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10/11/2009

n°298- dossiers de l'Afghanistan - 09-11 -Fin - : L'Otan unie derrière la stratégie des USA en Afghanistan…


n°298- dossiers de l'Afghanistan - 09-11 -Fin - : L'Otan unie derrière la stratégie des USA en Afghanistan…



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de l'Afghanistan n°298 du 09-11

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

1 Dossiers

Suite –

1-9 Guantanamo : Les dossiers

Fin 

4 Les évêques US proposent des règles d’intervention.

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Commandant Ilyas Kashmiri: Lire les pensées de l’ennemi et agir en conséquence »



4 Les évêques US proposent des règles d’intervention.

Ndlr : La publication de l’article ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage ce point de vue, mais doit être vu comme information.

Ils demandent au gouvernement de revoir les forces militaires et les objectifs

- La Conférence épiscopale des Etats-Unis appelle les dirigeants américains à faire un usage « proportionné et discriminé » de la force militaire en Afghanistan.

L'évêque d'Albany, Mgr Howard Hubbard, président de la commission épiscopale justice et paix internationale, a adressé une lettre en ce sens au général James Jones, conseillé pour la sécurité nationale des Etats-Unis. 

Dans cette lettre, l'évêque fait quelques recommandations à l'administration américaine dans l'espoir qu'elle en tienne compte au moment de la révision de sa stratégie en Afghanistan. 

« Même si nous sommes des pasteurs et des éducateurs et non des experts militaires, écrit-il au nom de la conférence épiscopale, nous pouvons faire partager la doctrine et l'expérience catholiques qui peuvent être une aide au moment de définir les différentes options politiques » . 

« Nous reconnaissons que la situation en Afghanistan et au Pakistan voisin traverse un moment critique. Un échec avec ces Etats, notamment avec le Pakistan qui possède des armes nucléaires, aurait de graves implications sur la sécurité régionale et internationale ». 

L'évêque a ensuite reconnu : « Face aux menaces terroristes nous savons que notre nation doit répondre aux attaques indiscriminées contre des civils innocents en essayant de combiner entre eux la décision qu'il est nécessaire de prendre, le contrôle qui vise à garantir que nous agissions de manière correcte et la sagesse pour affronter des thèmes plus vastes comme la pauvreté et l'injustice utilisés sans scrupules par les terroristes pour attirer de nouvelles recrues » . 

Il est ensuite revenu sur une déclaration de la conférence épiscopale émise après les attentats du 11 septembre 2001, soulignant certains principes contenus par cette dernière. 

Au nom de ses confrères, Mgr Hubbard appelle l'administration américaine à « reconsidérer l'utilisation de la force militaire, - encore faudrait-il que la force soit nécessaire pour défendre les innocents et résister au terrorisme, - pour s'assurer qu'elle soit proportionnée et discriminée » . 

Il a suggéré le développement de critères spécifiques pour déterminer « quand il convient de mettre fin à l'action militaire en Afghanistan ». 

La conférence épiscopale américaine exhorte également l'administration à se concentrer davantage « sur la diplomatie, sur le développement à long terme, surtout sur les programmes alimentaires et sur l'assistance humanitaire ». 

Ceci, poursuit-il, serait important pour « renforcer la bonne gouvernance locale et la participation des groupes locaux à la planification de leur développement » et pour « promouvoir le soutien international à la création de gouvernements nationaux et locaux efficace ». 

« L'implication militaire dans le développement devrait se réduire progressivement, selon que la situation se stabilise et que les agences civiles reprennent leur activité », recommande l'évêque. 

Ses recommandations, précise-t-il, sont aussi le résultat de consultations sur la base des expériences du Catholic Relief Services (la Caritas américaine), une organisation qui travaille en Afghanistan depuis une dizaine d'années, sur des projets locaux concernant l'agriculture, la question hydrique, l'éducation et la santé. 

« Sa capacité à développer des collaborations locales, à impliquer la population dans l'analyse de ses besoins et à l'aider à déterminer les priorités se traduit dans le fait que ces communautés sont plus engagées dans leur développement », déclare l'évêque d'Albany. 

« Nous, évêques, reconnaissons que notre pays a la responsabilité morale de combattre le terrorisme et d'aider à reconstruire l'Afghanistan ». 

« Il n'y a pas de réponses faciles sur le moyen de réaliser au mieux ces objectifs », reconnaît-il. 

Mais Mgr Hubbard espère que ces réflexions aideront les autorités à planifier une stratégie sur leurs futures actions en Afghanistan

15/10

http://www.zenit.org/rssfrench-22336 



2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

2-1 Commandant Ilyas Kashmiri: Lire les pensées de l’ennemi et agir en conséquence »

Rencontre avec le commandant Ilyas Kashmiri, le chef de la brigade 313 de guérilla d'Al Qaïda

ANGORADA, Sud-Waziristan, zone frontalière avec l'Afghanistan –

Lors d'une rencontre de haut niveau le 9 octobre dernier, au palais présidentiel, entre les dirigeants civils et militaires du Pakistan, le feu vert a été donné à une opération militaire contre les résistants pakistanais et Al Qaïda dans la zone tribale du Sud-Waziristan  – définie par les experts comme le berceau de tous les conflits régionaux.

Au même moment, Al Qaïda escalade sa stratégie sur le théâtre de guerre de l’Asie du sud, qui fait partie de sa campagne plus large contre l'hégémonie mondiale usaméricaine qui a commencé avec les attaques du 11 septembre 2001 aux USA.

La cible d'Al Qaïda restent les USA et ses alliés, tels que l'Europe, Israël et l'Inde, et elle n'envisage pas de diluer sa stratégie en englobant les résistances musulmanes locales.

Dans ce contexte, l'activité militante au Pakistan est plutôt perçue comme une source de complications que comme faisant partie de la stratégie d'Al Qaïda.

Les militants ont été particulièrement actifs ces derniers jours. Jeudi dernier, une voiture chargée d'explosifs s’est écrasée contre le mur d'enceinte de l'ambassade indienne à Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, tuant au moins 17 personnes. Puis samedi, des militants ont organisé une attaque audacieuse contre l'état-major de l'armée pakistanaise à Rawalpindi, la ville jumelle de la capitale, Islamabad. Lundi, un attentat suicide a eu lieu dans un bourg de la vallée de Swat, tuant 41 personnes et en blessant 45 autres.

Le Pakistan se trouve dans une phase critique avec des forces armées qui n'ont jamais été si nombreuses  (presque tout un corps d’armée, avec 60 000 hommes), rassemblées autour du Sud-Waziristan pour déloger le Pakistan Tehrik-e-taliban (PTT) – la Fédération des groupes résistants pakistanais -, Al Qaïda et leurs alliés des zones tribales pakistanaises.

En ces temps de tension, Mohammad Ilyas Kashmiri, un dirigeant d'Al Qaïda qui, selon les renseignements usaméricains, est à la tête des opérations militaires d'Al Qaïda et dont la mort a été faussement confirmée lors d'une récente attaque par un drone usaméricain Predator dans le Nord-Waziristan, a accordé un entretien à Asia Times Online.

Il a invité ce correspondant à se rendre dans une cache secrète dans la zone du Sud-Waziristan à la frontière avec l'Afghanistan, survolée en permanence par  des drones.

C'est une première historique que cette rencontre d'Ilyas avec les médias, depuis qu'il a rejoint Al Qaïda en 2005. C’est un commandant vétéran de la lutte contre l'Inde pour le Cachemire divisé.

Ces derniers mois, les militants semblent avoir connu des revers. Plusieurs personnalités dirigeantes ont été tuées lors d'attaques de drones au Pakistan, comme Oussama Al Kini, de nationalité kenyane et chef des opérations extérieures d'Al Qaïda, Khalid Habid, le commandant de Lashkar Al Zil, l'Armée des Ombres, la force combattante d'Al Qaïda ; Tahir Youldachev, le dirigeant du Mouvement islamique d'Ouzbekistan lié à Al Qaïda ; Baitullah Mehsud, dirigeant du PTT et plusieurs autres.

Les résistants pakistanais ont également reçu des coups de la part des militaires dans les zones tribales et urbaines. Des négociations étaient également en cours pour conclure des accords de paix avec des commandants résistants dans diverses provinces afghanes.

Puis la semaine dernière, au moins neuf soldats US et plusieurs douzaines de soldats de l'Armée Nationale Afghane (ANA) ont été tués dans un raid sur un avant-poste dans la province du Nuristan, tandis que plus de 30 officiers et soldats de l'ANA étaient capturés par les résistants.

Cette attaque a été complétée par une série d'autres attaques sur les bases de l’OTAN dans les provinces du sud-est de Khost, Paktia et Paktika, forçant le Général US Stanley Mc Chrystal [commandant des forces d’invasion, NdE] à retirer toutes ses troupes des postes isolés dans les zones éloignées de ces provinces pour les repositionner dans des centres plus peuplés.
Ce qui a libéré un immense espace d’opérations pour les résistants, et signifie que si le Pakistan conduit des opérations dans le Sud-Waziristan, les militants pourront facilement traverses la frontière pour  trouver refuge du côté afghan.

Les attaques de ces derniers jours ont également montré que les militants sont toujours capables de frapper des cibles importantes, presque à volonté. Elles signifient également une reconfiguration du théâtre de guerre, car le Pakistan devra transférer ses troupes du front oriental (Inde) vers le front occidental (Afghanistan), puisque les résistants sont désormais l'ennemi numéro un.

Washington prévoit d'envoyer au moins 40 000 hommes supplémentaires en Afghanistan tandis que l'Inde complètera ces efforts avec ses services de renseignements et son expertise militaire contre l'ennemi commun, les groupes militants musulmans.

La bataille à venir

Ilyas Kashmiri a donné son avis sur ce à quoi va ressembler la prochaine bataille, quelles seront les cibles et quelle en sera l'influence sur l'Occident en rapport avec la déstabilisation d'un État musulman comme le Pakistan.

Le contact avec Asia Times Online a débuté par un appel téléphonique de militants le 6 octobre, invitant ce correspondant à se rendre dans la ville de Mir Ali dans le Nord-Waziristan. Aucune raison ne fut donnée pour ce rendez-vous. Le jour suivant, je me suis donc rendu à Mir Ali, une ville qui a été fortement attaquée par les drones cette dernière année. Après plus de sept heures d'un voyage ininterrompu, je fus reçu par un groupe d'hommes armés qui m'a emmené dans une maison appartenant à un homme d'une tribu locale.

« Le commandant (Ilyas Kashmiri) est vivant. Vous savez que le commandant n'a encore jamais parlé aux médias, mais puisque tout le monde est persuadé de sa mort à cause d'une attaque de drone (en septembre), la Choura (conseil) d'Al Qaïda a décidé d’apporter un démenti à ces informations par un entretien d'Ilyas Kashmiri en personne avec un journal indépendant, et c'est pourquoi le conseil a convenu de faire appel à vous», m'a dit une personne que j’ai reconnue comme étant le personnage clé dans la fameuse Brigade 313 d'Ilyas, alors que j'entrais dans la maison sécurisée. La brigade, un rassemblement de groupes djuhadistes, a combattu de longues années contre l'Inde dans la partie du Cachemire occupée par l'Inde.

« Vous devrez rester dans cette pièce jusqu'à ce qu'on vous informe de la suite du plan. Vous pouvez entendre les drones voler au-dessus de votre tête, c'est pourquoi vous ne prendrez pas le risque de quitter la pièce. La région est remplie de résistants mais également d'informateurs qui, s'ils signalaient la présence d'étrangers dans une maison, pourraient entraîner une attaque de drone », m'a indiqué l'homme.

Le lendemain, j’ai été transféré dans une autre maison en un lieu inconnu, après environ 3 heures de route. Pendant tout ce temps, j'étais en permanence accompagné par une escorte armée. Je n'avais pas le droit de leur parler, et ils ne pouvaient pas non plus communiquer avec moi. J'étais entré dans le monde d'Al Qaïda. Finalement, tôt le matin du 9 octobre, quelques hommes armés sont arrivés dans une voiture blanche.

« Merci de laisser tous vos gadgets électroniques ici. Pas de téléphone portable, pas d'appareil photo, rien. Nous vous fournirons un stylo et du papier pour prendre des notes», furent les ordres que je reçus. Après plusieurs heures d'un trajet très pénible, entre pistes boueuses et cols montagneux, nous sommes arrivés dans le lieu où je devais rencontrer Ilyas.

Après quelques heures d’attente, le bruit d'un puissant véhicule a soudain rompu le silence. Mon escorte et les hommes déjà présents dans la pièce ont pris rapidement position. Ils portaient tous des cartouchières et des AK-47.

Ilyas a fait son entrée. Une apparition saisissante : il mesure environ 1.83 m, portait un turban de couleur crème et un qameez shalwar (ensemble tunique et pantalon traditionnels) blanc, un AK-47 sur l'épaule et un bâton en bois dans une main, et encadré par des commandos de sa célèbre et irréductible Brigade 313.

Ilyas porte maintenant une longue barbe blanche teintée au henné. A l'âge de 45 ans, il reste bien bâti, même s'il porte des cicatrices de guerre – il a perdu un œil et un index. Quand nous nous sommes serrés la main, sa poignée était puissante.

L'hôte a immédiatement servi le déjeuner et nous nous sommes assis sur le sol pour manger.
« Alors, vous avez survécu à une troisième attaque de drone... Pourquoi l'Agence centrale de renseignements US (la CIA) vous recherche comme ça ? », lui ai-je demandé.

La question était quelque peu rhétorique. Il est l'un des commandants d'Al Qaïda le plus en vue, avec une prime sur sa tête de 50 millions de roupies (soit 600 000 $). Son rôle est défini différemment suivant les organisations des renseignements et les médias. Certains disent qu'il est le commandant en chef des opérations internationales d'Al Qaïda, tandis que d'autres disent qu'il est le chef de la branche militaire d'Al Qaïda.

Si aujourd'hui, Al Qaïda est divisé en trois sphères, Oussama Ben Laden est bien sûr le symbole du mouvement et son adjoint, Ayman Al Zawahiri détermine l'idéologie d'Al Qaïda et sa vision stratégique globale. Et Ilyas, avec son expertise inégalable de la guérilla, transforme la vision stratégique en réalité, fournit les ressources et fait en sorte que les objectifs soient atteints, mais il choisit de rester à l'arrière-plan et de garder un profil bas.

Ses bases et ses activités sont toujours restées enveloppées du voile du secret. Cependant, l'arrestation de cinq de ses hommes au Pakistan au début de cette année et leurs interrogatoires serrés subséquents ont aidé à lever le voile. Les informations qu'ils ont fournies ont provoqué des attaques de drones de la CIA contre lui : la première a eu lieu au mois de mai puis à nouveau le 7 septembre quand il fut déclaré mort par les renseignements pakistanais, et finalement le 14 septembre, attaque après laquelle la CIA indiqua qu'il était mort et déclara que c'était un grand succès pour la « guerre contre le terrorisme. »

« Ils ont raison de me poursuivre. Ils connaissent bien leur ennemi. Ils savent ce dont je suis réellement capable», a répondu fièrement Ilyas.

Né à Bimbur (l'ancienne Mirpur) le 10 février 1964, dans la vallée de Samhani, dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan, Ilyas a suivi la première année d'études en communication de masse à l'Université ouverte Allama Iqbal, à Islamabad. Il n'a pas continué à cause de son engagement important dans les activités djihadistes.

Le Mouvement de Libération du Cachemire a été sa première expérience dans le domaine du militantisme, puis le Harkat-ul Jihad-i-Islami (HUJI) et finalement sa légendaire Brigade 313. Cette dernière est devenue le groupe le plus puissant de l'Asie du sud et son réseau s'est fortement développé en Afghanistan, au Pakistan, au Cachemire, en Inde, au Népal et au Bangladesh. Selon certaines informations de la CIA, la Brigade 313 serait désormais basée en Europe et serait capable du genre d'attaques qui a vu une poignée de militants terroriser la cité indienne de Mumbai (Bombay) en novembre dernier.

Il y a peu de documents sur la vie d'Ilyas et ce qui a été raconté est souvent contradictoire. Cependant, il est invariablement décrit, certes par les agences de renseignements du monde entier, comme le dirigeant guérillero le plus efficace, le plus dangereux et le plus intelligent du monde.

Il a quitté le Cachemire en 2005 après sa seconde libération de détention par l'Inter-Services Intelligence (les services de renseignements du Pakistan - ISI) et est parti pour le Nord-Waziristan. Il avait été arrêté auparavant par les forces indiennes, mais il s’évada de prison et s'enfuit. Il est alors détenu par l'ISI en tant que cerveau soupçonné d'une attaque contre le Président de l'époque, Parviz Musharraf, en 2003 mais est acquitté et libéré. L'ISI arrête à nouveau Ilyas en 2005 après qu'il eut refusé d'arrêter ses opérations au Cachemire.

Son installation dans les zones agitées de la frontière  a donné des frissons à Washington quand ils réalisèrent qu'avec sa grande expérience, il pourrait transformer les modes d’engagement peu sophistiqués des guérilleros afghans en une guerre de guérilla moderne et audacieuse.

Les succès d'Ilyas parlent d'eux-mêmes. En 1994, il a lancé l'opération Al Hadid dans la capitale indienne New Delhi, pour faire relâcher certains de ses camarades djihadistes. Son groupe constitué de 25 personnes comprenait Cheikh Omar Saeed (le kidnappeur du journaliste US, Daniel Pearl, à Karachi en 2002) comme adjoint. Le groupe a enlevé plusieurs étrangers, y compris des touristes usaméricains, israéliens et britanniques et les a emmenés à Ghaziabad près de Delhi. Ils ont alors demandé que les autorités indiennes relâchent leurs collègues mais au lieu de cela, celles-ci attaquèrent leur planque. Cheikh Omar fut blessé et arrêté. (Il fut plus tard libéré en échange de passagers d'un avion indien détourné). Ilyas put s’enfuir sans être blessé.

Le 25 février 2000, l'armée indienne tua 14 civils dans le village de Lonjot dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan après que des commandos eurent traversé la ligne de contrôle (LoC) séparant les deux Cachemires. Ils revinrent du côté indien avec des filles pakistanaises qu'ils avaient kidnappées et envoyèrent les têtes coupées de trois d'entre elles aux soldats pakistanais.

Le jour suivant, Ilyas mena une opération de guérilla contre l'armée indienne dans le secteur de Nakyal après avoir traversé la LoC avec 25 combattants de la Brigade 313. Ils kidnappèrent un officier de l'armée indienne qui fut plus tard décapité – sa tête fut exhibée dans les souks de Kotli en territoire pakistanais.

Cependant, l'opération la plus significative d'Ilyas eut lieu contre le cantonnement d'Aknor dans le Cachemire sous occupation indienne, contre les forces armées indiennes, suite au massacre de musulmans dans la ville indienne de Gujarat en 2002. Lors d'attaques intelligemment préparées impliquant la Brigade 313 divisée en deux groupes, des généraux, des brigadiers et d'autres officiers supérieurs indiens furent attirés sur la scène de la première attaque. Deux généraux furent blessés (l'armée pakistanaise n'a pas réussi à blesser un seul général indien en trois guerres) et plusieurs brigadiers et colonels furent tués. Ce fut un des plus impressionnants revers pour l'Inde dans la longue insurrection en cours au Cachemire.

Malgré ce qu'ont indiqué certains rapports, Ilyas n'a jamais fait partie des forces spéciales du Pakistan, ni non plus de l'armée. En presque 30 ans, depuis qu’il rejoignit le djihad afghan contre les Soviétiques d’à partir de la plate-forme de l'HUJI, il a pu développer ses compétences en guerre de guérilla en explosifs.

Dans les mois qui ont immédiatement suivi son arrivée sur le théâtre de guerre afghan en 2005, Kashmiri a redéfini l'insurrection dirigée par les résistants, basée sur la stratégie à trois objectifs de la guerre de guérilla mise en place par le légendaire général vietnamien Vo Nguyen Giap. Pour les résistants, l'important était de se positionner de manière à couper les lignes de ravitaillement de l'OTAN depuis les quatre côtés de l'Afghanistan et d'effectuer des opérations spéciales en Afghanistan, semblables à l'attaque de Mumbai.

Au fil des années, Ilyas a délibérément adopté un profil bas dans la hiérarchie des militants. Ses attaques sont exactement à l’opposé, bien qu'il n'ait jamais publié de déclaration ni n'ait revendiqué de responsabilité pour aucune opération.

On pense que sa Brigade 313 est le catalyseur des opérations à forte visibilité telles que celle de Mumbai et d'autres en Afghanistan, ainsi que des opérations d'Al Qaïda en Somalie et dans une certaine mesure, en Irak.

« Pensez-vous que la prochaine opération au Sud-Waziristan sera la ‘mère de toutes les opérations’ dans la région, comme le disent certains experts ?», lui ai-je demandé après que eussions ayons fini de déjeuner et que je me trouvais seul avec Ilyas et son fidèle confident.

« Je ne sais pas comment jouer avec les mots pendant un entretien », répondit Ilyas. « J'ai toujours été un commandant de terrain et je connais la langue du champs de bataille. Je vais essayer de répondre à vos questions dans la langue que je connais. » (Ilyas a parlé principalement en urdu, mélangé de Panjâbî).

« Saleem ! J'attirerai votre attention sur les données de base de l’actuel théâtre de guerre et j’utiliserai cela pour expliquer toute la stratégie des batailles à venir. Ceux qui ont planifié cette bataille ont en fait pour but d'amener le plus grand Satan du monde (les USA) et ses alliés dans ce piège et ce bourbier (l'Afghanistan). L'Afghanistan est un endroit au monde unique, où le chasseur a le choix entre toutes sortes de pièges. »

 « Ça peut aussi bien être le désert, que les rivières que les montagnes ou même les centres urbains. C'était la pensée des planificateurs de cette guerre qui en avaient marre des intrigues internationales du grand Satan et ils œuvrent à sa fin pour faire de ce monde un lieu de paix et de justice. Cependant, le grand Satan était plein d'arrogance pour sa supériorité et pensait que les Afghans n'était qu'un ramassis de statues impuissantes qui seraient frappé des quatre côtés par leurs machines de guerre et qu'il n'auraient ni le pouvoir ni la capacité de réagir.

« C'est dans cette illusion qu'une grande alliance de puissances mondiales est venue en Afghanistan, mais, à cause de leurs conceptions mal placées, elles se sont petit à petit retrouvées piégées en Afghanistan. Aujourd'hui, l'OTAN n'a aucune importance ni pertinence ici. Ils ont perdu la guerre en Afghanistan. Et quand ils ont réalisé leur défaite, ils ont mis l'accent sur le fait que toute cette bataille se jouait depuis l'extérieur de l'Afghanistan, c'est à dire, depuis les deux Waziristan.

Pour moi, cette thèse militaire est un mirage qui a créé une situation complexe dans la région et a engendré des réactions et des contre-réactions. Je ne veux pas entrer dans les détails mais pour moi, tout cela ne servait qu'à faire diversion. Pour moi en tant que commandant militaire, la réalité est que le piège de l'Afghanistan a fonctionné et que les objectifs militaires de base sur le terrain ont été atteints», dit  Ilyas.

J'ai répliqué que repositionnement de la Brigade 313 du Cachemire [en Afghanistan/Waziristan, NdE] était elle-même une preuve que des mains étrangères étaient impliquées en Afghanistan.

« La base même de votre argument est fausse : que cette guerre serait menée depuis l'extérieur de l'Afghanistan. C’est là qu'une compréhension sortie du contexte, de l'entière situation. En ce qui me concerne et en ce qui concerne la Brigade 313, j'ai décidé de rejoindre la résistance afghane en tant qu'individu et j'avais une bonne raison pour cela. Chacun sait qu'il y a juste une décennie, je menais une guerre pour la libération de ma patrie, le Cachemire.

« Cependant, j'ai réalisé que des décennies de luttes armées et politiques ne pourraient pas aider à la résolution de ce problème. Néanmoins, le problème du Timor oriental a été résolu sans que soit perdu autant de temps. Pourquoi ? Parce que tout le jeu se trouvait entre les mains du grand Satan, les USA. Des organes tels que les Nations Unies et des pays comme l'Inde et Israël n'étaient que le prolongement de ses ressources et c'est pourquoi ce fut un échec pour la résolution du problème palestinien, du problème du Cachemire et du bourbier en Afghanistan.

« Ainsi, j'ai réalisé, comme beaucoup de gens dans le monde, qu'analyser la situation dans une perspective politique régionale étroite était une approche incorrecte. C'est une partie de match entièrement différente pour laquelle une stratégie unifiée est obligatoire. La défaite de l'hégémonie mondiale usaméricaine est indispensable si je veux la libération de ma patrie, le Cachemire et ce qui explique la raison de ma présence sur ce théâtre de guerre. »

Ilyas a continué : « Quand je suis venu ici, j'ai découvert que ma présence ici était justifiée : la façon dont les puissances régionales du monde opèrent sous le parapluie du grand Satan et comment elles soutiennent ses grands projets. Tout cela peut être perçu d'ici, en Afghanistan. » Il ajouta que la stratégie de guerre régionale d'Al Qaïda, dans laquelle ils ont frappé des cibles indiennes, est en fait d’amputer la puissance américaine.

« Le RAW (Research and Analysing Wing : l'agence de renseignements extérieurs de l'Inde) a des centres de commandement de détachement dans les provinces afghanes de Kunar, de Jalalabad, de Khost, d'Argun, de Helmand et de Kandahar. Les opérations de couverture sont des entreprises de construction routière. Par exemple, le contrat de construction de la route depuis la ville de Khost jusqu'à la zone tribale de Tanai est traité par un entrepreneur qui est en fait un colonel de l'armée indienne. À Gardez, des entreprises de télécommunications sont la couverture pour des opérations de renseignements indiens. La plupart du temps, leurs hommes opèrent avec des noms musulmans mais en fait, les employés sont hindous. »

« Le monde doit-il s'attendre à plus d'attaques du style de celles de Mumbai ? », lui ai-je demandé.

« Ce n’était rien comparé à ce qui a déjà été planifié pour l'avenir», a répondu Ilyas.

« Même contre Israël et les USA ? », ai-je demandé.

« Saleem, je ne suis pas un mollah traditionnel du djihad, qui se gargarise de slogans. En tant que commandant militaire, je dirais que chaque objectif a un temps et une raison précis et les réponses viendront en conséquence», répond Ilyas.

Alors que je notais les réponses de Kashmiri, je pensais à ces années passées quand il était encore le chéri des forces armées pakistanaises, leur fierté. Les officiers militaires les plus importants étaient fiers de le rencontrer dans sa base au Cachemire, ils passaient du temps avec lui à écouter les légendes de ses exploits militaires. Aujourd'hui, j'ai une personne différente en face de moi – un homme condamné en tant que terroriste par l’establishment militaire pakistanais, qui n’a qu’un  souhait : sa mort.

« Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre Al Qaïda ? », ai-je demandé .

« Nous étions tous les deux victimes du même tyran, le monde musulman en a assez des Usaméricains et c'est pourquoi ils sont d’accord avec Cheikh Oussama. Si on demandait au monde musulman d'élire un dirigeant, il choisirait soit Mollah Omar (le dirigeant des Résistants) soit cheikh Oussama», a dit Ilyas.

« Si cela est vrai, pourquoi une partie des militants font-ils la guerre à des États musulmans comme le Pakistan ? Est-ce que vous pensez que c’est correct ? »

« Notre bataille ne peut pas être contre les Musulmans et les croyants. Comme je l'ai mentionné auparavant, ce qui se passe en ce moment dans le monde musulman est une complexité causée par les jeux de pouvoir usaméricains qui ont provoqué des réactions et des contre-réactions.

C'est un débat totalement différent et ceci peut me dévier du sujet réel. Le jeu réel est le combat contre le grand Satan et ses partisans », a répondu Ilyas.

« Qu'est-ce qui vous a fait passer du rôle de meilleur ami bien-aimé à celui d'ennemi le plus détesté aux les yeux de l’establishment militaire pakistanais ? », ai-je demandé.

«  Le Pakistan est mon pays bien-aimé et les gens qui vivent là-bas sont nos frères, nos sœurs et nos parents. Je ne peux pas imaginer agir contre ses intérêts. L'armée pakistanaise n'a jamais été contre moi mais certains éléments m'ont désigné comme ennemi afin de dissimuler leurs faiblesses et pour apaiser leurs maîtres», a répondu Ilyas .

« Qu'est ce que la Brigade 313 ? », ai-je demandé.

« Je ne peux pas vous le dire, seulement que la guerre est une question de tactique et c'est tout ce dont il s'agit : lire les pensées de l'ennemi et réagir en conséquence. Le monde pensait que le Prophète Mahomet n'avait laissé que des femmes derrière lui. Ils ont oublié qu’il y avait aussi de vrais hommes qui ne savaient pas ce que la défaite signifiait. Le monde ne connaît que des soi-disant Musulmans, qui ne suivent que la direction du vent et qui n'ont aucune volonté propre. Ils n'ont pas de pensées ou de dimensions propres. Le monde attend encore de voir de vrais Musulmans. Jusqu'à présent, ils n'ont vu qu’Oussama et Mollah Omar, alors qu'il y en a des milliers d'autres. Les loups ne respectent que le coup de patte  du lion ; les lions ne se laissent pas impressionner avec la logique d'un mouton », dit Ilyas.

La conversation se termine alors que la nuit tombe. Le lendemain, un couvre-feu devait être imposé imposé au Nord-Waziristan en préparation de la grande opération dans la région, et je devais quitter la zone. Ilyas devait également partir vers une nouvelle destination, comme il le fait de façon régulière, pour se cacher aux yeux des drones Predator.
Karachi, 28 juin 2009

Source : Asia Times :  Al-Qaeda's guerrilla chief lays out strategy 

Syed Saleem Shahzad.

Traduit par  Isabelle Rousselot. Édité par Fausto Giudice
Article original publié le 15/10/2009
Sur l’auteur
Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.
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