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11/10/2009

n° 488- Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion. de Palestine - 07-10 - : Fin - : Le Projet de George Mitchell : « Un plan de paix » ou bien la préparation de guerres arabes ?

n° 488- Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion. de Palestine - 07-10 - : Fin - : Le Projet de George Mitchell  : « Un plan de paix » ou bien la préparation de guerres arabes ?



L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



   Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine 

488 du 07-10                                         C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be

 

Sommaire

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.(Fin)

1-6 Abdel Bari Atwan : Conférence d´Evaluation de Durban : « Israël a été démasqué, en dépit de la protection des pays occidentaux »

1-7 Neve Gordon : Désobéissance civile des Palestiniens.

2 Annexe

2-1 Philippe Lewandowski : Palestine : sur l’absence (voulue) d’interlocuteurs.


1-6 Abdel Bari Atwan : Conférence d´Evaluation de Durban : « Israël a été démasqué, en dépit de la protection des pays occidentaux »

Analyse de la Conférence d´Evaluation de Durban
Abdel Bari Atwan, journaliste palestinien bien connu et rédacteur-en-chef du quotidien (en langue arabe) Al-Quds al-Arabi édité à Londres, a fait part à Silvia Cattori de son analyse de la Conférence d´Evaluation de Durban (tenue à Genève).

Cette interview a été réalisée à Genève, le 23 avril 2009.


Silvia Cattori : Alors, cette Conférence de Durban : une opportunité manquée ?


Abdel Bari Atwan : Je pense, personnellement, que Durban II a été une énorme déception, parce qu´elle n´a pas abordé les problèmes fondamentaux. C´est la diplomatie qui a prévalu. L´Occident et les Etats-Unis, en particulier, ont réussi à prendre la conférence en otage ; ils en ont dévié l´angle de vue.
Durban II avait commencé comme une force puissante dressée contre le racisme. Mais que s´est-il passé ? En raison de la pression des Etats-Unis et d´Israël, la conférence a été déviée. Nous pouvons observer que le « communiqué » final de cette conférence n´est qu´une version édulcorée, et même « édentée » du « communiqué » initial, et qu´il ne cite aucun Etat coupable en particulier.
Personnellement, j´escomptais que cette conférence adopterait une position forte de condamnation de l´agression israélienne contre Gaza, qu´elle condamnerait le racisme israélien, l´apartheid israélien. Mais que s´est-il produit ? A cause des pressions des Etats-Unis, d´Israël et des pays européens visant à imposer un boycott de la conférence, le « communiqué » final s´est avéré totalement creux et extrêmement vague.
J´ai par ailleurs été choqué de voir la délégation palestinienne céder aux pressions, quand les délégations arabes ont obtempéré, acceptant de ne faire aucune référence à Israël, et en particulier à Israël en sa qualité de pays raciste.
Aussi suis-je réellement déçu, et je reconnais que je suis réellement reconnaissant envers Ahmadinejad, car il a rappelé à tout le monde les véritables problèmes, et spécialement le racisme israélien. Ainsi, en l´absence d´Ahmadinejad, Israël n´aurait même pas été mentionné, et il n´aurait pas été accusé de perpétrer des atrocités contre les Palestiniens.
Il y a un autre point, que je voudrais mentionner : j´ai été déçu de voir les Arabes, et en particulier les Palestiniens, faire toutes ces concessions, omettre toute référence à Israël dans le « communiqué » final, sans avoir strictement rien gagné [en échange], sans même avoir obtenu que les Etats-Unis et Israël daignent participer à la conférence. Ils avaient pourtant consenti à ces concessions à seule fin de persuader les Etats-Unis et Israël d´être présents, en vain..
Pour quelle raison, en réalité ? Je pense qu´au contraire, dès lors qu´ils avaient réalisé que les Américains n´assisteraient pas, que les Israéliens ne viendraient pas, que les Canadiens ne viendraient pas, ils auraient dû insister sur le fait que le communiqué final aurait dû comporter une condamnation énergique du racisme israélien à l´encontre des Palestiniens.

Silvia Cattori
: Ainsi, vous n´êtes pas d´accord avec ceux des Palestiniens qui estiment que le président Ahmadinejad a été battu aux points par Israël ?

Abdel Bari Atwan
: Non. Je ne suis pas d´accord avec ces Palestiniens-là, les ainsi dits « Palestiniens modérés ». Qu´a fait Ahmadinejad ? Il a rappelé à tout un chacun le racisme d´Israël.
Je pense, personnellement, que le Président palestinien Mahmoud Abbas aurait dû être là, et dire ce qu´Ahmadinejad a dit. Et même en des termes encore plus forts, parce qu´il sait, lui, ce que les Israéliens sont en train de faire, en construisant leurs colonies, leur mur d´apartheid, et qu´ils ont perpétré des massacres à Gaza. Il aurait même dû, en réalité, dénoncer le fait que les Palestiniens ont fait toutes ces concessions, alors qu´ils n´ont rien reçu d´autre, en échange, que davantage de colonies, davantage de check-points militaires, encore plus d´humiliations.
Je pense qu´Ahmadinejad a eu un succès extraordinaire. Il a dit tout haut ce que pensent nombre de Palestiniens, d´Africains, d´Arabes, de musulmans et d´Européens.

Silvia Cattori
: Tout analyste honnête ayant effectivement lu l´allocution de M. Ahmadinejad ne saurait considérer celle-ci comme « violente », « antisémite » ou quoi que ce soit de ce genre. Mais il s´avère, au contraire, que les Etats et les médias occidentaux ont réussi, une fois de plus, à travers leur propagande de dénigrement du Président iranien, à isoler l´Iran, tout en faisant un cadeau à Israël ?

Abdel Bari Atwan
: Voyez-vous, ce qu´Ahmadinejad a déclaré était extrêmement factuel. Il a dit clairement qu´Israël a été créé sur le dos du peuple palestinien. C´est une donnée de fait. Tout ce qu´il a dit, ce sont des réalités factuelles. Il nous a rappelé ce qui s´est passé, non pas deux millénaires en arrière, mais seulement soixante ans. Et je suis une des victimes de ce genre d´énorme erreur historique.
Ainsi, de fait, si les Européens qui se sont retirés de la conférence ont boycotté le discours de M. Ahmadinejad, c´est parce qu´ils avaient honte ; parce que M. Ahmadinejad leur a remis en mémoire leurs crimes contre l´humanité, leurs crimes contre les Palestiniens. C´est pour cela, qu´ils sont partis..
Les juifs n´ont pas été persécutés par nous, les Palestiniens et les Arabes. Ce sont des Européens qui les ont massacrés, notamment en les gazant. Ainsi, M. Ahmadinejad leur a remis en mémoire leur culpabilité : c´est pour ça, qu´ils sont partis.
Il y a un autre point que je voudrais soulever ici : les Européens nous ont chapitré, depuis soixante ans, parce que nous boycottons les Israéliens, parce que nous refusions de nous asseoir avec eux : « Vous n´êtes pas civilisés, vous êtes dans votre tort : vous devriez vous asseoir avec les Israéliens, mettre votre cause sur la table, discuter avec eux. En les boycottant, vous êtes les perdants ! » Ils ne cessaient de nous bassiner avec ça. Aujourd´hui, en revanche, ils prêchent quelque chose de complètement différent.
Aussi ai-je été choqué, parce qu´ils prêchaient une chose, et faisaient autre chose ; ils nous disaient de faire telle chose, et ils sont en train de faire quelque chose de totalement différent. Le troisième point qui m´a réellement mis en colère, dans leur décision de se retirer de la conférence, est que, quand, nous, nous protestions contre des caricatures extrêmement offensantes pour le Prophète Mahomet, ils nous disaient : « Pourquoi faites-vous ça ? C´est la liberté d´expression : tout le monde a le droit d´exprimer son point de vue. Vous ne devriez pas protester de la sorte. »
Et aujourd´hui, c´est aussi la liberté d´expression ! Voici un homme qui exprime son point de vue ; il retrace l´histoire. Il n´est pas en train de nier l´Holocauste, en aucune manière ; il n´a pas, par exemple, nié que les juifs aient été persécutés. Non : il s´est contenté de rappeler des faits historiques. Alors, pourquoi cela n´est-il pas considéré comme relevant de la liberté d´expression ?

Silvia Cattori
: Avez-vous été choqué de voir la délégation française donner le signal du départ de la salle aux délégations d´autres pays européens ?

Abdel Bari Atwan
: Bien entendu, cela m´a énormément choqué. De fait, j´étais désappointé. Je pense que c´est là une preuve d´hypocrisie. L´Occident est hypocrite. Les Occidentaux disent des choses dont ils ne croient pas un traître mot. Aussi ne suis-je plus enclin à accepter un quelconque laïus occidental sur la démocratie ou les droits de l´homme, le respect de la religion, ou la liberté d´expression. Ces gens vendent des pommes gâtées : je n´ai nulle envie d´en acheter.
J´ai envie de leur demander : « Pourquoi vous retirez-vous ainsi ? » Laisser cet homme parler et puis répondez-lui ! S´il a dit quelque chose d´erroné, corrigez-le, mais restez !
Ahmadinejad a dit que le peuple palestinien a été carrément chassé de son pays : c´est le cas. Il a dit qu´Israël a été créé au détriment des Palestiniens : c´est le cas. Il a dit que ce sont les Européens qui ont persécuté les juifs : exact ! Alors, qu´y a-t-il à redire, à cela ? Mais parce qu´ils sont à court d´arguments, parce qu´ils sont incapables d´amener des faits qui démentissent ces réalités, ils sont partis. Parce que ce sont des lâches, tout simplement.

Silvia Cattori
: Ceux qui ont travaillé dur afin de saboter cette conférence ont donc réussi ?

Abdel Bari Atwan : La conférence a été sabotée par les Etats-Unis, par
la France , par Israël, par des Etats européens, et ils s´étaient mis d´accord à cette fin ; c´est ce qui a fait que vingt-trois pays se sont, de fait, retirés de la conférence. Quand ils ont quitté la salle au beau milieu du discours d´Ahmadinejad, c´était quelque chose d´orchestré, c´était une action préméditée.
Pour
la France
et consorts, c´est la honte !

Silvia Cattori : Il est évident désormais que les organisations juives avaient commencé depuis bien longtemps à prôner un boycott de Durban II. Ainsi, par exemple, le président français (désolée : le président de la France
), Nicolas Sarkozy, a nommé un pro-israélien notoire, François Zimeray, au poste d´ambassadeur chargé des « droits de l´homme ». Soutenu par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, il s´est montré beaucoup plus soucieux de la protection des intérêts israéliens que de justice pour les victimes d´Israël. A votre avis, cette diplomatie brutale et biaisée de la vieille école peut-elle être efficiente ?

Abdel Bari Atwan
: Non. Plus maintenant. Ils se font des illusions. Ils ont peut-être, cette fois-ci, réussi à berner les Palestiniens, les Arabes, les musulmans. Mais ils ne réussiront jamais à atteindre leurs objectifs, parce qu´en fin de compte, Israël a été démasqué.
Ahmadinejad a réussi à faire ce que le communiqué final a été incapable de faire. Il a réussi à contourner la manipulation ; il a généré un intérêt médiatique énorme. Et grâce à ça, les gens, dans le monde entier, savent que les représentants français, les pays occidentaux voulaient modifier le cours de l´histoire. Et aujourd´hui, les médias occidentaux n´ont plus la prépondérance : aujourd´hui, nous avons Al-Jazeerah en arabe, nous avons Al-Jazerah en anglais, nous avons Internet, et nous avons des blogs. Ici, les gens vont se réveiller. Nous voyons d´ailleurs à un tas de signes que les Européens ne gobent plus cette propagande de caniveau. Un tas de changements sont en train de se produire. Ahmadinejad était sans doute haï par ces gouvernements-là. Mais au Moyen-Orient, dans le monde musulman, on voit désormais en lui un héros.

Silvia Cattori :
Il n´a donc pas fait d´erreur ?

Abdel Bari Atwan
: Non. Aucune. L´homme s´est montré très retenu ; il a énoncé des faits, uniquement des faits. Il n´a eu recours à aucun effet de manche. Il n´a rien dit de strictement nouveau ; il a dit ce que l´Onu a dit quand il a considéré que le sionisme est un mouvement raciste (en 1975). Quand l´Onu était encore l´Onu, quand les Arabes étaient encore des Arabes, les Nations unies considérèrent qu´Israël était un Etat sioniste, un Etat raciste. Aujourd´hui, du simple fait que l´Onu n´est qu´un des services parmi d´autres de l´administration américaine, elle n´est pas indépendante. Ils ont omis cette référence au sionisme en tant que mouvement raciste, mais cela ne pourra pas durer éternellement.
L´année dernière, le président de l´Assemblée générale de l´Onu a dit qu´Israël est un Etat raciste. Il a dit que le sionisme est un mouvement raciste. Alors, pourquoi la conférence de Durban II ne l´a-t-il pas dit ? Pourquoi l´Assemblée générale de l´Onu l´a dit, alors que Durban ne peut pas le dire ? Je pense que c´est du sabotage, c´est une distorsion de l´histoire, et je pense qu´en réalité, Israël a été mis à nu, en dépit de la protection que lui apportent certains pays occidentaux.

Silvia Cattori : Des organisations juives étaient présentes, en grand nombre, à Genève. Leurs militants ont fait beaucoup de chahut ; leurs accusations d´ « antisémitisme » et de « négationnisme » ont été largement reprises par les médias. Le Président de la Confédération
helvétique, M. Hans-Rudolf Merz, avait eu une attitude très correcte et respectueuse durant la visite du président iranien. Mais la propagande sioniste a poussé notre ministre des Affaires étrangère, Mme Micheline Calmy-Rey, à changer d´avis ; elle a, en définitive, condamné en des termes très durs la déclaration de M. Ahmadinejad. N´est-ce pas là le signe que le lobby pro-israélien a réussi dans ses tentatives d´effrayer les personnalités politiques ?

Abdel Bari Atwan : Les médias ont terrorisés les personnalités politiques dans ce pays, la Suisse
, et ils les ont terrorisés dans les pays d´Europe ; cela tient au fait que la plupart des médias sont contrôlés par le lobby israélien. Et c´est d´ailleurs le problème. C´est vrai, les médias sont coupables, mais je pense que cela ne sera pas éternellement le cas.. Ce chantage exercé sur les médias par les lobbies sionistes se sont avérés contreproductifs, en ce qui concerne l´Occident, parce que ces médias ont trompé la population.
Le système capitaliste est en train de s´effondrer ; pourquoi sommes-nous dans la panade, financièrement ?

Tout simplement à cause de la guerre en Irak, à cause de la guerre en Afghanistan, à cause du soutien apporté aux agressions israéliennes au Liban et dans la bande de Gaza. L´Occident doit se réveiller et dire aux Israéliens : ça suffit ! Vous ne pouvez pas continuer, ainsi, à nous bousiller la vie. Israël est un fardeau moral et sécuritaire pour l´Occident, qui devrait s´en débarrasser au plus vite ; sinon, l´Occident devra acquitter un prix encre plus élevé, à l´avenir.


Silvia Cattori : Cela signifie-t-il que l´Etat israélien peut poursuivre son épuration ethnique et ses massacres de Palestiniens ?

Abdel Bari Atwan
: Cela leur donne assurément un feu vert. En protégeant Israël contre toute condamnation, en occultant la responsabilité et les atrocités d´Israël, ses crimes, ses massacres contre les Palestiniens. Cela aura des conséquences désastreuses pour l´Occident, et cela encouragera Israël à commettre encore plus de massacres. Mais Israël est rattrapé par le temps ; il en va de même en ce qui concerne l´Occident.
Is faut, comme l´on dit, qu´ils se réveillent, parce que le monde change, parce que le Moyen-Orient est en train de changer. Ils n´ont plus l´argent qu´ils avaient l´habitude d´avoir, il y a peu. Ils n´ont plus la foi qu´ils avaient naguère. Aujourd´hui, Israël et l´Occident ont besoin des Arabes, ils ont besoin des musulmans ; ils ont été vaincus en Iraq, et ils vont l´être en Afghanistan, et ils vont être battus en Palestine.
Le Président Bush a dit : « Mission accomplie ! », à propos de l´Irak...
Et, aujourd´hui, que voit-on ? Obama cherche à se retirer aussi rapidement que possible afin de limiter les pertes. Bush avait clamé qu´il avait réussi à faire le boulot, en Afghanistan. Or, aujourd´hui, les Taliban contrôlent plus des neuf dixièmes de l´Afghanistan et ils sont en train de se chercher une voie leur permettant de sortir de Kaboul. De plus, aujourd´hui, ils n´ont plus d´argent, ils sont confrontés à des problèmes d´immigration à partir de l´Afrique, et leur système bancaire est en train de s´effondrer.
Il faut qu´ils se réveillent, et la plupart de leurs problèmes proviennent de ces gouvernements qui sont contrôlés par les lobbies israéliens. Aussi doivent-ils ouvrir les yeux et dire aux dits lobbies : « Vous êtes en train de nous détruire, vous êtes en train de saper nos intérêts, et vous êtes en train de détruire Israël tel qu´il existe. Vous devez changer. Aussi, j´espère que ce message passera.
A Durban II, Israël n´a pas gagné. Il est inexact de dire, par ailleurs, qu´il aurait réussi à faire retomber la responsabilité de la désorganisation sur Ahmadinejad. Il y a quelqu´un, qui est en train de planquer la poussière sous le tapis. Ils s´acharnent à ne vouloir voir que leur propre visage dans le miroir. Ils croient à leurs propres bobards. Ils sont incapables de voir que le monde a fait preuve de beaucoup de sympathie à l´égard d´Ahmadinejad. Celui-ci a dit ce que beaucoup de gens auraient dû dire, lors de cette conférence.
Les médias sont en train d´y laisser des plumes. Ils ne sont plus aussi efficaces que par le passé. Ils n´ont plus leur contrôle habituel. CNN n´est plus l´unique chaîne de télévision d´ampleur planétaire. Reuters n´est plus la seule agence d´information dans le monde. Aujourd´hui, il y a d´autres sources médiatiques. Aujourd´hui, les médias se battent pour leur survie. Le rôle que les médias ont joué au service des intérêts sionistes n´est plus aussi efficace que par le passé. Il est peut-être encore important, mais moins qu´avant ; et il est en train de perdre petit à petit de son influence. L´Occident, lui aussi, est en train de perdre de son influence, graduellement, parce que, comme je l´ai dit, il y a des pouvoirs en train d´émerger, aujourd´hui.
La Russie est de retour, l´Inde, le Brésil et la Chine sont en train d´émerger. Les Etats-Unis n´ont plus le contrôle total qui était le leur
hier. Aussi tout cela va-t-il avoir des effets dévastateurs pour Israël et pour le racisme, à l´avenir.
Silvia Cattori : Dans son intervention, l´ambassadeur de Chine a critiqué ceux qui refusent de reconnaître leur responsabilité, ainsi que les « médias qui diffament les religions et les ethnies ». Les hommes politiques européens ne feraient-ils pas mieux de prendre en compte le fait que la Chine - et la Russie
- pourraient être d´excellents partenaires, dans la création d´un monde multilatéral ?
Abdel Bari Atwan
: Les Chinois y voient clair. Ils ne veulent pas d´affrontement avec les Américains ; ils ne veulent pas non plus d´affrontement avec les Israéliens, tant qu´ils n´auront pas consolidé leur propre puissance. Ils sont en train de bâtir leur économie, leur puissance militaire, leur place dans le monde et sur la scène internationale ; aussi veulent-ils éviter tout affrontement actuellement.
Et ils savent que les Etats-Unis sont en train de perdre leur puissance, progressivement. Aussi sont-ils en train d´attendre que le fruit pourri américain tombe dans leur giron. S´ils recourent au langage diplomatique, aujourd´hui, c´est tout simplement parce qu´il n´est pas dans leur intérêt d´avoir une confrontation avec les Etats-Unis.
Abdel Bari Atwan

Source : Al-Ahram Hebdo
http://hebdo.ahram.org.eg/..

Traduit de l´anglais par Marcel Charbonnier..

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Al-Ahram.090909.htm


1-7 Neve Gordon : Désobéissance civile des Palestiniens.

En 1846, Henry David Thoreau passait une nuit en prison parce qu’il avait refusé de payer ses impôts. C’était sa façon de protester contre la guerre de conquête qui était menée au Mexique ainsi que contre l’esclavagisme.

Quelques années plus tard, il publiait un essai intitulé : "Désobéissance civile", qui a, depuis, été lu par des millions de personnes, parmi lesquelles des Palestiniens et des Israéliens.

Kobi Snitz a lu le livre. C’est un anarchiste israélien http://www.awalls.org/ qui purge actuellement une peine de prison de 20 jours pour avoir refusé de payer une amende de 2000 shekels.

Snitz, 38 ans, a été arrêté en 2004 avec d’autres militants dans le petit village palestinien de Kharbatha alors qu’il tentait d’empêcher la démolition de la maison d’un membre important du comité du peuple local. Cette démolition, apparemment, avait été décidée à la fois pour intimider et pour punir le dirigeant local qui avait, juste une ou deux semaines auparavant, organisé des manifestations contre le mur d’annexion. Les manifestations et la tentative d’empêcher la démolition de la maison étaient toutes deux des actes de désobéissance civile.

Dans une lettre adressée à un ami la veille de son incarcération, Snitz écrivait : "Moi et ceux qui ont été arrêtés avec moi ne sommes coupables de rien d’autre que de nous opposer aux véritables crimes que commet cet état". Snitz explique également que payer l’amende, c’est reconnaître sa culpabilité, ce qu’il trouve dégradant. Il conclut sa lettre en affirmant que sa punition n’est rien à côté des sanctions infligées aux adolescents palestiniens qui luttent contre l’occupation.

Ces jeunes gens âgés de 13, 14, 15 ou 16 ans, dit-il, sont souvent gardés en détention pendant une vingtaine de jours avant même que les procédures légales ne soient entamées.

Et Snitz n’exagère pas.

Dans un rapport récent, l’organisation humanitaire palestinienne contre le mur Stop the Wall ! et Addameer (pour mettre fin à la Détention Administrative, NDT) évoquent les formes de répression qu’utilise Israël contre les villages qui sont entrés en résistance contre l’annexion de leurs terres. Les deux associations montrent qu’une fois qu’un village décide de lutter contre le mur d’annexion, tous les villageois sont punis. Outre la démolition de maisons, les couvre-feux et d’autres dispositions visant à restreindre les mouvements, l’armée israélienne emploie constamment la violence contre les contestataires – violence destinée la plupart du temps aux jeunes – en les battant, leur lançant des grenades de gaz lacrymogènes et utilisant également des armes létales et non létales.

Depuis 2004, 19 personnes, dont environ la moitié étaient des enfants, ont été tuées au cours de manifestations contre le mur d’annexion. Ces associations humanitaires rapportent que dans quatre villages palestiniens - Bil’in, Ni’ lin, Ma’sara et Jayyous — 1566 Palestiniens ont été blessés au cours de manifestations contre le mur. Dans quatre villages seulement, 176 Palestiniens ont été arrêtés pour avoir manifesté contre le mur d’annexion, les enfants et les adolescents ayant été plus particulièrement visés lors de ces campagnes d’arrestations. Le bilan des blessés et de ceux qui ont été arrêtés est sans aucun doute bien plus lourd dans la mesure où il s’agit là de chiffres ne concernant que quelques villages.

Chaque cas a un nom et une histoire. Ainsi, par exemple, l’arrestation de Mohammed Amar Hussan Nofal, 16 ans, qui a été incarcéré avec 65 autres personnes de son village, Jayyous, le 18 février 2009. D’après son témoignage, il a d’abord subi deux heures et demie d’interrogatoire dans l’école de son village.

"Ils m’ont demandé si j’avais participé aux manifestations, mais j’ai tenté de le nier. Alors, ils m’ont demandé pourquoi j’avais lancé un cocktail Molotov sur eux. Je leur ai dit que ce n’était pas vrai, ce qui est exact. Mes parents étaient sur place et ont vu ce qui s’est passé. Ils peuvent le confirmer, je n’ai jamais lancé de cocktail Molotov.

Après avoir été battu pour avoir refusé de se faire prendre en photo avec un document comportant des chiffres et un texte en hébreu, Nofal était envoyé à Kedumim où il était encore interrogé pendant plusieurs heures.

Au cours de l’interrogatoire, le capitaine Faisal (le pseudonyme d’un agent des services secrets) a cherché à le recruter comme collaborateur.

"Le capitaine a menacé d’arrêter mes parents et toute ma famille si je ne collaborais pas avec eux. J’ai répondu qu’ils pouvaient arrêter ma famille quand ils voulaient, mais que ce serait pire si je devenais leur collaborateur. Il a alors répondu qu’ils pourraient confisquer à ma famille les laissez-passer qui leur permettaient d’aller ramasser les olives".

Le seul crime qu’ait commis Nofal a été de protester contre l’expropriation de ses terres ancestrales. Il a passé trois mois en prison, au cours desquels l’administration civile avait décidé de punir également sa famille en refusant de renouveler leur autorisation de travailler en Israël. Comparée à ce que subissent Nofal et des milliers d’autres Palestiniens, la peine de Kobi Snitz est, certes, légère. Mais son geste a valeur de symbole, non pas seulement à cause de sa solidarité avec ses camarades Palestiniens mais aussi parce que, comme des milliers de Palestiniens, il a choisi de suivre l’exemple d’Henry David Thoreau et de commettre des actes de désobéissance civile pour marquer son opposition à la politique immorale d’Israël et à l’oppression de tout un peuple.

Le problème, c’est que le monde extérieur n’est pas au courant de ces actes de résistance. Si on cherche sur Google : "Palestinian violence", on a 86.000 résultats, alors qu’il n’y en a que 47 pour les mots-clés : “Palestinian civil disobedience”– même si cela fait maintenant plusieurs années que les Palestiniens se livrent tous les jours à des actes de désobéissance civile contre l’occupation israélienne.

Thoreau, aurait, je pense, été fier de Nofal, Snitz et de leurs camarades de lutte. Il est capital que les médias et la communauté internationale reconnaissent également leur héroïsme.

Neve Gordon

28 septembre 2009

Neve Gordon enseigne les sciences politiques à l’université Ben Gourion en Israël. Il a écrit : "Israel’s Occupation" http://www.amazon.com/gp/product/05...

Traduction : des bassines et du zèle http://blog.emceebeulogue.fr/ pour le Grand Soir

D’autres articles de Gordon sur le site de Dissident Voice :
http://dissidentvoice.org/author/NeveGordon/

Voir son site, également :
http://www.israelsoccupation.info/

Article original : "On Palestinian Civil Disobedience", paru dans Dissident Voice
http://dissidentvoice.org/2009/09/on-palestinian-civil-disobedience/ ,

URL de cet article : http://site10857.mutu.sivit.org/Desobeissance-civile-des-Palestiniens.html



2 Annexe

2-1 Philippe Lewandowski : Palestine : sur l’absence (voulue) d’interlocuteurs.

Les Juifs forment-ils un peuple ?

 À cette question ancienne, Shlomo Sand, historien israélien, répond que, contrairement à l’idée reçue, la dispora ne naquit pas de l’expulsion (mythique) des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. [1]

Voilà qui ébranle un des fondements de la pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs soient les descendants du royaume de David, et non les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars.

Mais politiquement, pourquoi ne pas focaliser notre attention sur les dirigeants sionistes de l’État d’Israël, et ne pas voir en eux les descendants lointains des anciens Grecs de Sicile ? À l’appui de cette assertion, rappelons une anecdote sur la vie de Denis, tyran de Syracuse, auquel on demandait conseil sur la meilleure façon de régner sans partage.

Pour toute réponse, il coupa la tête d’un épi plus haut que les autres dans le champ où il se trouvait en compagnie de son visiteur : il fallait que rien ne dépasse.

Quittons la métaphore, et comprenons là comme l’élimination préventive de toute direction politique potentielle des adversaires du pouvoir en place.

Assassinats ciblés

Les dirigeants israéliens excellent dans cet exercice dont ils ont fait une politique systématique, directement ou par forces interposées, quelle que soit la couleur politique de la menace pressentie. Dans leur vocabulaire, ils appellent cela des « assassinats ciblés ». Leur liste serait longue à établir, mais quelques rappels permettent de prendre la mesure de l’ampleur de l’entreprise ainsi que de ses conséquences. Continuité : Dans une interview à la BBC réalisée en 1993, Aharon Yariv, ancien chef des renseignements militaires israéliens, a ainsi déclaré « qu’il avait reçu des ordres directs du premier ministre de l’époque, Golda Meir (1969-74), pour assassiner des chefs de la résistance palestinienne partout où ils se trouvaient » [2]. Tous les mouvements de résistance, qu’ils soient laïques ou religieux, ont ainsi payé (et continuent de payer) un lourd tribu aux colonisateurs : Ghassan Kanafani, Abu Ali Mustafa (FPLP), Mohamed Bodia, Thabet Thabet (Fatah), Mahmoud Al-Hamshari, Abu Hassan Salama (Force 17), Fathi Al-Sheqaqi (Jihad islamique), Salah Shehada, Ismail Abu Shanab (Hamas), parmi tant d’autres.

Tous les moyens possibles sont utilisés : commandos, téléphones ou véhicules piégés, missiles ; et tant pis pour les femmes et enfants qui ont le malheur de se trouver près de la victime visée au moment de la frappe. Les assassinats dits ciblés font bel et bien partie de la grammaire guerrière israélienne.

Isolement et emprisonnements

Le long confinement de Yasser Arafat (de décembre 2001 à octobre 2004) à Ramallah est encore dans toutes les mémoires. Cet emprisonnement aussi symbolique que réel ne saurait être l’arbre qui cache la forêt : des milliers d’emprisonnements bien réels, consistant en grande partie en otages (au sens propre du terme, à différencier donc de prisonniers de guerre) civils, mais aussi en dirigeants politiques, à la fois connus et reconnus. Et s’il faut rappeler l’arrestation et la détention sans jugement des 45 députés régulièrement élus du Hamas, les laïques ne sont pas épargnés, comme, pour n’en citer que deux, Marwan Barghouti (Fatah) ou Ahmed Saadat (FPLP). Comme par hasard, il s’agit de dirigeants de poids, voire, en ce qui concerne Barghouti, du représentant d’une possible alternative à un Mahmoud Abbas bien discrédité.

Régulièrement décapitées, les organisations palestiniennes en sont donc réduites à voir se succéder de nouveaux dirigeants, forcément moins expérimentés, et sans doute plus enclins à céder aux provocations.

Comment ne pas voir là le résultat d’une politique délibérée, celle-là même qui permet ensuite au gouvernement israélien de prétexter l’absence de tout interlocuteur pour éviter ou repousser sine die toute négociation sérieuse ?

Après Gaza

Si l’objectif des dirigeants israéliens avait été la destruction du Hamas, ils auraient publiquement reconnu leur échec en entamant des négociations – fussent-elles indirectes, comme c’est effectivement le cas – avec ses représentants. Mais tel ne devait pas être le fond de leurs intentions, qui demeure inchangé : refuser toute vraie négociation et poursuivre la colonisation, en provoquant puis en attisant la division des Palestiniens.

Ils oublient qu’il leur est impossible d’éradiquer tout un peuple ; même en poursuivant à outrance une politique d’élimination de toute élite palestinienne, fût-elle potentielle : restriction des possibilités d’études pour les étudiants, prises pour cibles, comme lors de l’agression de Gaza, d’écoles dans lesquelles se sont réfugiés des enfants, élites de demain.

Ils sont tellement imbus de leur supériorité militaire qu’ils ne se sont même pas rendus compte qu’ils détruisaient psychologiquement leur propre société en tant que corps susceptible de s’intégrer dans un Proche-Orient en paix. Après l’assassinat de Rabin, après la défaite d’une gauche qui s’est suicidée à force de mener une politique de droite (notamment sur la question de la colonisation), que peuvent-ils encore répondre à ceux qui disent à Israël : « Nous n’avons plus de partenaire  ! » [3]

La dernière étude de la CIA prévoit que sous sa forme actuelle, l’existence de l’État d’Israël pourrait ne pas excéder les vingt prochaines années : Le rapport prédit “un mouvement inexorable d’une solution de Deux à Un État, comme modèle le plus viable fondé sur des principes démocratiques de pleine égalité qui éliminerait le spectre menaçant de l’apartheid colonial et permettrait le retour des réfugiés de 1947/1948 et de 1967.

 Ce modèle est la condition préalable à la paix dans la région.” [4]

Les Grecs de Sicile se sont finalement intégrés à Rome.

Philippe Lewandowski

18 avril

Notes

[1] Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé.- Paris : Fayard, 2008.

[2] Yasser Al Banna : Un demi-siècle d’assassinats israéliens, article du 22/08/2003.- site de l’International Solidarity Movement. org/news/, consulté le 11 février 2009.

[3] Leila Shahid : Nous n’avons plus de partenaire, Info-Palestine consulté le 22/02/2009.

[4] Cité par Franklin Lamb : La peur de la solution à un État : Pérès sert ses arguments bidon à Washington, site de l’ISM, consulté le 22/02/2009.

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