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24/11/2009

n°462 - Dossier d'Irak - 22/11/09 : Fin : Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre.

n°462 - Dossier d'Irak  - 22/11/09 : Fin  : Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les Dossiers d'Irak

N° 462                                                           22/11/09

C.De Broeder & M.Lemaire



 Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  

4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

4-1 Barthélémy Courmont: Les deux piliers de la nouvelle diplomatie américaine.

4-2 William Blum : La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

4-3 Noam Chomsky : "Ne nous soumettons à aucune autorité".

4-4 Jules Dufour : Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre.  

5 Annexe

5-1 Commentaires sur 'Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre. ' 

5-2 Jean-Claude Paye*, Tülay Umay* : Le renversement de la place de la victime : un paradigme de la modernité.

5-3 D. Guimond : Le droit est le fondement de la paix, de la justice et de l’humanité…




4 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

 

4-1 Barthélémy Courmont: Les deux piliers de la nouvelle diplomatie américaine.

"Puissance intelligente" et "responsabilité" : tels sont les deux piliers de la nouvelle diplomatie américaine. Que retenir des premières semaines de l’administration Obama en matière de politique étrangère ?

Les attentes étaient grandes, témoignant du rôle unique de Washington sur la scène internationale, et les premières mesures ont été observées avec attention dans toutes les régions du monde, preuve s’il en est de l’espoir suscité par l’élection de Barack Obama. Mais au-delà de ces espérances, comment définir le changement insufflé à la politique étrangère de la première puissances mondiale ? Entre puissance intelligente et responsabilité, la nouvelle administration entend ainsi donner un nouveau cap à la politique étrangère américaine, mais avec quels effets ?

Puissance intelligente, mode d’emploi

La puissance intelligente (smart power) est le nouveau terme à la mode désignant la politique étrangère de l’administration Obama. Le concept a été développé par Joseph Nye, déjà instigateur du soft power dans les années 90, et formulé par Hillary Clinton, à l’occasion de plusieurs interventions sur l’engagement américain sur la scène internationale. Et depuis deux mois, il s’impose comme le principal thème de réflexion des think tanks spécialisés dans la politique étrangère à Washington.

La puissance intelligente propose de concilier les outils du hard power et du soft power

En substance, la puissance intelligente propose de concilier les outils du hard power (puissance militaire, économie), et du soft power (diplomatie, culture, capacité d’influence) pour proposer une politique étrangère à la fois cohérente, acceptable, et capable de s’imposer. Une rupture avec le hard power des années Bush, mais également le refus d’un retour en arrière. En d’autres termes, une adaptation à la nécessité de proposer une politique étrangère ferme sur des dossiers tels que la prolifération des armes de destruction massive et le terrorisme, mais dans le même temps ouverte à la coopération, et à l’écoute des requêtes des alliés de Washington, mais également de ses adversaires potentiels.

La responsabilité, vis-à-vis de qui ?

 Autre slogan à la mode à Washington, et invoqué par Barack Obama lui-même, notamment lors de son discours de Chicago le soir de son élection, la responsabilité de Washington sur la scène internationale consiste à ne pas refuser les obligations propres à la première puissance mondiale. Le nouveau président américain estime ainsi que, en opposition avec un repli sur soi, et sans pour autant privilégier un engagement trop marqué, les Etats-Unis doivent rester la puissance indispensable, présente sur les principaux dossiers internationaux, mais agissant dans le même temps de concert avec ses alliés et les autres grandes puissances. Une responsabilité vis-à-vis du multilatéralisme, et des attentes de l’opinion publique, américaine et internationale, qui ne souhaite pas voir Washington se replier sur soi.

Quels effets escomptés ?

 La nouvelle politique étrangère américaine est ambitieuse. Le premier effet est bien entendu de modifier l’image de Washington sur la scène internationale, en offrant un visage plus positif de la puissance américaine et de la manière dont elle se pratique. Mais c’est surtout dans les résultats que les effets sont attendus.

Washington entend mettre en avant une gestion multilatérale, tout en maintenant son rôle de leader

Ainsi, en modifiant la stratégie vis-à-vis des Etats voyous, et en adoptant une stratégie plus globale sur les questions régionales, Washington entend progresser sur des dossiers tels que la Corée du Nord ou l’Iran (en invitant ces deux pays au dialogue), et ne pas s’aliéner le nécessaire soutien d’alliés en Irak ou en Afghanistan. En d’autres termes, Washington entend mettre en avant une gestion multilatérale des grands dossiers internationaux, tout en maintenant son rôle de leader, et sans manquer à ses obligations de première puissance mondiale.

Quelles limites ? 

Certes, les concepts de puissante intelligente et de responsabilité sont respectables, et répondent à un besoin indispensable de changer l’image des Etats-Unis sur la scène internationale, après les dommages occasionnés par l’administration Bush. Mais passé l’effet d’annonce, il convient de s’interroger sur les limites de cette nouvelle politique étrangère. A cet égard, tant dans la relation avec les alliés que dans le bras de fer avec les adversaires, cette politique d’ouverture se heurte à plusieurs difficultés. On pense ainsi aux efforts demandés par Washington à ses alliés en Afghanistan, qui créent de nouvelles lignes de tensions transatlantiques, mais aussi aux résultats possibles dans le traitement des Etats voyous.

Ainsi, dans le cas d’un échec dans les négociations sur le désarmement dans la péninsule coréenne ou dans l’abandon du programme nucléaire iranien, la puissance intelligente de Washington serait montrée du doigt par ses détracteurs. Or, devant la difficulté de ces deux dossiers, et le caractère souvent imprévisible de Pyongyang et de Téhéran, force est de reconnaître que la diplomatie américaine est soumise à rude épreuve, et attendue au tournant.

Barthélémy Courmont

http://www.contre-feux.com/international/les-deux-piliers...


4-2 Chroniques de l’anti-empire

William Blum : La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

  « Il est interdit de tuer ; par conséquent tous les assassins sont punis, à moins qu’ils ne tuent en grand nombre et au son des trompettes »
Voltaire

Question : Avec combien de pays faut-il être en guerre, pour ne plus pouvoir prétendre au Prix Nobel de la Paix ?

Réponse : Cinq. Barack Obama n’est en guerre, que contre le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak et la Somalie. En attendant de recevoir le prix en mains propres, il a mis l’Iran en liste d’attente.

La société civile somalienne et l’appareil judiciaire sont tellement dévastés par des années de guerre,s qu’on ne s’attendrait pas à voir les Somaliens intenter un procès contre Washington et sa prétention de larguer des bombes sur ce misérable pays à chaque fois qu’il estime que les intérêts de l’empire sont en jeu. Mais un groupe de Pakistanais, qui se sont baptisés les « Avocats pour la Defense de la Constitution », qui se souviennent encore vaguement d’un passé plus civilisé pour leur pays, ont intenté un procés devant la Haute Cour pour obliger le gouvernement fédéral à faire cesser les innombrables attaques américaines par drones sur la population civile. Le groupe affirme qu’un porte-parole de l’armée pakistanaise avait déclaré qu’ils avaient les capacités d’abattre les drones, mais que le gouvernement avait fait le choix politique de laisser faire. (1)

L’administration Obama, comme l’administration Bush, se comporte comme si le monde n’était qu’une grande Somalie sans foi ni loi et les Etats-Unis le chef de guerre,. Le 20 octobre, le président a encore une fois démontré son amour profond pour la paix en rendant hommage à la Maison Blanche à quelques 80 vétérans de la guerre, au Vietnam, après avoir attribué à leur régiment une « citation présidentielle » pour « leur héroïsme extraordinaire et leur bravoure éclatante » (2) Le correspondant de guerre, Michael Herr a rendu hommage aux soldats du Vietnam à sa manière. : « Nous avons repris rapidement le terrain, avec les grands moyens, dans le chaos et avec un maximum de brutalité. Notre machine de guerre, était dévastatrice. Et versatile. Elle était capable de tout sauf de s’arrêter ». (3)

Que faudrait-il pour que les Obamaniaques se réveillent de leur transe amoureuse pour leur cher Lauréat du Prix Nobel ? Peut-être si le Président annonçait qu’il reverserait l’argent du Prix pour la construction d’un monument dédié à la Première – et oh combien grandiose – Guerre, Mondiale ? Le monument pourrait être gravé ainsi :

« Souvenons-nous que Rudyard Kipling avait réussi à convaincre son jeune fils John de s’engager dans la guerre,. John est mort au cours de son premier jour de combat. Plus tard, Kipling écrivait ceci :

« Si on demande pourquoi nous sommes morts,
dites que c’est parce que nos pères ont menti.. »

« La Constitution tient compte de ce que l’histoire de tous les gouvernements nous enseigne, à savoir que le pouvoir exécutif est le pouvoir le plus intéressé par la guerre,, et le plus enclin à la faire. C’est pour cela qu’elle confie soigneusement la responsabilité de la guerre, au pouvoir législatif. »
James Mason, dans une lettre à Thomas Jefferson, le 2 avril 1798.

Sage précaution, en effet. Cela dit, chaque président américain, l’un après l’autre, a entraîné le pays dans une guerre, sanglante sans l’approbation du Congrès, du peuple américain, du droit international ou de l’opinion publique internationale. Des millions ont manifesté contre la guerre, en Irak avant son déclenchement. Et encore plus de millions ont voté pour Barack Obama en croyant partager son dégoût pour les Guerre,s Sans Fin de l’Amérique. Ils n’avaient aucune raison concrète pour le croire – durant sa campagne, Obama a constamment réitéré des menaces guerrières contre l’Iran et l’Afghanistan – mais ils se sont accrochés à cette idée.

Si le machisme suffisait pour expliquer les guerre,s, si les hommes aimaient tellement faire la guerre, et se battre, alors pourquoi faut-il instaurer un service militaire et punir les récalcitrants ? Pourquoi sont-ils obligés de lancer des campagnes de publicité pour séduire les jeunes à s’engager dans l’armée ? Pourquoi certains font-ils tout pour être exemptés ou déclarés inaptes ? Pourquoi s’exilent-ils pour échapper au service ? Pourquoi désertent-ils en masse en plein milieu d’une guerre, ? Pourquoi la Suède, la Suisse ou le Costa Rica n’ont pas de guerre,s ? Il y a pourtant sûrement de nombreux machos dans ces pays.

« Engagez-vous,
visitez des contrées lointaines,
rencontrez des gens intéressants,
puis tuez-les
. »

La guerre, permet aux hommes d’avoir un comportement qui, en d’autres circonstances, serait qualifié de psychotique.

« Parfois je me dis qu’il faudrait instaurer une loi de la guerre, qui vous obligerait à vous rapprocher de quelqu’un le temps d’apprendre à le connaître, avant de lui tirer dessus. »
Colonel Potter, dans M*A*S*H (film et série télé comique US – NDT)

« Dans le combat entre le Bien et le Mal, ce sont toujours les gens qui se font tuer »
Eduardo Galeano

Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, un dirigeant Taliban a déclaré « Dieu est à nos côtés, et si les autres tentent de mettre le feu à l’Afghanistan, Dieu nous protégera et nous viendra en aide » (4)

« Je crois que Dieu s’exprime à travers moi. Sans ça, je ne pourrais pas faire mon travail »
George W. Bush, 2004, pendant la guerre, contre l’Irak. (5)

« Je crois que le Christ est mort pour mes péchés et que par Lui je trouve ma rédemption. C’est là que je puise ma force et trouve un soutien chaque jour. »
Barack Obama (6)

Pourquoi les chefs d’église n’interdisent pas aux catholiques de s’engager dans l’armée avec la même ferveur qu’ils leur interdisent de s’approcher d’une clinique où l’on pratique des avortements ?

Dieu, la guerre,, la Banque Mondiale, le FMI, les accords de libre échange, l’OTAN, la guerre, contre le terrorisme, la guerre, contre la drogue, les candidats « anti-guerre, », les Prix Nobel de la Paix, peuvent tous être vus comme différents instruments au service de l’impérialisme US.

Tom Lehrer, le merveilleux chanteur-compositeur engagé des années 50/60, a déclaré un jour : « la satire politique est devenue obsolète le jour où Henry Kissinger a reçu le Prix Nobel de la Paix. » Peut-être que chaque génération doit réapprendre à quel point ce prix est devenu une farce, ou qu’il l’a toujours été.

Parmi ses lauréats, on trouve un certain nombre d’individus dont le rapport avec la paix dans le monde est le même que celui que l’administration Bush avait avec la vérité.

Prenons un exemple d’actualité : Bernard Kouchner, co-fondateur de Médecins Sans Frontières, a remporté le Prix en 1998. Kouchner, qui est devenu le ministre français des affaires étrangères, milite depuis longtemps en faveur d’une intervention militaire contre l’Iran. La semaine dernière il a invité l’Iran à conclure un accord sur le nucléaire qui serait acceptable pour les puissances occidentales, sans quoi Israël pourrait infliger Dieu sait quelles horreurs sur les Iraniens. Israël « ne tolérera pas une bombe iranienne, » a-t-il dit. « Ne le savons. Tout le monde le sait. » (7) (traduction à partir de cette version anglaise – NDT). Il existe un mot pour désigner une telle menace voilée : « chantage ». Un mot normalement associé aux maffieux. « Faites ce que je vous dis et tout ira bien ». Ou, comme Al Capone l’a dit un jour : « Des mots aimables et une mitraillette sont plus efficaces que juste des mots aimables ».

La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

Il ne s’agit pas de l’extrême droite haineuse, ou d’un meeting de racistes agités... mais d’une droite respectable, celle qui occupe des postes de haut rang dans les académies et dans chaque administration, Républicaine ou Démocrate. Il s’agit de membres du très respecté Council on Foreign Relations (CFR).

Voici Joshua Kurlantzick, « chargé des questions de l’Asie du Sud-est » au sein du CFR, qui écrit dans le non moins respecté Washington Post sur comment – malgré tous les discours alarmistes – il ne serait pas plus mal que l’Afghanistan se transforme en un autre Vietnam parce que « le Vietnam et les Etats-Unis sont devenus des partenaires en Asie du Sud-est, avec des échanges officiels, et sont en train de construire une relation commerciale et stratégique importante, et encouragent toutes les bonnes volontés des deux côtés... L’Amérique n’a pas gagné la guerre, là-bas, mais avec le temps elle a gagné la paix... Les vétérans américains de la guerre, se sont publiquement réconciliés avec leurs anciens adversaires... Un programme (d’échanges scolaires) pourrait garantir que la prochaine génération de dirigeants Afghans voient les Etats-Unis d’un autre oeil. » (8) Et ainsi de suite.

A la réflexion, il s’agit là moins de propos extrémistes de droite que de propos... comment dire ? ... c’est quoi le terme déjà ? Ah oui, « idiots ». Car que cherche-t-il à démontrer exactement ? Que l’Allemagne et Israël sont en très bons termes... et qu’il faudrait donc en tirer des conclusions par rapport à l’Holocauste ?

Quant à dire que l’Amérique a perdu la guerre,, c’est encore pire. Parce que c’est faux. La plupart des gens croient que les Etats-Unis ont perdu la guerre,. En détruisant le Vietnam de fond en comble, en empoisonnement les terres, les eaux, l’air et le patrimoine génétique pour plusieurs générations, les Etats-Unis ont en fait réussi à atteindre leur objectif initial : empêcher le Vietnam de représenter un bon exemple de développement en Asie, une alternative au modèle capitaliste. C’est pour la même raison que les Etats-Unis sont en guerre, contre Cuba depuis plus de 50 ans, pour que le modèle alternatif cubain ne soit pas aussi séduisant qu’il aurait pu l’être si on lui avait fichu la paix.

Et pendant toutes ces années depuis la fin de la guerre, au Vietnam, les millions de vietnamiens qui souffrent de maladies et de malformations provoquées par les épandages US de « l’Agent Orange » n’ont reçu aucune aide médicale de la part des Etats-Unis, aucune réparation écologique, aucune indemnisation, aucune présentation d’excuses officielle.

C’est exactement le même sort qui attend les Afghans – leurs terres et/ou corps touchés par l’uranium appauvri, les bombes à fragmentation, et toute une panoplie d’armes chimiques – dans le Nouvel Ordre Mondial de Kurlantzick. « Si les relations entre les Etats-Unis et l’Afghanistan ressemblent un jour à nos relations avec le Vietnam, ce serait une excellente chose », écrit-il. Que Dieu bénisse l’Amérique.

Une dernière réflexion sur l’Afghanistan : la suggestion que les Etats-Unis pourraient, et devraient, résoudre ce dilemme (qu’ils ont crée) tout simplement en se retirant de ce trou perdu est fermement rejetée par le gouvernement et les médias. Même certains critiques de gauche sont réticents devant une décision si osée – car qui sait quelles horreurs pourraient en découler ?

Mais lorsque l’Union Soviétique a entamé son retrait de l’Afghanistan (entre mai 1988 et février 1989), personne ne leur a demandé de rester. Peu importait la raison, peu importait les conséquences du retrait. Mais si les Russes ont pu se retirer plus facilement que les Américains c’est parce qu’ils n’y étaient pas pour des raisons impérialistes, comme le pétrole ou les gazoducs. Ces raisons pour lesquelles les Etats-Unis ne peuvent quitter l’Irak.

[....]

William Blum

ARTICLE ORIGINAL
http://killinghope.org/bblum6/aer75.html

5/11

traduction (partielle) par Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/La-recherche-desesperee-de-qu...



4-3 Noam Chomsky : "Ne nous soumettons à aucune autorité".

Quelques extraits d'une interview du philosophe et linguiste américain Noam Chomsky, réalisée par Jon Snow de canal 4. Chomsky nous livre avec sa clairvoyance habituelle ses opinions sur quelques thèmes cruciaux du monde actuel, dont du terrorisme au changement climatique, en passant par Résistance non violente en Irak.

Terrorisme

La leçon en serait que le terrorisme a des causes ?

A moins de s’en prendre aux causes, on ne résoudra pas le problème. Bien sûr, une bonne part de cela est de l’activité criminelle et toute activité criminelle doit être réprimée honnêtement et équitablement par le pouvoir judiciaire.
Mais à défaut de s’intéresser aux causes du mécontentement, vous vous retrouvez dans la position d’un médecin qui injecterait du poison à son patient et se demanderait ensuite quel est le meilleur moyen de traiter les symptômes.
Cela n’aurait pas de sens - commencez d’abord par arrêter d’administrer le poison.-
Il y avait des reproches fondés en Irlande du Nord et la Grande Bretagne y était pour une bonne part. Quand la Grande Bretagne cessa finalement de répondre à la terreur par plus de violences encore et répondit à la terreur en s’attaquant aux problèmes, cela commença enfin à s’améliorer.

La réponse au 11 septembre
Après le 9/11, il y eut un immense mouvement de sympathie pour les Etats-Unis, y compris de la part du mouvement du jihad. Des fatwas furent émises ? Oui, condamnant Osama bin Laden. Comment répondirent les Etats-Unis ? En s’aliénant les peuples qui commençaient à sympathiser. En envahissant l’Afghanistan et l’Iraq et en alimentant le soutien au terrorisme.
Cela revient à injecter le poison au patient. Et on s‘étonne après cela que le terrorisme croisse. La réponse au 9/11- comme le fit remarquer presque immédiatement l’historien Michael Howard – aurait dû être : c’est un acte criminel, essayons d’identifier les coupables et amenons les devant la justice pour qu’ils soient jugés de manière équitable.
L’administration Bush s’y est refusée. Il est possible qu’elle aurait pu être en mesure d’extrader al-Qaida et bin Laden. En fait, les Talibans avaient évoqué des possibilités d’extradition si les Etats-Unis fournissaient des preuves, ce que ferait n’importe quel pays. L’administration Bush a écarté cette proposition et a répondu : nous allons vous bombarder parce que vous ne nous le livrez pas. Il s’agit là d’un crime majeur qui a reserré les rangs du mouvement jihadiste. L’invasion de l’Irak a achevé la reconstruction d’un puissant mouvement terroriste mondial.

Résistance non violente en Irak
Jusqu’en novembre 2007, la position officielle des Etats-Unis, confirmée par Bush, consistait à affirmer que tout accord sur le statut des forces en présence devait impliquer le droit à une présence illimitée de l’armée U.S, y compris par le biais d’importantes bases militaires et bien sûr, un rôle privilégié pour les investisseurs américains.
Deux mois plus tard, Bush était contraint à une marche arrière sur ces positions et, au moins sur papier, à accepter un retrait. Ce sont là d’impressionnantes victoires pour les forces de résistance non violentes.

Les U.S pouvaient tuer des rebelles mais ils ne pouvaient venir à bout de centaines de milliers de personnes manifestant dans les rues.
Le poids des espoirs suscités par Obama
Si Barack Obama n’est pas à la hauteur des espérances qu’il a fait naître, deux choses peuvent se produire. Kennedy aussi avait suscité un énorme enthousiasme et il a rapidement déçu. Il avait un bon appareil de propagande mais quand on regarde d’un peu plus près ses réalisations, il aura sans doute été le président le plus dangereux du 20ème siècle.
Les énergies qui furent alors éveillées se transformèrent en quelque chose de très constructif : l’activisme des années 60. Kennedy n’a certainement pas soutenu le mouvement des droits civiques mais il avait inspiré sa rhétorique et il s’y est assimilé.

C’est une possibilité pour Obama.
L’autre possibilité relève du cynisme. Le choix constructif d’Obama va devoir s’appuyer sur le réalisme de la situation actuelle et non sur les illusions du marketing politique.

Noam Chomsky   

02 Novembre 2009

http://www.michelcollon.info:80/index.php?option=com_cont...


4-4 Jules Dufour : Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre.  

Les derniers événements entourant le déroulement des guerre,s d’invasion en Asie centrale nous permettent de saisir quelques-uns des éléments de la stratégie des États-Unis et les différentes manœuvres diplomatiques et médiatiques visant à faire basculer l’opinion des Étatsuniens en faveur d’une poursuite de leurs opérations guerrières dans cette région.

La "réintronisation" de Hamid Karzaï à la tête du gouvernement fantoche de Kaboul a été orchestrée pour que le climat politique qui a prévalu depuis 2001 se maintienne avec la présence d’un allié acquis aux intérêts des conquérants. Les mots sont difficiles à trouver pour qualifier le caractère légitime de la «victoire» de H. Karzaï. On s’évertue à essayer de rendre maintenant son élection valide alors que la plupart des intervenants, depuis le 20 août dernier, ont discrédité le processus électoral et mis en doute ses résultats.

En même temps, l’administration Obama et les stratèges du Pentagone ont fait semblant de tergiverser concernant l’envoi ou non de renforts alors que cette manœuvre avait vraisemblablement un double objectif. Le premier celui de jauger le potentiel de troupes additionnelles pouvant être offert par les membres de la coalition et le second, celui de disposer du temps nécessaire pour mesurer le degré de résistance des insurgés et des Talibans au Pakistan. Ainsi, elle a ordonné à l’armée nationale pakistanaise de livrer une guerre, sans merci contre les Talibans et les insurgés dans le territoire du Sud-Waziristan. Ce faisant, les États-Unis pourraient peu à peu faire valoir que les efforts de guerre, du Pakistan devraient être confortés par des forces militaires additionnelles en Afghanistan afin de faire face à la résistance pouvant éventuellement trouver refuge dans ce territoire. L’administration Obama serait ainsi en mesure de justifier les renforts qu’elle se propose de déployer.

Il est primordial pour cette administration qu’elle donne suite aux pressions exercées par la droite américaine qui réclame une intensification de l’effort de guerre, en Afghanistan tout en emmenant l’opinion publique à accepter la décision d’ajouter un contingent important de soldats (on a mentionné des chiffres allant de 40 000 à 60 000). Peu à peu les guerre,s de l’Afghanistan et du Pakistan pourraient se fondre en un seul et même conflit et il serait alors plus facile de démontrer qu’il est crucial d’augmenter globalement les forces militaires dans cet ensemble, étant donné les menaces grandissantes posées par la résistance tant en Afghanistan qu’au Pakistan. Les États-Unis feront valoir qu’après huit années de guerre, un «petit» effort supplémentaire serait nécessaire afin de ne pas revivre un autre Viêtnam.

Obama, une diplomatie de ralliement pour la conquête du monde par la guerre, ?

Depuis leur arrivée à la Maison-Blanche le président Obama et sa secrétaire d’État, Hillary Clinton, ont parcouru le monde pour faire entendre le message renouvelé de l’Empire américain. Une rhétorique nouvelle faisant la promotion du modèle bien connu de domination et d’intervention sur tous les continents, modèle basé sur le plan du commandement unifié des États-Unis (pour voir la carte, cliquez sur le lien :  Le Plan du commandement unifié des États-Unis). Ce plan de commandement «a été mis à jour par le Département de la Defense et s’avère un document stratégique clé qui définit les missions, les responsabilités et les aires géographiques de responsabilité pour les commandants en charge des commandements de combattants» étatsuniens et alliés à travers le monde. La totalité de la surface terrestre est encore, dans les faits, le champ de bataille des Étatsuniens et, sous la nouvelle administration, aucune modification substantielle n’a été apportée à ce plan en vue d’en réduire la portée sur l’ensemble des pays du monde.
Le Plan du commandement unifié des États-Unis 
Les itinéraires suivis par les responsables de la diplomatie étatsusienne leur ont permis de vérifier sur le terrain le taux de solidité de leurs alliances et le degré de fidélité de leurs partenaires et alliés traditionnels et aussi d’identifier et circonscrire les éléments discordants et hostiles. Ainsi, il leur est permis ensuite d’ajuster les orientations de même que l’intensité des opérations qui s’imposent.

La secrétaire d’État s’est même permis de se faire la protectrice des droits humains lors de son séjour à Moscou : «Toutes ces questions - emprisonnements, détentions, coups, meurtres - sont douloureuses à regarder de l'extérieur", a déclaré Mme Clinton, au deuxième jour de sa visite en Russie, sur la radio Echo de Moscou ». Il est difficile de croire que de tels propos puissent être tenus par la responsable de la diplomatie américaine quand on se rappelle les menaces d’oblitération totale qu’elle a proférées contre l’Iran au cours de la campagne présidentielle . Il importe aussi de rappeler que son pays détenait en 2005 la population carcérale la plus élevée au monde avec 2 186 230 prisonniers (25% du total mondial) et que le taux de détention par 100 000 habitants était également le plus élevé avec 737.6 résidents. De plus, «la Peine de mort aux États-Unis est appliquée au niveau fédéral et dans trente-cinq États fédérés sur cinquante que comptent les États-Unis. Aujourd'hui les États-Unis font partie du cercle restreint des démocraties libérales qui appliquent la peine de mort» (Wikipedia). Il est à espérer que la secrétaire d’État trouve aussi douloureuse cette situation qui prévaut dans son pays.

Mes intentions profondes sont les mêmes

Enfin, il convient d’ajouter que les guerre,s de l’Asie centrale se poursuivent dans la plus grande impunité et que la torture continue d’être pratiquée dans les prisons «secrètes». S’il s’agit là des manifestations des nouveaux concepts proposés en janvier dernier de la «puissance intelligente» et de la «responsabilité» il y a lieu de s’interroger, car il nous semble plutôt que les propos de la diplomatie étatusienne viennent tout simplement voiler le visage de l’impérialisme. Je suis un acteur qui pense maintenant autrement, mais mes intentions profondes sont les mêmes. En réalité, le concept de la «guerre, permanente» reste le guide suprême de mon approche diplomatique qui se veut à géométrie variable en fonction des intérêts qu’il me faut sauvegarder. (Les deux pilliers de la nouvelle diplomatie américaine).

Conclusion

Pour la diplomatie étatsunienne il importe de conserver l’appui des plus puissants malgré certains irritants majeurs, car elle pourrait avoir besoin d’eux quand se produira l’effondrement annoncé de l’économie et l’implosion sociale qui en sera la résultante inéluctable. Faire la guerre, pourrait devenir trop lourd pour la société et des mandataires capables de le faire seront alors invités à «donner» davantage pour permettre à l’Empire de survivre encore un certain temps. Cette consigne est sans doute celle qui a été transmise aux pays alliés. Ceux-ci, cependant, bien malgré eux, pourraient être entraînés éventuellement avec lui dans sa chute.

Références

AFP. 2009. Hillary Clinton avocate des droits de l'Homme à Moscou. RTBF Info. Le 14 octobre 2009. En ligne :
http://www.rtbf.be/info/economie/hillary-clinton-avocate-... 

AFP. 2009. L'OTAN adopte une nouvelle stratégie en Afghanistan. Cyberpresse. Le 23 octobre 2009.
En ligne : http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/2009... 

BEAUCHEMIN, Malorie. 2009. Obama lance un ultimatum à l'Iran. La Presse. Le 25 septembre 2009. En ligne : http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis/200909... 

COURMONT, Barthélémy et contre-feux.com. 2009. Les deux piliers de la nouvelle diplomatie américaine. ilovepolitics. Le 19 mars 2009.
En ligne : http://www.ilovepolitics.info/Les-deux-piliers-de-la-nouv... 

DUFOUR, Jules. 2007. Le réseau mondial des bases militaires américaines. Les fondements de la terreur des peuples ou les maillons d'un filet qui emprisonne l'humanité. Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 10 avril 2007.
En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticl... 

DUFOUR, Jules. 2009. Le grand réarmement planétaire. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 5 mai 2009. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid... 

DUFOUR, Jules. 2009. Pakistan: un territoire stratégique pour les guerre,s de l’Occident en Asie Centrale. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 10 août 2009. En ligne:
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid... 

DUFOUR, Jules. 2009. Afghanistan: des élections pour l'imposition de la «démocratie»? Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Le 21 août 2009. En ligne: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid... 

KAY, Joe. 2008. Hillary Clinton menace d’ ‘effacer' l'Iran de la carte! Alter Info. Le 24 avril 2008.
En ligne : http://www.alterinfo.net/Hillary-Clinton-menace-d-effacer-l-Iran-de-la-carte!_a19103.html 

Nombre de prisonniers dans le monde, par pays. PopulationData.net: http://www.populationdata.net/chiffres/monde-prisonniers-... 

Peine de mort aux États-Unis : http://fr.wikipedia.org/wiki/Peine_de_mort_aux_%C3%89tats...

Jules Dufour
Jules Dufour, Ph.D., est président de l'Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi,   membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l'Ordre national du Québec.

Jeudi 5 Novembre

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5 Annexe

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

5-1 Commentaires sur 'Les États-Unis : la «puissance intelligente » au service de la guerre,. ' 

Posté par VIRGILE le 05/11/2009 23:33

Mais enfin êtes-vous étonné ?! Il s'agit tout simplement de l'application officielle du PNAC !!!
(Project for the New American Century)
Objectif : Fondé au printemps 1997, le PNAC se définit comme une organisation militante non commerciale dont l'objectif est la promotion d'un American Global Leadership (Domination mondiale américaine).
Au programme :
• La domination du monde par les États-Unis profite à la fois aux États-Unis et au reste du monde ;
• Cette domination nécessite l'usage de la force militaire, d'un jeu d'influence diplomatique et d'un engagement à des principes moraux ;
• Il incombe aux dirigeants des États-Unis, au niveau de la légitimité et de la responsabilité, de gérer cette domination mondiale ;
• Le gouvernement des États-Unis doit user de sa supériorité afin d'obtenir une autorité absolue par tout moyen nécessaire.
Dans cet esprit, diverses propositions sont présentées :
• Abandon des négociations sur la limitation des armements stratégiques ;
• Utilisation de la force militaire en cas d'échec de la diplomatie, à l'encontre de n'importe quel pays qui gênerait les intérêts et/ou objectifs des États-Unis ;
• Installation de bases militaires américaines sur l'ensemble du globe pour créer un Global Constabulary (police mondiale), imposant la volonté des États-Unis ;
• Modernisation des équipements militaires et augmentation du budget de l'armée des États-Unis à hauteur de 3,8% de son PIB ;
• Développement du National Missile Defense (programme de bouclier anti-missile) et poursuite de la stratégie de militarisation de l'espace.
C'est un pur produit dérivé du vrai-faux PSS et autres enseignement du Talmud de Babylone contre TOUS LES GOYIM !
"Les idées avancées par le PNAC dans le rapport Rebuilding America's Defenses font l'objet de critiques parfois extrêmement violentes : « This is the new Mein Kampf.
Only Hitler did not have nuclear weapons. It's the scariest document I've ever read in my life. » (Ceci est le nouveau Mein Kampf. La seule différence est que Hitler n'avait pas d'armes nucléaires. C'est le document le plus effrayant que j'ai jamais lu dans ma vie.) Docteur Helen Caldicott, 2000."
(Source Wikipedia).
Les ETAS UNIS ! Prophétiquement (Apocalypse), les "Rois de la terre" vont se réunir pour combattre contre l'Oint (Dieu, le Messie et ses fidèles, etc.). Donc, pour les serviteurs du diable, tout est bon pour exterminer l'humanité croyante et c'est bien ce qui est en cours, au nom de la démon-cratie et autres "Raie Publiques" !Il n'y a pas plus Anti-Christ sur terre que les talmudo-sionistes, de ceux qui ont la main mise sur les "Etats Unis" et autres prédateurs colonialistes, via leurs colistiers Francs-maçons (les Bâtisseurs sans Christ)). Leur fin est déjà décrite, fracassante !

http://www.alterinfo.net/Les-Etats-Unis-la-puissance-intelligente-au-service-de-la-guerre,_a38886.html


5-2 Jean-Claude Paye*, Tülay Umay* : Le renversement de la place de la victime : un paradigme de la modernité.

Au cours des dernières années, les sociétés « occidentales » ont sacralisé les victimes.

Depuis le 11-Septembre, ce phénomène a été instrumenté par les promoteurs de la guerre des civilisations pour développer la « théorie du complot islamo-gauchiste », selon laquelle « l’Occident » devrait non seulement affronter le péril islamique, mais aussi une cinquième colonne intérieure.

Cette rhétorique élaborée aux USA par Daniel Pipes et développée en France par les intellectuels et journalistes membres du Cercle de l’Oratoire vient d’être reprise au mot-à-mot en Belgique par le sénateur libéral Alain Destexhe et le journaliste de gauche Claude Demelenne.

Mais comment fonctionne donc ce discours délirant ?

Dans la modernité, l’idéologie victimaire présente une structure particulière : le bourreau se présente systématiquement comme la victime. On peut penser immédiatement au sionisme, mais il ne s’agit là que d’un exemple, bien qu’il occupe une place fondamentale dans ce renversement général de l’ordre symbolique. Les troupes états-uniennes ne sont-elles pas des victimes des populations qu’elles bombardent ? Les patrons ne sont-ils pas victimes des grévistes qui prennent « les populations en otage » ? Les porteurs de l’idéologie coloniale ne se présentent ils pas comme stigmatisés par le racisme anti-blanc ? Le nombre d’exemples est infini. Notre vie sociale est entièrement structurée par ce déplacement pervers.

La puissance de l’image

Cette idéologie victimaire prend cependant toute sa puissance à travers les attentats du 11 septembre 2001. L’image, ainsi exhibée, crée une virtualité, un nouveau réel destiné à nous enfermer dans l’effroi. Il s’agit d’une image parfaite, d’une icône débarrassée de toute toute réalité matérielle, de tout sensible-concret. Dégagée de tout rapport aux faits, elle est aussi libérée de toute relation avec ce qui organise la conscience : la raison. Elle suppose la foi, l’adhésion sans faille au regard du pouvoir, qui se pose en lieu et place de l’observation. Il s’agit donc d’une foi particulière, non celle qui donnerait accès à un invisible, à un inconnu distinct de ce qui est visible, mais celle qui opère un déni de ce dernier et se substitue à lui en installant une pure virtualité.

L’image de la destruction des tours est une construction iconophile Cette icône pose les autorités US comme des victimes et les introduit ainsi dans le sacré. Ce qui les placent non seulement au delà du droit, mais leur permet aussi de renverser l’ordre symbolique. Elles constituent une pure anomie. Elles ne peuvent être nommées. Guantánamo est une vitrine du pouvoir qu’elles se sont données : de violer l’ensemble des lois, de nier ce qui fait de nous des hommes et d’être reconnu dans ce droit..

Grâce à cet enfermement psychotique, toute tentative de développer une parole, de nommer les choses ou même, plus simplement de faire référence aux faits, engendre le délire. Tout rappel de la nécessité de l’observation est immédiatement diabolisé, stigmatisé comme « théorie du complot ».

S’inscrivant dans une forme sociale psychotique, l’image des attentats du 11 septembre a pour objet de nous enfermer dans la phase du délire et de supprimer toute possibilité de confronter le regard, le sens donné par le pouvoir. Toute offensive de ce dernier contre nos libertés et notre existence, s’inscrit dans cette structure. La vague d’islamophobie qui se développe actuellement en est un exemple parmi d’autres.

Péril « islamo-gauchiste » en Belgique ?

S’alignant sur les actions françaises, les médias belges ont d’abord lancé une campagne contre le voile dit « islamique ». Depuis deux mois, à travers les opinions exprimées par un « intellectuel de gauche » et un sénateur libéral, se font le relais d’une campagne destinée à nous prévenir des dangers imminents du fondamentalisme musulman, ainsi que du « terrorisme intellectuel qui cherche à faire taire ceux qui refusent le politiquement correct islamo-gauchiste » .

La manière particulièrement caricaturale dont les choses sont présentées peut susciter un rejet immédiat. Cependant, il faut dépasser cette première réaction et voir qu’il s’agit en fait d’un condensé de la façon dont certaines informations nous sont régulièrement présentées.

Le discours se réduit à des pulsions. Il s’agit de soumettre le langage aux images et ainsi d’enfermer le lecteur dans l’émotion, dans une mécanique qui marche toute seule. Les « barbus », les « filles voilées » et les « gauchistes » sont des fétiches. Ces images deviennent leur propre base matérielle. Elles ne se rapportent plus qu’à elles-mêmes, elles volent de leurs propres ailes.

Les faits ne sont plus que le support du regard, du sens qui leur est attribué. Ce sont les images, ces abstractions qui créent un nouveau réel. Elles nous font abandonner le domaine de la raison, du pensable, pour établir le règne de la foi. Ainsi, le signifié devient parfaitement autonome. Il ne se confronte plus au réel, il tourne sur lui-même.

L’islamisme radical, le port du voile, le racisme anti-blanc, la police terrorisée par les bandes de jeunes arabo-musulmans, l’omniprésence des barbus semblent être devenus les principaux problèmes de notre pays. Surpuissants, grâce à leurs alliés gauchistes, les fondamentalistes musulmans contrôleraient les rouages de notre société. Ils auraient la capacité de faire taire toute critique à leur égard. Mais, le peuple belge possède deux chevaliers particulièrement courageux, Claude Demelenne et Alain Destexhe pour affronter cette emprise totalitaire.

Évidemment, le développement du discours fait immédiatement penser à la structure de la psychose paranoïaque que ce soit dans l’évaluation de la nature du danger, dans la surestimation de soi-même ou dans le caractère personnel de la mission que le sujet s’attribue. Toutefois, ce qui nous intéresse, ce n’est pas de nommer cette structure psychotique, mais de comprendre pourquoi, maintenant, ce discours, qui présente toutes les caractéristiques du délire, est mis en avant et valorisé par les médias.

Actuellement, ce qui existe est ce qui est regardé, exhibé. Montrée et ainsi reconnue, l’idéologie victimaire, dont se parent nos deux protagonistes, les intègre dans l’ordre symbolique de la société.

Un renversement de la place de la victime

La violence verbale qu’ils disent subir consiste, par exemple, à entendre que « les décrets et règlements qui empêchent les jeunes filles de porter le voile à l’école » sont « liberticides ». Cette qualification, pour un projet qu’ils promeuvent, est « d’une évidente violence verbale ». La violence ne consisterait plus dans le fait de subir une discrimination, mais dans la dénonciation de cette dernière. Toute critique leur étant adressée relève de la violence. Elle est donc inacceptable et qualifiée de terrorisme intellectuel.

Bien que leur action puisse s’assimiler à une croisade, nos deux auteurs se mettent dans la position privilégiée de la victime, place particulièrement valorisée aujourd’hui. La parole de la personne reconnue comme telle est par essence authentique, elle ne peut être contestée. Leur innocence est ainsi légitimée. Cette procédure induit une restructuration du langage et modifie la capacité de représentation du réel.

La transformation du sens et du langage leur est d’autant plus nécessaire que, ici, la position revendiquée de la victime émissaire, consentante qui catalyserait la violence sur elle-même afin de sauver la société, n’a pas pour effet le sacrifice de la victime exhibée. Le lieu réel du sacrifice est bien celui des personnes désignées comme agresseurs. Ce qui est aussi sacrifié, c’est la Parole qui à pour fonction de mettre un cran d’arrêt à la violence, de permettre une reconnaissance réciproque et ainsi de rétablir le lien social. Au contraire, le renversement de la place de la victime a pour effet de néantiser celle-ci en tant qu’être. Il s’agit bien là d’un mécanisme propre à ce que la psychanalyse désigne comme structure perverse

Un premier exemple s’impose : il suffit de signer « intellectuel de gauche » pour être en mesure de faire passer une pensée réduite à des états compulsifs et qui, historiquement, relève de l’imagerie véhiculée par l’extrême droite.

Le renversement de l’ordre symbolique, afin d’alimenter une machine pulsionnelle, est constant. Alors que leurs propos relèvent de l’argument d’autorité, les auteurs se présentent comme les victimes d’un « terrorisme intellectuel ». Leur opposer une argumentation ferait qu’ils seraient « diabolisés », « lépénisés » « et « quasiment criminalisés ». Bien qu’ils se révèlent être de simples instruments d’une machine, d’un système stigmatisant omniprésent dans notre société, l’invocation de leur courage est permanente. Ainsi, le conformisme exalté deviendrait un acte de résistance, une position à contre courant.

Cette antinomie apparente entre un moi présenté comme fort et le fait de se faire simple instrument de la machine est caractéristique de la structure perverse. C’est parce qu’ils se posent en tant qu’objet de cette mécanique stigmatisante que nos auteurs prennent la place de la victime. Ils se sacrifient pour réaliser le « Bien suprême » : l’éradication du mal gaucho-intégriste.

Ainsi, le sujet pervers, le « sujet supposé-savoir », peut confisquer la parole et la place de la victime. Se prévaloir de celle-ci offre des avantages décisifs dans la structure sociale actuelle. En effet, le renversement de cette place permet d’opérer un renversement de l’ordre de droit et offre la possibilité de nous placer dans la violence pure.

Jean-Claude Paye*,

Tülay Umay* 

Jean-Claude Paye

Sociologue. Derniers ouvrages publiés : La Fin de l’État de droit, La Dispute 2004 ; Global War on Liberty, Telos Press 2007.

Tülay Umay

Sociologue. Née en Anatolie, elle vit en Belgique. Elle travaille sur les structures sociales et psychiques de la postmodernité. Comme support concret de cette recherche, la question du voile dit « islamique » est objet d’étude privilégié, non comme objet en soi, mais comme symptôme de notre société

16 novembre 2009

18/11 VOLTAIRENET


5-3 D. Guimond : Le droit est le fondement de la paix, de la justice et de l’humanité…

Réflexions sur l’histoire et l’éthique de la politique internationale par Karl Müller

Au vu des victimes et des dégâts causés pendant la Seconde Guerre,

, les fondateurs des Nations Unies et de sa Charte tentèrent d’éviter qu’une pareille catastrophe ne se reproduise, cherchant à rendre le monde plus pacifique et plus juste. La mise en place des relations internationales ne devait plus relever de l’arbitraire de quelques pays. Il fallait établir un ordre juridique international approuvé et respecté par tous les Etats de la planète. Mais peu après la fin de la guerre,, et la fondation des Nations Unies, le monde se trouva à nouveau divisé en blocs hos­tiles. Une nouvelle fois, les relations internationales furent marquées, au cours des décennies suivant la guerre,, par la poli­tique d’hégémonie.

On savait déjà qu’une politique internationale soumise aux fluctuations de la recherche du pouvoir et du contre-pouvoir n’apportait pas de stabilité et n’assurait donc pas la paix. La situation dans le monde fut donc très fragile et l’humanité n’échappa que d’un cheveu, et par hasard, à la destruction. C’est pourquoi dès les années 60 on entreprit de sérieux efforts pour réduire les affrontements et l’aggravation de la situation entre les blocs et pour remplacer les affrontements, les conflits et la course aux armements par des mesures de confiance, de coopération et de désarmement. Il est vrai que tout le monde n’était pas honnête et ce furent les mêmes qui déclenchèrent une nouvelle fois la guerre, froide dans les années 80, provoquant une nouvelle course aux armements.

Le monde se retrouva face à la menace d’une guerre, mondiale dévastatrice. Ce furent avant tout les Etats-Unis qui cherchèrent à gagner la guerre, froide ; non pas par la force des armes mais par une guerre, économique et financière. L’alliance militaire orientale, le Pacte de Varsovie, et le bloc économique oriental, le Conseil d’assistance économique mutuelle (Comecon) furent mis sous pression, ce qui amena finalement leur dissolution. Il ne resta qu’une grande puissance : les Etats-Unis et l’OTAN, qu’ils dirigent, et l’ordre financier et économique mondial qu’ils déterminent.

Nombreux furent ceux qui, lors de la dissolution du bloc de l’Est, espérèrent une paix durable assurant la sécurité et le bien-être. Mais ce fut en vain car la politique américaine, profitant de sa situation d’unique superpuissance au monde, voulut s’imposer non par le droit mais en profitant de sa situation dominante. La mondialisation fut en fait une américanisation du monde – par tous les moyens et sans tenir compte des dégâts causés.

Au début des années 90, le gouvernement américain avait appelé cela « nouvel ordre mondial » et il ouvrit cette « ère nouvelle » par de nouvelles guerre,s : contre l’Irak, contre la Somalie, contre la Yougoslavie. Les groupes de réflexion américains se penchèrent dans les années 90 sur un « Projet de nouveau siècle américain », escomptant bien l’imposer par leur supériorité militaire. Les guerre,s contre l’Afghanistan et à nouveau contre l’Irak en sont les signes les plus visibles, mais aussi l’instrumentalisation des Etats européens membres de l’OTAN, la mainmise sur l’Union européenne, la mise au pas de la « gauche » européenne et l’extension à l’Est de l’OTAN et de l’Union européenne.

Néanmoins, aujourd’hui, 20 ans après la dissolution du bloc de l’Est, le plan des Etats-Unis a échoué.

Les conséquences catastrophiques du « projet » américain pour une grande partie du monde apparurent clairement aux yeux des populations. Les Etats-Unis ont lancé le bouchon trop loin ; leur prestige dans le monde a disparu, des forces contraires se sont mises en place et se renforcent. Elles vont de la résistance inattendue dans les pays en guerre, aux alliances internationales tels que l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) en Amérique latine, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en Asie ou le BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), alliance intercontinentale. Il reste bien sûr des forces dangereuses qui souhaitent renverser la vapeur et prêtes à risquer gros. Toutefois, il ne s’agit que de quelques attardés dans l’évolution historique qui doivent néanmoins être pris très au sérieux, surveillés et tenus à l’écart – du fait qu’ils pourraient être tentés d’embraser le monde. Leur politique est cependant sans avenir. Les prochaines années seront pleines d’insécurité et nécessiteront la recherche de nou­velles orientations.

Il se peut que le nouveau gouvernement américain s’y consacre. On peut l’espérer du fait que le président américain a reçu cette année le prix Nobel de la Paix. Peut-on espérer amener le président à refuser la poli­tique hégémonique de son pays – ne serait-ce qu’en raison de la grande misère qui s’abat sur la population de son pays – et à s’engager dans une politique de paix dans le monde ? Ou bien se contentera-t-il, en manœuvrant habilement, de redonner aux Etats-Unis la capacité d’être à nouveau la seule superpuissance ?

On ne peut se contenter d’attendre les réponses à ces questions. Le plus de personnes possible doivent se mettre à réfléchir, à discuter, à formuler des solutions.

Mais est-il crédible de rediscuter plus ou moins ouvertement l’idée d’un gouvernement mondial ? Peut-on mettre en place un tel gouvernement et en même temps respecter l’ensemble des droits humains ? Qui donnera sa légitimité à un tel gouvernement ? Quels seront ses domaines politiques ? Ne risquons-nous pas de retomber dans une politique centralisée ? L’humanité est-elle prête à accepter ce nouveau Léviathan ?

Il existe une autre perspective : celle de mettre en place les bases de la paix et de la justice par un « ordre mondial du droit ». Cette idée n’est pas nouvelle, elle nous vient du siècle des Lumières. Mais pres­que personne ne s’en est préoccupé au cours de ces dernières années. Et ce sont précisément les Etats européens, où est née la philosophie des Lumières, qui ont trahi le projet d’un ordre mondial reposant sur le droit. Une idéologie du laissez-faire, de l’égalité des valeurs, du droit du plus fort, c’est-à-dire de l’arbitraire des puissants a pénétré jusque dans les sciences « occidentales », dans l’art et la culture. Et toutes les professions de foi en faveur du droit ne furent plus que des déclarations peu sincères. On traite de naïfs et de ringards tous ceux qui croient encore à la valeur du droit et à son caractère obligatoire, tout particulièrement en ce qui concerne les relations entre les Etats.

On constate aujourd’hui les conséquences de cette idéologie : un monde en plein désordre, sans paix, ni justice, ni humanité.

Pourtant la tâche ne serait pas si difficile car il n’est pas nécessaire de créer un ordre juridique international. Les fondements essentiels en ont été établis par le droit international et un grand nombre de traités internationaux. La communauté internationale peut s’y référer.

Ce qui est nécessaire avant tout, c’est de comprendre que le monde n’a pas d’autre perspective s’il veut survivre et que la dignité de tous les hommes impose le respect du droit.

L’idée du contrat social, venue des Lumières, partait du principe que les individus se soumettraient au droit accepté par tous afin d’assurer la liberté, la propriété et la vie. Il en va de même dans la communauté des Etats. Le respect des traités entre les peuples consti­tue l’« ordre mondial du droit ».

dguimond

11 novembre

 (Source : Horizons et Débats)

http://www.newsoftomorrow.org/spip.php?article6765 



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

 

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