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29/11/2009

n°303 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie'de l'Afghanistan - 27-11 – Suite -: L’Afghanistan fait, enfin, couler beaucoup d’encre.

n°303 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie'de l'Afghanistan - 27-11 – Suite  -: L’Afghanistan fait, enfin, couler beaucoup d’encre.


 

Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et stratégie'de l'Afghanistan

   n°303                                                                                                                            27/11/09

                   C.De Broeder & M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  Suite

1-6 L’Afghanistan fait, enfin, couler beaucoup d’encre.

1-7 L'Afghanistan vu d'ici.

1-8 William Blum : La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

1-9 Barthélémy Courmont: Les deux piliers de la nouvelle diplomatie US.

1-10 Faut-il des musulmans dans l'armée ?

1-11 dédefensa : L’Ennemi en-dedans nous.

1-12 William Pfaff : L’Amérique sous la coupe de son armée.


1-5 L’Afghanistan fait, enfin, couler beaucoup d’encre.

Après avoir largement couvert le conflit en Irak, les journalistes américains tournent les yeux vers Kaboul. Mais leurs moyens sont plus limités. 

Lorsque George W. Bush a interdit aux médias, en 2004, de photographier les cercueils des soldats américains tués lors d’opérations en Irak ou en Afghanistan, de nombreux journalistes sont montés au créneau pour défendre la liberté d’information, se souvient The Washington Examiner.

Le quotidien conservateur note que depuis la levée de cette interdiction, en avril 2009, les médias ne se pressent guère pour témoigner du coût humain de l’engagement américain. Ils étaient 35 pour couvrir l’arrivée du cercueil du sergent Phillip Myers le 5 avril, 17 pour celui du soldat Israel Candelaria Mejias, et il n’y en avait plus qu’un seul, le 2 septembre, pour celui de David Hall, constate amèrement le journal gratuit.

Le gouvernement Obama se demande s’il va envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan, mais un escadron de journalistes est déjà arrivé sur place.

Nombre d’entre eux sont en provenance de l’autre guerre américaine à l’étranger, en Irak. “C’est comme si la promotion Bagdad 2003 était aujourd’hui la promotion Kaboul 2009”, explique Richard Engel, de la chaîne NBC. Comme elle n’est plus occultée par l’Irak, la “guerre oubliée” devient soudain bien visible. Les chaînes de télévision ont ouvert de petits bureaux et les grands journaux ont étoffé leur personnel dans le pays et au Pakistan. Mais ce conflit est couvert avec un budget limité. “L’Afghanistan a toujours été la guerre du pauvre”, confie Lara Logan, de CBS. Les médias d’information dépensent moins eux aussi.
Pour la première fois depuis des années, l’Afghanistan est devenu “le sujet principal” des médias américains, note le Project for Excellence in Journalism, un organisme qui évalue le travail de la presse.
“Il y a eu une explosion de la couverture médiatique”, confirme Renee Montagne, la présentatrice de Morning Edition, une émission d’information de la National Public Radio, qui a passé un mois en Afghanistan cet été.

On s’intéresse essentiellement à la nouvelle stratégie que le président Obama souhaite y mettre en place, mais les événements qui se déroulent dans le pays reçoivent également une plus grande couverture. Comme l’Irak, l’Afghanistan pose plusieurs problèmes délicats aux journalistes. Le premier d’entre eux est la sécurité. Celle-ci ne cessant de se dégrader dans le pays et la menace d’enlèvement étant constante, les médias ont renforcé les mesures de précaution destinées au personnel sur le terrain.
Les finances constituent un autre problème. Malmenés par la récession, certains médias ont considérablement réduit leur personnel à l’étranger, qui était déjà limité, et ont du mal à financer la couverture de deux théâtres d’opérations. Pour certains journalistes, le pays était déjà mal couvert avant les récentes réductions budgétaires. Les grandes chaînes américaines s’en étaient presque entièrement retirées quand l’attention s’était portée sur l’Irak en 2003. Elles faisaient appel à des producteurs implantés dans le pays ou au Pakistan et couvraient rarement le conflit. CNN, la chaîne câblée qui possède la plus grosse rédaction internationale, faisait appel à des pigistes locaux et avait des correspondants qui se rendaient ponctuellement sur place. The New York Times a un correspondant en Afghanistan depuis novembre 2001. Comme d’autres journaux, il emploie également des journalistes locaux. Le Los Angeles Times et The Washington Post déclarent avoir désormais des correspondants à Kaboul et à Islamabad, au Pakistan.
A côté de la situation sanglante qui régnait en Irak, l’Afghanistan “faisait rarement l’actualité”, rappelle Mark Jurkowitz, le directeur associé du Project for Excellence in Journalism. Il explique qu’en 2007 l’Afghanistan représentait moins de 1 % de tous les reportages d’information. La couverture de l’Afghanistan a modestement augmenté pendant la première moitié de l’année 2009, au moment où Barack Obama déployait des troupes supplémentaires et parlait de changer de stratégie. Elle a augmenté de façon plus significative pendant l’été, à l’approche de l’élection présidentielle et avec l’émergence de débats sur la présence militaire. Depuis, l’Afghanistan fait partie des “principaux sujets de la semaine”, confirme Mark Jurkowitz.
CNN, Fox News Channel et NBC ont toutes un correspondant à temps plein à Kaboul. CBS y emploie un “journaliste numérique”, selon ses propres termes, et ABC y a un producteur et y fait tourner des correspondants. Les médias expliquent leur décision d’accroître leur présence en Afghanistan par l’élection présidentielle américaine de 2008. L’Afghanistan avait été un thème fréquent pendant la campagne, confie Tony Maddox, directeur général de CNN International. Il y a douze à dix-huit mois, sa chaîne a jugé que ce pays “chauffait”. Les organes d’information qui investissent à Kaboul tirent les leçons de Bagdad. Ils ne se retranchent plus dans des locaux fortifiés dont l’entretien et la sécurisation coûtaient des millions par mois. “A Bagdad, tout le monde s’est très vite retrouvé avec une énorme installation dont le fonctionnement coûtait une fortune. On ne veut pas que cela reproduise”, précise Tony Maddox.

 Le bureau de CNN à Kaboul est plus “léger”, ajoute-t-il. Car la plupart des sujets concernant l’Afghanistan se déroulent en province. “En Irak on pouvait savoir ce qui se passait à partir de Bagdad”, mais en Afghanistan tout se passe dans les régions tribales et au Pakistan.
Difficile de déterminer l’intérêt des téléspectateurs
La sécurité demeure la principale préoccupation. Selon Lara Logan, la correspondante à l’étranger de CBS, en Afghanistan les dangers sont de plus en plus difficiles à évaluer. “Les journalistes tentent encore d’établir où sont les limites”, ajoute-t-elle. Ils ne sont pas à l’abri d’un enlèvement. David Rohde, du New York Times, a été enlevé par les résistants en novembre 2008 et retenu pendant sept mois. Stephen Farrell, également du New York Times, a été retenu par les résistants pendant quatre jours en septembre.
Les organes d’information ont du mal à déterminer l’intérêt que lecteurs et téléspectateurs accordent à l’Afghanistan. La semaine du 5 octobre, CBS Evening News, le journal télévisé de la chaîne, a été consacré trois jours de suite à l’Afghanistan.

Le taux d’audience a baissé chaque jour, pour passer de 4,3 % des ménages le premier jour à 3,4 % le troisième. Quand il est revenu à son format habituel, le quatrième jour, l’audience est remontée à 3,9 %. La baisse d’audience en a un peu déprimé certains à la rédaction, mais pour Rick Kaplan, le producteur exécutif de CBS Evening News, “ce n’était pas une question d’audience, mais de responsabilité”. L’Afghanistan est, selon lui, “un sujet d’une importance vitale qui définira notre histoire pour les années à venir”.

6/11

http://www.courrierinternational.com/article/2009/11/05/l-afghanistan-fait-enfin-couler-beaucoup-d-encre


1-6 L'Afghanistan vu d'ici.

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vuedes auteurs mais doit être vu comme information

L'Afghanistan vit ses deuxièmes élections présidentielles depuis la chute des résistants en 2001.

Pays en guerre, pays d'ethnies, pays complexe; Radio-Canada.ca réunit des Afghans émigrés au Canada et les meilleurs experts pour le décrypter et vous offrir l'occasion d'en discuter.

26 aoû

L'Afghanistan pris en étau, selon Olivier Roy

Dans un deuxième article d’une série de deux, Radio-Canada.ca a interviewé Olivier Roy, éminent spécialiste des résistants et de l’Afghanistan depuis bientôt 30 ans et chercheur au CNRS, décrit les rapports de force des puissances étrangères qui se jouent dans ce pays.
D’État tampon, l’Afghanistan est devenu un champ de bataille où s’affrontent les influences contradictoires des acteurs régionaux, croit Olivier Roy. « L’anarchie existe depuis que les étrangers sont intervenus directement », selon le chercheur, qui précise que le pays avait auparavant connu une longue phase de stabilité. (Écouter l’extrait)
Selon lui, la solution en Afghanistan passe avant tout par son voisin à l’Est, le Pakistan. « Il n’y aura pas règlement de la situation afghane tant que l’on n’aura pas fait évoluer la situation au Pakistan », tranche-t-il, catégorique.
Il estime notamment que le Pakistan adopte une attitude ambivalente, se positionnant comme un allié des États-Unis, tout en soutenant les fondamentalistes. (Écouter l'extrait)
Il ajoute que les résistants afghans se globalisent à partir du Pakistan, qui constitue pour eux une porte vers l’extérieur. À ce sujet, il évoquait
dans le précédent article l’émergence des néo-résistants, qui « sont beaucoup plus dans une perspective régionaliste, voire mondialisée, ce qui les rend moins susceptibles d'être attirés par une solution politique purement afghane ».
L'Iran implantée dans les zones non pachtounes
Le Pakistan ne constitue pas la seule puissance étrangère implantée en Afghanistan. De l’autre côté du pays, l’Iran s’assure aussi d’une présence « extrêmement importante » dans les zones non pachtounes au Nord, au centre et dans l’Ouest, croit le chercheur. Le dari, l’une des langues parlées sur le sol afghan, s’avère d’ailleurs un dialecte issu du persan, parlé en Iran – ce qui assure une présence culturelle importante à l’Iran. Sans compter plusieurs projets économiques ou d’infrastructures.
« Mais l’Iran adopte politiquement un profil bas, parce que les alliés de l’Iran sont les non pachtounes », précise Olivier Roy.
Rappelons que l’Iran avait invité l'Afghanistan et le Pakistan à un sommet en mai dernier.

La république islamique avait aussi été invitée à participer à la conférence sur l'Afghanistan qui s'est tenue en mars dernier à La Haye, aux Pays-Bas. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Mehdi Akhoundzadeh, avait demandé aux troupes étrangères de quitter l'Afghanistan. « La présence de forces étrangères n'a pas amélioré les choses dans le pays, et il semble qu'une augmentation des troupes va se révéler inefficace, elle aussi », a déclaré Mohammad Mehdi Akhoundzadeh.
L'Iran, pays chiite, soutient le gouvernement du président Karzaï et entretient des liens étroits avec les populations chiites afghanes établies à l'ouest, de l'autre côté de la frontière entre les deux pays. Il s'était opposé au régime résistant, essentiellement sunnite.
L'Arabie Saoudite ambivalente
Quoique plus éloignée, l’Arabie Saoudite influence elle aussi la destinée de l’Afghanistan. Principale puissance sunnite, elle a inspiré intellectuellement les madrasas, ces écoles coraniques à la base du mouvement résistant.
Aujourd’hui, l’Arabie saoudite soutient avoir coupé les ponts avec les résistants. Mais Olivier Roy décrit une position ambivalente et complexe, dans laquelle « le roi Abdallah aimerait favoriser une solution politique ». (Écouter l’extrait)
C’est donc dans cette mosaïque d’influence qu’intervient la Force internationale d'assistance à la sécurité de l’OTAN, qui compte des soldats de 42 pays différents, dont le Canada.
À ce sujet, Olivier Roy estime que le président américain Barack Obama fait preuve de lucidité avec
sa nouvelle stratégie « Afpak », qui englobe le Pakistan avec l’Afghanistan, ainsi que d’autres pays de la région, dans la recherche d’une solution afghane.
Le chef d'État américain avait annoncé, de concert avec les Nations unies, la mise sur pied d’un groupe de contact pour l'Afghanistan et le Pakistan réunissant tous les pays qui ont intérêt dans la sécurité de la région, soit les pays de l'OTAN, les pays d'Asie centrale, les pays du Golfe, l'Iran, la Russie, l'Inde et la Chine en mars dernier.

6/11

Propos recueillis par Florent Daudens

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/enProfondeurTimeline...


Chroniques de l’anti-empire

1-7 William Blum : La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

« Il est interdit de tuer ; par conséquent tous les assassins sont punis, à moins qu’ils ne tuent en grand nombre et au son des trompettes »
Voltaire

Question : avec combien de pays faut-il être en guerre pour ne plus pouvoir prétendre au Prix Nobel de la Paix ?

Réponse : Cinq. Barack Obama n’est en guerre que contre le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak et la Somalie. En attendant de recevoir le prix en mains propres, il a mis l’Iran en liste d’attente.

La société civile somalienne et l’appareil judiciaire sont tellement dévastés par des années de guerres qu’on ne s’attendrait pas à voir les Somaliens intenter un procès contre Washington et sa prétention de larguer des bombes sur ce misérable pays à chaque fois qu’il estime que les intérêts de l’empire sont en jeu. Mais un groupe de Pakistanais, qui se sont baptisés les « Avocats pour la Defense de la Constitution », qui se souviennent encore vaguement d’un passé plus civilisé pour leur pays, ont intenté un procés devant la Haute Cour pour obliger le gouvernement fédéral à faire cesser les innombrables attaques américaines par drones sur la population civile. Le groupe affirme qu’un porte-parole de l’armée pakistanaise avait déclaré qu’ils avaient les capacités d’abattre les drones, mais que le gouvernement avait fait le choix politique de laisser faire. (1)

L’administration Obama, comme l’administration Bush, se comporte comme si le monde n’était qu’une grande Somalie sans foi ni loi et les Etats-Unis le chef de guerre. Le 20 octobre, le président a encore une fois démontré son amour profond pour la paix en rendant hommage à la Maison Blanche à quelques 80 vétérans de la guerre au Vietnam, après avoir attribué à leur régiment une « citation présidentielle » pour « leur héroïsme extraordinaire et leur bravoure éclatante » (2) Le correspondant de guerre Michael Herr a rendu hommage aux soldats du Vietnam à sa manière. : « Nous avons repris rapidement le terrain, avec les grands moyens, dans le chaos et avec un maximum de brutalité. Notre machine de guerre était dévastatrice. Et versatile. Elle était capable de tout sauf de s’arrêter ». (3)

Que faudrait-il pour que les Obamaniaques se réveillent de leur transe amoureuse pour leur cher Lauréat du Prix Nobel ? Peut-être si le Président annonçait qu’il reverserait l’argent du Prix pour la construction d’un monument dédié à la Première – et oh combien grandiose – Guerre Mondiale ? Le monument pourrait être gravé ainsi :

« Souvenons-nous que Rudyard Kipling avait réussi à convaincre son jeune fils John de s’engager dans la guerre. John est mort au cours de son premier jour de combat. Plus tard, Kipling écrivait ceci :

« Si on demande pourquoi nous sommes morts,
dites que c’est parce que nos pères ont menti.. »

« La Constitution tient compte de ce que l’histoire de tous les gouvernements nous enseigne, à savoir que le pouvoir exécutif est le pouvoir le plus intéressé par la guerre, et le plus enclin à la faire. C’est pour cela qu’elle confie soigneusement la responsabilité de la guerre au pouvoir législatif. »
James Mason, dans une lettre à Thomas Jefferson, le 2 avril 1798.

Sage précaution, en effet. Cela dit, chaque président américain, l’un après l’autre, a entraîné le pays dans une guerre sanglante sans l’approbation du Congrès, du peuple américain, du droit international ou de l’opinion publique internationale. Des millions ont manifesté contre la guerre en Irak avant son déclenchement. Et encore plus de millions ont voté pour Barack Obama en croyant partager son dégoût pour les Guerres Sans Fin de l’Amérique. Ils n’avaient aucune raison concrète pour le croire – durant sa campagne, Obama a constamment réitéré des menaces guerrières contre l’Iran et l’Afghanistan – mais ils se sont accrochés à cette idée.

Si le machisme suffisait pour expliquer les guerres, si les hommes aimaient tellement faire la guerre et se battre, alors pourquoi faut-il instaurer un service militaire et punir les récalcitrants ? Pourquoi sont-ils obligés de lancer des campagnes de publicité pour séduire les jeunes à s’engager dans l’armée ? Pourquoi certains font-ils tout pour être exemptés ou déclarés inaptes ? Pourquoi s’exilent-ils pour échapper au service ? Pourquoi désertent-ils en masse en plein milieu d’une guerre ? Pourquoi la Suède, la Suisse ou le Costa Rica n’ont pas de guerres ? Il y a pourtant sûrement de nombreux machos dans ces pays.

« Engagez-vous,
visitez des contrées lointaines,
rencontrez des gens intéressants,
puis tuez-les
. »

La guerre permet aux hommes d’avoir un comportement qui, en d’autres circonstances, serait qualifié de psychotique.

« Parfois je me dis qu’il faudrait instaurer une loi de la guerre qui vous obligerait à vous rapprocher de quelqu’un le temps d’apprendre à le connaître, avant de lui tirer dessus. »
Colonel Potter, dans M*A*S*H (film et série télé comique US – NDT)

« Dans le combat entre le Bien et le Mal, ce sont toujours les gens qui se font tuer »
Eduardo Galeano

Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, un dirigeant Résistant a déclaré « Dieu est à nos côtés, et si les autres tentent de mettre le feu à l’Afghanistan, Dieu nous protégera et nous viendra en aide » (4)

« Je crois que Dieu s’exprime à travers moi. Sans ça, je ne pourrais pas faire mon travail »
George W. Bush, 2004, pendant la guerre contre l’Irak. (5)

« Je crois que le Christ est mort pour mes péchés et que par Lui je trouve ma rédemption. C’est là que je puise ma force et trouve un soutien chaque jour. »
Barack Obama (6)

Pourquoi les chefs d’église n’interdisent pas aux catholiques de s’engager dans l’armée avec la même ferveur qu’ils leur interdisent de s’approcher d’une clinique où l’on pratique des avortements ?

Dieu, la guerre, la Banque Mondiale, le FMI, les accords de libre échange, l’OTAN, la guerre contre le terrorisme, la guerre contre la drogue, les candidats « anti-guerre », les Prix Nobel de la Paix, peuvent tous être vus comme différents instruments au service de l’impérialisme US.

Tom Lehrer, le merveilleux chanteur-compositeur engagé des années 50/60, a déclaré un jour : « la satire politique est devenue obsolète le jour où Henry Kissinger a reçu le Prix Nobel de la Paix. » Peut-être que chaque génération doit réapprendre à quel point ce prix est devenu une farce, ou qu’il l’a toujours été.

Parmi ses lauréats, on trouve un certain nombre d’individus dont le rapport avec la paix dans le monde est le même que celui que l’administration Bush avait avec la vérité.

Prenons un exemple d’actualité : Bernard Kouchner, co-fondateur de Médecins Sans Frontières, a remporté le Prix en 1998. Kouchner, qui est devenu le ministre français des affaires étrangères, milite depuis longtemps en faveur d’une intervention militaire contre l’Iran. La semaine dernière il a invité l’Iran à conclure un accord sur le nucléaire qui serait acceptable pour les puissances occidentales, sans quoi Israël pourrait infliger Dieu sait quelles horreurs sur les Iraniens. Israël « ne tolérera pas une bombe iranienne, » a-t-il dit. « Ne le savons. Tout le monde le sait. » (7) (traduction à partir de cette version anglaise – NDT). Il existe un mot pour désigner une telle menace voilée : « chantage ». Un mot normalement associé aux maffieux. « Faites ce que je vous dis et tout ira bien ». Ou, comme Al Capone l’a dit un jour : « Des mots aimables et une mitraillette sont plus efficaces que juste des mots aimables ».

La recherche désespérée de quelque chose de positif à dire sur la politique étrangère des Etats-Unis.

Il ne s’agit pas de l’extrême droite haineuse, ou d’un meeting de racistes agités... mais d’une droite respectable, celle qui occupe des postes de haut rang dans les académies et dans chaque administration, Républicaine ou Démocrate. Il s’agit de membres du très respecté Council on Foreign Relations (CFR).

Voici Joshua Kurlantzick, « chargé des questions de l’Asie du Sud-est » au sein du CFR, qui écrit dans le non moins respecté Washington Post sur comment – malgré tous les discours alarmistes – il ne serait pas plus mal que l’Afghanistan se transforme en un autre Vietnam parce que « le Vietnam et les Etats-Unis sont devenus des partenaires en Asie du Sud-est, avec des échanges officiels, et sont en train de construire une relation commerciale et stratégique importante, et encouragent toutes les bonnes volontés des deux côtés... L’Amérique n’a pas gagné la guerre là-bas, mais avec le temps elle a gagné la paix... Les vétérans américains de la guerre se sont publiquement réconciliés avec leurs anciens adversaires... Un programme (d’échanges scolaires) pourrait garantir que la prochaine génération de dirigeants Afghans voient les Etats-Unis d’un autre oeil. » (8) Et ainsi de suite.

A la réflexion, il s’agit là moins de propos extrémistes de droite que de propos... comment dire ? ... c’est quoi le terme déjà ? Ah oui, « idiots ». Car que cherche-t-il à démontrer exactement ? Que l’Allemagne et Israël sont en très bons termes... et qu’il faudrait donc en tirer des conclusions par rapport à l’Holocauste ?

Quant à dire que l’Amérique a perdu la guerre, c’est encore pire. Parce que c’est faux. La plupart des gens croient que les Etats-Unis ont perdu la guerre. En détruisant le Vietnam de fond en comble, en empoisonnement les terres, les eaux, l’air et le patrimoine génétique pour plusieurs générations, les Etats-Unis ont en fait réussi à atteindre leur objectif initial : empêcher le Vietnam de représenter un bon exemple de développement en Asie, une alternative au modèle capitaliste. C’est pour la même raison que les Etats-Unis sont en guerre contre Cuba depuis plus de 50 ans, pour que le modèle alternatif cubain ne soit pas aussi séduisant qu’il aurait pu l’être si on lui avait fichu la paix.

Et pendant toutes ces années depuis la fin de la guerre au Vietnam, les millions de vietnamiens qui souffrent de maladies et de malformations provoquées par les épandages US de « l’Agent Orange » n’ont reçu aucune aide médicale de la part des Etats-Unis, aucune réparation écologique, aucune indemnisation, aucune présentation d’excuses officielle.

C’est exactement le même sort qui attend les Afghans – leurs terres et/ou corps touchés par l’uranium appauvri, les bombes à fragmentation, et toute une panoplie d’armes chimiques – dans le Nouvel Ordre Mondial de Kurlantzick. « Si les relations entre les Etats-Unis et l’Afghanistan ressemblent un jour à nos relations avec le Vietnam, ce serait une excellente chose », écrit-il. Que Dieu bénisse l’Amérique.

Une dernière réflexion sur l’Afghanistan : la suggestion que les Etats-Unis pourraient, et devraient, résoudre ce dilemme (qu’ils ont crée) tout simplement en se retirant de ce trou perdu est fermement rejetée par le gouvernement et les médias. Même certains critiques de gauche sont réticents devant une décision si osée – car qui sait quelles horreurs pourraient en découler ?

Mais lorsque l’Union Soviétique a entamé son retrait de l’Afghanistan (entre mai 1988 et février 1989), personne ne leur a demandé de rester. Peu importait la raison, peu importait les conséquences du retrait. Mais si les Russes ont pu se retirer plus facilement que les Américains c’est parce qu’ils n’y étaient pas pour des raisons impérialistes, comme le pétrole ou les gazoducs. Ces raisons pour lesquelles les Etats-Unis ne peuvent quitter l’Irak.

[....]

5/11

William Blum

ARTICLE ORIGINAL
http://killinghope.org/bblum6/aer75.html

traduction (partielle) par Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/La-recherche-desesperee-de-quelque-chose-de-positif-a-dire-sur-la-politique-etrangere-des-Etats-Unis.html


1-8 Barthélémy Courmont : Les deux piliers de la nouvelle diplomatie US.

Nb Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vuedes auteurs mais doit être vu comme information

"Puissance intelligente" et "responsabilité" : tels sont les deux piliers de la nouvelle diplomatie américaine.

Que retenir des premières semaines de l’administration Obama en matière de politique étrangère ?

Les attentes étaient grandes, témoignant du rôle unique de Washington sur la scène internationale, et les premières mesures ont été observées avec attention dans toutes les régions du monde, preuve s’il en est de l’espoir suscité par l’élection de Barack Obama.

Mais au-delà de ces espérances, comment définir le changement insufflé à la politique étrangère de la première puissances mondiale ?

Entre puissance intelligente et responsabilité, la nouvelle administration entend ainsi donner un nouveau cap à la politique étrangère américaine, mais avec quels effets ? 

Puissance intelligente, mode d’emploi

La puissance intelligente (smart power) est le nouveau terme à la mode désignant la politique étrangère de l’administration Obama. Le concept a été développé par Joseph Nye, déjà instigateur du soft power dans les années 90, et formulé par Hillary Clinton, à l’occasion de plusieurs interventions sur l’engagement américain sur la scène internationale. Et depuis deux mois, il s’impose comme le principal thème de réflexion des think tanks spécialisés dans la politique étrangère à Washington.

La puissance intelligente propose de concilier les outils du hard power et du soft power

En substance, la puissance intelligente propose de concilier les outils du hard power (puissance militaire, économie), et du soft power (diplomatie, culture, capacité d’influence) pour proposer une politique étrangère à la fois cohérente, acceptable, et capable de s’imposer. Une rupture avec le hard power des années Bush, mais également le refus d’un retour en arrière. En d’autres termes, une adaptation à la nécessité de proposer une politique étrangère ferme sur des dossiers tels que la prolifération des armes de destruction massive et le terrorisme, mais dans le même temps ouverte à la coopération, et à l’écoute des requêtes des alliés de Washington, mais également de ses adversaires potentiels.

La responsabilité, vis-à-vis de qui ?

 Autre slogan à la mode à Washington, et invoqué par Barack Obama lui-même, notamment lors de son discours de Chicago le soir de son élection, la responsabilité de Washington sur la scène internationale consiste à ne pas refuser les obligations propres à la première puissance mondiale. Le nouveau président américain estime ainsi que, en opposition avec un repli sur soi, et sans pour autant privilégier un engagement trop marqué, les Etats-Unis doivent rester la puissance indispensable, présente sur les principaux dossiers internationaux, mais agissant dans le même temps de concert avec ses alliés et les autres grandes puissances. Une responsabilité vis-à-vis du multilatéralisme, et des attentes de l’opinion publique, américaine et internationale, qui ne souhaite pas voir Washington se replier sur soi.

Quels effets escomptés ? 

La nouvelle politique étrangère américaine est ambitieuse. Le premier effet est bien entendu de modifier l’image de Washington sur la scène internationale, en offrant un visage plus positif de la puissance américaine et de la manière dont elle se pratique. Mais c’est surtout dans les résultats que les effets sont attendus.

Washington entend mettre en avant une gestion multilatérale, tout en maintenant son rôle de leader

Ainsi, en modifiant la stratégie vis-à-vis des Etats voyous, et en adoptant une stratégie plus globale sur les questions régionales, Washington entend progresser sur des dossiers tels que la Corée du Nord ou l’Iran (en invitant ces deux pays au dialogue), et ne pas s’aliéner le nécessaire soutien d’alliés en Irak ou en Afghanistan. En d’autres termes, Washington entend mettre en avant une gestion multilatérale des grands dossiers internationaux, tout en maintenant son rôle de leader, et sans manquer à ses obligations de première puissance mondiale.

Quelles limites ?

Certes, les concepts de puissante intelligente et de responsabilité sont respectables, et répondent à un besoin indispensable de changer l’image des Etats-Unis sur la scène internationale, après les dommages occasionnés par l’administration Bush. Mais passé l’effet d’annonce, il convient de s’interroger sur les limites de cette nouvelle politique étrangère. A cet égard, tant dans la relation avec les alliés que dans le bras de fer avec les adversaires, cette politique d’ouverture se heurte à plusieurs difficultés. On pense ainsi aux efforts demandés par Washington à ses alliés en Afghanistan, qui créent de nouvelles lignes de tensions transatlantiques, mais aussi aux résultats possibles dans le traitement des Etats voyous.

Ainsi, dans le cas d’un échec dans les négociations sur le désarmement dans la péninsule coréenne ou dans l’abandon du programme nucléaire iranien, la puissance intelligente de Washington serait montrée du doigt par ses détracteurs. Or, devant la difficulté de ces deux dossiers, et le caractère souvent imprévisible de Pyongyang et de Téhéran, force est de reconnaître que la diplomatie américaine est soumise à rude épreuve, et attendue au tournant.

Barthélémy Courmont

http://www.contre-feux.com/international/les-deux-piliers...


1-9 Faut-il des musulmans dans l'armée ?

Evidemment personne ne pose la question comme cela, ce n’est pas correct. Mais c’est bien quand même l’un des sujets qui ressurgissent après la fusillade de Fort Hood, jeudi dernier. Et l'occasion, pour certains, de faire encore une fois l'amalgame entre "islamiste" et "musulman".

Le commandant Nidal Malik Hasan, le tueur, est né aux Etats-Unis de parents d’origine palestinienne. Très hostile aux guerres menées par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan, il aurait crié « Allah Akbar » avant d’ouvrir le feu sur ses camarades, faisant 13 morts et 30 blessés.

Ces dernières années, l’armée américaine a fait un effort délibéré pour tenter de recruter des musulmans. Pour profiter de leurs « compétences linguistiques » ou aider à « gagner les cœurs » en Irak ou en Afghanistan. Des primes ont été offertes aux engagés parlant arabe, dari, persan, kurde ou pachto, ainsi qu’un accès accéléré à la citoyenneté américaine pour ceux qui ne l’auraient pas encore.

Des aumôniers ont été recrutés et des salles de prière mises à disposition des soldats musulmans. 3572 musulmans déclarés servent aujourd’hui dans les forces armées américaines, selon les chiffres du Pentagone. Selon les associations comme l’American Muslim Armed Forces and Veteran Affairs Council, le nombre réel dépasserait toutefois les 20 000, beaucoup préférant ne pas faire état de leur religion dans l’armée. Le commandant Hasan lui-même, qui portait la dishdasha et fréquentait assidûment la mosquée, avait affirmé dans son dossier militaire ne pas avoir de «préférence religieuse». 

Toute cette politique de recrutement semble aujourd’hui ébranlée par la fusillade de Fort Hood: quelques hommes politiques ou commentateurs suggèrent que l’armée n’aurait fait là… qu’introduire « l’ennemi » dans ses rangs. Pour Allen West, ancien officier à Fort Hood et candidat au Congrès pour les prochaines élections de 2010, la fusillade de Fort Hood fut une «attaque de la jihad islamique ». « Notre pays est tellement paralysé par la political correctness que nous avons permis à un ennemi vil et résolu d’ouvrir une brèche dans ce qui devrait être l’endroit le plus sûr de l’Amérique, une base de l’armée » écrit cet ultra-conservateur sur son site de campagne.

Sans aller jusque là, le sénateur Joe Lieberman a lancé aussi sur Fox News qu’il considère aussi la fusillade comme un acte d’ « extrémisme islamiste » : « Il y a des signes d’avertissement très très forts que le docteur Hassan était devenu un extrémiste islamiste et qu’il s’agissait donc d’un acte terroriste ». De fait, le plus intriguant dans cette affaire est que ce commandant Hasan avait tout de même émis des signaux qui auraient certainement dû alerter sa hiérarchie : selon d’autres soldats et anciens soldats, il s’était plusieurs fois emporté contre les guerres américaines en Irak et en Afghanistan et aurait appelé les musulmans à se « dresser contre l’agresseur ». Certains officiers expliquent maintenant qu’ils ne l’avaient pas dénoncé de peur d’être accusés de discrimination

Mais tous ces commentaires sur « l’ennemi dans les rangs » sont bien sûr juste à l’opposé de ce que la hiérarchie militaire américaine veut entendre. Officiellement, la ligne de l’armée n’a pas changé : les musulmans restent les bienvenus dans les rangs. Les officiers redoutent plutôt que la fusillade de Fort Hood réveille encore une fois les soupçons contre les soldats musulmans, à nouveau regardés comme des terroristes en puissance. Le général George Casey, chef d’état-major de l’armée de terre, a le mieux résumé la position officielle : « Notre diversité, non seulement dans notre armée, mais dans notre pays, est une force. Et aussi horrible qu’ait été cette tragédie, je pense que cela sera pire encore si notre diversité est attaquée».

Pour prolonger, trois petits témoignages recueillis en 2007 déjà par la BBC, de soldats musulmans dans l’armée américaine.

09/11/2009

http://washington.blogs.liberation.fr/great_america/2009/11/fautil-des-musulmans-dans-larm%C3%A9e.html


1-10 dédefensa : L’Ennemi en-dedans nous.
La tragédie de Fort Hood, comme il est convenu d’appeler la chose, semble réunir tous les éléments pour faire de l’événement la parfaite illustration de l’impasse où se trouve le système de l’américanisme, qui règle la marche du monde dans les soubresauts de ses erreurs, de ses échecs et de son effondrement en cours, qui nous influence et nous imprègne tous, qui suscite la révolte de plus en plus radicale de notre psychologie. L’événement et les circonstances des 13 personnes tuées et des 28 blessées par la major Hasan à la base de Fort Hood, déclenchant un flot mondial d’informations et de commentaires dans tous les sens qu’on imagine, la personnalité et la carrière de Nadil Malik Hasan, constituent un résumé saisissant de cette impasse du système de l’américanisme. Extraits.

La bataille de nous-mêmes contre nous-mêmes Le drame est tellement spécifique et illustratif qu’il décourage le commentaire sur ses circonstances politiques et sociologiques. Nous disons cela, non par désintérêt pour la chose mais par simple référence à l’évidence. Un homme calme, musulman et d’origine arabe (palestinienne), déterminé à s’“intégrer” dans l’American way of life, animé d’un patriotisme certain; puis confronté aux conditions psychologiques atroces qu’impose la politique belliciste du système, aux conditions épouvantables de ces guerres stupides et cruelles racontées sinon causées par ceux-là même dont ils devaient soigner les psychologies dévastées par ces mêmes guerres; en même temps confronté aux mensonges généralisé de la technique virtualiste devenue philosophie et raison de sembler être, à l’inhumanité de la bureaucratie militaire et du conformisme qui glace les esprits et emprisonne les émotions – tout y est, effectivement. L’intérêt central est ailleurs.

L’homme, le major Hasan, a changé de deux façons. Il y a la réalisation de la réalité monstrueuse du système qu’il respectait et au cœur duquel il se trouvait, ce qui est une évolution vers la lucidité du jugement; il y a, parallèlement, et ceci à cause de cela, la pression imposée à sa psychologie par cette démarche intellectuelle, ce qui est une évolution vers la folie de l’acte. Là-dessus, on peut gloser sur l’“extrémisme” infiltré et sur l’“Ennemi du dedans”, ou bien sur les manipulateurs qui maintiennent un état permanent de terreur en prolongeant ces guerres injustes, selon la thèse, mais c’est perdre son temps. Cela revient à l’esprit qui donne des explications de circonstance, en général inventées et filles elles-mêmes de ses propres dérèglements psychologiques, à un phénomène fondamental qu’on rate en s’attardant sur le chemin de ses effets “collatéraux”. Hasan et les actes d’Hasan illustrent une fois de plus, cette fois d’une façon tragique (les morts) et symbolique (au cœur de l’armée US), la pression mécanique, sans source consciente désormais, que le système incontrôlable impose aux psychologies humaines. Nous sommes à mille lieues des querelles sur l’idéologie, sur la religion, sur la politique, même si tous ces facteurs sont exprimées pour tenter de nous donner à nous-mêmes une explication cohérente et, surtout, conformiste – même si tous ces facteurs sont utilisés d’une façon ou d’une autre, pour manipuler chacun à son avantage les soubresauts de l’affrontement avec le système – même si tous ces facteurs répondent à l’empire d’une raison que nous avons pervertie au point où elle nous conduit, à son extrême, au crétinisme intégral. Nous sommes dans l’exploration d’une prison exerçant d’une façon mécanique cette pression terrifiante sur la psychologie humaine. La communication alimentant le virtualisme, l’organisation bureaucratique brisant l’enchaînement de la cause à l’effet et diluant le sens de la responsabilité jusqu’à le faire disparaître, le devoir de conformisme de la pensée donnant la liberté absolue de ne penser que d’une seule façon, constituent les gardiens vigilants et puissants empêchant d’ouvrir la porte de la prison pour pouvoir, de l’extérieur, contempler ce système monstrueux qui nous enferme et se révolter contre lui. Alors, la révolte s’exprime d’une autre façon, comme elle peut. L’instant de folie meurtrière du major Hasan, Tea Party, la formation du BRIC, la critique contre le JSF, les voitures-suicides et les suicides de France-Télécom, l’activisme sur Internet constituent quelques-unes des facettes de cette résistance jusqu’au désespoir ou jusqu’à la folie. Vous avez de la peine à relier ces actes entre eux, à leur donner un semblant de cohérence, à porter enfin ce fameux jugement moral qui nous importe tant parce que la morale ne peut s’exprimer d’une façon acceptable que si elle est portée au cœur du monstre; mais si vous parvenez à vous évader un instant et à jeter un regard général sur le monstrueux système qui nous emprisonne, l’évidence vous hurle la vérité. On aurait souvent tendance à qualifier nos écrits d’“anti-américains”. Nous-mêmes prenons le soin d’employer l’expression, peu élégante pourtant, d’“anti-américanistes”, pour tenter de rappeler constamment la différence. Il s’agit de se battre contre un système, non contre un pays, une communauté, un rassemblement humain, même si tel pays, telle communauté, tel rassemblement humain est effectivement le vecteur favori, sinon fondamental du système. C’est effectivement le cas des USA, raison pour laquelle nous parlons de “système de l’américanisme” en sous-entendant évidemment qu’il s’agit d’une chose globale, universelle, du système qui est un cancer qui ronge mortellement toute notre civilisation. La seule bonne nouvelle des terribles événements auxquels nous assistons, y compris la tuerie de Fort Hood, est bien que les psychologies n’en peuvent plus de sa tyrannie, parce que sa tyrannie est devenue insupportable, parce qu’un système tyrannique qui s’effondre rend sa tyrannie absolument insupportable. La “seule bonne nouvelle” est par conséquent que le système s’effondre… Mais elle est de taille. La bataille en cours est bien celle qui voit la révolte désordonnée et dans tous les sens de la psychologie humaine contre la tyrannie du système en cours d’effondrement. Tout le reste n’est qu’accessoire, tous les arguments et les batailles autour des différents domaines du système; la morale “droitdel’hommiste” des bateleurs politiciens, la géopolitique hermétique des experts appointés, la dialectique hyper-postmoderniste de la communication, le scientisme prometteur comme si la grandeur des catastrophes qu’il a engendrées nous garantissait de la grandeur des triomphes qu’il nous promet, l’utopie des anti-systèmes qui ne rêvent que de substituer leur système à celui qui s’effondre et ainsi de suite. Nous ne sommes pas menacés de désordre ou de chaos, nous sommes à cause de nous-mêmes les ordonnateurs du désordre et du chaos. L’Ennemi intérieur, en-dedans nous, est présent depuis si longtemps et sa pression est si forte, que la bataille fait rage – en-dedans nous, dans notre psychologie même, nous-mêmes contre nous-mêmes puisqu’à cause du système l’Ennemi intérieur c’est nous-mêmes contre nous-mêmes, entre ce que le système nous impose de devoir accepter et tout ce que notre nature rejette désormais avec la force du désespoir. Nous sommes nous-mêmes guerre, désordre et chaos intérieurs. Aucune autre bataille n’est plus importante que celle-là et toutes les batailles du monde doivent être jugées et jaugées à l’aune de celle-là.

de defensa.org

10 novembre 

http://socio13.wordpress.com/2009/11/10/l%e2%80%99ennemi-en-dedans-nous-de-defensa-org/#more-18404


1-11 William Pfaff : L’Amérique sous la coupe de son armée.

L’analogie entre Afghanistan et Vietnam et devenue un lieu commun. Même type de conflit ingagnable, mêmes demandes répétées de renforts censés assurer la victoire, même tentation de porter le feu au-delà de la frontière pour casser la logistique et détruire les sanctuaires de l’ennemi. Selon le chroniqueur et historien William Pfaff, le Pentagone reprendrait également à son compte ce parallèle, à une différence - de taille - près. Pour la plupart des militaires américains - réécrivant aujourd’hui l’histoire contre toute vraisemblance - le Vietnam n’est plus l’archétype du conflit sans espoir mais est désormais considéré comme une campagne qui aurait été finalement victorieuse si l’armée n’avait été trahie par les « défaitistes de l’arrière. » Obama aura-t-il le courage - ou la simple possibilité - de s’opposer à cet un outil militaire qui veut sa revanche sur l’histoire et qui est désormais privé du contrepoids qu’apportait la société civile par le biais de la conscription ? William Pfaff en doute.

La création d’une armée de métier aux Etats-Unis pourrait bien avoir été la décision la plus dangereuse jamais prise par le Congrès. La nation fait face aujourd’hui à une crise politique dont l’enjeu non déclaré est celui d’une confrontation entre le pouvoir du Pentagone et celui du président nouvellement élu.

Barack Obama n’a pas encore annoncé sa décision concernant la guerre en Afghanistan, mais il y a tout lieu de penser qu’il va se ranger à l’avis des militaires. De fait, soumis à l’intense pression de ses adversaires républicains, il s’apprête à renoncer à son pouvoir présidentiel, et à rester à l’écart des décisions stratégiques fondamentales pour la nation.

Stanley Mc Chrystal, le général qu’il a nommé au commandement des opérations en Afghanistan, demande un renfort de 40 mille soldats, portant l’engagement total des États-Unis à plus de 100 mille hommes (ou plus, dans le futur). Il déclare qu’il ne saurait réussir sa mission sans eux, et même dans ce cas, ne sera peut-être pas capable de gagner la guerre en une décennie. Mais l’opinion publique américaine ressent généralement des doutes au sujet de cette guerre, particulièrement dans l’électorat du Président.

Le Président Obama va presque certainement faire ce que ses généraux lui demandent, ou décidera de quelque chose de très semblable. Il comprend quels sont les enjeux politiques en temps de guerre.

La guerre du Vietnam a été contestée par l’opinion dans les années 1970, alors que le gouvernement lui-même savait que la victoire était peu probable, selon les documents du Pentagone. Aujourd’hui, l’opinion doute de la victoire dans la guerre en Afghanistan. Cependant, désormais la plupart des Américains - qui n’étaient pas là à l’époque ! - lisent une version de l’histoire de la guerre du Vietnam qui prétend que ce n’était pas une défaite.

On affirme qu’il y a simplement eu un effondrement du soutien des civils pour la guerre, provoqué par la presse de gauche, qui aurait produit une désaffection de l’opinion tant dans le pays qu’à l’intérieur de l’armée de conscription, entrainant un effondrement de la discipline militaire, des assassinats (« fraggings ») d’officiers trop agressifs au combat, et une démoralisation dans les rangs. Telle est la version à laquelle adhèrent aujourd’hui la plupart des officiers dans l’armée.

Il s’agit de la version américaine du mythe du « coup de poignard dans le dos » auquel ont cru les militaires allemands et les cercles politiques de droite, après la première guerre mondiale.

Dans le cas des États-Unis, la défaite au Vietnam était à l’époque douloureusement évidente, et peu de personnes croyaient que le Congrès des États-Unis ou l’administration Nixon (qui a signé l’accord de paix avec le Nord Vietnam) étaient en train de trahir le pays.

Aujourd’hui, cette interprétation révisée de la guerre du Vietnam, affirmant qu’elle était en réalité une « victoire perdue », est devenue une question sensible car la plupart des dirigeants du Pentagone sont partisans d’une « longue guerre » contre le « terrorisme musulman ». Un ordre de retrait de l’Afghanistan, de l’Irak (ou au Pakistan) donné par l’administration Obama, subirait de nombreuses attaques en provenance du Congrès, des médias, et provoquerait des manifestations d’insubordination implicites de l’appareil militaire, dirigées contre la « reddition » d’un gouvernement Obama accusé de manquer de patriotisme et d’être inapte à gouverner.

Les conservateurs sont convaincus que toute politique qui ne se traduirait pas par une victoire totale pour les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan, au Pakistan - et dans les prochains mois, peut-être en Somalie, au Yémen, ou, éventuellement, en Palestine ou dans l’Afrique subsaharienne, (ou même contre un Iran déterminé à poursuivre ses ambitions nucléaires) - serait une humiliation et une défaite américaine.

Après le Vietnam, le Congrès a mis fin à la conscription, qui durant cette guerre était profondément injuste : les pauvres et les classes laborieuses ont été appelés sous les drapeaux, alors que nombre de privilégiés provenant de familles influentes trouvaient des médecins complaisants ou des doyens de collèges prêts à fournir des dérogations injustifiées à ceux — tel le futur Vice Président Richard Cheney - qui avaient d’« autres priorités » que le patriotisme et le service national.

Le Congrès a créé une nouvelle armée composée uniquement d’engagés volontaires. La sociologie de cette nouvelle armée est très différente de l’ancienne armée de citoyens. Elle est désormais faite de gens qui voulaient être des soldats, ou souhaitaient bénéficier de l’enseignement universitaire dispensé aux engagés, ou étaient souvent des diplômés du secondaire qui n’avaient guère d’autres choix. Mais depuis le 11 septembre, et l’invasion de l’Irak, cette armée nouvelle fait de plus en en plus appel aux immigrants ou aux jeunes étrangers qui peuvent obtenir un permis de séjour permanent aux États-Unis en s’enrôlant dans l’armée américaine. Les États-Unis utilisent également de plus en plus de mercenaires étrangers recrutés par des entreprises privées.

Son caractère d’armée professionnelle est fondamentalement différent de celui de l’ancienne armée. Auparavant, les officiers de carrière de West Point étaient en temps de guerre largement dépassés en nombre par ceux en provenance de la conscription, qui étaient diplômés des écoles des aspirants-officiers ou des officiers de réserve formés dans les universités (où une grande partie du coût de l’enseignement supérieur pouvait être prise en charge en échange d’une durée d’engagement).

Ainsi, l’armée américaine depuis le début de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin du Vietnam était en fait une armée démocratique, avec des conscrits civils, et une majorité de sous-officiers et officiers qui étaient des civils en temps de paix, solidement enracinés dans la société civile, ayant souvent une famille à la maison, et qui accomplissaient leur devoir patriotique de façon temporaire (ou « pour la durée de la guerre »).

Les armées professionnelles ont souvent été considérées comme une menace pour leurs propres sociétés. L’un des officiers de Frédéric le Grand décrivait la Prusse, comme « une armée dotée d’un Etat, dans lequel elle était temporairement casernée, pour ainsi dire. » Mirabeau, l’homme d’Etat de la révolution française, avait affirmé que « la guerre est l’industrie nationale de la Prusse. » Considérant la partie du budget national des États-Unis qui est maintenant consommée par le Pentagone, le même raisonnement vaudrait pratiquement pour les USA.

Cette nouvelle armée a également des ambitions politiques. Elle domine aujourd’hui la politique étrangère américaine, disposant d’un millier de bases à travers le monde, avec des commandants régionaux qui sont autant de proconsuls impériaux. Le général Mc Chrystal et son supérieur, le général David H. Petraeus, ont été mentionnés comme de possibles futurs candidats à la présidence. Le dernier général à être devenu président était Dwight Eisenhower. C’est l’homme qui a mis en garde les Américains contre « le complexe militaro-industriel. »

William Pfaff,

9 novembre 2009

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2882

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