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10/10/2009

n°487 - Les dossiers de Palestine.- 07-10 : Début : UNRWA : Un témoin gênant pour Israël.

n°487 - Les dossiers de Palestine.- 07-10 : Début : UNRWA : Un témoin gênant pour Israël.



       L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



Dossier de Palestine

       N°487                                                     07-10

                                                                C.De Broeder & M.Lemaire   



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire

Tiré a part

Leila Mazboudi : Les sales dessous du report de l'examen de rapport Goldstone

1 Dossier

1-1 Ahmed Loutf &  Aliaa Al-Korachi : UNRWA : Un témoin gênant pour Israël.

1-2 Ken Livingstone : Une interview exclusive de Khaled Meshal, dirigeant du Hamas (2°) 

Suite

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Pour information,

2-1 A. Chatta : The Guardian possède des preuves sur la violation d'Israël des droits de l'homme au cours de son agression contre Gaza.

2-2 Silvia Cattori : Des mères horrifiées par la naissance d'enfants difformes suite à l'usage par Israël d'armes prohibées. 

2-3 Eva Bartlett : Gaza : Les veuves et les enfants commencent à mendier.

2-4 Kawther Salam : Les détrousseurs de cadavres d’Israël.

Fin

2-5 Khaled Mechaal : la paix passe par le retour aux frontières de 1967.

2-6 Le masque tombe, le vrai visage du sionisme est à découvert et la résistance des peuples fraye son chemin.

2-7 Joaquim DF : "Palestine Occupée - Dexia Impliquée".



Tiré a part

Leila Mazboudi : Les sales dessous du report de l'examen de rapport Goldstone
De scandale  en scandale, grâce entre autre aux mèches jetées sournoisement par les Israéliens, la responsabilité de l'Autorité palestinienne (AP) et de Mahmoud Abbas s'affirme de plus en plus dans le report de l'examen du rapport Goldstone sur les crimes israéliens contre la Bande de Gaza.
Selon l'agence de presse palestinienne "Shéhab", citant des sources à Washington, puis relayé par le quotidien israélien Maariv, Abbas s'est plié aux sommations israéliennes de reporter l'examen de ce rapport par le Comité des droits de l'homme des Nations Unies lorsque les dirigeants israéliens l'ont menacé de révéler au grand jour, devant l'organisation onusienne et les médias internationaux son soutien à l'offensive israélienne contre la Bande de Gaza "Plomb durci",  pour mettre fin au Hamas.
Un colonel israélien, Élie Éfraham, rapporte l'agence, s'était présenté chez les dirigeants palestiniens, alors que les coulisses des Nations Unies se préparaient à l'examen du rapport. À partir de son ordinateur, il leur a montré deux enregistrements, l'un vidéo et l'autre vocal.
Le premier montrant Abbas en s'attelant à persuader Ehud Barak (qui était alors ministre de la sécurité intérieure) en présence de Tzipi Livni, la chef de la diplomatie, de poursuivre l'offensive.
L'autre renvoyant la voix de Tayeb AbderRahim, le secrétaire général de la présidence palestinienne, lors d'un contact téléphonique avec le directeur du bureau du chef d'état major, Dov Weissglass, expliquant que les circonstances étaient propices pour que "l'armée israélienne investisse les deux camps de Jabalia et de Chati dans la Bande, pour contraindre le Hamas à céder".
Les sources à Washington rapportent aussi des propos de Weissglass, selon lesquels il aurait dit qu'une telle mesure pourrait tuer beaucoup de civils"; et ceux d'AbderRahim qui aurait rétorqué:" Ils ont tous voté pour le Hamas, ce sont eux qui ont ainsi choisi leur sort et pas nous".
Le colonel Efraham aurait même demandé un engagement écrit pour n'accorder aucune autorisation aux pays arabes pour faire passer le rapport en question.
Quoique cette version des faits n'exclut pas l'autre marchandage véhiculée par les médias israéliens, liant la suspension de l'examen à l'obtention d'un deuxième réseau de téléphonie mobile, mais son impact ne peu qu'être renforcé.
Elle permet d'abord d'impliquer les Palestiniens de l'Autorité palestinienne dans l'offensive " Plomb durci" et d'alléger en conséquence la responsabilité des militaires israéliens. Le chef de la diplomatie israélien Avigdor Lieberman  s'était d'ailleurs dernièrement offusqué contre la politique de l'AP de traduire devant la Justice internationale des généraux et des responsables militaires israéliens, sous peine de crimes de guerre.
Leur divulgation devrait aussi creuser encore plus l'écart entre le Fatah et le Hamas qui se préparaient à un nouveau round de négociations qui s'annonçaient plus positives.
Mais, elle montre surtout que les Israéliens n'ont pas tenu parole, et ont violé l'engagement du marchandage, en divulguant par sources américaines interposées, le contenu des deux enregistrements.
Au mépris de dénuder Abbas encore plus devant les siens.

Leila Mazboudi
Publié le 6 octobre 2009


 

Source : Al Manar
http://www.almanar.com.lb/...

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Leila_Mazboudi.061009.htm



1 Dossier

Ndlr : La publication de l’article ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse ou point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information

1-1 Ahmed Loutf &  Aliaa Al-Korachi : UNRWA : Un témoin gênant pour Israël.

UNRWA. L’organisation qui s’occupe des réfugiés palestiniens prépare son 60e anniversaire à l’heure des intrigues d’Israël, pour lequel elle est la preuve de l’existence d’un peuple chassé de ses terres.

Gaza, secteur martyrisé, immense camp de réfugiés. Ce mois d’août, on a vu cependant un spectacle de milliers d’enfants faisant voler des cerfs-volants dans le ciel battant ainsi le record du plus grand lâcher de cerfs-volants dans le ciel.

Cette manifestation s’inscrit dans le programme des jeux d’été organisés par l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), comme le souligne l’agence palestinienne WAFA. « Voir ces jeunes enfants, qui, il y a quelques mois encore, vivaient au milieu du conflit, si heureux m’a touchée », a expliqué l’humanitaire Johanne van Dijk, travaillant pour l’Unrwa, interrogée par le Centre d’actualités de l’Onu, à l’occasion de la Journée internationale de l’aide humanitaire célébrée le 19 août.

Mme Van Dijk a rendu hommage à « l’incroyable détermination de la population » de Gaza qui continue, avec cet esprit remarquable et admirable, d’aller en avant et d’essayer de fournir une vie décente à ses enfants. Juste des activités emblématiques ? L’Unrwa, qui prépare la célébration du 60e anniversaire de sa création, a quasiment l’âge du dossier dont elle se charge, et est souvent placée entre l’enclume et le marteau. Sa responsabilité c’est quasiment tout un peuple qui s’est trouvé dépossédé de sa patrie en 1948 et qui a été pris sous le feu de la guerre qui n’a fait que confirmer son caractère, voire son statut de réfugié ni plus ni moins. Du côté israélien, c’est « le feu des soldats portés sur les rivages » si l’on veut pasticher ce vers d’Aragon. Du côté arabe comme du côté international, c’est un processus politique hasardeux.

En réalité, la communauté internationale a réagi à l’exode massif de Palestiniens en créant l’Unrwa en 1949 avec objectif officiel de venir en aide aux réfugiés (cet organisme intervient en Cisjordanie et dans la bande de Gaza ainsi qu’en Jordanie, en Syrie et au Liban). Et comme on le souligne lorsque a été élaboré le statut d’une organisation (le Haut Commissariat aux Réfugiés HCR) ainsi que la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés (Convention des réfugiés), on y a fait figurer des dispositions excluant les Palestiniens qui recevaient une aide de l’Unrwa. Ils  sont devenus la seule population réfugiée au monde exclue de la protection internationale reconnue. D’ailleurs, selon la définition de l’Unrwa, un « réfugié de Palestine » est une personne dont le lieu de résidence habituel était la Palestine entre juin 1946 et mai 1948 et qui a perdu à la fois son domicile et ses moyens de subsistance. Une définition qui dérange beaucoup Israël et ses partisans.

Autant d’aspects qui résument le caractère tragique de la situation des Palestiniens et qui donnent à l’Unrwa une spécificité indéniable pour laquelle elle se bat souvent contre vents et marées. Israël, depuis la création de l’Unrwa, essaye de la délégitimer.

Les attaques à l’encontre de l’Unrwa ont été un « fil rouge » de tous les gouvernements israéliens depuis les années 1960, car l’agence onusienne est devenue aux yeux du peuple palestinien le symbole vivant des aspirations des réfugiés au retour dans leurs foyers.

selon Mohamad Khamis, directeur de rédaction du magazine Al-Qods, cette organisation, malgré son existence, reste une adresse pour les réfugiés palestiniens. Son absence signifie la disparition de ce procès.

D’ailleurs, il relève que si l’Unrwa a joué un rôle important du point de vue humanitaire, il est évident qu’au cours des dernières années, « il y a de la provocation de la part d’Israël. Voire cela a commencé après 2000, lorsque le président américain Bill Clinton a proposé une solution pour résoudre le problème des réfugiés qui consistait en rapatriement et compensation. Les Américains allaient payer 40 milliards de dollars aux Palestiniens et la même somme à la Syrie, le Liban et la Jordanie pour accueillir des réfugiés. Depuis, Israël ne fait que mener campagne contre l’Unrwa qui incarne une cause qui dérange la conscience mondiale. Elle est la représentation essentielle du problème des réfugiés ». La campagne israélienne, on le voit bien, a pour but définitif qu’il n’y ait pas de peuple palestinien. « C’est la psychologie du voleur ? L’Unrwa reste témoin d’un drame qu’Israël veut faire disparaître », ajoute le journaliste palestinien. Son point de vue est celui de tous ceux qui ont une approche logique et humaine de la question. Au regard de la réalité, la question qui ne cesse d’être posée est : comment la communauté internationale peut-elle accepter et entériner l’expulsion d’un peuple, rester sourde à sa revendication de retour à son pays, pourtant votée par l’Onu ?

En fait, Tel-Aviv et le lobby juif en Amérique ne cessent de lancer une campagne malveillante contre l’Unrwa.

Ce lobby, qui mène tambour battant une campagne contre tout ce qui représente une reconnaissance des droits palestiniens, voire de l’existence même d’un peuple palestinien, s’en prend à l’Unrwa par tous les moyens et en prétextant tous les arguments si faux soient-ils. Le lobby sioniste-américain a demandé au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, le renvoi immédiat de la commissaire générale de l’agence Karen AbuZayd et le directeur des opérations John Ging. C’est l’influent Centre Simon Wiesenthal, qui est la plus grande institution juive des droits de l’homme dans le monde et qui comprend 400 000 membres, qui accuse l’Unrwa d’être pro-Hamas et ce parce que selon cette organisation, l’Unrwa a refusé d’enseigner l’Holocauste dans ses écoles à Gaza. Et de prétendre que Karen AbuZayd, lors de la conférence de presse, s’est comportée « comme un membre officiel du mouvement Hamas ». Quant à John Ging, il est pris à partie parce qu’il « fait infraction à l’Onu en affirmant qu’un programme scolaire palestinien ne peut comprendre des choses qui vont à l’encontre de la volonté du peuple palestinien ».

Et pourquoi cette vindicte contre Ging ? Depuis le 1er février 2006, John Ging dirige les opérations de l’Unrwa à Gaza.

Il a toujours mis en relief que la situation à Gaza « n’est pas mauvaise. Elle est pire que tout ce que l’on peut imaginer. L’énorme pression morale qui s’exerce sur la population ne se voit pas dans les reportages consacrés à Gaza. Dire de Gaza qu’elle est une prison à ciel ouvert ne correspond pas à la réalité, car en prison chaque individu reçoit un repas trois fois par jour ».

Comme le soulignent certains analystes, on pourrait dire que les pro-sionistes reprochent à l’Unrwa d’aider le Hamas. Ils s’en prennent par exemple à Ging. Pourquoi ? Parce qu’il défend, et c’est ce qui dérange, ouvertement et sans peur la cause palestinienne, quel que soit son public. Il parle de nettoyage ethnique. « Nier la nakba équivaut à nier la Shoah ». Il reconnaît le droit au retour des Palestiniens, mais plaide pour un compromis négocié pacifiquement. Il invoque constamment la vision défendue par les Nations-Unies en ce qui concerne la paix et les droits de l’homme.

Or, au moment où l’Unrwa et ses hommes sont pris à partie par les sionistes, des membres du Hamas s’attaquent aussi à l’agence,  tant et si bien que le député hamassi Mouchir Al-Masri veut constituer un comité populaire hostile à l’Unrwa et résister à ses activités, en dépit du refus palestinien populaire et officiel. Là où les contradictions sont extrêmes, c’est cette question de l’enseignement de l’holocauste. Le Hamas, lui, estime que l’Unrwa veut introduire cette matière dans les programmes, alors qu’Israël lui reproche le contraire.

Des combats des extrêmes qui seraient finalement la preuve de l’objectivité de l’agence. Emad Gad, rédacteur en chef d’Israël Digest publié par le Centre d’études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, affirme que « si l’Unrwa est critiquée par les deux parties au conflit, cela est la preuve qu’elle est objective ». Il donne comme exemple que le Hamas s’est élevé contre l’agence parce qu’elle n’a pas voulu que ses bâtiments servent d’abri à des combattants palestiniens. En revanche, Israël voit que les ambulances de l’Unrwa servaient de couverture à des combattants du Hamas pendant l’agression contre Gaza. Il rappelle qu’Israël a détruit au cours de cette campagne de nombreux bâtiments, écoles et hôpitaux de l’agence où les Palestiniens se réfugiaient, les considérant comme des sites internationaux.

La vraie mission de l’Unrwa

On peut dire que ces critiques sont malveillantes dans la mesure où l’agence a une tâche humanitaire très difficile à mener sur un véritable champ de bataille. Elle ne dispose pas d’une puissance militaire dissuasive face aux uns et aux autres.

A cet égard, l’ancien avocat principal de l’organisation entre 2000 et 2007, Me Lindsay, a rédigé un rapport paru récemment, où il souligne que les défaillances attribuées à l’Unrwa n’ont pas eu lieu parce que l’Unrwa « soutient effectivement le terrorisme, mais parce que l’organisation ne se soucie pas particulièrement du problème. Sa préoccupation principale est de fournir services et protections aux réfugiés palestiniens », précise-t-il (lire entretien page 6).

Témoin privilégié des conditions de vie dramatiques dans les camps de l’intérieur et de l’exil, l’Unrwa, en tant qu’organe subsidiaire, a toujours eu un mandat temporaire et « humanitaire » qui ne s’occupe pas directement des problèmes politiques de leurs tenants et aboutissants.

La question du financement

Son travail essentiel c’est le secours finalement. Et là les obstacles s’accumulent.

Concernant l’activité de l’Unrwa, présente depuis 60 ans sur le terrain, Mme Koning AbuZayd a regretté de n’avoir « jamais pu obtenir tous les fonds demandés pour améliorer la qualité des services rendus. Nous avons toujours eu un trou de 100 millions de dollars », a précisé la responsable de l’Unrwa, qui s’est plainte à plusieurs reprises des difficultés financières de cette agence aidant plus de 4,6 millions de réfugiés palestiniens au Proche-Orient.

D’ailleurs, l’agence vient de lancer un appel aux pays arabes pour contribuer au redressement de la situation. Elle affronte un déficit inédit en 2009 estimé à 150 millions de dollars sur l’ensemble de son budget estimé à 545 millions de dollars. Elle a demandé aux pays arabes de se charger de 8 % du budget, conformément à une résolution dans ce sens de la Ligue arabe. « Malheureusement, les donations n’ont atteint que 1 % du budget à l’heure où augmentent les charges et le nombre de réfugiés », affirme Adnane Abou-Hassana, conseiller de presse de l’Unrwa.

Désolant en fait, pour Emad Gad, « les Arabes n’ont pas la culture des actions internationales collectives ou celles des œuvres de secours. Ils préfèrent traiter chacun à part agissant dans un contexte bilatéral avec les Palestiniens. Ce qui démontre l’existence de considérations politiques ».

Difficile à admettre, mais c’est la réalité. Le monde arabe se doit de déployer des efforts pour renforcer l’Unrwa. « Le rôle de l’Unrwa n’est pas uniquement humanitaire ; il a une dimension politique qui est la question des réfugiés dont elle est l’emblème », souligne Mohamad Khamis. En fait, c’est pour cela qu’Israël en veut à l’Unrwa.
Ahmed Loutfi, Aliaa Al-Korachi

9 septembre 2009

Al-Ahram Hebdo


1-2 Ken Livingstone : Une interview exclusive de Khaled Meshal, dirigeant du Hamas (2°) 

Ken Livingstone discute en exclusivité de religion, de violence et des chances pour la paix avec le leader du Hamas, Khaled Meshal. Khaled Meshal est responsable du bureau politique du mouvement Hamas

KL : Quelles sont vos principaux objectifs ? Le Hamas est-il principalement une organisation politique ou religieuse ?

KM : Le Hamas et un mouvement de libération nationale. Nous ne voyons pas de contradiction entre notre identité islamique et notre mission politique. Bien que nous confrontions les occupants par le biais de la résistance et de la lutte pour obtenir les droits de notre peuple, nous sommes fiers de notre identité religieuse tirée de l’islam.

Mais à l’encontre de l’expérience des Européens avec le christianisme, l’islam ne prévoit pas, n’exige pas ni ne reconnaît une autorité ecclésiastique. Il fournit simplement une série de directives larges dont l’interprétation détaillée est soumise à la réflexion humaine (ijtihad) et en découle.

KL : Est-ce que vous vous consacrez à la destruction d’Israël ?

KM : Ce qui se passe en fait c’est la destruction du peuple palestinien par Israël ; c’est lui qui occupe notre terre, nous exile et nous tue, nous incarcère et persécute notre peuple. Nous sommes les victimes, Israël est l’oppresseur et ce n’est pas l’inverse.

KL : Pourquoi le Hamas adopte-t-il la force militaire dans ce conflit ?

KM : La force militaire est une option à laquelle notre peuple a recours parce que rien d’autre ne marche. La conduite d’Israël et la complicité de la communauté internationale, que ce soit sous forme de silence, d’indifférence ou de participation, justifie la résistance armée. Nous aimerions tellement que ce conflit soit résolu pacifiquement.

Si l’occupation devait cesser et que notre peuple puisse exercer son autodétermination dans sa patrie, il ne serait pas nécessaire d’avoir recours à la force. La réalité est que près de 20 ans de négociations de paix entre les Palestiniens et les Israéliens n’ont restauré aucun de nos droits. Au contraire, les compromis unilatéraux conclus par l’équipe de négociation palestinienne nous ont fait subir plus de souffrances et de pertes.

Depuis que l’OLP a conclu le traité de paix d’Oslo avec Israël en 1993, les Israéliens ont exproprié de nouvelles terres palestiniennes en Cisjordanie afin de construire des colonies juives illégales, d’étendre les colonies existantes ou de construire des routes réservées exclusivement aux Israéliens vivant dans ces colonies. Le mur d’apartheid que les Israéliens ont érigé en Cisjordanie a absorbé de vastes terres qui étaient censées être rendues aux Palestiniens d’après le traité de paix.

Le mur d’apartheid et des centaines de postes de contrôle ont transformé la Cisjordanie en enclaves isolées comme les cellules d’une grande prison qui rend la vie intolérable.

Jérusalem est constamment malmenée afin d’en modifier le paysage et l’identité et des centaines de maisons palestiniennes ont été détruites dans la ville et alentour, laissant des milliers de Palestiniens sans abri dans leur propre patrie. Au lieu de libérer les prisonniers palestiniens, les Israéliens ont arrêté 5000 Palestiniens de plus depuis la conférence de paix d’Annapolis en 2007 - action qui atteste que la paix ne les intéresse absolument pas.

KL  : Le Hamas s’engage-t-il dans une activité militaire en dehors de la Palestine ?

KM : Non. Depuis sa création il y a 22 ans, le Hamas a confiné son champ d’opération militaire à la Palestine occupée.

KL  : Souhaitez-vous établir en Palestine un état islamique dans lequel toutes les autres religions auront un statut subalterne ?

KM : Notre priorité comme mouvement de libération nationale est d’en terminer avec l’occupation israélienne de notre patrie. Une fois que notre peuple sera libre sur sa terre et bénéficiera du droit à l’autodétermination, c’est lui seul qui aura le dernier mot sur sous le système de gouvernement avec lequel il souhaite vivre. C’est notre ferme croyance que l’Islam ne peut pas être imposé aux gens. Nous ferons campagne, dans un processus entièrement démocratique, sur un programme islamique. Si c’est ce que les gens choisissent, alors ce sera leur choix. Nous croyons que l’Islam est la meilleure source d’inspiration et le meilleur garant pour les droits des musulmans comme des non-Musulmans.

KL : Le Hamas impose-t-il la tenue islamique dans Gaza ? Par exemple, oblige-t-on à Gaza que les femmes portent le hijab, le niqab ou la burqa ?

KM : Non. Intellectuellement, la vision du Hamas vient de la culture et de la religion du peuple. L’Islam est notre religion et il est le constituant de base de notre culture. Nous ne refusons pas à d’autres Palestiniens le droit d’avoir des visions différentes. Nous n’imposons aux gens aucun aspect concernant la religion ou leur conduite sociale. Les aspects de la religion dans la société de Gaza sont sincères et spontanés ; ils n’ont été imposés par aucune autorité autre que la foi et la conviction du croyant.

KL : Il est dit que la division dans le peuple palestinien entre de Cisjordanie et de Gaza et entre le Fatah et le Hamas, qui affaiblit évidemment leur position, est survenue parce que Hamas a pris par la force le contrôle de Gaza. Est-ce vrai et comment expliquez-vous cette division ?

KM : Assurément, la division affaiblit les Palestiniens et nuit à leur cause. Cependant, la division n’est pas le fait du Hamas, mais de l’insistance de certaines parties internationales et régionales à vouloir effacer les résultats de la démocratie palestinienne. Cela les a consternés que Hamas ait été élu par le peuple palestinien.

La division vient de l’existence d’une partie palestinienne qui cherche le soutien de ces mêmes parties régionales et internationales, dont les Etats-Unis et Israël, qui souhaitent voir Hamas mis hors jeu. Peu après sa victoire aux élections de janvier 2006, tout a été fait pour miner la capacité du Hamas à gouverner.

Après que ces efforts aient échoué, le général Keith Dayton de l’armée d’Etats-Unis, qui sert actuellement de coordonnateur de sécurité entre Israël et l’Autorité palestinienne [de Ramallah], avait été expédié à Gaza pour préparer un coup de force contre le gouvernement d’unité nationale conduit par le Hamas et issu de l’accord de la Mecque de 2007. Ce complot a incité le Hamas à Gaza à agir en situation d’autodéfense lors des événements de juin 2007.

Prétendre que le Hamas a effectué un coup de force est sans fondement parce que le Hamas était à la tête d’un gouvernement élu démocratiquement. Tout ce qu’il a fait était d’agir contre ceux qui préparaient un coup contre lui sous la direction et les conseils du général Dayton.

KL : Est-ce que ceux qui ont d’autres vues politiques ou religieuses, comme le Fatah, bénéficient-ils des libertés démocratiques à Gaza ? Quelle est la situation de ceux qui appartiennent au Hamas dans les territoires de la Cisjordanie sous contrôle du Fatah ?

KM : Des factions palestiniennes ont été inspirées par le nationalisme arabe, d’autres par le marxisme ou le léninisme, et d’autres par le libéralisme. Alors que nous sommes persuadés que ces idées sont étrangères à nos peuple et ont échoué à répondre à ses aspirations, nous insistons sur le fait que le peuple est le dernier arbitre sur qui souhaite-t-il voir diriger et sous quel système désire-t-il être régi. Ainsi, la démocratie est notre meilleure option pour diminuer nos divergences internes. Celui que le peuple choisi devra être respecté.

Nous essayons au mieux de notre capacité de protéger les droits de l’homme et les libertés civiles de ceux qui sont affiliés au Fatah et à toutes les autres factions dans la bande de Gaza. En revanche, les Palestiniens en Cisjordanie sous occupation israélienne et sous l’Autorité palestinienne de Ramallah continuent de se voir niés leurs droits fondamentaux.

Le Général Dayton supervise en Cisjordanie une répression sévère et brutale contre le Hamas et d’autres groupes palestiniens. Plus de 1000 prisonniers politiques, dont des étudiants, des professeurs d’Université et des professionnels dans tous les domaines sont pourchassés, détenus et torturés, parfois jusqu’à la mort, par les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne commandités et entrâinées par les Etats-Unis, les Britannique et l’Union Européenne.

KL : Croyez- vous possible de regrouper le peuple palestinien ? Si oui, comment pensez-vous que cela puisse être fait et dans quel type de délai ?

KM : Il est possible de réunir les Palestiniens. Afin que cela se produise deux choses sont nécessaires. D’abord, les interventions et les exigences étrangères doivent cesser. Il faut laisser le peuple palestinien traiter ses propres divergences internes sans pression externe. En second lieu, toutes les parties palestiniennes doivent respecter les règles du jeu démocratique et se soumettre aux résultats de son processus.

KL : Le refus du Hamas de reconnaître Israël est fréquemment cité comme obstacle insurmontable aux négociations et à un règlement pacifique.

KM : Cette question est uniquement employée comme prétexte. Israël ne reconnaît pas les droits du peuple palestinien, pourtant ceci n’est pas un obstacle pour qu’Israël soit reconnu au niveau international ou participe à des pourparlers. La réalité est que c’est Israël qui occupe la terre et dispose de la plus grande force. Plutôt que de solliciter les Palestiniens, qui sont les victimes, c’est Israël qui est l’oppresseur qui devrait être invité à reconnaître les droits des Palestiniens.

Dans le passé, Yasser Arafat a reconnu Israël mais a il a peu obtenu [en échange]. Aujourd’hui, Mahmoud Abbas reconnaît Israël, mais nous avons encore à voir les dividendes promis dans le processus de paix.

Israël ne fait de concessions que sous la pression. En l’absence de pression réelle sur Israël par les Arabes ou par la communauté internationale, aucun accord n’aboutira.

KL : Avez-vous une « feuille de route » pour des étapes intérimaires qui pourraient normalement mener à un règlement pacifique du conflit ? Pensez-vous que les juifs, les musulmans et les chrétiens peuvent un jour vivre ensemble et en paix en Terre Sainte ?

KM : Nous, au Hamas, croyons qu’un règlement pacifique réaliste au conflit devra commencer par un accord de cessez-le-feu entre les deux côtés basés sur un plein retrait d’Israël de tous les Territoires Occupés en 1967. L’intransigeance israélienne et le manque de volonté pour agir de la part de la communauté internationale sont ce qui empêche ce règlement. Nous croyons que nous pourrons déterminer le futur du conflit uniquement lorsque notre peuple sera libre et de retour sur sa terre.

Il faut rappeler ici que nous ne résistons pas aux Israéliens parce qu’ils sont juifs. Par principe, nous n’avons pas de problèmes avec les juifs ou les chrétiens, mais avons un problème avec ceux qui nous attaquent et nous oppriment. Durant de nombreux siècles, les chrétiens, les juifs et les musulmans ont coexisté paisiblement dans cette présente partie du monde. Notre société n’a jamais été témoin de ce type de racisme et de génocide contre « l’autre » que l’Europe a hébergé jusque récemment Ces problèmes ont débuté en Europe. Le colonialisme a été imposé à cette région par l’Europe, et lIsraël a été le produit de l’oppression des juifs en Europe et non pas d’un problème en terre musulmane.

KL : Quel rôle pensez-vous que d’autres pays et organismes, en particulier les Etats-Unis, l’Union Européenne et la Grande-Bretagne, jouent actuellement dans le conflit israélo-palestinien et dans les divisions entre les Palestiniens ?

KM : Le rôle joué par tout ceux-ci jusqu’ici a été négatif. L’attitude à l’égard des crimes israéliens contre peuple a été l’objet de silence ou de connivence. Les politiques et les prises de positions adoptées par ces parties ont contribué à la division palestinienne ou l’ont augmentée. D’une part, on énumère des conditions qui ont pour effet de torpiller des discussions sur l’unité et les efforts de réconciliation. D’autre part, certaines de ces parties internationales sont directement impliquées en éliminant nos partisans en Cisjordanie.

Les Etats-Unis et l’Union Européenne fournissent l’argent, la formation et les conseils pour construire un appareil de sécurité palestinien spécialisé dans la persécution de ceux qui sont critiques vis-à-vis de l’autorité palestinienne de Ramallah.

Nous sommes préoccupés en particulier par des informations selon lesquelles le gouvernement britannique, directement aussi bien qu’indirectement et au moyen de firmes privées spécialisées en sécurité et de services de vétérans de l’armée, d’officiers de police et d’agents de renseignements, est totalement impliqué dans le programme conduit par le Général Dayton contre le mouvement Hamas en Cisjordanie.

KL : Que devraient faire les pays tels que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne pour aider à un règlement pacifique ?

KM : Ils devraient simplement confirmer le droit international - l’occupation est illégale, l’annexion de Jérusalem est illégale, les colonies sont illégales, le mur de ségrégation est illégal, et le siège de Gaza est illégal. Pourtant rien n’est fait.

KL : Quelles relations le Hamas souhaite-t-il avoir avec le reste du monde, et, par exemple, avec la Grande-Bretagne ?

KM : Le Hamas défend une cause juste. À cette fin, il désire s’ouvrir au monde. Notre mouvement cherche à établir de bonnes relations et à mener un dialogue constructif avec le tous ceux concernés par la situation en Palestine. 

* Ken Livingstone est ancien maire de Londres

17 septembre 
http://www.newstatesman.com/middle-...
Traduction de l’anglais : Anne-Marie Goossens et Claude Zurbach

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=7331


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