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22/10/2009

n°295 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie de l'Afghanistan - 20-10 - : Début :- La panique s’empare du Pentagone.

n°295 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie de l'Afghanistan - 20-10 - : Début :- La panique s’empare du Pentagone.



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie'de l'Afghanistan

   n°295                                                                                                                             20/10/09

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Avant propos

Tiré à part :

L'ex-détenu "dangereux" de Guantanamo était innocent.

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Débat à l'Université de New York : "Nous ne pouvons pas lâcher ce pays", "c'est injouable"

1-2 Jules Dufour : La panique s’empare du Pentagone.

1-3 Immanuel Wallerstein : Moyen-Orient: nouveau scénario catastrophe.

1-4 Un général français tire (a boulet rouge) sur la nouvelle stratégie US.

(Suite)

1-5 Cybermoine : Le monde tel qu’il est. 

2 Brèves

2-1 Murray Brewster : Des avocats veulent empêcher des témoins de parler.

2-2 Ottawa interdit à un ex-diplomate de témoigner.

2-3 L'audience publique sur la torture en Afghanistan est repoussée.

2-4 Le  front afghan coûte 400 millions d’euros à la France.

(Fin)

3 Annexe

3-1 Karel Vereycken : Les « chiens de guerre » de la mondialisation financière.

3-2 Jan Peters : La Base de Planification et d'Administration de Prisons Secrètes / Centres De Torture de la CIA.

3-3 Hatem Karoui : La politique de la canonnière est dépassée !

3-4 Après Bush, la paix ?

3-5 Science Fiction… "Destructions massives sur le territoire américain" … !!!



Avant propos

Trucages électoraux: voilà ce que cela donne lorsque des élections "démocratiques", à la sauce ricano-otano-occidentale, sont organisées dans un pays agressé, occupé et toujours en guerre.

C' est comme si des élections "démocratiques" avaient été organisées dans les pays occupés par les nazis ...

Le fameux Hamid Karzaï est arrivé au pouvoir dans les valises des agresseurs ricains. C' est un collabo et son rival ne doit pas valoir beaucoup mieux.

Pauvres Afghans "libérés" et "démocratisés" par les ricano-otano-occidentaux ! Il est loin le temps où l'Afghanistan avait à sa tête un gouvernement progressiste. Les réactionnaires et féodaux afghans (appelés a l'époque les "rebelles" par la propagande et les médias capitalistes), soutenus et armés par l' Occident et les pays arabes satellites se sont empressés de le combattre.

Malgré l' aide soviétique aux forces progressistes, l' Occident et les pachas arabes au pouvoir sont arrivés à leurs fins.

Aujourd'hui, comme en Irak, au Pakistan, en Palestine, sous le prétexte de lutter contre le terrorisme, le carnage, les destructions, la corruption, les massacres d'innocents, se poursuivent et les pays otanisés (DONT LA BELGIQUE), à la solde des Ricains, s' engagent dans un nouveau bourbier, une guerre sans fin, un nouveau Vietnam, des dépenses de guerre ruineuses pour l'économie et les finances mondiales...

Il ne faut jamais oublier l' Histoire, il faut toujours revenir aux sources: les guerres de conquêtes colonialistes et impérialistes ...

Plus il y aura de trucages, plus les Afghans vont devoir voter, à la condition que la "Démocratie" ricano-otano-occidentale tienne compte de leur vote comme ... en Irlande (Faut-il en rire ou en pleurer ?). 

RoRo  



Tiré à part 

L'ex-détenu "dangereux" de Guantanamo était innocent.

C'est l'histoire d'un gars qui n'a pas eu de chance: il a fait sept ans et quatre mois à Guantanamo car le FBI le tenait pour un dangereux terroriste issu des rangs des talibans. En fait ceux-ci l'avaient eux-mêmes emprisonné et torturé car ils le prenaient pour un espion.

C'est un journaliste de la VRT qui a mené l'enquête sur l'histoire du prisonnier que la Belgique a accueilli il y a deux semaines après sa libération du camp américain de Guantanamo.

L'homme est âgé de 31 ans. Il avait été fait prisonnier par les troupes américaines en 2001 lors de la chute de Kandahar en Afghanistan, Kandahar, la place forte du pouvoir taliban. Il est soupçonné de suivre un entraînement militaire dans un camp, d'autres prisonniers l'accusent. Plus fort encore, dans les ruines de la maison d'un chef taliban, les Américains découvrent une vidéo où il proclame qu'il veut mourir en martyr. Une solide pièce à charge pour le FBI qui pense avoir mis la main sur un terroriste de premier rang, un terroriste venu de l'étranger à Kandahar pour se battre.

Erreur. A 22 ans, après des demandes d'asile sans succès dans plusieurs pays, l'homme se rend en Afghanistan d'où il espère pouvoir repartir vers l'étranger et obtenir plus facilement l'asile. Recruté par al-Qaida, il reçoit effectivement un entraînement mais est vite soupçonné par les talibans et al-Qaida d'être un espion israélien: c'est la prison, la torture, où il perd un membre. On le force à enregistrer la vidéo compromettante. La prison où il est détenu est bombardée. Il se retrouve libre deux jours avant l'arrivée des troupes américaines auxquelles il se livre. Il veut témoigner des tortures qu'il a subies. Et c'est là que cela tourne mal: il est placé par l'armée américaine avec les talibans faits prisonniers. A ce moment tout le monde est suspect...

Finalement, aux Etats-Unis, ses avocats ont réussi à établir son innocence et à arracher son acquittement: c'est ainsi que l'homme a été libéré et accueilli en Belgique, où il a reçu une nouvelle identité et un permis de séjour.

16/10

http://www.rtbf.be/info/monde/afghanistan/le-prisonnier-de-guantanamo-accueilli-en-belgique-etait-taxe-de-dangereux-151448



1  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Débat à l'Université de New York : "Nous ne pouvons pas lâcher ce pays", "c'est injouable"

C'était une soirée sur invitation, chic et chère à la fois, mardi 6 octobre. Lieu : l'Université de New York (NYU). Puissance invitante : la Fondation Rosenkranz, qui s'occupe de questions internationales et finance une émission à la radio publique américaine et sur la chaîne de télévision Bloomberg. Le principe : deux panels de trois experts qui débattent, pour ou contre l'énoncé qui leur est présenté.

Ce mardi, celui-ci était sans détour : "L'Amérique ne peut pas réussir et ne réussira pas en Afghanistan". D'accord ou pas d'accord ?

Le débat a bien montré quelles étaient aujourd'hui les divisions au sein des élites démocrates, et dans une moindre mesure aussi républicaines. Ainsi, Steve Coll, directeur du grand think tank démocrate New America Foundation, s'opposait-il à... son propre adjoint, Steve Clemons. Le premier croit encore possible la victoire, pour peu que son pays se dote des moyens humains militaires et civils nécessaires. Le second n'y croit plus : huit ans ont passé depuis l'intervention alliée, or ce pays est aujourd'hui bien moins sécurisé qu'il n'était lors de l'entrée des Américains dans Kaboul.

Pour le soutien à la stratégie contre-insurrectionnelle du général Stanley McChrystal, M. Coll : "A part l'Iran, tous les voisins de l'Afghanistan veulent que nous restions. La clé du succès est au Pakistan, nous ne pouvons pas lâcher ce pays."

James Shinn, adjoint au secrétaire d'Etat en 2007-2008, auparavant chef du renseignement en Asie de l'Est de 2003 à 2006 : "On ne luttera pas contre Al-Qaida sans renseignement humain, donc sans être sur le terrain. Sinon, la guerre à Al-Qaida devient un leurre."

John Nagl, lieutenant-colonel de réserve, très impliqué dans le "surge" (renforts) en Irak : "Un échec à pacifier l'Afghanistan, condition de la stabilisation du Pakistan, serait catastrophique. La contre-insurrection, ça marche. Nombre de talibans rejoignent leurs rangs pour de l'argent. Il suffit de les retourner. On le fera comme on l'a fait en Irak."

Pour un changement de stratégie, Steve Clemons : "Ce n'est plus une guerre américaine contre Al- Qaida, mais une guerre entre factions afghanes. Or nous sommes perçus comme une puissance occupante qui prend parti en faveur d'un camp. Ça, c'est injouable."

Patrick Lang, ex-très haut gradé du renseignement militaire, spécialiste du Moyen-Orient et de l'Asie de l'Est : "Quand j'ai débuté, on nous a amené les meilleurs instructeurs britanniques et français de la contre-insurrection. En Afghanistan, les Britanniques, les Soviétiques, tous se sont cassé les dents. Je connais la fin de l'histoire : le Congrès, fatigué, finira par voter le retrait de nos forces et on aura perdu beaucoup plus que si on changeait de stratégie et d'ordre du jour maintenant."

Ralph Peters, vingt-deux ans d'armée, commentateur militaire sur la chaîne Fox : "Quand les généraux n'ont plus d'idées, ils demandent des renforts, c'est vieux comme la guerre !"

Sylvain Cypel

LE MONDE

Article paru dans l'édition du 08.10.09

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/10/07/debat-a-l-universite-de-new-york-nous-ne-pouvons-pas-lacher-ce-pays-c-est-injouable_1250504_3222.html#ens_id=1191850


1-2 Jules Dufour : La panique s’empare du Pentagone.

La recrudescence des attaques de plus en plus meurtrières contre les forces de la coalition et la demande de renforts de l'ordre de 40 000 soldats exprimée par le général Stanley McChrystal laissent entrevoir une défaite cinglante des forces militaires occidentales en Afghanistan. Ce n'est pas encore la panique, mais on s'aperçoit de plus en plus que les stratégies d'occupation armée de ce pays ne permettent pas d'atteindre les objectifs de sa conquête et d'assurer son contrôle. Depuis quelques temps, les "penseurs" du Pentagone croient que la meilleure approche pour "triompher" en Afghanistan serait de se rapprocher de la population civile et lui démontrer que les forces étrangères sont venues pour elles, pour lui bâtir un avenir sécuritaire et pour lui permettre de se développer. Elles pourraient ainsi gagner les cœurs des Afghans et renverser la vague hostile qui se déferle sur elles depuis leur invasion.
L'intensification du conflit par l'ajout de forces supplémentaires massives préconisées par plusieurs représentants de la Chambre et du Sénat aux États-Unis ne fera que reporter à plus tard l'échéance de la défaite et du retrait des armées occidentales de cette région de l'Asie centrale. À plusieurs reprises les chefs des gouvernements des pays engagés dans cette guerre ont tour à tour exprimé des doutes sérieux quant à la possibilité de "gagner cette guerre". Ce fut le cas, notamment, du Premier du Canada qui s'est exprimé en ce sens à quelques occasions : " La déclaration du premier ministre Stephen Harper est limpide : Oubliez ça, les boys, la guerre en Afghanistan est perdue d'avance". C'est à un journaliste de CNN que Stephen Harper a fait cette renversante déclaration. " Nous ne remporterons pas cette guerre seulement en restant là, a-t-il dit. (...) Jamais nous ne battrons les insurgés" ((Mourez pour rien chers soldats ). Au Royaume-Uni, un mouvement de plus en plus fort, devant l'ampleur des pertes en vies humaines dans les guerres d'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak, a réussi à faire en sorte qu'une enquête soit réalisée concernant l'implication de la Grande Bretagne dans le conflit irakien.

Figure 1. Des Marines américains impliqués dans des combats en Afghanistan

 Pires pertes de l'OTAN en Afghanistan depuis août 2008
I. Des raids meurtriers contre les populations civiles
Selon de nombreux reportages publiés récemment "les forces étrangères en Afghanistan tuent régulièrement des civils dans des combats et des bombardements contre les insurgés. Ces "bavures" provoquent la colère de la population et des autorités afghanes. En 2008, 2 118 civils ont été tués dans des violences, en majorité au cours des bombardements des forces internationales selon les Nations Unies. L'ONU estime que les forces pro-gouvernementales sont responsables de la mort de 39% d'entre eux. Jusqu'à 90 personnes ont été tuées au début de septembre dernier à Kunduz, dans le nord de l'Afghanistan, dans le bombardement de citernes de carburant par les forces internationales, le nombre encore incertain de civils parmi les victimes poussant l'ONU, l'OTAN et Kaboul à promettre des enquêtes" (
Les principales «bavures» en Afghanistan). Comme les résultats de ces enquêtes sont rarement divulgués il est facile de les initier et de conclure que la Loi des guerres et leur contexte global rendent ces événements inévitables et font en sorte qu'il soit difficile voire impossible de juger les responsables. Les conclusions sont sensiblement les mêmes : "Ces événements sont déplorables, mais il sont difficiles à éviter". "Ce bombardement de Kanduz est "inacceptable" selon plusieurs ministres des Affaires étrangères de l'UE". Ce sont les dommages collatéraux qui semblent appartenir de plus en plus aux normes acceptables et tolérables dans les conflits armés.

II. Un retrait progressif de toutes les forces étrangères

Combien de massacres de la population civile et combien de vies de soldats faudra-t-il sacrifier avant de prendre la décision de quitter l'Afghanistan et de mettre fin à cette "mission" ?
Pour plusieurs observateurs et analystes la stratégie actuelle est une impasse. Selon Nicolas Gros-Verheyde, "dans les mois prochains sera l'épreuve de vérité. Tout le monde le reconnaît. Mais la stratégie actuelle, même revue et corrigée par le général McCrystal, ne semble pas offrir à portée de main un futur meilleur. Reconnaître que depuis 8 ans, cette guerre a mal été engagée, mal déployée, et que beaucoup d'erreurs ont été commises, ne suffit pas. Retrouver la confiance de la population afghane juste avec quelques bombardements en moins et deux trois actions civilo militaires en plus paraît difficile" (
Bruxelles2., L'Europe de la défense).

Conclusion
Nous l'avons déjà esquissé. La seule façon pour l'Occident de ne pas perdre la face en Afghanistan est de se retirer et de rapatrier ainsi les troupes le plus rapidement possible. Il s'agit de la seule avenue qui va permettre de rétablir l'ordre et la sécurité dans le pays. Cette guerre d'occupation a assez fait de ravages, de destructions et de massacres dans l'ensemble du territoire. Avouer leur défaite est pour les forces de la coalition un geste impensable à poser après tant d'années à combattre un ennemi que l'on considère encore comme des terroristes dangereux et appartenant d'emblée à l'Axe du mal. Le mouvement anti-guerre ne cesse de le répéter partout dans le monde. La guerre d'invasion de l'Afghanistan a assez duré. Il faut y mettre fin et consacrer désormais les efforts de coopération internationale à la reconstruction du pays pour le bénéfice premier de ses habitants. Avec l'arrivée du président Obama il a été permis de penser un instant à l'émergence d'une nouvelle approche et à la fin de ce cauchemar. Que se passera-t-il dans les prochaines semaines? Quel concept triomphera-t-il? La poursuite de la guerre ou la coopération pour le développement?

Références
- AFP. 2009. Les principales "bavures" en Afghanistan. Cyberpresse. Le 4 septembre 2009.

En ligne : http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200909/04/01-898882-les-principales-bavures-en-afghanistan.php
- AFP. 2009. Afghanistan: l'armée place Obama en mauvaise posture. Cyberpresse. Le 4 octobre 2009. En ligne :
http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis/200910/04/01-908337-afghanistan-larmee-place-obama-en-mauvaise-posture.php
- DUFOUR, Jules. 2008. Les guerres d'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak. Un bilan horrifiant de portée mondiale. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation. Le 22 juillet 2008. Adresse Internet:
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=9645
- DUFOUR, Jules. 2009. Un seul enjeu dans les négociations avec les talibans et les "insurgés": Le retrait immédiat du Canada et de la coalition. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 10 mars 2009. En ligne:
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=12645
- GROS-VERHEYDE, Nicolas. 2009. Un calendrier de retrait: la seule façon de gagner la guerre en Afghanistan ? Bruxelles 2 (L'Europe de la Défense). Le 13 septembre 2009. En ligne : http://bruxelles2.over-blog.com/article-36039742.html
- OUIMET, Odile. 2009. Mourez pour rien, chers soldats. Cyberpresse. Le 3 mars 2009. En ligne :
http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/michele-ouimet/200903/03/01-832670-mourez-pour-rien-chers-soldats.php
- TALBI
, Karim. 2009. Pires pertes de l'OTAN en Afghanistan depuis août 2008. Cyberpresse. Le 4 octobre 2009. En ligne : http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200910/04/01-908284-pires-pertes-de-lotan-en-afghanistan-depuis-aout-2008.php 
- WARREN, Jerry.
2002. Military Intervention in Afghanistan: Implications for British Foreign and Defence Policy. British American Security Information Council. Basic Paper. Occasional Papers on International Security Policy. September 2002. Number 40. En ligne : http://www.basicint..org/pubs/Papers/BP40.htm

Jules Dufour

Jules Dufour, Ph.D., est président de l'Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l'Ordre national du Québec.

Le 5 octobre 2009

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=15539

www.Mondialisation.ca


1-3 Immanuel Wallerstein : Moyen-Orient: nouveau scénario catastrophe.

Opinion

Obama a un plan pour le Moyen-Orient, signe des accords, en particulier avec l'Irak.

Mais Immanuel Wallerstein, un sociologue américain proche de Bourdieu, développe une analyse alarmante.

Pour lui, un jeu de dominos délétère est en route qui risque de provoquer un embrasement anti-américain en Irak, puis en Afghanistan puis au Pakistan et rendre impossible tout accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Le pire n'est jamais sûr... Surtout quand on l'anticipe!
Le Moyen-Orient est sur le point de s'embraser mais ni le gouvernement ni l'opinion publique américaine n'y sont préparés. C'est à peine s'ils semblent conscients de l'imminence de cet embrasement, et ils ignorent à quel point il sera dévastateur. Le gouvernement américain (et donc, inévitablement, l’opinion publique) se berce complètement d’illusions sur sa capacité à gérer la situation dans le cadre des objectifs déclarés. La tempête soufflera d’Irak en Afghanistan, d’Afghanistan au Pakistan, du Pakistan en Israël/Palestine, et comme le dit l’expression consacrée, « elle se répandra comme une traînée de poudre ».
De l'Irak, à l'Afghanistan
Commençons par l’Irak. Les Etats-Unis ont signé avec ce pays un Accord sur le statut des forces (Status of Forces Agreement, SOFA) entré en vigueur le 1er juillet. Selon cet accord, le gouvernement irakien devait retrouver sa responsabilité concernant la sécurité intérieure du pays. Le texte prévoyait également de cantonner les forces américaines dans un certain périmètre autour de leurs bases, et de limiter leur rôle à la formation des troupes irakiennes. Certaines formulations de l'accord sont délibérément ambiguës : c’était la seule façon d'amener les deux parties à le signer.
Les premiers mois d’application de cet accord montrent déjà combien il fonctionne mal. Les forces irakiennes l’interprètent de façon très stricte. Elles interdisent formellement les patrouilles conjointes, mais aussi toute action militaire unilatérale de la part des Etats-Unis, c'est-à-dire, sans une autorisation détaillée, préalablement établie par le gouverment irakien. On en est arrivé au point que, pendant la journée, les forces irakiennes empêchent les forces américaines de passer les postes de contrôle avec des approvisionnements.
Les forces américaines s’en irritent. Elles ont cherché à interpréter de manière plus souple la clause qui leur garantit le droit à l’autodéfense. Elles pointent du doigt le regain de violence dans le pays et donc, implicitement, l’incapacité des forces irakiennes à garantir l’ordre.
Le général qui commande les forces américaines, Ray Odierno, est évidemment extrêmement mécontent. Il tente par tous les moyens de trouver des prétextes afin de rétablir l'autorité américaine. Récemment, il a rencontré le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki et le Président du gouvernement régional kurde, Masoud Barzani. Il a essayé de les convaincre d’autoriser des patrouilles conjointes tripartites (irakiennes/kurdes/américaines) dans Mossoul, mais aussi dans d'autre zones du nord de l'Irak, pour réduire, voire prévenir, les violences. Ils ont poliment accepté de prendre sa proposition en considération. Hélas pour Odierno, son projet réclamerait une révision formelle de l’accord SOFA.
A l’origine, l'accord SOFA devait être soumis à un référendum populaire début juillet. Les Etats-Unis craignaient de perdre ce scrutin, ce qui aurait enraîné le départ d’Irak de toutes les forces américaines au 31 décembre 2010, douze mois plus tôt que la date théorique prévue par l’accord.
Les Etats-Unis pensaient avoir fait une bonne opération en persuadant al-Maliki de repousser ce référendum à janvier 2010, en même temps que les élections nationales. Or, celles-ci polariseront l'attention des candidats. Tout le monde cherchera à obtenir des voix. Personne ne va faire campagne en faveur du « Oui » au référendum. D'ailleurs, al-Maliki soumet actuellement un projet au parlement irakien : l'accord SOFA pourrait être annulé par une simple majorité des voix en faveur du « Non ». Et il y aura une majorité de voix pour le « Non ». Il se peut même qu’il y ait une majorité écrasante de voix pour le « Non ». Odierno devrait faire ses bagages dès maintenant. Je suis prêt à parier qu’il s’imagine encore pouvoir éviter ce départ de feu. Il se trompe.
Que se passera-t-il après ? Tout pourrait changer d'ici janvier, mais pour l’instant, al-Maliki semble bien parti pour gagner cette élection. Il y arrivera en se faisant le champion du nationalisme irakien. Il passera des accords avec tout le monde sur cette base. Le nationalisme irakien, pour le moment, ne se soucie guère de l’Iran, de l’Arabie saoudite, d’Israël ou de la Russie. Avant toute chose, il veut libérer l’Irak des derniers vestiges de la domination coloniale américaine : c’est en effet, ces termes que presque tous les Irakiens définissent le régime sous lequel ils vivent depuis 2003.
Y aura-t-il des violences internes en Irak ?

Probablement, mais peut-être moins que ce qu’espèrent Odierno et d’autres.

Alors quoi ? La « libération » irakienne, puisque que ce sera l’interprétation de l’ensemble du Moyen-Orient d'un « Non » au référendum, aura immédiatement un énorme impact sur l’Afghanistan.

Les gens se diront : « si les Irakiens peuvent le faire, nous aussi ».
De l'Afghanistan au Pakistan
Bien entendu, la situation de l'Afghanistan est différente, très différente de celle de l’Irak.

Mais regardez ce qu'il s’y passe actuellement avec les élections. On a un gouvernement installé au pouvoir pour contenir et détruire les talibans. Les talibans se sont révélés plus tenaces et militairement efficaces que quiconque n’avait pu l’anticiper. Même le solide commandant américain sur place, Stanley McChrystal, l’a reconnu. L’armée américaine parle maintenant de « réussir » d'ici, peut-être, une décennie. Des soldats qui pensent disposer d’une décennie pour remporter une guerre contre des insurgés n’ont manifestement pas lu l’histoire militaire.
Remarquez les politiciens afghans eux-mêmes. Trois candidats de premier plan à la présidence, y compris le Président Hamid Karzaï, ont débattu à la télévision de l’actuelle guerre interne. Ils se sont accordés sur une chose : il faut une forme de négociation politique avec les talibans. Ils ont divergé sur les détails. Les forces américaines (et otaniennes) ne s'en cachent pas : elles sont sur place pour anéantir les talibans. Et les politiciens afghans les plus importants, eux, débattent sur la façon de s’entendre politiquement avec eux. Cela témoigne d’un sérieux décalage d’appréciation des réalités ou peut-être même des objectifs politiques.
Les sondages, pour ce qu’ils valent, montrent que la majorité des Afghans veulent voir partir les forces de l’OTAN, et la majorité des électeurs américains souhaitent la même chose. Maintenant, projetez-vous en janvier 2010 lorsque les Irakiens votent le départ des Etats-Unis d’Irak. Souvenez-vous qu’avant que les talibans n’arrivent au pouvoir, le pays était le théâtre d’impitoyables et féroces combats pour le contrôle du pays, opposant des seigneurs de guerre dotés de bases ethniques différentes,
Les Etats-Unis furent en réalité soulagés quand, soutenus par le Pakistan, les talibans se sont emparé du pouvoir.

Enfin de l’ordre !

Qu'il vienne des talibans n'était qu'un problème mineur. Les talibans ont pris la charia au sérieux et montré de la sympathie à l’égard d’un al-Qaïda naissant. Aussi, après le 11-Septembre, les Etats-Unis, avec l’assentiment des Européens de l’Ouest et le consentement des Nations Unies, ont lancé l’invasion. Les talibans furent chassés du pouvoir pour un petit bout de temps.
Que va-t-il arriver maintenant ?

Les Afghans retourneront probablement aux sales et incessants conflits inter-ethniques entre seigneurs de guerre rivaux, avec des talibans formant seulement une faction de plus. La tolérance de l’opinion publique américaine pour cette guerre s’évaporera entièrement.

Toutes les factions internes et beaucoup de voisins (Russie, Iran, Inde et Pakistan) resteront pour se disputer les morceaux.
Etape trois enfin, le Pakistan. C’est encore une autre situation compliquée. Mais là-bas, aucun des acteurs ne fait confiance aux Etats-Unis. Et les sondages montrent qu'une majorité écrasante de l’opinion publique pakistanaise pense que le plus grand danger pour le Pakistan, ce sont les Etats-Unis. L’ennemi traditionnel, l’Inde, est loin derrière dans les sondages. Quand l’Afghanistan sombrera dans une guerre civile à part entière, l’armée pakistanaise soutiendra les talibans. Ils ne peuvent soutenir les talibans en Afghanistan tout en les combattant au Pakistan. Ils ne pourront plus se permettre d’accepter que des drones américains bombardent le Pakistan.
Israël/Palestine
Puis vient l’étape quatre de l’embrasement, Israël/Palestine. Le monde arabe observera l’effondrement des projets américains en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Le projet des Etats-Unis en Israël/Palestine se résume en un mot: un accord de paix entre les Israéliens et les Palestiniens. Les Israéliens ne vont pas bouger d’un pouce. Mais les Palestiniens non plus, ni maintenant ni en particulier après l’incendie. L'embrasement aura une seule conséquence: les autres Etats arabes feront pression sur le Fatah et le Hamas pour qu’ils joignent leurs forces au conflit général. Ce qui se fera, peut-être au sens littéral, sur le cadavre de Mahmoud Abbas.
L’intégralité du programme d’Obama sera parti en fumée. Et les Républicains en feront leur miel. Ils qualifieront la défaite américaine au Moyen-Orient de « trahison » et ce n'est un secret pour personne que nombres de gens aux Etats-Unis sont très réceptifs à ce thème..
Soit on anticipe les incendies et on prend des décisions utiles, et urgentes. Soit ils vous happent.

Immanuel Wallerstein

08/09/09  

_____________________
*Immanuel Wallerstein est un sociologue américain.
Proche de Noam Chomsky et de Pierre Bourdieu, sa critique précoce du système capitaliste mondial en a fait une sorte d'éminence grise du mouvement altermondialiste. Il fut notamment l'un des signataires du manifeste de Porto Alegre du Forum social mondial.
Son dernier ouvrage, L'universalisme européen : de la colonisation au droit d'ingérence, a été édité chez Demopolis en 2008.

http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EkVkuFAkuZkCggTnLH.shtml


1-4 Un général français tire (a boulet rouge) sur la nouvelle stratégie US.

Le 1er Octobre.

Le Canard Enchaîné d’hier révèle qu’un officier supérieur français a été reçu en août dernier, au siège de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) – les services secrets de notre pays — pour donner son avis sur la stratégie militaire adoptée par les occidentaux en Afghanistan.

Message du Général ?

Qu’il « serait ‘dangereux’ de renforcer à nouveau le contingent français. »

Or, ce Général est fin connaisseur de l’Afghanistan et du Pakistan où « il représenta secrètement » la DGSE avant la guerre américaine, et où il a accompli « diverses missions, toujours pour sa maison mère où l’on estime qu’il connaît parfaitement un terrain dont il n’a jamais été très éloigné même pendant les huit ans de ce conflit ».

Le Général en question se serait livré à une critique en règle de la nouvelle stratégie américaine « sans pour autant approuver celle qui la précédait », indiquant qu’il faudrait un corps expéditionnaire d’au moins 300.000 hommes pour tenir l’Afghanistan, alors qu’aujourd’hui il y en a le tiers.

Il a ajouté que toute volonté de « contrôler le ‘pays utile’ quitte à laisser les insurgés arpenter montagnes et cavernes, sans qu’ils y soient confinés, ne peut conduire qu’à l’échec. »

Dans une interview au Figaro, le 29 septembre, le Commandant en chef des forces de l’OTAN en Afghanistan, le General Stanley McChrystal, a réitéré cette conception : « On ne peut pas contrôler la totalité du territoire (…) On doit sélectionner les régions les plus peuplées ».

Commentaire acéré d’un diplomate cité par le Canard : « Et pendant ce temps, les Talibans, qui ne manquent pas de sympathisants dans les villes, accepteraient de vivoter tranquillement dans leurs tanières ? »

Bien que, selon ces sources, Nicolas Sarkozy n’ait pas l’intention de céder à Barack Obama qui réclame des renforts en matériel et en hommes, le Général en question souligne qu’il a cependant accepté « que le contingent français – hormis quelques dizaines de membres des forces spéciales – soit placé sous commandement américain », dirigé actuellement par un doux rêveur comme le Général McChrystal.

Fait rassurant, le Général Georgelin, chef d’Etat major des armées qui a été chargé de proposer à l’Elysée une réorganisation du déploiement sur place, ne propose aucun renfort important, au-delà, et ce n’est pas rien, d’une quarantaine de membres supplémentaires du Commandement des opérations spéciales.

Ces unités seraient concentrées à l’est de Kaboul, dans les provinces de Kapisa et de Surobi et participeraient en prime à la formation des forces afghanes de sécurité.

Nous rappelons ici, pour qu’il n’y ait aucune ambigüité, que, malgré une armée de 400.000 hommes déployés en Algérie, sur un territoire ‘utile’ d’environs 400.000 km2 (sur une superficie totale de 2,3 millions de km2) et malgré toutes les variantes, plus ou moins meurtrières, des doctrines de la « contre-insurrection » de l’époque, y compris celle du Lieutenant-colonel David Galula, la France a perdu la guerre d’Algérie.

La leçon de l’Algérie et du Vietnam est qu’il est impossible de « tenir » un pays, où les populations locales se coalisent de plus en plus contre « l’envahisseur ».

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http://www.solidariteetprogres.org/article5864.html


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