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14/12/2009

n° 464 - Les Dossiers d'Irak - 12/12/09 - : Début - : Obama ne mérite pas son Prix Nobel.

n° 464  - Les Dossiers d'Irak - 12/12/09 - : Début - : Obama ne mérite pas son Prix Nobel.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les Dossiers d'Irak

n° 464                                                          12/12/09

C.De Broeder & M.Lemaire



 Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  

1 Les brèves

1-1 Blackwater impliqué dans les opérations clandestines de la CIA en Irak

1-2 Gilles Munier : Guerre des services secrets.

1-3 Visite impromptue du chef du Pentagone.

1-4 Gilles Munier : L’Irak en voie de désertification ?

1-5 Les députés irakiens s’empiffrent !

1-6 Mossoul, ville de tous les dangers pour les juges irakiens.

2 Dossier & Point de vue

2-1 Obama & Son Nobel

1 Obama accepte son Nobel avec «humilité» (...)

2 Lorraine Millot. : Obama ne mérite pas son Prix Nobel.

3 Anne-Françoise Hivert : Les six qui font le Nobel.

Suite

2-2 Commission Chilcot. 

1 Commission « apolitique »

2 Quel est l'agenda de cette commission ? Son travail est-il indépendant ?

3 Le rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak.

4 Le rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak.(2)

5 Le rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak.(3)

6 Blair savait qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive.

7 Blair savait que l'Irak n'avait pas d'armes chimiques.  

8 Les accusations s’intensifient de plus en plus contre Blair et son rôle lors de la guerre en Iraq.

2-3 Le rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak.

1 Un haut gradé explique ainsi à son ministère que ses hommes "n'avaient chacun que cinq cartouches".

2 L’armée britannique planifiait la guerre en Irak depuis le début 2002.

Fin

2-3 Hans Blix, ex-inspecteur en chef de l'ONU en Irak,

1 Blix donne sa version du déclenchement du conflit.

2 "Bush et Blair aveuglés par la ‘prétendue’ menace Saddam Hussein".

2-4 Shad Saleem Faruqi  : Tribunal de Kuala Lumpur : Bush et Blair sont bien coupables de crimes de guerre.

2-5 James Cogan : La réalité derrière le « succès » américain en Irak.

2-7 Nicolas Bérubé : Blackwater toujours actif.

2-8 Blackwater a participé à des opérations de la CIA.

2-9 Gilles Munier : Affaire Galbraith : Les pétrodollars du lobby kurde.

2-10 Gilles Munier : Galbraith et les pétrodollars du lobby kurde.

2-11 Irak: l'Irak attribue deux grands champs pétroliers à Shell et CNPC.



Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...



1 Les brèves

Ndlr : la publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyses ou le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information.

1-1 Blackwater impliqué dans les opérations clandestines de la CIA en Irak

Des employés de l'entreprise de sécurité privée Blackwater Worldwide ont participé aux activités les plus sensibles de la CIA en Irak et en Afghanistan, notamment des opérations clandestines avec des agents de la CIA contre des individus suspectés d'être des insurgés et le transport de détenus. C'est ce qu'affirment d'anciens employés de Blackwater et responsables du renseignement, selon le New York Times.

A l'époque de l'apogée de l'insurrection irakienne entre 2004 et 2006, quand les raids sur des individus suspects étaient très fréquents, des employés de Blackwater ont joué des rôles clés dans les opérations, selon ces mêmes sources.

Plusieurs anciens gardes de sécurité de Blackwater affirment que leur implication dans ces opérations était tellement routinière qu'il était devenu difficile de différencier la CIA, l'armée et Blackwater. Au lieu de simplement s'occuper de la sécurité des agents de la CIA, les employés de Blackwater étaient parfois des partenaires dans des missions où des militants étaient capturés ou tués en Irak et en Afghanistan.

Pour le New York Times, «les missions secrètes révèlent des liens bien plus profonds entre l'agence de renseignement et l'entreprise de sécurité privée que ce que le gouvernement veut bien reconnaître. Le partenariat entre Blackwater et la CIA a été extrêmement rentable pour l'entreprise basée en Caroline du Nord, et s'est encore renforcé quand plusieurs responsables de haut niveau de l'agence de renseignement ont rejoint Blackwater.»

Blackwater, qui emploie et entraîne des gardes de sécurité privée, est le plus gros sous-traitant privé du ministère des Affaires étrangères américain (State Department), et réalise au moins 90% de son chiffre d'affaire grâce à des contrats gouvernementaux. L'entreprise, créée en 1997 par Erik Prince, fait régulièrement l'objet de controverses, et est considérée par beaucoup comme une entreprise de mercenaires.

Selon CNN, il y a plus de sous-traitants privés payés par les Etats-Unis en Afghanistan que de soldats américains.

[Lire l'article complet sur nytimes.com]

Friday 11 December 2009

http://www.slate.fr/story/14273/blackwater-cia-operations-clandestines-irak-afghanistan


1-2 Gilles Munier : Guerre des services secrets.

L’Irak est un champ de bataille entre services secrets.

Une bonne quinzaine y crée un climat de terreur à coups de black ops et psy ops, sans considération pour le nombre de victimes civiles. A côté des principaux : l’Iraqi National Intelligence Service (INIS- pro américain) et le ministère de la Sécurité nationale (MNS- pro iranien), on peut citer dans le désordre ceux du ministère de l’Intérieur, de la Defense, l’Asayish kurde - dans les régions de Ninive, de Kirkouk et de Diyala - et ceux des milices arabes ou kurdes. Les plus venimeux sont ceux de la Brigade Badr « dissoute » et de l’Iraq Special Operations Forces (ISOF– pro américaine), surnommée « la Sale Brigade », passée récemment sous les ordres de Nouri al-Maliki.

 A cette liste, il faut ajouter les agences américaines – CIA en tête –, le Vevak iranien et les Forces al-Qods des Gardiens de la Révolution, qui tirent la plupart des ficelles. Dans cette guerre de l’ombre, la résistance n’est pas en reste, constituée dés l’origine de cadres de l’ancien Iraqi Intelligence Service actifs dans les organisations de libération, ou « dormants » dans les structures étatiques, attendant de passer à l’action.

La main des Gardiens de la Révolution

Les attentats au camion piégé du 19 août contre les ministères des Affaires étrangères et des Finances sont un révélateur des luttes intestines qui secouent le régime à l’approche des élections législatives, fixées au 16 janvier 2010. Al-Maliki pensait les remporter haut la main, fort d’un soi- disant bilan positif : départ des troupes d’occupation, amélioration de la sécurité … etc … et comptait modifier dans la foulée la constitution et instaurer un régime présidentiel. Le 18 août, à Damas, il avait parlé coopération avec le président Bachar al-Assad et remis une liste de résistants à expulser… copie conforme de celle communiquée par les Américains à la Syrie deux mois plus tôt ! Et puis, « Boum ! » : 100 morts et 500 blessés en pleine Zone verte, parmi lesquels 10% des fonctionnaires des Affaires étrangères, lui ont coupé les ailes.

Depuis, al-Maliki marche sur des œufs. Le général al-Shahwani, patron de l’INIS, lui a présenté des preuves de l’implication des services secrets iraniens dans le carnage, accusation confirmée par le général Abdul-Karim Khalaf, porte parole du ministère de l’Intérieur. L’explosif employé, du C4, est une des signatures des Forces al-Qods. Le 31 août, sur Al-Jazeera, le prince Ali bin al-Hussein, prétendant au trône d’Irak, affirmait que les Irakiens pensent que l’ISCI (Conseil suprême islamique en Irak) en est l’auteur ou, en d’autres termes : la Brigade Badr, son bras armé créé par les Gardiens de la Révolution … Même si, plus tard, « Al-Qaïda en Mésopotamie », dont c’est également le mode d’action, a revendiqué les attentats, on sait à Bagdad que l’organisation a trois têtes, dont deux soutenues par l’Iran.

La réaction d’al-Maliki fut rapide, et aberrante pour ceux qui le croient libre de toute attache avec Téhéran. Passe encore qu’il exige les démissions d’al-Shahwani et de Khalaf, le contrat du premier arrivait à son terme. Affronter Khalaf - qui refuse de quitter son poste - n’avait d’autre intérêt que d’embarrasser Jawad al-Bolani, ministre de l’Intérieur, possible rival aux législatives. Mais s’en prendre contre toute logique à la Syrie, demander au Conseil de sécurité l’ouverture d’une enquête internationale, et accuser le courant baasiste irakien plutôt modéré de Younis al- Ahmad, réfugié à Damas, c’était inattendu, mensonger, déloyal.

http://www.france-irak-actualite.com/


1-3 Visite impromptue du chef du Pentagone.

Le report à mars prochain en Irak des élections législatives ne remet nullement en cause le plan de retrait militaire américain, a assuré le Pentagone alors que le secrétaire à la Défense Robert Gates effectuait jeudi une visite impromptue à Bagdad. D'ici la fin août 2010, les Etats-Unis prévoient de réduire de 115.000 à 50.000 hommes leur contingent en Irak et de mettre fin à leurs opérations de combat.

Un retrait total des troupes américaines est prévu d'ici la fin 2011.

"Le général (Ray) Odierno ne prévoit aucun report dans la réduction à 50.000 hommes des forces américaines en Irak d'ici août 2010", a déclaré le chef du service de presse du Pentagone, Geoff Morrell, qui a accompagné Robert Gates en Afghanistan et en Irak.

"Nous perdons environ un mois dans cette affaire mais cela n'a aucune conséquence sur le plan du général Odierno", a-t-il ajouté, citant le commandant en chef des forces américaines en Irak.

10-12

Reuters

Version française Guy Kerivel

http://fr.news.yahoo.com/4/20091210/twl-irak-usa-gates-38cfb6d_3.html


1-4 Gilles Munier : L’Irak en voie de désertification ?

L’Irak fait face à la plus grande sécheresse de son histoire. Le sud du pays se transforme en désert. Le rendement des champs de blé a baissé dramatiquement. Les rizières ne sont plus suffisamment irriguées. La région des Marais est en grande partie asséchée. En cause : les barrages construits en Turquie qui, selon un accord conclu en 1987, s’engageait à maintenir un débit de 500 m3 seconde. On en est loin. Le niveau d’eau dans le fleuve a été réduit de moitié. Cela a entraîné la salinisation rapide du Chatt al-Arab avec pour conséquence le reflux des bancs de poissons qui faisait vivre la région de Bassora vers le Koweït, les Emirats ou l’Iran. Résultat : en août 3000 pêcheurs irakiens, 2000 en septembre, ont dû quitter la région. Autre conséquence : les barrages sur l’Euphrate ne fonctionnent qu’à 10% de leur capacité, réduisant la production d’électricité dont l’Irak manque cruellement.

La situation le long du Tigre est un peu moins préoccupante.

Mais, que se passera-t-il lorsque l’énorme barrage turc d'Ilisu entrera en activité ? Ceux construits en Iran ont réduit le débit des rivières qui l’alimentent. Au sud, celui bâti sur le fleuve Karoun est une véritable provocation. Ses eaux, qui se déversaient dans le Chatt al-Arab, ont été détournées dans le Bahman Chir, un de ses affluents.

Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/


1-5 Les députés irakiens s’empiffrent !

Les nouveaux voleurs de Bagdad

Les députés irakiens s’accrochent à leur siège. On comprend pourquoi depuis que leurs privilèges, exorbitants, ont été rendus publics. Ils touchent 25 500$ par mois, auxquels s’ajoute une prime de 8 500$ - également mensuelle - pour rémunérer une trentaine de secrétaires et de gardes du corps. La plupart des « élus » conservent cette somme pour eux - ou sa majeure partie – car, vivant à l’étranger, ils n’emploient des miliciens ou des membres de leur tribu - généralement sous payés – qu’à l’occasion de passages éclairs à Bagdad, dans la Zone verte. Le quorum de 138 députés n’étant jamais atteint, les lois sont votées à la majorité des présents, ou à main levée - comme en octobre 2006 - pour empêcher tout décompte et faire passer en force celle instaurant le fédéralisme.

Ce n’est pas tout : lors de sessions interdites aux médias, ils se sont dispensé de rembourser une avance de 60 000$, exceptionnellement versée pour acheter une voiture blindée et les véhicules de protection l’accompagnant. Les élections législatives approchant, ils se sont alloué un terrain à bâtir de 600 m2, et ont décidé que les députés sortants percevront 80% de leur salaire actuel pendant 10 ans. Chacun d’entre eux, et leur famille, disposeront, en outre, d’un passeport diplomatique.

On imagine le tollé qu’ont provoqué ces informations dans les milieux populaires. D’autant que depuis l’invasion américaine d’avril 2003, la misère n’a cessé de gagner du terrain. Selon l'Autorité centrale des statistiques, un organisme public irakien : 23% des Irakiens -  c'est-à-dire un habitant sur quatre - vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2$ par jour. De 18 à 30 % de la population sont au chômage. Le salaire moyen d’un fonctionnaire est de 150 $, celui d’un ouvrier beaucoup moins. Les cadres supérieurs touchant entre 500 et 1 000$ par mois font figure de privilégiés.

L’Irak n’est pas seulement devenu un des pays les plus corrompus du monde ; en dehors du pétrole dont la vente alimente les comptes en Suisse des dirigeants, finance les milices et les organes répressifs, les industries les plus florissantes sont les enlèvements contre rançon, la drogue, la prostitution, les trafics d’organes … et les pompes funèbres.

6/12

Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-les-deputes-...


1-6 Mossoul, ville de tous les dangers pour les juges irakiens.

"Je sais que je peux être tué à n'importe quel moment". Assis à son bureau au tribunal de Mossoul, dans le nord de l'Irak, une ville marquée depuis des années par la violence, le juge d'instruction est un homme très occupé. Les piles de dossiers s'accumulent autour de lui et des dizaines de personnes se pressent devant sa porte.

Comme les 70 autres magistrats de la ville, il sait qu'il représente une cible privilégiée pour les résistants ou les justiciables mécontents.

Par précaution, il refuse qu'on donne son nom.

Menaces de mort, fusillades à l'intérieur même du palais de justice, juges assassinés... Il a connu tout cela ces dernières années.

A 60 ans, il se veut philosophe.

"Ici, tous les juges reçoivent des menaces. Moi, on m'appelle au téléphone ou on m'envoie de petits mots... 'Si tu ne libères pas un tel ou un tel, on va te tuer, on va faire sauter ta maison'..."

Rien que depuis un mois, quatre magistrats ont été attaqués à Mossoul ou dans les environs, déclare un responsable américain d'une des "équipes de reconstruction" qui aident les autorités irakiennes sur le terrain.

L'un a été visé par un attentat à la bombe, un autre s'est fait tirer dessus dans une mosquée, un troisième alors qu'il se rendait en voiture à son bureau. Le quatrième a reçu deux balles dans l'épaule devant chez lui.

Fusillades, assassinats, racket - la routine à Mossoul, l'une des villes les plus dangereuses d'Irak, où opèrent notamment Al Qaïda.

"Le système judiciaire est le fondement de toute société organisée. Les résistants le savent et veulent intimider les juges", explique le responsable américain.

Les tensions sont encore aggravées par la cohabitation difficile entre les Arabes, les Kurdes, les Turkmènes et la petite communauté chrétienne.

Dans cette ville de tous les dangers, les Américains recrutent et forment de jeunes Irakiens pour assurer la sécurité des magistrats. Une tâche difficile.

Devant le tribunal, quatre candidats "gorilles", le visage fermé, entourent un juge. Armés de fusils d'assaut AK-47, ils doivent montrer à leurs instructeurs qu'ils ont bien assimilé leurs leçons.

Ils ont l'air vraiment redoutables mais malencontreusement renversent sur leur passage un sac de sable et un récipient métallique - censés représenter un engin explosif.

Guère convaincant.

"La moitié d'entre eux n'avait jamais touché à un fusil auparavant", explique, guère rassuré, le sergent James Halterman.

L'un des apprentis garde du corps, Ahmed, 25 ans, n'est pas content parce qu'il doit rendre son arme après l'exercice. "On n'a pas le droit d'emporter le fusil", regrette-t-il.

Mais les résistants ne sont pas les seuls à craindre.

La semaine dernière, un officier de l'armée irakienne a fait irruption dans le bureau du juge en exigeant que celui-ci délivre sur le champ un mandat d'arrêt. Devant le refus du magistrat, l'officier hors de lui a tiré en l'air.

Le juge précise que dans 70% des cas les dossiers qui lui sont soumis manquent d'éléments suffisamment solides pour lancer des poursuites.

De nombreuses affaires sont motivées par de simples conflits personnels, dit-il.

"Il y a tout et n'importe quoi. Souvent des histoires de basse vengeance ou même de rivalité amoureuse, le prétendant écarté cherchant sous un faux prétexte à faire incarcérer son rival..." Le Comte de Monte-Cristo à la sauce irakienne.

29/11

http://fr.news.yahoo.com/4/20091129/twl-irak-violence-juges-38cfb6d_1.html



2 Dossier & Point de vue

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

2-1 Obama & Son Nobel

1 Obama accepte son Nobel avec «humilité» (...)

Nb : Ndlr : la publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information.

Le Président a admis l'ironie qu'il y avait à venir chercher le Nobel de la paix à Oslo neuf jours seulement après avoir décidé d’envoyer 30.000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan.

Le président américain Barack Obama a déclaré jeudi à Oslo accepter le prix Nobel de la paix «avec une profonde gratitude et une grande humilité», lors de la cérémonie officielle à l’Hôtel de ville d’Oslo.

«C’est un prix qui fait appel à nos plus hautes aspirations: malgré la cruauté et la dureté de notre monde, nous ne sommes pas que les prisonniers du destin», a-t-il dit.

«Nos actes font la différence et nous pouvons infléchir le cours de l’histoire vers davantage de justice», a-t-il ajouté dans un Hôtel de ville d’Oslo rempli de personnalités, dont la famille royale norvégienne et des artistes qui devaient se produire lors du traditionnel concert Nobel vendredi.

Obama a admis que sa distinction avait été critiquée, disant ne pas mériter de côtoyer des personnalités aussi prestigieuses que Martin Luther King et Nelson Mandela dans la galerie des lauréats Nobel. Il a aussi évoqué l’ironie de recevoir le Nobel, neuf jours seulement après avoir décidé d’envoyer 30.000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan pour «finir le boulot».(...)

«Les outils de guerre ont un rôle à jouer pour préserver la paix», a-t-il dit. «Et pourtant cette vérité doit coexister avec une autre: aussi justifiée soit-elle, la guerre promet une tragédie humaine», a-t-il ajouté, assurant avoir «un sens profond du coût des conflits armés».

Obama a aussi affirmé que les Etats-Unis «devaient demeurer un exemple dans la conduite des guerres» et qu’ils ne devaient pas sacrifier leurs idéaux pour combattre leurs ennemis, un coup de griffe implicite à son prédécesseur à la Maison Blanche, George W. Bush.

«Nous perdons notre âme lorsque nous transigeons avec les idéaux pour lesquels nous nous battons. Et nous faisons honneur à ces idéaux en les respectant non seulement lorsque c’est facile, mais également lorsque c’est difficile.»

http://www.liberation.fr/monde/0101607831-obama-accepte-son-nobel-avec-humilite?xtor=EPR-450206


2 Lorraine Millot. : Obama ne mérite pas son Prix Nobel.

Ce n’est pas notre avis (quoique…), mais celui –massif- des Américains. 26% seulement des électeurs américains estiment que Barack Obama a mérité son Prix Nobel, assène un sondage de l’université de Quinnipiac, réalisé début décembre.

Le choix du comité norvégien n’est approuvé que par les Noirs américains, qui sont 73% à juger ce prix justifié, contre 18% seulement des Blancs.

Ce n’était certainement pas l’effet imaginé, mais ce prix Nobel scinde à nouveau les races aux Etats-Unis, ou du moins révèle un gouffre que beaucoup voulaient justement croire comblé avec l’élection d’Obama. 

Un an tout juste après avoir élu ce “président de l’espoir”, ce sondage montre les Américains pessimistes et sévères à l’égard de leur Prix Nobel. 46% disent approuver la façon dont Barack Obama mène la politique étrangère… mais 45% désapprouvent.

La seule chose qui les convainque en majorité (peut-être parce que le discours est encore tout frais et qu’il était bien argumenté) est l’annonce d’un nouveau renfort de 30 000 hommes en Afghanistan, suivi d’un début de retrait à partir de juillet 2011. 58% des électeurs déclarent approuver ces renforts et 60% le début du retrait à l’été 2011.

Même les démocrates, les plus hostiles à la guerre, ont été remobilisés par le discours du commandant en chef et sont maintenant 50% à saluer les renforts. (…)

Le paradoxe est que tout en approuvant cette politique, les Américains ne croient guère qu’elle réussira… 38% seulement estiment que les Etats-Unis réussiront à éliminer la menace terroriste émanant d’Afghanistan…

En résumé: ça ne marchera certainement pas, mais il faut le tenter.

Comme quoi les Américains et le comité Nobel se rejoignent tout de même quelque part, en pariant sur Obama.

Lorraine Millot.

10/12/2009

.http://washington.blogs.liberation.fr/great_america/2009/12/obama-ne-m%C3%A9rite-pas-son-prix-nobel.html


3 Anne-Françoise Hivert : Les six qui font le Nobel.

Qui donc a décidé d’attribuer à Barack Obama le prix qu’il doit recevoir aujourd’hui en grande pompe ?

Enquête à Oslo, derrière les murs du comité norvégien.

Plus de 400 bouches d’égout ont été scellées dans le centre de la capitale norvégienne en prévision de la venue du président américain. Barack Obama sera à Oslo aujourd’hui pour recevoir son prix Nobel de la paix, selon le rite en vigueur. A 13 heures tapantes, le président du comité Nobel, Thorbjørn Jagland, lui remettra une médaille et un diplôme - en plus des 10 millions de couronnes (1,18 million d’euros) qui lui seront versés plus tard. Barack Obama fera ensuite un discours et, à 19 heures, il apparaîtra au balcon du Grand Hotel.

Puis, banquet avec 250 invités triés sur le volet.

Un couac majeur : Obama a décliné le déjeuner avec le roi, au grand dam des Norvégiens.

Pour le reste, tout est dans la tradition. Même la controverse qui a suivi l’annonce du lauréat et qui court toujours. «Tous les ans, c’est pareil», soupire l’historien Asle Sveen. Cette année n’a pas dérogé à la règle.

Le 9 octobre, le comité Nobel a récompensé le président américain «pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationale entre les peuples». (…) Scandale, s’insurgent les détracteurs, qui dénoncent un prix attribué à un chef d’Etat engagé dans deux guerres, et qui vient d’annoncer l’envoi de 30 000 soldats en Afghanistan.

Bref, les cinq jurés du prix sont accusés d’avoir manqué de discernement, de même que le sixième personnage de l’histoire, le secrétaire général du comité Nobel, éminence grise du jury.

Elus par le Parlement norvégien pour six ans, les jurés sont, selon la tradition, d’anciens élus choisis par leur parti - chaque formation étant représentée au comité en fonction de son poids à l’Assemblée. La gauche est donc majoritaire dans l’actuel comité, qui ne s’embarrasse pas de parité : quatre des cinq membres sont des femmes !

Il s’agit de Kaci Kullmann Five (Parti conservateur),

Sissel Marie Rønbeck (travailliste), Inger-Marie Ytterhorn (Parti du progrès, populiste de droite) et Ågot Valle (Gauche socialiste), arrivée cette année dans le jury.

Quant au cinquième, également nommé en 2009, c’est le président du jury : Thorbjørn Jagland, 59 ans, travailliste. Vétéran de la politique norvégienne, il a été Premier ministre, ministre des Affaires étrangères et président du Parlement. Il dirige depuis le 1er octobre le Conseil de l’Europe, à Strasbourg.

205 personnes en lice le 1er février…

Voilà donc la petite brochette de politiciens norvégiens qui a choisi Obama, à l’unanimité comme il se doit.

Ce club des cinq s’est réuni tous les deux mois, de février à octobre, à huis clos et en présence du seul secrétaire général du comité Nobel, Geir Lundestad. A ce poste depuis dix-neuf ans, il dirige aussi l’Institut Nobel dont les chercheurs conseillent les cinq.

Cette année, le comité avait reçu un nombre record de nominations au Nobel de la paix : 205 au 1er février, jour de clôture des propositions. Qui a donc pesé pour qu’Obama l’emporte ? Les membres du comité sont tenus au secret, mais le quotidien Verdens Gang (VG) a fait sensation en affirmant que trois des membres du jury s’opposaient toujours au choix d’Obama le 2 octobre, une semaine avant l’annonce du prix… Selon Gerhard Helskog, journaliste à la télévision norvégienne qui fut l’un des seuls à deviner l’identité du lauréat, l’avis du président Jagland a été déterminant. «Jagland est fasciné par les grands penseurs et ces moments décisifs qui font l’histoire. Ce ne pouvait donc être qu’Obama», déclare-t-il. «Jagland a toujours dit que le prix doit toucher aux questions essentielles de notre époque», renchérit Kristian Berg Harpviken, directeur de l’Institut de recherche sur la paix à Oslo. Et puis, «ce choix tranche avec les précédents. Or, Jagland est un nouveau venu dans le jury. Il n’est donc pas difficile d’imaginer qu’il ait joué un rôle important dans le choix d’un lauréat.»

Le problème, note l’historien Asle Sveen, c’est que les membres du comité «ne sont pas toujours très compétents». Sissel Marie Rønbeck, 59 ans, a occupé de nombreux postes à responsabilité au sein du Parti travailliste avant de prendre la direction de l’Héritage culturel norvégien, en 1993.

La conservatrice Kaci Kullmann Five, 58 ans, a été ministre du Commerce. Mais Inger-Marie Ytterhorn, 68 ans, et Ågot Valle, 64 ans, ancienne députée, n’ont jamais fait preuve d’un intérêt particulier pour les affaires internationales.

Le processus de sélection des membres du comité norvégien est d’ailleurs régulièrement critiqué. «Le Parlement ne cherche pas toujours les gens ayant la plus vaste vision internationale», regrette Jan Egeland, directeur de l’Institut norvégien des relations internationales (Nupi). Un spécialiste de la question raconte ainsi qu’une des membres a décroché le poste «parce qu’elle est la veuve d’un des hommes qui comptaient au sein de son parti et que sa direction a eu pitié d’elle». Nommer quelqu’un au comité Nobel, c’est, pour le Parlement, «une façon de récompenser les bons services rendus par d’anciens politiciens», déplore Kristian Berg Harpviken, de l’Institut de recherche sur la paix.

Alfred Nobel n’avait sans doute pas imaginé une telle dérive. De fait, son testament, rédigé le 27 novembre 1895, reste vague sur les modes de désignation des jurés du Nobel de la paix. Il demande seulement que le prix, qui récompensera «la personnalité qui aura le plus, ou le mieux, contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes», soit décerné «par un comité de cinq personnes sélectionnées par le Parlement norvégien».

Pourquoi un comité norvégien alors que les autres prix (sciences, littérature) sont suédois ?

Alfred Nobel, qui n’a jamais justifié ce choix, fut accusé après sa mort, le 10 décembre 1896, d’antipatriotisme.

A l’époque, l’union entre la Suède et la Norvège, établie en 1814, était sur le point de se dissoudre, les Norvégiens réclamant leur indépendance. «Peut-être a-t-il voulu calmer les choses», avance Asle Sveen.

Faute d’instructions précises du fondateur du prix, le Parlement norvégien a donc fixé ses règles. Les membres des gouvernements et des assemblées législatives du monde entier, professeurs d’université, directeurs, anciens lauréats et membres du comité ont le droit de proposer des candidats. «On ne peut pas gagner sans avoir été nominé, mais il est très facile de l’être», constate Geir Lundestad, secrétaire général du comité depuis 1990.

D’où quelques surprises sulfureuses, découvertes dans les archives ouvertes après un délai de cinquante ans :

Benito Mussolini a été nominé en 1935,

Adolf Hitler en 1939 (par un député suédois),

Staline en 1945 et 1948 par un ministre norvégien des Affaires étrangères, ancien membre du comité Nobel…

Les nominations sont closes le 1er février.

Obama, qui n’était alors président des Etats-unis que depuis deux semaines, était donc en lice. Fin février, le comité a effectué une première sélection. «Il restait alors une trentaine de noms», raconte Geir Lundestad. Le secrétaire général a été chargé avec quatre de ses collègues de l’Institut de préparer un dossier sur chacun des candidats. Au fil des mois, le comité a consulté des experts en Norvège et à l’étranger. Les délibérations finales ont eu lieu en septembre, juste avant l’annonce du prix, le 9 octobre.

Eviter l’écueil de la realpolitik

L’ancien président du comité, Ole Danbolt Mjøs, reconnaît que la pression est énorme : «Vous savez que votre choix va être discuté dans le monde entier, mais vous essayez de rester rationnel.» La tâche du président, dit-il, est d’«aboutir à un consensus». Pas toujours facile. A une dizaine de reprises, le prix n’a pas été remis faute d’unanimité du jury. Et par trois fois, il n’a été décerné qu’après la démission de membres du comité, comme en 1936, lorsqu’il a été attribué au journaliste allemand antinazi Carl von Ossietzky. Le chef de la diplomatie norvégienne et l’ancien Premier ministre étaient alors jurés. Ils ont quitté le comité, inquiets des réactions de Berlin. Peu après, le Parlement a décidé d’interdire aux membres du gouvernement d’y siéger.

En 1977, il a rayé aussi de la liste les députés en activité.

Pour le directeur de l’Institut de recherche sur la paix, la question est de savoir «si les membres du comité sont suffisamment courageux pour aller à l’encontre de la politique de leur pays». Selon lui, les prix accordés à André Sakharov, en 1975, et au dalaï-lama, en 1989, en sont la preuve : la Norvège se serait passée des ennuis diplomatiques qui ont suivi.

Pour éviter ce genre de conflits d’intérêt, le Parlement ne devrait-il pas choisir les jurés dans les cercles d’experts en politique internationale, en recrutant aussi à l’étranger ?

Geir Lundestad s’esclaffe : «On passerait tellement de temps à discuter de la définition du concept de la paix qu’on aurait de la chance si un lauréat était désigné !»

D’ailleurs, dit-il, «sélectionner quelqu’un est, en dernier ressort, un choix politique, et si les politiciens sont bons à quelque chose, c’est bien à faire des choix éclairés à partir des recommandations d’experts».

Quant à l’idée de recruter hors Norvège, elle est balayée : «Un comité composé de Norvégiens, cela présente des avantages pratiques évidents», estime le secrétaire général. Et d’ajouter : «Si ses membres sont porteurs d’idéaux norvégiens, le comité porte des idéaux internationaux.» Les critiques noteront qu’il aura fallu plus de soixante ans pour que des lauréats originaires d’autres continents que l’Europe et l’Amérique du Nord soient choisis. L’ouverture au reste du monde a eu lieu en 1960, avec la récompense attribuée au Sud-Africain Albert Lutuli.

Depuis, le prix s’est internationalisé, féminisé. Et peopolisé, diront certains, qui en imputent la responsabilité au secrétaire général Geir Lundestad, dont le bureau à l’Institut Nobel donne directement sur la salle où se réunissent les jurés. Pour Asle Sveen, il ne fait aucun doute que cet éminent spécialiste de la politique américaine en Norvège a eu un rôle déterminant dans le choix d’Obama. Ne se reconnaît-il pas le droit d’intervenir dans les discussions quand il juge qu’il a «des précisions importantes à apporter» ? Asle Sveen lui prête même la volonté de choisir, de temps en temps, un lauréat «qui prête à la controverse» pour faire parler du prix, dont il ne cesse de répéter qu’il est «le plus prestigieux du monde». Selon l’historien, «il a réussi à en faire une marque internationale et la Norvège en profite».

Le pacifiste norvégien Fredrik Heffermehl estime que le secrétaire général est responsable des fourvoiements d’une assemblée qui ne respecte plus la volonté d’Alfred Nobel. Le prix est supposé récompenser des initiatives dans les domaines «du droit et de l’ordre international, ainsi que du désarmement». Or, il a fait le calcul : depuis 1901, 40% des prix n’ont pas respecté le testament ; depuis la prise de fonction de Geir Lundestad, plus de 60%. Il a porté plainte devant le conseil régional de Stockholm, dont dépend la Fondation Nobel qui gère la fortune d’Alfred Nobel. Sans résultat.

ANNE-FRANÇOISE HIVERT

10/12/2009

http://www.liberation.fr/monde/0101607684-les-six-qui-font-le-nobel


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