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02/11/2009

n°117 - Dossier du Liban - 31-10 : Début : - Une attaque israélienne reste envisageable, mais pas de sitôt(…)


n°117  - Dossier du Liban -  31-10 : Début  : - Une attaque israélienne reste envisageable, mais pas de sitôt(…)



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers du liban n°117 du 31-10

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

1 Brèves

1 Élie Masboungi : La Finul ne reçoit ses ordres que de New York, affirme le Quai d’Orsay.

1-2 Houla  !!!  : Beyrouth rejette le prétexte israélien de la légitime défense.

1-3 Deux engins d’espionnage israélien détruit, l’armée et la Finul sur le pied de guerre.

2 Dossier

2-1  Georges Malbrunot : Une livraison française de matériel d'écoutes irrite Israël.

2-2 Adrien Jaulmes : Beyrouth, nid d'espions.

(Suite)

2-3 Les États-Unis tentent de pénétrer l'armée libanaise afin de l'enrôler  contre la résistance libanaise.  

2-4 Ban Ki-moon et l'application de la résolution 1559…

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Général Aoun : « Pourquoi je dialogue avec le Hezbollah et la Syrie »

3-2 A Beyrouth, le quartier de Dahiyah est en pleine renaissance.

3-3 Nous écraserons l'armée israélienne en cas de guerre.

Fin

4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 Khalil Fleyhane : Une attaque israélienne reste envisageable, mais pas de sitôt(…)

4-2 Nour Scardina : Des officiers israéliens estiment que les forces du Hezbollah sont supérieures aux forces israéliennes. 

4-3 Blackwater mis en cause dans les assassinats de Bhutto et de Hariri .

4-4 L’attentat contre l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri à Beyrouth, le 14 février, était destiné à provoquer une réaction en chaîne de changements de régime et de balkanisation en Asie du Sud-Ouest.

5 Annexe

5-1 Azerbaïdjan : 15 ans de prison requis contre deux Libanais.



1 Brèves 

1-1 Élie Masboungi  : La Finul ne reçoit ses ordres que de New York, affirme le Quai d’Orsay.
Pour Paris, tout retard dans la formation du gouvernement serait un facteur de risque pouvant mener à une déstabilisation sur le terrain de la part de groupuscules armés incontrôlables.(...)
Au cours de son point de presse bihebdomadaire, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes, Bernard Valéro, a commenté, hier, les informations selon lesquelles Israël a demandé à l'Italie de ne pas céder le commandement de la Finul à un officier espagnol.

« C'est une question qui relève exclusivement du département des opérations de maintien de la paix à l'ONU, dont le chef est M. Leroy, un excellent diplomate français », a dit notamment M. Valéro. Ce dernier a indiqué que certains pays peuvent avoir des préférences, mais qu'à ce sujet, la France reste attachée à sa position traditionnelle, à savoir que la Finul ne doit recevoir ses ordres que des Nations unies et que les soldats de la paix dans le monde doivent s'orienter vers une plus grande professionnalisation. Il a ajouté que Paris et Londres se concertent en permanence pour concrétiser cette professionnalisation des divers contingents de Casques bleus dans le monde.
Par ailleurs, dans le cadre d'une réponse à une question sur les réunions du « comité stratégique » franco-israélien, le porte-parole du Quai d'Orsay a indiqué que le Liban a été à l'ordre du jour d'une récente réunion de ce comité. « Un organisme purement consultatif », a-t-il précisé avant d'ajouter que dans tout échange de vues sur le Liban, la France reste fermement attachée à sa position de principe. À savoir, a rappelé M. Valéro, « le respect de l'intégrité territoriale, de l'indépendance et de la souveraineté du Liban ».
Le porte-parole a affirmé que cette attitude de la France s'est exprimée tout récemment lors de la visite du ministre Bernard Kouchner au Liban, qui a vivement conseillé aux responsables libanais de procéder le plus rapidement possible à la formation d'un nouveau gouvernement.
Selon les milieux proches du Quai d'Orsay, la France a exprimé, à maintes reprises, son inquiétude face au retard apporté à la mise sur pied d'une nouvelle équipe ministérielle au Liban. Un retard qui est un facteur de risque et qui pourrait mener à une déstabilisation sur le terrain de la part de groupuscules armés incontrôlables.

Par Élie Masboungi   |

31/10/2009

http://www.lorientlejour.com/category/Liban/article/636391/La_Finul_ne_recoit_ses_ordres_que_de_New_York%2C_affirme_le_Quai_d%27Orsay.html


1-2 Houla  !!!  : Beyrouth rejette le prétexte israélien de la légitime défense.

 Condamnés par la communauté internationale, les bombardements du village de Houla par l'armée israélienne, qui constituent « une violation claire de la résolution 1701 », ont incité le Liban à envoyer une autre lettre de protestation contre cette attaque qui constitue « une violation préméditée et flagrante de la souveraineté du Liban et de la résolution 1701 (2006) ».

Ce courrier a été envoyé en prévision de la publication du nouveau rapport du secrétaire général de l'ONU sur l'application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU, prévu en novembre.
Le représentant du Liban auprès de l'ONU, Nawwaf Salam, a envoyé hier, au nom du gouvernement libanais, deux lettres identiques, adressées au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et au président du Conseil de sécurité, Le Luong Minh, représentant du Vietnam dont le pays assure la présidence tournante du Conseil pour le mois d'octobre. L'ambassadeur Salam a demandé aussi que cette lettre soit distribuée comme document officiel de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité.

Dans ce courrier, l'ambassadeur du Liban décrit les faits survenus, le 27 octobre 2009 à 18h50, heure locale, aux abords de Houla. L'armée israélienne a bombardé les abords de la ville, avec environ neuf obus de 155 mm, note-t-il.
L'ambassadeur Salam souligne que « cette violente attaque israélienne est une violation préméditée et flagrante de la souveraineté du Liban et de la résolution 1701 ; elle constitue une violation de plus d'une pratique fixée précédemment, selon laquelle tout incident survenant le long de la ligne bleue devrait être traité uniquement par la Finul, sans recours à des mesures unilatérales. De toute évidence, une telle action ne peut répondre à aucune des exigences de légitime défense, comme il est exprimé dans la Charte des Nations unies.
Préparatifs d'agression à grande échelle
Le représentant du Liban rappelle que cet « incident alarmant » survient quelques jours après celui du 17 octobre, lorsqu'une explosion a eu lieu dans la région de Houla. « Ce qui montre bien qu'Israël a planté des dispositifs d'espionnage dans le sud du Liban. L'État hébreu avait fait exploser, de loin, deux de ces dispositifs. »
Tout en « attirant l'attention » sur d'autres « violations continues par Israël de la résolution 1701 », les survols quotidiens du territoire libanais, l'occupation de la partie nord de Ghajar, des fermes de Chebaa et des collines de Kfarchouba, M. Salam estime que « les violations continues par Israël de la souveraineté du Liban et ses menaces contre le gouvernement et le peuple libanais constituent une sérieuse source de préoccupation. Car elles ne représentent pas seulement une escalade d'une situation déjà précaire, mais elles semblent également indiquer qu'Israël se prépare à une agression, à grande échelle, contre le Liban ». Le diplomate conclut en « réaffirmant l'engagement ferme du Liban à appliquer la résolution 1701, à la coopération étroite et continue entre les forces armées libanaises et la Finul.
 

Sylviane Zehil |

30/10/2009

http://www.lorientlejour.com:80/category/Liban/article/636274/_Houla+:_Beyrouth_rejette_le_pretexte_israelien_de_la_legitime_defense.html


1-3 Deux engins d’espionnage israélien détruit, l’armée et la Finul sur le pied de guerre.

- Dans la nuit de samedi à dimanche, une explosion a secoué la partie est du sud du pays, entre le village de Houla et de Maïss el-Jabal, dans la plaine de Wadi el-Jamal, aux alentours de minuit.

- Hier matin, au même endroit, c'est une autre explosion qui a secoué les lieux, à quelques centaines de mètres seulement d'un poste d'observation de la Finul.

Une source militaire a d'abord précisé dans la journée d'hier qu'il s'agissait de deux bombes dont l'explosion avait été provoquée à distance par l'armée israélienne.

« Le premier engin a explosé avant minuit la nuit dernière, dans une zone accidentée (dans le secteur) frontalier de Houla, et un second engin a explosé dans la même région (dimanche) matin », a dit la source à l'AFP.
Des éléments de l'armée libanaise et de la force de l'ONU (Finul) se sont déployés dans le secteur, a ajouté la source, précisant que selon les premières données « c'est l'armée israélienne qui a fait détoner les deux engins à distance à partir du territoire israélien ». Les engins ont pu être posés par les Israéliens, a-t-elle ajouté, précisant qu'une enquête avait été ouverte.

Israël « craignait pour une raison ou une autre qu'ils soient découverts et a procédé à leur destruction à distance », a-t-elle encore souligné.

Selon elle, l'armée libanaise, qui s'est déployée en force dans la région, « a repéré un troisième engin et l'a fait exploser dimanche matin ».
Il existe plusieurs versions des faits.

Selon la chaîne de télévision du Hezbollah, al-Manar, le parti avait réussi samedi à déjouer « une tentative d'espionnage amorcée par l'ennemi israélien, et c'est prise de panique que l'armée israélienne a décidé de détruire, par le biais d'un drone de type MK, les deux récepteurs qui avaient été placés sur le réseau de télécommunications du Hezbollah ».

Ce réseau traverse la localité de Khoullat Onok, située entre Houla et Maïss el-Jabal, à deux kilomètres seulement de la frontière israélienne et de la colonie de Menara.

Une source informée a précisé dans ce contexte que les engins détruits ont pour fonction de récolter des informations, de les enregistrer, de détecter les mouvements physiques et de déclencher un signal d'alarme lorsqu'ils sont approchés de trop près. Selon al-Manar, c'est ce qui s'est produit samedi dernier puisque c'est lorsque des membres du Hezb tentaient de les désamorcer qu'un drone israélien a survolé la zone et a bombardé le site.
Tôt le matin, c'est également un drone qui a procédé à la destruction du deuxième engin, mais lorsque la Finul et l'armée sont arrivées sur les lieux, il restait encore un troisième engin qui a été démantelé « après l'arrivée d'experts » sur les lieux afin de l'examiner, pendant que, côté israélien, on pouvait entendre des tirs de semonce.

Toutefois, selon une source militaire, l'armée qui s'est déployée en force dans la nuit de samedi à dimanche dans la région « a repéré un troisième engin et l'a fait exploser dimanche matin ». Sur la fonction de ce matériel, une source au sein des services de sécurité au Sud a indiqué à l'AFP que les engins détruits servaient « aux écoutes et à la surveillance des communications de la résistance », faisant référence au Hezbollah.
Une autre version veut que ces engins aient été posés durant la guerre de juillet 2006 et que, consciente qu'ils allaient être découverts par le Hezbollah, l'armée israélienne a décidé de les détruire, dans une initiative qui constitue une grave violation de la résolution onusienne 1701.

Un comité conjoint de l'armée et de la Finul a par ailleurs entamé une enquête afin de déterminer les circonstances de cet incident. Alors qu'il se trouvait sur place, un drone de l'armée israélienne a survolé les lieux, ce qui a poussé l'armée libanaise à riposter. La source militaire précitée a ainsi indiqué que les batteries antiaériennes de l'armée avaient tiré dimanche matin en direction d'un « avion de reconnaissance israélien de type MK qui avait violé l'espace aérien libanais, survolant la région de Bint Jbeil au Sud ». « L'armée a tiré car l'avion se trouvait à portée de ses batteries », a-t-elle ajouté.
La Finul et l'armée libanaise
Après avoir indiqué, par le biais de son porte-parole Yasmina Bouziane, que la Finul ne disposait pas d'informations suffisantes au sujet des incidents de Houla, les Casques bleus ont publié un communiqué dans lequel ils ont indiqué hier soir qu'ils avaient « connaissance d'au moins deux explosions dans la zone », ajoutant qu'elles n'avaient pas fait de blessés, selon les informations dont elle dispose. « Selon les premières indications, les explosions ont été provoquées par des charges contenues dans des capteurs souterrains abandonnés qui avaient été placés là par les forces de défense israéliennes, apparemment pendant la guerre de 2006 », a souligné le communiqué. Le texte précise qu'une enquête a été ouverte.
L'armée a de son côté publié un communiqué dans lequel elle a indiqué que samedi dernier, aux alentours de 20h 20, « l'ennemi israélien a entrepris de faire exploser à distance un engin servant de capteur et de récepteur se trouvant dans la vallée de Houla en territoire libanais ». « Hier matin à 8h 15, l'ennemi israélien a procédé à la destruction à distance également, et au même endroit, d'un second engin du même type, poursuit le communiqué de l'armée. Peu de temps après, des unités de l'armée libanaise et de la Finul ont procédé au démantèlement des équipements utilisés pour faire fonctionner ces engins. Un comité conjoint de la Finul et de l'armée enquête pour connaître les circonstances qui ont entouré ces incidents. La batterie antiaérienne de l'armée s'est en outre mise en marche lorsque les drones de l'ennemi ont survolé les villages de Maïss el-Jabal et de Houla. Une enquête est actuellement en cours pour déterminer si d'autres engins ont été placés dans la région ».
Les villages de Houla et de Maïss el-Jabal ont connu hier une journée empreinte de prudence puisque les rues des deux localités étaient quasiment vides, notamment à cause des mesures prises par l'armée libanaise dans la région.

Un bouclage du secteur avait en effet été imposé dans la nuit de samedi à dimanche et plus de 200 soldats de l'armée et de la Finul se trouvaient sur place.

Des battues ont été effectuées afin de trouver tout équipement supplémentaire.

Une intense activité militaire a pu être notée, côté israélien, tout le long des villages de Kfarkila, Markaba, Maïss el-Jabal, Blida et Houla.

http://www.lorientlejour.com/category/Liban/article/635008/Un_drone_israelien_detruit_a_Houla_deux_engins_d%27espionnage%2C_l%27armee_et_la_Finul_sur_le_pied_de_guerre.html



2 Dossier

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information..

2-1  Georges Malbrunot : Une livraison française de matériel d'écoutes irrite Israël.
Outre l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri, des équipements livrés au Liban ont servi à démasquer des espions pro-israéliens.
La France a livré du matériel d'écoutes téléphoniques aux Forces de sécurité intérieure libanaises (FSI) pour les aider à découvrir la vérité sur l'assassinat, en février 2005, de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, mais cet équipement sensible a servi ensuite à démanteler un vaste réseau d'espions pro-israéliens au Liban, ce qui a provoqué la colère de l'État hébreu.
L'affaire, confirmée par une source diplomatique et une autre au ministère de l'Intérieur, pourrait s'avérer embarrassante, lorsque le tribunal spécial pour le Liban publiera son acte d'accusation.
«L'opération s'est nouée au printemps 2006, lorsque les FSI, proches du camp Hariri, se sont plaintes de ne pas disposer d'un matériel de qualité identique à celui dont bénéficiait alors la commission d'enquête internationale», affirme une source française proche de la famille Hariri. À cette époque, les hommes du général Ashraf Rifi, patron des FSI, cherchaient à bâtir leur propre service de renseignements, pour ne pas se laisser déborder par les services existants, proches des factions rivales, notamment du Hezbollah pro-iranien.
Du matériel d'interception et de localisation d'écoutes sera livré aux FSI, par des sociétés privées françaises, après accord de l'État. Aux côtés d'autres équipements fournis eux par la CIA (en particulier, un précieux logiciel d'exploitation de données), ces outils vont notamment permettre aux enquêteurs de mettre au jour un réseau d'individus impliqués dans la préparation de l'attentat contre Hariri. Mais l'efficacité des limiers libanais finira par inquiéter leurs ennemis. En janvier 2008, le capitaine Wissam Eid, responsable des écoutes au sein des FSI, est tué, lorsque son convoi explose sur une bombe à Beyrouth.
Ces grandes oreilles devaient théoriquement traquer les communications des «ennemis syriens, iraniens et de leurs alliés locaux», mais, comme souvent en matière de fourniture de systèmes d'écoutes, ceux-ci auront d'autres applications.
Au printemps dernier, ils permettront à la Sécurité intérieure de démanteler le plus important réseau d'espions pro- israéliens au Liban. En quelques semaines, soixante-dix Libanais seront inculpés d'espionnage au profit d'Israël ; et une quarantaine de suspects placés en détention. La vague surprend par son ampleur. Juste avant des élections législatives, cruciales pour l'avenir du Liban, la pêche tombe à pic pour le camp pro-occidental, conduit par Saad Hariri, le fils de l'ancien premier ministre, qui remportera le scrutin de juin. Le général Rifi le confiera ensuite à un diplomate français : «On avait les noms des collabos dans nos dossiers depuis quelque temps, mais on attendait le bon moment pour les sortir.»
Aide russe au Hezbollah
Inutile de dire que ces livraisons de matériel sensible ont vivement mécontenté Israël. Publiquement, rien n'a transpiré. Mais en coulisses, l'État hébreu a exprimé son courroux aux autorités françaises. Après son revers de l'été 2006 face au Hezbollah, Tsahal commit l'erreur de recruter hâtivement au Liban-Sud, pour rattraper un lourd déficit en renseignements humains dans cette région. «Mais quand on met le paquet trop vite, il y a toujours des fuites, note un expert militaire français. Le Hezbollah s'en est rendu compte, et il a renforcé les contre-mesures.» Dans cette chasse très populaire aux espions pro-israéliens, la milice chiite ne sera pas en reste pour se faire épauler. En début d'année, les services de renseignements russes (FSB) dépêchèrent auprès du Hezbollah une équipe d'experts avec du matériel, selon plusieurs sources concordantes.
En coulisses, les Israéliens accuseront même les FSI d'avoir livré des systèmes d'écoutes au Hezbollah.

Faux, répond l'expert militaire, fin connaisseur du Liban. «Mais c'est vrai que la Sécurité intérieure a livré des collabos pro-israéliens au Hezbollah», ajoute-t-il. «C'est notamment le cas du colonel, qui commandait l'école des commandos de l'armée, un ancien de la milice chrétienne des Forces libanaises pendant la guerre civile. Le Hezbollah n'en a pas fait des tonnes. Il préfère garder le dossier qu'il ressortira le moment venu.» Contre ses ennemis intérieurs.

Classique en matière d'espionnage.

http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/15/01003-20091015ARTFIG00007-une-livraison-francaise-de-materiel-d-ecoutes-irrite-israel-.php
http://www.fischer02003.over-blog.com/article-liban-russie-france-et-israel-37712995.html


2-2 Adrien Jaulmes : Beyrouth, nid d'espions.

La capitale du Liban est au centre de la guerre du renseignement que se livrent les services syriens, le Hezbollah, le Mossad, la CIA et beaucoup d'autres.

La guerre froide avait le Berlin de John Le Carré ou la Vienne du Troisième Homme.

La guerre clandestine qui se livre au Moyen-Orient a Beyrouth pour capitale. Espions occidentaux et agents iraniens, services de renseignements syriens et activistes du Hezbollah, Mossad, CIA et autres agences s'y livrent une guerre opaque dans laquelle les victoires sont parfois claironnées. Les défaites jamais….

Dans cette guerre de l'ombre, les services de renseignements israéliens ont subi, cette année au Liban, l'un des plus importants revers de leur histoire.

Comme il se doit, ils n'ont pas commenté le démantèlement de leur plus grand réseau d'espionnage dans un pays arabe. Les chiffres sont pourtant sans précédents. Plus de soixante-dix Libanais ont été inculpés d'espionnage au profit d'Israël ces derniers mois. Une quarantaine de suspects ont été placés en détention. Une trentaine d'autres agents supposés sont toujours recherchés par les autorités libanaises. Certains ont réussi à fuir, prenant l'avion vers une destination inconnue, ou ont franchi la frontière entre les deux pays, toujours techniquement en guerre depuis 1949. D'autres ont cessé leurs activités.

À la différence des maîtres espions des romans, les membres de ces réseaux appartiennent à l'univers moins glamour du renseignement de terrain. Celui des petites mains, des cellules anonymes chargées de glaner des informations fragmentaires, de préparer des dossiers d'objectif ou de suivre les mouvements quotidiens de l'adversaire. Parmi ces agents, certains dormants depuis des années, toutes les communautés libanaises sont représentées : chrétiens, sunnites, chiites, originaires du Sud-Liban, de la Bekaa ou de Beyrouth.

«Certains travaillaient pour Israël depuis des années, parfois depuis les années 1980», explique le général Achraf Rifi, directeur général des Forces de sécurité intérieures libanaises, qui ont effectué une bonne partie des arrestations. «Ils ont été recrutés, ajoute-t-il, pour des motifs variés : financiers, idéologiques ou psychologiques. On a même des cas de chantage, sexuels ou autres. Mais le principal facteur de ce recrutement a été la longue occupation israélienne du Sud-Liban, qui a mis en contact des Libanais avec les Israéliens, et qui a, d'une certaine façon, rendu acceptable les relations avec eux».

«Une chose est sûre, c'est un beau coup de filet, commente une source diplomatique occidentale à Beyrouth. Il est possible que, depuis leur semi-échec pendant la guerre de 2006, où ils s'étaient appuyés sur leurs renseignements aériens et technologiques, les Israéliens aient un peu trop demandé à leurs réseaux, leur faisant prendre plus de risques pour reconstituer leurs listes de cibles. Mais ces arrestations sont surtout le fruit d'un travail sans précédent des forces de sécurité libanaises.»

Comme dans toutes ces affaires, l'écheveau est difficile à démêler.

Particulièrement au Liban, où le Hezbollah, entretient ses propres services de contre-espionnage, collaborant parfois avec les agences de l'État encore remplies d'agents et d'officiers pro-syriens, mais dirigés, depuis le retrait de Damas, par des sunnites fidèles à Rafic Hariri, notamment les Forces de sécurité intérieure.

«Un élément déclencheur est certainement la prise de conscience par le Hezbollah de l'ampleur de la pénétration israélienne», souligne le diplomate. Organisation clandestine, opaque et paranoïaque, qui base sa sécurité sur le recrutement chiite de ses cadres, le Hezbollah subit, en février 2008, un coup dur avec l'assassinat à Damas d'Imad Moughniyeh, chef de sa branche militaire. Attribué au Mossad, l'attentat met au travail le contre-espionnage du mouvement.

À la fin de l'année 2008, les premières arrestations commencent.

En novembre, deux frères sunnites sont capturés par le Hezbollah. Originaires de la ville d'al-Marj, dans la vallée de la Bekaa, Ali et Youssouf Jarrah sont accusés d'espionner depuis vingt ans pour Israël. On retrouve en leur possession du matériel photographique et vidéo, et un système GPS dissimulé dans leur véhicule. La voiture, équipée pour prendre des photos, aurait été fréquemment garée au poste frontière de Masnaa, sur la route entre Beyrouth et Damas, par laquelle transitent les responsables du Hezbollah. Muni d'un passeport israélien, Ali Jarrah se rendait, via Chypre ou la Jordanie, en Israël pour y être briefé et entraîné. Selon des sources libanaises, il aurait aussi été envoyé en reconnaissance dans le quartier de Damas où Moughniyeh a été assassiné.

Vaste coup de filet 

En janvier 2009, le Hezbollah capture deux autres suspects. Joseph Sader, employé à l'aéroport de Beyrouth, est enlevé alors qu'il se rend à son travail. Interrogé, il aurait révélé avoir eu la même fonction de renseignement dans un aéroport par où transitent émissaires et diplomates de tout le Moyen-Orient. Un garagiste de Nabatiyeh, ville chiite du Sud-Liban, est le quatrième agent arrêté par le Hezbollah. Marwan Fakir était un concessionnaire automobile qui fournissait des véhicules au mouvement chiite. Il aurait aussi utilisé ses talents de garagiste pour installer des dispositifs de localisation sur des voitures que le parti lui donnait à réparer. Ces affaires ne sont que le préliminaire du vaste coup de filet qui va suivre, celui qui implique les services libanais.

Un général libanais recruté par Israël

En mai 2009, les arrestations commencent. Le général Adib Alam, officier chrétien à la retraite, ancien de la Direction du renseignement militaire, est interpellé avec sa femme et son neveu. Selon les médias libanais, il aurait reconnu avoir été recruté par les services israéliens en 1998. Ses employeurs l'auraient convaincu de prendre sa retraite pour monter une agence de recrutement de domestiques asiatiques. Grâce à cette couverture, Adib Alam voyageait en Grèce, à Chypre et en Italie, où il rencontrait ses officiers traitants. Il aurait fourni des informations sur le Hezbollah et sur les mouvements internes de l'armée libanaise. Il avait aussi accès au département des passeports, source d'information capitale.

Mansour Diab, un colonel sunnite originaire du Akkar, région du nord du Liban, est à son tour convaincu de liens avec Israël. Ce commando Marine avait été l'un des héros de la prise d'assaut du camp de réfugiés de Nahr el-Bared, blessé à l'épaule au cours de l'attaque à l'été 2007. Il aurait été recruté par le Mossad pendant ses stages aux États-Unis. Un autre colonel, Shahid Toumiyeh, lui aussi originaire du Akkar, est arrêté avec un retraité des douanes. Puis Nasser Nader, suspecté d'avoir organisé la surveillance du quartier de Dahieh, le bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, dévasté par des bombardements israéliens d'une grande précision en 2006.

Cette vague d'arrestations est d'autant plus inhabituelle que les cellules d'espionnage, selon les règles en usage, n'étaient constituées que de deux ou trois personnes au maximum. Elles travaillaient de façon autonome et cloisonnée, et ne se connaissaient pas entre elles. «Nous avons réussi à percer un secret technique, qui nous a permis de détecter ces cellules, se contente d'expliquer le général Rifi. Certains ont envoyé des messages à leurs agents traitants israéliens leur disant qu'ils se sentaient repérés. Ils se sont vu répondre qu'il ne fallait pas s'en faire. Et nous avons commencé les arrestations. D'autres vont suivre. Ceux qui ont réussi à fuir ont en tout cas cessé leurs activités.»

«Un outil d'enquête extraordinaire» 

L'histoire de ce «secret technique» semble, quant à elle, liée à une autre affaire. «Le secret en question remonte à l'enquête sur l'assassinant de Rafic Hariri, déclare une source diplomatique à Beyrouth. Les FSI libanaises se sont alors vu confier par des services occidentaux un puissant logiciel capable d'analyser des dizaines de milliers d'appels téléphoniques, et d'en déceler les anomalies. Comme, par exemple, des téléphones portables qui ne s'activent qu'à certains moments. Ou qui ne communiquent qu'avec un ou deux numéros. C'est un outil d'enquête extraordinaire.»

Le responsable de ce programme est un brillant officier, spécialiste des systèmes informatiques, le capitaine Wissam Eid. «Il est vraisemblable qu'il a découvert beaucoup de choses grâce à ce logiciel, dit une source libanaise qui souhaite rester anonyme, comme la plupart des interlocuteurs. Notamment sur les communications du Hezbollah…»

Le capitaine Eid en savait-il trop ? Avait-il découvert des implications du Hezbollah dans l'attentat contre Rafic Hariri ? Toujours est-il que le 25 janvier 2008, sa voiture blindée est pulvérisée par un véhicule piégé, et le capitaine tué sur le coup.

Son système a, depuis, permis un autre coup de filet. Portant un des plus graves coups à Israël dans une guerre sans héros.

Adrien Jaulmes, envoyé spécial à Beyrouth
17/09

http://www.lefigaro.fr/international/2009/09/14/01003-20090914ARTFIG00414-beyrouth-nid-d-espions-.php

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