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08/09/2009

n°288 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan -: 07-09 –Fin:- Obama intensifie la guerre d’agression de l’Amérique contre le peuple

n°288 - Les  dossiers   'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan -: 07-09 –Fin:- Obama intensifie la guerre d’agression de l’Amérique contre le peuple afghan



  Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers  'Géopolitique, Réflexion et stratégie'de l'Afghanistan

   n°288                                                                                                                            07/09/09

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Annexe

2-5 La stratégie de l'OTAN.

1 Le Concept stratégique.

2  Nouveau concept stratégique.

3 Arnaud Ghys : Responsabilité de protéger : une approche critique.

4 Jean Bricmont : Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger ».

2-6 Mohamed Belaali : L’humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires pour servir le capital. 

2-7 Daniel Pipes : Les puissances occidentales sont condamnées à perdre tous les confits présents et futurs impliquant des forces non conventionnelles


 

2-5 La stratégie de l'OTAN.

1 Le Concept stratégique.

La stratégie de l'OTAN est initialement formulée sous le nom de "Concept stratégique pour la défense de la zone de l'Atlantique Nord". Elaboré entre octobre 1949 et avril 1950, ce concept expose une stratégie d'opérations de grande envergure pour la défense de territoires. Au milieu des années 50 est établie la stratégie des "représailles massives". L'accent y est mis sur la dissuasion, l'OTAN menaçant de riposter à toute agression contre ses pays membres par tous les moyens à sa disposition, dont, en particulier, les armes nucléaires. A partir de 1967, après de nombreux débats au sein de l'Alliance, les «représailles massives» sont remplacées par la stratégie de la "riposte graduée", offrant à l'OTAN les avantages de la souplesse quant à la riposte de l'OTAN en cas de menace pour la souveraineté ou l'indépendance de l'un quelconque de ses pays membres.

1991 : un nouveau concept stratégique

Avec la fin de la Guerre froide, la situation politique en Europe et la situation militaire générale se trouvent transformées. Un nouveau Concept stratégique, prend forme au cours des deux années qui suivent la chute du mur de Berlin. Il est débattu au sein de l'Alliance et adopté à Rome en novembre 1991. Assez éloigné des concepts précédents, il met l'accent sur la coopération avec les anciens adversaires, par opposition à la confrontation. La sécurité des pays membres reste l'objectif fondamental de l'OTAN, mais vient s'y ajouter l'obligation spécifique d'œuvrer dans le sens d'une amélioration et d'un élargissement de la sécurité pour l'Europe tout entière.

Il prévoit d'importants changements concernant les forces intégrées de l'OTAN, notamment des réductions substantielles de leur taille et de leur niveau de préparation, des améliorations visant à augmenter leur mobilité, leur souplesse et leur capacité d'adaptation aux différentes circonstances ainsi qu’un plus large recours aux formations multinationales. Des mesures sont également prises pour rationaliser la structure de commandement et adapter les dispositions et procédures de planification de la défense de l'Alliance, en particulier dans l'optique des besoins futurs en matière de gestion des crises et de maintien de la paix.

1997 : un concept révisé

En 1997, les Etats membres de l'OTAN décident de réexaminer le Concept et de l'actualiser pour prendre en compte les changements intervenus en Europe tout en confirmant l'attachement de l'Alliance à la défense collective et au lien transatlantique. La version révisée du Concept, est adoptée au Sommet de Washington en avril 1999. Se situant dans la continuité du concept de 1991, il englobe des moyens politiques et militaires complémentaires, et met l'accent sur la coopération avec d'autres Etats partageant les objectifs de l'Alliance. Il prend également en compte le développement de la politique de sécurité et de défense de l’Union européenne.

Il comprend les éléments suivants :

La préservation du lien transatlantique : le Concept stratégique affirme que la sécurité de l'Europe et celle de l'Amérique du Nord sont indivisibles et souligne par conséquent l'importance d'un Partenariat fort et dynamique entre l'Europe et l'Amérique du Nord.

Le maintien de capacités militaires efficaces : la stratégie met l’accent sur l’exigence de capacités militaires efficaces dans toutes les circonstances prévisibles, sur la dissuasion et la défense collective, sur les opérations de réponse aux crises.

Le développement de l'Identité européenne de sécurité et de défense au sein de l'Alliance : le Concept stratégique confirme que l'Identité européenne de sécurité et de défense se développe au sein de l'Alliance sur la base des décisions prises par les Ministres des affaires étrangères de l'Alliance à Berlin en 1996.

La prévention des conflits et la gestion des crises : le Concept reconnaît que des opérations de réponse aux crises comme celles menées en Bosnie et au Kosovo constitueront un aspect clé de la contribution de l'OTAN à la paix et à la sécurité euro-atlantique.

Le Partenariat, la coopération et le dialogue : l'accent est mis sur la détermination de l'Alliance à poursuivre sa politique établie depuis longtemps déjà de Partenariat, de coopération et de dialogue avec tous les pays démocratiques de la région euro-atlantique. Les principaux instruments de cette politique demeurent le Conseil de Partenariat euro-atlantique, le Partenariat pour la paix, les relations spéciales avec la Russie et l'Ukraine et le Dialogue méditerranéen.

L'élargissement : le Concept confirme l'ouverture de l'Alliance à l'adhésion de nouveaux membres, conformément à l'article 10 du Traité de Washington, et réaffirme que l'OTAN compte lancer de nouvelles invitations dans les années à venir.

La maîtrise des armements, le désarmement et la non-prolifération : finalement, le Concept stratégique énonce la politique de soutien de l'Alliance à la maîtrise des armements, au désarmement et à la non-prolifération.

Enfin, le Concept stratégique fixe des orientations pour les forces de l'Alliance. La stratégie fixée prévoit la poursuite de la mise en place des capacités militaires requises pour l'accomplissement de toute la gamme des missions de l'Alliance, de la défense collective au soutien de la paix et à d'autres opérations de réponse aux crises.

 

2  Nouveau concept stratégique.

Le "nouveau concept stratégique" de l'Otan, pour l'élaboration duquel le nouveau secrétaire général Ronald Rasmussen a nommé 12 super-têtes pensantes, pourrait très bien incorporer le concept de "la responsabilité de protéger" chère au secrétaire général de l'ONU , Ban Ki Moon. 

Gareth Evans, qui est un des auteurs de ce concept, participait récemment à un colloque de diverses fondations internationales pro-OTAN au palais d'Egmont à Bruxelles, pour plaider la nécessité pour l'Otan d'intégrer "la responsabilité de protéger" dans ses objectifs.

Le mouvement de la paix en Belgique a également commencé à discuter de cette question.

Avec un point de vue tout différent. ci-après une communication de Arnaud Ghys, pour la CNAPD lors d'un colloque avec Gareth Evans et un exposé de Jean Bricmont, à une table ronde de l'ONU, qui mettent en évidence les ambigüités, voire même les hypocrisies fondamentales de ce "concept".. pas si nouveau que çà. (CP) 

 http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/otan/nouv...


3 Arnaud Ghys : Responsabilité de protéger : une approche critique.

Historique du concept

Kofi Annan dans son rapport à l’Assemblée générale en 2000 somma l’ONU de répondre à cette question épineuse: des Etats ont-ils jamais le droit de prendre des mesures coercitives - et particulièrement militaires- contre un autre Etat pour protéger des populations menacées dans ce dernier, et si oui, dans quelles circonstances ?   

Le concept de « Responsabilité de protéger » est issu du rapport daté de décembre 2001 et rédigé par la Commission Internationale de l’Intervention et de la Souveraineté des Etats, co-présidé par Gareth Evans, qui devait répondre à cette question.

Selon Gareth Evans, avant la Responsabilité de protéger, la souveraineté s’avérait un véritable « permis de tuer » : ce qui se passait à l’intérieur de frontières nationales  n’était pas les affaires de la communauté internationale et il n’existait pas de règles concernant les conflits internes (le droit international et la Charte des Nations Unies visant uniquement les rapports entre Etats).

L’avant-propos du rapport est éclairant sur les motivations de ses auteurs : Nous voulons qu’il n’y ait plus jamais d’autre Rwanda, et nous estimons que l’adoption des propositions que nous formulons constitue le meilleur moyen de nous en assurer. L’élan du document est donc donné par un regret de ne pas avoir employé la force pour empêcher le génocide rwandais.    

Selon le concept de Responsabilité de protéger, les Etats souverains ont l’obligation de protéger leurs propres citoyens contre des catastrophes évitables, mais s’ils refusent ou ne sont pas en mesure de le faire, cette responsabilité incombe à la communauté internationale.  

Cette responsabilité devait s’exprimer en trois temps, dans un continuum :

  • Prévention,
  • Réaction,
  • Reconstruction   

Le concept a été intégré dans la déclaration finale du sommet ONU de 2005

138.

C’est à chaque État qu’il incombe de protéger ses populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité. Cette responsabilité consiste notamment dans la prévention de ces crimes, y compris l’incitation à les commettre, par les moyens nécessaires et appropriés. Nous l’acceptons et agirons de manière à nous y conformer. La communauté internationale devrait, si nécessaire, encourager et aider les États à s’acquitter de cette responsabilité et aider l’Organisation des Nations Unies à mettre en place un dispositif d’alerte rapide.

139. Il incombe également à la communauté internationale, dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies, de mettre en œuvre les moyens diplomatiques, humanitaires et autres moyens pacifiques appropriés, conformément aux Chapitres VI et VIII de la Charte, afin d’aider à protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité. Dans ce contexte, nous sommes prêts à mener en temps voulu une action collective résolue par l’entremise du Conseil de sécurité, conformément à la Charte, notamment son Chapitre VII, au cas par cas et en coopération, le cas échéant, avec les organisations régionales compétentes, lorsque ces moyens pacifiques se révèlent inadéquats et que les autorités nationales n’assurent manifestement pas la protection de leurs populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité. Nous soulignons que l’Assemblée générale doit poursuivre l’examen de la responsabilité de protéger les populations du génocide, des

crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité et des conséquences qu’elle emporte, en ayant à l’esprit les principes de la Charte et du droit international. Nous entendons aussi nous engager, selon qu’il conviendra, à aider les États à se doter des moyens de protéger leurs populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité et à apporter une assistance aux pays dans lesquels existent des tensions avant qu’une crise ou qu’un conflit n’éclate.

Si le rapport initial évoquait la famine parmi d’autres « catastrophes évitable » pour lesquelles s’exerçait la responsabilité de protéger, celle-ci est donc aujourd’hui restreinte aux cas de

  • génocide,
  • crime de guerre,
  • crimes contre l’humanité
  • nettoyage ethnique

Dans un premier temps c’est à l’Etat lui-même que revient la responsabilité de protéger sa population, dans un second temps, les autres Etats peuvent l’assister dans cet exercice et finalement c’est à l’ensemble de la communauté internationale et si besoin au Conseil de sécurité d’assurer la protection de cette population.  Il n’est pas fait référence à la responsabilité de la population de se protéger elle-même, c'est-à-dire en d’autres termes à la question de la résistance. L’absence de référence au droit de résistance est surtout le signe d’une confiance un peu naïve dans la capacité de la communauté internationale à protéger les populations en souffrance et assez symptomatique d’une forme de paternalisme.

D’après Gareth Evans, le fait que l’emploi de la force soit possible à la fin de ce continuum est essentiel : une fois la « procédure » de la responsabilité de protéger enclenchée, l’Etat ou le groupe visé sait qu’il risque une intervention militaire s’il ne rétablit pas la situation. 

Pour les défenseurs de la responsabilité de protéger, il reste trois challenges selon Evans :

  • Un challenge conceptuel : une bonne compréhension internationale de ce que ce concept recouvre et de ce qu’il ne recouvre pas
    • lecture trop étroite : y voir seulement une intervention militaire alors que c’est bien plus que cela (prévention, reconstruction…)
    • lecture trop large : sur la centaine de conflits dans le monde, il n’y a qu’une dizaine de cas auxquels Gareth Evans attribuerait l’étiquette « responsabilité de protéger » 
  • Un challenge institutionnel : mettre en place un mécanisme dans les organisations internationales pour assurer qu’il y aura une capacité de réagir.
  • Un challenge politique : même s’il y a une acceptation du concept et les outils institutionnels, il faut la volonté politique pour assurer une réaction concrète.   

 

Souveraineté et sécurité

La souveraineté des Etats, considérée comme absolue depuis le traité de Westphalie, est considérée dans l’optique de la responsabilité de protéger comme conditionnée : un Etat ne peut arguer de sa souveraineté que s’il respecte la souveraineté des autres Etats (responsabilité externe) et la dignité et les droits fondamentaux des populations vivant sur son territoire (responsabilité interne). La nouveauté étant l’accent mis sur cette responsabilité interne.

Le paradoxe est que les interventions menées sous le motif qu’un Etat n’a pas assumé ses responsabilités internes seraient en contradiction… avec la responsabilité externe des Etats interventionnistes.    

Parallèlement, avec le concept de « sécurité humaine » (PNUD, 1994), le centre de gravité de la sécurité a glissé de la sécurité des Etats vers la sécurité des personnes, la première (n’)étant (qu’)un moyen de garantir la seconde.   

D’abord la prévention

La prévention est la principale dimension de la responsabilité de protéger (…) il faut lui consacrer plus de détermination et de ressources[2].

Il s’agit donc d’épuiser d’abord toute la palette des mesures non militaires (en commençant par les moins intrusives et contraignantes) pour arriver en dernier recours si elles ont toutes échoué à des mesures militaires. 

La notion du « dernier recours » est malheureusement très floue et invoquée par nombre d’acteurs, de certains mouvements pour la paix à des chefs d’Etat belliqueux. En ce sens le travail préparatoire à la Responsabilité de protéger a l’avantage d’offrir une check-list qui précise ce que l’on peut entendre par « dernier recours ».

Existe-t-il un droit d’intervention ?

La Charte des Nations Unies ne reconnaît nullement un droit d’intervention humanitaire. Mais rien n’empêche au Conseil de Sécurité d’autoriser, en application du chapitre VII de la Charte une action militaire à vocation humanitaire : la situation humanitaire dramatique est formellement assimilée à une « menace contre la paix ». Le Conseil de Sécurité a déjà par le passé, avant l’adoption du principe de responsabilité de protéger, autorisé des ingérences dans des situations de conflit interne (Rhodésie, Bosnie, Haïti, Rwanda…)

La Responsabilité de protéger n’est pas une nouvelle norme juridique. La responsabilité de protéger doit se conformer à la Charte et aux règles en vigueur.       

Y a-t-il une obligation d’intervenir?

Il n’y a pas d’obligation, notamment parce que les Etats-Unis et certains Etats européens n’en ont pas voulu ! M Bolton, qui représentait les Etats-Unis lors du sommet de l’ONU en 2005 a déclaré que l’obligation d’un Etat de protéger sa population est une obligation juridique tandis que l’obligation d’Etats tiers et de la communauté internationale à protéger cette même population (n’)est (qu’)une obligation morale.  Les Etats-Unis ne veulent pas être liés par une règle contraignante l’obligeant à intervenir.  La responsabilité de protéger reste donc un geste secourable qui dépend du bon vouloir des Etats qui en ont les moyens militaires.

Qui intervient?

Même si la décision d’intervenir est prise dans le cadre du multilatéralisme onusien, la mise en œuvre pratique de l’intervention échappe à « la communauté internationale ».   

« Les interventions les plus délicates nécessitent le recours à des armées et des moyens logistiques sophistiqués que seul un petit nombre d’Etats ont à leur disposition. L’intervention, aussi neutre et pacificatrice soit-elle, reste étroitement contrôlée par des logiques de puissance. Celles-ci, conscientes du coût que représentent pareilles actions, ont inévitablement tendance à réclamer des compensations, voire des bénéfices en échange (…) il y a beaucoup de chemin à faire pour libérer les instruments d’intervention de la tutelle des puissances. »

Les intérêts politiques sont occultés par un discours éthique sur des valeurs universelles qui ne souffre plus la discussion et ne s’ouvre plus à la critique. 

Intervenir comment ?  

Un des principaux critères d’une action humanitaire est sa neutralité, son impartialité. Il importe de s’assurer qu’une intervention militaire présentée comme humanitaire n’est pas intéressée : plutôt qu’un motif de solidarité, ne faut-il pas voir un moyen de s’implanter dans un pays, d’occuper un territoire stratégique, de mettre la main sur des ressources naturelles, d’installer des bases militaires, d’ouvrir par la force de nouveaux marchés ?

Existe-t-il dans l’histoire des exemples d’interventions militaires désintéressées et motivées par la morale ? (cfr la polémique sur l’intervention américaine lors de la deuxième guerre mondiale cfr Le mythe de la bonne guerre, Jacques Pauwels, Aden)

Même désintéressée, une intervention pourrait s’avérer inutile voire contre productive si elle suscite de nouvelles violences et un ressentiment vis-à-vis des « libérateurs » qui peut nourrir les fanatismes et autres désirs de vengeance.

Une intervention intéressée peut-elle tout de même avoir des effets positifs, sachant qu’elle ne sera pas menée en fonction d’objectifs réellement humanitaires ?

Là encore, l’intervention américaine lors de la seconde guerre mondiale peut être citée en exemple : même si ce n’est pas la « bonne guerre » qui nous est souvent présentée, n’a-t-elle pas eu le mérite de nous débarrasser des nazis ?

Mais la guerre à l’Irak nous donne un contre exemple plus récent : un courant de la gauche tout en n’étant pas dupe du désintéressement de l’intervention américaine, défendait la guerre en Irak comme une opportunité de se débarrasser de la dictature du régime baasiste. Aujourd’hui, la dictature baasiste a effectivement été renversée. Mais quel bilan six ans après pour le peuple irakien ? Les conditions de vie de Irakiens sont aujourd’hui à maints égards bien pires que sous la dictature. La « libération », devenue occupation, a un goût tellement amer qu’elle a fait le lit d’extrémistes de tous poils et augmenté en flèche le nombre de candidats aux attentats.

Contrairement à l’ingérence humanitaire qui était vue comme une opération ponctuelle visant à mettre fin à des massacres, il s’agit donc avec la responsabilité de protéger d’une ingérence sur le long terme, structurelle, qui peut aller jusqu’à la mise sous tutelle de certains territoires et de certains Etats.    

L’argument humanitaire

L’ultime argument des tenants de l’intervention militaire est celui du sauvetage de vies humaines : il s’agit d’épargner des « morts et souffrances évitables ».

L’inaction face à des massacres est alors souvent qualifiée de « criminelle ». Les interventionnistes se placent donc dans une posture morale, voire moralisatrice : ceux qui s’opposent à l’emploi de la force sont des criminels. L’alternative entre ne rien faire et déclencher une guerre constitue un faux dilemme destiné à discréditer les moyens pacifiques de règlement des conflits.  

Si une vie égale une vie, n’existe-t-il pas d’autres moyens (plus pacifiques, plus structurels, moins coûteux tant en vies humaines qu’en moyens financiers) de sauver autant si pas plus de vies ? L’ « inaction criminelle » de la communauté internationale a également été évoquée par Jean Ziegler qui parle de la faim dans le monde comme un crime contre l’humanité. 

Les moyens souvent colossaux qui sont affectés à une intervention miliaire ne permettaient-ils pas de sauver bien plus de vies s’ils étaient affectés à la satisfaction des besoins alimentaires, à la lutte contre les épidémies, à l’éducation… Et tout cela sans « dommages collatéraux », sans spirale de la violence impossible à arrêter (il est pus facile de gagner une guerre que de gagner la paix qui s’ensuit). Qu’il suffise de comparer le coût de la guerre en Irak (évalué par Joseph Stiglitz à 3000 milliards de dollars) avec les montants nécessaires pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Cette approche fait l’impasse sur les causes économiques et structurelles (pillages des ressources naturelles..) à l’origine de ces explosions de violence. On lutte ici contre des symptômes. S’attaquer aux causes structurelles reviendrait souvent à s’en prendre aux intérêts des entreprises multinationales… 

Reste donc une question presque enfantine : pourquoi protéger un nombre limité de gens avec des armes et beaucoup d’argent quand on pourrait protéger plus de gens sans armes et pour moins d’argent ?

Arnaud Ghys

Mai 2009      

http://www.cnapd.be  




4 Jean Bricmont : Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger ».

Alors que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, milite pour la mise en œuvre du nouveau concept juridique de « responsabilité de protéger », le président de l’Assemblée générale, Miguel d’Escoto, invitait quatre intellectuels à éclairer les délégations en présentant leurs analyses. La table ronde réunissait Gareth Evans (un des auteurs du concept), Noam Chomsky, Ngugi wa Thiong’o et Jean Bricmont, dont nous reproduisons l’intervention.

"Le but de mon exposé sera de mettre en question les hypothèses sur lesquelles reposent l’idée et la rhétorique de la « responsabilité de protéger ».
En résumé, je voudrais montrer que les principaux obstacles qui empêchent la mise en œuvre d’une véritable responsabilité de protéger sont précisément les politiques et les attitudes des pays qui en sont les plus enthousiastes partisans, à savoir les pays occidentaux et en particulier les États-Unis.

Au cours de la dernière décennie, le monde a assisté, impuissant, au bombardement, par les États-Unis, de civils innocents en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Il est demeuré spectateur lors de l’attaque israélienne meurtrière au Liban et à Gaza. Nous avons précédemment assisté au massacre, sous la puissance de feu états-unienne, de millions de gens au Vietnam, au Cambodge et au Laos ; et bien d’autres sont morts en Amérique Centrale et en Afrique australe lors de guerres appuyées par les États-Unis. Allons-nous crier, au nom de toutes ces victimes : Plus jamais ! Dorénavant, le monde, la communauté internationale, vous protègera !

Notre réponse humanitaire est oui, nous voulons protéger toutes les victimes. Mais comment, et avec quelles forces ? Comment le faible sera-t-il jamais défendu contre le fort ?  La réponse à cette question n’est pas seulement humanitaire ou juridique, mais avant tout politique. La protection des faibles dépend toujours de la limitation du pouvoir des forts. Le règne de la loi permet une telle limitation, pourvu que la loi soit la même pour tous. Tendre vers ce but nécessite une combinaison de principes idéalistes et d’une évaluation réaliste des rapports de force existant dans le monde.
Avant de rentrer dans une discussion politique de la responsabilité de protéger, je voudrais souligner que le problème qui se pose ne porte pas sur les aspects diplomatiques ou préventifs de cette doctrine, mais sur l’aspect militaire de la « réponse rapide et décisive » et sur le défi que cela pose au principe de la souveraineté nationale.

La responsabilité de protéger est une doctrine ambigüe. D’une part, elle est vendue aux Nations Unies comme étant fort différente du « droit d’ingérence humanitaire », notion qui été développée en Occident après la chute des empires coloniaux et la défaite des États-Unis en Indochine. Cette idéologie se fondait sur les tragédies se produisant dans les pays décolonisés, afin de fournir une base morale aux anciennes politiques d’intervention et de contrôle des pays occidentaux sur le reste du monde.

Cela est parfaitement compris dans la majeure partie du monde. Le « droit » d’ingérence humanitaire a été universellement rejeté par le Sud, par exemple lors de son sommet à La Havane en 2000 ou lors de la réunion des pays non alignés à Kuala Lumpur en février 2003, peu avant l’attaque états-unienne contre l’Irak. La responsabilité de protéger tente de faire entrer ce droit dans le cadre de la Charte des Nations Unies, de façon à le rendre acceptable, en insistant sur le fait que l’option militaire doit intervenir en dernier recours et doit être approuvée par le Conseil de Sécurité. Mais alors, il n’y a rien de légalement neuf sous le soleil.

D’autre part, la responsabilité de protéger est présentée au public occidental comme une nouvelle norme dans les relations internationales, norme qui autorise l’usage de la force sur des bases humanitaires. Il y a une grande différence entre la responsabilité de protéger, envisagée purement comme doctrine juridique et sa réception idéologique dans les médias occidentaux.

Lorsque l’on envisage l’histoire états-unienne de l’après-guerre, histoire qui inclut les guerres d’Indochine, les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan, du Panama et même de petite Grenade, il est difficile de croire que c’est le droit international ou le respect pour la souveraineté nationale qui empêche les États-Unis d’arrêter des génocides. Si les États-Unis avaient eu les moyens et le désir d’intervenir au Rwanda, ils l’auraient fait, et aucun droit international ne les en auraient empêché. Et si une « nouvelle norme » est introduite, elle ne sauvera personne nulle part, dans le contexte des rapports de force politiques et militaires existants, à moins que les États-Unis ne décident d’intervenir, pour des raisons qui leur sont propres.

De plus, il est assez incroyable de voir que les partisans de la responsabilité de protéger parler d’une obligation de reconstruire (après une intervention militaire). Combien d’argent les États-Unis ont-ils versé comme réparations pour les destructions infligées en Indochine et en Irak, ou à infligées à Gaza et au Liban par un pays qu’ils soutiennent et arment ? Ou au Nicaragua, auquel des réparations pour les destructions des Contras sont toujours impayées, malgré la condamnation des États-Unis par la Cour Internationale de Justice ? Pourquoi espérer que la responsabilité de protéger force à l’avenir les États puissants à payer pour ce qu’ils détruisent, s’ils ne le font pas en vertu du droit existant actuellement ?

Il est vrai que le XXIème siècle a besoin de Nations Unies rénovées, mais pas de Nations Unies qui justifient les interventions unilatérales avec de nouveaux arguments, mais plutôt de Nations Unies qui offrent un support moral à ceux qui cherchent à construire un monde moins dominé par les États-Unis et leurs alliés. Le but original des Nations Unies était de sauver l’humanité du « fléau de la guerre », en référence aux deux guerres mondiales. Cela devait être accompli par un respect strict de la souveraineté nationale, de façon à empêcher les grandes puissances d’intervenir militairement contre les plus faibles, quel qu’en soit le prétexte. Les guerres menées par les États-Unis et l’Otan montrent que, malgré des progrès substantiels, les Nations Unies n’ont pas encore atteint leur but originel. Les Nations Unies doivent continuer leurs efforts en direction de ce but, avant de s’assigner une nouvelle priorité, soi-disant humanitaire, qui en réalité peut être utilisée par les grandes puissances pour justifier leurs guerres futures, en affaiblissant le principe de la souveraineté nationale.

Quand l’Otan a exercé son droit auto-proclamé d’intervention au Kosovo, où les efforts diplomatiques étaient loin d’avoir été épuisés, il a été applaudi dans les médias occidentaux. Quand la Russie a exercé ce qu’elle considérait comme sa responsabilité de protéger en Ossétie du sud, elle a été universellement condamnée par les mêmes médias occidentaux. Quand le Vietnam est intervenu au Cambodge (mettant fin au régime des Khmers Rouges) ou quand l’Inde est intervenue dans ce qui est aujourd’hui le Bangladesh, leurs actions ont été sévèrement condamnées en Occident.

Tout cela indique que les gouvernements, médias et ONG occidentaux, s’autoproclamant « communauté internationale », évalueront la responsabilité de tragédies humaines très différemment, selon qu’elle se produit dans un pays dont le gouvernement est, pour une raison ou une autre, jugé hostile par l’Occident, ou dans un pays ami. En particulier, les États-Unis feront pression sur l’ONU pour faire adopter leur propre vision des évènements. Les États-Unis ne choisiront pas toujours d’intervenir, mais ils utiliseront néanmoins la non-intervention pour dénoncer les Nations Unies et pour suggérer que celles-ci devraient être remplacées par l’Otan comme arbitre international.

La souveraineté nationale est parfois stigmatisée par les promoteurs de la responsabilité de protéger comme étant une « autorisation de tuer ». Il est bon de se rappeler pourquoi la souveraineté nationale doit être défendue contre de telles accusations.

Tout d’abord, la souveraineté nationale est une protection partielle des faibles contre les forts. Personne ne s’attend à ce que le Bangladesh intervienne dans les affaires intérieures des États-Unis pour les forcer à réduire leurs émissions de CO2, en invoquant les conséquences catastrophiques que celles-ci peuvent avoir pour le Bangladesh. L’ingérence est toujours unilatérale.

L’ingérence états-unienne dans les affaires intérieures des autres États prend des formes multiples mais est constante et viole toujours l’esprit et souvent la lettre de la Charte des Nations Unies. Bien qu’ils prétendent agir en fonction de principes tels que la liberté et la démocratie, les interventions des États-Unis ont eu des conséquences désastreuses : non seulement les millions de morts causé directement ou indirectement par les guerres, mais aussi le fait d’avoir « tué l’espoir » de centaines de millions de gens qui auraient pu bénéficier des politiques sociales progressistes initiées par des personnes telles que Arbenz au Guatemala, Goulart au Brésil, Allende au Chili, Lumumba au Congo, Mossadegh en Iran, les Sandinistes au Nicaragua ou le Président Chavez au Venezuela, qui ont tous été systématiquement subvertis, renversés, ou tués avec le soutien plein et entier de l’Occident.

Mais ce n’est pas tout. Chaque action agressive des États-Unis provoque une réaction. Le déploiement d’un bouclier anti-missile produit plus de missiles, pas moins. Bombarder des civils- que ce soit délibérément ou par dommage collatéraux-produit plus de résistance armée, pas moins. Chercher à renverser ou à subvertir des gouvernements produit plus de répression interne, pas moins. Encourager les minorités à faire sécession, en leur donnant l’impression, souvent fausse, que la « seule superpuissance » viendra à leur secours si elles sont réprimées, produit plus de violence et de haine, pas moins. La possession par Israël d’armes nucléaires encourage d’autres États du Proche-Orient à posséder de telles armes. Les tragédies en Somalie et dans l’Est du Congo sont dues en grande partie à des interventions étrangères, pas à leur absence. Pour prendre un exemple extrême, qui est un des exemples préférés d’atrocités citées par les partisans de la responsabilité de protéger, il est très peu probable que les Khmers Rouges auraient pris le pouvoir au Cambodge, sans les bombardements états-uniens massifs et « secrets », suivis par un changement de régime organisé par les États-Unis qui déstabilisa complètement ce malheureux pays.

L’idéologie de l’ingérence humanitaire fait partie d’une longue histoire d’attitudes occidentales par rapport au reste du monde. Quand les colons ont débarqué sur les côtes des Amériques, de l’Afrique ou de l’Asie orientale, ils ont été horrifiés de découvrir ce que nous appellerions des violations des droits de l’homme et qu’ils appelaient des « mœurs barbares » : sacrifices humains, cannibalisme ou femmes aux pieds bandés. Ces indignations, sincères ou calculées, ont, de façon répétée, été utilisées pour couvrir les crimes des pays occidentaux : esclavage, exterminations des populations indigènes et pillage systématique des terres et des ressources. Cette attitude d’indignation vertueuse continue à ce jour et est à la base de l’idée que l’Occident a un « droit d’intervenir » et un « droit de protéger », tout en ignorant les régimes oppressifs considérés comme « amis », la militarisation et les guerres sans fin, ainsi que l’exploitation massive de la force de travail et des matières premières.

L’Occident devrait tirer des leçons de sa propre histoire. Concrètement, qu’est-ce que cela voudrait dire ? D’abord, garantir un respect strict du droit international de la part des puissances occidentales, implémenter les résolutions de l’ONU concernant Israël, démanteler l’empire des bases états-uniennes ainsi que l’Otan, cesser toutes les menaces concernant l’usage unilatéral de la force, lever les sanctions unilatérales, en particulier l’embargo contre Cuba, arrêter toutes les formes d’ingérences dans les affaires intérieures des autres états, en particulier toutes les opérations des « promotions de la démocratie », de « révolutions colorées » ainsi que l’exploitation de la politique des minorités. Ce respect nécessaire pour la souveraineté nationale signifie que le souverain ultime de chaque État-nation est le peuple de cet État, dont le droit à remplacer des gouvernements injustes ne peut pas être usurpé par des puissances étrangères supposées bienveillantes.

Ensuite, nous pourrions utiliser nos budgets militaires disproportionnés (les pays de l’Otan couvrant 70 % des dépenses militaires mondiales) pour mettre en place une forme de keynésianisme global : au lieu de demander des « budgets équilibrés » dans les pays en développement, nous devrions utiliser les ressources gaspillées en dépenses militaires pour financer des investissements massifs dans l’éducation, la santé et le développement. Si cela semble utopique, ce ne l’est pas plus que l’idée selon laquelle un monde stable sera produit par la façon dont la « guerre à la terreur » est poursuivie actuellement.

Les défenseurs de la responsabilité de protéger peuvent répondre que ce que je dis ici est à côté de la question et « politise » inutilement le débat, puisque, d’après eux, c’est la communauté internationale qui interviendra, avec, en plus, l’approbation du Conseil de Sécurité. Mais, en réalité, il n’existe pas de communauté internationale. L’intervention de l’Otan au Kosovo n’a pas été approuvée par la Russie et l’intervention russe en Ossétie du Sud a été condamnée en Occident. Aucune de ces interventions n’aurait été approuvée par le Conseil de Sécurité. Récemment, l’Union africaine a rejeté l’inculpation par la Cour pénale internationale du président du Soudan. Aucun système de justice ou de police internationale, qu’il s’agisse de la responsabilité de protéger ou de la CPI, ne peut fonctionner sans un climat de confiance et d’égalité. Aujourd’hui, il n’y a ni égalité ni confiance entre l’Ouest et l’Est, ou entre le Nord et le Sud, en grande partie à cause des politiques américaines récentes. Si nous voulons qu’une version de la responsabilité de protéger fonctionne dans le futur, nous devons d’abord construire une relation d’égalité et de confiance, et ce que je dis ici aborde le fond du problème. Le monde ne peut devenir plus sûr que s’il devient d’abord plus juste.

Il est important de comprendre que la critique faite ici de la responsabilité de protéger ne se base pas sur une défense « absolutiste » de la souveraineté nationale, mais sur une réflexion à propos des politiques des pays puissants qui forcent les pays faibles à utiliser la souveraineté comme bouclier.

Les promoteurs de la responsabilité de protéger présentent celle-ci comme le début d’une ère nouvelle. Mais, en réalité, elle signale la fin d’une ère ancienne. D’un point de vue interventionniste, la responsabilité de protéger est un recul, au moins en parole, par rapport au droit d’ingérence, et celui-ci était un recul par rapport au colonialisme classique. La principale transformation sociale du 20ème siècle a été la décolonisation. Ce mouvement continue aujourd’hui dans l’élaboration d’un monde réellement démocratique, dans lequel le soleil se sera couché sur l’empire américain, comme il l’a fait sur les empires européens du passé. Il y a quelques indications que le président Obama comprend cette réalité et il faut espérer que ses actions suivent ses paroles.

Je veux terminer par un message pour les représentants et les populations du « Sud ». Les vues exprimées ici sont partagées par des millions de gens en « Occident ». Cela n’est malheureusement pas reflété par nos médias. Des millions de gens, y compris des États-uniens, rejettent la guerre comme moyen de résoudre les conflits internationaux et s’opposent au soutien aveugle de leurs gouvernements à l’apartheid israélien. Ils adhèrent aux principes du mouvement des pays non alignés de coopération internationale, dans le respect strict de la souveraineté de chaque État, et de l ’égalité des peuples. Ils risquent d’être dénoncés par les médias de leurs pays comme anti-occidentaux, anti-américains ou antisémites. Mais, en ouvrant leurs esprits aux inspirations du reste du monde, ce sont eux qui incarnent ce qu’il y a de véritablement valable dans la tradition humaniste occidentale.

Jean Bricmont

New York, le jeudi 30 juillet 2009

Réseau Voltaire  - http://www.voltairenet.org/...


2-6 Mohamed Belaali : L’humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires pour servir le capital. 

 « Nous avons les meilleures relations avec les ONG, qui sont un tel multiplicateur de forces pour nous, une part si importante de notre équipe de combat. (...)

Car [nous] sommes tous engagés vers le même but singulier, aider l’humanité, aider chaque homme et chaque femme dans le monde qui est dans le besoin, qui a faim (...), donner à tous la possibilité de rêver à un avenir qui sera plus radieux » disait Collin Powell [2]

« Les Etats démocratiques doivent se mobiliser et exiger ce qui n’est au fond que le début de la démocratie, que des personnels humanitaires d’autres pays puissent porter secours à des populations innocentes » renchérit Nicolas Sarkozy à l’occasion du 90e anniversaire de la Croix Rouge . « Ensemble pour l’humanité : 90 ans et au-delà » lui répond Juan Manuel Suárez del Toro son président. Bernard Kouchner, lui, parle de « l’idéologie occidentale des droits de l’homme » et du « droit d’ingérence humanitaire ». Mais ce droit n’est, en fait, que le droit du plus fort c’est-à-dire du non droit.

L’humanitaire, quelques soient sa forme et ses acteurs, sert de prétexte et de couverture à des visées hégémoniques et impérialistes. Il est strictement au service du capital et des classes dominantes. 

Hier on envoyait les missionnaires pour civiliser les « sauvages » en leur apportant lumière et civilisation, aujourd’hui on « s’ingère humainement » pour leur offrir démocratie et liberté. L’humanitaire a remplacé le missionnaire.

Un homme comme Bernard Kouchner, principal promoteur du « droit d’ingérence humanitaire », symbolise très bien l’hypocrisie, le cynisme et la violence de cette vision « humanitaire » du monde utilisée par les pays riches. Il est l’incarnation vivante de ce que représente ce droit. Payé par Total, il rédige un rapport niant, si l’on peut dire, totalement le travail forcé et les traitements inhumains infligés par le groupe pétrolier aux ouvriers birmans. Kouchner l’humanitaire, était également un farouche partisan de la guerre contre l’Irak dont le nombre de victimes dépasse le million de morts. Kouchner, après Bush et Sarkozy, préparait aussi le monde au « pire » c’est-à-dire à « la guerre » contre, cette fois, l’Iran . Son amour pour l’humanitaire n’a d’égal que son admiration pour la guerre !

 On fait la guerre au nom de l’humanitaire

L’humanitaire et la guerre sont deux moyens contradictoires mais complémentaires avec un seul objectif :servir les intérêts des classes dominantes. Il est difficile de distinguer clairement l’humanitaire du militaire tellement les deux instruments sont imbriqués l’un dans l’autre.

On fait la guerre au nom de l’humanitaire et on invoque l’humanitaire pour justifier la guerre. Mais l’humanitaire reste souvent subordonné au militaire comme le rappelle Stéphane Sisco membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde, « La coopération s’opère à tous les niveaux sous la conduite du Pentagone, seul capable d’assurer le rôle de leader. Comme nous le voyons en Irak les forces armées fixent l’ordre des priorités et maîtrisent le déroulement de la mission, du pré-déploiement à la sortie de crise (exit strategy). Le contrôle est laissé au militaire, subordonnant l’acteur civil et humanitaire » .

Idem en Afghanistan :

« La militarisation de l’aide, les ERP [Equipes de reconstruction provinciales dirigées par l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, OTAN], le trop grand nombre de services de sécurité et la confusion croissante des rôles ont contribué à réduire l’espace humanitaire et à véhiculer de fausses images sur le travail des ONG », confiait à l’IRIN (un département d’informations humanitaires des Nations Unies) Ashley Jackson, chercheur pour Oxfam à Kaboul .

Les mêmes raisons engendrent les mêmes comportements au-delà des convictions des militants. C’est au nom du droit d’ingérence humanitaire que les pays occidentaux (États-Unis,Union Européenne notamment) souvent avec l’aide de l’OTAN, leur bras armé, que le Kurdistan irakien fut envahi en 1991, l’opération « Restore hope » menée en Somalie en 1992, ou l’envoi d’une force d’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999 etc.

Quant à l’opération « Turquoise » menée par la France au Rwanda en 1994, toujours au nom de l’humanitaire, après le génocide des Tutsi auquel elle a largement contribué, voilà ce qu’en pensent les prêtres catholiques rescapés de cette tragédie humaine : « Les responsables du génocide sont les soldats et les partis politiques du MRND et de la CDR, à tous les échelons, mais plus particulièrement aux échelons supérieurs, appuyés par la France qui a entraîné leurs milices. C’est pourquoi nous considérons que l’intervention soi-disant humanitaire de la France est une entreprise cynique » .

 Le droit d’ingérence est le droit du plus fort. [3]

Ainsi le droit d’ingérence, sous des prétextes humanitaires, permet et facilite l’ingérence impérialiste. Le droit d’ingérence est le droit du plus fort. Seuls les États les plus puissants peuvent intervenir et envahir militairement les pays pauvres sous la bannière humanitaire pour mieux piller leurs richesses. C’est pourquoi les pays du sud ont rejeté ce « droit d’intervention humanitaire » à la Havane en 2000 lors du sommet du G77 (qui représente tout de même environ les 4/5 de l’humanité).

Les pays capitalistes ne font appel au droit d’ingérence humanitaire que pour mieux servir leurs propres intérêts. Dans le cas contraire, ils invoquent le droit de non ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Cette vision sélective de l’humanitaire conduit ces États à intervenir massivement par exemple au Kosovo et à rester passif face aux massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza. C’est de l’humanitaire à géographie variable !

Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) et autres associations liées à l’humanitaire, quelque soit par ailleurs la sincérité de leurs militants, ne peuvent que se mouvoir dans les limites de ce cadre général tracées par les intérêts économiques des classes dominantes. La plupart des ONG humanitaires dépendent financièrement de leurs propres États, des instances européennes comme le service d’aide humanitaire de la Commission Européenne (DG-ECHO) ou des institutions internationales.

Ainsi par exemple Save the Children USA, International Rescue Committee et World Vision ont reçu un financement de 2 millions de dollars de USAID, [4] l’agence américaine pour la coopération et l’aide humanitaire, pour « soulager » la population irakienne . C’est le cas également des ONG humanitaires scandinaves, belges et hollandaises où la part du financement public reste prédominante . Et même lorsque ces ONG et associations sont financées essentiellement par des fonds privés comme c’est le cas de Médecins sans frontières(MSF), Médecins du monde(MDM), La Fédération internationale de la Croix-Rouge, Action contre la Faim etc , l’influence de l’État reste déterminante ne serait-ce qu’à travers les très généreuses exonérations d’impôts liées aux dons.

 L’humanitaire pour redorer le blason des entreprises

La collecte de dons justement (fundraising comme elles disent) devient, de plus plus, l’une des priorités pour ne pas dire la priorité des grandes associations humanitaires. Pour atteindre cet objectif vital pour elles, les ONG humanitaires recourent aux mêmes techniques de gestion que les entreprises privées. Pour séduire le généreux donateur, toute une panoplie de techniques est utilisée : marketing (humanitaire ?), publicité commerciale, recours aux agences spécialisées dans les techniques de communication, alliance avec les fondations comme celle du milliardaire bill Gates par exemple et surtout avec les multinationales (on dit partenariat cela fait plus moderne) qui à leur tour instrumentalisent ces associations pour améliorer leur image de marque etc... Mais au-delà de ces techniques, ce qui est frappant c’est cette marchandisation croissante et sans scrupules des principes même de l’humanitaire. Celui-ci, là encore, se révèle un outil intéressant au service de l’entreprise et, partant, du capital.

Les entreprises se servent volontiers également de la loi du 4 février 1995 sur le congé de solidarité internationale qui leur permet d’envoyer leurs salariés en mission humanitaire à l’étranger. Le Crédit Agricole, le Club Méditerranée, Price Waterhouse Coopers, IBM, L’Oréal, SFR, Areva etc. ont bien compris l’intérêt de cette opération de relations publiques qui leur permet, à peu de frais, de redorer leur blason bien terni par des scandales sociaux, écologiques et éthiques liés à leur recherche effrénée du profit.

L’humanitaire et les grands médias notamment la télévision entretiennent des relations intimes, voire incestueuses. La misère du monde est régulièrement projetée sur la scène médiatique non pas pour expliquer aux citoyens ses véritables causes et dénoncer ses responsables, pourtant connus, mais pour augmenter l’audimat en exploitant les bons sentiments altruistes du téléspectateur. La souffrance humaine se transforme en spectacle. Artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques etc. sont ainsi utilisés dans ce show médiatique. Le malheur des autres, l’émotion, la détresse humaine attirent le public et, par conséquent, augmentent les recettes publicitaires des chaînes télévisuelles.

Les acteurs de l’humanitaire, eux, avec leur rationalité capitaliste de gestion, tentent de « vendre » les souffrances des victimes, à travers les médias, aux précieux donateurs qui sont en quelque sorte leurs « clients ».

L’humanitaire ne fait que soulager, dans le meilleur des cas, très momentanément la détresse humaine. Il ne s’attaque pour ainsi dire jamais aux racines des malheurs des hommes c’est-à-dire au capitalisme et son fonctionnement. Dans ce sens, il est non seulement au service de l’ordre établi, mais il le perpétue. L’humanitaire dans un système inhumain, est donc une illusion pour ne pas dire une absurdité.

Mohamed Belaali

Notes

[1] (Notes et intertitres DR)

[2] Conférence à Washington, 26 octobre 200, cité par Rony Brauman « Mission civilisatrice, ingérence humanitaire » in Le Monde diplomatique de septembre 2005 .

[3] ..Jean Bricmont : Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger »..

[4] ..CUBA : plus que jamais, l’USAID continue d’entretenir la subversion

L’aide des USA (USAID) : une pomme empoisonnée..

Mohamed Belaali

jeudi 27 août 2009,

par decrypt-infos

Le grand soir : [1]


2-7 Daniel Pipes : Les puissances occidentales sont condamnées à perdre tous les confits présents et futurs impliquant des forces non conventionnelles (autres que chars, avions et vaisseaux de guerre). 

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage cette analyse mais doit être vu comme information.

Lorsqu’il est question d’un Etat en guerre avec un ennemi non étatique, l’impression est très répandue que l’Etat est condamné à échouer.

En 1968, Robert F. Kennedy concluait que la victoire au Vietnam était probablement « hors de notre portée » et en appelait à un règlement pacifique de la situation.

En 1983, l’analyste Chahram Shubin écrivait que les Soviétiques en Afghanistan étaient englués dans une « guerre qu’ils ne peuvent gagner ».

En 1992, les dirigeants américains se sont montrés réticents face à une intervention en Bosnie, craignant une implication dans un conflit séculaire.(humhum)

En 2002, l’ancien général Wesley Clark a décrit l’action américaine en Afghanistan comme non susceptible de déboucher sur une victoire.

En 2004, le Président Bush a dit de la guerre contre la terreur(…)  : « Je pense que nous ne pouvons pas gagner ».

En 2007, la Commission Winograd a estimé que la guerre menée par Israël contre le Liban n’était pas gagnable.

Davantage que toute autre guerre récente, l’action des forces alliées en Irak a été considérée comme condamnée à un échec certain, tout spécialement au cours de la période 2004-2006.

L’ancien Secrétaire d’Etat Henry Kissinger, l’ancien ministre britannique Tony Benn, l’ancien délégué spécial des Etats Unis, James Dobbins, ont tous déclaré que la guerre ne pouvait être gagnée.

Le rapport du groupe d’études Baker-Hamilton s’est fait l’écho de ce point de vue.

L’analyste militaire David Hackworth, parmi d’autres, a comparé l’implication militaire en Irak à la guerre du Vietnam : « Comme cela a été le cas au Vietnam, le bourbier irakien ne pouvait que mener à l’enlisement, et il semble très difficile de s’en sortir ».

La liste des guerres réputées non susceptibles d’être gagnées ne cesse de s’allonger et inclut, par exemple, les actions anti-insurrectionnelles au Népal et au Sri Lanka. « Ce qui sous tend toutes ces analyses », note Yaakov Amidror, un général israélien à la retraite, « est l’idée que les actions anti-insurrectionnelles se transforment en conflits sans fin qui ne peuvent que conduire ceux qui les mènent à perdre tout soutien politique ».

Amidror affirme être en désaccord avec cette idée.

Dans une étude récemment publiée par le Jerusalem Center for Public Affairs, « Gagner la guerre anti-insurrectionnelle : l’expérience israélienne », il explique de manière convaincante que les Etats peuvent vaincre les acteurs non étatiques.

Le débat a la plus grande signification. Car si les pessimistes ont raison, les puissances occidentales sont condamnées à perdre tous les confits présents et futurs impliquant des forces non conventionnelles (autres que chars, avions et vaisseaux de guerre).

Le futur semblerait alors très sombre, puisqu’il impliquerait la perspective d’insurrections victorieuses partout sur la planète, et jusque dans le monde occidental lui-même.

On ne peut que frémir face à la perspective d’une intifada à l’israélienne, disons, aux Etats-Unis.

Par incidence, on vient d’apprendre qu’en Australie, la semaine dernière, un groupe islamiste a appelé à un « djihad des forêts » impliquant d’allumer des incendies massifs dans ce pays.

La victoire contre les insurrections est possible, affirme Amidror, mais elle n’est pas facile à obtenir. Alors que dans les guerres traditionnelles, le facteur le plus important est l’ampleur des forces et des arsenaux en présence, il faut, pour vaincre les insurrections, dit-il, réunir quatre conditions, de nature essentiellement politique.

Deux d’entre elles concernent les Etats où les détenteurs du pouvoir doivent :

 Comprendre et relever les défis en matière de politique et de relations publiques inhérents au combat contre les insurgés

 Prendre en compte le rôle vital du renseignement, investir en celui-ci, et exiger de l’armée qu’elle l’utilise efficacement.

Deux autres conditions concernent les opérations anti-résistants qui doivent :

 isoler les résistants de la population civile non résistant

 contrôler et isoler les territoires ou les résistants vivent et se battent

Si ces lignes de conduite sont efficacement mises en oeuvre, les résultats ne seront pas des cérémonies de signature de traités et des parades de triomphe, mais quelque chose de plus subtil, qu’Amidror appelle une « victoire acceptable », et que j’appellerai, moi, « contrôle acceptable ».

Par ces mots, il entend un résultat qui ne produit pas de nombreuses années de tranquillité, mais seulement un calme relatif supposant des efforts continus pour durer.

Au titre d’exemples, Amidror cite les résultats obtenus par les Britanniques en Irlande du Nord et ceux obtenus par les Espagnols au pays basque.

Après que ces conditions aient été réunies, affirme Amidror, vient « la guerre difficile, complexe morne, incessante, sans drapeaux ni trompettes », Cette guerre implique d’assembler des éléments d’information obtenus par le renseignement, d’en tirer des conclusions, de mettre en place des opérations de commando dans des conditions difficiles, au sein d’une population où résistants et civils innocents sont mêlés, dans des centres urbains densément peuplés ou des villages isolés, et de petites victoires tactiques ».

Suivre ces préceptes ne conduit pas à des victoires claires et nettes, mais n’en produit pas moins des résultats, et les Etats occidentaux, au cours du siècle passé, ont, en fait, obtenu une série impressionnante de résultats de ce genre face à des insurgés.

Les forces américaines ont vaincu deux fois les insurgés aux Philippines (1899-1902 et 1946-1954), tout comme les Britanniques en Palestine (1936-39), en Malaisie (1952-57), et à Oman (1964-75) les Israéliens en Cisjordanie (opération Bouclier défensif, 2002), et, plus récemment, les forces américaines ont gagné encore en Irak, lors du « surge ».

Les guerres anti-insurrectionnelles peuvent être gagnées, mais elles ont leurs propres impératifs très distincts de ceux des guerres conventionnelles.

Daniel Pipes

21 août http://www.armees.com/Les-guerres-anti-insurrectionnelles-sont-elles-condamnees-a-echouer,29542.html 



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


 

 

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