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13/11/2009

n°19 - Dossier d'Iran - 11-11 : - Fin - : Guerre froide sans merci contre l'Iran.

n°19  - Dossier d'Iran - 11-11 : - Fin - : Guerre froide sans merci contre l'Iran.



Dossier d'Iran   n°19 du 11-11

                                C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

3  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Kaveh L. Afrasiabi : L’heure de vérité sur l’Iran

2-2 Pourquoi L’Iran ne Peut Pas Faire Confiance à la France et à La Russie.

3-3 Marsha B. Cohen : « Ambiguïté Nucléaire » : Les Israéliens en ont Ecrit les Règles Acceptées par Les Américains.

3-4 Antoine Lerougetel : Sarkozy soutient la ligne dure de Washington contre l'Iran.

 


 


3  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse de l’auteur mais doit être vu comme information

3-1 Kaveh L. Afrasiabi : L’heure de vérité sur l’Iran

Mercredi dernier, c’est un chef de l’AIEA plein d’optimisme, Mohamed ElBaradei, qui a rapporté qu’après deux années et demie de négociations intenses à Vienne, couvrant de nombreuses questions techniques, un sérieux progrès avait été fait sur une proposition consistant à apporter une assistance nucléaire pour un petit réacteur de recherche à Téhéran.

Il a ajouté que l’AIEA avait présenté aux parties – l’Iran, la Russie, les Etats-Unis et la France – un projet d’accord auquel une réponse devait être donnée à la fin de la semaine.
L’AFP a rapporté que les diplomates avaient dit que le projet de l’organe de surveillance atomique de l’ONU propose que la Russie traite l’uranium iranien faiblement enrichi pour l’enrichir au taux de 20%, requis par le réacteur de recherche à Téhéran, et que la France le transformerait en combustible.
Reprenant le sentiment d’ElBaradei, l’envoyé de l’Iran auprès de l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh, a dit que les pourparlers avaient été « constructifs et couronnés de succès », bien qu’il ait pris la précaution d’insister sur le fait que, contrairement aux reportages dans les médias occidentaux, aucune décision finale n’avait été prise. Au moment de la rédaction de cet article, le sentiment à Téhéran semblait de plus en plus tendre contre toute décision hâtive.
« La date limite de vendredi n’a pas été acceptée lors de la réunion et n’était que l’opinion personnelle de M. ElBaradei », a dit à l’auteur une source iranienne. Cette source a ajouté que dans son opinion, « Un peu plus de temps est absolument nécessaire, ne serait-ce que pour éviter de donner l’impression que l’Iran avait accepté à la hâte une décision fatidique lourde de conséquences et parce qu’elle doit être étudiée très minutieusement sous tous les angles. »
Ce point de vue semble partagé par un grand nombre de parlementaires iraniens, dont Mohammed Reza Bahonar, le vice-président du Majlis [le parlement iranien], qui a déclaré que les termes de cet accord, en vertu desquels l’Iran acheminerait son uranium vers l’étranger et recevrait en échange du combustible nucléaire, n’étaient pas acceptables ».
Il n’y a pas non plus de consensus à Téhéran concernant le volume relativement élevé d’Uranium Faiblement Enrichi (UFE) – 1.200 kilos ou l’équivalent de 80% des stocks d’UFE de l’Iran – visé pour un acheminement vers l’extérieur.
Vu les expériences passées avec certains contrats internationaux, il y a énormément d’inquiétudes en Iran que, peu importe la solidité sur le papier des modalités du dernier accord, lorsqu’il sera question d‘effectuer la livraison, il pourrait y avoir de la mauvaise volonté. C’est une chose que le réacteur de Téhéran, vital pour le traitement du cancer et autres maladies graves, ne peut se permettre.
« N’oublions pas que la dernière livraison de combustible nucléaire pour ce réacteur a pris cinq ans. L’AIEA avait donné son approbation en 1988 et ce n’est qu’en 1993 que celui-ci a été livré », a dit un professeur de science politique de l’Université de Téhéran.
Le réacteur thermique de 5 MW a fonctionné à environ 60% de sa capacité totale à cause du manque de combustible, lequel devrait être épuisé d’ici fin 2010 ou début 2011. Il n’y a donc pas de temps à perdre avec des négociations qui traînent en longueur, une raison pour laquelle l’Iran a prévenu que si une décision n’est pas prise rapidement, il continuera de produire son combustible [nucléaire] qui nécessite un enrichissement moyen de 19,75%. Et ceci, malgré des coûts prohibitifs et des défis techniques.
« L’Iran devrait opter pour un accord graduel, un accord étape par étape », a déclaré un analyste à Téhéran, Rahmatollah Ghahramanpour. Les Iraniens ont également émis des doutes concernant la participation de la France en tant que sous-contractant pour la fabrication des barreaux d’uranium, après le raffinage de l’UFE iranien par la Russie. Un autre analyste, Hassan Beheshtipour, considère les pourparlers de Vienne comme un « test de bonne volonté », en particulier de la part des Etats-Unis et de la France.
C’est aussi un test de volonté politique, à la lumière de la quantité de « nonistes » à cette proposition d’accord, à Téhéran, à Washington et dans diverses capitales européennes.
« L’accord quantitatif, sur le niveau de masse d’uranium iranien devant être exporté [pour enrichissement supplémentaire], peut être négocié, mais la question qualitative qui est liée au tableau d’ensemble ne peut pas l’être », a développé le professeur de Téhéran cité plus haut.
« Tout accord sur le réacteur de Téhéran aura une grande signification symbolique parce qu’il modifiera le climat d’hostilité entre l’Iran et les Etats-Unis et que ceci à son tour rendra plus difficile aux opposants de l’Iran au sein du Congrès US de pousser à de nouvelles sanctions. »
Autrement dit, ceci pourrait laisser intacte la question centrale, le droit de l’Iran d’enrichir l’uranium. En même temps, cela désamorcerait la « menace iranienne » en supprimant le gros de la production nucléaire nette que l’Iran pourrait développer pour la militarisation.
De la même manière, la question quantitative pourrait s’avérer gênante. Le réacteur de Téhéran a pu être maintenu en activité depuis 1993, grâce à la livraison de 116 kilos d’uranium argentin enrichi à près de 20%, équivalant à peu près à 1.169 kilos d’UFE iranien.
Pour fonctionner au maximum de sa capacité, le besoin annuel du réacteur est d’environ 18 kilos d’uranium enrichi, soit l’équivalent de 180 kilos d’UFE. Donc, pour un approvisionnement du réacteur pendant dix ans et fonctionnant à une capacité normale de 70/80%, l’envoi de la quasi-totalité de l’UFE iranien (1.500 kg) serait nécessaire. C’est l’une des raisons pour laquelle les législateurs comme Bahonar insistent pour dire que l’assistance étrangère à ce réacteur « purement humanitaire » qui fabrique des isotopes médicaux ne devrait pas dépendre de l’utilisation de l’UFE iranien. Après tout, cela a pris plusieurs années à l’Iran pour être capable de rassembler ses 1.500 kg d’UFE actuels.
Néanmoins, étant donné que cette idée a été initialement émise par l’Iran et dont le Président Mahmoud Ahmadinejad a dit que c’était « le moyen de tester la sincérité de la communauté internationale », il est à présent relativement difficile pour Téhéran de faire machine arrière. Aussi, l’Iran ne voudrait pas manquer l’occasion d’améliorer son image en réduisant sa « capacité de militarisation nucléaire ».
C’est tout particulièrement le cas, étant donné la crise avec son voisin qui dispose de l’arme nucléaire, le Pakistan, à la suite des attaques terroristes en Iran.
Commentant la dernière proposition, le professeur de Téhéran souligne le compromis désagréable entre la sécurité de l’Iran et les besoins de sa population. « Parlez d'ambiguïté nucléaire ! C’est un accord qui répond à certains besoins mais, en même temps, qui crée de nouveaux besoins, ainsi que des effets à la fois positifs et négatifs sur un certain nombre d’autres considérations. Ce n’est certainement pas un scénario parfait. »
Peut-être qu’ElBaradei était plus proche du but lorsqu’il a décri le projet d’accord comme étant un pas énorme construisant la confiance vers la « normalisation des relations de l’Iran avec la communauté internationale ». Cet « accord historique » pourrait être le baroud d’honneur d’ElBaradei, alors qu’il se retire à la fin du mois prochain, à la suite de son second mandat de quatre ans. Il a dit qu’il « croisait les doigts » à propos de ce projet, mais il se pourrait qu’il soit laissé à son successeur, le Japonais Yukiya Amano, qui verrait cet accord finalisé.
Il se trouve que le Japonais Amano a récemment signé un accord similaire avec la Russie pour de l’uranium enrichi, sans négliger le fait d’un accord similaire entre les Etats-Unis et la Russie au début de l’année. Ceci indiquerait qu’un sujet ordinaire se rapportant à un réacteur médical, complètement contrôlé par l’AIEA, ne devrait pas être sujet à un tel battage médiatique.
Pourtant, ElBaradei pourrait avoir sapé ses propres efforts en liant ce projet à une « normalisation complète » des relations de l’Iran avec le monde extérieur et même avec le « désamorçage » de la crise nucléaire iranienne. Séparer les deux serait peut-être une meilleure approche.

Kaveh L. Afrasiabi
Asia Times Online,

25 octobre 2009

article original : "Hour of decision on Iran"

http://questionscritiques.free.fr/edito/AsiaTimesOnline/Kaveh_Afrasiabi/Iran_reacteur_medical_uranium_Russie_France_241009.htm


2-2 Pourquoi L’Iran ne Peut Pas Faire Confiance à la France et à La Russie Pour L’Enrichissement De Son Uranium.

La proposition de l’AIEA, dite « Accord de Genève », présentée sous pression du groupe P5+1, demandant à l’Iran d’expédier son LEU à l’étranger était dés le départ vouée à l’échec. L’Iran, qui défend ses intérêts nationaux, ne peut faire confiance à la Russie, encore moins à la France, pour son enrichissement d’Uranium. Explications.

L’AIEA sous pression du groupe P5+1 - 5 membres permanents du CSONU + l’Allemagne et on devrait aussi ajouter Israël qui œuvre en coulisse - a proposé à l’Iran d’envoyer environ 80% de son LEU produit à la centrale de Natanz (environ 1200kg) en Russie puis en France pour qu’il soit enrichi de 3.8 à 19.75% et converti en barres de combustible pour approvisionner le centre nucléaire de recherche médical iranien prés de Téhéran qui fournit les isotopes nécessaire à plus de 200 hôpitaux pour les traitements contre le cancer. L’AIEA a obligation de fournir à l’Iran, qui est signataire du TNP, cet uranium enrichi à 19.75% pour utilisation à des fins pacifiques et cela sans contre partie. Sa demande est par conséquent injustifiée et témoigne simplement de la main mise des puissances occidentales et du régime sioniste (non signataire du TNP) sur l’AIEA.
L’Iran n’a pas répondu immédiatement à cette proposition, laissant la porte ouverte à de possibles négociations sur les conditions techniques de cet «échange », mais aussi afin d’obtenir des garanties que son LEU lui serait effectivement bien retourné sous forme de barres de combustible enrichi à 19.75%.  

L’Iran, pour tester le sérieux et l’honnêteté du P5+1- et plus précisément pour ce deal du P3 (Les US, la France, et la Russie) – a dit qu’il serait prêt à livrer leur LEU en plusieurs fois à condition qu’on le leur retourne enrichi à chaque fois, et ce dés le premier envoi.

La réaction américano européenne ne s’est pas faite attendre : « inacceptable », révélant en fait l’objectif principal de ce « deal» : confisquer l’uranium enrichi à 3.8% par les iraniens (sous stricte surveillance de l’AIEA) sous prétexte que l’Iran pourrait l’enrichir à 98% pour fabriquer une bombe nucléaire.
L’Iran, par expérience, avait de bonnes raisons dés le départ de ce méfier de cet arrangement bidon.

La France n’a pas été un partenaire fiable de l’Iran en matière d’enrichissement d’uranium
L’Iran fait peu confiance à la France et depuis l’élection de Sarkozy - un pion sur l’échiquier sioniste en Europe, et une catastrophe pour la diplomatie française et l’influence de la France dans le monde. L’hostilité quasi incessante de ce dernier et des agents sionistes infiltrés au Quai D’Orsay (Kouchner et Lellouche) n’ont fait qu’accroître cette méfiance.
Mais celle-ci remonte bien avant la main mise sarkosioniste sur la France. Le consortium Eurodif, fondé en 1973 par la France, la Belgique, l’Espagne, et la Suède, possède une centrale d’enrichissement en France. En Juin 1974, le Shah Mohamad Reza Pahlavi etle Dc Akbar Etemad, qui dirigeait à l’époque l’Organisation à l’Energie Atomique en Iran sont venus en visite officielle à Paris. La France et l’Iran ont alors ratifié un accord, par lequel la France s’engageait à fournir 5 réacteurs nucléaires de 1000MW chacun pour enrichir de l’uranium et aider à la création d’un centre de recherche nucléaire en Iran.
Afin de s’assurer que l’Iran reçoive ce LEU, le Shah a accepté d’acheter les 10% de parts que la Suède possédait dans Eurodif. La Cogema, une entreprise publique française, et l’Iran ont créé la Sofidif Société Franco-Iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse, qui appartient pour 60% à l’état français et pour le reste à l’Iran. Sofidif a alors acheté 25% d’Eurodif, l’Iran devenant ainsi directement actionnaire à concurrence de 10% d’Eurodif.
L’Iran a payé 1 milliard de $ en 1975 et 180 millions de $ en 1977, en échange de 10% de la production du LEU d’Eurodif. Mais le régime du Shah a été renversé en Février 1979 par la Révolution islamique. Depuis, la France a refusé de donner à l’Iran sa part de LEU ou même de rembourser les parts de l’Iran dans la société. Par conséquent, à la base, il existe des raisons historiques solides pour que l’Iran se montre méfiante vis-à-vis de la France sur la question de l’enrichissement d’uranium.
La Russie zig zag selon ses intérêts
L’Iran a aussi de bonnes raisons historiques de se méfier de la Russie. Cette dernière s’est emparée de vastes territoires de l’Iran dans le Caucase en 1813 et 1827 et ne les a jamais rendus. La Russie a aussi aidé les contre révolutionnaires lors de la Révolution Constitutionnelle de 1905-1911, et s’est opposée par le biais de proxies iraniens à l’industrialisation de l’Iran au XIXème et XXème siècles.
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’Union Soviétique a refusé de quitter le territoire iranien et ne l’a fait que sous la pression des pays de l’Ouest en 1946. Il a tiré avantage de la faiblesse du gouvernement iranien de l’époque et a pillé le caviar de l’Iran et ses zones de pêche dans la Mer Caspienne de 1927 jusqu’au milieu des années 50 quand le coup de la CIA a ramené au pouvoir le régime du Shah soutenu par l’Occident. C’est seulement à ce moment là qu’un accord bilatéral a été signé par les deux nations.
L’Union Soviétique et l’Iran ont signé deux traités en 1921 et en 1940, qui interdisaient aux deux nations d’agir unilatéralement concernant les ressources naturelles de la Mer Caspienne, pourtant c’est ce qu’a fait la Russie, signant des accords bilatéraux, malgré les fortes objections de l’Iran, avec d’autres états du littoral de la Caspienne, dont l’Azerbadjan, le Turkmenistan, et le Kazakhstan.
De même, c’est devenu un rituel annuel pour la Russie d’annoncer chaque début d’année que le réacteur nucléaire de 1000MW qu’il construit à Bushehr va démarrer en milieu d’année. Quand on arrive en milieu d’année, il est annoncé que le réacteur sera opérationnel «au début de l’année suivante». L’Iran supporte bon gré mal gré ce stratège car la Russie représente régionalement un partenaire stratégique.
L’Iran se méfie, l’opposition à cet accord se développe dans le pays y compris chez les adversaires d’Ahmadinejad
Cet « Accord de Genève » a été dénoncé par l’opposition iranienne menée par Hossein Mousavi qui a qualifié ce dernier «d’étonnant ». La semaine dernière il a dit «si l’Accord de Genève est mis en pratique par l’Iran, cela détruira le travail et les réalisations de milliers de scientifiques iraniens. »
Le Dc Etemad, qui vit en exil en France, a dit lors d’une interview : «C’est un mauvais deal. Eux (le groupe P5+1) veulent s’emparer de l’uranium de l’Iran. On ne peut faire confiance à la Russie et à la France sur le fait que si elles reçoivent l’uranium de l’Iran elles le renverront. Elles ont par le passé rompu leurs promesses ».
Pour l’instant le gouvernement iranien n’a pas fait connaître officiellement sa réponse.
Aujourd’hui, la presse iranienne (Press TV proche du gouvernement) rapporte qu’un haut responsable politique iranien, Alaeddin Boroujerdi, qui dirige le Comité de Sécurité Nationale et de Politique Etrangère du Majlis (parlement iranien) a dit qu’il était hors de question pour l’Iran d’envoyer son LEU à l’étranger ni en une seule fois ni en plusieurs fois. « L’Iran ne va pas donner à l’autre partie ces 1200kg de Leu produit pour recevoir de l’Uranium à 20%. La cargaison ne sera ni envoyée dans sa totalité ni en plusieurs fois. » Il a dit que l’Iran étudiait actuellement d’autres moyens de se procurer l’uranium enrichi à 20%, que le représentant de l’Iran auprès de l’AIEA, Ali-Asghar Soltaniyeh, en discutait afin de trouver une solution mais qu’aucune décision n’avait été prise pour le moment. Il a également rejeté l’idée qu’une date limite ait été fixée pour que l’Iran donne sa réponse à la proposition de Genève.
Le ministre des affaires étrangère iranien, Manouchehr Mottaki, a rappelé que son pays , s’il acceptait l’Accord de Genève, ne livrerait son LEU qu’en plusieurs fois en échange d’uranium enrichi à 20%, les questions techniques devant d’abord été résolues et des garanties « spécifiques » au préalable apportées.

SOULEIMAN

08 novembre 2009

http://www.planetenonviolence.org/Pourquoi-L-Iran-Ne-Peut...


3-3 Marsha B. Cohen : « Ambiguïté Nucléaire » : Les Israéliens en ont Ecrit les Règles Acceptées par Les Américains.

Alors qu’on parle de « l’ambiguïté nucléaire » iranienne, Il y a 41 ans les Américains ont entrepris des négociations sur le programme nucléaire israélien qui ont abouti à la reconnaissance par les US de «l’ambiguïté nucléaire » israélienne.

Obama vient récemment de la renouveler. Ce sont les Israéliens qui ont écrit les règles du jeu de la dissimulation nucléaire et pas les Iraniens, explication.

Israel et la Bombe Avner Cohen

Armes De Distraction Massive

C’est le 41ème anniversaire du début des négociations nucléaires américano- israélienne sur le programme nucléaire d’Israël.
Si les négociateurs iraniens n’ont pas lu le livre d’Avner Cohen «Israel and the Bomb», ils devraient le faire. Ils découvriraient que le 30 Octobre c’est le 41ème anniversaire du début de toute une série de négociations qui ont abouti à la reconnaissance par les Américains de « l’ambiguïté nucléaire » d’Israël. Ils pourraient en tirer des leçons utiles.
Alors que les medias partout dans le monde pèsent et critiquent la réponse détournée de l’Iran (ou le manque de réponse satisfaisante) aux pressions occidentales sur son programme nucléaire, les diplomates israéliens et les experts, quoique dise l’Iran , répètent que l’Iran essaie néanmoins d’exploiter l e prétexte d’un programme nucléaire pacifique pour développer un programme d’armement nucléaire.
Après tout les Israéliens connaissent bien ce jeu. Ils en ont écrit les règles.
Le 30 Octobre 1968, L’assistant secrétaire à la défense US, Paul Warnke a commencé toute une série de négociations avec l’ambassadeur israélien de l’époque, Yizack Rabin, qui deviendra le cinquième premier ministre d’Israël en 1974 (il a reçu le prix Nobel de la Paix pour avoir serré la main de Yasser Arafat, et a été assassiné par un fanatique d’extrême droite juif lors d’une manifestation pacifique à Jérusalem l’année suivante). Bien que la CIA ne lui ait pas fourni d’estimation sur le programme d’armes nucléaires d’Israël, Warnke soupçonnait néanmoins qu’Israël avait la capacité de produire une bombe nucléaire et l’avait probablement déjà fabriquée. Il a proposé un Memorandum of Understanding ( MOU) liant la signature d’Israël au TNP non seulement à la vente d’avions de combat Phantom qu’Israël voulait des US mais au fait que les US deviennent les principaux fournisseurs d’armes à Israël, rôle rempli par la France jusqu’à la guerre des «6 Jours» de 1967.
Comme Avner Cohen l’a reconstruit dans son livre de 1998 (pges 307-318) sur la base de documents jusqu’alors classés top secret, Warnke a rencontré Rabin le 12 Novembre, et a essayé de clarifier l’estimation. I[«Israël ne sera pas le premier à introduire des armes nucléaires dans la région»]i lui a répondu Rabin ce qui voulait dire « que nous ne serions pas les premiers à introduire des armes nucléaires ».
« Que voulez vous dire par introduire ? » lui a demandé Warnke.
« Quel est votre définition d’armes nucléaires ? » lui a répondu Rabin.
Warnke a dit que la question qu’il posait consistait en deux parties : la question de ce qu’était ou n’était pas une «arme nucléaire» et la définition de ce qui était ou n’était pas «introduire» des armes nucléaires. « S’il y a des composants disponibles qui pourraient être assemblés pour fabriquer une arme nucléaire - - bien que la partie A soit dans une pièce et la partie B dans une autre - - alors c’est une arme nucléaire» a déclaré Warnke.
Le général Mordechai Hod, qui avait accompagné Rabin, a demandé s’il y avait une utilisation acceptée du mot «introduction» en droit international. Warnke a admis qu’il n’y en avait pas. Alors Rabin et Hod se sont concentrés sur le mot «test» comme caractéristique de tout système opérationnel d’armes nucléaires. Les cinq pays en possession d’armes nucléaires avaient tous testé des armes nucléaires, et comme Israël n’avait mené aucun test nucléaire *, il respectait son engagement de ne pas «introduire» d’armes nucléaires dans la région.
Warnke voulait quand même définir «introduction» en terme de présence physique. Mais Rabin a insisté sur le fait que puisque l’objectif des armes nucléaires c’était de dissuader, leur présence devait être déclarée publiquement pour dire qu’elles avaient été introduites, car une arme nucléaire non déclarée n’avait aucune valeur de dissuasion. Rabin a continué son argumentation en disant qu’à la fois «la notoriété et le pré-test» étaient tous deux nécessaire pour correspondre à la définition israélienne d’«introduction». Warnke a demandé à Rabin, »selon vous un engin nucléaire dont on n’a pas annoncé l’existence publiquement et non testé n’est pas une arme nucléaire». Rabin a répondu par l’affirmative.
Le programme de recherche nucléaire israélien a démarré en 1948 pendant la guerre «d’indépendance» (guillemets de la traductrice : dans une entreprise d’occupation coloniale il n’y a pas de guerre «d’indépendance» c’est historiquement une absurdité). Le premier première ministre israélien, David Ben Gourion, a basé sa stratégie de survie pour le nouvel état sur deux éléments essentiels : une alliance formelle militaire avec une ou plusieurs puissances occidentales, et des armes nucléaires. Au début, il a envisagé la possibilité d’un pacte de défense avec les US qui garantirait les frontières de cessez le feu de 1949. Mais au milieu des années 50, il a été convaincu que la sécurité d’Israël serait le mieux assurée si Israël acquérait de lui-même une force de dissuasion nucléaire. Ben Gourion considérait les armes nucléaires comme une «assurance» dans le cadre d’une course aux armements avec les états arabes, comme une arme de dernier recours, et même comme un moyen de persuader les voisins arabes d’Israël d’accepter son existence.
A ce moment là, le gouvernement US ne disposait pas d’une politique cohérente de non prolifération. La promotion de l’assistance nucléaire à des gouvernements étrangers dans le cadre de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire (inclus l’Iran sous régime du Shah) est devenue une composante significative de la politique étrangère US. Israël n’avait aucune raison de camoufler sa technologie de recherche et développement dans le nucléaire civil.
En 1960, le Time Magazine a rapporté qu’Israël construisait une bombe atomique dans la ville de Dimona dans le Désert du Negev. Ben Gourion avait seulement admis qu’ils construisaient un site de production d’énergie nucléaire à cet endroit là. Il craignait qu’un débat au sein des responsables gouvernementaux et des hommes politiques, sans parler de l’opinion publique, pourrait mettre en danger ses plans d’une dissuasion nucléaire. Le financement a été acquis en dehors des «circuits gouvernementaux traditionnels». Le projet est devenu inaccessible à toute discussion. En 1962, deux membres du parlement des partis de gauche israéliens le Mapam et le Maki, ont proposé un débat sur la création d’une zone sans arme nucléaire au Moyen Orient pour éviter un «holocauste» résultant de l’utilisation d’armes nucléaires dans le conflit arabo israélien. La proposition a été retirée de l’agenda du parlement à la demande de Ben Gourion.
Selon Cohen, Israël a terminé l’étape de développement de sa première arme nucléaire aux environs de 1966-67. Des rapports de la CIA distribués début 1967 indiquaient qu’Israël avait produit tous les composants nécessaires pour permettre l’assemblage d’une bombe nucléaire en 6-8 semaines.
Cependant, Israël a refusé d’admettre qu’il avait un programme d’armes nucléaires, insistant sur le fait que c’était suffisant pour lui de dire qu’ »il ne serait pas le premier à introduire des armes nucléaires au Moyen Orient».
Rabin et le ministre des affaires étrangères, Abba Eban, ont rencontré le secrétaire d’état US, Dean Rusk en Octobre 1968. Ruck leur a expliqué que du fait du développement d’armes nucléaires par Israël ils se trouvaient confrontés à la question embarrassante de savoir si les US étaient ou pas sérieux quant au TNP. »Ce que nous sommes». Cela soulevait aussi le problème inquiétant, dans le contexte plus large de la Guerre Froide, de ce que pourrait faire les Soviétiques pour fournir aux pays arabes l’accès aux armes nucléaires si Israël en avait. Rusk et le Département d’Etat ont essayé de lier la vente de Phantom F-4 US à un accord de signature du TNP, tandis que le directeur de la CIA, Richard Helms, s’est entretenu en privé avec le Président Lyndon Johnson sur le fait que la capacité nucléaire d’Israël l’empêchait de signer le TNP comme état sans arme nucléaire.
Israël n’a pas signé le TNP. Il a obtenu les Phantom de toute façon. Pour éviter d’embarrasser les US, «l’ambiguïté» - - Cohen la nomme «opacité», I.e, le manque de transparence - - est devenu le mot convenu dés que le programme israélien d’armes nucléaires est évoqué.
Il y a eu des appels pressants. Des révélations faites au journaliste du Sunday Times britannique, Peter Hounam, en Octobre 1986, portant sur les activités de la centrale nucléaire israélienne à Dimona, par un technicien qui y avait été employé, Mordechai Vanunu, qui s’est heurté à une vaste campagne de désinformation de la part du gouvernement israélien. Vanunu a été kidnappé par les services secrets israéliens avant que son récit ne soit vérifié.
Le tabou sur la politique nucléaire d’Israël a presque été brisé le 2 février 2000. Un membre du parlement israélien, Issam Makhoul du (« Nouveau ») Front Démocratique pour la Paix et l’Egalité, Hadash, un petit parti politique arabe – juif, a défié la politique nucléaire israélienne. Makhoul a essayé de mettre en avant les dangers non seulement d’une spirale du nucléaire au Moyen Orient, à cause du stock existant de «centaines bombes nucléaires» israéliennes et l’acquisition récente de sous marins allemands, mais la possibilité de terrorisme nucléaire conduite par les Israéliens. Quel type de défense est-ce là a demandé Makhoul, «si un Baruch Golstein nucléaire - un colon extrémiste qui a fait violemment irruption dans la Mosquée au Tombeau des Patriarches à Hébron le 25 février 1994, et ouvert le feu sur les fidèles musulmans qui y priaient, en tuant 29 et en blessant 150- infiltrait le système et, muni d’une sanction à exécuter dictée par un rabbin, lançait un Armageddon nucléaire ?»
Makhoul a aussi attiré l’attention sur l’entassement non contrôlé de déchets nucléaires à Dimona accumulés ces 40 dernières années, de même que la situation vulnérable de Dimona située sur la faille tectonique Syrie-Afrique et pouvant être touchée par un tremblement de terre. Il a remis en question l’emplacement de fabrication de missiles nucléaires près de Kfar Zechariah, l’Institut Biologique de Nes Ziona, où sont fabriqués des armes bactériologiques, et d’autres sites produisant des armes israéliennes de destruction massive dans des zones résidentielles les plus densément peuplées en Israël , appelant cela «un crime contre les habitants d’Israël et des pays voisins».
Le directeur du bureau de CNN à Jérusalem, Walter Rodgers, qui était présent, a rapporté que plusieurs membres du parlement sont sortis lors du discours de Makhoul. 5 parlementaires arabes ont été sortis manu militari, et le porte parole du parlement a fait taire Makhoul. Selon Rodgers, le débat avait rendu possible de tous petits pas lents faits par le gouvernement israélien en direction d’une politique nucléaire plus ouverte. Il s’est plaint qu’ «au lieu d’une discussion constructive, le ton dur de ce premier débat, avec d’un côté les Arabes israéliens et de l’autre les Juifs israéliens, a pu refermer la porte sur ce sujet pour une plus longue période» ( CNN 2/2/2008 pmET)
L’épisode Makhoul a été réprimé et vite oublié. Encore plus troublant pour les décideurs politiques israéliens ont été les révélations d’Avner Cohen dans son livre « Israël and the Bomb ». Deux ans après sa publication aux Etats Unis en anglais, il devait paraître en hébreu en Israël pendant l’été 2000. Cohen n’avait pas seulement fourni une chronologie appropriée du programme nucléaire secret d’Israël, il avait aussi mis en avant la politique délibérée d’ambiguïté d’Israël, dont il se réfère en parlant d’ »opacité nucléaire» éclairant une façon de penser, profondément encrée dans la culture sécuritaire nationale d’Israël et dans les normes, valeurs et attitudes de quiconque baignant dans la culture israélienne.
«La culture d’opacité est enracinée dans plusieurs convictions :
- que c’est vital pour la sécurité d’Israël de posséder des armes nucléaires ;

- que les Arabes ne devraient pas être autorisés à posséder des armes nucléaires, maintenant ainsi le monopole nucléaire israélien ;
- qu’Israël ne peut pas défendre ouvertement son monopole nucléaire et par conséquent doit maintenir son statut nucléaire secret ;
-que la question du nucléaire doit être maintenue en dehors de tout débat public ;
que le sujet doit être entre les mains de professionnels anonymes ;

- et finalement, la politique d’opacité a bien servi Israël et qu’il n’y a pas d’autre alternative.

Même dans l’Israël d’aujourd’hui, alors même que tous les autres sujets et organisations dont le Mossad et le Shin Bet sont devenus sujet à débat public et critique, le complexe nucléaire est maintenu sciemment en dehors de l’agenda public.» (« Israël and the Bomb » p. 343).
*A propos de test nucléaire Israël a testé conjointement une arme nucléaire dans l’Océan Indien en 1979 avec le régime d’Apartheid D’Afrique du Sud avec lequel il collaborait étroitement notamment pour son programme militaire nucléaire. Des experts scientifiques nucléaires israéliens ont également assisté à des tests nucléaires français, là aussi dans le cadre d’une collaboration étroite franco israélienne sur le nucléaire militaire, la centrale de Dimona - où son fabriquées les armes nucléaires israéliennes - ayant été construite avec l'aide et le savoir faire français.

Marsha B. Cohen

29/10/09 –

www.pbs.org

Myriam Abraham introduction traduction

Dimanche 1 Novembre 2009

http://www.planetenonviolence.org/Ambiguite-Nucleaire-Les-Israeliens-En-Ont-Ecrit-Les-Regles-Acceptees-Par-Les-Americains_a2048.html


3-4 Antoine Lerougetel : Sarkozy soutient la ligne dure de Washington contre l'Iran.
 Les appels belliqueux du président français, Nicolas Sarkozy, à agir contre les installations nucléaires iraniennes ont été accueillis avec surprise et satisfaction par les médias américains. Le soutien de Sarkozy à la ligne dure de Washington contre l’Iran fait partie des efforts plus généraux déployés par l’impérialisme français pour élargir sa sphère militaire et géopolitique mondiale. Ceci inclut les interventions entreprises au Kazakhstan et à Djibouti.

Le Washington Post du 1er octobre a fait savoir que : « La semaine dernière, à l’occasion de l’assemblée générale de l’ONU à New York, [Sarkozy] a durci son discours en disant que la main tendue avait été refusée dans ce qui semblait être un défi à Obama, et se demandait s’il valait la peine d’attendre un geste en retour. » Le Post cite Sarkozy disant sèchement, « Entre-temps, les centrifugeuses continuent de tourner. »

Dans un commentaire intitulé « La pique atomique française », le Wall Street Journal écrivait le 29 septembre, « Nous n’aurions jamais cru qu’un jour le président de France ferait preuve de plus de détermination que le commandant en chef des Etats-Unis en réponse à l’un des plus sérieux défis sécuritaires au monde. Mais c'est le cas. »

L’Allemagne et la France sont respectivement le premier et le quatrième investisseur les plus actifs en Iran. Sarkozy, en rupture avec la tradition nationaliste gaulliste pour une certaine indépendance par rapport aux Etats-Unis, est parvenu à la conclusion que les intérêts du capitalisme français en Iran et de par le monde seront infiniment mieux défendus au moyen d’une étroite collaboration avec les Etats-Unis. Ceci signifie une implication active dans les guerres néo-coloniales menées par les Etats-Unis pour s’assurer le contrôle de l’exploitation des ressources de la région. La décision prise l’année dernière par la France de réintégrer le commandement de l’OTAN en révoquant la décision de retrait de 1966 de Gaulle, s’inscrit pleinement dans le processus de Sarkozy de s’écarter du gaullisme traditionnel.

La politique étrangère du président français est motivée par l’intensification de la concurrence géostratégique entre grandes puissances pour les ressources énergétiques mondiales, tandis que l’Europe et les Etats-Unis sont de plus en plus défiés par la Chine. La crise économique mondiale accélère ce processus. La principale raison de cette ruée sont les énormes dépôts de gaz, de pétrole et autres ressources stratégiques d’Asie centrale et du bassin de la Mer Caspienne.

En juillet 2008, un livre blanc exposant les projets militaires de la France pour les quinze prochaines années préconisait une « concentration sur un axe géographique prioritaire, allant de l’Atlantique jusqu’à la Méditerranée, au golfe Arabo-Persique et à l’océan Indien. » Le document poursuit, « Cet axe correspond aux zones où les risques impliquant les intérêts stratégiques de la France et de l’Europe sont les plus élevés. »

Sarkozy a justifié sa position dure envers l’Iran en suggérant que si Israël voyait trop peu de détermination de la part des Etats-Unis, il pourrait agir tout seul et porter des frappes aériennes contre les installations nucléaires iraniennes, une action qui aurait des conséquences incommensurables. Pour le moment, la menace d’un embargo, notamment sur le pétrole raffiné, est soulevé dans l’espoir d’obliger le gouvernement du président Mahmoud Ahmadinejad à abandonner le programme nucléaire.

La question de la possibilité pour l'Iran de développer l'arme nucléaire est exagérée afin de servir de prétexte à l'effort de l’impérialisme américain de créer en Iran un régime disposé à laisser les groupes américains exploiter ses réserves de pétrole et de gaz, comme c’est présentement le cas dans l’Irak occupé.

La rhétorique anti-Iran de Sarkozy fait partie de sa campagne islamophobe d’interdire le port de la burqa. Ces deux éléments visent à influencer l’opinion publique française et à organiser un soutien pour le militarisme français grandissant. Un sondage publié au printemps dernier a révélé que 68 pour cent de la population française désapprouvaient l’envoi de troupes en Afghanistan et seulement 15 pour cent se sont dit en faveur.

Dans le même temps, l’échec des Etats-Unis à créer un Irak stable, cela reste un bourbier militaire où quelque 120.000 soldats américains sont déployés, et les difficultés de plus en plus grandes à réprimer la résistance afghane, ont affaibli le gouvernement Obama et la crédibilité de l’impérialisme américain. La France, tout comme les autres rivaux des Etats-Unis, a bien l'intention de tirer parti de cette situation.

La visite de Sarkozy au Kazakhstan

Le 6 octobre, Sarkozy était en visite au Kazakhstan. Le Monde écrivait ce jour-là, « L’intérêt du Kazakhstan pour la France est avant tout géostratégique. Il veut en faire son allié privilégié en Asie centrale, comme le Brésil en Amérique latine, l’Egypte en Afrique, et l’Inde en Asie. En pleine guerre d’Afghanistan, la France veut aussi sécuriser l’approvisionnement et le transit des trois mille soldats français déployés dans ce pays. Elle a signé à cet effet un accord. »

Les intérêts géostratégiques auxquels Le Monde fait allusion comprennent en grande partie la finance, la défense, le matériel militaire et la sécurité des approvisionnements en énergie. Sarkozy était accompagné de représentants d’entreprises françaises. Les deux pays auraient signé 24 contrats d’un montant total dépassant 6 milliards de dollars.

Comme Le Monde le remarquait : « Paris veut aussi être en mesure de contourner la Russie pour s’approvisionner en hydrocarbures. Total et GDF Suez ont ainsi formalisé leur participation à l’exploitation du champ gazier de Khvalinskoye, pour un milliard d’euros. »

Ils ont obtenu une participation de 25 pour cent (1 milliard d’euros) sur un futur champ gazier et pétrolier situé en mer Caspienne qui devrait être développé conjointement par la firme pétrolière russe Lukoil et la société d’Etat kazakh KazMunaiGas. La production devrait entrer en service en 2016. Le champ est censé produire jusqu’à trois mille milliards de mètres cubes de gaz par an.

« Un consortium dirigé par la firme française Spie-Capag a signé un protocole d’accord s’élevant à 1,2 milliard de dollars pour la construction d’un oléoduc (Yeskene-Kurik) reliant le champ pétrolier kazakh de Kashagan au port d’Aktau sur le littoral de la Mer Caspienne. »

Le Financial Times écrivait le 6 octobre : « La région devrait jouer un rôle important pour contrebalancer la domination de l’OPEC sur les marchés pétroliers dans les deux décennies à venir. Kashagan, l’un des plus gros champs pétroliers du monde, serait opérationnel en 2012 pour produire finalement plus de 1,5 million de barils de pétrole. »

Le groupe nucléaire français Areva a signé un accord avec le Kazakhstan qui dispose de vastes réserves d’uranium et qui transfère 10 pour cent de sa production vers la France. D’autres accords commerciaux ont également été signés, y compris des contrats ayant trait à l’aéronautique, aux transports et au matériel militaire pour les forces armées kazakhes.

Le Kazakhstan n’a pas de frontière avec l’Afghanistan mais a une frontière commune avec deux autres pays d’Asie centrale, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, qui eux sont voisins de l’Afghanistan. Tous ces pays sont d’importants alliés dans la guerre des Etats-Unis et de l’OTAN contre l’Afghanistan et fournissent aux Etats-Unis des passages pour l’acheminement de matériel aux troupes qui y sont stationnées.

« Nous avons besoin du Kazakhstan pour résoudre la crise en Afghanistan et en Iran et pour établir de nouvelles relations avec nos amis russes dans la lutte contre les extrémismes, » a dit Sarkozy après la signature d’un accord de transit avec le Kazakhstan.

Selon une dépêche du 6 octobre de l’Associated Press, « Ces accords fournissent à l’OTAN une importante alternative au Pakistan où des convois d’approvisionnement en route vers l’Afghanistan ont été attaqués par des insurgés. »

La présence de la Chine dans la région montre que ce pays dispose d’un potentiel pour poursuivre ses propres intérêts aux dépens de ses rivaux européens et américains. Le Financial Times du 1er octobre signale que « Depuis ces dernières années, la Chine est en train d'augmenter ses investissements en Asie centrale, notamment au Kazakhstan avec lequel elle a une frontière en commun. Le Kazakhstan s’efforce de répartir équitablement ses intérêts géopolitiques entre les puissances rivales que sont la Russie, la Chine, les Etats-Unis et l’Europe, mais la crise économique la pousse davantage dans les bras de la Chine. »

Le journal ajoute, « En avril, la Chine a prêté 10 milliards de dollars au Kazakhstan pour assurer de futurs approvisionnements de pétrole et pour payer l’acquisition par China National Petroleum Corp. (CNPC) d’une part équitable de 50 pour cent de Mangistaumunaigas, un producteur de pétrole kazakh indépendant. Le CNPC allonge également un oléoduc du Kazakhstan à sa frontière nord-ouest et construit un nouvel oléoduc pan-Asie centrale pour acheminer du gaz à la Chine. »

Le Financial Times cite un analyste géopolitique disant : « Compte tenu de l’ampleur de l’investissement chinois dans ce pays, il semblerait à présent impossible pour le Kazakhstan de prendre une décision de politique étrangère allant à l’encontre de la volonté de Beijing. »

La France prend en charge la formation des troupes somaliennes à Djibouti

Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a effectué du 9 au 11 octobre une visite de trois jours à Djibouti. Ce déplacement a mis l’accent sur une plus forte présence militaire de la France dans la région et la volonté de l’Union européenne de s’établir comme une puissance militaire mondiale capable de concurrencer les Etats-Unis. En tant qu’ancienne colonie française stratégiquement située sur le golfe d’Aden, emplacement de la plus importante base militaire française d’outre-mer, Djibouti occupe l’extrémité méridionale de la région du Moyen-Orient riche en pétrole et en gaz.

La France est également fortement impliquée dans l’«Opération Atalante », l’opération de l’UE pour combattre les actes de piraterie au large des côtes somaliennes. Un communiqué officiel publié par la Diplomatie Française et concernant la visite de Lellouche à Djibouti dit, « Ce déplacement, qui coïncide avec la visite à Djibouti des ambassadeurs du comité politique et de sécurité (COPS) de l’Union européenne, permettra également de mobiliser nos partenaires sur la nécessité de prolonger l’«Opération Atalante » par une contribution de l’Union européenne au renforcement de la sécurité dans la région. Celle-ci passe en premier lieu par la consolidation de l’Etat en Somalie. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’initiative française de formation des forces de sécurité somaliennes, qui a déjà permis de former 150 soldats somaliens à Djibouti. Nous agissons aussi pour renforcer l’action en mer à travers la formation et l’équipement de garde-côtes de pays de la région. »

La France assure présentement la formation d’un bataillon somalien de 500 hommes dans le désert djiboutien pour remplir les fonctions de gardes présidentiels et renforcer le fragile gouvernement somalien de transition de Cheikh Charif Cheikh Ahmed qui est impliqué dans une guerre civile avec les milices islamiques. Les Etats-Unis fournissent des armes aux soldats par le biais de l’Amisom (la mission de l’Union africaine en Somalie) et paient leur solde de 150 dollars US par mois. Le but de la France est de faire passer le nombre de gardes à quelque 3.000 hommes.

Lors d’une conférence des bailleurs de fonds en avril à Bruxelles, 144,8 millions d’euros ont été promis pour stabiliser le pays, une grande partie étant réservée pour aller aux forces de sécurité. Sarkozy a déclaré lors d’une réunion des ambassadeurs le 26 août que « la France ne laissera pas Al-Qaïda installer un sanctuaire à notre porte en Afrique. »

Lellouche a invité les ambassadeurs de l’UE à venir au Camp Mariam, la base française à Djibouti, et leur a demandé de contribuer à la formation de personnels militaires et d'interprètes. Il les a également invités à participer à une force militaire indépendante d’envergure mondiale pour l’impérialisme européen : « Pour la première fois, les Européens peuvent prendre eux-mêmes la décision de s’engager dans une zone lointaine qui concerne leurs intérêts. »

Le manque d’opposition partout en Europe de la part d’organisations telles le Parti La Gauche en Allemagne et le Nouveau parti anticapitaliste en France est souligné par un commentaire du Monde selon lequel l’intervention de la France en Somalie n’a « pas fait l’objet du moindre débat public. »

Ceux qui proclamaient en 2003 avant l’invasion de l’Irak que la « vieille Europe », à savoir la France et l’Allemagne, influencerait à la retenue le militarisme américain, ont eu tort. En 2003, ils pensaient pouvoir mieux servir leurs propres intérêts impérialistes en s’opposant à la décision américaine de faire cavalier seul et en réclamant le soutien officiel de l’ONU pour l’invasion. Mais, comme le dit le proverbe, les impérialistes n’ont pas d’alliés permanents, ils n’ont que des intérêts permanents.

(Article original paru le 20 octobre 2009)

World Socialist Web Site

Source : WSWS
Publié le 25 septembre 2009 avec l'aimable autorisation du WSWS
http://www.wsws.org/...

http://www.palestine-solidarite.org:80/analyses.Antoine_Lerougetel.201009.htm



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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