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13/10/2009

n° 47 - OTAN - Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion - 10-10 – (Suite) - : La « responsabilité de protéger » : une façade légale pour légitimer l´ingérence ?

n° 47 - OTAN -  Analyse -  Géopolitique et stratégie - Réflexion - 10-10 (Suite) -  : La « responsabilité de protéger » : une façade légale pour légitimer l´ingérence ?




Guerres de l'Otan.

n° 47- 15-04

C.De Broeder & M.Lemaire


Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part :

CSO : Dix ans, ça suffit ?

Georges Spriet : La stratégie militaire de l’OTAN.

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion (Suite)

1-4 L'OTAN tombe les masques.

1-5 Rick Rozoff : L'Iran fait face à la menace grandissante des États-Unis et de l'Otan. +  menace d’une autre conflit entre les États-Unis, la Géorgie, (État client de l’OTAN), et la Russie.

1-6 La France, l’OTAN et l’Occident.

 



1-4 L'OTAN tombe les masques.

Fondée en 1949 pour rassembler l'Amérique du Nord etl'Europe de l'Ouest face au bloc soviétique, l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) doit trouver

une nouvelle légitimité, dès 1989, à la chute du bloc soviétique.

L'ennemi est trouvé, bien avant le 11 septembre2001 : c'est déjà le terrorisme arabo-musulman ! L'Otan est donc le bras armé des intérêts américains partout

dans le monde et ne se contente pas de défendre ses territoires.

Afin de restructurer l'OTAN, le couple franco-allemand rappelle que pour l'Europe «... la politique de sécurité doit être définie de manière plus large. Outre les questions

proprement militaires, elle doit prendre en compte la situation financière internationale, les approvisionnements énergétiques ou les questions migratoires ». (1)

L'armée est donc appelée à sauver les banquiers, repousser les immigrés et contrôler les ressources énergétiques!

L'OTAN devient une police mondiale, au service du capitalisme occidental, menacé par le retour en force de la Russie et l'éveil chinois.

Les affrontements

L'affrontementGeorgien de l'été 2008 et la crise gazière ukrainienne de janvier 2009 démontrent bien que la Russie ne supportera plus le grignotage de l'OTAN dans ses zones d'influences : intervention au Kosovo en 2004, « révolution» orange en Ukraine en 2004, etc.

http://mapage.noos.fr/alalsace/TractAlsace13fev-09.pdf 


1-5 Rick Rozoff : L'Iran fait face à la menace grandissante des États-Unis et de l'Otan. +  menace d’une autre conflit entre les États-Unis, la Géorgie, (État client de l’OTAN), et la Russie.

Alors que Washington annonce, en paroles et en gestes, qu’il planifie d’éventuelles frappes militaires contre l’Iran, la tension monte sur la mer Noire avec la menace d’un autre conflit entre les États-Unis, la Géorgie, État client de l’OTAN, et la Russie.

Le 9 septembre on pouvait lire dans le New York Times qu’« un an à peine après qu’ils sont allés en guerre, la tension croissante entre la Russie et la Géorgie concernant des droits de visite dans une région séparatiste de la Géorgie a créé un nouveau théâtre potentiel pour un conflit [1] ».

L’article faisait référence à la récente saisie de plusieurs navires par la Géorgie au large des côtes abkhazes de la mer Noire, apparemment 23 au total cette année. 

Le président de l’Abkhazie Sergei Bagapsh a ordonné à la marine de son pays de confronter et, si cela s’avère nécessaire, de couler les navires de la marine et de la garde côtière de la Géorgie en réaction à la saisie forcée de navires civils en eaux neutres par cette dernière, en appelant ces actions par leur nom – piraterie. La marine et la garde côtière géorgiennes sont entraînées par les États-Unis et l’OTAN.

Le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a souligné les dangers inhérents aux récentes provocations de la Géorgie en prévenant « [q]u’elles risquent d’aggraver la situation militaire et politique dans la région et pourraient résulter en de sérieux incidents armés [2]. »

Le 15 septembre la Russie annonçait que ses gardes frontaliers détiendront tous les navires violant les frontières maritimes de l’Abkhazie […] [3] »

La Russie aurait non seulement le droit, mais serait dans l’obligation de fournir une telle aide à l’Abkhazie voisine puisque « [s]elon les traités d’assistance mutuelle signés en novembre dernier, la Russie s’est engagée aider l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud à protéger leurs frontières et les signataires se sont accordé le droit d’établir des bases militaires sur leurs territoires respectifs [4] ».

En tentant d’exécuter un blocus maritime contre l’Abkhazie, l’actuel régime géorgien de Mikheil Saakashvili est tout à fait conscient que la Russie est tenue de réagir en raison du traité et de ses intérêts nationaux – la Cour pénale internationale prévoit inclure cette année les blocus des ports et des côtes dans sa liste d’actes de guerre [5]. Ayant subi une cuisante défaite lors de sa dernière escarmouche avec la Russie, la guerre de cinq jours en août l’an dernier, Tbilissi ne risquerait jamais de poser des gestes comme elle le fait actuellement sans le soutien des États-Unis et de l’OTAN.

Des jours après la fin de la guerre de 2008, l’ancien sénateur étatsunien et actuel vice-président Joseph Biden a pris un vol pour la capitale géorgienne afin de promettre 1 milliard de dollars d’aide au pays, faisant de la Géorgie le troisième plus important bénéficiaire de l’aide étrangère étatsunienne après l’Égypte et Israël.

Des navires de guerre des États-Unis et de l’OTAN ont afflué sur la mer Noire en août 2008 et des navires étatsuniens ont visité les villes portuaires géorgiennes de Batoumi et Poti pour livrer ce que Washington a décrit comme étant de l’aide civile. Des sources russes soupçonnaient toutefois que ces navires contenaient de l’équipement militaire destiné à remplacer celui perdu dans le conflit.

Moins d’un mois après la fin de la guerre, l’OTAN a envoyé une délégation en Géorgie pour « évaluer les dommages faits aux infrastructures militaires à la suite d’une guerre de cinq jours entre Moscou et Tbilissi […] [6] ».

Lors d’une rencontre en décembre, les ministres des affaires étrangères de l’OTAN ont convenu d’un Programme national annuel pour la Géorgie et au cours du même mois Washington a annoncé la création de la Charte de partenariat stratégique américano-géorgienne.

Cette semaine, une délégation d’importants experts de l’OTAN en défense et en logistique s’est rendue en Géorgie le 9 septembre « pour promouvoir le développement des Forces armées géorgiennes [7] ».

Le 14 septembre, des représentants officiels de haut rang du George C. Marshall European Center for Security Studies des États-Unis sont arrivés aux quartier général du ministère de la Défense géorgien « afin d’étudier des questions de coordination interdépartementale dans la gestion du secteur de la sécurité et de la révision de la sécurité nationale [8]. »

L’intégration militaire continue par le Pentagone et l’OTAN de la Géorgie et l’Azerbaïdjan voisin, qui a également une frontière avec l’Iran, est intégralement liée aux plans militaires d’ensemble en mer Noire et dans tout le Caucase et, de manière encore plus sinistre, aux projets conjoints de guerre contre l’Iran. Par ailleurs l’Université Georgetown de Washington sera l’hôte d’une conférence le 18 septembre sur le partenariat stratégique entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan : Les critères bilatéraux et régionaux.

Déjà en 2007, des reportages à ce sujet ont fait surface dans les réseaux d’information bulgare et roumain. Novinite (Sofia News Agency) rapportait que le Pentagone « pourrait utiliser ses deux bases aériennes en Bulgarie ainsi qu’une base aérienne sur la côte roumaine de la mer Noire pour lancer une attaque contre l’Iran […] [9].

Il s’agit des bases aériennes de Bezmer et de Graf Ignitievo en Bulgarie et de celle de Mihail Kogalniceanu près de la ville roumaine de Constanza sur le mer Noire.

Le Pentagone a en tout sept nouvelles bases en Bulgarie et en Roumanie, et en plus du stationnement d’avions de guerre, F-15, F-16 et A-10 Thunderbolts, il a de 3000 à 5000 troupes déployées dans les deux pays en tout temps. Washington a également établi les quartiers généraux permanents de sa Force opérationnelle interarmées Est (FOIE) à la base aérienne de Mihail Kogalniceanu en Roumanie.

Un site web du gouvernement étatsunien donne les détails suivants à propos de la Force opérationnelle interarmées Est :

« Toutes les opérations d’entraînement de l’Armée et des Forces aériennes des États-Unis en Roumanie et en Bulgarie seront sous le commandement de la FOIE, laquelle est commandée par le USEUCOM [Commandement des forces des États-Unis en Europe]. Située en Roumanie et en Bulgarie, la FOIE comprendra un petit quartier général permanent (en Roumanie) composé d’environ 100 à 300 employés qui superviseront les rotations des unités de l’Armée étatsunienne de la taille d’une brigade, ainsi que les déploiements de troupes dédiées au maniement d'armes des Forces armées étatsuniennes (Weapons Training Deployments, WTD). L’accès aux installations de formation aériennes et terrestres roumaines et bulgares donnera l’opportunité aux forces de la FOIE de s’entraîner et d’interagir avec les forces militaires à travers la zone entière de 92 pays sous la responsabilité de l’USEUCOM. Les Forces terrestres des États-Unis en Europe (USAREUR) et les Forces de l’armée de l’air des États-Unis en Europe (USAFE) sont impliquées activement dans l’établissement de la FOIE [10]. »

Les quatre bases militaires en Roumanie et les trois bases en Bulgarie auxquelles le Pentagone et l’OTAN ont obtenu un accès indéterminé depuis que les deux pays ont été incorporés à l’OTAN en 2004 permettent des opérations d’ensemble : des déploiements d’infanterie dans la zone et en direction des cibles afghane et irakienne, des pistes pour les bombardiers et les avions de combat à réaction, des convenances de carénage pour les navires de guerre des États-Unis et de l’OTAN incluant des croiseurs Aegis équipés de missiles intercepteurs, des terrains d’entraînement pour les forces spéciales occidentales et les forces armées étrangères s’intégrant à l’OTAN.

S’ajoutant aux bases et aux troupes fournies par la Turquie et la Géorgie – et dans le futur par l’Ukraine – les sites bulgares et roumains sont une composante intégrante des projets des États-Unis et de leurs alliés de transformer la mer Noire en territoire de l’OTAN. Seul le littoral russe ne serait pas contrôlé par l’Alliance, ainsi que celui de l’Abkhazie récemment indépendante, ce qui rend le contrôle de ce pays si essentiel.

La semaine dernière le ministre roumain de la Défense a annoncé l’intention de son pays d’acquérir entre 48 et 54 avions de combat à réaction de nouvelle génération – des F-16 et des F-35 étatsunien ont été mentionnés – dans le cadre d’« une nouvelle stratégie d’acquisition d’avions polyvalents, ce qui signifie d’abord l’achat d’avions pour procéder à la transition vers la cinquième génération d’équipement, dans les 10 à 12 prochaines années [11] ».

Avec le récent changement de gouvernement dans l’ancienne république soviétique de Moldavie, dans la foulée de la violente « révolution Twitter » en avril, le nouveau speaker parlementaire Mihai Ghimpu a parlé ouvertement de la fusion du pays avec la Roumanie voisine, c’est-à-dire de son absorption par cette dernière. La Transnistrie [République moldave de Transnistrie] s’est séparée de la Moldavie en 1990 justement en raison du danger d’être intégrée à la Roumanie. Des combats ont suivi, lesquels ont coûté la vie à quelque 1500 personnes.

La Roumanie est maintenant membre de l’OTAN. Si une guerre civile éclatait en Moldavie et/ou que le combat s’intensifiait entre la Moldavie et la Transnistrie, et que la Roumanie envoyait des troupes -- ce qui presque certain – l’OTAN peut invoquer la clause militaire de son Traité, l’Article 5, pour intervenir. La Transnistrie compte1200 Gardiens de la paix russes.

Le voisin de la Transnistrie à l’est est l’Ukraine, liée à la Moldavie par l’alliance GUAM concoctée par les États-Unis (Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan, Moldavie), laquelle collabore à l’exécution d’un blocus contre la Transnistrie. Le président ukrainien Viktor Yushchenko, dont la popularité est actuellement dans les monochiffres, est déterminé à entraîner son pays dans l’OTAN à l’encontre d’une opposition nationale massive et l’on peut compter sur lui pour attaquer la Transnistrie à l’est si un conflit éclatait.

Une source d’information moldave a cité la semaine dernière un leader de l’opposition émettant ce terrible avertissement :  « Les minorités ethniques de Moldavie sont formellement contre une union avec la Roumanie. 

Si nous, qui ne sommes pas d’ethnie moldave, devons défendre le statut d’État de la Moldavie, nous trouverons alors de puissants alliés en dehors de la Moldavie, incluant la Russie. Avec elle, l’Ukraine, la Turquie et la Bulgarie seraient impliquées dans cette bataille. L’année dernière nous avons tous été témoins de la façon dont la Russie a défendu les intérêts de ses ressortissants en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Pourquoi croirait-on qu’en cas de guerre civile en Moldavie, la Russie regarderait tout bonnement ses ressortissants mourir? Notre tâche est de prévenir de tels développements [12]. »

En effet, toutes les régions de la mer Noire et du Caucase pourraient s’enflammer si les mandataires occidentaux du GUAM lançaient une attaque sur n’importe quel des soi-disant pays des conflits gelés, soit la Géorgie sur l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, l’Azerbaïdjan sur le Nagorny-Karabagh et la Moldavie et l’Ukraine sur la Transnistrie. Il se pourrait que les quatre pays soient attaqués simultanément et à l’unisson.

Une attaque contre l’Iran, qui possède une frontière commune avec l’Azerbaïdjan et l’Arménie, offrirait cette opportunité. Cette dernière étant la protectrice du Nagorny-Karabagh deviendrait immédiatement belligérante si l’Azerbaïdjan entamait des hostilités militaires contre le Karabagh.

Le 15 septembre les reportages révélaient que le Bipartisan Policy Center à Washington, DC, fondé en 2007 par l’ancien leader de la majorité au Sénat Howard Baker, Tom Daschle, Bob Dole et George Mitchell, a publié un rapport indiquant en partie que « si des sanctions rigoureuses ne poussent pas la République islamique à démontrer de la sincérité dans les négociations et à abandonner ses activités d’enrichissement [d’uranium], la Maison-Blanche devra commencer à envisager sérieusement l’option d’une frappe militaire menée par les États-Unis contre les installations nucléaires iraniennes [13] ».

Les auteurs du rapport sont Charles Robb, ancien sénateur démocrate de Virginie, Daniel Coats, ancien sénateur républicain de l’Indiana et le général à la retraite Charles Wald, ancien commandant adjoint du Commandement des forces des États-Unis en Europe.

L’Iran aurait 60 jours pour essentiellement abandonner son programme électronucléaire civil. S’il ne capitule pas, l’administration Obama devrait « se préparer de façon manifeste à toute option militaire [incluant] le déploiement d’un groupe aéronaval additionnel au large des eaux iraniennes et à la conduite d’exercices conjoints avec les alliés des États-Unis [14] ». 

Le principal réacteur nucléaire iranien est en construction à Bushehr et serait une cible principale de toute attaque de missile ou de tout bombardement de la part des États-Unis et d’Israël. En 2006, 3700 experts et techniciens russes, et leurs familles, vivaient dans les environs de ces installations. 

Depuis les huit dernières années, on présume que les États-Unis lanceraient une attaque militaire contre l’Iran d’un porte-avion stationné dans le golfe Persique et qu’Israël le ferait à l’aide de bombardiers à longue portée en survolant l’Irak et la Turquie.

Durant cette période, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont également gagné l’accès aux bases aériennes en Irak, en Afghanistan et au Pakistan (au Baloutchistan, aux frontières de l’Iran) au Kirghizstan et au Tadjikistan, en plus des bases qu’ils possèdent déjà en Turquie.

Washington et Bruxelles ont aussi étendu leur présence militaire en Bulgarie, en Géorgie et en Roumanie sur la mer Noire, ainsi qu’en Azerbaïdjan sur la mer Caspienne, au long de la frontière nord-est de l’Iran.

Des plans d’agression militaire massive contre l’Iran pourraient alors comprendre des frappes aériennes et des frappes de missiles provenant d’endroits bien plus près du pays que ce que l’on soupçonnait auparavant.

La American Defense Security Cooperation Agency a annoncé la semaine dernières qu’elle prévoyait fournir à la Turquie, le seul pays membre de l’OTAN à avoir une frontière commune avec l’Iran, des missiles intercepteurs de théâtre, à savoir la version améliorée à plus grande portée des PAC-3 (Patriot Advance Capability-3), d’une valeur de près de 8 milliards de dollars. Le projet comprend la livraison de presque 300 missiles Patriot destinés à être déployés dans 12 postes de commande en Turquie.  

En juin, le gouvernement turc a confirmé que les avions AWACS (système aéroporté d'alerte et de contrôle) de l’OTAN seraient déployés dans la province turque de Konya.

 La dernière fois que des missiles Patriot et des AWACS ont été envoyés en Turquie, c’était à la fin de 2002 et au début de 2003, pour la préparation de l’invasion de l’Irak.

Le 15 septembre, le journal des Forces armées étatsuniennes, le Stars and Stripes, a fait paraître un article intitulé « Les forces étatsuniennes et israéliennes testeront la défense antimissiles pendant que l’Iran est dans la tourmente » (U.S., Israeli forces to test missile defense while Iran simmers). L’article comprenait ces détails sur les jeux de guerre biannuels Juniper Cobra :

« Quelque 1000 troupes du Commandement des forces des États-Unis en Europe seront bientôt déployées en Israël pour un exercice de défense antimissiles de grande échelle avec les forces israéliennes.

Cette année, Juniper Cobra se tient en même temps que des préoccupations constantes sur le programme nucléaire iranien, qui fera l’objet de discussions en octobre.

Les troupes étatsuniennes des quatre agences travailleront conjointement avec le même nombre de troupes des forces de la Défense israélienne et participeront à des jeux de guerre simulés par ordinateur […] Pendant l’exercice Juniper Cobra du mois prochain, diverses technologies de défense antimissiles et de défense aérienne seront testées, y compris la bande x contrôlée par les États-Unis [15]. »

Le même article nous informait que cet exercice était l’aboutissement d’une montée en puissance qui avait lieu depuis des mois.

  « En avril une centaine de troupes basées en Europe ont pris part à un exercice de défense antimissiles incorporant pour la première fois le système de radar étatsunien déployé au pays en octobre 2008. La bande x étatsunienne est destinée à donner à Israël une alerte rapide advenant un lancement de missile de l’Iran.

Depuis près d’un an, une alliance de troupes et d’entrepreneurs étatsuniens gèrent une opération quotidienne de la bande x sur la base aérienne de Nevatim dans le désert de Néguev [16]. »

La même publication révélait deux jours auparavant que le Pentagone a mené la semaine dernière en Allemagne un exercice de contre-insurrection à grande échelle avec la 173e brigade aéroportée et le 12e Combat Aviation Brigade, « le plus important exercice de la sorte jamais effectué par les militaires étatsuniens à l’extérieur des États-Unis […] [17] ». Les deux unités doivent être déployées respectivement en Afghanistan et en Irak, mais pourraient être déplacées en Iran, si cela s’avérait nécessaire. 

Le rôle que les États et clients de l’OTAN situés sur les côtes de la mer Noire pourraient jouer dans un assaut multinational et multi-vectoriel sur l’Iran a été démontré dans la foulée de la guerre russo-géorgienne l’an dernier.

Lors d’une conférence de presse aux quartiers généraux de l’OTAN à Bruxelles il y a un an, l’ambassadeur russe à l’OTAN Dmitry Rogozin « a dit que le renseignement russe avait obtenu de l’information indiquant que l’infrastructure militaire géorgienne pourrait être utilisée pour un soutien logistique des troupes étatsuniennes si elles lançaient une attaque contre l’Iran [18] ».

Rogozin aurait également dit qu’« actuellement l’OTAN s’affaire en Géorgie à restituer sa capacité à surveiller son espace aérien, en d’autres mots, à reconstituer tout le système de localisation et de défense antimissiles détruit par l’artillerie russe ». 

« [La restitution des systèmes de surveillance et des bases aériennes en Géorgie] est destinée à un soutien logistique de certaines opérations aériennes de l’Alliance en entier ou des États-Unis en particulier dans cette région. La reconstruction rapide du champ d’aviation et de tous les systèmes prouve qu’une opération aérienne est planifiée contre un autre pays situé non loin de la Géorgie [19]. »

Au début d’octobre l’an dernier, Nikolai Patrushev, secrétaire du Conseil de sécurité russe « a décrit la politique d’augmentation de la présence militaire des États-Unis et de l’OTAN en Europe de l’Est comme une quête de supériorité militaire stratégique sur la Russie.

Le représentant officiel a ajouté que les États-Unis auraient besoin d’alliés dans la région si le pays décidait d’attaquer l’Iran [20] ».  

Patrushev a affirmé : «  S’ils décident d’attaquer l’Iran avec des missiles et des bombes, les États-Unis auront besoin d’alliés loyaux. Et si la Géorgie est impliquée dans cette guerre, cela représentera une menace additionnelle pour la sécurité nationale de la Russie [21]. »

Plus tard en octobre dernier, un site web azerbaïdjanais rapportait que 100 avions à réaction de l’Armée de l’air iranienne faisaient des exercices près de la frontière du pays et que « des sources militaires des États-Unis avaient signalé que des territoires en Azerbaïdjan et en Géorgie pourraient servir à attaquer l’Iran […] [22] ».

 Le journaliste indien Atul Aneja écrivait le même mois dans The Hindu à propos des effets de la guerre russo-géorgienne d’août l’an dernier et donnait cette information :  

« Les assertions militaires de la Russie en Géorgie et une démonstration de puissance dans certaines parties de l’Asie de l’Ouest [Moyen-Orient], combinées aux préoccupations politiques et économiques de Washington, semblent avoir anticipé les chances d’une frappe prochaine contre l’Iran.

À la suite des actions de la Russie en Ossétie du Sud et en Abkhazie, le président russe Dimitri Medvedev a reconnu que Moscou était conscient que de sérieux plans d’attaque contre l’Iran étaient sur la table. "Nous savons que certains joueurs prévoient d’attaquer l’Iran. Mais nous nous opposons à toute étape unilatérale et à [une] solution militaire à la crise nucléaire".

La Russie a pris le contrôle de deux champs aériens en Géorgie d’où étaient prévues des frappes contre l’Iran. Les forces russes ont aussi vraisemblablement récupéré des armes et des drones espions israéliens qui auraient été utiles à la surveillance de cibles iraniennes potentielles [23] ». 

Le même journal, citant Dmitry Rogozin affirmant que le renseignement militaire russe avait saisi des documents prouvant que Washington avait entamé « des préparations militaires actives sur le territoire géorgien » pour des frappes aériennes contre l’Iran, a ajouté des informations concernant l’implication israélienne :

« Israël avait fournit à la Géorgie des drones sophistiqués Hermes 450 UAV, de multiples lance-roquettes et d’autre équipement militaire que la Géorgie a utilisé, avec des chars d’assaut géorgiens modernisés fabriqués par les soviétiques, dans son attaque contre l’Ossétie du Sud. Des instructeurs israéliens ont par ailleurs aidé à entraîner des troupes géorgiennes [24] ».

 Au lieu de voir les guerres de la dernière décennie – contre la Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak – et l’expansion concomitante de la présence militaire des États-Unis et de l’OTAN dans ces trois pays et dans plusieurs autres dans leur périphérie comme une série d’événements sans liens, on doit voir la tendance pour ce qu’elle est : une stratégie constante et calculée employant chaque zone de guerre successive comme une rampe de lancement pour une nouvelle agression.  

Le Pentagone possède d’importantes bases militaires au Kosovo, en Afghanistan et en Irak qu’il n’a pas l’intention d’abandonner. Les États-Unis et ses alliés de l’OTAN ont des bases en Bulgarie, en Roumanie, au Kirghizstan, au Tadjikistan, en Ouzbékistan, au Koweït, au Bahreïn (où se trouve le quartier général de la 5e flotte de la Marine étatsunienne) et dans d’autre pays à proximité des zones de guerres des dix dernières années qui peuvent servir aux conflits des dix, vingt ou trente prochaines années.

Notes

1) New York Times, 9 septembre 2009

2) Ibid

3) Russian Information Agency Novosti, 15 septembre 2009

4) Ibid

5) Wikipedia

6) Agence France-Presse, 8 septembre 2009

7) Trend News Agency, 9 septembre2009

8)Minist`re de la Défense de la Géorgie, 14 septembre 2009

9) Turkish Daily News, 30 janvier 2007

10) Secrétaire d’État des États-Unis

11) The Financiarul, 9 septembre 2009

12) Infotag, 11 septembre 2009

13) Bloomberg News, 15 septembre 2009

14) Ibid

15) Stars and Stripes, 15 septembre 2009

16) Ibid

17) Stars and Stripes, 13 septembre 2009

18) Russian Information Agency Novosti, 17 septembre 2008

19) Russia Today, 17 septembre 2008

20) Russian Information Agency Novosti, 1er octobre 2008

21) Fars News Agency, 2 octobre 2008

22) Today.AZ, 20 octobre 2008

23) The Hindu, 13 octobre 2008

24) The Hindu, 19 septembre 2008

 Article original en anglais : Black Sea Crisis Deepens As US-NATO Threat To Iran Grows, le 16 septembre 2009.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

Source : Mondialisation.ca

29 septembre

http://www.mondialisation.ca/...

http://www.palestine-solidarite.org:80/analyses.Rick_Rozoff.160909.htm



1-6 La France, l’OTAN et l’Occident.
(à la marge du rapport Védrine)

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.
Dans son “Rapport sur
la France et la mondialisation”, rédigé à la demande du Président de la République, Hubert Védrine aborde la question de l’OTAN à l’intérieur du chapitre consacré à « L’option atlantiste/occidentaliste ». Fort à propos, l’ex-ministre des Affaires étrangères distingue cette dernière de « la politique normale d’amitié et de coopération avec les Etats-Unis », et la décrit comme « une réorientation en profondeur » qui s’inscrit dans le schéma du choc des civilisations : « Menacés, les Occidentaux devraient se serrer les coudes ». C’est en effet l’un des trois arguments le plus souvent invoqués pour plaider la cause du « retour de la France dans l’OTAN ». Après une démonstration de la vacuité de chacun d’eux, Védrine pose la question de la réciprocité – un des thèmes favoris du Président. Dans ce cas précis, l’équation est simple : en échange de son « retour », la France est en droit d’exiger des contreparties substantielles. Si substantielles, ajoutons-le, que l’on peut s’interroger sur les ressorts (aveuglement/ignorance ou calcul habile ?) du mouvement qui vient d’être amorcé par le gouvernement.
Trois arguments fallacieux pour le “retour dans l’OTAN”
Dans un « débat mené dans la clarté », comme celui que Védrine appelle de ses vœux, aucun des trois arguments en faveur de la « réintégration » n’aurait de chance de s’imposer. Le premier (cohésion occidentale) est purement idéologique, le deuxième (commodité pratique) est insuffisant et délibérément biaisé, le troisième (espoir d’une influence accrue), s’il est sincère, n’est que le reflet d’illusions naïves.
L’Occident en ordre de bataille
Quant à l’appel au rassemblement des Occidentaux sous bannière OTAN/US, Védrine note qu’il « ne peut s'évaluer en avantages/inconvénients puisque c'est un point de principe, presque de doctrine. Il se justifie si
la France se pense avant tout comme un pays occidental, avant d'être européen ou original. » D’après la théorie occidentaliste, « au fond nous serions avant tout des démocraties assaillies par les terroristes et menacées par la Chine, le nouveau ‘monde libre’. Il s'en suit que nous ne devrions pas critiquer inutilement les États-Unis, ni nous démarquer d'eux ‘pour le plaisir de nous opposer à eux’. Selon un schéma bien connu, ne pas s'opposer à eux sans motif valable devient vite : ne pas s'opposer tout court ».
En effet, l’argument de la « cohésion occidentale », difficilement séparable de la thèse du « choc des civilisations » du professeur Huntington, est apparu sous sa forme actuelle dès la fin de la guerre froide. Déboussolés après la disparition de l’URSS, l’OTAN/l’Amérique y ont trouvé un nouvel argument pour le maintien sous tutelle des alliés et la préservation d’une organisation qui en fut toujours l’instrument privilégié. Le Secrétaire général de l’OTAN déclare dès 1995 : « Le fondamentalisme islamiste est tout aussi dangereux que ne l’était le communisme. L’OTAN peut contribuer à combattre la menace posée par les islamistes, puisqu’elle est beaucoup plus qu’une simple alliance militaire ».
Or le statut particulier de
la France, avec le refus de l’alignement systématique qu’il implique, est à la fois « un problème » du point de vue de la discipline atlantiste et la réfutation éclatante du déterminisme inhérent à la théorie huntingtonienne. Bref, une réaffirmation, au jour le jour, de la possibilité et de l’importance des choix politiques. Selon les résultats d’un sondage Zogby International réalisé dans 6 pays musulmans en automne 2005, le Président français fut de loin le dirigeant politique le plus populaire, et c’est la France que les personnes interrogées ont désignée en premier lieu comme superpuissance souhaitée. De toute évidence, il s’agit d’un atout énorme non seulement pour la France, mais pour tous ceux qui veulent croire en, et œuvrer pour, le dialogue politique. Or c’est cette image qui risque d’être sérieusement écorchée à la suite d’un « retour » en bonne et due forme dans une OTAN dominée par les Etats-Unis.
Commodité pratique ?
Le deuxième argument est celui de la « commodité pratique », sur le plan notamment de la formation, des doctrines, et de la fameuse « Interopérabilité ». Il est le plus souvent invoqué par les militaires – et exécuté d’un coup sec par Hubert Védrine. Celui-ci observe que « Des arrangements concrets et satisfaisants ont été trouvés sur chaque point. Des forces françaises participent à plusieurs opérations de l'OTAN. Leur valeur militaire est reconnue. Des entreprises françaises réussissent à remporter les appels d'offres de l'OTAN quand ils sont méthodiquement préparés. »
En effet, depuis la fin de la guerre froide, le positionnement de
la France par rapport à l’OTAN s’est largement adapté à la nouvelle donne. Le retrait du pays des structures militaires intégrées (OTAN) de l’Alliance atlantique (dont la France est toujours restée l’un des principaux États membres) s’est traduit notamment par certaines mesures concrètes, qui furent progressivement et partiellement revisitées au fur et à mesure que l’organisation elle-même a redéfini ses missions et son aire de compétence. C’est ainsi qu’aujourd’hui la France participe à toutes les instances intergouvernementales de l’Alliance (sauf le Comité des plans de défense, distinct de la planification opérationnelle, et le Groupe des plans nucléaires), et est même présente dans les états-majors grâce à l’accord Flag to posts de 2004 prévoyant l’insertion (avec donc le maintien sous contrôle national et la possibilité d’un retrait à tout moment) de 110 officiers de l’Hexagone. Sa contribution massive sur le terrain est appréciée de tous, et elle participe également aux trente principaux programmes d’armement/d’équipement de l’OTAN.
L’illusion de l’influence accrue
Aux yeux de Védrine, « L'argument de l'influence est le moins convaincant.
La France serait – peut-être - considérée à nouveau par les autres alliés, européens et canadiens, comme un allié ‘normal’ et cesserait – peut-être – de faire l'objet de procès d'intention. Sur les États-Unis cela donnerait à la France une influence comparable à celle des autres alliés, c'est-à-dire quasi nulle. »
L’illustration la plus parfaite de l’impasse de cette foi naïve dans une illusoire influence nous vient, de façon régulière, du côté des Britanniques. À la suite de la désastreuse politique blairienne, laquelle a poussé l’art du « rapprochement » jusqu’à sa caricature, même le chef du parti conservateur britannique est amené à s’interroger sur ce thème normalement interdit.
En septembre 2006, David Cameron observe que « Si nous continuons comme à présent, je crains que nous ne finissions par combiner le maximum de risques avec le minimum d’influence réelle sur les décisions ». Mais au lieu d’espérer le soi-disant retour à une « relation spéciale » qui, en réalité, a toujours eu la particularité d’être tout sauf réciproque, il aura mieux fait d’écouter le directeur sortant du prestigieux Chatham House. Celui-ci constate, une bonne fois pour toutes qu’ « il a toujours été peu réaliste de croire que des puissances extérieures – aussi loyales soient-elles – puissent avoir de l’influence sur le processus américain de prise de décision ».
La seule réelle contrepartie : une défense européenne indépendante
Face aux inévitables pertes en terme d’image et de marge de manœuvre concret, ainsi qu’une opinion publique pour le moins sceptique, Védrine souligne la nécessité d’obtenir, en cas de tentative de « réintégration », des contreparties substantielles. Il identifie deux conditions sine qua non d’un éventuel « retour » : au-delà des postes de haute responsabilité, il convient d’insister sur une « OTAN nouvelle ». Laquelle irait notamment « plus loin dans la reconnaissance de l'autonomie du pilier européen ».
C’est justement les deux exigences posées par le chef de l’État dans l’interview qu’il a accordée au New York Times le 24 septembre dernier. Pour Sarkozy, « il va de soi que si nous devions envisager un tel mouvement, il ne pourrait avoir lieu que dans la mesure où une place serait faite dans les instances de direction, au plus niveau, pour des représentants de
la France ». Mais surtout il déclare « conditionner un mouvement dans les structures intégrées par une avancée sur l’Europe de la défense », avec comme objectif « une Europe qui serait capable de se défendre de façon indépendante ».
Le Président renoue donc avec l’idée selon laquelle il y a au fond une harmonie entre le partenariat transatlantique tel qu’il s’incarne dans l’OTAN et l’autonomie européenne. Dans son discours devant les ambassadeurs, il explique que « Les deux vont ensemble. Une Europe de la défense indépendante et une organisation atlantique où nous prendrions toute notre place. » Tout le monde n’est pourtant pas du même avis. Certainement pas l’américain Robert D. Kaplan, rédacteur en chef de Atlantic Monthly, pour qui « l’OTAN est à nous de diriger, contrairement à l’Union européenne de plus en plus puissante. Permettez-moi d’être encore plus clair sur une chose à propos de laquelle les politiques et les experts préfèrent ne pas être clairs. L’OTAN et une défense européenne autonome ne peuvent pas prospérer toutes les deux ».
La leçon de la « bataille de Naples »
C’est à peu près ce qui est ressorti aussi de la première tentative de « retour dans l’OTAN », plus connue sous le nom de « bataille de Naples ». Au tout début de son premier mandat, le Président Chirac a lui-même proposé que
la France revienne dans l’organisation militaire – en échange d’une affirmation plus marquée de l’identité européenne de défense à l’intérieur de l’Alliance (la seule instance imaginable à l’époque pour une telle initiative). Dans cet esprit, un projet franco-britannique, adopté en juin 1996 lors de la réunion ministérielle de l’OTAN à Berlin, confère un rôle significativement plus important à l’UEO (Union de l’Europe occidentale) que prévu. Lui permettant notamment de conduire des opérations européennes, avec accès aux capacités de l’Alliance.
C’est dans une atmosphère déjà tendue, avec les Américains parlant de « hold-up » à propos de Berlin, que Chirac introduit la revendication selon laquelle la direction du commandement Sud de l’Alliance (AFSOUTH à Naples) doit revenir à un Européen. En bas de sa lettre du 10 octobre adressée au Président Clinton à ce sujet, il note à la main : « Bill, c’est très important pour moi ». Mais Bill ne daigne même pas répondre. Ou plutôt il le fait, mais à sa manière. En déclarant publiquement que « Les Etats-Unis continueront à être le leader de l’OTAN, en particulier dans la région Sud ». Début 1997, son Secrétaire à
la Défense enfonce le clou, lorsqu’il réitère devant le Congrès la réponse US : « C’est non. C’est catégorique. Ce n’est pas négociable ».
Même si les raisons de ce refus américain sont très instructives (en gros : l’attachement à l’unité de commandement, américaine bien sûr, sous déguisement OTAN), on se limitera ici au constat de ses conséquences. Charles Cogan, dans son livre French Negotiating Behavior, appuyé sur d’innombrables interviews avec les protagonistes de l’affaire, arrive à la conclusion que : « Bien que les Français aient été humiliés par le refus brusque et public de la part des Etats-Unis, il semble que les regrets à long terme se trouvent du côté des US. L’intransigeance américaine a condamné les négociations à l’échec, un échec qui a encouragé
la France d’insister sur le développement d’une force européenne de défense en dehors de l’OTAN. Comme le remarque Gérard Errera, ambassadeur de la France à Londres et ancien ambassadeur à l’OTAN : ‘Si ces négociations avaient abouti, Saint-Malo [où les Britanniques et les Français sont tombés d’accord sur l’idée d’une défense européenne autonome] aurait pu ne jamais avoir lieu.’ ». Or c’est grâce à Saint-Malo que la donne a radicalement changé : au dogme OTAN en matière de sécurité européenne s’est substituée, en dépit des réactions hystériques de l’Amérique, la cohabitation OTAN-Union européenne.
Coup de foudre ou coup de poker ?
Coïncidence ou pas, Sarkozy aujourd’hui se place explicitement dans la perspective d’un « Saint-Malo bis ». Lors de son allocution devant les ambassadeurs, il précise : « Bientôt dix ans après l'accord de Saint-Malo, le moment est venu de lui donner un nouvel élan. » Paris en fera donc sa priorité au cours de la présidence française de l’UE au second semestre 2008, et de sa présidence de l’UEO qui durera, elle, de janvier à décembre. En focalisant précisément sur les deux questions qui constituent, depuis toujours, les deux « lignes rouges » de l’Amérique : « le renforcement des capacités de planifications et de conduite des opérations » de l’UE, et le « développement de l’Europe de l’armement ».
Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout en faisant miroiter l’appât du « retour de
la France dans l’OTAN », le Président place la barre très haut … Reste à voir s’il l’a fait à dessein. Jusqu’ici, en tout cas, la manœuvre, si elle est conçue dans une cette logique tactique, se présente comme étant plutôt habile. Les propositions françaises en faveur d’un dégel des relations UE-OTAN (renforcement de la coopération et de la transparence) sont un geste de « bonne volonté » à peu de frais. Il ne s’agit, en effet, que de mesures soit symboliques, soit promises à être bloquées dans le bras de fer entre la Turquie (membre de l’OTAN mais non membre de l’UE) et la Chypre (membre de l’UE mais non membre de l’OTAN, et ne participant même pas au programme Partenariat pour la Paix).
Pour l’heure, on constate avant tout un changement de style, qui capitalise sur la lune de miel habituelle suivant chaque élection (rappelons-nous bien que Chirac fut salué à l’époque comme « Le plus américain de tous les présidents français » par la presse anglo-saxonne). Le gouvernement s’emploie à rompre l’image d’une France en opposition systématique – en coupant l’herbe sous les pieds de ceux qui en useraient pour faire barrage à ses initiatives européennes. Au fait, il retourne la charge de la preuve. En annonçant sa disponibilité à une « réintégration », il fait la démonstration de sa sincérité concernant la compatibilité OTAN-UE, c’est donc maintenant aux autres d’en faire autant. En acceptant notamment les conditions françaises sur une défense européenne indépendante.
La France mettrait ainsi le camp (euro-)atlantiste face à sa contradiction fondamentale : si les valeurs et les intérêts sont aussi communs, entre les deux rives de l’Atlantique, que l’on prétend, il n’y a aucune raison de faire de l’autonomie européenne un épouvantail.
Encore une fois, ce n’est là qu’une hypothèse et pour le moment rien ne confirme que le gouvernement entendent s’en servir pour exploiter toutes les possibilités. En fait, s’il s’en tenait aux conditions qu’il a lui-même fixées, le Président français se retrouverait dans une situation gagnant-gagnant. Ou bien ses exigences sont pleinement acceptées (par un quelconque miracle) et il devient le héros de l’Europe de
la Défense, ou bien les Américains font eux-mêmes la démonstration de la volonté de maintien sous tutelle de ce qu’ils considèrent, pour reprendre les mots de Brzezinski, comme leur « protectorat ». Dans les deux cas, la perspective d’un « Saint-Malo bis », à la française, apparaît plus que probable. Sous cet angle, la question de savoir si l’initiative de Sarkozy fut, au départ, inutile ou pas, est secondaire. De même que celle portant sur le caractère délibéré ou inconscient de sa démarche.
La seule incertitude et la vraie inquiétude concernent donc la fidélité du Président aux conditions telles qu’il les avait posées. Sur ce plan, il existe néanmoins un garde-fou précieux : l’opinion publique. Un facteur que Védrine n’a pas manqué de mettre en avant à plusieurs reprises. Il observe notamment, au sujet de l’option occidentaliste que « il est surprenant de constater que cette tentation est forte dans les élites – mais quasiment pas dans la population. [Une telle] réorientation fondamentale n'est pas demandée par l'opinion française qui paraît à l'aise dans la politique de
la Ve République dans la longue durée ».
Article tiré du numéro 47 de la Lettre Sentinel

Hajnalka Vincze
Hajnalka Vincze est analyste indépendante, spécialisée dans les problématiques de la sécurité européenne et des relations transatlantiques. Après avoir travaillé pendant sept ans à l’Institut des Études Stratégiques et de Défense du Ministère hongrois de la Défense comme chargée de recherches en affaires européennes, elle enseigne aujourd’hui à l’université et publie dans des livres et revues consacrés aux questions géopolitiques. Dans cette nouvelle rubrique de la Lettre Sentinel, elle va analyser la dimension stratégique des relations euro-américaines au regard de l’actualité décortiquée et des grandes évolutions de part et d’autre de l’Atlantique.

http://www.infosentinel.com/info/news_34.htm 


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