Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

13/10/2009

n° 47 - OTAN - Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion - 10-10 – Début -: La « responsabilité de protéger » : une façade légale pour légitimer l´ingérence ?

n° 47 - OTAN -  Analyse -  Géopolitique et stratégie - Réflexion - 10-10 – Début -: La « responsabilité de protéger » : une façade légale pour légitimer l´ingérence ?



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'Otan et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Le Dossier'Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan.

n° 47- 15-04

C.De Broeder & M.Lemaire


Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

Tiré à part :

CSO : Dix ans, ça suffit ?

Georges Spriet : La stratégie militaire de l’OTAN.

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Jean Bricmont : Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger ».

1-2 L'Europe chienne couchée de l'Amérique.

1-3 Le Traité de l'Atlantique Nord.

(Suite)

1-4 L'OTAN tombe les masques.

1-5 Rick Rozoff : L'Iran fait face à la menace grandissante des États-Unis et de l'Otan. +  menace d’une autre conflit entre les États-Unis, la Géorgie, (État client de l’OTAN), et la Russie.

1-6 La France, l’OTAN et l’Occident.

Fin

2  Annexe

2-1 Silvia Cattori : Le combat de Miguel d´Escoto Brockmann à l´ONU
La « responsabilité de protéger » : une façade légale pour légitimer l´ingérence ?

2-2 ABM: un système universel de défense échelonnée au lieu d'un bouclier.

2-3 ABM en Tchéquie: Washington renonce vu la faible efficacité du projet.

2-4 De l'arme nucléaire en Belgique comme gage de paix et de sécurité. (…)

 



Tiré à part :

CSO : Dix ans, ça suffit ?

Le « Comité de Surveillance de l'OTAN » est né en 1999, en réaction à l'agression de l'OTAN contre la Yougoslavie. Nous étions alors une poignée de militants issus de différents courants politiques belges.

Nous n'étions pas les seuls à dénoncer l'imposture de "la guerre humanitaire", mais il nous a semblé indispensable de dépasser la stricte dénonciation d'une guerre pour mettre celle-ci en perspective avec le rôle global que l'OTAN joue, pour certains d'entre nous depuis sa création en 1949, pour nous tous depuis son entrée en guerre directe contre la Yougoslavie.

Ce n'est pas un plaisir, le dixième anniversaire :

Occupation du Kosovo par la KFOR, avec participation de soldats belges

Guerre en Afghanistan avec plus de 500 soldats et 4 chasseurs bombardiers F-16 belges

Invasion de l'Irak, avec le soutien matériel de l'Otan aux troupes lors de l'agression, soutien politique évident au gouvernement installé par l'occupant, programme de formation de l'armée et de la police à charge de l'Otan (notamment des officiers belges)

Envoi de troupes belges aux frontières du Soudan, d'une flotte belge au large de la Somalie dans le cadre de l'OTAN

Participation de navires de guerre belges à la mission conjointe Otan-USA le long des côtes du Vénézuéla et du Brésil

Appui sans faille à Israël ,  même lors de ses agressions les plus évidentes

Menaces de guerre contre l'Iran

Renforcement des moyens militaires autour de la Russie, la pratique d'une politique interventionniste pour faire basculer l'Ukraine dans l'OTAN

Soutien discret de l'Otan à la Géorgie dans sa guerre contre la Russie

Persistance de la participation à la stratégie nucléaire de l'OTAN, avec le stockage des bombes nucléaires à Kleine Brogel

La liste des méfaits de l'OTAN est très longue...

Voilà dix ans que nous dénonçons cette organisation comme une machine de guerre qui tend à la domination du monde par tous les moyens à sa disposition. L'OTAN veut toujours se donner une image d'intervention humanitaire, de gentils soldats. Mais les masques sont tombés. Aujourd'hui, toutes les organisations de paix dénoncent l'OTAN, que ce soit dans ses dérives ou dans sa nature même.

Une organisation internationale existe maintenant : “No to NATO”. A Strasbourg, face au Sommet de l'Otan, s'est tenue pour la première fois, une concentration des mouvements de la Paix d'Europe et d'Amérique ainsi qu'une grande manifestation que le président Sarkosy a essayé de terroriser. Les mouvements de la paix sont de plus en plus convaincus du caractère dangereux de l'OTAN. Mais il y a encore beaucoup de travail pour arriver à la dissolution de l'OTAN.

Nous aurions aimé ne pas avoir à commémorer ces 10 ans, et nous voudrions ne plus avoir d'autres anniversaires. Mais nous devons rester sur la brèche. La "vigilance" à l'égard de l'OTAN est manifestement tout aussi nécessaire aujourd'hui qu'il y a dix ans.

Bulletin trimestriel du Comité de surveillance OTAN,
Numéro 35, juillet - août - septembre 2009

 

Georges Spriet : La stratégie militaire de l’OTAN.

Il a étudié les 60 ans d’existence de l’OTAN et 2 éléments apparaissent :

Aux USA, le keynésianisme militaire fait que la présence de subsides publics dans l’armement militaire apparaît comme un élément de croissance économique.

Les USA veulent rester LE pays dominant, ils veulent rester les plus forts, garder la suprématie du commerce des armes grâce à un libéralisme imposé…. allant même jusqu’à amener les pays à les solliciter comme si ils assurent la paix en contrôlant l’Europe aussi. Pour offrir une protection aux alliés, ils préconisent de rendre rapidement accessible l’arme nucléaire qui remplace et mobilise bien plus vite les troupes ! Donc il en existe dès 1954 en Angleterre, 1957 en Allemagne, 1962 en Europe, 1980 à Kleine Brogel.

La révision du TNP doit aller dans le sens d’un non transfert ! En effet, pour l’OTAN, les armes de l’OTAN entrent dans un processus de solidarité…et permettent une frappe massive au cas où ! Le bouclier anti-missile doit donc exister ….pour attaquer et non se défendre ! Il faut donc demander la disparition de toutes les armes et la suppression de l’OTAN. Mais comment trouver un consensus au sein de tous les pays de l’OTAN avec ou sans hébergement des armes nucléaires ?

Un fait nouveau et important : la confédération internationale des syndicats a appelé l’ONU à agir pour que le TNP remporte un succès, elle demande l’arrêt des essais et de la production et que des zones dénucléarisées soient créées.

Un débat s’ouvre et les intervenants font le lien entre l’économie et la guerre, se demandent comment mobiliser les jeunes ? comment regonfler la population ? comment construire pour agir ? Il est important de motiver les gens et de lutter contre la politique nucléaire de l’OTAN.

Une réflexion se déroule à propos des jeunes qui sont découragés car exclus de la culture politique. Mais on rappelle par ailleurs qu’à Strasbourg, il y avait 40.000 jeunes qui manifestaient contre l’Otan au mois d’avril.

Résumé de Francine Verstraeten

Bulletin trimestriel du Comité de surveillance OTAN,
Numéro 35, juillet - août - septembre 2009
 



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

1-1 Jean Bricmont : Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger ».

Alors que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, milite pour la mise en œuvre du nouveau concept juridique de « responsabilité de protéger », le président de l’Assemblée générale, Miguel d’Escoto, invitait quatre intellectuels à éclairer les délégations en présentant leurs analyses. La table ronde réunissait Gareth Evans (un des auteurs du concept), Noam Chomsky, Ngugi wa Thiong’o et Jean Bricmont, dont nous reproduisons l’intervention.

"Le but de mon exposé sera de mettre en question les hypothèses sur lesquelles reposent l’idée et la rhétorique de la « responsabilité de protéger ».
En résumé, je voudrais montrer que les principaux obstacles qui empêchent la mise en œuvre d’une véritable responsabilité de protéger sont précisément les politiques et les attitudes des pays qui en sont les plus enthousiastes partisans, à savoir les pays occidentaux et en particulier les États-Unis.

Au cours de la dernière décennie, le monde a assisté, impuissant, au bombardement, par les États-Unis, de civils innocents en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Il est demeuré spectateur lors de l’attaque israélienne meurtrière au Liban et à Gaza. Nous avons précédemment assisté au massacre, sous la puissance de feu états-unienne, de millions de gens au Vietnam, au Cambodge et au Laos ; et bien d’autres sont morts en Amérique Centrale et en Afrique australe lors de guerres appuyées par les États-Unis. Allons-nous crier, au nom de toutes ces victimes : Plus jamais ! Dorénavant, le monde, la communauté internationale, vous protègera !

Notre réponse humanitaire est oui, nous voulons protéger toutes les victimes. Mais comment, et avec quelles forces ? Comment le faible sera-t-il jamais défendu contre le fort ?  La réponse à cette question n’est pas seulement humanitaire ou juridique, mais avant tout politique. La protection des faibles dépend toujours de la limitation du pouvoir des forts. Le règne de la loi permet une telle limitation, pourvu que la loi soit la même pour tous. Tendre vers ce but nécessite une combinaison de principes idéalistes et d’une évaluation réaliste des rapports de force existant dans le monde.
Avant de rentrer dans une discussion politique de la responsabilité de protéger, je voudrais souligner que le problème qui se pose ne porte pas sur les aspects diplomatiques ou préventifs de cette doctrine, mais sur l’aspect militaire de la « réponse rapide et décisive » et sur le défi que cela pose au principe de la souveraineté nationale.

La responsabilité de protéger est une doctrine ambigüe. D’une part, elle est vendue aux Nations Unies comme étant fort différente du « droit d’ingérence humanitaire », notion qui été développée en Occident après la chute des empires coloniaux et la défaite des États-Unis en Indochine. Cette idéologie se fondait sur les tragédies se produisant dans les pays décolonisés, afin de fournir une base morale aux anciennes politiques d’intervention et de contrôle des pays occidentaux sur le reste du monde.

Cela est parfaitement compris dans la majeure partie du monde. Le « droit » d’ingérence humanitaire a été universellement rejeté par le Sud, par exemple lors de son sommet à La Havane en 2000 ou lors de la réunion des pays non alignés à Kuala Lumpur en février 2003, peu avant l’attaque états-unienne contre l’Irak. La responsabilité de protéger tente de faire entrer ce droit dans le cadre de la Charte des Nations Unies, de façon à le rendre acceptable, en insistant sur le fait que l’option militaire doit intervenir en dernier recours et doit être approuvée par le Conseil de Sécurité. Mais alors, il n’y a rien de légalement neuf sous le soleil.

D’autre part, la responsabilité de protéger est présentée au public occidental comme une nouvelle norme dans les relations internationales, norme qui autorise l’usage de la force sur des bases humanitaires. Il y a une grande différence entre la responsabilité de protéger, envisagée purement comme doctrine juridique et sa réception idéologique dans les médias occidentaux.

Lorsque l’on envisage l’histoire états-unienne de l’après-guerre, histoire qui inclut les guerres d’Indochine, les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan, du Panama et même de petite Grenade, il est difficile de croire que c’est le droit international ou le respect pour la souveraineté nationale qui empêche les États-Unis d’arrêter des génocides. Si les États-Unis avaient eu les moyens et le désir d’intervenir au Rwanda, ils l’auraient fait, et aucun droit international ne les en auraient empêché. Et si une « nouvelle norme » est introduite, elle ne sauvera personne nulle part, dans le contexte des rapports de force politiques et militaires existants, à moins que les États-Unis ne décident d’intervenir, pour des raisons qui leur sont propres.

De plus, il est assez incroyable de voir que les partisans de la responsabilité de protéger parler d’une obligation de reconstruire (après une intervention militaire). Combien d’argent les États-Unis ont-ils versé comme réparations pour les destructions infligées en Indochine et en Irak, ou à infligées à Gaza et au Liban par un pays qu’ils soutiennent et arment ? Ou au Nicaragua, auquel des réparations pour les destructions des Contras sont toujours impayées, malgré la condamnation des États-Unis par la Cour Internationale de Justice ? Pourquoi espérer que la responsabilité de protéger force à l’avenir les États puissants à payer pour ce qu’ils détruisent, s’ils ne le font pas en vertu du droit existant actuellement ?

Il est vrai que le XXIème siècle a besoin de Nations Unies rénovées, mais pas de Nations Unies qui justifient les interventions unilatérales avec de nouveaux arguments, mais plutôt de Nations Unies qui offrent un support moral à ceux qui cherchent à construire un monde moins dominé par les États-Unis et leurs alliés. Le but original des Nations Unies était de sauver l’humanité du « fléau de la guerre », en référence aux deux guerres mondiales. Cela devait être accompli par un respect strict de la souveraineté nationale, de façon à empêcher les grandes puissances d’intervenir militairement contre les plus faibles, quel qu’en soit le prétexte. Les guerres menées par les États-Unis et l’Otan montrent que, malgré des progrès substantiels, les Nations Unies n’ont pas encore atteint leur but originel. Les Nations Unies doivent continuer leurs efforts en direction de ce but, avant de s’assigner une nouvelle priorité, soi-disant humanitaire, qui en réalité peut être utilisée par les grandes puissances pour justifier leurs guerres futures, en affaiblissant le principe de la souveraineté nationale.

Quand l’Otan a exercé son droit auto-proclamé d’intervention au Kosovo, où les efforts diplomatiques étaient loin d’avoir été épuisés, il a été applaudi dans les médias occidentaux. Quand la Russie a exercé ce qu’elle considérait comme sa responsabilité de protéger en Ossétie du sud, elle a été universellement condamnée par les mêmes médias occidentaux. Quand le Vietnam est intervenu au Cambodge (mettant fin au régime des Khmers Rouges) ou quand l’Inde est intervenue dans ce qui est aujourd’hui le Bangladesh, leurs actions ont été sévèrement condamnées en Occident.

Tout cela indique que les gouvernements, médias et ONG occidentaux, s’autoproclamant « communauté internationale », évalueront la responsabilité de tragédies humaines très différemment, selon qu’elle se produit dans un pays dont le gouvernement est, pour une raison ou une autre, jugé hostile par l’Occident, ou dans un pays ami. En particulier, les États-Unis feront pression sur l’ONU pour faire adopter leur propre vision des évènements. Les États-Unis ne choisiront pas toujours d’intervenir, mais ils utiliseront néanmoins la non-intervention pour dénoncer les Nations Unies et pour suggérer que celles-ci devraient être remplacées par l’Otan comme arbitre international.

La souveraineté nationale est parfois stigmatisée par les promoteurs de la responsabilité de protéger comme étant une « autorisation de tuer ». Il est bon de se rappeler pourquoi la souveraineté nationale doit être défendue contre de telles accusations.

Tout d’abord, la souveraineté nationale est une protection partielle des faibles contre les forts. Personne ne s’attend à ce que le Bangladesh intervienne dans les affaires intérieures des États-Unis pour les forcer à réduire leurs émissions de CO2, en invoquant les conséquences catastrophiques que celles-ci peuvent avoir pour le Bangladesh. L’ingérence est toujours unilatérale.

L’ingérence états-unienne dans les affaires intérieures des autres États prend des formes multiples mais est constante et viole toujours l’esprit et souvent la lettre de la Charte des Nations Unies. Bien qu’ils prétendent agir en fonction de principes tels que la liberté et la démocratie, les interventions des États-Unis ont eu des conséquences désastreuses : non seulement les millions de morts causé directement ou indirectement par les guerres, mais aussi le fait d’avoir « tué l’espoir » de centaines de millions de gens qui auraient pu bénéficier des politiques sociales progressistes initiées par des personnes telles que Arbenz au Guatemala, Goulart au Brésil, Allende au Chili, Lumumba au Congo, Mossadegh en Iran, les Sandinistes au Nicaragua ou le Président Chavez au Venezuela, qui ont tous été systématiquement subvertis, renversés, ou tués avec le soutien plein et entier de l’Occident.

Mais ce n’est pas tout. Chaque action agressive des États-Unis provoque une réaction. Le déploiement d’un bouclier anti-missile produit plus de missiles, pas moins. Bombarder des civils- que ce soit délibérément ou par dommage collatéraux-produit plus de résistance armée, pas moins. Chercher à renverser ou à subvertir des gouvernements produit plus de répression interne, pas moins. Encourager les minorités à faire sécession, en leur donnant l’impression, souvent fausse, que la « seule superpuissance » viendra à leur secours si elles sont réprimées, produit plus de violence et de haine, pas moins. La possession par Israël d’armes nucléaires encourage d’autres États du Proche-Orient à posséder de telles armes. Les tragédies en Somalie et dans l’Est du Congo sont dues en grande partie à des interventions étrangères, pas à leur absence. Pour prendre un exemple extrême, qui est un des exemples préférés d’atrocités citées par les partisans de la responsabilité de protéger, il est très peu probable que les Khmers Rouges auraient pris le pouvoir au Cambodge, sans les bombardements états-uniens massifs et « secrets », suivis par un changement de régime organisé par les États-Unis qui déstabilisa complètement ce malheureux pays.

L’idéologie de l’ingérence humanitaire fait partie d’une longue histoire d’attitudes occidentales par rapport au reste du monde. Quand les colons ont débarqué sur les côtes des Amériques, de l’Afrique ou de l’Asie orientale, ils ont été horrifiés de découvrir ce que nous appellerions des violations des droits de l’homme et qu’ils appelaient des « mœurs barbares » : sacrifices humains, cannibalisme ou femmes aux pieds bandés. Ces indignations, sincères ou calculées, ont, de façon répétée, été utilisées pour couvrir les crimes des pays occidentaux : esclavage, exterminations des populations indigènes et pillage systématique des terres et des ressources. Cette attitude d’indignation vertueuse continue à ce jour et est à la base de l’idée que l’Occident a un « droit d’intervenir » et un « droit de protéger », tout en ignorant les régimes oppressifs considérés comme « amis », la militarisation et les guerres sans fin, ainsi que l’exploitation massive de la force de travail et des matières premières.

L’Occident devrait tirer des leçons de sa propre histoire. Concrètement, qu’est-ce que cela voudrait dire ? D’abord, garantir un respect strict du droit international de la part des puissances occidentales, implémenter les résolutions de l’ONU concernant Israël, démanteler l’empire des bases états-uniennes ainsi que l’Otan, cesser toutes les menaces concernant l’usage unilatéral de la force, lever les sanctions unilatérales, en particulier l’embargo contre Cuba, arrêter toutes les formes d’ingérences dans les affaires intérieures des autres états, en particulier toutes les opérations des « promotions de la démocratie », de « révolutions colorées » ainsi que l’exploitation de la politique des minorités. Ce respect nécessaire pour la souveraineté nationale signifie que le souverain ultime de chaque État-nation est le peuple de cet État, dont le droit à remplacer des gouvernements injustes ne peut pas être usurpé par des puissances étrangères supposées bienveillantes.

Ensuite, nous pourrions utiliser nos budgets militaires disproportionnés (les pays de l’Otan couvrant 70 % des dépenses militaires mondiales) pour mettre en place une forme de keynésianisme global : au lieu de demander des « budgets équilibrés » dans les pays en développement, nous devrions utiliser les ressources gaspillées en dépenses militaires pour financer des investissements massifs dans l’éducation, la santé et le développement. Si cela semble utopique, ce ne l’est pas plus que l’idée selon laquelle un monde stable sera produit par la façon dont la « guerre à la terreur » est poursuivie actuellement.

Les défenseurs de la responsabilité de protéger peuvent répondre que ce que je dis ici est à côté de la question et « politise » inutilement le débat, puisque, d’après eux, c’est la communauté internationale qui interviendra, avec, en plus, l’approbation du Conseil de Sécurité. Mais, en réalité, il n’existe pas de communauté internationale. L’intervention de l’Otan au Kosovo n’a pas été approuvée par la Russie et l’intervention russe en Ossétie du Sud a été condamnée en Occident. Aucune de ces interventions n’aurait été approuvée par le Conseil de Sécurité. Récemment, l’Union africaine a rejeté l’inculpation par la Cour pénale internationale du président du Soudan. Aucun système de justice ou de police internationale, qu’il s’agisse de la responsabilité de protéger ou de la CPI, ne peut fonctionner sans un climat de confiance et d’égalité. Aujourd’hui, il n’y a ni égalité ni confiance entre l’Ouest et l’Est, ou entre le Nord et le Sud, en grande partie à cause des politiques américaines récentes. Si nous voulons qu’une version de la responsabilité de protéger fonctionne dans le futur, nous devons d’abord construire une relation d’égalité et de confiance, et ce que je dis ici aborde le fond du problème. Le monde ne peut devenir plus sûr que s’il devient d’abord plus juste.

Il est important de comprendre que la critique faite ici de la responsabilité de protéger ne se base pas sur une défense « absolutiste » de la souveraineté nationale, mais sur une réflexion à propos des politiques des pays puissants qui forcent les pays faibles à utiliser la souveraineté comme bouclier.

Les promoteurs de la responsabilité de protéger présentent celle-ci comme le début d’une ère nouvelle. Mais, en réalité, elle signale la fin d’une ère ancienne. D’un point de vue interventionniste, la responsabilité de protéger est un recul, au moins en parole, par rapport au droit d’ingérence, et celui-ci était un recul par rapport au colonialisme classique. La principale transformation sociale du 20ème siècle a été la décolonisation. Ce mouvement continue aujourd’hui dans l’élaboration d’un monde réellement démocratique, dans lequel le soleil se sera couché sur l’empire américain, comme il l’a fait sur les empires européens du passé. Il y a quelques indications que le président Obama comprend cette réalité et il faut espérer que ses actions suivent ses paroles.

Je veux terminer par un message pour les représentants et les populations du « Sud ». Les vues exprimées ici sont partagées par des millions de gens en « Occident ». Cela n’est malheureusement pas reflété par nos médias. Des millions de gens, y compris des États-uniens, rejettent la guerre comme moyen de résoudre les conflits internationaux et s’opposent au soutien aveugle de leurs gouvernements à l’apartheid israélien. Ils adhèrent aux principes du mouvement des pays non alignés de coopération internationale, dans le respect strict de la souveraineté de chaque État, et de l ’égalité des peuples. Ils risquent d’être dénoncés par les médias de leurs pays comme anti-occidentaux, anti-américains ou antisémites. Mais, en ouvrant leurs esprits aux inspirations du reste du monde, ce sont eux qui incarnent ce qu’il y a de véritablement valable dans la tradition humaniste occidentale.

Jean Bricmont

 Réseau Voltaire  - http://www.voltairenet.org/...


1-2 L'Europe chienne couchée de l'Amérique.

Faut-il des évènements comme la déclaration du nouveau secrétaire général de l'Otan, le Danois Anders Fogh Rasmussen, en faveur d'un engagement fort de l'Alliance en Afghanistan, pour nous faire mesurer à quel point l'Union Europe est restée la chienne couchée dont l'Amérique se sert pour défendre ses intérêts impérialistes ?
Que l'ancien premier ministre danois, resté 7 ans en fonction, ait été choisi comme secrétaire général de l'Otan, montre bien que son allégeance à l'Amérique n'a gêné personne en Europe. Aussi bien l'affirmation qu'il vient de faire selon tout bon sens que l'Otan doit rester en Afghanistan quoiqu'il arrive n'a pas apparemment suscité de réserves dans les chancelleries européennes. Au moment où 9 soldats de l'Otan viennent d'être tués en 2 jours dans des engagements inutiles, au moment où les opinions, y compris en Grande Bretagne, s'interrogent sur la  validité de cette guerre, le soutien qu'apporte le nouveau  Va-t-en guerre européen  à Barack Obama sera précieux à ce dernier. Celui-ci, devant l'échec attendu de la plupart de ses autres stratégies, se cramponne à l'engagement en Afghanistan pour se faire reconnaître comme le grand homme d'Etat dont le monde a besoin.
Selon Rasmussen, « L'Otan ne se prépare pas à partir. Nous resterons en soutien aussi longtemps que cela sera nécessaire. Mais pour stabiliser l'Afghanistan, l'effort doit être international, militaire et civil, avec une plus grande part de l'effort faite par les Afghans eux-mêmes ». Autrement dit, il sollicite une plus grande participation des armées européennes. Cela fera plaisir à notre grand stratège Bernard Kouchner qui plaide la même cause en ce qui concerne
la France. Espérons pour eux que le résultat des « élections » du 20 août ne démentira pas tous ces grands visionnaires.
Mais Anders Fogh Rasmussen ne compte pas se limiter à sévir sur le front Afghan. Manifestement, il veut aussi relayer les efforts tenaces du Pentagone et plus récemment de Joe Biden pour contribuer à détériorer les relations de l' Europe avec
la Russie.
"
La Russie doit remplir intégralement ses obligations internationales, y compris en respectant l'intégrité territoriale et la liberté politique de ses voisins", a-t-il averti. Selon lui, la guerre entre la Russie et la Georgie d'août 2008 a eu un « impact très négatif sur la relation entre la Russie et l'Otan » . Faut-il s'en étonner, puisque cette guerre, voulue très largement par l'Amérique, avait précisément cet objectif.  "Mais ces différences entre nous ne doivent pas cacher le fait que « l'Otan n'est pas un ennemi de la Russie ». 
Voilà une bonne nouvelle, dont se réjouiront tous ceux qui se croyaient revenus, du fait de l'Amérique et notamment du « Crazy Biden », comparé par certains à Dick Cheyney, au temps de la guerre froide.

http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=332


1-3 Le Traité de l'Atlantique Nord.

Washington DC, le 4 avril 1949

Les Etats parties au présent Traité, réaffirmant leur foi dans les buts et les principes de la Charte des Nations Unies et leur désir de vivre en paix avec tous les peuples et tous les gouvernements.
Déterminés à sauvegarder la liberté de leurs peuples, leur héritage commun et leur civilisation, fondés sur les principes de la démocratie, les libertés individuelles et le règne du droit.
Soucieux de favoriser dans la région de l'Atlantique Nord le bien-être et la stabilité. Résolus à unir leurs efforts pour leur défense collective et pour la préservation de la paix et de la sécurité. Se sont mis d'accord sur le présent Traité de l'Atlantique Nord :

Article 1

Les parties s'engagent, ainsi qu'il est stipulé dans la Charte des Nations Unies, à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées, de telle manière que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas mises en danger, et à s'abstenir dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l'emploi de la force de toute manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

Article 2

Les parties contribueront au développement de relations internationales pacifiques et amicales en renforçant leurs libres institutions, en assurant une meilleure compréhension des principes sur lesquels ces institutions sont fondées et en développant les conditions propres à assurer la stabilité et le bien-être. Elles s'efforceront d'éliminer toute opposition dans leurs politiques économiques internationales et encourageront la collaboration économique entre chacune d'entre elles ou entre toutes.

Article 3

Afin d'assurer de façon plus efficace la réalisation des buts du présent Traité, les parties, agissant individuellement et conjointement, d'une manière continue et effective, par le développement de leurs propres moyens en se prêtant mutuellement assistance, maintiendront et accroîtront leur capacité individuelle et collective de résistance à une attaque armée.

Article 4

Les parties se consulteront chaque fois que, de l'avis de l'une d'elles, l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée.

Article 5

Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d'elles, dans l'exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l'article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d'accord avec les autres parties, telle action qu'elle jugera nécessaire, y compris l'emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord.

Toute attaque armée de cette nature et toute mesure prise en conséquence seront immédiatement portées à la connaissance du Conseil de Sécurité. Ces mesures prendront fin quand le Conseil de Sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales.

Article 6 (1)

Pour l'application de l'article 5, est considérée comme une attaque armée contre une ou plusieurs des parties, une attaque armée :

contre le territoire de l'une d'elles en Europe ou en Amérique du Nord, contre les départements français d'Algérie (2), contre le territoire de la Turquie ou contre les îles placées sous la juridiction de l'une des parties dans la région de l'Atlantique Nord au nord du Tropique du Cancer;

contre les forces, navires ou aéronefs de l'une des parties se trouvant sur ces territoires ainsi qu'en toute autre région de l'Europe dans laquelle les forces d'occupation de l'une des parties étaient stationnées à la date à laquelle le Traité est entré en vigueur, ou se trouvant sur la mer Méditerranée ou dans la région de l'Atlantique Nord au nord du Tropique du Cancer, ou au-dessus de ceux-ci.

Article 7

Le présent Traité n'affecte pas et ne sera pas interprété comme affectant en aucune façon les droits et obligations découlant de la Charte pour les parties qui sont membres des Nations Unies ou la responsabilité primordiale du Conseil de Sécurité dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Article 8

Chacune des parties déclare qu'aucun des engagements internationaux actuellement en vigueur entre Etats n'est en contradiction avec les dispositions du présent Traité et assume l'obligation de ne souscrire aucun engagement international en contradiction avec le Traité.

Article 9

Les parties établissent par la présente disposition un Conseil, auquel chacune d'elle sera représentée pour examiner les questions relatives à l'application du Traité. Le Conseil sera organisé de façon à pouvoir se réunir rapidement et à tout moment. Il constituera les organismes subsidiaires qui pourraient être nécessaires; en particulier, il établira immédiatement un comité de défense qui recommandera les mesures à prendre pour l'application des articles 3 et 5.

Article 10

Les parties peuvent, par accord unanime, inviter à accéder au Traité tout autre Etat européen susceptible de favoriser le développement des principes du présent Traité et de contribuer à la sécurité de la région de l'Atlantique Nord. Tout Etat ainsi invité peut devenir partie au Traité en déposant son instrument d'accession auprès du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique. Celui-ci informera chacune des parties du dépôt de chaque instrument d'accession.

Article 11

Ce Traité sera ratifié et ses dispositions seront appliquées par les parties conformément à leurs règles constitutionnelles respectives. Les instruments de ratification seront déposés aussitôt que possible auprès du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique, qui informera tous les autres signataires du dépôt de chaque instrument de ratification. Le Traité entrera en vigueur entre les Etats qui l'ont ratifié dès que les ratifications de la majorité des signataires, y compris celles de la Belgique, du Canada, des Etats-Unis, de la France, du Luxembourg, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, auront été déposées et entrera en application à l'égard des autres signataires le jour du dépôt de leur ratification. (3)

Article 12

Après que le Traité aura été en vigueur pendant dix ans ou à toute date ultérieure, les parties se consulteront à la demande de l'une d'elles, en vue de réviser le Traité, en prenant en considération les facteurs affectant à ce moment la paix et la sécurité dans la région de l'Atlantique Nord, y compris le développement des arrangements tant universels que régionaux conclus conformément à la Charte des Nations Unies pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Article 13

Après que le Traité aura été en vigueur pendant vingt ans, toute partie pourra mettre fin au Traité en ce qui la concerne un an après avoir avisé de sa dénonciation le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique, qui informera les gouvernements des autres parties du dépôt de chaque instrument de dénonciation.

Article 14

Ce Traité, dont les textes français et anglais font également foi, sera déposé dans les archives du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique. Des copies certifiées conformes seront transmises par celui-ci aux gouvernements des autres Etats signataires.


Notes :

La définition des territoires auxquels l'article 5 s'applique a été modifiée par l'article 2 du Protocole d'accession au Traité de l'Atlantique Nord de la Grèce et de la Turquie, signé le 22 octobre 1951.

Le 16 janvier 1963, le Conseil de l'Atlantique Nord a noté que, s'agissant des anciens départements français d'Algérie, les clauses pertinentes du Traité étaient devenues inapplicables à la date du 3 juillet 1962.

Le Traité est entré en vigueur le 24 août 1949, après le dépôt des instruments de ratification de tous les Etats signataires.

http://www.nato.int/docu/fonda/traite.htm


Les commentaires sont fermés.