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26/09/2009

n°454 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak- 22-09- : Suite :- - USA et armées de mercenaires: une menace à la sécurité mondiale.

n°454 - Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak- 22-09- : Suite :-  - USA et armées de mercenaires: une menace à la sécurité mondiale.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme,

 L’information est une arme au service de la paix

    Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak

                 n°454                            22/09/09

                C.De Broeder      &       M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be


Sommaire :

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Suite

1-4 Sherwood Ross : USA et armées de mercenaires: une menace à la sécurité mondiale.

1-5 Huit ans après le 11 septembre 2001 : Combien de vies dévastées par des guerres injustifiables ?

1-6 Ben Laden semble affaibli et cherche une porte de sortie, selon des analystes…


1-4 Sherwood Ross : USA et armées de mercenaires: une menace à la sécurité mondiale.

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage totalement le point de bue de l'auteur mais doit être vu comme information.

En plus de soumettre les populations ciblées à une guerre sauvage, l’utilisation croissante d’armées privées facilite également la subversion de l’opinion publique nationale et la conduite de la guerre pour la Maison Blanche.

Les États-uniens sont moins enclins à s’opposer à une guerre menée par des mercenaires étrangers, même lorsque leurs propres impôts sont gaspillés pour la financer.  

« L’usage croissant de contractuels, de forces privées, ou, comme diraient certains, de “mercenaires” rend les guerres plus facile à commencer et à mener : on a seulement besoin d’argent, pas des citoyens », affirme Michael Ratner, du Center for Constitutional Rights de New York. « Dans la mesure où une population est appelée à aller en guerre, il y a de la résistance, une résistance nécessaire à la prévention de guerres d’autoglorification, de guerres stupides et, dans le cas des États-Unis, de guerres hégémonistes et impérialistes. »
En effet, le Pentagone a connu les dangers de la conscription lors des manifestations populaires massives qu’elle a provoqué durant la guerre du Vietnam. Aujourd’hui il préférerait un champ de bataille électronique – et y travaille – où des robots guidés par des systèmes de surveillance sophistiqués mènent le combat, minimisant ainsi les pertes étatsuniennes. Entre-temps, il tolère l’emploi de contractants privés pour l’aider à livrer ses batailles.  
L’Irak offre l’exemple crève-coeur d’une guerre dans laquelle des combattants contractuels ont tellement indigné le public qu’ils devaient “libérer” que lorsque le combat a éclaté à Fallujah, la foule enragée a désacralisé les cadavres de quatre mercenaires de Blackwater. Cette scène atroce a été télévisée à travers le monde entier et a incité les États-Unis à lancer une agression militaire de représailles vindicative à Fallujah, provoquant la mort et la destruction sur un vaste territoire.  Tout comme les colons étatsuniens méprisaient les Hessois lors de la guerre d’indépendance, les Irakiens en sont venus à détester davantage Blackwater et ses contractuels sympathisants que les soldats étatsuniens, qui leur témoignaient souvent de la gentillesse(…), selon un journaliste ayant vécu dans la zone de guerre.  « Il n’était pas inhabituel pour un soldat étatsunien, ou même pour une unité complète, de développer une relation très amicale avec une communauté irakienne. Cela n’arrivait pas tous les jours, mais ce n’était pas inouï », écrit Ahmed Mansour, un reporter égyptien et animateur d’une émission-débat au Qatar pour al-Jazeera, le réseau de télévision du Moyen-Orient.  « Il n’était absolument pas singulier non plus de voir des troupes étatsuniennes faire des top là aux adolescents irakiens, de tenir le bras d’une vielle dame irakienne pour l’aider à traverser la rue ou d’aider quelqu’un à se sortir d’une situation difficile […] Ce n’était pas le cas avec les mercenaires. Ils savaient qu’ils étaient vus comme des voyous malfaisants et voulaient que cela reste ainsi. »  

Dans son livre Inside Fallujah (Olive Branch Press), Mansour dit que « les mercenaires étaient vus comme des monstres, principalement en raison de leur comportement monstrueux. Ils ne parlaient jamais à personne avec des mots : ils utilisaient uniquement le langage du feu, des balles et de la force létale absolue. Il était assez courant de voir un mercenaire écraser une petite voiture irakienne dans laquelle se trouvaient des passagers, seulement parce que ces mercenaires étaient coincés dans un embouteillage ».  
Mansour, mieux connu pour son rôle d’animateur de l’émission-débat Without Limits, affirme que son auditoire était outré à la simple pensée qu’une superpuissance politique comme les États-Unis engage des mercenaires pour faire son travail déplaisant au lieu d’utiliser des soldats qui croient en leur pays et sa mission. Les téléspectateurs étaient de toute évidence également indignés par les épouvantables crimes de guerre que commettaient ces mercenaires.  Blackwater a finalement été critiquée après que ses forces ont fauché 17 civils le 16 septembre 2007 dans ce que les autorités irakiennes ont décrit comme une agression délibérée sur la place Nisour à Bagdad. Ces dernières ont refusé de renouveler leur permis d’exploitation.
Le groupe de sécurité, dont le siège social est à Moyock, N.C., a changé son nom pour Xe Services. Selon le magazine The Nation, l’entreprise a tout de même pu renouveler son contrat au montant 20 millions de dollars jusqu’au 3 septembre, pour protéger les fonctionnaires du département d’État. Toutefois, une partie de son travail est assumé par Triple Canopy, de Herndon, Va., une autre firme au passé sombre.  Dans son livre Halliburton’s Army (Nation Books), Pratap Chatterjee prétend que Triple Canopy emploie des « agents de sécurité privés ayant prétendument ciblé des civils irakiens pour le plaisir, tentant de les tuer, alors qu’ils travaillaient pour Halliburton/KBR ». En parlant des mercenaires comme d’un groupe, le brigadier général Karl Hors, conseiller du commandement de la force conjointe des États-Unis, a déjà constaté ceci : « Ces gars sont libres dans ce pays et font des choses stupides. Personne n’a d’autorité sur eux, donc on ne peut pas leur tomber dessus lorsque leur usage de la force dégénère. Ils tirent sur les gens et quelqu’un d’autre doit faire face aux conséquences. Ça se produit partout. »  Une journée avant de quitter Bagdad, le 27 juin 2004, le directeur de l’autorité provisoire de la coalition, le lieutenant Paul Bremer III, a émis la directive 17 interdisant au gouvernement irakien de poursuivre les contractants pour des crimes devant les cours irakiennes. Résultat : lorsque le gouvernement irakien a enquêté sur la place Nisour, ils ont rapporté qu’« à l’exemple de toute autre opération terroriste, le meurtre de sang froid de citoyens par Blackwater est considéré comme un acte terroriste contre des civils. ». Comme le révélait l’Associated Press le 1er avril dernier, « la compagnie ne fait face à aucune accusation. Toutefois l’incident de Bagdad a exacerbé le sentiment qu’ont de nombreux Irakiens que les contractants privés étatsuniens ont opéré depuis 2003 avec peu d’égard pour la loi et la vie irakienne ».
Bagdad a également accusé Blackwater d’être impliquée dans au moins six incidents mortels durant l’année qui a précédé celui de la place Nisour, y compris celui ayant causé la mort du journaliste irakien Hana al-Ameedi.  
Au printemps 2008, 180 000 mercenaires opéraient en Irak. On ignore combien d’entre eux sont morts : leurs décès ne figurent pas sur les listes des pertes du Pentagone. Comme ils sont nombreux à effectuer des tâches non reliées au combat, il est peu probable qu’ils aient subit autant de pertes et de blessures que les G.I. Selon certaines estimations, 1000 mercenaires auraient peut-être péri en Irak, environ un décès chez les mercenaires pour 4 chez les G.I.  
Selon Mansour, un groupe irakien nommé Supporters of Truth (Sympathisants de la vérité) prétend que des hélicoptères étatsuniens volant à basse altitude ont laissé tomber des cadavres de mercenaires dans la rivière Diyala près de la frontière iranienne. Un autre groupe, Islamic Army of Iraq (l’Armée islamique d’Irak), « a découvert une fosse commune pour des mercenaires au service des forces étatsuniennes […] Le groupe affirme que la découverte de charniers pour mercenaires est devenue chose courante en Irak […] » On ne sait pas précisément si ces derniers étaient des mercenaires locaux ou des combattants venus d’ailleurs.  De nombreux soldats de fortune sur la liste de paie de compagnies privées ont auparavant été au service de dictateurs en Afrique du Sud, au Chili et ailleurs.
« En Irak, les firmes privées de sécurité, qui forment le deuxième grand élément constitutif de la « coalition des pays disposés » (coalition of the willing), pigent dans des bassins de combattants qualifiés. On estime que presque 70 pour cent d’entre eux proviennent du Salvador », écrit Noam Chomsky dans son livre « Les États manqués » (Fayard). « Les tueurs qualifiés de l’appareil de terrorisme d’État dirigé par Reagan peuvent gagner de meilleurs salaires en perpétuant leur art en Irak qu’en demeurant dans ce qu’il reste de leur société. »  D’autres mercenaires ont été recrutés au sein même de la population irakienne. Dans son livre Rulers and Ruled in the U.S. Empire (Clarity Press), le sociologue James Petras écrit : « L’emploi de mercenaires locaux crée l’illusion que Washington remet graduellement le pouvoir au régime fantoche local. Cela donne l’impression que ce régime fantoche est capable de gouverner et propage le mythe voulant qu’il existe une armée locale stable et fiable. La présence de ces mercenaires locaux crée le mythe selon lequel le conflit interne est une guerre civile au lieu d’une lutte de libération nationale contre un pouvoir colonial.  

L’auteur ajoute que « l’échec de la politique étatsunienne préconisant l’utilisation des mercenaires irakiens pour vaincre la résistance se voit dans l’escalade des forces militaires de combat des États-Unis au printemps 2007, 5 ans après une guerre coloniale : de 140 000 à 170 000 troupes, sans compter la présence de quelque 100 000 mercenaires d’entreprises étatsuniennes comme Blackwater ». Il affirme que la force, mercenaire irakienne est en proie à de hauts niveaux de désertion.  
Dans The Sorrows of the Empire ”(Metropolitan/Owl), Chalmers Johnson écrit : « On assume que le recours à des contractant privés est plus rentable, mais même cela est discutable lorsque les contrats ne vont qu’à des compagnies qui ont de bonnes relations et que l’appel d’offre n’est pas particulièrement compétitif. »

Blackwater Security a obtenu un contrat de 27 millions de dollars sans appel d’offre de la part du lieutenant Paul Bremer III, le directeur de l’autorité provisoire de la coalition en 2003. Selon Joseph Stiglitz dans Une guerre à 3000 milliards de dollars (Fayard), le montant a augmenté à 100 millions de dollars un an plus tard et, en 2007, Blackwater détenait un contrat de 1,2 milliards de dollars pour l’Irak, où 845 contractants privés en sécurité étaient embauchés.

Stiglitz note qu’en 2007 les gardiens de sécurité privés travaillant pour des firmes comme Blackwater et Dyncorp gagnaient jusqu’à 1222 dollars par jour ou 445 000 dollars par an. Par comparaison, un sergent de l’armée gagnait entre 140 et 190 dollars par jour en paie et prestations, pour un total de 51 100 à 69 350 dollars par an.

Puisque ce sont les contribuables étatsuniens qui souscrivent les chèques de paie des « soldats privés », où sont les économies? C’est l’argent provenant des poches des contribuables qui a fait la grandeur de ces armées de l’ombre.

Dans son succès de librairie Blackwater: The Rise of The World’s Most Powerful Mercenary Army (Nation Books), le reporter Jeremy Scahill écrit : « Son installation de sept mille acres à Moyock, N.C., est devenue le centre militaire privé le plus sophistiqué de la planète, car l’entreprise possède l’une des plus grandes réserves privées d’armes lourdes au monde. Il s’agit d’un grand centre d’entraînement à la fois pour les forces militaires et les forces de sécurité locales et fédérales des États-Unis, et les forces étrangères et les particuliers […] On y développe des dirigeables de surveillance ainsi que des bandes d’atterrissage privées pour sa flotte d’aéronefs, laquelle comprend des hélicoptères de combat. » Les représentants de la société affirme avoir entraîné chaque année environ 35 000 militaires et « agents de la force publique ».

L’idée d’externaliser la plupart du travail du Pentagone, des corvées de cuisine au camionnage en zone de guerre, est venue en grande partie du secrétaire à la Défense Dick Cheney au début des années 1990, lorsque le Congrès lui a confié la tâche de réduire les dépenses du Pentagone après l’apaisement de la guerre froide. Puis, après avoir quitté son poste à la Défense pour devenir PDG chez Halliburton, Cheney a aussi géré l’emploi de contractants pour appuyer l’armée engagée en ex-Yougoslavie. Comme le rappelle Pratap Chatterjee dans Halliburton’s Army (Nation Books), « [d]ans l’opération Tempête du désert en 2001 (sic 1991), environ une personne sur cent sur le champ de bataille irakien était contractant, alors qu’aujourd’hui, pour l’opération Liberté immuable, leur nombre est pratiquement égal à celui du personnel militaire ».

Et puisque les mercenaires peuvent travailler en civil, ils sont utiles au Pentagone quand il cherche à instaurer une présence militaire dans un pays sans trop attirer l’attention. Comme l’écrit Scahill, « au lieu d’envoyer des bataillons de l’armée active étatsunienne en Azerbaïdjan, le Pentagone a déployé des « contractants civils » de Blackwater et d’autres firmes pour mettre sur pied une opération servant deux objectifs : protéger la nouvelle exploitation rentable de gaz et de pétrole dans une région historiquement dominée par la Russie et l’Iran et possiblement mettre en place une importante base d’opérations avancée pour une attaque contre l’Iran.

Scahill affirme que « [l]’opposition nationale aux guerres d’agression réduit le nombre de volontaires prêts à servir dans les forces armées, ce qui a toujours calmé l’ardeur guerrière ou entraîné la conscription. Parallèlement, l’opposition internationale a compliqué la tâche qu’avait Washington de persuader les autres gouvernements d’appuyer ses guerres et ses occupations. Mais avec des sociétés privées de mercenaires, cette dynamique change dramatiquement, puisque le bassin de soldats potentiels disponibles pour une administration agressive n’est limité que par le nombre d’hommes sur la surface du globe prêts à tuer pour de l’argent.

Grâce à l’aide des mercenaires, on n’a pas besoin de conscription, ni même du soutien de sa propre population pour mener des guerres d’agression, pas plus que d’une coalition de pays « disposés » à vous aider. Si Washington n’a pas suffisamment de personnel dans ses forces nationales pour une invasion ou une occupation, les firmes de mercenaires offrent une alternative privatisée, incluant la base de données de 21 000 contractants de Blackwater […] Si les gouvernements étrangers ne participent pas, on peut toujours acheter des soldats étrangers ».

En janvier 2008, le groupe de travail de l’ONU sur les mercenaires a décelé en Amérique latine une tendance émergente : « Des entreprises privées de sécurité protègent des sociétés extractives transnationales, dont les employés sont souvent impliqués dans la répression de manifestations des communautés, des organisations environnementales ou de protection des droits humains dans les zones où opèrent ces sociétés. » Pour sa part, le ministre sud-africain de la Défense, Mosiuoa Lekota, a qualifié les mercenaires de « fléau des régions pauvres du monde, particulièrement de l’Afrique. Ce sont des tueurs à gage, ils louent leurs compétences au plus offrant. Quiconque a de l’argent peut engager ces être humains et les transformer en machines à tuer ou en chair à canon ».

Sans mâcher ses mots Ratner fait une mise en garde : « Ces sortes de groupes militaires rappellent les chemises brunes du parti Nazi, en fonctionnant comme mécanisme d’application de la loi extrajudiciaire qui peut opérer en dehors de la loi et le fait.

Certes, les représentants des firmes de guerriers contractuels se voient sous un jour plus noble. Lors d’un discours, le vice-président de Blackwater, Cofer Black, a comparé son entreprise aux chevaliers de la Table ronde au service du roi Arthur, en affirmant qu’ils « se concentrent sur la morale, l’éthique et l’intégrité. C’est important. Nous ne sommes pas des escrocs. Nous ne sommes pas des filous. Nous croyons en ces choses là ». Malgré de telles affirmations, le jugement définitif sur la performance des entreprises militaires à contrat doit venir des populations que ces nobles chevaliers prétendent servir. Et si ceux de Blackwater sont un exemple, ils sont détestés.

Sherwood Ross

Article original en anglais : The Rise of Mercenary Armies: A Threat to Global Security, Help White House Thwart Peace Movement,
Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.
Sherwood Ross a travaillé pour de grands quotidiens et des agences de transmission, et a été directeur du mouvement des droits civiques. Il oeuvre actuellement pour le mouvement antiguerre et dirige une firme de relations publiques dédiée aux bonnes causes.

Vous pouvez le joindre au sherwoodr1@yahoo.com
 Articles de Sherwood Ross publiés par Mondialisation.ca

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=6493


1-5 Huit ans après le 11 septembre 2001 : Combien de vies dévastées par des guerres injustifiables ?

Interview par Silvia Cattori de Sami El Haj.

Entendre Sami El Haj c’est prêter l’oreille à ces millions d’Arabes et de musulmans anonymes qui, après les attentats du 11 septembre 2001, se sont trouvés arbitrairement associés au « terrorisme », jetés dans l’horreur par des guerres mensongères, injustifiables, absurdes.

Il est temps que des voix s’élèvent pour demander que cesse cette barbarie qui a déjà dévasté la vie de tant d’Irakiens, d’Afghans et de Pakistanais.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Sami El Haj, est ce journaliste et cameraman soudanais travaillant pour Al Jazeera qui, après avoir été arrêté au Pakistan, a été emprisonné durant près de sept ans sous l’accusation fallacieuse d’« ennemi combattant » [1].

Soumis à des traitements inhumains et dégradants par les tortionnaires du Pentagone, dans ces bases militaires échappant à toute forme de droit comme Bagram, Kandahar et Guantánamo, libéré, en mai 2008, sans la moindre excuse de la part de ses bourreaux, il a été reçu en héros dans les pays arabes.

 « Les souffrances que j’ai endurées à Guantánamo m’ont permis de comprendre combien l’action et l’information en faveur des droits humains est importante pour garantir à tous les hommes, où qu’ils se trouvent, la protection et la dignité », disait-il alors.

Cinq mois après son retour à la vie normale, un des vœux les plus profonds de Sami El Haj s’est réalisé. Chargé de collecter des informations sur les violations des droits de l’Homme et de les distribuer aux différentes agences du réseau d’Al Jazeera, il dirige depuis novembre 2008, à Doha, au Qatar, le « Centre des libertés et des droits humains » [2].

Il ne marche plus en claudiquant comme au moment de sa libération. Il fait plaisir à voir. Toutefois, sous son apparente sérénité, nul ne peut jamais oublier par où il a passé. Et que les terribles épreuves endurées à Guantánamo sont la ligne de partage qui le sépare désormais du commun des mortels.

Il s’est assis en bout de table. Ingénu, timide, réfléchi, il ne parle pas de la douleur de vivre qui est sienne. Mais de ses actions et projets. Mû par de nobles buts, il en parle avec une douceur et une gravité empreintes de foi. Se consacrer entièrement à la promotion du respect des Droits humains et des libertés publiques, réconcilier ce monde divisé, accomplir ce qu’il voit aujourd’hui comme sa mission, est devenu sa raison d’exister.

Mes questions sont maladroites, hésitantes. C’est un être infiniment blessé qui est là, face à vous. Un être d’exception par sa stature morale. Les images de Guantánamo s’interposent ; on ne peut s’empêcher de le voir encore en cage, chaînes aux pieds, dans l’accoutrement orange du prisonnier. Il doit faire effort pour parler de la souffrance qu’il porte dans sa chair. On se demande comment il a pu supporter tant d’horreur ! Torturé, en grève de la faim durant une année, il n’était jamais appelé que par son numéro matricule 345. Comment n’est-il pas devenu fou ? Dans quel état serions-nous à sa place ? Mais il a la foi. Et en elle il trouve cette paix qui satisfait sa conscience.

Toutefois, même libre, il demeure intérieurement captif. Tant qu’il y a des tortionnaires qui continuent à pratiquer des traitements dégradants et humiliants sur des frères et sœurs, il ne peut pas se sentir libre. Il vit avec eux, il souffre avec eux, il pleure avec eux, il prie pour eux.

On ne sent pas chez lui la moindre haine. Seules une dignité et une bonté particulières semblent l’habiter. Oui, ils ont fait l’innommable. Il y pense tout le temps. Mais, quoi qu’il en soit, dit-il, ceux qui l’ont si violemment meurtri n’étaient que des exécutants. Les vrais coupables sont les gouvernements. Il n’a pas perdu l’espoir qu’ils soient, demain, jugés par leurs peuples. Celui qui n’entend pas la voix de la conscience, la voix du remord, est à plaindre, pense-t-il. Sami croit que ceux qui donnent le bon exemple sont le salut. Il éprouve une pitié fraternelle pour tous ceux qui ont failli. Il appelle le monde à accepter et à comprendre l’autre ; y compris dans ses croyances.

Son histoire est terrible. Elle ressemble malheureusement à celle de dizaines de milliers d’autres hommes suspectés sans raison de terrorisme, et dont l’Occident a nié les droits et la dignité. Les propos qui suivent ont été recueillis à l’occasion d’une rencontre à Genève, le 29 juillet 2009, lorsque Sami El Haj nous a annoncé la création du « Guantánamo Justice Centre » dont nous avons rendu compte dans un précédent article [3].

Silvia Cattori : A votre sortie de prison, en mai 2008, vous disiez que, si l’administration Bush fermait la prison de Guantánamo et reconnaissait ses abus, vous étiez prêt à pardonner le mal subi. Mais que, si elle continuait à faire du mal, vous alliez vous adresser à un tribunal, engager une action contre elle [4]. Que pensez-vous aujourd’hui ?

Sami El Haj : En ce qui me concerne – et je ne parle qu’en mon nom - s’ils disaient : « Nous sommes désolés, nous avons fait des erreurs », j’en resterais là. Mais d’autres, qui ont été bien plus gravement atteints que moi, je doute qu’ils puissent passer outre. Chacun éprouve le besoin de s’assurer que ces abus ne se répètent plus.

Guantánamo est une injustice qui concerne tous les États. 229 détenus continuent de souffrir à Guantánamo malgré le fait qu’il y a des pays qui sont d’accord d’en accueillir.

Il y a, par exemple, le cas de quatre Palestiniens auxquels Israël refuse l’entrée en Palestine mais que le Venezuela attend. J’ai parlé avec le Président Hugo Chavez ; il m’a dit « Je suis prêt à les recevoir » mais le porte parole du ministère des affaires étrangères des États-Unis a refusé de les laisser aller au Venezuela. Nous devons donc chercher pour eux d’autres pays d’accueil.

Il y a également de nombreux détenus yéménites qui attendent que leur pays les autorise à rentrer chez eux. Mais il y a une mésentente entre le Yémen et les États-Unis. Le gouvernement du Yémen demande à ces derniers de financer le camp qui devrait accueillir les prisonniers libérés. Mais les États-Unis ne sont pas prêts à débourser les sommes demandées. Et des pays voisins comme l’Arabie saoudite voient d’un mauvais œil la sortie de ces détenus car ils craignent qu’ils aillent demain combattre chez eux.

Les États-Unis ont dépensé plus de 225 milliards de dollars pour faire la guerre en Afghanistan. Mais ils ne donnent ni argent ni aucun accompagnement aux anciens prisonniers pour leur réinsertion. Nous savons bien que Guantánamo est un problème qu’ils ont créé et qu’il leur incombe de régler. Mais en même temps, si nous n’agissons pas, ce sont encore les victimes de cette situation qui en payeront les conséquences.

Je suis allé rendre visite à beaucoup d’anciens détenus de Guantánamo dans nombre de pays. Ils font face à d’énormes difficultés. A leur sortie, sans argent pour se réinsérer dans la société, les anciens prisonniers ont besoin d’aide. Ils sont malades, brisés psychiquement. Ils n’ont jamais eu droit à être soignés. Ils ont un besoin urgent de soins et de soutien psychologique. C’est pourquoi nous avons créé le « Guantánamo Justice Centre » pour répondre à ces difficultés [5].

J’ai cent histoires pénibles à raconter. J’ai visité récemment des détenus que les autorités du Nigeria ont fait emprisonner dès leur retour. En Tunisie, deux anciens prisonniers de Guantanamo sont dans la même situation, condamnés à 12 ans de réclusion. Le prisonnier marocain Saïd Boujaadia qui a quitté Guantánamo par le même avion que moi en mai 2008, a été condamné à 10 ans d’emprisonnement dès son retour au Maroc.

Silvia Cattori : Quand leurs tortionnaires promettent à ces gens la liberté, une vie facile et un salaire s’ils acceptent de travailler comme agents doubles, certains n’ont-ils pas d’autre choix que de se plier ?

Sami El Haj : Les officiers militaires à Guantánamo cherchent toujours à amener les détenus à devenir des espions. Mais je ne crois pas qu’ils y réussissent. Je doute qu’ils ne puissent jamais y arriver. Demander à un prisonnier de devenir espions contre qui ? S’il espionnait son pays, il se mettrait en danger. Ces gens qu’ils ont enfermés à Guantánamo ont la foi en l’Islam, une religion qui a des principes, qui n’admet pas que l’on puisse devenir un espion et agir contre son propre pays. C’est contraire à l’Islam de trahir d’autres gens. Mais, comme vous le pressentez, ils poussent les captifs à la trahison en exploitant leur vulnérabilité. Ils disent : « Si vous collaborez avec nous, nous allons vous aider financièrement, etc. »

Silvia Cattori : Avez-vous des nouvelles de Khalid Sheikh Mohammed [6] ? On a fait état de tortures particulièrement cruelles qui l’auraient conduit à s’attribuer quantité de crimes qu’il n’aurait pas commis ?

Sami El Haj : Nous n’avions aucun contact avec Khalid Sheikh Mohammed, car il était maintenu dans un lieu secret. Il est toujours soumis à l’isolement et nous sommes sans nouvelles de lui. Des officiers ont reconnu l’avoir torturé.

Nous pensons que chaque être humain a des droits. Même ceux qui sont soupçonnés d’avoir commis des fautes. Et même s’ils sont coupables, ils n’auraient jamais dû subir des tortures. Khalid Sheikh aurait dû avoir droit à un procès devant un Tribunal civil dans les règles du droit. Et aussi la possibilité d’avoir recours à un avocat. Toute personne doit avoir ce droit ; et, si elle est condamnée par un Tribunal, elle est supposée être enfermée dans une prison normale, sans être soumise à des tortures.

En ce moment, à Guantánamo, il y a encore 41 détenus qui sont en grève de la faim. Certains d’entre eux sont déjà en grève de la faim depuis quatre années. Ce qui veut dire que les soldats US les nourrissent de force, par un tuyau qu’ils passent par le nez. C’est quelque chose de très douloureux. C’est de la torture.

Silvia Cattori : Croyez-vous que Barack Obama n’est pas au courant que les abus n’ont jamais cessé depuis son élection ?

Sami El Haj : Bien sûr qu’il est au courant. C’est le président des Etats-Unis. Il est parfaitement informé. Comment pourrait-il ignorer ce qui se passe ? S’il veut visiter Guantánamo ce n’est pas difficile pour lui d’aller voir sur place.

En juin, je lui ai écrit une lettre pour lui demander de tenir sa promesse de libérer tous les prisonniers de Guantánamo. Je souhaite qu’il ait pris connaissance de cette lettre. Punir, emprisonner des gens sans aucune charge, sous prétexte que cela sert la « sécurité du monde », c’est cela l’humanité ? Si l’on a des choses à reprocher à des gens il faut les traduire devant un tribunal. Mais les enfermer durant des années sans jugement, sans que rien ne le justifie, c’est de la torture.

Silvia Cattori : Quand vous avez été kidnappé au Pakistan, en 2001, vous vouliez aller filmer les régions afghanes où les bombardements frappaient des civils. N’est-il pas douloureux pour vous d’être si éloigné de ces peuples plongés dans la souffrance que vous connaissez et aimez et que les soldats de l’OTAN continuent de martyriser dans l’indifférence de l’opinion occidentale ?

Sami El Haj : Je suis actuellement totalement engagé à défendre les Droits humains au sein d’Al Jazeera, à Doha. Mes activités ne me permettent plus de me rendre en Afghanistan. Je sais que, pour moi, voyager dans ces pays, sous occupation militaire, ce n’est pas dépourvu de risque. Al Jazeera a des correspondants sur place qui continuent de nous renseigner. Je peux suivre ce qui s’y passe. Bien sûr, si, demain, on interdisait aux journalistes l’accès à ces régions, je me sentirais encore plus éloigné.

Silvia Cattori : Nous vous remercions.

Au moment de prendre congé, Sami El Haj m’a annoncé avec une grande gentillesse : « J’ai un cadeau pour vous ». J’ai pris les deux livres qu’il m’offrait. Je les ai ouverts avec reconnaissance. Je savais qu’il me donnait là sa confiance, qu’il savait que je ne trahirais pas ses paroles. Cela m’a profondément touchée. Il s’est levé et s’en est allé poursuivre sa mission. Tout en sachant que la tâche est immense, que Guantánamo n’est que l’arbre qui cache la forêt.

Combien d’Arabes et de musulmans, dépourvus de toute dangerosité, respectueux de leur prochain, n’ont-ils pas été, comme lui, injustement kidnappés, encagoulés, brutalisés, empaquetés dans des sacs en plastique, transférés dans des centres de torture, entassés comme des bestiaux dans des camions où ils sont morts étouffés [7], et cela uniquement parce qu’il fallait fabriquer des terroristes pour justifier des guerres qui reposaient sur des mensonges ?

Pourquoi en est-on arrivé là ? Il n’y avait pas de menace islamique ; il n’y avait aucune raison d’engager des troupes en Irak ou en Afghanistan. De commettre ces monstruosités sous prétexte qu’elles protégeaient notre sécurité (en quoi les Talibans, les peuples afghans, irakiens, ou pakistanais menaçaient-ils notre sécurité ?). Ces guerres atroces sont toutes perdues d’avance, car les peuples qu’elles humilient n’ont d’autre choix que de résister. Tout cela n’est pas acceptable !

Tuer des civils est un crime. Soumettre des hommes, fussent-ils coupables, à des traitements dégradants, qui ne respectent pas l’intégrité de la personne est un crime. La plupart des journalistes de nos principaux médias, n’ont bien évidemment jamais rien expliqué, ni jamais dénoncé le fait que ces hommes soient soumis à des traitements inhumains.

La justice c’est le respect de l’homme, du faible. Au moment de son arrestation, Sami El Haj se rendait précisément en Afghanistan couvrir la guerre de l’OTAN qui faisait alors déjà des ravages parmi les civils. Il était en empathie avec cette population que les bombes écrasaient.

Nous sommes nombreux je crois à être bouleversés par l’inhumanité et l’absence de compassion de nombre de nos reporters. Par leur incapacité à se situer du côté des victimes. Ils ont objectivement participé à la Croisade insensée dans laquelle les Etats Unis ont embarqué l’Occident, ceci bien avant le 11 septembre 2001. Ils ont, par leur lâcheté, légitimé les mensonges [8] présentés comme des « terroristes dangereux » des hommes, des pères de familles, des résistants, que des occupants étrangers continuent à massacrer sur une large échelle. Alors que les vrais terroristes dangereux étaient, et continuent d’être, ces soldatesques cruelles de l’OTAN qui vont semer la mort et la misère en Afghanistan, ou au Pakistan, comme du reste les troupes israéliennes au Liban et en Palestine.

Ces hommes que l’Occident haït et piétine et jette dans des sortes de Goulags, sont des gens qui ont une stature morale que nous n’avons plus. Ils sont admirés dans le monde arabe et musulman. Et cette estime du public, cette considération, cette identification avec les victimes de l’injustice est une force avec laquelle, tôt ou tard, l’Occident devra compter.

Silvia Cattori 

[1] Le terme « combattant illégal », (« unlawful combattant »), « combattant ennemi » est un terme défini dans le PATRIOT ACT par le gouvernement des États-Unis pour qualifier les prisonniers se trouvant dans les centre de détention de Guantanamo et d’autres centres de détention clandestins de la CIA ou du Pentagone. Définir les prisonniers de « combattants illégaux » permet aux États-Unis de ne pas leur appliquer la Convention de Genève relative aux prisonniers de guerre.

[2] Voir :
 « Al Jazeera Announces the Launch of the Public Liberties and Human Rights Desk on its 12th Anniversary », Aljazeera.net, 2 novembre 2008.
 « Les détenus algériens étaient notre boussole à Guantanamo », par Fayçal Métaoui, Hassan Moali, algeria-watch.org, 6 juillet 2009.

[3] Voir : « Sami El Haj fonde le Guantánamo Justice Centre », par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 30 juillet 2009.

[4] Voir : « Sami El Haj, journaliste d’Al-Jazeera, témoigne », par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 18 juillet 2008.

[5] Voir note (3).

[6] Il fallait un coupable. On l’accuse, sans preuve, d’être le cerveau des attaques du 11 septembre. Selon Dick Marty, Khalid Sheikh, a été secrètement transporté de Kaboul à Szymany en Pologne en mars 2003 à bord d’un vol « délibérément camouflé au moyen de plans de vol fictifs » . Et que l’ex-président polonais A. Kwasniewski « connaissait et a approuvé » le rôle de la Pologne dans les activités secrètes de détention de la CIA sur son territoire. Khalid Sheikh, a été soumis à la technique connue sous le nom de « sous-marin » (supplice de la baignoire) plus de cent fois.

[7] Voir : « Afghanistan : Crimes sans châtiments ? », par Annelise Arcq, archivessolidaires.org, 9 septembre 2002.

[8] L’association des musulmans avec le terrorisme a été faite, dès les années 90, par des journalistes liés, nous a-t-on dit, aux services de renseignements, comme Guido Olimpio, en Italie, Richard Labévière en France. Ces journalistes ont objectivement préparé l’opinion occidentale à se méfier des musulmans. Labévière a affirmé des contre vérités, dans son insistance à associer dans des articles, livres, conférences, des hommes aussi estimables que Youssef Nada au terrorisme, (et à travers lui les Frères musulmans) à des attentats en Egypte. A l’origine des fausses nouvelles répandues contre M. Nada et les Frères musulmans il y avait le Mossad. Cette diabolisation contre les Frères musulmans faisait partie de la stratégie de guerre d’Israël contre ses voisins.
Voir à ce sujet :
 « L’incroyable histoire de Youssef Nada », par Silvia Cattori, Mondialisation, 13 juin 2008.
 Notice concernant M. Olimpio, sur le Site officiel de Youssef Nada.
 Notice concernant Richard Labévière, sur le Site officiel de Youssef Nada.

Silvia Cattori 

3/9

http://www.silviacattori.net/article940.html


1-7 Ben Laden semble affaibli et cherche une porte de sortie, selon des analystes…

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage totalement le point de bue de l'auteur mais doit être vu comme information.

Le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, a invité les Américains à faire pression sur la Maison Blanche pour qu'elle mette fin aux guerres en Irak et en Afghanistan, dans un message diffusé par le site As-Sahab, selon le centre américain de recherche sur le terrorisme Intel Center.

Oussama ben Laden, apparaît dans son nouveau message adressé au peuple américain comme un homme affaibli, traqué et cherchant une porte de sortie, estiment lundi des analystes.

Dans son message diffusé à l'occasion du 8e anniversaire des événements du 11 septembre, ben Laden appelle le peuple américain à faire pression sur la Maison Blanche pour qu'elle mette fin aux guerres en Irak et en Afghanistan en échange d'un arrêt de ses attaques.

"Le nouveau message de ben Laden traduit un véritable changement, il ne comporte pas de menaces et cherche à justifier les attaques du 11 septembre" en expliquant qu'elles ont été menées en réaction au soutien des Etats-Unis à Israël "et d'autres injustices", estime Diaa Rachwane, l'un des meilleurs analystes arabes en matière de terrorisme.

"Pas une seule fois dans ce message, et contrairement à son habitude, ben Laden n'a mentionné les +martyrs+ qui ont mené les attaques du 11 septembre et ne les a salués", relève M. Rachwane, directeur adjoint du centre al-Ahram pour les études stratégiques et politiques.

Il souligne que ce message intervient trois semaines après celui du numéro deux d'Al-Qaïda, Ayman Al-Zawahiri, portant sur la situation dans la vallée de Swat, au Pakistan.

"Tout cela démontre clairement qu'Al-Qaïda est affectée par les développements sur le terrain", ajoute M. Rachwane en allusion aux coups portés à Al-Qaïda dans les zones tribales pakistanaises.

Dans le message diffusé par le site As-Sahab, selon le centre américain de recherche sur le terrorisme Intel Center, ben Laden qualifie le président américain Barak Obama "d'opprimé" n'ayant pas le pouvoir de changer le cours des guerres et le présente comme un otage "des groupes de pression et notamment du lobby juif".

"Pour la première fois également, ben Laden parle positivement de trois présidents américains", explique encore M. Rachwane: "Obama dont il mentionne le discours adressé au monde arabe depuis Le Caire le 3 juin, Jimmy Carter dont il relève l'attitude à l'égard des Palestiniens, et John Kennedy (assassiné en 1963) en affirmant qu'Obama connaîtra le même sort s'il suit une politique différente de celle des néo-conservateurs".

L'analyste saoudien Anouar Eshki, chef du centre des études stratégiques et légales basé à Djeddah (ouest), est plus catégorique: "c'est la première fois que ben Laden apparaît aussi faible", dit-il, précisant avoir connu le chef d'Al-Qaïda du temps où il résidait en Arabie saoudite.

Il a estimé que le message de ben Laden "montre qu'il se trouve dans une position difficile, surtout que, selon les informations en notre possession, son réseau commence à être démantelé dans les zones tribales pakistanaises en raison des coups durs qui lui ont été portés, alors que beaucoup de ses fidèles ont quitté le Pakistan pour le Yémen ou la Somalie".

Pour l'analyste saoudien, le chef d'Al-Qaïda "cherche une porte de sortie pour arrêter ses attaques".

Il relève lui aussi la tentative du chef terroriste de justifier les attaques du 11 septembre: "ben Laden tente de redorer son blason en affirmant que les attaques du 11 septembre ont été menées en raison de la politique américaine en Palestine. Mais quel lien y a-t-il entre la Palestine et les attaques d'Al-Qaïda en Arabie saoudite et en Occident?" s'est-il demandé.

AFP - le 14 septembre

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