Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

24/11/2009

n°462 - Dossier d'Irak - 22/11/09 : Début : Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre.


n°462 - Dossier d'Irak  - 22/11/09 : Début : Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les Dossiers d'Irak

N° 462                                                           22/11/09

C.De Broeder & M.Lemaire



 Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  

Dossier & Point de vue

1-1  William Pfaff : Création d’une armée de métier aux Etats-Unis.

1-2 Alain Lallemand : «Bucca», le camp de concentration américain.

1-3 Gilles Munier : Guerre des services secrets à Bagdad.

1-4 Agence France-Presse : Le géant américain Exxon Mobil va exploiter du pétrole en Irak.

1-5 Jean-Claude Péclet : Barack Obama, Prix Nobel de la Paix 2009…

Suite

2  Les brèves

2-1 Quinze fois plus de malformations de naissance à Falloujah.

2-2 Un centre d'équitation en Lituanie transformé en prison par la CIA.

2-3 Un Irakien frappé avant sa mort, selon un soldat britannique.

2-4 Blair sera interrogé dans le cadre d'une enquête sur l'Irak.

2-5 rtlinfo.La fusillade aux USA, un nouveau coup au moral d'une armée stressée.

2-6 almanar : Blackwater a cherché à corrompre les autorités irakiennes.

2-7 Un différend sur la loi électorale menace le scrutin.

3 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

3-1 Les 'Special Ops' proposent un programme d'assassinat des 'ennemis d'Etat'

3-2 Vincent Hugeux : Bons baisers de Bagdad.

3-3 Mahmoud Raouf : Chroniques irakiennes.

Fin

4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 Barthélémy Courmont: Les deux piliers de la nouvelle diplomatie américaine.

4-2 William Blum : La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

4-3 Noam Chomsky : "Ne nous soumettons à aucune autorité".

4-4 Jules Dufour : Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre.  

5 Annexe

5-1 Commentaires sur 'Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre. ' 

5-2 Jean-Claude Paye*, Tülay Umay* : Le renversement de la place de la victime : un paradigme de la modernité.

5-3 D. Guimond : Le droit est le fondement de la paix, de la justice et de l’humanité…



Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...


Tiré à part



Dossier & Point de vue

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1  William Pfaff : Création d’une armée de métier aux Etats-Unis.

La création d’une armée de métier aux Etats-Unis pourrait bien avoir été la décision la plus dangereuse jamais prise par le Congrès. La nation fait face aujourd’hui à une crise politique dont l’enjeu non déclaré est celui d’une confrontation entre le pouvoir du Pentagone et celui du président nouvellement élu.

Barack Obama n’a pas encore annoncé sa décision concernant la guerre, en Afghanistan, mais il y a tout lieu de penser qu’il va se ranger à l’avis des militaires. De fait, soumis à l’intense pression de ses adversaires républicains, il s’apprête à renoncer à son pouvoir présidentiel, et à rester à l’écart des décisions stratégiques fondamentales pour la nation.

Stanley Mc Chrystal, le général qu’il a nommé au commandement des opérations en Afghanistan, demande un renfort de 40 mille soldats, portant l’engagement total des États-Unis à plus de 100 mille hommes (ou plus, dans le futur). Il déclare qu’il ne saurait réussir sa mission sans eux, et même dans ce cas, ne sera peut-être pas capable de gagner la guerre, en une décennie. Mais l’opinion publique américaine ressent généralement des doutes au sujet de cette guerre,, particulièrement dans l’électorat du Président.

Le Président Obama va presque certainement faire ce que ses généraux lui demandent, ou décidera de quelque chose de très semblable. Il comprend quels sont les enjeux politiques en temps de guerre,.

La guerre, du Vietnam a été contestée par l’opinion dans les années 1970, alors que le gouvernement lui-même savait que la victoire était peu probable, selon les documents du Pentagone.

Aujourd’hui, l’opinion doute de la victoire dans la guerre, en Afghanistan. Cependant, désormais la plupart des Américains - qui n’étaient pas là à l’époque ! - lisent une version de l’histoire de la guerre, du Vietnam qui prétend que ce n’était pas une défaite.

On affirme qu’il y a simplement eu un effondrement du soutien des civils pour la guerre,, provoqué par la presse de gauche, qui aurait produit une désaffection de l’opinion tant dans le pays qu’à l’intérieur de l’armée de conscription, entrainant un effondrement de la discipline militaire, des assassinats (« fraggings ») d’officiers trop agressifs au combat, et une démoralisation dans les rangs. Telle est la version à laquelle adhèrent aujourd’hui la plupart des officiers dans l’armée.

Il s’agit de la version américaine du mythe du « coup de poignard dans le dos » auquel ont cru les militaires allemands et les cercles politiques de droite, après la première guerre, mondiale.

Dans le cas des États-Unis, la défaite au Vietnam était à l’époque douloureusement évidente, et peu de personnes croyaient que le Congrès des États-Unis ou l’administration Nixon (qui a signé l’accord de paix avec le Nord Vietnam) étaient en train de trahir le pays.

Aujourd’hui, cette interprétation révisée de la guerre, du Vietnam, affirmant qu’elle était en réalité une « victoire perdue », est devenue une question sensible car la plupart des dirigeants du Pentagone sont partisans d’une « longue guerre, » contre le « terrorisme musulman ».

Un ordre de retrait de l’Afghanistan, de l’Irak (ou au Pakistan) donné par l’administration Obama, subirait de nombreuses attaques en provenance du Congrès, des médias, et provoquerait des manifestations d’insubordination implicites de l’appareil militaire, dirigées contre la « reddition » d’un gouvernement Obama accusé de manquer de patriotisme et d’être inapte à gouverner.

Les conservateurs sont convaincus que toute politique qui ne se traduirait pas par une victoire totale pour les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan, au Pakistan - et dans les prochains mois, peut-être en Somalie, au Yémen, ou, éventuellement, en Palestine ou dans l’Afrique subsaharienne, (ou même contre un Iran déterminé à poursuivre ses ambitions nucléaires) - serait une humiliation et une défaite américaine.

Après le Vietnam, le Congrès a mis fin à la conscription, qui durant cette guerre, était profondément injuste : les pauvres et les classes laborieuses ont été appelés sous les drapeaux, alors que nombre de privilégiés provenant de familles influentes trouvaient des médecins complaisants ou des doyens de collèges prêts à fournir des dérogations injustifiées à ceux — tel le futur Vice Président Richard Cheney - qui avaient d’« autres priorités » que le patriotisme et le service national.

Le Congrès a créé une nouvelle armée composée uniquement d’engagés volontaires. La sociologie de cette nouvelle armée est très différente de l’ancienne armée de citoyens. Elle est désormais faite de gens qui voulaient être des soldats, ou souhaitaient bénéficier de l’enseignement universitaire dispensé aux engagés, ou étaient souvent des diplômés du secondaire qui n’avaient guère d’autres choix. Mais depuis le 11 septembre, et l’invasion de l’Irak, cette armée nouvelle fait de plus en en plus appel aux immigrants ou aux jeunes étrangers qui peuvent obtenir un permis de séjour permanent aux États-Unis en s’enrôlant dans l’armée américaine. Les États-Unis utilisent également de plus en plus de mercenaires étrangers recrutés par des entreprises privées.

Son caractère d’armée professionnelle est fondamentalement différent de celui de l’ancienne armée. Auparavant, les officiers de carrière de West Point étaient en temps de guerre, largement dépassés en nombre par ceux en provenance de la conscription, qui étaient diplômés des écoles des aspirants-officiers ou des officiers de réserve formés dans les universités (où une grande partie du coût de l’enseignement supérieur pouvait être prise en charge en échange d’une durée d’engagement).

Ainsi, l’armée américaine depuis le début de la Seconde Guerre, mondiale jusqu’à la fin du Vietnam était en fait une armée démocratique, avec des conscrits civils, et une majorité de sous-officiers et officiers qui étaient des civils en temps de paix, solidement enracinés dans la société civile, ayant souvent une famille à la maison, et qui accomplissaient leur devoir patriotique de façon temporaire (ou « pour la durée de la guerre, »).

Les armées professionnelles ont souvent été considérées comme une menace pour leurs propres sociétés. L’un des officiers de Frédéric le Grand décrivait la Prusse, comme « une armée dotée d’un Etat, dans lequel elle était temporairement casernée, pour ainsi dire. » Mirabeau, l’homme d’Etat de la révolution française, avait affirmé que « la guerre, est l’industrie nationale de la Prusse. » Considérant la partie du budget national des États-Unis qui est maintenant consommée par le Pentagone, le même raisonnement vaudrait pratiquement pour les USA.

Cette nouvelle armée a également des ambitions politiques. Elle domine aujourd’hui la politique étrangère américaine, disposant d’un millier de bases à travers le monde, avec des commandants régionaux qui sont autant de proconsuls impériaux.

Le général Mc Chrystal et son supérieur, le général David H. Petraeus, ont été mentionnés comme de possibles futurs candidats à la présidence. Le dernier général à être devenu président était Dwight Eisenhower. C’est l’homme qui a mis en garde les Américains contre « le complexe militaro-industriel. »

Voir en ligne : ContreInfo

P.-S.

12 novembre 2009

Publication originale William Pfaff via ICH,

Traduction Contre Info

http://www.alternatives.ca/fra/journal-alternatives/publications/nos-publications/articles-et-analyses/articles-de-l-exterieur/article/l-amerique-sous-la-coupe-de-son


1-2 Alain Lallemand :  «Bucca», le camp de concentration américain.

Camp Bucca… Pour les journalistes américains, il s’agissait de cette prison idéale où le Pentagone «tournait le dos à 180º à Abou Ghraib».

Lorsque ce site a été contraint de fermer ses portes le 17 septembre dernier, l’événement a reçu peu d’écho. Et pourtant: grâce au témoignage d’un contractant extérieur qui y a travaillé de manière régulière durant des années, nous sommes en mesure de révéler qu’il s’agit, dans l’histoire contemporaine, du plus vaste centre de rétention géré par l’armée américaine. Sans jugement, sans avocat, sans même un mandat d’arrêt, quelque 2000 à 3000 personnes y étaient retenues en 2005. Elles étaient 9000 début 2006. Et début 2008, un record de 28000 personnes y a été atteint: un authentique camp de concentration, au plein sens du terme.

Explication: en 2005-2006, face à la flambée des violences – et bien que l’Irak ne compte que 31,2 millions d’habitants – le Pentagone s’est lancé dans une campagne d’arrestations massives. Pas des insurgés: des suspects, dénoncés à la suite d’un litige foncier ou d’une simple dispute. Au plus fort de cette campagne, les forces américaines ont détenu jusqu’à 60000 personnes dans le pays, alors que les forces irakiennes n’en détenaient de leur côté que 40000. Soit 100000 prisonniers, un chiffre aujourd’hui ramené à environ 60000.

C’est alors qu’un centre de détention autrefois mineur, Camp Freddy, situé en plein désert près de la ville d’Um Qasr, presque sur la ligne frontière du Koweït, a pris toute son importance.

Lorsqu’ils s’en étaient emparés, en avril 2003, les Américains l’avaient rebaptisé «Camp Bucca», du nom de ce pompier new-yorkais tué dans l’effondrement des tours du World Trade Center.

En plein territoire chiite, entouré d’un désert qui éteignait tout projet d’évasion, une population à 80% sunnite s’est retrouvée logée sous tentes, en conteneurs maritimes, puis en conteneurs de chantier, au petit bonheur selon les développements successifs et un rien anarchiques du camp. «Ici, la température atteint les 60º centigrades en été, – 10ºC en hiver, note notre source. Tous les prisonniers étaient habillés d’un jaune criard, un jaune canari: chaque homme – il n’y a pas une seule femme prisonnière – recevait pantoufles, couverture, tee-shirt jaune.

A première vue, un traitement correct.

Sauf lorsqu’on est 28000, et que tout est forcément plus difficile.

La santé? Il y a un hôpital, avec la possibilité de petite chirurgie, de la dentisterie, et 15lits pour accueillir les patients. Mais lorsqu’on est 28000, vous imaginez les retards…»

Pourtant, ce ne sont pas les conditions matérielles qui angoissent le plus ces internés: c’est le futur. Que fait l’épouse, la famille? Comment survivent-ils?

«En principe, il n’y a pas d’interrogatoire à Camp Bucca, dit notre interlocuteur. En principe. Car on enferme pour deux raisons: soit pour supprimer un risque, soit pour obtenir du renseignement. Pour le renseignement, l’armée a compris que la violence n’est pas productive. Mais on mélange «par fausse inadvertance» un chiite de l’armée du Mahdi avec un wahhabite sunnite, histoire de provoquer un clash et des dénonciations. Le chantage et la menace sont également utilisés. Ne fût-ce que la menace de ne jamais sortir de ce «trou noir» juridique.»

Et pour sortir, pas de mystère: il faut se plier à des sessions de rééducation dignes du Nord-Vietnam: «L’idée est que les personnes peuvent être rééduquées. Les Américains ont ainsi mis en place des cours de peinture, où les motifs dépeignent la concorde entre Américains et Irakiens. Il y a aussi, avec l’accord de certains mollahs locaux, des groupes de relecture du Coran. Avec des mollahs approuvés par les Américains, bien sûr. Un certain nombre de cours de «rééducation» sont donnés. Si l’interné accepte, c’est un point en plus dans son dossier. L’armée le nie, mais c’est pris en compte: comme à Guantanamo, tous les dossiers sont revus par des commissions militaires (environ six personnes dont un traducteur), et le comportement du prisonnier est inscrit dans ce dossier.»

Tous les internés ne sont pas égaux: ils sont triés en trois niveaux de dangerosité. «Pour les hauts risques», ceux qu’ils appellent les «salafistes», soit 700 à 800 détenus, a été constitué un «quartier rouge». Ceux-là vivent par groupes de 10 à 15, logés à chaque fois dans deux conteneurs maritimes de 40 pieds (12 mètres) mis côte à côte, soudés l’un à l’autre et dans lesquels ont été ouvertes à la meule des fenêtres et aérations. Les soldats meulent aussi la cloison intérieure, pour former un seul espace. En gros, l’équivalent d’un conteneur permet aux 10 à 15prisonniers de dormir, l’autre conteneur abritant une arrivée d’eau avec lavabo et, derrière un rideau, un WC à la turque. Et c’est là-dedans que certains ont vécu plus de quatre ans, ne pouvant en sortir qu’une heure par jour…»

Petit calcul: en dimensions intérieures, un conteneur maritime fait 12,04 mètres sur 2,33 mètres. Quinze détenus se partagent donc 56,1 m², soit un espace moindre (3,74m²) que les 4,46 m² de Camp Echo, à Guantanamo. A titre de comparaison, l’ACA, l’Association pénitentiaire américaine, estime qu’un détenu a toujours droit – au minimum – à 7,43 m².

En revanche, l’unique heure quotidienne de promenade respecte – au cordeau – les règles standards minimales confirmées en mai 1977 par les Nations unies. «Mais, remarque notre source, ils sortent dans un espace clos avec double grillage et barbelés. Pour chaque logement de ce «quartier rouge», il y a une zone tampon, un mirador, un poste de garde avec deux ou trois hommes et, s’il faut intervenir en cas de désordre, une force d’intervention à disposition.»

Question: en septembre dernier, pourquoi avoir subitement fermé ce camp et relâché des milliers d’hommes qui en garderont un souvenir rageur? Parce que l’accord sur le statut des forces (Sofa) conclu entre Bagdad et Washington stipulait qu’à partir du 1er janvier 2009, les détentions devaient être justifiées par un mandat d’arrêt. Donc par un juge. Au strict minimum, il fallait ouvrir une information judiciaire. Dès lors, Camp Bucca était condamné. Ultime vacherie: ceux qui, à ce moment, ont pu être inculpés n’ont pas vu leurs années d’internement assimilées à de la détention préventive. Ils étaient tombés dans un trou noir, tout simplement.

Alain Lallemand,

pour Le Temps (Suisse)

Article rédigé le 07 nov 2009,

par Mecanopolis


1-3 Gilles Munier : Guerre des services secrets à Bagdad.
L’Irak est un champ de bataille entre services secrets.

Une bonne quinzaine y crée un climat de terreur à coups de black ops et psy ops, sans considération pour le nombre de victimes civiles. A côté des principaux : l’Iraqi National Intelligence Service (INIS- pro américain) et le ministère de la Sécurité nationale (MNS- pro iranien), on peut citer dans le désordre ceux du ministère de l’Intérieur, de la Défense, l’Asayish kurde - dans les régions de Ninive, de Kirkouk et de Diyala - et ceux des milices arabes ou kurdes. Les plus venimeux sont ceux de la Brigade Badr « dissoute » et de l’Iraq Special Operations Forces (ISOF– pro américaine), surnommée « la Sale Brigade », passée récemment sous les ordres de Nouri al-Maliki. A cette liste, il faut ajouter les agences américaines – CIA en tête –, le Vevak iranien et les Forces al-Qods des Gardiens de la Révolution, qui tirent la plupart des ficelles. Dans cette guerre de l’ombre, la résistance n’est pas en reste, constituée dés l’origine de cadres de l’ancien Iraqi Intelligence Service actifs dans les organisations de libération, ou « dormants » dans les structures étatiques, attendant de passer à l’action.
La main des Gardiens de la Révolution
Les attentats au camion piégé du 19 août contre les ministères des Affaires étrangères et des Finances sont un révélateur des luttes intestines qui secouent le régime à l’approche des élections législatives, fixées au 16 janvier 2010. Al-Maliki pensait les remporter haut la main, fort d’un soi- disant bilan positif : départ des troupes d’occupation, amélioration de la sécurité … etc … et comptait modifier dans la foulée la constitution et instaurer un régime présidentiel. Le 18 août, à Damas, il avait parlé coopération avec le président Bachar al-Assad et remis une liste de résistants à expulser… copie conforme de celle communiquée par les Américains à la Syrie deux mois plus tôt ! Et puis, « Boum ! » : 100 morts et 500 blessés en pleine Zone verte, parmi lesquels 10% des fonctionnaires des Affaires étrangères, lui ont cou
pé les ailes.
Depuis, al-Maliki marche sur des œufs. Le général al-Shahwani, patron de l’INIS, lui a présenté des preuves de l’implication des services secrets iraniens dans le carnage, accusation confirmée par le général Abdul-Karim Khalaf, porte parole du ministère de l’Intérieur. L’explosif employé, du C4, est une des signatures des Forces al-Qods. Le 31 août, sur Al-Jazeera, le prince Ali bin al-Hussein, prétendant au trône d’Irak, affirmait que les Irakiens pensent que l’ISCI (Conseil suprême islamique en Irak) en est l’auteur ou, en d’autres termes : la Brigade Badr, son bras armé créé par les Gardiens de la Révolution … Même si, plus tard, « Al-Qaïda en Mésopotamie », dont c’est également le mode d’action, a revendiqué les attentats, on sait à Bagdad que l’organisation a trois têtes, dont deux soutenues par l’Iran.
La réaction d’al-Maliki fut rapide, et aberrante pour ceux qui le croient libre de toute attache avec Téhéran. Passe encore qu’il exige les démissions d’al-Shahwani et de Khalaf, le contrat du premier arrivait à son terme. Affronter Khalaf - qui refuse de quitter son poste - n’avait d’autre intérêt que d’embarrasser Jawad al-Bolani, ministre de l’Intérieur, possible rival aux législatives. Mais s’en prendre contre toute logique à la Syrie, demander au Conseil de sécurité l’ouverture d’une enquête internationale, et accuser le courant baasiste irakien plutôt modéré de Younis al- Ahmad, réfugié à Damas, c’était inattendu, mensonger, déloyal.
Al-Maliki en difficulté
La marge de manœuvre d’al-Maliki est étroite.

Le président Obama le soutient, croyant qu’il facilitera le retrait sans casse d’environ 80 000 GI’s sur les 130 000 occupant l’Irak. Dans cette perspective, il demande de remplacer al-Sahwani par un de ses protégés. Le n°2 de l’INIS assure l’intérim mais al-Maliki voudrait nommer à sa place son chef de cabinet, Tarik Najem Abdallah, pour parer aux coups tordus qui vont fleurir d’ici les élections. De leur côté, les mollahs iraniens ont, comme toujours, plusieurs fers au feu. Ils jouent la carte al-Maliki, ne lui laissant que la tête hors de l’eau. Pour eux, l’Irak doit demeurer une zone de turbulence tant que la déstabilisation de leur régime sera d’actualité. La capacité des agents à changer de rôle ont pris al-Maliki de court: l’Alliance Nationale Irakienne (INA), coalition chiite concurrençant la sienne, comprend Ammar al-Hakim (ISCI) et Moqtada al-Sadr qui parle maintenant de réconciliation nationale ; et Shirwan al-Wa’ili, l’ombrageux ministre de la Sécurité, ne cache pas qu’accuser la Syrie est une erreur.
Al-Shahwani et l’INIS, service secret made in USA
Pratiquement inconnu avant sa tentative de coup d’Etat en 1996, le général Muhammad Abdallah al-Shahwani est un Turcoman de la région de Ninive, titulaire d’une médaille d’or de décathlon gagnée en 1963 à Djakarta, ancien élève de l’US Army Ranger School qui s’est illustré au Kurdistan pendant la guerre Iran-Irak, à la tête d’une unité d’hélicoptères de la Garde Républicaine. Arrêté en 1989, soupçonné d’entretenir des relations avec la CIA, libéré faute de preuves suffisantes, il fit défection en 1990, trois mois avant l’entrée des troupes irakiennes au Koweït.
A partir de la première guerre du Golfe, la CIA s’appuya sur lui pour constituer un réseau d’informateurs, puis pour renverser le président Saddam Hussein. Un soulèvement militaire – nom de code DBACHILLES - fut organisé en collaboration avec Iyad Allaoui, futur Premier ministre et agent du MI6 britannique. Infiltrés, les comploteurs furent arrêtés en juin 1996 et exécutés, notamment les trois fils d’al-Shahwani, officiers dans la Garde Républicaine, à qui ce dernier avait transmis, sans précaution, un téléphone satellitaire Thuraya. Pas découragé, le général poursuivit son travail de sape. Il prit la tête, en mars 2003, d’un réseau clandestin appelé « 77 Alpha », puis « Les Scorpions ».
Après la chute de Bagdad, les Etats-Unis regroupèrent leurs espions dans un embryon de service de renseignement : le CMAD (Collection, Management and Analysis Directorate). Puis, en décembre 2003, ils créèrent l’Iraqi National Intelligence Service (INIS). L’agence, formée et financée par la CIA, n’avait de compte à rendre ni au Parlement ni au gouvernement irakien. Nommé à sa direction, al-Shahwani enrôla d’anciens membres des services spéciaux, notamment ceux chargés d’espionner l’Iran et la Syrie, si bien que le Premier ministre al-Maliki, visitant le siège de l’INIS, se vit interdire l’accès aux étages qu’ils occupaient. Les « shahwanis », nom donné à ses troupes de choc, sont particulièrement haïs par la résistance qui les a affrontés à la bataille de Falloujah en novembre 2004, et qui leur attribue un certain nombre de tueries perpétrées dans la tradition des escadrons de la mort pro américains en Amérique latine.
Pour qui roule Shirwan al-Wa’ili ?
Le choix de Shirwan Kamel Sebti al-Wa’ili pour diriger un service de renseignement concurrent de l’INIS, demeure mystérieux. En avril 2003, il était encore proche collaborateur d’Ali Hassan al-Majid, cousin du président Saddam Hussein, surnommé par les occidentaux « Ali le Chimique ». Sa désignation par les Américains pour gouverner Nassiriya occupée, serait due à un concours de circonstances. On dit que les Marines auraient découvert un dirigeant baasiste bagdadi au domicile du cheikh Ali al-Minshid, chef de la tribu Ghizzi. De l’interrogatoire qui suivit, les officiers de renseignement américains déduirent qu’il fallait nommer à la tête du conseil municipal un Irakien capable d’enrayer le bain de sang annoncé si Saddam était renversé. Le baasiste leur dit qu’un certain al-Wa’ili, de ses amis, était l’homme de la situation. Le marché fut vite conclu.
Malgré son prénom kurde, al-Wa’ili est Arabe. Tout laisse supposer que son grand père Sebti était un Kurde féli, c’est à dire chiite, ayant intégré une tribu du sud irakien au début du 20ème siècle. Toujours est-il qu’après sa nomination, al-Wa’ili fit une carrière fulgurante. Il adhéra au parti al-Dawa sans difficulté : son frère en était un des représentants aux Etats-Unis. Sa cote au sein du nouveau régime ne cessa ensuite de progresser ; en Iran aussi, grâce à ses relations avec Abou Mahdi al-Muhandis (L’Ingénieur), auteur d’un attentat contre l’ambassade de France à Koweït en 1983, chef du Hezbollah irakien, et surtout conseiller des Forces al-Qods. Cela expliquerait sa promotion à la direction de la province de Dhi Qar, son élection au Parlement, et enfin sa nomination au poste de ministre de la Sécurité nationale. En 2006, lorsque le Premier ministre al-Maliki, également proche de « L’Ingénieur », décida de créer un rival de l’INIS, c’est al-Wa’ili qui hérita du poste. Mais rien n’est simple dans le monde du renseignement, et encore moins en Irak : les Américains ont démantelé le département anti-iranien de l’INIS et considèrent al-Wa’ili comme un homme de confiance…
Gilles Munier
Amitiés Franco-Irakiennes.
(novembre 2009)
Rédaction et traduction : Gilles Munier, Xavière Jardez

http://irakiennes.blogspot.com/


1-4 Agence France-Presse : Le géant américain Exxon Mobil va exploiter du pétrole en Irak.

Un géant pétrolier américain va pouvoir extraire du pétrole en Irak pour la première fois depuis près de quarante ans à la suite de la signature d'un accord d'exploitation préliminaire jeudi entre Exxon Mobil et les autorités irakiennes.

Exxon Mobil dirigera un consortium avec la compagnie anglo-néerlandaise Shell pour exploiter le deuxième plus grand champ pétrolier irakien, de Qourna-Ouest 1, aux réserves estimées à 8,5 milliards de barils.

«Ce contrat va permettre à la production d'atteindre 2,325 millions barils/jour d'ici six ans», a affirmé aux journalistes le ministre du Pétrole Hussein Chahristani, soulignant que le consortium investirait 25 milliards de dollars et en débourserait 25 autres en coûts de fonctionnement.

Ce champ produit actuellement 279 000 barils/jour et la compagnie irakienne publique y emploie 800 personnes.

«Le consortium sera rémunéré 1,9 dollar par baril supplémentaire (à la production actuelle). Sur cette somme, le cartel ne touchera que 0,92 dollar car elle devra payer 35% de taxes et 25% à la compagnie irakienne associée à la production», a expliqué M. Chahristani.

Le consortium (appartenant à 80% à Exxon Mobil et à 20% à Shell) était en concurrence avec la société russe Lukoil.

L'accord préliminaire a été signé entre Abdel Mahdi al-Amidi, directeur général adjoint du département des contrats du ministère et Richard C. Vierbuchen, Président d'Exxon Mobil pour les opérations en amont.

«Nous attendons avec impatience de signer l'accord final très prochainement», a dit M. Vierbuchen.

Le consortium avait remporté fin juin un appel d'offres organisé par le ministère du Pétrole irakien mais avait, comme toutes les compagnies pétrolières sauf la britannique BP et la chinoise CNPC, refusé les conditions irakiennes.

À l'approche d'un deuxième round d'appel d'offres, à la mi-décembre, Exxon Mobil et Shell ont décidé d'accepter le prix de 1,9 dollar par baril plutôt que de voir le contrat leur échapper au profit d'autres sociétés, notamment chinoises qui ont adopté une stratégie agressive pour rafler les contrats pétroliers.

Fin juin, un appel d'offres, le premier depuis la nationalisation du secteur pétrolier irakien en 1975, pour six champs pétrolifères et deux champs gaziers, avait tourné au fiasco.

Seul celui de Roumaïla, qui recèle avec 17,7 milliards de barils les plus grandes réserves de pétrole du pays, avait trouvé preneur avec la compagnie britannique BP Exploration Operating Company et la société chinoise CNPC, pour 2 dollars par baril.

L'Irak possède les troisièmes réserves du monde avec 115 milliards de barils, derrière l'Arabie saoudite et l'Iran. Cependant, il n'y a pas eu d'exploration depuis des décennies à cause des guerre,s et de l'embargo imposée à l'Irak en 1990.

L'exploitation des champs de Zoubair, Roumaïla, Qourna-ouest 1, Kirkouk, et Missane devrait permettre à l'Irak de faire passer sa production de 2,4 millions de barils par jour aujourd'hui à 7 millions de barils dans six ans.

À terme, avec l'exploitation des neuf grands champs irakiens, le pays devrait produire 10 à 12 millions de barils par jour, ce qui fera de l'Irak l'égal des plus grands producteurs.

Les revenus tirés du pétrole représentent 85% des recettes de l'État mais il a un besoin crucial d'accroître les profits pétroliers afin de financer la reconstruction du pays, dévasté par les guerre,s successives.

Agence France-Presse

05 novembre 2009

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/bourse/nouvelles/energie-et-ressources/200911/05/01-918729-un-geant-americain-va-exploiter-du-petrole-en-irak.php?utm_source=bulletinLPA&utm_medium=email&utm_campaign=retention


1-5 Jean-Claude Péclet : Barack Obama, Prix Nobel de la Paix 2009…

Le plus prestigieux des Nobel a été décerné ce matin à Oslo. Le jury a annoncé récompenser chez le président américain «ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples».

«Le comité a attaché beaucoup d’importance à la vision et aux efforts d’Obama en vue d’un monde sans armes nucléaires», a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland.

Le prix sera remis à Oslo le 10 décembre, date-anniversaire de la mort de son fondateur, l’industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel. Il consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (près d’un million d’euros).

Commentaire

Pourquoi lui?

Ou plutôt, pourquoi maintenant déjà?

L’histoire des prix Nobel de la Paix est semée de décisions critiquées, mais celle-ci va être une des plus controversées. Pire, elle risque d’être contre-productive.

Malgré la sympathie qu’inspire Barack Obama dans le monde, le fait est qu’il n’a encore rien prouvé. Certes, l’élection du premier président américain noir fut un symbole magnifique – mais dans ce cas, c’est au peuple américain qu’il fallait donner le prix. Sans doute, les discours de Barack Obama sont ciselés et impressionnants, mais ce ne sont pas encore des actes, encore moins la conséquence de ces actes.

Si on observe la politique étrangère du président – du moins ce qu’on en a vu jusqu’ici, qui ne suffit pas à tirer quelque bilan que ce soit – on voit d’abord un homme très emprunté sur les deux dossiers les plus brûlants du moment: le Proche-Orient et l’Afghanistan. Dans le premier cas, Barack Obama s’est fait moucher par les Israéliens à fin septembre et cherche pour l’instant une façon de rebondir. Dans le second, il consulte sur l’avenir d’une force internationale qui n’arrive plus à juguler les rebelles et cautionne un régime corrompu.

Si on observe sa politique intérieure, on voit des chantiers (santé, climat) qui, pour l’instant, prennent du retard tandis que, si Wall Street reprend des couleurs, le dollar chute et l’économie réelle des Etats-Unis ne se porte pas mieux qu’il y a un an, avec un chômage approchant les 10%.

Il en résulte un climat politique tendu. Les attaques ont gagné en violence cet été ne diminuent pas d’intensité. Dans ces conditions, le Nobel de la paix risque d’attiser les tensions plus qu’il ne les calmera. On entend déjà l’usage qu’en feront les télévisions et radios néo-conservatrices. Paradoxalement, ce prix qui doit célébrer un rassembleur va probablement polariser.

Jean-Claude Péclet 

AFP )

12/10

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/dd4e7bc6-b4b1-11de-86ab-756874689762


Les commentaires sont fermés.