Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

28/09/2009

n°115 - Les dossiers du Liban- 26-09 : Suite :- Israël pourrait disparaître dans 20 ans selon la CIA.


n°115 - Les dossiers du Liban- 26-09 : Suite  :- Israël pourrait disparaître dans 20 ans selon la CIA.



dossiers du liban n°115 du 26-09

   C.De Broeder & M.Lemaire

 



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Ahmed Loutfi, Aliaa Al-Korachi : Un témoin gênant pour Israël.

2-2 Suzanne Baaklini : Liban : Menaces extérieures, laxisme intérieur.

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Les journalistes, nouveaux acteurs des relations internationales.

 


2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.

2-1 Ahmed Loutfi, Aliaa Al-Korachi : Un témoin gênant pour Israël.

UNRWA . L’organisation qui s’occupe des réfugiés palestiniens prépare son 60e anniversaire à l’heure des intrigues d’Israël, pour lequel elle est la preuve de l’existence d’un peuple chassé de ses terres.

Gaza, secteur martyrisé, immense camp de réfugiés. Ce mois d’août, on a vu cependant un spectacle de milliers d’enfants faisant voler des cerfs-volants dans le ciel battant ainsi le record du plus grand lâcher de cerfs-volants dans le ciel.

Cette manifestation s’inscrit dans le programme des jeux d’été organisés par l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), comme le souligne l’agence palestinienne WAFA. « Voir ces jeunes enfants, qui, il y a quelques mois encore, vivaient au milieu du conflit, si heureux m’a touchée », a expliqué l’humanitaire Johanne van Dijk, travaillant pour l’Unrwa, interrogée par le Centre d’actualités de l’Onu, à l’occasion de la Journée internationale de l’aide humanitaire célébrée le 19 août.

Mme Van Dijk a rendu hommage à « l’incroyable détermination de la population » de Gaza qui continue, avec cet esprit remarquable et admirable, d’aller en avant et d’essayer de fournir une vie décente à ses enfants. Juste des activités emblématiques ? L’Unrwa, qui prépare la célébration du 60e anniversaire de sa création, a quasiment l’âge du dossier dont elle se charge, et est souvent placée entre l’enclume et le marteau. Sa responsabilité c’est quasiment tout un peuple qui s’est trouvé dépossédé de sa patrie en 1948 et qui a été pris sous le feu de la guerre qui n’a fait que confirmer son caractère, voire son statut de réfugié ni plus ni moins. Du côté israélien, c’est « le feu des soldats portés sur les rivages » si l’on veut pasticher ce vers d’Aragon. Du côté arabe comme du côté international, c’est un processus politique hasardeux.

En réalité, la communauté internationale a réagi à l’exode massif de Palestiniens en créant l’Unrwa en 1949 avec objectif officiel de venir en aide aux réfugiés (cet organisme intervient en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ainsi qu’en Jordanie, en Syrie et au Liban). Et comme on le souligne lorsque a été élaboré le statut d’une organisation (le Haut Commissariat aux Réfugiés HCR) ainsi que la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés (Convention des réfugiés), on y a fait figurer des dispositions excluant les Palestiniens qui recevaient une aide de l’Unrwa. Ils  sont devenus la seule population réfugiée au monde exclue de la protection internationale reconnue. D’ailleurs, selon la définition de l’Unrwa, un « réfugié de Palestine » est une personne dont le lieu de résidence habituel était la Palestine entre juin 1946 et mai 1948 et qui a perdu à la fois son domicile et ses moyens de subsistance. Une définition qui dérange beaucoup Israël et ses partisans.

Autant d’aspects qui résument le caractère tragique de la situation des Palestiniens et qui donnent à l’Unrwa une spécificité indéniable pour laquelle elle se bat souvent contre vents et marées. Israël, depuis la création de l’Unrwa, essaye de la délégitimer.

Les attaques à l’encontre de l’Unrwa ont été un « fil rouge » de tous les gouvernements israéliens depuis les années 1960, car l’agence onusienne est devenue aux yeux du peuple palestinien le symbole vivant des aspirations des réfugiés au retour dans leurs foyers.

selon Mohamad Khamis, directeur de rédaction du magazine Al-Qods, cette organisation, malgré son existence, reste une adresse pour les réfugiés palestiniens. Son absence signifie la disparition de ce procès.

D’ailleurs, il relève que si l’Unrwa a joué un rôle important du point de vue humanitaire, il est évident qu’au cours des dernières années, « il y a de la provocation de la part d’Israël. Voire cela a commencé après 2000, lorsque le président américain Bill Clinton a proposé une solution pour résoudre le problème des réfugiés qui consistait en rapatriement et compensation. Les Américains allaient payer 40 milliards de dollars aux Palestiniens et la même somme à la Syrie, le Liban et la Jordanie pour accueillir des réfugiés. Depuis, Israël ne fait que mener campagne contre l’Unrwa qui incarne une cause qui dérange la conscience mondiale. Elle est la représentation essentielle du problème des réfugiés ». La campagne israélienne, on le voit bien, a pour but définitif qu’il n’y ait pas de peuple palestinien. « C’est la psychologie du voleur ? L’Unrwa reste témoin d’un drame qu’Israël veut faire disparaître », ajoute le journaliste palestinien. Son point de vue est celui de tous ceux qui ont une approche logique et humaine de la question. Au regard de la réalité, la question qui ne cesse d’être posée est : comment la communauté internationale peut-elle accepter et entériner l’expulsion d’un peuple, rester sourde à sa revendication de retour à son pays, pourtant votée par l’Onu ?

En fait, Tel-Aviv et le lobby juif en Amérique ne cessent de lancer une campagne malveillante contre l’Unrwa.

Ce lobby, qui mène tambour battant une campagne contre tout ce qui représente une reconnaissance des droits palestiniens, voire de l’existence même d’un peuple palestinien, s’en prend à l’Unrwa par tous les moyens et en prétextant tous les arguments si faux soient-ils. Le lobby sioniste-américain a demandé au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, le renvoi immédiat de la commissaire générale de l’agence Karen AbuZayd et le directeur des opérations John Ging. C’est l’influent Centre Simon Wiesenthal, qui est la plus grande institution juive des droits de l’homme dans le monde et qui comprend 400 000 membres, qui accuse l’Unrwa d’être pro-Hamas et ce parce que selon cette organisation, l’Unrwa a refusé d’enseigner l’Holocauste dans ses écoles à Gaza. Et de prétendre que Karen AbuZayd, lors de la conférence de presse, s’est comportée « comme un membre officiel du mouvement Hamas ». Quant à John Ging, il est pris à partie parce qu’il « fait infraction à l’Onu en affirmant qu’un programme scolaire palestinien ne peut comprendre des choses qui vont à l’encontre de la volonté du peuple palestinien ».

Et pourquoi cette vindicte contre Ging ? Depuis le 1er février 2006, John Ging dirige les opérations de l’Unrwa à Gaza.

Il a toujours mis en relief que la situation à Gaza « n’est pas mauvaise. Elle est pire que tout ce que l’on peut imaginer. L’énorme pression morale qui s’exerce sur la population ne se voit pas dans les reportages consacrés à Gaza. Dire de Gaza qu’elle est une prison à ciel ouvert ne correspond pas à la réalité, car en prison chaque individu reçoit un repas trois fois par jour ».

Comme le soulignent certains analystes, on pourrait dire que les pro-sionistes reprochent à l’Unrwa d’aider le Hamas. Ils s’en prennent par exemple à Ging. Pourquoi ? Parce qu’il défend, et c’est ce qui dérange, ouvertement et sans peur la cause palestinienne, quel que soit son public. Il parle de nettoyage ethnique. « Nier la nakba équivaut à nier la Shoah ». Il reconnaît le droit au retour des Palestiniens, mais plaide pour un compromis négocié pacifiquement. Il invoque constamment la vision défendue par les Nations-Unies en ce qui concerne la paix et les droits de l’homme.

Or, au moment où l’Unrwa et ses hommes sont pris à partie par les sionistes, des membres du Hamas s’attaquent aussi à l’agence,  tant et si bien que le député hamassi Mouchir Al-Masri veut constituer un comité populaire hostile à l’Unrwa et résister à ses activités, en dépit du refus palestinien populaire et officiel. Là où les contradictions sont extrêmes, c’est cette question de l’enseignement de l’holocauste. Le Hamas, lui, estime que l’Unrwa veut introduire cette matière dans les programmes, alors qu’Israël lui reproche le contraire.

Des combats des extrêmes qui seraient finalement la preuve de l’objectivité de l’agence. Emad Gad, rédacteur en chef d’Israël Digest publié par le Centre d’études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, affirme que « si l’Unrwa est critiquée par les deux parties au conflit, cela est la preuve qu’elle est objective ». Il donne comme exemple que le Hamas s’est élevé contre l’agence parce qu’elle n’a pas voulu que ses bâtiments servent d’abri à des combattants palestiniens. En revanche, Israël voit que les ambulances de l’Unrwa servaient de couverture à des combattants du Hamas pendant l’agression contre Gaza. Il rappelle qu’Israël a détruit au cours de cette campagne de nombreux bâtiments, écoles et hôpitaux de l’agence où les Palestiniens se réfugiaient, les considérant comme des sites internationaux.

La vraie mission de l’Unrwa

On peut dire que ces critiques sont malveillantes dans la mesure où l’agence a une tâche humanitaire très difficile à mener sur un véritable champ de bataille. Elle ne dispose pas d’une puissance militaire dissuasive face aux uns et aux autres.

A cet égard, l’ancien avocat principal de l’organisation entre 2000 et 2007, Me Lindsay, a rédigé un rapport paru récemment, où il souligne que les défaillances attribuées à l’Unrwa n’ont pas eu lieu parce que l’Unrwa « soutient effectivement le terrorisme, mais parce que l’organisation ne se soucie pas particulièrement du problème. Sa préoccupation principale est de fournir services et protections aux réfugiés palestiniens », précise-t-il (lire entretien page 6).

Témoin privilégié des conditions de vie dramatiques dans les camps de l’intérieur et de l’exil, l’Unrwa, en tant qu’organe subsidiaire, a toujours eu un mandat temporaire et « humanitaire » qui ne s’occupe pas directement des problèmes politiques de leurs tenants et aboutissants.

La question du financement

Son travail essentiel c’est le secours finalement. Et là les obstacles s’accumulent.

Concernant l’activité de l’Unrwa, présente depuis 60 ans sur le terrain, Mme Koning AbuZayd a regretté de n’avoir « jamais pu obtenir tous les fonds demandés pour améliorer la qualité des services rendus. Nous avons toujours eu un trou de 100 millions de dollars », a précisé la responsable de l’Unrwa, qui s’est plainte à plusieurs reprises des difficultés financières de cette agence aidant plus de 4,6 millions de réfugiés palestiniens au Proche-Orient.

D’ailleurs, l’agence vient de lancer un appel aux pays arabes pour contribuer au redressement de la situation. Elle affronte un déficit inédit en 2009 estimé à 150 millions de dollars sur l’ensemble de son budget estimé à 545 millions de dollars. Elle a demandé aux pays arabes de se charger de 8 % du budget, conformément à une résolution dans ce sens de la Ligue arabe. « Malheureusement, les donations n’ont atteint que 1 % du budget à l’heure où augmentent les charges et le nombre de réfugiés », affirme Adnane Abou-Hassana, conseiller de presse de l’Unrwa.

Désolant en fait, pour Emad Gad, « les Arabes n’ont pas la culture des actions internationales collectives ou celles des œuvres de secours. Ils préfèrent traiter chacun à part agissant dans un contexte bilatéral avec les Palestiniens. Ce qui démontre l’existence de considérations politiques ».

Difficile à admettre, mais c’est la réalité. Le monde arabe se doit de déployer des efforts pour renforcer l’Unrwa. « Le rôle de l’Unrwa n’est pas uniquement humanitaire ; il a une dimension politique qui est la question des réfugiés dont elle est l’emblème », souligne Mohamad Khamis. En fait, c’est pour cela qu’Israël en veut à l’Unrwa.

Ahmed Loutfi , Aliaa Al-Korachi

Mercredi 9 septembre 2009
Publié le 9 septembre 2009 avec l'aimable autorisation de AL-AHRAM Hebdo

Al-Ahram Hebdo

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Al-Ahram.090909.htm


2-2 Suzanne Baaklini : Liban : Menaces extérieures, laxisme intérieur.

La marée noire. Avec tous les bouleversements politiques locaux et régionaux, on l’aurait presque oubliée si le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, ne l’avait évoquée récemment, demandant à Israël de régler ce qu’elle doit au Liban dans ce dossier...

Pause verte

...Cette déclaration avait fait suite au discours prononcé par le ministre de l’Environnement Antoine Karam au cours du congrès de Genève sur le climat, et dans lequel il avait rappelé les conséquences désastreuses de ce bombardement sur les réservoirs de fuel de la centrale électrique de Jiyeh au début de la guerre de juillet-août 2006, notamment la pollution de plus de cent mètres de côte libanaise et les côtes d’autres pays voisins.

Israël réglera-t-il la facture qu’il doit à l’État et au peuple libanais ?

Rien n’est moins sûr, considérant l’histoire de l’application, par ce pays, des résolutions internationales.

Mais le Liban a présenté un dossier à ce propos aux Nations unies, et la marée noire qui a résulté de ce bombardement a été reconnue comme un crime écologique de guerre, donc délibéré, d’où le fait que le principe de compensations a été décrété.

Mais dans quel contexte le ministre avait-il évoqué la marée noire lors de la conférence internationale sur le climat ? Il avait fait le lien entre l’instabilité politique due aux menaces israéliennes continues contre le Liban et l’impossibilité d’entreprendre des projets qui réduiraient de manière significative les émissions de gaz à effet de serre au Liban, dans le domaine de l’énergie notamment.

L’instabilité politique et sécuritaire est en effet un facteur susceptible d’empêcher les progrès au niveau des projets d’énergie, cibles privilégiées des avions israéliens. L’instabilité de toute sorte freine les progrès, cela est bien connu. Mais quelle part est due au manque de volonté politique générale de l’État dans ce domaine ? Pourquoi vivons-nous continuellement en sursis, en attente de la prochaine guerre, de la prochaine crise, sans perspective de réformes et de progrès, sans réelle vision d’avenir, alors que le monde parle de changements et d’adaptation aux caprices anticipés du climat de la terre ?

Sans minimiser le moins du monde le danger israélien, on est en droit de se poser une question cruciale : comment aurions-nous agi en son absence ? Aurions-nous consacré plus d’efforts à traiter les questions vraiment vitales, dans des domaines comme l’environnement, l’eau, le développement, l’énergie, etc. alors que nous nous noyons continuellement dans des polémiques sans fin à la moindre échéance politique ou électorale ? Quelle est la part du prétexte dans cette attitude qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’immobilisme ?

Il n’est plus à prouver que l’environnement, dans son acception la plus générale, est la première victime non seulement de l’instabilité, due aux facteurs externes comme internes, mais aussi du chaos, des crises politiques qui gèlent les grandes décisions stratégiques, et de la corruption également.

En attendant qu’Israël paye la lourde facture qu’il doit au Liban, et en espérant que ses menaces deviendront un jour un mauvais souvenir, il nous appartient de modifier notre système politique et de réclamer que les questions qui nous importent vraiment figurent plus souvent sur la liste des préoccupations des responsables.

Mais le voulons-nous vraiment ? Le danger, c’est quand ce quasi-immobilisme devient l’équivalent d’un lit douillet et confortable... À méditer.

Suzanne Baaklini –

L’Orient-le-Jour

18 septembre

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7318





3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 Les journalistes, nouveaux acteurs des relations internationales.

Il est gratifiant pour l’ego de peser sur les relations internationales, au point que beaucoup se vivent, à tout le moins au sein de la corporation journalistique, comme des acteurs majeurs de la scène mondiale, au point que beaucoup s’imaginent de participer d’une aventure humaine exaltante, le remodelage de la planète. Mais la réalité journalistique est toute autre. Au sein de la corporation journalistique se côtoient deux catégories de journalistes parfaitement antinomiques: les Journalistes de Légende, rarissime il est vrai, qui vivent leur mission comme un sacerdoce, et, les Journalistes de Brocante, qui tirent profit du journalisme, du prestige de la fonction et de ses privilèges, mus souvent par des considérations extra journalistiques, notamment une position  de pouvoir, une reconnaissance sociale ou bien encore des passe-droit ou des avantages matériels. La liste des prestataires des grandes griffes du vêtement et des accessoires de luxe qui défile quotidiennement au générique des grandes émissions de télévision en témoigne. Elle accrédite l’idée d’un journalisme alimentaire aux allures d’un vaste  magasin de brocante dont ils en tirent profit. Le constat est empirique. Il se dégage de l’observation du comportement sur une longue période.

I. Les Journalistes de brocante (journalistes académiques, journalistes d’importance, crypto journalistes etc. …)

A. Les journalistes académiques appartiennent à une catégorie qui pratique le journalisme institutionnel, appliquant les règles de la profession stricto sensu sans éléments de pondération ou d’évaluation. Ils veillent à un équilibre formel de l’information dans une sorte d’équidistance indifférenciée, oubliant que l’équité consiste à traiter inégalement une situation inégale. Cela se traduit par une transmission des communiqués sans état d’âmes particuliers, sans jugement de valeur, en fonction de la source de l’information et de sa position hiérarchique. La compétence est fonctionnelle en somme. Le journaliste dans ce cas de figure opère comme un fonctionnaire dans des entreprises de presse, un bureaucrate de l’information. Aux Etats-Unis, 40 pour cent de ce qui est publié dans la presse est directement reproduit, sans altération, des communiqués des «Public relations» (2). Un objectif identique est recherché en France par M. Frédéric Lefebvre, porte -parole de l’UMP et exécuteur des basses œuvres du sarkozysme dans sa tentative de mise au pas de l’Agence France Presse (AFP), la plus importante entreprise de presse  française.

B. Des journalistes d’importance se considèrent comme la caste nobiliaire de la profession.

D’un narcissisme exacerbé, ils se bercent de l’illusion de participer à la définition des relations internationales, à la bataille des idées. Ils sont sensibles aux marques d’égards personnels à leur encontre, oubliant hâtivement que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoutent. Sensibles à la flatterie, au tutoiement, aux agapes politiques, ils sont consciemment ou non des exécutants fidèles d’un travail fait en amont. Amplificateur du bruit médiatique, ils constituent une formidable caisse de résonance. Ce journalisme de révérence et de déférence est érigé en journalisme de référence, ou dans sa variation la plus récente, en journalisme de validation, c’est-à-dire un journalisme qui se borne à confirmer la véracité des faits rapportés par d’autres journalistes, au péril de leur vie. Une sorte d’arbitre suprême des élégances de la faune journalistique française, un usage propre à profession journalistique en France.

Walter Lippmann, journaliste au New Republic puis au New York Herald Tribune a inauguré ce journalisme-là, un journalisme élitiste, en fait un journalisme de personnes se considérant comme une élite, supposé dispenser le peuple de la complexité des choses. Chantre du néo-libéralisme, l’auteur de «Public Opinion-2002», puis de «Public Fantome (Demoplis/ Paris 2008)» Walter Lippmann a théorisé la relative impuissance et l’incompétence des citoyens ordinaires, les citoyens de base, à appréhender les complexités du monde. «La manière de sélectionner, de présenter et de censurer un fait peut avoir une importance sur sa réception, par conséquent sur le destin des évènements», écrit-il. Cet aveu de Walter Lippmann prouve à l’évidence que la manipulation de l’information n’est pas l’apanage exclusif du totalitarisme. «L’opinion publique est une illusion et un danger. L’essentiel lui est invisible, le processus de décision lui échappe. Il importe de confier à l’élite le soin de l’éclairer et de la guider», poursuit-il anticipant le comportement du journalisme du début du XXI me siècle, notamment  la démarche suivie par la classe médiatique française lors référendum sur le traité européen de 2005 ……..avec les résultats que l’on sait.

En France ce journalisme d’élite se vit comme prescripteur d’opinion par excellence. Jean Pierre el-Kabbache, ancien directeur de la chaîne de télévision France 2 et de la radio Europe 1, s’est décrété ainsi, un jour, «meilleur interviewer d’Europe», sans se préoccuper de savoir s’il existait de meilleur que lui, ailleurs qu’en France, en dehors du cercle des journalistes égotiques du parisianisme calfeutré, et, Christine Ockrent a longtemps été dénommée «la Reine Christine» sans qu’il soit possible de déterminer les origines de ce royaume, son fondement et sa légitimité. Sa mission est non pas informative, mais à proprement parler salvatrice. Ils se retrouvent généralement au sein d’un «cercle de la raison», par opposition à l’irrationalité des citoyens de base, captant pour leur bénéfice exclusif le débat démocratique. La Fondation Saint Simon se targue ainsi, dans la dernière décennie du XX me siècle, d’avoir propulsé la modernisation post-industrielle de la France en promouvant les thématiques qui ont accompagné la mondialisation et l’ultralibéralisme débridé.

Cette thématique avait été conçue et propagée au départ par des laboratoires idéologiques outre atlantique notamment le consensus de Washington et le consensus de Bruxelles (déréglementation, privatisation, réduction des prestations sociales). Elle a été appliquée sans la moindre retenue par «les esprits les plus brillants de la République», selon l’expression consacrée, avec les conséquences désastreuses que l’on sait sur l’économie mondiale sans toutefois que ces prescripteurs n’aient eu à pâtir des conséquences de leurs prescriptions. Jean Marc Sylvestre, journaliste économique multicartes (France-inter, LCI) en est un parfait exemple. Le journaliste, dans ce cas là, est non un acteur, mais un exécutant. Mais pour bon nombre d’entre eux l’essentiel est de participer, de figurer dans le cercle ultra privilégiés des «happy few».

Si la Fondation Saint Simon a joué un rôle majeur dans la fabrique de l’opinion française, notamment en faveur de la construction d’une Union Européenne ultralibérale, le grand prescripteur sur le plan mondial de la stratégie occidentale et de la carrière politique de ses servants demeure incontestablement le Forum de Bilderberg (3) qui regroupe, chaque année, dans la plus grande discrétion, les «décideurs » des Etats-Unis, d’Europe et du Japon avec le concours et la participation des cent plus puissantes entreprises du monde (Microsoft, Unilever, Coca Cola, British Petroleum, Total, Chase Manhattan Bank, American Express, Goldman Sachs). La 56 me rencontre de « Bilderberg » qui s’est tenue en juin 2008 à Chantilly (région parisienne) a été marquée, du côté français, par la participation, comme de juste, de Christine Ockrent, Directrice du Pôle audiovisuel extérieur (France 24, TV5, RFI, RMC International), compagne en ville de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires  étrangères, ainsi que de François Pérol, nouveau PDG du groupe Natixis Nexis (Banque Populaire + Caisse d’Epargne), ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée, de Manuel Valls, député socialiste, représentant de l’aile sécuritaire du parti socialiste et partisan de la réconciliation de la Gauche et de l’ultralibéralisme, l’homme qui rêve de peupler la ville d’Evry, dont il est le maire,  de «White» et de « blancos», ainsi que de Bassma Kodmani, franco-syrienne, directrice de l’Initiative Arabe de Réforme (Arab Reform Initiative), un « think tank » regroupant divers instituts de recherche du monde arabe, travaillant en partenariat avec des instituts européens et américains sur la transition démocratique dans le monde arabe, en coordination à Paris avec l’Institut d’études de sécurité.

La 57 ème édition tenue en Grèce en Mai 2009 a été marquée par la participation des personnalités françaises suivantes : Alexandre Bompard (Europe 1-Groupe Lagardère), Denis Olivennes (Nouvel Observateur), Nicolas Baverez (Le Point-Groupe Pinault) et Xavier Bertrand (secrétaire général de l’UMP).

C. Les crypto journalistes: Le journalisme-là sert de camouflage au militantisme politique.

Soldats de la guerre idéologique, les journalistes de Radio Free Europe et ceux qui émargeaient sur le budget du Congrès pour la Liberté et la Culture, organe souterrain de la CIA, à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine, appartiennent à cette catégorie comme de nos jour Fox news, la chaîne ultraconservatrice américaine, et, sur le plan arabe, les journalistes de Radio Sawa et de la chaîne TV «Al- Hurrah», les deux vecteurs américains lancés après l’invasion de l’Irak, en 2003 (4). Nonobstant leur talent, les journalistes d’importance et les crypto journalistes sont généralement des journalistes multicartes, affectés à une amplification maximale de leurs thèses.

Alexandre Adler, en France, et, Abdel Rahman ar Rached, dans le monde arabe, sont de parfaits exemples de journalistes multicartes.

Passé, à l’instar de sa tante par alliance, Annie Kriegel, du communisme le plus rigide à l’ultra libéralisme le plus débridé sans le moindre sas de décompression, l’éditorialiste du Figaro et de France Culture assume de surcroît les fonctions de porte voix compulsif des crispations communautaristes du judaïsme institutionnel français. Quant au Directeur d’Al Sharq al Awsat, le journal panarabe saoudien, il cumule cette responsabilité avec les fonctions de directeur de la chaîne saoudienne «al Arabya» et d’ éditorialiste de la chaîne américaine arabophone «Al Hurrah», créée après l’invasion américaine de l ’Irak.

Assumant une fonction déclamatoire, les journalistes d’importance sont en rivalité avec les diplomates, les intellectuels médiatiques et leur excroissance, les intellectuels médiatiques évolutifs, dont le plus illustre exemple n’est autre qu’Alexandre Adler déjà cité, passé de l’Humanité au Figaro en transitant par Libération, le Courrier International et Le Monde, sans que personne ne songe à l’interroger sur cette mobilité et ses répercussions sur sa fiabilité, au point de jeter un voile de suspicion sur un large spectre du champ médiatique. Bon nombre d’entre eux apparaissent ainsi comme des mercenaires de la presse exonérés des conséquences de leur prescription, une suspicion accentuée par le prestige du nouveau venu sur la scène médiatique, les organisations non gouvernementales (ONG),  un opérateur majeur, dont la présence sur le terrain confère à ses membres une crédibilité certaine en tant que témoins dotés d’une expertise, contrairement à de nombreux experts autoproclamés de la cohorte journalistique.

II. Les journalistes de légende

Le journaliste de légende représente une incongruité dans le paysage médiatique, car il se vit non comme un partenaire mineur du gouvernement, mais un observateur majeur de la vie politique. Il ne pratique pas le devoir de référence ou de déférence, mais un devoir d’impertinence. Sa grille de décryptage ne relève pas d’une lecture linéaire des phénomènes politiques et sociaux, voire d’une lecture nourrie de présupposés, mais d’une lecture fractale, une lecture en contre champs des événements et n’hésite pas, le cas échéant, à penser contre son propre camp, si besoin est.

Les journalistes français qui ont dénoncé la torture en Algérie durant la guerre d’indépendance, les journalistes américains sur la liste noire des services américains qui ont «brisé la loi du silence» (5) en  dénonçant  les manipulations de l’opinion publique américaine et les opérations de déstabilisation dans le tiers monde relèvent normalement de cette catégorie.

Connu pour son professionnalisme, reconnu à contrecoeur au sein de la profession, méconnu par les pouvoirs publics et inconnu du grand public, le journaliste de légende souffre d’une tare irrémédiable. En infraction avec les règles de la connivence, ce journaliste là est un «tricard» parce qu’ «incontrôlable», ce qui donne à penser a contrario que le journaliste d’importance est fréquentable car «contrôlable». La mise à l’index est une pratique courante du débat d’idées pour neutraliser une opinion dissidente. Il en a été ainsi au XIX me siècle avec le  Syllabus édicté en1864 sous PIE IX  qui recensait la liste des idées condamnées par le Souverain Pontife  (laïcité, athéisme  etc.), qui finira, par analogie, à englober l’ensemble des idées que l’idéologie dominante interdit d’exprimer. Toute proportion gardée, le régime hitlérien, en Allemagne, avait lui aussi édicté son propre Linguæ Franca, le langage codifié qui permettait à ses usagers de déceler les récalcitrants au nazisme. Plus  près de nous, la France sarkozyste dispose, elle aussi, de son propre «Linguæ Quintae Respublicae» (6), avec son concert de balivernes «travailler plus pour gagner plus», flexibilité du monde du travail au lieu de précarisation du travailleur  etc.….

Aboutissement des relations incestueuses entre media et politique, l’embedded a représenté dans l’histoire de la presse  la forme la plus achevée de l’imbrication du journalisme au pouvoir politique. L’embedded (7) a fait son apparition lors de l’invasion américaine de l’Irak, en mars 2003.Il a pris en France l’ampleur d’un phénomène tel qu’il constitue un cas d’école à nul autre pareil, à tout le moins au sein des grandes démocraties occidentales. L’embedded est littéralement celui qui partage le même lit que le sujet de son reportage. Un couplage en somme.

La scène médiatico-politique contemporaine française abonde de ces couples célèbres dont les plus visibles sont Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, et Christine Ockrent (pôle audiovisuel extérieur), Jean Louis Borloo, ministre d’État et ministre du Développement durable et Béatrice Schoenberg (France 2), Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre des Finances et candidat à la direction du Fonds Monétaire International, et Anne Sinclair (RTL-TF1), François Baroin, ancien ministre de l’Outre-mer et de l’Intérieur et Marie Drucker (France 3), auparavant, Alain Juppé (à l’époque ministre des Affaires étrangères) et Isabelle Juppé (La Croix), sans oublier les deux dernières idylles, celle de Nicolas Sarkozy avec Anne Fulda (Le Figaro), du temps de l’escapade new-yorkaise de son épouse Cécilia Sarkozy et celle de François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, avec Valérie Treirveiler (Paris Match, puis Direct TV).

La mutation professionnelle a cédé la place à l’accouplement. Dans le nouveau cas de figure, l’activité ne change pas, mais se couple tant au niveau de la vie professionnelle que conjugale avec un partenaire qui représente l’autre pôle du pouvoir, nourrissant par là même le procès d’une confusion des genres préjudiciable à la démocratie. Là où Clemenceau et Jaurès changeaient la forme de leur combat dans la fidélité à leur engagement antérieur, –des journalistes devenus des hommes politiques–, la nouvelle génération paraît avoir empruntée un chemin différent privilégiant le plan de carrière à la fidélité aux engagements antérieurs.

Le journaliste cesse d’être un observateur critique de la vie politique pour se muer par synergie, sinon en amplificateur des idées de son partenaire politique, à tout le moins en un facteur de surexposition médiatique de son compagnon de vie. Les médias apparaissent désormais comme véhicule d’une idéologie dominante, la surinformation aboutit à une désinformation et les citoyens tout comme la grande majorité des prescripteurs des «analphabètes secondaires », en pleine désorientation, selon l’expression de Hans Magnus Eisenberger, auteur de «Médiocrité et folie». Tout un programme.

La communication tend en effet à se substituer à l’information et ses dérives nous renvoient à la propagande de base des régimes totalitaires que les pays démocratiques sont censés combattre. A la fin des années 1990, le nombre des salariés des agences des relations publiques (150.000) aux Etats Unis dépassait celui des journalistes (130.000) et le budget américain de l’industrie des relations publiques a dépassé celui de la publicité. Le chiffre d’affaires mondial des journaux et magazines avoisinait, en 2006, les 275 milliards de dollars, dont environ 175 milliards financés par la publicité, soit 65%, en augmentation, avec un maximum de 88% aux Etats-Unis. En ajoutant les radios, cela faisait environ 540 milliards de dollars par an, soit presque deux fois les dépenses annuelles de l’état français. «Entertainment» (divertissement) comme outil et «advertising» (publicité) comme finalité. Le but n’est pas d’informer, mais d’attirer assez l’attention pour faire passer le vrai produit: la publicité. L’«information» là-dedans est un excipient comme un autre, dont le but n’est pas d’informer mais d’attirer l’attention et de véhiculer des messages publicitaires.

L’information devient «infotainement», une information de divertissement. Ce qui explique en France que les grandes émissions politiques des précédentes décennies, comme l’«Heure de vérité» sur France 2,  faite par des journalistes, a depuis longtemps cédé la place aux émissions de divertissement. Les hommes politiques préfèrent, et de loin, passer chez les animateurs de variétés (Michel Drucker ou Marc Olivier Fogiel) pour promouvoir leurs idées.  Le temps de cerveau disponible du lecteur ou téléspectateur humain ingurgite chaque année pour 400 milliards de dollars américains de messages intéressés. Emis par qui? Sur les 360 milliards fournis aux anciens médias par la publicité, 160 milliards, soit 44%, sont «attribués» par les sept premiers groupes de publicité, qui font un chiffre d’affaires direct d’environ 50 milliards.

En  France, en deux ans (2004-2005), les trois principaux quotidiens français ont bouleversé leur actionnariat dans une relative indifférence: Le Figaro a été racheté par Dassault, Libération recapitalisé par Rothschild et Le Monde renfloué par Lagardère (8). Il en découle de ce panorama que le journaliste qui se propose d’être un acteur des relations internationales se doit d’être rarement sur la table des convives.

Le journaliste acteur des relations internationales est celui qui rompt le monopole du récit médiatique des médias du consensus. Tel est le cas aux Etats-Unis de Seymour Hersch (9) (New Yorker), qui révéla les massacres de My lai, (Vietnam 1969), ou de Franklin Lamb de la  revue Counterpunch (Etats-Unis), qui dévoila la connivence du clan Hariri au Liban avec les groupes radicaux de l’Islam sunnite dans les affrontements du camp palestinien de Nahr el Bared (Nord Liban) en 2007. En France, la revue bimestrielle RILI (Revue Internationale des Livres et des Idées), le mensuel «Le Monde Diplomatique», notamment lors de sa bataille victorieuse pour torpiller l’AMI (accord multilatéral sur les biens culturels) ou encore, chacun à sa façon, l’hebdomadaire satirique «Le Canard Enchaîné» et «Le plan B», la revue critique des médias relèvent de cette catégorie.  Dans le monde arabe, Al Qods al arabi, le journal transfrontière arabe basé Londres, et la chaîne de télévision al Jazira, ont réussi à modifier l’agenda médiatique international, à contre-courant de la tendance générale.

Conséquence de cette endogamie de la classe politico médiatique, les grands pontifes de la presse pâtissent de la désaffection du public à leur égard et de l’engouement d’une nouvelle génération de lecteurs pour le journalisme électronique, notamment, en France, le site Bakchich (journalisme d’investigation), Acrimed, le site critique des Médias, les grands sites fédérateurs à l’instar de Rebelion. org (Amérique Latine), Mondialisation.ca (Amérique du Nord), Oumma.com (France), Al Andalus.ma (Maghreb), qui drainent près de quinze millions de lecteurs réguliers en France.

Les journalistes sont-ils des acteurs de l’Histoire ? C’est l’histoire qui décidera en fait quels sont les journalistes qui sont des acteurs et quels sont ceux qui font l’histoire.  C’est elle qui fera le tri, qui désignera les élus, distinguera pour la postérité ceux qui ont contribué à l’Histoire, et, partant les falsificateurs.

Que reste-t-il en effet de Judith Miller, la grande prêtresse du journalisme américain du Moyen orient ? Renvoyée sans ménagement du prestigieux journal New York Times qu’elle a sérieusement discréditée par sa manipulation de l’opinion publique internationale à propos des armes de destruction massives en Irak, dans une opération menée en concertation avec le vice président Dick Cheyney, le sulfureux opposant irakien Ahmad Chalabi et la nièce de ce dernier, employée du journal américain au Koweït. Relayant et amplifiant une information devenue par saturation un de arguments justificatifs de l’administration néo-conservatrice à l’invasion américaine en Irak, Judith Miller traîne désormais comme un boulet son accablant sobriquet: l’«arme de destruction massive de la crédibilité du New York Times», récupérée, juste retour des choses, par l’American Enterprise Institute, le fief du néo-conservatisme américain et du christianisme sioniste, terme ultime de quarante ans de mystification professionnelle.

Que reste-t-il de Robert Maxwell, le flamboyant magnat de la presse britannique, agent de renseignement souterrain des services israéliens? Suicidé par noyade, par une nuit noire, à bord de son yacht, et sa famille acculée à la faillite.

Que reste-t-il de PPDA, au-delà de ses succès mondains? La fausse interview de Fidel Castro et sa condamnation pour abus de biens sociaux dans l’affaire Pierre Botton. Le présentateur le plus populaire de France de la plus importante chaîne de télévision d’Europe (TF1), qui avait eu l’outrecuidance de fixer lui-même la date de son retrait, a été licencié par SMS, comme un vulgaire saute-ruisseau, résigné à  courir le cacheton dans les médias périphériques.

Que reste-t-il de Jean Pierre el Kabbache? Le souvenir cuisant de sa honteuse manœuvre pour s’exonérer de sa responsabilité dans l’annonce prématurée de la mort de l’artiste Pascal Sevran et son souci d’obtenir l’aval préalable de Nicolas Sarkozy pour la nomination du journaliste accrédité au ministère de l’intérieur, du temps où le président français était titulaire de la charge

Que reste-t-il de Christine Ockrent? L’interview d’un condamné à mort, la veille de son exécution, l’ancien premier ministre monarchiste iranien, Amir Abbas Hoveyda, révélant prématurément son opportunisme à tout crin. Sa réputation de professionnalisme dégonflée comme un ballon de baudruche par son recours abusif aux publi-reportages surtarifés, en contradiction avec la déontologie, accréditant l’image d’une ménagère affairiste avide et cupide.

Que reste-t-il de Jean Marie Colombani? Désavoué par sa propre rédaction du fait de sa grande proximité avec un plagiaire, Alain  Minc, le fossoyeur de l’empire italien de Carlo de Benedetti, et sa fanfaronnade honteuse du lendemain des attentats du 11 septembre 2001: «Nous sommes tous des Américains», méprisante à l’égard de tous ceux qui à travers le monde ont eu à pâtir du bellicisme américain: Les Vietnamiens carbonisés par l’agent orange, les Latino-américains pressurisés par United Fruit, la population caramélisée de Hiroshima et Nagasaki (Japon), les Palestiniens en voie d’éradication.

Que restera-t-il de Claude Askolovitch, l’étoile montante du journalisme sarkozyste, le nouveau patron de presse du groupe Lagardère? L’affaire Siné: une carrière météorique propulsée par une délation calomnieuse d’un faux procès en antisémitisme à l’encontre d’un confrère satirique. Une ambition satisfaite d’une haine recuite par le recours à une pratique honteuse de l’Histoire de France dont une large fraction de la communauté juive en a eu à pâtir durant la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945).

Acteur ou non de l’histoire, le journaliste est d’abord le reflet de son époque. La notoriété n’est pas forcément synonyme de crédibilité. Elle est tout au plus le reflet de la presse à une époque, dans son aspect glorieux parfois, dans son aspect hideux, souvent.

Références

1-Texte condensé d’une intervention de l’auteur lors d’un séminaire à l’Institut des Etudes Politiques de Paris Mercredi 29 avril 2009 à l’occasion de la parution de son livre «De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du monde», Harmattan- Mai 2009. Séminaire dirigé par Sophie Pommier et Mohamad el-Oifi.

2- Paul Moreira, producteur de l’émission de référence de Canal + et auteur d’un ouvrage documenté sur «Les nouvelles censures- dans les coulisses de la manipulation de l’information» (Editions Robert Laffont février 2007). Un objectif identique est recherché en France par M. Frédéric Lefebvre, porte -parole de l’UMP et exécuteur

3- Le groupe Bilderberg a vu le jour en 1954 à l’initiative Josef Luns, ancien secrétaire général de l’Otan secondé  par le banquier américain David Rockefeller et du Prince Bernhard des Pays-Bas, époux de la Reine Juliana, ultérieurement éclaboussé par le scandale des pots de vin de la firme aéronautique Lockheed. Le groupe tire son nom du lieu de ses premières assises, l’hôtel Bilderberg à Oosterbeek (Pays Bas).

4 –Cf. : Mohamed el-Oifi, Maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, «Al Hurrah ou les limites de la diplomatie médiatique», in «Les Arabes parlent aux Arabes, la révolution de l’information dans le monde arabe»,  sous la direction de Yves Gonzales-Quijano et Tourya Guaaybess (Sindbad  – Mai 2009)

5 – Cf. à ce propos les deux ouvrages de Kristina Borjesson: « Black List, quinze grands journalistes américains brisent la loi du silence » de Kristina Borjesson – Editons les Arènes-2003 et  » Média control, huit grands journalistes américains résistent aux pressions de l’administration Bush» Kristina Borjesson – Les Arènes – Mai 2006.

6- « LQR (Linguae Quintae  Respublicae), la propagande au quotidien» de Eric Hazan, Editions Raisons d’agir 2006

7- Cf. à propos «De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du Monde (1969-2009) – René Naba Editions l’Harmattan notamment les chapitres «Média et démocratie», 1- l’ Embedded à la française, 2- Les Médias comme véhicule d’une idéologie dominante.

Et en ce qui concerne, la presse arabe en générale et la presse libanaise en particulier: «Les tribulations de la presse libanaise: de référence journalistique au contorsionnement mercantile».

8 – «Libération de Sartre à Rothschild» de Pierre Rimbert Editions Raisons d’agir 2005-

9- Seymour Hersch, prix Pulitzer 1970, est l’auteur des révélations  du Massacre de My Lai au Vietnam en novembre1969, du projet Jennifer (tentative de récupération de l’épave du sous-marin soviétique K-129), des activités de la CIA sur le territoire américain contre les mouvements pacifiques et autres opposants sous le couvert de contre-espionnage, contraignant à la démission James Jesus Angleton, le chef du contre-espionnage de la CIA, en 1974.

20 juillet 2009
René Naba |

www.renenaba.com reproduit le texte condensé d’une intervention de l’auteur lors d’un séminaire à l’Institut des Etudes Politiques de Paris Mercredi 29 avril 2009 à l’occasion de la parution de son livre «De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du monde», Harmattan Mai 2009. Séminaire «Média et Démocratie» dirigé par Sophie Pommier et Mohamed el-Oifi.

http://www.renenaba.com/?p=1159

Les commentaires sont fermés.