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21/10/2009

n° 294 - Dossiers d'Afghanistan - 19-10 : -Suite -: Afghanistan : Les diverses stratégies des pays de la coalition.


n° 294 - Dossiers d'Afghanistan - 19-10 : -Suite -: Afghanistan : Les diverses stratégies des pays de la coalition..



dossiers de l'Afghanistan n°295 du 19-10

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

Tiré à part

Jacques Follorou : La polémique sur l'embuscade tendue aux Français en août 2008 révèle les diverses stratégies des pays de la coalition

Afghanistan. Certains pays de l'Otan auraient acheté la paix.

1 Brèves

1-1 Afghana : Karzaï président, Karzaï dissident...

1-2 Maria Golvnina :  Hamid Karzaï pressé d'accepter un second tour en Afghanistan.

1-3 Heidi Vogt : Karzaï et Abdullah appelés à partager le pouvoir.

1-4 Sean Maguire : Abdullah n'exclut pas un gouvernement d'union en Afghanistan.

1-5 Lara Jakes : La corruption en Afghanistan inquiète le commandant des forces américaines.

2 Dossiers

2-1 Néstor Núñez : L’invasion de l’Afghanistan, une question prioritaire pour les Etats-Unis.

2-2 John Catalinotto : Le rapport général attise le débat sur l’augmentation des troupes.

2-3 Francis Briquemont : Un bourbier politique et militaire.

2-4 Karim Pakzad : Nouvelle approche vis-à-vis des 'Taliban'.

2-5 La France étudie l'achat en urgence de drones Predator aux Etats-Unis.

2-6 Blackwater USA organise une « CIA privatisée ».

2-7 Nicolas Vescovacci : Faut-il payer des «bad guys» pour gagner la guerre ?.



2 Dossiers

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

2-1 Néstor Núñez : L’invasion de l’Afghanistan, une question prioritaire pour les Etats-Unis.
Que ce soit pour éviter d’avoir à entendre les lamentations des secteurs les plus bellicistes des États Unis, ou parce qu’elle considère que la guerre en Irak a été une erreur, la nouvelle administration nord-américaine semble vouloir donner la priorité à l’invasion de l’Afghanistan qu’elle considère comme la clef de ses efforts « antiterroristes » mondiaux. 
Il s’agit là d’une promesse électorale de Barack Obama et il semble bien qu’elle ne va être ni oubliée ni remise à plus tard dans les débats du Congrès, comme cela a été le cas par exemple pour les
discussions sur la santé publique.
Il n’est donc pas étrange d’entendre le chef de l’État Major Commun, l’amiral Mike Mullen, déclarer publiquement qu’il faut envoyer plus de troupes en Afghanistan et qu’il pense qu’il faudrait pouvoir y
disposer de 21 000 hommes de plus avant décembre alors qu’il s’y trouve déjà 62 000 soldats,.  
Pour appuyer ces points de vue, on a vu réapparaître des « vidéos » et des « déclarations » de l’insaisissable Osama Bin Laden, le chef d’Al Qaeda, qui a lancé depuis un endroit inconnu du territoire afghan un avertissement selon lequel la bataille sera totale contre les ennemis de la foi islamique.  
Un vieux refrain dit qu’on trouve de tout dans les vignes du Seigneur, et cela est d’autant plus vrai que le seigneur, dans ce cas, est un empire qui sait parfaitement manier le mensonge et la tergiversation pour parvenir à la réalisation de ses plans d’agression.
On est obligé de s’interroger sur cette subite « réapparition » de  Bin Laden qui répand une forte odeur de manipulation médiatique destinée à faire peur au nord-américain moyen et à donner raison à ceux qui refusent de renoncer à l’usage des armes dans des zones aussi stratégiques sur le plan de l’approvisionnement et du transport des hydrocarbures.
De toutes façons, l’Afghanistan a été désastreux pour les États-Unis qui ont déjà y dû dépenser plus de 160 milliards de dollars.
Des milliers d’afghans sont morts ou ont dû être déplacés hors des zones où ils résidaient à cause du conflit venu de l’Occident, mais les puissances occupantes paient également un prix élevé : les groupes de la résistance qui opèrent sur le territoire causent chaque jour, en moyenne, un mort parmi les troupes d’intervention et ils sont virtuellement les maîtres de grandes extensions de territoire.
L’histoire a démontré que, jusqu’à présent, aucun de ceux ont tenté de contrôler l’Afghanistan n’a pu y parvenir. Pourquoi donc devrait-on penser que cette fois, les nouveaux conquérants vont avoir plus de chance ? En tout cas, pour le moment, il ne semble pas qu’ils soient sur le bon chemin.
Néstor Núñez 


2-2 John Catalinotto : Le rapport général attise le débat sur l’augmentation des troupes.

Le général Stanley McChrystal a soumis son rapport réclamant au moins 40 000 hommes de plus pour la guerre en Afghanistan, affirmant qu’ils étaient nécessaires à une « victoire » américaine.

Le président Obama a dit qu’il avait besoin de temps afin que l’administration puisse examiner sa stratégie en Afghanistan.
La bataille se déroule désormais au sein des cercles dirigeants américains et tourne autour du choix entre le retrait et un possible bourbier de style vietnamien qui pourrait traîner une décennie de plus avant de se terminer par une débâcle pour l’impérialisme.

Du côté de l’administration, du Congrès, du Pentagone et des médias traditionnels, les camps opposés révèlent leurs sérieuses différences tactiques. La question clé est de savoir s’ils veulent une escalade importante de l’occupation de l’Afghanistan par les États-Unis et l’Otan.
Il serait erroné de penser que, dans cette discussion,  un camp représente les colombes et l’autre les faucons, ou qu’un camp a résolument opté pour la paix et l’autre pour la guerre. Certains politiciens, sans doute, cherchent des avantages étroits ou sont inféodés à leurs usines d’armement locales. Mais, comme le prouvera un coup d’œil sur leurs antécédents, il y a des militaristes dans les deux camps du Congrès et de l’administration. Les deux camps ont fait campagne pour des guerres, dans le passé, et ce qui les divise surtout, aujourd’hui, c’est une évaluation tactique de ce à quoi les États-Unis sont confrontés en Afghanistan.
Toute discussion ou débat au sein de la classe dirigeante, et tout particulièrement quand il s’agit d’un débat acharné sur une question cruciale comme la guerre et la paix, ouvre la porte aux honnêtes forces pacifistes soucieuses de faire connaître la vérité au peuple américain.

Quelle est la vérité, à propos de cette guerre ?

Tout d’abord, les États-Unis n’ont nullement le droit de se trouver en Afghanistan.

Ensuite, la guerre est une horrible calamité pour les Afghans, un fardeau pour la jeunesse américaine qu’on envoie là-bas et une meule au cou des travailleurs et des pauvres de notre pays, puisqu’on refile des milliards de dollars au complexe militaro-industriel qui les fait partir en fumée dans les montagnes de l’Asie centrale.
Des divergences au sommet
Les dirigeants du Parti républicain et les pisse-copie des médias les plus à droite, à de rares exceptions près, réclament un surcroît de troupes. Ce sont les mêmes forces qui attaquent Obama chaque fois qu’elles en ont l’occasion. Il ne fait aucun doute que si le président faisait marche arrière dans son soutien cordial à l’intervention en Afghanistan, ces gens l’accuseraient de la « perte » de l’Afghanistan – en d’autres termes, de l’« abandon » de  l’Afghanistan aux Afghans. 
Le chef d’état-major des armées des États-Unis, Mike Mullen, soutient la demande de renforts de McChrystal. Apparemment, le soutien à ce dernier est majoritaire, au Pentagone. Le secrétaire à la Défense, Robert Gates – au départ, un homme déjà choisi par George W. Bush – doit encore s’exprimer publiquement à propos de la requête du général, mais il a déclaré qu’il était ouvert à l’escalade et que le retrait n’était en aucun cas une option.
Toutefois, même parmi les gros bras de l’armée, on rencontre des dissidents. Le 27 septembre, le New York Times rapportait que le conseiller à la Sécurité nationale, le général James Jones, était opposé à l’escalade. Et on rapporte que l’ancien secrétaire d’État de Bush, Colin Powell – un général quatre étoiles retraité qui, en 1991, avait organisé la guerre contre l’Irak et avait menti à plusieurs reprises en vue de fournir un prétexte à l’invasion de 2003 –, a fait part de son scepticisme à Obama à propos de l’accroissement des effectifs.
Selon le même article du NYT, l’opinion est divisée, dans les hautes sphères de l’administration.

La secrétaire d’État Hillary Clinton et l’ambassadeur spécial « Af-Pak » [pour Afghanistan & Pakistan, NdT], Richard Holbrooke, un acteur de tout premier plan dans l’agression contre la Yougoslavie dans les années 1990, sont partisans de l’escalade. Le vice-président Joe Biden – qui, au début de la guerre en Irak, insistait pour qu’on divisât le pays en trois parties – s’oppose aujourd’hui à un accroissement des effectifs en Afghanistan, craignant un « bourbier » et considérant bien plus importante une intervention américaine au Pakistan.
En présentant naguère l’Afghanistan comme la « guerre nécessaire » – en  contraste avec l’Irak –, Obama a restreint sa marge de manœuvre. Dans un éditorial, le belliqueux Washington Post a sauté sur l’affaire, blâmant Obama d’avoir des « secondes pensées » et citant abondamment ses précédentes déclarations plus que favorables à la guerre. Comme une bonne section du Parti démocratique est opposée à l’escalade en même temps que certains de ses conseillers les plus proches et la majorité de sa base populaire, Obama a reporté sa décision finale.
Les travailleurs, les gens pauvres et opprimés hostile à l’escalade
Les travailleurs, les gens pauvres et opprimés n’ont aucun intérêt dans la poursuite de l’occupation de l’Afghanistan par l’armée américaine. Sans compter les cercles de la classe dirigeante, le dernier sondage USA-Today/Gallup, en septembre dernier, a montré que la moitié des gens et 60 % des démocrates étaient opposés à l’envoi de troupes supplémentaires.
Des nouvelles peu rassurantes d’Afghanistan, le 27 septembre, ne font qu’encourager cette opposition. Cette année, les militaires américains, britanniques et autres de l’Otan se font tuer en nombres encore jamais vus. Un important ministre afghan a failli être tué par une explosion. Quant au peuple afghan, un rapport des Nations unies a fait savoir que les pertes civiles associées à la guerre atteignaient le chiffre record de 1 500, rien que pour 2009, et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Ils sont bien plus nombreux à mourir de faim, de déplacements internes, ce qui se traduit par des morts d’enfants et de mères lors des accouchements, et bien d’autres situations létales.

Au contraire de ce que prétend la propagande de l’Otan, l’occupation n’a amené qu’un surcroît de souffrances aux femmes afghanes.
La prochaine démarche, pour les gens des États-Unis et ceux des autres pays de l’Otan, consistera à exiger le retrait de l’Afghanistan.

Au contraire des deux camps du Congrès et du gouvernement, les travailleurs et les chômeurs de toutes nationalités et des deux sexes ont tout intérêt à ce que cette guerre sanglante cesse et à ce que se tarisse aussi le torrent d’argent qui s’y engloutit.
Des manifestations auront lieu les 5, 7 et 17 octobre contre les guerres en Afghanistan et en Irak et elles exigeront que les troupes américaines soient ramenées au pays.

Pendant que la classe dirigeante et les politiciens discutent de tactique, la véritable opposition à l’impérialisme américain s’exprimera dans la rue.

John Catalinotto   

Texte traduit par Jean-Marie Flémal et révisé par Sophie de Salée pour Investig'Action http://www.michelcollon.info:80/index.php?option=com_content&view=article&id=2303:le-rapport-general-attise-le-debat-sur-lescalade-en-afghanistan&catid=6:articles&Itemid=11


2-3 Francis Briquemont : Un bourbier politique et militaire.

Ndlr : La publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information.

Une victoire militaire est impossible pour les Occidentaux et un échec politique est impensable!?

Créer un Etat stable en Afghanistan est utopique. C'est en Occident qu'on doit lutter contre le terrorisme.  

On peut se demander si B. Obama n’a pas tort de faire une différence entre la guerre en Irak, qu’il a toujours désapprouvée, et la guerre en Afghanistan, qu’il justifie par la nécessité de lutter contre le terrorisme international. Cette différence est peut-être due davantage à sa stratégie électorale lors de l’élection présidentielle qu’à une analyse sérieuse de la situation réelle sur le terrain.

En tout cas, la guerre en Afghanistan risque de devenir pour B. Obama le "boulet" qu’a été la guerre en Irak pour G.W. Bush. En effet, elle tourne de plus en plus au fiasco politique et militaire.

Fiasco politique tout d’abord. Un gouffre sépare de plus en plus la rhétorique politique, insistant sur l’indispensable effort à mener pour préserver l’Afghanistan d’un retour au pouvoir des talibans et des activités d’al Qaeda, et la volonté d’engager les moyens suffisants pour réaliser cet objectif. Certains n’hésitent pourtant pas à écrire que ce serait un désastre de quitter maintenant l’Afghanistan mais, en réalité, de plus en plus de responsables politiques admettent qu’une victoire militaire est impossible tout en ajoutant qu’un échec politique est impensable.

Difficile à comprendre mais parfaite synthèse de l’impasse totale dans laquelle se trouvent aujourd’hui les Occidentaux, et particulièrement l’Otan, en Afghanistan.

Quand reconnaîtra-t-on que la lutte antiterroriste doit être essentiellement gagnée sur son propre territoire et que créer un Etat stable en Afghanistan en quelques années relève de l’utopie ?

Je ne sais ni comment ni quand cet Etat pourrait acquérir une certaine stabilité. En tout cas, ce n’est pas en essayant d’y exporter nos concepts politiques et moraux ou encore nos us et coutumes.

Si la situation n’était pas aussi difficile pour les populations et les militaires déployés sur le terrain, on pourrait dire que les élections qui viennent de se dérouler en Afghanistan tiennent de la "farce électorale". Participation très faible, fraude massive; bref, on a voté "à la Pachtoune", c’est-à-dire comme disait un Afghan "selon les consignes" du chef de clan. La faible participation est due pour une part aux menaces proférées par les talibans à l’encontre des électeurs mais aussi au désenchantement de populations qui ne se sentent pas du tout protégées et qui ont été trop souvent victimes de bavures dues à des bombardements pour le moins contestables exécutés par les forces occidentales. Les généraux Petraeus et McChrystal sont hélas arrivés beaucoup trop tard avec leur concept de "gagner les cœurs et les esprits" en protégeant les populations et en renonçant à l’emploi abusif des forces aériennes. En outre, les Afghans ne comprennent rien à nos us et mœurs démocratiques. Le 7 août dernier, "La Libre Belgique" publiait un article intitulé: "Le déclin moral et la fornication". Un expert afghan y affirme: "Lorsqu’on demande aux gens ce qu’est la démocratie, ils répondent que c’est le manque de pudeur et l’absence de religion, et qu’à cause de ça, l’insécurité augmente de jour en jour." Un autre Afghan dit : "La liberté et la fornication, voilà ce qu’est la démocratie de l’Occident, des Américains et des Européens, et elle se développe de la même manière ici." Cela me rappelle la réflexion d’un jeune officier français évoquant l’immense "choc des cultures" qu’il ressentait et les difficultés d’expliquer ce que les soldats occidentaux font là-bas. Ajoutez à cela la corruption généralisée du plus haut niveau politique aux seigneurs de la guerre, aux chefs de clans et aux trafiquants de drogue, et chacun comprend aisément que l’édification d’un Etat stable n’est pas pour demain.

Fiasco militaire également.

Quelle que soit la validité du concept stratégique opérationnel développé par les généraux Petraeus et McChrystal, force est de constater que les moyens de l’appliquer sont très insuffisants, or personne ne veut les augmenter et ce pour plusieurs raisons.

La première est que plusieurs responsables ou spécialistes croient encore qu’il est possible de lutter efficacement contre le terrorisme international en Afghanistan. Un des principaux conseillers du ministre de la Défense britannique vient de démissionner. "Il a averti que le public n’acceptera pas beaucoup plus longtemps l’idée que nos pertes sont justifiées par les risques d’attentats dans nos rues." (1) Ne faut-il pas rappeler que si des "terroristes" sont passés un jour par l’Afghanistan, ceux qui ont commis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont appris à piloter en Occident, ont préparé et exécuté les attentats aux Etats-Unis; ceux qui viennent d’être condamnés à vie à Londres pour la préparation d’une série impressionnante d’attentats étaient des sujets britanniques qui ont travaillé sur le sol britannique. Même constatation pour les attentats qui ont eu lieu en Espagne. C’est donc sur son propre territoire qu’un Etat doit lutter contre le terrorisme. N’oublions pas non plus que, du Pakistan à la Somalie en passant par le Yémen, ce ne sont pas les zones incontrôlées qui manquent pour servir de bases à des groupes terroristes.

La seconde raison est que les opinions publiques et les gouvernements sont de plus en plus opposés ou réticents au renforcement des moyens militaires en Afghanistan et ce, même aux Etats-Unis.

La stratégie de "conquête des cœurs et des esprits" devient difficilement applicable car elle implique que les unités sortent des bases, vivent en permanence dans les villages, or les talibans occupent de plus en plus le terrain.

La troisième raison est politico-militaire. "L’opinion publique américaine commence à ne plus suivre. [ ] Sur le terrain, la fameuse "conquête des cœurs" ne décolle pas, à cause de la corruption et du fait que l’argent investi dans le développement s’évapore " (2)

A propos du renforcement des troupes et de l’aide au développement de l’Afghanistan, deux constatations. Le débat est vif aux Etats-Unis sur la pertinence d’envoyer quelques milliers d’hommes supplémentaires sur le terrain car ce nombre restera de toute façon insuffisant et ce d’autant plus que les Néerlandais et les Canadiens ont déjà annoncé le départ prochain de leurs contingents, que les Italiens veulent partir dès que possible et que les Français et les Allemands ne veulent pas en faire plus. En fait, la mise sur pied d’armées de terre professionnelles réduites a pour conséquence qu’aucune armée de terre occidentale n’est encore capable de mener une stratégie de contre-insurrection dans un pays grand comme l’Afghanistan.

Quant à l’aide au développement, certains évoquent la nécessité d’un plan Marshall. L’Europe, après la guerre 1940-1945, a bénéficié du Plan Marshall. Ce fut une réussite parce que, si les pays européens étaient très affaiblis par la guerre, au moins avaient-ils gardé des structures administratives et plus encore un personnel politique et administratif compétent, non corrompu, qui ne demandait qu’à remettre leur pays sur la voie du progrès. C’est loin d’être le cas en Afghanistan.

Les Etats-Unis et l’UE paient aujourd’hui cette erreur stratégique majeure, commise par G.W. Bush et ses "faucons" qu’ont été les guerres d’Irak et d’Afghanistan. L’Afghanistan est un marécage où les Occidentaux se sont enlisés sans savoir comment en sortir. Il faut dire qu’ils n’en ont ni la volonté politique ni les moyens militaires!

PS : Je transmets cet article le jour (22 septembre) où "La Libre Belgique" fait état des "soucis" du général McChrystal qui n’est guère optimiste quant à la réussite de sa mission!(1)

"Le Figaro" des 5-6 septembre 2009.

(2) "Le Figaro" du 10 septembre 2009. Déclaration du président de la commission de la défense à l’Assemblé nationale.

Francis Briquemont 

30/9

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/532216/un-bourbier-pollitique-et-militaire.html



2-4 Karim Pakzad : Nouvelle approche vis-à-vis des 'Taliban'.

Ndlr : La publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information.

L’un des points importants de la « nouvelle stratégie » américaine en Afghanistan présenté par Barack Obama en mars 2009, était l’éventualité d’un dialogue avec les Taliban, dits « modérés ».

La « nouvelle stratégie » que propose le général Stanley McChrystal, le commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan – et qui nécessite l’envoi de 45000 soldats supplémentaires –, fait actuellement débat aussi bien au sein de l’administration et du Congrès qu’entre ce dernier et l’administration. Cette nouvelle stratégie a pour objectif de gagner la guerre. Il semble cependant que Barack Obama prépare le terrain pour une stratégie qui ne réclamerait pas le déploiement massif de soldats américains supplémentaires.

En effet, le jeudi 8 octobre, deux déclarations des responsables de l’administration viennent en apporter la preuve, calmant vraisemblablement l’ardeur de ceux qui tablent toujours sur une victoire militaire contre les Taliban. Dans une conférence de presse, Robert Gibbs, le porte-parole du président américain établit une distinction entre Al-Qaeda et les Taliban. Le même jour, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton n’exclut pas que des Taliban puissent participer au prochain gouvernement afghan.

Dès lors la question est de savoir qui sont les Taliban et que distinguent ces derniers d’Al-Qaeda ?

Les Taliban sont apparus sur la scène politique et militaire afghane en septembre 1994 en réaction au chaos qui s’était installé en Afghanistan après la prise du pouvoir par les Moudjahidine en 1992 et la guerre sanglante qui s’en est suivie entre eux. C’est la raison pour laquelle, les Taliban ont été acclamés à leur arrivée par la population, notamment dans les régions pachtounes du Sud dont ils sont originaires. Si la plupart des dirigeants et responsables du mouvement étaient des ex-moudjahidine, des jeunes étudiants en religion recrutés dans les madressas (écoles religieuses) pakistanaises avec le soutien du Pakistan, de l’Arabie saoudite et des Emirats Arabes Unis (qui ont été les seuls à reconnaître par la suite le régime des Taliban), composaient l’essentiel de ses combattants. A l’époque, ni les Etats-Unis ni les pays européens ne se sont inquiétés de l’arrivée des Taliban au pouvoir, y voyant même plutôt une occasion de rétablir la sécurité et l’ordre en Afghanistan.

Adeptes d’un islam rigoriste, les Taliban formaient également un mouvement ethnique appartenant à l’ethnie pachtoune majoritaire et qui ont fondé, en 1787, l’Afghanistan actuel. Avec la prise du pouvoir par les moudjahidine majoritairement non pachtounes, les Taliban perdent alors pour la première fois le pouvoir en Afghanistan. C’est pourquoi, dès leur apparition, les Taliban ont développé un désir de revanche envers les Pachtounes.
L’intervention américaine en novembre 2001 a permis l’élargissement du mouvement des Taliban dans la province du Nord-est du Pakistan et dans les zones tribales. La conjonction entre des éléments étrangers liés aux djihadistes internationaux d’Al-Qaeda et les Taliban a ainsi amplifié la radicalisation idéologique. Dans cette région, l’homogénéité ethnique des insurgés explique en grande partie la nature, la dimension ethnique et tribale et l’ampleur de l’insurrection en Afghanistan et au Pakistan.

L’erreur stratégique des Etats-Unis sur le plan militaire – en donnant la priorité à la capture des dirigeants d’Al-Qaeda d’une part et à la guerre en Irak d’autre part –, a permis aux Talibans de regagner leurs régions d’origine ou les zones tribales pakistanaises et de se réorganiser. Cette tâche dévolue aux soldats engagés dans l’opération « liberté immuable », distincte de celle de la Force Internationale pour Assurer la sécurité (FIAS) commandée par l’OTAN, a été couronnée d’un plus grand succès que celle de la lutte contre les Taliban. Et on constate aujourd’hui qu’Al-Qaeda est très affaibli en Afghanistan et que l’étau s’est resserré autour de ses combattants dans les zones tribales pakistanaises.

Contrairement à une idée reçue, Al-Qaeda et les Taliban ne composent pas un seul mouvement. Il est vrai que Al-Qaeda est né en Afghanistan sous le régime des Taliban. Ces derniers se sont implantés à partir du début des années 1980, avec l’encouragement des Etats-Unis de Ronald Reagan qui facilitèrent leur arrivée en Afghanistan, après avoir compris que les Afghans n’accepteraient pas facilement la domination d’une puissance étrangère (l’URSS). A ce moment, Oussama Ben Laden était chargé de leur recrutement. L’influence des wahhabites, déjà perceptible sous le régime des Taliban, n’a cessé de se renforcer après l’intervention américaine dans le pays. Cette radicalisation idéologique, notamment dans les zones tribales pakistanaises, a abouti à la création, en décembre 2006, du Mouvement des Taliban pakistanais (TTP).

Al-Qaeda (littérairement la base en arabe) ou le djihadisme international faisant des zones turbulentes et irrédentistes pachtounes du Pakistan sa « base territoriale », a un agenda mondial : abolir les frontières des Etats pour recréer un grand Califat qui abriterait la Ummah, la communauté des croyants. Cet agenda doit passer par la destruction du pouvoir central et la modification des frontières. A cet égard, l’engagement de l’Islam radical wahhabite et salafiste en Bosnie, en Tchétchénie, en Irak et ailleurs relève de cette vision idéologique. Et l’Afghanistan et le Pakistan représentent aujourd’hui le terrain rêvé pour établir la grande « base territoriale ».

Le mouvement des Taliban afghans, tout en étant très rigoriste et rétrograde, définit son agenda essentiellement dans un cadre national : l’Afghanistan. Il n’y a d’ailleurs pas d’homogénéité idéologique entre les trois grandes composantes de l’insurrection afghane qu’on résume, à tort, uniquement aux Taliban.
La première composante de cette insurrection est le Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar, très influent dans l’Est du pays, notamment dans la région du Kunar, du Laghman, du Kapisa et de Saroubi. Ce sont les combattants du Hezb-i-Islami qui sont à l’origine de l’embuscade qui a coûté la vie à onze soldats français, le 18 août 2008 dans la vallée d’Uzbin à l’Est de Kaboul. Issue du mouvement des frères musulmans, comme le commandant Ahmad Shah Massoud, Gulbuddin Hekmatyar était un opposant au régime monarchique et militait pour la création d’une république islamique. Il s’est réfugié au Pakistan quand le général Mohamad Daoud a renversé, en juillet 1973, son cousin, le roi Mohamad Zaher shah, et a fondé la première république en Afghanistan. Après l’invasion soviétique, Hekmatyar est devenu l’interlocuteur privilégié du puissant service pakistanais ISI (Inter-Services Intelligence) et de la CIA, devenant le principal bénéficiaire de l’aide américaine au cours de la guerre anti-soviétique. Il a dirigé d’une main de fer son parti, Hezb-i-Islami, seul parti djihadiste organisé de la résistance afghane. Cependant, il a échoué dans sa tentative de prendre Kaboul après la débâcle du régime communiste en 1991. Il n’a jamais pu occuper son poste de Premier ministre dans le gouvernement des Moudjahiddine sous la présidence de Burhanuddin Rabbani et il fut en grande partie à l’origine de la guerre civile qui s’en est suivie. Lorsque Kaboul est tombé aux mains des Taliban, Hekmatyar s’est réfugié en Iran. Après l’intervention américaine contre les Taliban, l’Iran a expulsé Gulbuddin Hekmatyar qui est revenu dans l’Est de l’Afghanistan. Si d’éventuelles négociations devaient avoir lieu entre la coalition et les talibans, Hekmatyar aurait une place importante. Certains membres du Hezb-i-Islami occupent déjà des postes ministériels et Hamed Karzaï ne cesse d’envoyer des messages de réconciliation à ses « chers frères », Hekmatyar et mollah Omar. Le chef du parti islamique a pris récemment quelques distances avec les Taliban en ne réclamant pas le retrait préalable des troupes étrangères comme condition au dialogue, mais simplement l’établissement d’un calendrier du retrait.

La deuxième composante englobe les réseaux de Jallaluddin Haqquani. Ce dernier est un ancien héros de la guerre contre l’armée soviétique, ancien ministre des Affaires tribales du régime des Taliban et proche conseiller de mollah Omar. Il s’est radicalisé après être entré en contact avec des militants wahhabistes et salafistes d’Al-Qaeda présents dans la ceinture pachtoune, notamment du Pakistan. Appartenant à la tribu Zadran, présente, comme la plupart des tribus, de part et d’autre de la frontière, Haqqani est très influent dans les provinces de Paktya et de Paktika, limitrophes des zones tribales pakistanaises où il est implanté depuis le début des années 80. Il serait aussi à l’origine de la plupart des attentats suicides sanglants commis à Kaboul. Vieux combattant, ce sont ses fils, plus particulièrement l’un d’entre eux, Sarajuddin Haqquani surnommé « Khalifa », qui dirigent les opérations de son organisation. Le clan des Haqquanis est la cible privilégiée des forces américaines.

La troisième composante, de loin la plus importante, est constituée des Taliban « originels » présents avant les attentats du 11 septembre 2001, fidèles au mollah Omar, le chef suprême du régime des Taliban, et défendent, comme en 1994, un agenda politique largement fondé sur le nationalisme pachtoune doublé d’une vision très conservatrice de l’Islam. Il consiste à « chasser les occupants étrangers » et réinstaller l’émirat des Taliban à Kaboul. Un dialogue entre eux et le gouvernement de Kaboul impliquant leur participation au prochain gouvernement afghan ne semble plus constituer un obstacle pour les Etats-Unis, l’ONU et l’Union européenne. Toujours est-il que quelques changements sont perceptibles du côté des Taliban dans leurs dernières déclarations. Certes, ils demandent toujours le départ des troupes de l’OTAN en déclarant même garantir leur sécurité pendant le temps du retrait, mais ils s’adressent désormais, ce qui est inhabituel, à l’ONU, aux organisations internationales et même à l’opinion publique américaine et européenne.

La question est de savoir jusqu’où les Taliban pourraient modérer leur conception et pratique du pouvoir inacceptable, quoi qu’il arrive, pour une partie importante de la population afghane. Ceci n’est pas une question idéologique mais la garantie d’un équilibre visant à faire cesser la guerre civile.

Karim Pakzad

Mardi 13 octobre 2009

Karim Pakzad, chercheur associé à l'IRIS.

Source : Affaires Stratégiques
http://www.affaires-strategiques.info/...


2-5 La France étudie l'achat en urgence de drones Predator aux Etats-Unis.

Dans la plus grande discrétion, la France étudie l'achat aux États-Unis, auprès du constructeur General Atomics, de plusieurs drones Reaper MQ-9, également connus sous le nom de Predator B . Ces appareils d'observation sont éventuellement armés de bombes et/ou de missiles antichars. Ils sont actuellement employés quotidiennement pour des missions de guerre au-dessus de l'Afghanistan, par l'US Air Force (quatre exemplaires déployés) et la Royal Air Force britannique (un exemplaire). La CIA les utilise également pour des opérations clandestines au-dessus du Pakistan, et sous d'autres cieux. Depuis plusieurs mois, des discussions sont en cours entre les autorités militaires françaises et les États-Unis, qui proposent une procédure de vente d'État à État (Foreign Military Sales), soumise à l'accord du Congrès. Notre enquête auprès de plusieurs sources qualifiées permet de comprendre pourquoi ces discussions ont lieu, et dans quelles conditions.
Le premier point concerne les problèmes du drone SIDM Harfang, dont trois exemplaires (seulement) ont été vendus par EADS à l'armée de l'air française avec une station de contrôle au sol, pour 100 millions d'euros. Tous ces avions ont été déployés sur la base américaine de Bagram, en Afghanistan. Deux de ces trois avions sont aujourd'hui cloués au sol. Le premier a été
pratiquement détruit en vol après une fausse manoeuvre qui a atteint sa structure, et se trouve actuellement sur la base de Mont-de-Marsan. Depuis six mois, les réparations n'ont pas été entamées, en raison - selon nos informations - de divergences sur l'interprétation du contrat de maintenance liant la DGA (Direction générale de l'armement), les industriels EADS et Israel Aircraft Industries, concepteur de l'engin. Le second appareil est également empêché de voler, cette fois par une panne de son moteur autrichien Rotax. Des pièces de rechange devraient arriver sur place rapidement. Mais le besoin se fait cruellement sentir d'une flotte plus étoffée . Car pendant ce temps, le contingent français ne dispose plus que d'un seul avion, soit le tiers de la flotte envoyée sur place en début d'année 2009. Un officier très au fait du dossier s'enflamme : "On est en guerre, et on n'est pas capable de réparer ces appareils ? En d'autres temps, les responsables de cette situation auraient été fusillés !" Peut-être, mais que faire pour régler le problème et conserver la capacité nationale d'observation mise en place au profit des troupes françaises déployées en Afghanistan ? À ce stade, c'est le problème... En l'état actuel des dossiers, aucune solution européenne pour un drone MALE (Moyenne altitude, longue endurance) n'est disponible rapidement. Les simples discussions avec EADS et IAI sur l'achat d'un quatrième Harfang butent depuis plusieurs mois sur les prétentions financières des industriels, qualifiées de "déraisonnables". Deux propositions existent, à l'horizon 2015 ou plutôt 2020 : soit celle que suggèrent Dassault et Thales associés à IAI, qui proposent à la France et à l'Espagne une version "européanisée" du drone israélien Heron TP . La seconde proposition est celle d'EADS, avec le Talarion (ex-Advanced UAV) , mais les trois pays concernés (France, Allemagne, Espagne) hésitent devant le coût de la merveille . C'est pourquoi une éventualité américaine a émergé.
Problème budgétaire
Il ne s'agirait pas pour la France de renoncer à l'un des projets actuellement à l'étude, mais de remplir provisoirement un "déficit capacitaire", à coût contrôlé. Selon nos informations, General Atomics a proposé à EADS de s'associer sur ce programme, et des discussions sont en cours depuis plusieurs mois avec les autorités militaires françaises. L'idée serait d'acheter aux États-Unis quatre avions et deux stations de réception et de traitement des images, pour un prix global de 80 à 100 millions de dollars (54 à 67 millions d'euros), qui paraît peu élevé au regard des 81 millions de dollars payés au début de cette année par l'Italie, qui a acheté deux
Reaper et deux stations au sol . Ensuite, chaque avion Reaper "nu" supplémentaire serait facturé dix millions de dollars (6,7 millions d'euros). Charge aux Français d'adapter sur ces appareils l'excellent système de transmissions d'images par satellite développé pour le Harfang, considéré comme meilleur que celui vendu par les Américains, ou n'importe quelle autre charge utile. Dans l'état actuel des discussions, les charges utiles envisagées seraient, outre les caméras actuelles du Harfang, des pods (nacelles) d'écoute et d'interception mis en oeuvre par la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) ou la DRM (Direction du renseignement militaire), mais aussi des systèmes radar de reconnaissance maritime. Ces derniers permettraient de faire effectuer par l'armée de l'air des missions de surveillance (la détection de l'orpaillage clandestin en Guyane, comme la surveillance de la frontière soudano-tchadienne sont citées) qui économiseraient de précieuses heures de patrouilles actuellement confiées à des avions Atlantic 2 de la marine nationale, dont le potentiel doit être préservé. Pour des raisons similaires, les Italiens ont essentiellement acheté leurs Reaper pour effectuer du contrôle de l'immigration clandestine en Méditerranée.
Selon nos informations, les discussions transatlantiques secrètes sont actuellement intenses, et les Américains feraient très fort en acceptant de prélever les premiers appareils sur les chaînes tournant au profit de l'US Air force, et de les livrer trois mois après la commande. Ce qui ne veut pas dire qu'ils pourraient être envoyés aussitôt en Afghanistan, car une longue période d'essais et d'adaptation serait sans doute nécessaire. Autre point : la trentaine de Reaper américains opérationnels sont fortement armés : ils peuvent emporter jusqu'à quatorze missiles air-sol, mais aussi des bombes guidées par laser ou par GPS, et peuvent rester quatorze heures en vol. À notre connaissance, les appareils seraient livrés à la France avec leurs pylônes d'emport installés, mais sans armement. Or la France a commandé en 2007 pour ses hélicoptères Tigre des
missiles antichar Hellfire II . Quel obstacle technique empêcherait que d'éventuels drones américains acquis pas la France soient équipés de tels missiles ? Ou emportent des bombes guidées par laser ? Aucun. Enfin, dernier problème : les finances. La loi de programmation 2009-2014 prévoit un budget de 300 millions d'euros pour les drones , mais pas un centime pour un achat sur étagère aux États-Unis. Dans l'administration, on entend ces jours-ci l'argument bien connu, selon lequel "il suffirait de décaler la commande d'un seul Rafale pour régler le problème"... Ce seul élément promet des discussions animées ! De ce côté-ci de l'Atlantique, cette fois.

11/10

http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-10-11/afghanistan-exclusif-la-france-etudie-l-achat-en-urgence-de-drones-predator/1648/0/384722


2-6 Blackwater USA organise une « CIA privatisée ».
Le site internet The Raw Story donne la parole à Jeremy Scahill, auteur d’un livre sur la société militaire privée Blackwater : USA The Rise of the World’s Most Powerful Mercenary Army [Epopée de l’armée de mercenaires la plus puissante du monde].

Scahill s’inquiète du développement d’une « CIA privée », organisée par le privé et au service du privé. « Ils vendent non seulement leurs services à des gouvernements étrangers, mais aux sociétés listées par le Fortune 500 », disait-il.

Son livre, qui doit sortir en anglais dans une édition de poche, fait le point sur « l’incident » qui a coûté la vie à dix-sept civils irakiens le 16 septembre 2007, lorsqu’au moment de la traversée d’un convoi sécurisé par la société, les hommes de Blackwater ont tirés sans discernement dans la foule, tuant au moins dix-sept civils irakiens.

Aujourd’hui, Scahill s’inquiète surtout de l’expansion que prend Blackwater dans le secteur privé. « Blackwater a lancée une société de renseignement privé du nom de Total Intelligence Solutions (TIS) dirigé par un certain Joseph Cofer Black, et qui dirigea la section du contre terrorisme de l’Agence de renseignement américain (CIA). Détail : Black était aussi la personne qui était en charge des "restitutions extraordinaires", le programme gouvernemental pratiquant les enlèvements et la torture ».

Bien que TIS apparaisse comme distincte de Blackwater, elle est en réalité le résultat d’une fusion de trois sociétés : le Black Group, société créée par Conrad Black, vice-président de Blackwater ; le Terrorism Research Center et la société Technical Defense, qui appartiennent toutes deux au fondateur de Blackwater, le fondamentaliste « chrétien » Erik Prince.

TIS est aussi membre d’un puissant lobby qui milite pour la privatisation des armées et des forces de sécurité, dont le nom orwellien n’est autre que l’International Peace Operations Association.

En ce qui concerne la personne de Cofer Black, évoquons ici l’article de Jeff Steinberg publié dans l’Executive Intelligence Review du 9 Novembre 2007. L’auteur, discutant l’implication éventuelle de la nébuleuse militaire britannique BAE Systems dans les attentats du 11 septembre, écrivait que « le 10 juin 2001, le directeur de la CIA de l’époque, George Tenet, accompagné du directeur du contre-terrorisme de l’Agence, s’était entretenu avec la conseillère nationale à la Sécurité Condoleezza Rice avec l’Attorney General John Ashcroft et avec le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, afin de les alerter sur les dangers d’une attaque imminente d’al-Queda ».

Rappelons également que le procureur suisse Dick Marty, dans son enquête sur les « restitutions extraordinaires » commandée par le Parlement européen, avait noté le fait que les avions impliqués dans les transferts de prisonniers entre Abou Graib et Guantanamo, appartenaient à deux compagnies aériennes affrétées par les autorités américaines pour cette opération : il s’agissait de Presidential Airways et Aviation Worldwide Services (AWS), tout deux appartenant à Blackwater USA, dont les vols effectuaient des arrêts discrets dans des pays peu regardant sur l’identité d’éventuels passagers et offraient des centres de détention tenus secrets permettant la poursuite des « interrogations musclées ». Il s’agissait en particulier, bien que non-exclusivement, de la Pologne, de la Roumanie, et surtout de Malte, une ancienne colonie britannique, où Blackwater a installé un centre important pour ces opérations. Vers la même période, Blackwater a recruté au moins 750 anciens tortionnaires chiliens, vétérans de l’Opération Condor sous le régime fasciste de Pinochet, et le nom de Blackwater a aussi été évoqué dans des enquêtes sur l’assistance militaire discrète aux opérations du PKK en Irak et en Iran.

« Ce n’est ne pas une question d’être de libéral [de gauche] ou d’être conservateur [de droite] » se défend Scahill. « Il y a un bon nombre de conservateurs traditionalistes qui sont scandalisés par ce qu’ils considèrent comme une dégradation des forces armées américaines… Tout ceci met en cause l’avenir de la guerre et la stabilité globale. »
Jusqu’à ce jour, Hillary Clinton a été la seule candidate à se dire prête à voter une loi bannissant Blackwater, ainsi que toutes les autres Société de mercenaires privées du théâtre de guerre irakien, comme elle l’affirma en avril 2008 sur son site Internet.

Lyndon LaRouche et son mouvement ont été parmi les premiers à dénoncer la Révolution dans les affaires militaires (RMA), une escroquerie promue par le banquier de Lehman Brothers Felix Rohatyn et l’ancien secrétaire d’Etat George Shulz visant à détruire les Etats-Unis et, ce faisant, à laisser prospérer les cartels financiers britanniques dans le monde.

Lire notre dossier : Mercenaires sans frontières, les "chiens de guerre" de la mondialisation

Pour creuser le sujet : focus

1er août

http://www.solidariteetprogres.org/article4384.html


2-7 Nicolas Vescovacci : Faut-il payer des «bad guys» pour gagner la guerre ?.

Le Times de Londres affirme dans son édition parue jeudi 15 octobre que les services secrets italiens payaient les talibans dans la région de Sarobi (nord-est de Kaboul) pour maintenir la paix. En passant le commandement de cette région aux Français en juillet 2008, les Italiens n’auraient pas informé l’état-major français de ces pratiques. Les Français auraient, selon le Times, manqué d’informations, ce qui aurait mené à une « évaluation incorrecte des risques » (réactions des familles sur france24.com). Le 18 août 2008, dix militaires français trouvaient la mort dans une embuscade. Ce jeudi, le gouvernement italien a démenti ces informations de presse. L’armée française dit ne pas pouvoir les « confirmer ou les infirmer ». Quant à l’Otan, elle assure ne pas être au courant. Payer les « rebelles » ou les « insurgés » pour obtenir des informations, voire même garantir la sécurité d’une région est une pratique courante. En Irak, l’armée américaine en a même fait un atout majeur dans sa stratégie de contre-insurrection.

Depuis qu’en Afghanistan la stratégie de la contre-insurrection a été validée par la Maison Blanche, les militaires du Pentagone n’ont plus que trois mots à la bouche : « clear-hold-build » (nettoyer, tenir, construire). Psalmodié comme un mantra, ce  triptyque est le modèle de pacification que le général Stanley McChrystal, le patron des forces alliées en Afghanistan, voudrait voir appliquer sur le terrain. « Mais cette approche ne peut fonctionner que si la sécurité va de pair avec une gouvernance et un développement efficace », rappelait le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick, dans un discours du mois de septembre 2008.

Alors que faire lorsque le chaos devient la règle, lorsque les armées occidentales, considérées le plus souvent comme des forces d’occupation sont incapables de maintenir la sécurité et de contrôler le terrain ?

Acheter les insurgés irakiens

En Irak, l’armée américaine a mis du temps pour expérimenter une stratégie qui s’est finalement révélée efficace : l’achat pur et simple des « insurgés » ou des « rebelles », ces « bad guys » acharnés qui dénonçaient depuis 2003 les desseins impérialistes de l’Amérique en Irak. Opérer cette révolution n’a pourtant pas été chose facile. Car, dès les premiers jours de l’administration américaine, elle fut rejetée par Paul Bremer en personne. A l’époque, l’administrateur civil de l’Irak considère les anciens alliés de Saddam Hussein, parmi lesquels les tribus sunnites, comme des reliques du régime baasiste qu’il faut absolument écarter. D’entrée, Paul Bremer se prive de relais importants dans la société irakienne.

Face à ce rejet, les nombreuses tribus sunnites et leurs dizaines de milliers de partisans se tournent naturellement vers la « résistance », avec ou sans le soutien du réseau d’al-Qaïda. Elles pratiquent une guérilla sans merci contre « l’occupant ».

En 2004, la bataille de Falloujah, la deuxième ville de la province d’Al-Anbar, située en plein cœur du triangle sunnite marque un tournant dans l’approche américaine. Les généraux prennent conscience de l’importance des tribus et du poids politique de certains cheikhs qui règnent sur de petites armées privées. Premières démarches américaines, premiers échecs.

En mai 2005, deux tribus sunnites affirment de nouvelles positions. Les Abu Mahal et les Abu Nimer désignent al-Qaïda comme l’ennemi à abattre. Pas question de rallier les Américains, mais de se venger contre des militants islamistes qui ont tué certains des leurs. Fin 2005, toutes les tribus de la ville de Ramadi se réunissent dans un « Conseil tribal de la province d’Al-Anbar », aussi opposé aux Américains que réfractaire à l’extrémisme prôné par Al-Qaïda. Ce groupe est remplacé en septembre 2006 par un « Conseil du salut de la province d’Al-Anbar ». Il permet l’unification de vingt-cinq des trente-et-une tribus locales. Et c’est sous l’impulsion d’un chef de clan que ce conseil fait le premier pas vers les Américains.

« The Surge » et la protection américaine

Le commandement américain est d’abord prudent mais finit par comprendre l’intérêt d’un rapprochement avec les responsables tribaux. Les généraux américains promettent plus que leur protection. Ils leur fournissent des armes, de l’argent et des véhicules. Certaines tribus sont recrutées pour protéger des installations pétrolières, d’autres sont déployées le long de la frontière syrienne pour tenter d’empêcher l’afflux de combattants étrangers. Cette coopération ne produit pas tous les succès escomptés mais donne des résultats.

Lorsqu’en 2007 George Bush décide d’envoyer 20 000 soldats américains supplémentaires, cette stratégie baptisée « the Surge » (le sursaut) s’accompagne d’une politique fondée sur le recrutement d’anciens ennemis, dans le centre mais aussi dans le sud de l’Irak à majorité chiite. L’armée américaine rémunère le changement de camp et n’hésite pas à fournir de juteux contrats de reconstruction aux sociétés détenues par des chefs de clans.

A de nombreux égards, l’armée américaine utilise les mêmes recettes que Saddam Hussein pour forcer l’allégeance des tribus. Dans ses rangs, la stratégie passe mal. Pas facile de faire de son ancien ennemi un ami, surtout lorsque le pacte est scellé sur une montagne de dollars. Toutefois,  « the Surge » (le sursaut) porte ses fruits grâce à deux facteurs combinés : la suspension (août 2007) des attaques de l’armée du Mahdi créée par le jeune chef radical chiite Moqtada Sadr et le réveil des tribus (Sahwa), désormais plus enclines à coopérer contre rémunération avec l’armée américaine.

Succès du général Petraeus

En mars 2008, le commandant des forces américaines en Irak, le général David Petraeus explique que : « cette stratégie a largement contribué à la baisse de 60 à 70% des attaques ces huit derniers mois ». L’idée est tellement simple que les observateurs militaires se demandent pourquoi il a fallu attendre si longtemps pour en arriver là.

Réunis en cent cinquante groupes ou milices, les supplétifs irakiens de l’armée américaine, majoritairement sunnites, représentent aujourd’hui une force non négligeable de plus de cent mille hommes. Ce sursaut sunnite se fait largement au frais du contribuable américain. A raison de dix dollars par combattant, l’armée américaine dépense au minimum un million de dollars par jour pour s’offrir les services d’une partie de ses anciens ennemis. Le Premier ministre Al-Maliki a longtemps critiqué une « stratégie risquée et à court terme », pour finalement saluer « le sursaut patriotique des frères sunnites ». Aujourd’hui, c’est le gouvernement irakien qui gère difficilement le dossier, pris d’un côté entre la nécessité d’intégrer les miliciens dans l’armée nationale et de respecter, de l’autre, l’équilibre confessionnelle des forces.

Plus difficile d’acheter les talibans

En Irak, la stratégie américaine donne des résultats mais constitue un pari sur l’avenir. Les tribus et leurs alliés ont changé de camp une fois.

Rien ne dit qu’elles resteront fidèles à leurs engagements.

Beaucoup d’observateurs affirment que la paix ne s’achète pas. Qu’elle se construit pas à pas sur la confiance et le respect mutuel.

Les limites tangibles de cette stratégie n’empêchent pas certains aux Etats-Unis d’appeler à la reproduction du modèle irakien en Afghanistan. (Peut-on acheter la paix aux talibans ? http://www.rfi.fr/actufr/articles/118/article_85676.asp).

Depuis Kaboul, il s’agirait de corrompre pour affaiblir et mieux diviser l’ennemi. Dans les manuels de contre-insurrection, les soldats ne s’interdisent rien. Cependant, l’histoire locale, la complexité du terrain et le morcellement ethnique rendent improbable tout ralliement massif des talibans aux forces de la coalition.

Sur la stratégie américaine en Irak, lire aussi : « Irak : Les janissaires de l'Amérique » (Le Monde du 11 mars 2008) http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/03/11/irak-les-janissaires-de-l-amerique_1021452_829254.html

Nicolas Vescovacci

Article publié le 15/10/2009

http://www.rfi.fr/actufr/articles/118/article_85675.asp


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