires mondiales) pour mettre en place une forme de keynésianisme global : au lieu de demander des « budgets équilibrés » dans les pays en développement, nous devrions utiliser les ressources gaspillées en dépenses militaires pour financer des investissements massifs dans l’éducation, la santé et le développement. Si cela semble utopique, ce ne l’est pas plus que l’idée selon laquelle un monde stable sera produit par la façon dont la « guerre à la terreur » est poursuivie actuellement.

Les défenseurs de la responsabilité de protéger peuvent répondre que ce que je dis ici est à côté de la question et « politise » inutilement le débat, puisque, d’après eux, c’est la communauté internationale qui interviendra, avec, en plus, l’approbation du Conseil de Sécurité. Mais, en réalité, il n’existe pas de communauté internationale. L’intervention de l’Otan au Kosovo n’a pas été approuvée par la Russie et l’intervention russe en Ossétie du Sud a été condamnée en Occident. Aucune de ces interventions n’aurait été approuvée par le Conseil de Sécurité. Récemment, l’Union africaine a rejeté l’inculpation par la Cour pénale internationale du président du Soudan. Aucun système de justice ou de police internationale, qu’il s’agisse de la responsabilité de protéger ou de la CPI, ne peut fonctionner sans un climat de confiance et d’égalité. Aujourd’hui, il n’y a ni égalité ni confiance entre l’Ouest et l’Est, ou entre le Nord et le Sud, en grande partie à cause des politiques américaines récentes. Si nous voulons qu’une version de la responsabilité de protéger fonctionne dans le futur, nous devons d’abord construire une relation d’égalité et de confiance, et ce que je dis ici aborde le fond du problème. Le monde ne peut devenir plus sûr que s’il devient d’abord plus juste.

Il est important de comprendre que la critique faite ici de la responsabilité de protéger ne se base pas sur une défense « absolutiste » de la souveraineté nationale, mais sur une réflexion à propos des politiques des pays puissants qui forcent les pays faibles à utiliser la souveraineté comme bouclier.

Les promoteurs de la responsabilité de protéger présentent celle-ci comme le début d’une ère nouvelle. Mais, en réalité, elle signale la fin d’une ère ancienne. D’un point de vue interventionniste, la responsabilité de protéger est un recul, au moins en parole, par rapport au droit d’ingérence, et celui-ci était un recul par rapport au colonialisme classique. La principale transformation sociale du 20ème siècle a été la décolonisation. Ce mouvement continue aujourd’hui dans l’élaboration d’un monde réellement démocratique, dans lequel le soleil se sera couché sur l’empire américain, comme il l’a fait sur les empires européens du passé. Il y a quelques indications que le président Obama comprend cette réalité et il faut espérer que ses actions suivent ses paroles.

Je veux terminer par un message pour les représentants et les populations du « Sud ». Les vues exprimées ici sont partagées par des millions de gens en « Occident ». Cela n’est malheureusement pas reflété par nos médias. Des millions de gens, y compris des États-uniens, rejettent la guerre comme moyen de résoudre les conflits internationaux et s’opposent au soutien aveugle de leurs gouvernements à l’apartheid israélien. Ils adhèrent aux principes du mouvement des pays non alignés de coopération internationale, dans le respect strict de la souveraineté de chaque État, et de l ’égalité des peuples. Ils risquent d’être dénoncés par les médias de leurs pays comme anti-occidentaux, anti-américains ou antisémites. Mais, en ouvrant leurs esprits aux inspirations du reste du monde, ce sont eux qui incarnent ce qu’il y a de véritablement valable dans la tradition humaniste occidentale.

Jean Bricmont

Documents joints

« La mise en oeuvre de la responsabilité de protéger », rapport du secrétaire général de l’ONU,
Ban Ki Moon (12 janvier 2009). (PDF - 186.9 ko)

Jean Bricmont, figure du mouvement anti-impérialiste, Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l’Université de Louvain (Belgique). Il vient de publier Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ? (Éditions Aden, 2005)

[1] « Défense du droit international », par Jean Bricmont, Réseau Voltaire, 11 janvier 2006.

[2] « Le "devoir d’ingérence", nouvel habit de l’expansionnisme », par Jean Bricmont, Axis for Peace/Réseau Voltaire, 23 novembre 2005.
Jean Bricmont

New York, le jeudi 30 juillet 2009

Source : Réseau Voltaire
http://www.voltairenet.org/article161370.html



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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