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11/11/2009

n°299 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan - 09-11 -: Fin : - 2-3 En Afghanistan : les soldats massacrent les civils et mènent une guerre d'occupation coloniale.

n°299  - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan - 09-11 -: Fin : - 2-3 En Afghanistan : les soldats massacrent les civils et mènent une guerre d'occupation coloniale.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie'de l'Afghanistan

   n°299                                                                                                                             09-11

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage.

2-1 Afghanistan: l'Occident félicite Karzaï en l'appellant à unifier le pays…

2-2 DB Grady : L’ange gardien de son frère.

2-3 Guerre en Afghanistan : les soldats américains massacrent des civils et mènent une guerre d'occupation coloniale.

2-4 Rasmussen : «En Afghanistan, les Européens doivent faire plus».

2-5 Matthew P. Hoh, fonctionnaire du Département d’Etat: pourquoi je démissionne.

2-6 Depuis un an, l'armée française a "éliminé" environ 150 résistants en Kapissa.

2-7 La polémique sur l'embuscade tendue aux Français en août 2008 révèle les diverses stratégies des pays de la coalition.



2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage.

2-1 Afghanistan: l'Occident félicite Karzaï en l'appellant à unifier le pays…
Les Etats-Unis, l'ONU et plusieurs autres pays occidentaux et voisins ont félicité lundi le président afghan sortant Hamid Karzaï pour sa réélection, en l'invitant toutefois à faire rapidement des réformes pour unifier le pays, lutter contre la corruption et le stabiliser.
Quelques heures plus tôt, à Kaboul, les autorités électorales afghanes avaient déclaré M. Karzaï vainqueur, au lendemain du retrait de celui qui devait l'affronter au second tour, Abdullah Abdullah. Ce dernier a jeté l'éponge en dénonçant des risques de fraude massive.
Tombeur du régime des résistants à la fin 2001, et principal soutien d'Hamid Karzaï depuis, Washington a félicité ce dernier pour "sa victoire dans cette élection historique".
Pour les Etats-Unis, M. Karzaï est "naturellement (...) le dirigeant légitime du pays", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche Robert Gibbs, qui a ajouté que la décision du président Barack Obama sur l'envoi de renforts en Afghanistan interviendrait "dans les prochaines semaines".
"Des conversations sur les sujets difficiles vont commencer maintenant" avec Kaboul, a toutefois poursuivi le porte-parole, rappelant qu'il y a en Afghanistan "des problèmes de corruption auxquels il faut s'attaquer".
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, arrivé lundi matin à Kaboul, a salué l'annulation du second tour et également félicité le vainqueur, l'appelant à "rapidement former un gouvernement qui sera soutenu à la fois par le peuple afghan et la communauté internationale". "Des leçons doivent en être tirées" de cette élection très controversée, a-t-il également souligné.
Moscou a surtout salué "la clôture du processus électoral en Afghanistan" car elle ouvre "la voie à la formation d'un nouveau gouvernement national qui aura pour objectif de (...) stabiliser la situation dans le pays".
Le Premier ministre britannique Gordon Brown a indiqué avoir téléphoné à M. Karzaï. "L'Afghanistan a désormais besoin de nouvelles et urgentes mesures pour éradiquer la corruption, pour renforcer le gouvernement au niveau local", a-t-il expliqué, en soulignant que l'Afghanistan avait besoin de renforcer les rangs de l'armée et de la police pour alléger le fardeau de la coalition militaire internationale dirigée sur place par l'Otan.
Les ministres allemand et français des Affaires étrangères, Guido Westerwelle et Bernard Kouchner, ont appelé M. Karzaï à gouverner pour tous et à coopérer avec M. Abdullah, lors d'une conférence de presse commune à Paris.
"Nous attendons que le président afghan s'efforce de réunir les différents camps", a dit M. Westerwelle.
M. Kouchner a au passage appelé à une plus grande coordination sur place entre Européens et avec les Etats-Unis, leader de la coalition internationale qui a installé M. Karzaï au pouvoir à la fin 2001.
Hamid Karzaï avait ensuite été officiellement élu lors de la première élection présidentielle de l'histoire du pays en 2004. Mais la situation dans le pays n'a cessé de se dégrader depuis, et il a été critiqué par les Occidentaux, notamment pour avoir laissé se développer la corruption autour de lui. Les conditions calamiteuses de sa réélection, avec des fraudes massives au premier tour, ont encore plus terni son image.
Le Parti socialiste français (opposition) a d'ailleurs prédit une "crise politique" en Afghanistan après cette élection controversée d'un président "dont la légitimité et l'autorité seront contestées par ses adversaires".
Le président du Pakistan voisin Asif Ali Zardari a lui félicité "du fond du coeur" son homologue afghan et indiqué que son pays était "profondément décidé à poursuivre et approfondir (sa) relation fraternelle avec l'Afghanistan". Les deux voisins ont une relation complexe et mouvementée, chaque pays accusant l'autre de ne pas être capable de neutraliser ses rebelles islamistes.

3 novembre 2009

http://www.lematin.ch/flash-info/monde/afghanistan-hamid-karzai-declare-vainqueur-presidentielle


2-2 DB Grady : L’ange gardien de son frère.

Mercredi, le New York Times a rapporté que Ahmed Wali Karzaï, le frère du président afghan Hamid Karzaï, est employé par la CIA.

Tandis que les explications ne sont pas formellement condamnables (la CIA et les Forces d’Opérations Spéciales US lui louent une enceinte et l’utilisent souvent comme intermédiaire pour communiquer avec les Taliban), on sait très bien comment cette information sera perçue dans la région. Les théories selon lesquelles l’Afghanistan est un Etat fantoche de l’Occident sont confirmées. Cela appuie les rumeurs disant que les intérêts d’Hamid Karzaï sont entre les mains de l’hégémonie américaine. Et, cela aggrave la « crise de confiance » que connaît le peuple afghan envers son gouvernement, comme le décrit le Général Stanley McChrystal dans son Appréciation Initiale de Commandement. Selon toutes les indications, c’est une catastrophe pour l’administration Karzaï. Et cela a été dévoilé une semaine avant le deuxième tour forcé (par les Etats-Unis) de l’élection présidentielle.

Ahmed Karzaï n’est pas un simple gouverneur-copain d’un Etat qui s’enfonce dans une guerre de plus en plus terrible. Il est la cheville ouvrière de l’opium en Afghanistan, le Pablo Escobar de l’Hindu Kuch. Selon le Général McChrystal, cette guerre ne peut pas être gagnée tant que le commerce illicite de l’opium reste sans entraves. L’ISAF [la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité en Afghanistan] a passé huit années à incendier les champs de pavot de tout un chacun et, pourtant, il semble que Ahmed Karzaï touche des subsides de la CIA et bénéficie » d’un laissez-passer. Un fonctionnaire américain a raconté au New York Times : « Il n’y a aucune preuve de l’implication de Wali Karzaï dans le trafic de drogue, certainement rien qui puisse tenir devant un tribunal ». Ne manquait qu’un clin d’œil et un sourire complice.

Lorsque le Sénateur John Kerry a annoncé un deuxième tour inattendu entre Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah, on a parfaitement compris que Karzaï était sur la sellette. Il est exact que les élections d’août dernier ont été entachées de violence, de corruption et d’irrégularités électorales, mais tous ceux qui peuvent localiser l’Afghanistan sur une carte s’y attendaient. Vu la récente montée en flèche de la violence, vu les pertes étasuniennes croissantes et les forces talibanes qui s’enhardissent, y a-t-il la moindre raison de croire que les choses iront mieux en novembre ?

Avant que ne soient révélés les liens entre Ahmed Karzaï et la CIA, cette élection semblait être un risque inutile pour les soldats américains chargés d’apporter la sécurité et la couverture politique à un président vacillant. Il apparaît à présent que c’est une méthode calculée pour entreprendre un coup d’Etat sans verser de sang.

En 1963, Ngo Dinh Diem était au pouvoir depuis neuf ans au Sud Vietnam. L’administration Kennedy en avait hérité d’Eisenhower. L’ancien Secrétaire d’Etat John Dulles disait que Diem était « le meilleur à leur disposition ». Le leadership de Diem était ténu, ses réussites étaient encensées au-delà de leurs mérites, et ses échecs étaient de dimension épique. Cependant, au final, c’est son frère qui causa sa perte. L’administration Kennedy autorisera la CIA a monter un coup qui trouvera Diem et son frère à l’arrière d’un véhicule blindé de transport de troupes et du côté opérant de fusils semi-automatiques.

Comme l’Agence a évolué ! Ces derniers temps, ils révèlent le nom de certains alliés soigneusement entretenus pour être des larbins des Etats-Unis et truquer les élections, mais qui sont devenus indésirables.

En dévoilant ce lien entre la CIA et la famille Karzaï, les Etats-Unis ont tacitement donné le feu vert à un changement de régime en Afghanistan. Si Karzaï est chassé du pouvoir par Abdullah Abdullah, l’administration Obama pourrait revendiquer avoir fait table rase – un nouveau général, un nouveau plan et une nouvelle diplomatie avec un nouveau gouvernement. Dans un sens, c’est une bonne nouvelle pour ceux qui soutiennent le plan de McChrystal. Mais si Karzaï survit à ce deuxième tour, celui-ci serait bien avisé d’éloigner son bureau des fenêtres et de ne pas s’attendre à beaucoup de latitude de la part des Etats-Unis.

Il est difficile d’affirmer que les négociations de Kerry ont été entreprises de mauvaise foi.

S’il est réélu, Hamid Karzaï devra agir là où Diem ne l’a pas fait : en se distançant rapidement de son frère – en commençant, au minimum, par l’écarter du pouvoir. Et les Etats-Unis devront expliquer au monde en quoi exposer sans vergogne des renseignements classés secrets, en vue de manipuler une élection libre, est bénéfique à une démocratie naissante ou à la guerre contre la terreur.

L’effondrement de l’Union Soviétique, l’incursion de Saddam Hussein au Koweït, le 11 septembre et l’absence des armes de destruction massive en l’Irak manquaient à la C.I.A., mais ils sont de retour à ce qu’ils font le mieux : poignarder un allié tout en lui passant de la pommade dans le dos.

S’il est réélu, il se pourrait que Hamid Karzaï veuille éviter les véhicules blindés de transport de troupes.

D.B. Grady

The Atlantic,

publié le 1er novembre
article original : "His Brother's Keeper"

http://politics.theatlantic.com/2009/10/his_brothers_keeper.php
Traduit de l'anglais par [JFG-QuestionsCritiques]
http://questionscritiques.free.fr/edito/Atlantic/Karzai_CIA_Afghanistan_291009.htm


2-3 Guerre en Afghanistan : les soldats américains massacrent les civils et mènent une guerre d'occupation coloniale.
Le New-York Times avoue que les soldats américains massacrent des civils et mènent une guerre d'occupation coloniale comme au Viet-Nam actuellement en Afghanistan. ...
La guerre d'Afghanistan mise a nue par le New-York Times
(version anglaise du texte)
Ces deux dernières semaines, le New York Times a publié une série d'articles sur les conditions dans lesquels les soldats américains combattent en Afghanistan.
Décrivant la vie des soldats et attirant l'attention du lecteur sur les conditions dantesques prévalant en Afghanistan, les articles du NY Times révèlent considérablement plus de choses que l'on pourrait supposer leurs auteurs disposés à exposer.
Pour quiconque lit ces articles en disposant d'un minimum de conscience historique, ils dépeignent une guerre coloniale lancée contre tout un peuple par des troupes US n'entrevoyant qu'une justification extrêmement ténue de la violence qu'elles sont en train d'infliger à la population afghane.
Ainsi, le 20 avril, le NY Times a publié un article intitulé « Cloués au sol : course de vitesse pour se tirer d'une zone contrôlée par les Taliban » [Pinned Down, a Sprint to Escape Taliban Zone]. Commençant par une description d'une patrouille US rampant au sol pour se mettre à l'abris lors d'une embuscade talibane ayant causé un mort parmi ses hommes, l'article affirme : « Un énième échange de tirs intensif s'est produit dans un ravin de l'Est de l'Afghanistan, provoqué par des facteurs qui rendent depuis pas mal de temps la guerre contre les Taliban apparemment sans fin (possible) : un terrain caillouteux facilitant les embuscades et empêchant les soldats américains de se positionner, des villages collaborant ouvertement avec les résistants (talibans) et des adversaires expérimentés dont chacun combat avec ses propres capacités [en anglais : with its (sic) abilities : le journaliste utilise, comme adjectif possessif : its, qui renvoie à un nom neutre, et donc, normalement à une chose et non à une personne. On aurait attendu : his ; d'où le « sic ». Ndt] et ses propres avantages (du conjoncturels) ».
La réponse des troupes américaines prises au piège consiste à appeler un soutien aérien et à des renforts de l'artillerie, faisant pleuvoir les bombes et les obus de mortier sur les positions afghanes accrochées aux rives de la rivière au fond de laquelle les soldats US sont coincés. Les cibles, apparemment, incluent non seulement les flancs dénudés des montagnes où les insurgés sont repliés, mais tout aussi bien des villages.
Le NY Times ajoute : « des soldats équipés des mitrailleuses les plus puissantes et de lanceurs automatiques de grenades se sont acharnés sur des maisons habitées par des Afghans dans trois villages : Donga, Laneyal et Darbart, à partir desquels la patrouille tombée dans l'embuscade a[urait] essuyé des tirs. »
A mi-article, le NY Times explique que si la population locale est hostile (aux Américains), c'est parce que le gouvernement fantoche afghan soutenu à bout de bras par les Etats-Unis les a réduits au chômage en interdisant la coupe de bois dans toute la région.
L'article relève que « désormais, ce sont les Talibans qui versent les meilleurs salaires dans toute la vallée », ajoutant que les forces US ont réquisitionné une scierie pour en faire leur base dans la région.
Le lecteur apprend ensuite que les forces US utilisent des munitions comportant du phosphore blanc “ une arme chimique qui brûle les chairs humaines jusqu'à l'os “ et qu'un photographe du NY Times accompagne les troupes y compris dans les combats [en quelque sorte, il est « au lit avec », ndt].
Mais l'article ne précise pas si le NY Times a accepté de s'autocensurer en échange de l'obtention de la permission accordée à son personnel d'accompagner les troupes sur le champ de bataille.
Après que plusieurs Afghans eurent été tués et que les Afghans se furent retirés, les soldats US recherchent, et finissent par trouver le corps de l'un des leurs, porté disparu. Le commandant de la compagnie dit : « Je ne peux rien dire, et personne d'autre que moi ne peut dire qui soit de nature à nous rendre Dewater [le soldat tué, ndt]. Mais le mieux que nous puissions faire pour lui, c'est de poursuivre le genre de boulot que vous avez fait, vous les mecs, l'autre jour »
Il semble que le commandant faisait, là, référence à un incident dont un article précédent du NY Times avait fait état.
L'article du 17 avril « Renversement de situation : les troupes US prennent les Talibans en embuscade, avec des résultats fulgurants et meurtriers » [Turning Tables, US Troops Ambush Taliban With Swift and Lethal Results] expliquaient ceci : « L'embuscade du Vendredi Saint est devenu un point de ralliement plein d'émotion pour les soldats opérant dans la Province de Kunar, qui y ont vu à la fois une validation de leur équipement et de leur entraînement et un règlement de comptes bien agréable dans une zone, qui avait couté la vie, ces dernières années, à plus d'américains que partout ailleurs en Afghanistan ».
La substance de l'article publié le 17 avril consiste en un récit détaillé de la manière dont les soldats US ont « tué au minimum 13 insurgés (sans doute beaucoup plus) avec des fusils, des mitraillettes, des mines Claymore, des grenades à main et un poignard. »
Dans l'article du 20 avril, le NY Times explique que les anciens du village sont « arrivés, un peu plus tard, à l'avant-poste pour dire que les Américains avaient mitraillé un groupe d'™hommes du coin qui étaient à la recherche d'une fillette égarée ». Le commandant US a tout simplement rejeté la requête de ces anciens en la qualifiant « de mensonge le plus ridicule qu'il ait entendu de toute sa vie. »
Le NY Times note de manière réitérée l'hostilité de la population afghane envers les troupes d'occupation US.
Dans un autre article de la série, publié le 13 avril, on lisait, sous le titre « En Afghanistan, (nos) soldats font la jonction entre deux scènes de guerre » [In Afghanistan, Soldiers Bridge 2 Stages of War] » : « Des villageois ont dit tout de go aux militaires américains que leur présence était indésirable. Dans un village, les soldats ont trouvé une vieille femme portant un fusil d'assaut sous son voile ; dans un autre village, ils ont trouvé un garçon de douze ans en possession d'une grenade RPG ».
Ce qui ressort des articles du NY Times, quelle qu'en ait été l'intention première, c'est la description d'une occupation impérialiste.
Le NY Times considère acquis qu'il faut réprimer l'hostilité de la population locale envers l'occupation US, que ses moyens d'existence peuvent lui être confisqués à volonté et que les habitants locaux peuvent être liquidés sans procès. Quant aux soldats américains, leur douleur pour la mort de leurs camarades est visiblement apaisée avec des exhortations à poursuivre le massacre des civils afghans.
La couverture de l'Afghanistan par le NY Times fait quasi immédiatement suite à l'annonce de plans visant à procéder à l'escalade dans les combats en Afghanistan et au Pakistan par le Président Barack Obama (dont l'élection a été pour partie motivée par l'opposition populaire à la guerre, en raison de ses déclarations initiales contre la guerre en Irak et l'administration Bush).
Le 27 mars, Obama a annoncé des projets d'envoyer au minimum 21 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan et d'intensifier les attaques américaines à l'intérieur du territoire pakistanais.
L'article du 13 avril indique clairement que la politique obamienne signifiera l'intensification des combats décrits dans les articles précédents.
Le NY Times écrit ainsi : « De nouvelles constructions sont visibles, sur une chaîne de petites bases militaires américaines s'échelonnant entre Kaboul et la frontière afghano-pakistanaise.
Les officiers nous ont dit que ces infrastructures permettront de loger la plupart des 21 000 soldats américains supplémentaires qui devraient arriver avant la fin de l'année 2009 et qu'elles serviront de tremplin permettant aux forces combattantes fraîches de déferler sur le champ de bataille et de boucher beaucoup de trous constatés actuellement. »
L'armée américaine va placer les Afghans devant un ultimatum : soit vous vous engagez dans les milices sponsorisées par les Etats-Unis, soit vous ferez l'objet d'offensives américaines. Dans un article publié le 15 avril, intitulé « Voulant recruter une milice afghane, les Etats-Unis sont confrontés à un véritable test » [In Recruiting an Afghan Militia, US Faces a Test], le NY Times note que « l'armée américaine s'inspire d'un programme analogue qui a aidé à apporter l'accalmie récente en Irak, où les Américains ont recruté plus de 100 000 Irakiens, en majorité sunnites, parmi lesquels beaucoup d'insurgés, en vue du maintien de la paix. »
En Afghanistan, l'armée US amène des anciens des villages afghans à des briefings, et elle leur dit qu'il « ne leur reste que peu de temps » pour décider si leurs villages vont s'enrôler ou non dans une milice estampillée US. Ceux qui refusent seront considérés comme des cibles.
Un Afghan travaillant pour les Américains a dit à des anciens de village récalcitrants : « Si vous n'acceptez pas, nous vous considérerons tout simplement comme des Talibans. »
Le NY Times sait très bien que ces combats dans les régions frontalières entre l'Afghanistan et le Pakistan feront nécessairement tache d'huile au Pakistan, avec des conséquences désastreuses pour ce pays. Il écrit : « Les activistes taliban s'allient avec des groupes activistes locaux afin de faire des incursions à l'intérieur du Pendjab, une province qui abrite plus de la moitié des Pakistanais, revigorant une alliance dont les responsables pakistanais et américains affirment qu'elle pose un risque sérieux à la stabilité du Pakistan .
Tandis que les attaques par drones américains désorganisent les places fortes des Taliban et d'Al-Qaeda dans les zones tribales frontalières, les insurgés frappent de plus en plus loin à l'intérieur du territoire pakistanais “ à la fois en représailles et afin de trouver de nouveaux sanctuaires. »
Les Taliban se gagnent également du soutien en faisant appel à l'hostilité des paysans envers les propriétaires latifundiaires, qui représentent un secteur important de la classe gouvernante pakistanaise.
Les Taliban ont par exemple contraint des propriétaires terriens honnis à s'enfuir, après quoi ils ont pris le contrôle des locations de terres payées par la paysannerie, ainsi que sur des mines locales. Ils concentrent leurs efforts, notait le NY Times « sur tous les points faibles sur lesquels il y a compétition pour le pouvoir : les propriétaires terriens et les dirigeants élus “ qui sont souvent les mêmes personnes “ ainsi que sur des forces de polices sous-payées et totalement démotivées. »
Dans une analyse de classe inattendue dans ses colonnes, qui semblait presque déplacée sur un tel support, le NY Times ajoutait : « Après son indépendance, en 1947, le Pakistan a conservé une classe supérieure extrêmement réduite de propriétaires latifundiaires ayant conservé leurs immenses propriétés, tandis que leurs métayers et les ouvriers demeuraient soumis, expliquent tant les spécialistes du Pakistan que les responsables gouvernementaux de ce pays.
Les gouvernements pakistanais ont tous échoué, depuis lors, à procéder à une réforme agraire, et même à assurer les services d'éducation et de santé les plus élémentaires. Non que l'ascenseur social qui permettrait à la classe rurale pauvre (constituant la grande majorité des Pakistanais) soit bloqué : tout simplement, il n'existe pas »
On pardonnera aisément aux lecteurs du NY Times qui se demandent pourquoi ce genre de problème n'est pas évoqué plus souvent dans ses colonnes. Toutefois, cet aveu important soulève une autre question : qu'est-ce qui, aux Etats-Unis, a fait qu'ils se sont permis d'utiliser comme leur allié principal dans le sous-continent indien de l'Etat pakistanais, qui pérennise une structure de classes à ce point inique ? De fait, l'oppression du capitalisme pakistanais est étroitement liée aux objectifs que la bourgeoisie états-unienne poursuit elle-même dans cette région du monde. La guerre d'Obama en Afghanistan et au Pakistan " en continuité directe avec la politique de Bush et des prédécesseurs de Bush “ défend un ordre régional qui s''est avéré immensément profitable pour la classe dirigeante des Etats-Unis. Les forces américaines en Afghanistan et la violence au Pakistan interdisent un accès terrestre direct de la
Chine et de l'Inde aux réserves d'énergie du Golfe persique et elles renforcent la politique américaine tant en matière d'isolement de l'Iran que de menace contre la Russie , par son flanc méridional.
Ces forces américaines et cette violence entretenue empêchent ainsi la survenance de développements susceptibles de menacer le rôle dominant que l'armée, ainsi que les intérêts pétroliers (et plus largement énergétiques) et financiers des Etats-Unis joue en Eurasie et au Moyen-Orient ainsi, pouvons nous ajouter, qu'aux Etats-Unis mêmes.
Ces politiques n'entraîneront certainement nulle prospérité et nulle démocratisation.
Bien au contraire, elles entraînent le recours à la violence pour réprimer des populations révoltées et pour maintenir au pouvoir des élites corrompues avec lesquelles la bourgeoisie des Etats-Unis se partage les dépouilles de cette région du monde. Tels sont les véritables intérêts qui président au bain de sang que dépeignent les colonnes du New York Times.
Alex Lantier,
22 avril 2009
on World Socialist Website (Comité International de la 4ème Internationale)
http://www.wsws.org/articles/2009/apr2009/afgh-a22.shtml
traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
copyright © 1998-2009 World Socialist Web Site - All rights reserved
http://www.wsws.org/articles/2009/apr2009/afgh-a22.shtml



2-4 Rasmussen : «En Afghanistan, les Européens doivent faire plus».
26/10

Le secrétaire général de l'Otan invite avec insistance les alliés à consacrer des hommes et des ressources supplémentaires pour éviter que les États-Unis ne supportent seuls l'essentiel de l'effort de guerre.

LE FIGARO - L'Otan a entériné à Bratislava les propositions du général Stanley McCrystal. Est-ce à dire que la guerre en Afghanistan ne peut être gagnée sans l'augmentation des troupes qu'il a demandée au président Obama ?
Anders Fogh RASMUSSEN - Nous n'avons pas évoqué le niveau des troupes, mais la stratégie de contre-insurrection a reçu un large soutien. Cela veut dire qu'il faut renforcer nos efforts dans le domaine militaire comme dans le domaine de la reconstruction civile, tout en tenant compte du fait qu'il n'y a pas de solution purement militaire. L'objectif doit être de transférer graduellement aux Afghans la responsabilité des questions de sécurité et de développement. Pour cela, nous devons augmenter les capacités des forces de sécurité afghanes en formant davantage de soldats et de policiers afghans. J'appelle tous les alliés à contribuer à cet effort avec des instructeurs et des ressources.

L'indécision à Washington ne favorise pas la mobilisation des alliés…
Il est naturel que les dirigeants américains aient besoin de temps pour prendre leurs décisions. N'oublions pas que les États-Unis sont le principal contributeur en troupes. Je ne leur reprocherai pas de peser leur décision.

Pensez-vous que le soutien des alliés va aider les responsables américains à prendre la bonne décision ?
Je crois. Maintenant ils savent qu'ils ont le soutien des alliés pour la stratégie recommandée par le général McCrystal. Mais je voudrais ajouter une chose : tout en attendant la décision des États-Unis, les Européens devraient s'attacher à maintenir un équilibre entre leurs contributions et celle des États-Unis. Il est crucial que cette mission demeure une mission alliée et non pas seulement une mission américaine. Si les États-Unis augmentent leur contribution, cela posera la question de la contribution des Européens. J'insiste sur le besoin de ressources supplémentaires pour notre mission de formation des forces de sécurité afghanes.

Le président Sarkozy a exclu l'envoi de soldats supplémentaires. Qu'attendez-vous de la France ?
Je voudrais d'abord exprimer ma reconnaissance pour l'augmentation de troupes françaises dans un passé récent et pour la contribution de la France à la formation de policiers afghans. Cela dit, pour atteindre notre but de transfert des responsabilités aux Afghans, nous devons investir davantage maintenant pour dépenser moins plus tard. Tout le monde veut voir la lumière au bout du tunnel, mais notre mission ne se terminera que lorsque les Afghans pourront assumer leurs responsabilités. Pour que cela soit possible, il faut maintenant consacrer à l'Afghanistan davantage d'hommes et davantage d'argent. C'est un message qui ne plaira pas à tout le monde mais c'est un message nécessaire.

Que faut-il exiger du prochain gouvernement afghan ?
Nous devons exiger du gouvernement qu'il soit crédible, qu'il ait la confiance du peuple afghan et qu'il mène un combat déterminé contre la corruption. La communauté internationale doit établir un contrat de bonne gouvernance avec les autorités afghanes en signalant clairement que c'est une condition préalable au soutien international.

Comment expliquez-vous au public européen la nécessité pour l'Otan de se battre en Afghanistan ?
Les gens comprennent que si nous laissons l'Afghanistan redevenir un sanctuaire pour les terroristes, le terrorisme s'étendra facilement à travers l'Asie centrale jusqu'en Europe. Sans parler du risque de déstabilisation du Pakistan, une puissance nucléaire. Il faut aussi montrer au public les progrès réalisés et la lumière au bout du tunnel, c'est-à-dire le transfert graduel des responsabilités, province par province, aux Afghans. D'où le besoin d'entraîner les forces de sécurité afghanes dont nous avons parlé.

L'Otan peut-elle coordonner davantage avec la Russie sa stratégie en Afghanistan ?
Oui. La Russie est intéressée. L'Afghanistan est une question où nous avons des intérêts communs. Les Russes savent d'expérience que si le terrorisme reprend pied en Afghanistan il peut aisément se propager chez eux. Que pouvons-nous faire en commun ? Trois exemples : la Russie a fourni déjà des facilités de transit pour les troupes de l'Isaf. Cela peut être étendu. La Russie peut également fournir des équipements aux forces de sécurité afghanes. Elle peut, enfin, participer à la formation de l'armée afghane, pas forcément en Afghanistan mais peut-être en Russie.

Dans votre discours du 18 septembre sur les relations avec Moscou, vous disiez que l'Otan doit reconnaître les «intérêts de sécurité» de la Russie. Dans le même temps, l'idée russe d'une «sphère d'influence» en Europe est inacceptable. Comment conciliez-vous les deux choses ?
C'est le cœur du problème. Une de mes priorités est de convaincre la Russie que l'Otan n'est pas un ennemi, que l'alliance n'est pas dirigée contre la Russie. J'essaierai de les convaincre que notre politique de «la porte ouverte» (à de nouveaux membres, NDLR) est aussi dans leur propre intérêt parce qu'elle contribue à la stabilité, à la sécurité et au développement économique et social dans leur voisinage occidental. Franchement, si la Russie est menacée aujourd'hui cela ne vient pas de l'Occident mais du Sud.

Qu'a apporté à l'Alliance atlantique le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan ?
Je veux d'abord féliciter le président Sarkozy d'avoir pris cette décision. C'est très important pour la France mais aussi pour l'Alliance. Cela va renforcer la France et la relation transatlantique et donc le rôle de l'Otan. Cela va aussi renforcer la défense européenne et donc le pilier européen de l'Alliance. Enfin, cela va augmenter le poids de la France au sein de l'Otan. Concrètement, la France se retrouve au poste de commande de la transformation et de la réforme de l'Otan, un général français assumant le commandement ACT à Norfolk. Je suis par ailleurs très encouragé par les réformes adoptées en France dans le cadre du livre blanc. Ces propositions peuvent servir de modèle au processus de transformation et de réformes que nous voulons mettre en œuvre à l'Otan. Soixante-dix pour cent des forces armées en Europe sont statiques. Nous devons les rendre plus mobiles, plus à même d'être déployées. La tâche essentielle de l'Otan a été et restera la défense territoriale. Mais pour rendre cette défense crédible, nous devons pouvoir déployer nos troupes au lieu de les maintenir dans leurs cantonnements. La réforme des armées décidée en France répond à cet impératif. C'est la raison pour laquelle je pense que la France aura un rôle moteur dans la réforme de l'Otan.

Pour relancer la défense européenne, la France a demandé, sans succès, à ses partenaires européens la création d'un quartier général autonome. Que pensez-vous de cette idée ?
Je suis prudent parce que la réforme de la structure du commandement est à l'étude dans le cadre du nouveau «concept stratégique». C'est dans ce contexte qu'il faudra examiner la question.

La crise financière pèse sur les budgets nationaux. Ne craignez-vous pas une réduction des dépenses militaires ?
Ces contraintes financières peuvent aussi constituer un levier pour la réforme et encourager un usage plus efficace des ressources disponibles. Nous devons évidemment consacrer les montants nécessaires aux matériels et à la formation de nos soldats, mais la nécessité de faire des économies peut aider à couper dans les dépenses inutiles. En résumé : c'est un défi mais il faut y répondre par la réforme.

La nouvelle coalition allemande s'est prononcée en faveur du retrait des ogives nucléaires sur le territoire allemand. Cela pose-t-il un problème à l'Otan ?
Je ne m'attends pas à ce que l'Allemagne prenne des mesures unilatérales. En revanche, la question de notre stratégie nucléaire sera évoquée dans le cadre des délibérations sur le nouveau «concept stratégique».

26/10

http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/27/01003-20091027ARTFIG00018-rasmussen-en-afghanistan-les-europeens-doivent-faire-plus-.php


2-5 Matthew P. Hoh, fonctionnaire du Département d’Etat: pourquoi je démissionne.

Matthew Hoh est un ancien capitaine des Marines devenu fonctionnaire du Département d’Etat, qui avait la charge de représenter le gouvernement américain dans la région de Zabul, en Afghanistan. Après plusieurs mois passés sur le terrain, il est arrivé à la conclusion que les raisons avancées pour justifier cette guerre n’étaient pas crédibles. Pour lui, le conflit afghan relève certes des innombrables conflits tribaux endémiques à ce pays, mais aussi d’une lutte déjà ancienne qui oppose les urbains éduqués et modernistes et les tribus pachtounes traditionnalistes, et la présence étrangère ne fait qu’aggraver cette fracture. De plus, le gouvernement de Kaboul, corrompu et comptant parmi ses affidés des criminels et des trafiquants de drogue, est non seulement indéfendable mais discrédité. Enfin, la stratégie de lutte contre Al-Qaïda qui a motivé cette expédition est tout aussi peu fondée, juge-t-il, dans la mesure où les restes de l’organisation sont aujourd’hui dispersés entre le Pakistan, le Yemen et la Somalie, qu’en toute logique il faudrait occuper aussi. Tirant les conséquences de ces constats, Matthew Hoh a choisi de démissionner, car écrit-il lorsque des vies humaines sont en jeu, il faut être convaincu que le sacrifice est justifié, ce qui n’est plus son cas.

 

Lettre ouverte à Mme l’Ambassadeur Nancy Powell, Département d’Etat, 10 septembre 2009

Madame l’Ambassadeur,

C’est avec grand regret et déception que je vous soumets la démission de mes fonctions aux Affaires Etrangères ainsi que du poste de Représentant Civil du gouvernement américain dans la province de Zabul. J’ai passé six de ces dix dernières années au service de notre pays à l’étranger, y compris en tant qu’officier des Marines et comme fonctionnaire civil du ministère de la Défense en Irak dans les vallées de l’Euphrate et du Tigre, en 2004-2005 et 2006-2007.

Je n’ai pas accepté cette mission à la légère ou en nourrissant des attentes excessives, ni n’ai cru que ma tâche serait exempte de sacrifice ou de difficultés.

Cependant, au cours de mes cinq mois de service en Afghanistan dans les deux commandements régionaux l’Est et du Sud, j’ai cessé de comprendre et d’avoir confiance dans les objectifs stratégiques de la présence des Etats-Unis en Afghanistan. J’ai des doutes et des réserves sur notre stratégie actuelle et sur la stratégie future planifiée, mais ma démission est fondée non pas sur la façon dont nous poursuivons cette guerre, mais sur son pourquoi et ses fins.

Pour l’exprimer simplement : je ne parviens pas à saisir quel est intérêt de devoir déplorer de nombreuses victimes américaines ou de consacrer des dépenses et des ressources pour soutenir le gouvernement afghan dans ce qui est, en vérité, une guerre civile vieille de 35 ans.

Cet automne marque la huitième année des combats et des opérations de gouvernance et de développement menées par les USA en Afghanistan. L’automne prochain, l’occupation américaine aura duré autant que la présence de l’Union soviétique sur le sol afghan.

Comme les Soviétiques, nous continuons de sécuriser et de renforcer un Etat en faillite, tout en encourageant une idéologie et un système de gouvernement qui n’est ni compris ni voulu par ses habitants.

Si l’histoire ou l’Afghanistan sont une pièce de théâtre, les Etats-Unis n’y jouent qu’un second rôle, parmi d’autres qui les ont précédés, dans une tragédie qui jette non seulement les tribus, les vallées, les clans, les familles et les villages les uns contre les autres, mais également - et ce au moins depuis la fin du règne du roi Zahir Shah - oppose violemment et férocement les afghans laïques, urbains, éduqués et modernes, à des ruraux religieux, illettrés et traditionnalistes.

C’est ce dernier groupe qui garnit les rangs de l’insurrection pachtoune et la soutient. Cette insurrection pachtoune, qui rassemble une multitude apparemment infinie de groupes locaux, est alimentée par ce qui est perçu par le peuple pachtoune comme une agression continuelle, durant depuis plusieurs siècles, contre la culture, les traditions et la religion des régions pachtounes, menée par des ennemis venant de l’intérieur et de l’extérieur du pays. La présence des États-Unis et de l’OTAN et les opérations menées dans les vallées et les villages pachtounes, tout comme l’armée afghane et les unités de police qui sont dirigées et composées de soldats et de policiers non pachtounes, représentent une force d’occupation contre laquelle l’insurrection est justifiée.

Dans les deux régions de l’Est et du Sud, j’ai constaté que la majeure partie de l’insurrection ne combat pas pour le drapeau blanc des résistants, mais plutôt contre la présence de soldats étrangers et contre les impôts levés par le gouvernement non représentatif de Kaboul.

La présence militaire des États-Unis en Afghanistan contribue fortement à la légitimité de l’insurrection pachtoune et au message stratégique qu’elle délivre. De la même façon, notre soutien du gouvernement afghan dans sa forme actuelle continue à accroitre la distance entre le gouvernement et le peuple.

Les échecs du gouvernement afghan, tout particulièrement lorsqu’on les évalue au prix du sacrifice des vies américaines et des fonds engagés, apparaissent comme autant de métastases :

  Une corruption flagrante et un enrichissement sans scrupule ;

  Un président auprès duquel, parmi ses confidents et principaux conseillers, on trouve des barons de la drogue et des criminels de guerre, qui se moquent de nos propres règles de droit et des efforts menés pour lutter contre la drogue ;

  Un système de dirigeants de provinces et de districts formé d’hommes forts locaux, opportunistes et affairistes, dont l’alliance avec les Etats-Unis tient uniquement - et est limitée - au montant des contrats de l’USAID et du CERP, et dont les propres intérêts politiques et économiques n’auraient rien à gagner de toute tentative de réconciliation.

  Le déroulement de l’élection récente, marquée par la fraude et discréditée par la faible participation électorale, qui a créé une énorme victoire pour nos ennemis. Ils revendiquent aujourd’hui le succès d’un boycott populaire et remettront demain en question face à l’opinion internationale notre soutien militaire, économique et diplomatique en faveur d’un gouvernement afghan invalidé et illégitime.

Notre soutien à ce type de gouvernement, qui s’accompagne d’une incompréhension de la véritable nature de l’insurrection, me rappelle terriblement notre implication au Sud-Vietnam : nous y avons soutenu un gouvernement impopulaire et corrompu au détriment de notre cohésion nationale, face à une insurrection dont nous avons mésinterprété le nationalisme à cause de notre arrogance et de notre ignorance, voyant en lui un rival dans le cadre de la guerre froide.

Je crois que nous demandons à nos jeunes hommes et femmes engagés en Afghanistan de donner leur sang et de se sacrifier pour des raisons spécieuses. Menée honnêtement à son terme, la stratégie que nous revendiquons, et qui consiste à sécuriser l’Afghanistan pour empêcher la résurgence ou le regroupement d’Al-Qaïda, devrait nous contraindre également à envahir et occuper l’ouest du Pakistan, la Somalie, le Soudan, le Yémen, etc... Notre présence en Afghanistan n’a fait qu’accroître la déstabilisation et renforcer l’insurrection au Pakistan, où nous craignons à juste titre qu’un gouvernement renversé ou affaibli puisse perdre le contrôle des armes nucléaires. Cependant, là encore, si l’on suit la logique de nos objectifs déclarés, nous devrions être présents au Pakistan et non pas en Afghanistan. Plus encore, les attentats du 11 Septembre, comme ceux de Madrid et Londres, ont été conçus et organisés principalement en Europe occidentale. Ce dernier point indique que la menace n’est pas liée à des frontières géographiques ou politiques traditionnelles. Enfin, si nous sommes préoccupés par les États en déliquescence, paralysés par la corruption et la pauvreté, et subissant l’assaut des activités criminelles et des barons de la drogue, alors au delà de notre assistance militaire et financière à l’Afghanistan, nous devrions également réexaminer notre engagement et notre implication au Mexique. (...)

Nous nous sacrifions pour rien, déclarait [en substance - ndt] un commandant fort talentueux et intelligent, l’un des meilleurs des USA, à tous ses visiteurs, civils ou officiers supérieurs. Nous hypothéquons l’économie de notre nation dans une guerre qui, même au prix d’un engagement accru, restera un match nul pour les années à venir. La réussite et la victoire, quelles qu’elles soient, seront obtenues non pas après des années et après avoir dépensé des milliards supplémentaires, mais après des décennies et des générations. Les États-Unis ne disposent pas d’un trésor national suffisant pour remporter une telle victoire.

Je perçois l’émotion qui transparaît dans le ton de cette lettre et vous prie d’excuser tout ce qui peut apparaitre comme de la mauvaise humeur. J’espère que vous comprenez la nature de cette guerre et les sacrifices consentis par tant de milliers de familles séparées de leurs proches qui sont déployés pour la défense de notre nation et dont les foyers endurent les fractures, les bouleversements et les cicatrices de déploiements multiples.

Des milliers d’hommes et de femmes sont rentrés chez eux avec des blessures physiques et mentales, dont certaines ne se refermeront jamais ou ne feront que s’aggraver avec le temps. Lorsque reviennent les corps des défunts, on doit pouvoir assurer aux familles que leurs morts se sont sacrifiés à une cause digne de leur vie perdue, de l’amour disparu, et des rêves non réalisés.

Je ne crois plus en confiance que de telles assurances peuvent être données. En conséquence, je présente ma démission.

Matthew P Hoh,

28 octobre 2009

Sur le web :

Washington Post : U.S. official resigns over Afghan war

Foreign Service officer and former Marine captain says he no longer knows why his nation is fighting

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2864


2-6 Depuis un an, l'armée française a "éliminé" environ 150 résistants en Kapissa.

 Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction partage tle point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information

Selon nos informations, les militaires français ont "éliminé", c'est-à-dire tué, environ 150 résistants  dans le district de Kapissa, au cours des douze derniers mois.

Il s'agit d'une estimation des militaires français engagés sur le terrain, sachant qu'il n'existe pas de comptabilité exacte des pertes ennemies, les résistants n'abandonnant pas les corps de leurs tués.

Ce chiffre n'est pas officiel, dans la mesure où les autorités politiques et militaires ne souhaitent pas mettre en avant les pertes chez les résistants.

La réalité même de ces chiffres est mise en doute. Ils sont "invérifiables" avance-t-on à l'état-major des armées.

Etrange guerre que celle d'Afghanistan, où l'on communique jusqu'au plus haut niveau de l'Etat sur nos propres morts, mais où l'on s'interdit de faire de même quant aux pertes que nous occassionnons à l'ennemi.

Les docteurs ès contre-inssurection expliquent que c'est ainsi que ce conduisent les guerres modernes. Dire qu'on prend des coups mais taire qu'on en donne, le raisonnement est assurément subtil...

Pour 150 résistants tués, les pertes françaises se sont élevées, durant la même période et le même secteur, à quatre morts par action de l'ennemi (et trois par accident). Ce que les experts appellent le kill ratio est donc d'environ 1 pour 37 en faveur de l'armée française.

Ce résultat a permis de rétablir la crédibilité militaire du contingent français auprès du commandement américain.

Toutefois, l'armée française ne pratique toujours pas ce que les Américains appellent le "dynamic targeting", c'est--à-dire la traque des résistants afin de les détruire ou des capturer (kill or capture).

Dans le secteur de la Kapissa, les Français feraient toujours face à environ 600 à 800 résistants, un chiffre qui n'a pas baissé en dépit des pertes infligées. Le devoir de vengeance, tradition pachtoune, assure un recrutement permanent de nouveaux insurgés qui souhaitent venger la mort de leurs "cousins" tués par les Français. Selon l'état-major, il convient toutefois de distinguer deux catégories d'insurgés : les chefs, les plus motivés et ceux qui agissent parce qu'ils sont payés pour le faire.

Faute de pratiquer le "targeting" (on pourrait également employer le terme de "commando de chasse"), l'armée française reste donc dans une posture qui peut apparaitre comme essentiellement défensive.

Cela ne signifie pas que l'armée française reste dans ses bases - bien au contraire, elle mène de nombreuses patrouilles sur le terrain. Selon l'état-major, "nous ne faisons pas la chasse aux insurgés, mais nous protégeons la population avec les forces afghanes".

26/10

http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/


2-7 La polémique sur l'embuscade tendue aux Français en août 2008 révèle les diverses stratégies des pays de la coalition.

La polémique sur l'éventuelle responsabilité des Italiens dans l'embuscade tendue aux soldats français, le 18 août 2008, dans une vallée reculée au nord-est de Kaboul n'est pas retombée malgré les démentis de Rome et de Paris.

Le quotidien britannique The Times avait relayé, jeudi 15 octobre, des accusations anonymes assurant que les Italiens n'avaient pas informé les Français qu'ils versaient de l'argent aux résistants locaux pour éviter les affrontements dans le district de Saroubi. Ce défaut d'information aurait conduit, selon le journal, les Français à minimiser la menace et ouvert la voie à l'embuscade qui a coûté la vie à dix de leurs soldats.

Vendredi, le même organe de presse persistait en citant un commandant taliban, Mohammed Ishmayel, qui confirme l'existence de ce marchandage. Il précise "qu'il prévoyait que ni les insurgés ni les troupes de l'OTAN ne devaient s'attaquer". Selon ce commandant, l'embuscade mortelle aurait eu lieu car les résistants ne savaient pas que les Italiens avaient laissé la place aux Français à l'été 2008. Les patrouilles de ces derniers avaient été interprétées comme "une rupture de l'accord".

Les déclarations de ce commandant n'ont pas été corroborées par d'autres témoignages. Selon une source de l'OTAN, à Kaboul, interrogée, jeudi, par Le Monde, "il paraît réducteur d'expliquer une telle attaque par le seul défaut d'information. Il serait plus juste de souligner que les Italiens et les Français avaient surtout des stratégies très différentes".

L'état-major italien qui privilégie, par principe, en Afghanistan, les actions de reconstruction et l'aide à la gouvernance plutôt que les opérations de combat, avait, en effet, accentué cette politique dans ce secteur de Saroubi après la mort, le 13 février 2008, du sous-lieutenant Francesco Pezzulo.

Parmi les 2 795 soldats italiens déployés dans ce pays, 22 ont perdu la vie. Les Italiens disposaient, en 2008, d'un budget de 1,5 million d'euros pour financer des actions de développement (construction d'écoles dans les villages du district, participation au programme de rachat local de matériel militaire périmé).

"Arrangements financiers"

Les Italiens parlaient avec les communautés locales. "Dans le sud du district, décrit un officier français en poste à Kaboul, l'argent allait à une population plutôt calme, dans le nord, là où s'est passée l'attaque, il allait à des villages tenus par le mouvement islamiste Hezb-e-Islami. "

A leur arrivée, les Français n'avaient qu'une enveloppe de 300 000 euros et considéraient que leur mission était de reconquérir un territoire abandonné aux insurgés.

Le commandement français entendait démontrer à ses alliés son savoir-faire. Le général français Michel Stollsteiner, qui commandait les troupes de la région de Kaboul, confiait aux journalistes après l'embuscade qu'ils avaient sans doute "péché par excès de confiance".

Les Français exploraient le district de Saroubi et constituaient une menace croissante pour les insurgés. Les Italiens, à la différence des Français, imposent des restrictions à l'usage de leurs forces, leurs soldats avaient interdiction de se rendre dans cette zone.

Depuis l'embuscade, les Français ont fortement augmenté leur budget de développement et multiplié les contacts avec les communautés locales.

Jeudi, le général Eric Tremblay, porte-parole de l'OTAN a indiqué que "les arrangements financiers" relevaient du gouvernement afghan.

Jacques Follorou

LE MONDE

Article paru dans l'édition du 17.10.09

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2009/10/16/la-polemique-sur-l-embuscade-tendue-aux-francais-en-aout-2008-revele-les-diverses-strategies-des-pays-de-la-coalition_1254779_3216.html



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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