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15/12/2009

n°465 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak - 13-12 - : suite :- Pourquoi la machine militaire la plus importante de la planète est-elle incapable de venir à bout de la résistance ?

n°465 - Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak - 13-12 - : suite  :- Pourquoi la machine militaire la plus importante de la planète est-elle incapable de venir à bout de la résistance ?


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme,

 L’information est une arme au service de la paix

    Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


Les  Dossiers 'Géopolitique et stratégie' d'Irak

                                                n°465                             13/12/09

                C.De Broeder      &       M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Abdul-Haq Al-Ani et Joanne Baker: L'uranium en Irak, héritage empoisonné de la guerre. 

2-2 Sophie Perchellet : Sur l’usage de l’uranium appauvri : crime contre l’humanité, crime contre la vie.

2-3 Gilles Munier : La bataille du barrage Saddam  et la menace d’un nouveau « Déluge ».  

2-4 Georges Malbrunot : L'Irak est encore loin d'une normalisation, selon Denis Bauchard.

2-5 Un régime d'assemblée ingouvernable.

 

 

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

2-1 Abdul-Haq Al-Ani et Joanne Baker: L'uranium en Irak, héritage empoisonné de la guerre. 

 Hegel fait remarquer l'apparition du « mal concret » dans l'histoire, du déchaînement par intermittence de la malveillance humaine à une échelle colossale, capable de détruire des sociétés entières.

Hegel note que les auteurs de crimes planétaires historiques sont poussés uniquement par la passion, l’amour-propre, l’avidité et la haine, et ignorent complètement « l'ordre et la modération, la justice et la moralité. » [1]

L'agression impérialiste contre l'Irak, entamée par la première guerre du Golfe, qui atteignit son paroxysme lors des attaques « Choc et Effroi, » lancées par les armées étasuniennes et britanniques en 2003, et se poursuit toujours aujourd'hui presque vingt ans après, montre un horrible exemple de manifestation d’extrême malveillance dans un schéma dantesque.
Le livre incontournable d’Abdul-Haq Al-Ani et Joanne Baker [*], décrit une entreprise criminelle effroyable, qui se réalise désormais toute seule en Irak : la contamination préméditée de la nation irakienne, de sa population et de l'environnement naturel, par les radiations jusqu'alors inconnues d’une arme de destruction de masse, d’un instrument de guerre implacable, confectionné à partir d'une décharge mondiale pratiquement inépuisable d'uranium appauvri.
Fin février 1991, les sinistres photographies de presse et les images télévisées de l'« Autoroute de la Mort » révélèrent des vues du désert avec des véhicules irakiens civils et militaires carbonisés et tordus, détruits de sang froid par les frappes aériennes étasuniennes lors de la sortie précipitée de Saddam Hussein du Koweït.

Beaucoup pensaient à l'époque que le monde sera sûrement dégoûté par une telle barbarie. Ces images seules conforteront sans doute le sentiment populaire contre la guerre, et inciteront les combattants à la paix ?

Mais le cortège de cruauté sur la route du Koweït à Bassorah était juste le signal du début d’une croisade qui allait se dérouler pendant la majorité des deux prochaines décennies.

Et aucune photo, aucune vidéo de télévision, ni même le sens de la vue, du goût, la sensibilité et l’odorat des témoins sur le terrain, ne pourrait révéler la perversité secrète de ces virulentes images de détritus mortels radioactifs et toxiques, émis en nuages de vapeur invisible par les missiles, les obus et les autres armes à l’uranium appauvri, qui contamineront la région du Golfe pendant un millénaire.
En 1988, en déclarant que Saddam Hussein était « pire qu’Hitler, » George HW Bush instaura une offensive de propagande diffamante qui a eu du succès contre le peuple irakien. La calomnie contre l'Irak se prolonge aujourd’hui dans son incapacité à solliciter une protection contre l’empoisonnement radioactif et chimique de l'uranium appauvri, ou même à effectuer et à faire connaître au public les recherches scientifiques sur le danger pour les humains et les animaux de la contamination à l'uranium appauvri. Comme le décrit ce livre, les gouvernements étasunien et britannique se préoccupent sérieusement des dépôts d’uranium appauvri, mais seulement à l’égard de leur propre territoire et citoyens [**]. La nation irakienne est devenue une colonie d’expérimentation géante servant à mesurer le danger des rayonnements ionisants et la toxicité associée à la dispersion irresponsable d'uranium appauvri.
D'un point de vue purement militaire, l'uranium appauvri est un très bon rapport coût-efficacité. [
2] C’est un déchet radioactif des réacteurs nucléaires et des fabriques d'armes nucléaires. Les fournisseurs sont impatients de s’en débarrasser, puisque sa cession gratuite aux militaires est une alternative attrayante au coût prohibitif de l'élimination sans danger des « déchets nucléaires. » Précisément aussi toxique chimiquement que le plomb, l'uranium appauvri est presque deux fois plus dense et beaucoup plus dur. L'uranium appauvri se profile de lui-même : il transperce les matériaux très durs tout en gagnant en capacité de pénétration. À grande vitesse, l’uranium appauvri brûle en traversant les cibles compactes comme le blindage des tanks, et émerge de l'autre côté dans un intense jaillissement de feu et de gaz mortels. Comme le relate ce livre, depuis 1991, plus de 2000 tonnes d’uranium appauvri brûlé, pulvérisé et explosé, ont été dispersées en Iraq par les armées étasuniennes et britanniques.
À partir de 1991, devant le monde indifférent, l'impérialisme occidental imposa un embargo total contre l'Irak : c'est la première fois dans l'histoire moderne qu’une nation fut complètement isolée du commerce extérieur et des communications. Seuls les sièges barbares du Moyen Age ont une certaine ressemblance avec le spectacle de souffrance en Irak. Même le discours savant et scientifique a succombé. Sans un murmure de la dissidence de la communauté mondiale, pour les chercheurs et écrivains irakiens, l'impérialisme a non seulement proscrit les éléments vitaux nécessaires à leurs recherches, mais aussi les sources internationales de recherche scientifique et de diffusion.
Abdul-Haq Al-Ani et Joanne Baker avancent dans cet ouvrage un calcul scientifique initial de spoliations à l’uranium appauvri derrière le rideau de l'uranium. [
3]

Les auteurs ne suggèrent pas que le mauvais état de santé de la population irakienne résulte entièrement de la contamination à l'uranium appauvri. Beaucoup de raisons sont derrière l’énorme montée des maladies, notamment du cancer et des malformations de naissance, chez les Irakiens. L’impérialisme étasunien et britannique a détruit l'infrastructure sociale du pays, en particulier les installations de traitement des eaux [***], les centrales électriques, les marchés à provisions, les hôpitaux et les écoles. Les feux incontrôlés de pétrole ont pollué l'air. Victime de la malnutrition et des sources d'eau contaminées, le système immunitaire de nombreux enfants s’est effondré. Même la parodie de procès et l’assassinat atroce de Saddam Hussein n’ont pas satisfait l’envahisseur occidental. Après l’élimination du dirigeant irakien, l'embargo est resté et l'infrastructure s'est détériorée alors même qu’avant guerre, l’Irak bénéficiait du service professionnel de 34.000 médecins enregistrés. En 2006, 20.000 médecins avaient fui ; 2000, des restants ont été tués et 250 enlevés. En 2007, 8 millions d'Irakiens avaient besoin d'une aide d'urgence et plus de la moitié des 22 millions d’habitants était dans une pauvreté absolue. La Croix-Rouge a signalé l'an dernier que la situation humanitaire là-bas est parmi les plus critiques du globe.
Les apologistes parlent d’un « échec » de la politique étasunienne et britannique en Irak, de l'impuissance de l'occupant à construire un système démocratique stable pour remplacer l'ordre du parti Baas sous Saddam Hussein. [
4]

Mais la paix et la sécurité n'ont jamais été sur l’agenda du militarisme étasunien et britannique. Son travail consistait à piller, diviser, avilir et paralyser l'Irak pour assurer que ce pays ne bafoue plus jamais la domination du pouvoir suprême de l’Occident.
Selon la Convention de 1948 sur la prévention du génocide, le crime de génocide englobe les actes commis dans l'intention de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Ces actes incluent le massacre des membres du groupe, l’atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale des membres du groupe, et l’action d’infliger des conditions délibérées destinées à détruire le groupe en totalité ou en partie. Les auteurs présentent des preuves convaincantes sur le fait que l’usage sans discernement de l'uranium appauvri en Irak par la puissance occupante, ainsi que les répercussions de l’embargo et de l'invasion, sont conforment à ces rudiments de la définition du génocide.
Ce livre inclue des résultats d'études contrôlées par des scientifiques irakiens, sur la relation entre la présence de l'uranium appauvri, les radiations ionisantes, et le taux de maladies malignes assumé dans des conditions extrêmement défavorables 7 à 10 ans après l’agression de 1991. Ces études épidémiologiques et les mesures de rayonnements élevés sont forcément rudimentaires et incomplètes. Pourtant, associées aux rapports documentés sur les malformations de naissance et les cancers liés à l'exposition aux rayonnements depuis l'invasion de 2003 (dont une augmentation marquée du cancer du sein chez les Irakiennes), ces études sont les premières à présenter un tableau extrêmement troublant. Des preuves alarmantes révélées par les auteurs de ce livre constituent un dossier solide de génocide en Irak, commis par les envahisseurs étasuniens et britanniques grâce au recours sans discernement à des armes renforcées à l’uranium appauvri.

Notes:

1. Lectures on the Philosophy of World History. Introduction: Reason in History. Trans. H.B. Nisbet. Cambridge: Cambridge University Press, 1975, p. 21.
2. Pour un résumé utile des questions entourant l’uranium appauvri, voir Rob White, « Depleted Uranium, state crime and the politics of knowing. »
Theoretical Criminology. Vol. 12(1):31-54, 2008.
3. La Commission sur l’énergie atomique étasunienne a fait éclater la première bombe à hydrogène délivrable (jetable par avion) en 1954 dans les Îles Marshall, sous le nom de code « Bravo. » Les radiations mortelles de l’énorme boule de feu nucléaire s’abattirent sur les habitants des îles et sur les scientifiques et le personnel de l’armée étasunienne. L'administration d’Eisenhower tenta vainement d’étouffer l’information de la catastrophe. La dissimulation des États-Unis fut surnommée the uranium curtain (le rideau de l’uranium) par les censeurs. Cité par Shane Maddock dans « The Fourth Country Problem: Eisenhower's Nuclear Nonproliferation Policy, » publication trimestrielle des Études Présidentielles ; été 1998 ; 28, 3, p. 555.
4. Par exemple, Daniel Byman, « An Autopsy of the Iraq Debacle: Policy Failure or Bridge Too Far? » Security Studies, 17: 599–643, 2008.

Notes du traducteur:

*: Le titre anglais de cet article est celui du livre qu’il commente : Uranium in Iraq: The Poisonous Legacy of the Iraq Wars

**: En 1979, à Albany, capitale de l’État de New York, une usine fut fermée suite à la découverte de particules d’uranium appauvri dans un filtre à air de laboratoire à 42 kilomètres de là.

***: Après 1991, en Occident, les grands médias parlaient fréquemment de la mortalité élevée en Irak, l’attribuant au manque de médicaments dû à l’embargo.

C’était un mensonge, peut-être une publicité cachée de Big Pharma, du même tonneau que l’attribution de la « longévité » de l’Occidental à la médecine moderne.

David MacGregor  

Source: Mondialisation

Source originale:Globalresearch

Traduit par Petrus Lombard pour mondialisation.ca
4/12

http://www.michelcollon.info:80/index.php?option=com_content&view=article&id=2414:luranium-en-irak-heritage-empoisonne-de-la-guerre&catid=6:articles&Itemid=11


 


 


2-2 Sophie Perchellet : Sur l’usage de l’uranium appauvri : crime contre l’humanité, crime contre la vie.

De l’Irak (en 1991 puis en 2003) à l’Afghanistan (en 2001), des Balkans (en 1999) au Liban (en 2006) puis plus récemment à Gaza (en 2008), les armées occidentales perpétuent un crime contre l’humanité. Les munitions à l’uranium « appauvri » utilisées pour ces « sales guerres » ont des conséquences dramatiques sur l’environnement et la santé et cela bien des années encore après leurs utilisations. Car rajouter le qualificatif « appauvri » n’est qu’un euphémisme à la sauce occidentale pour amoindrir ses effets néfastes et radioactifs.
Pourtant interdites par de nombreux traités internationaux ou lois nationales, ces munitions ont un tel potentiel destructeur que les Etats occidentaux, et en particulier les Etats-Unis ne veulent pas s’en passer. Et pour faire diffuser leur propagande, les Defenseurs de l’uranium de guerre ont des alliés de poids : les grands médias dominants et certaines des organisations spéciales des Nations Unies telles que l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) ou le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

La logique capitaliste productiviste appliquée à l’UA ou comment recycler des déchets en armes de guerre…

L’utilisation de l’UA est un élément essentiel des nouvelles guerres impérialistes de l’Occident.

Car en plus d’être une matière quasi gratuite à l’achat puisque résultant des déchets de l’enrichissement de l’uranium naturel, elle possède des propriétés qui séduisent les industries militaires. Pour le capitalisme, c’est une opportunité. Imaginez un déchet radioactif que l’on recycle en matière vendable. Même à faible prix, le vendeur est gagnant. Profitant des faiblesses des législations nationales, il n’aura pas à assumer le coût du stockage des déchets. Mais en plus, on lui permet de le vendre. Si c’est pas génial ça pour EDF, Areva ou autres ? Un nouveau marché émerge donc sous les yeux émerveillés des capitalistes, ce qui crée automatiquement une nouvelle offre. Offre qui trouve très vite demandeur notamment dans le complexe militaro-industrielle. Celle-ci, avide de sciences est toujours à l’affût de ce qui peux révolutionner le marché de la guerre. Et il s’avère que l’UA a de quoi séduire l’industrie militaire. Utilisé dans des bombes anti-chars ou anti-bunkers, l’exceptionnelle densité de l’UA lui procure un pouvoir perforant plus important que le tungstène, matière généralement utilisée. Les munitions à l’UA peuvent transpercer blindages et bunkers. C’est donc une arme de guerre redoutable très utile aux tacticiens militaires pour ce que l’on appel les « frappes chirurgicales ». Seulement, il s’avère que l’UA brûle au moment de l’impact et se transforme en minuscules particules radioactives invisibles à l’œil nu qui sont emportées par le vent contaminant ainsi l’atmosphère mais aussi les sols et les nappes phréatiques. Enfin, l’UA (238) a une demi-vie de 4,5 milliards d’années. C’est l’âge de la Terre. L’UA est à la fois radioactif et toxique.

… puis en arme de destruction massive…

Quel meilleur exemple que l’Irak, agressé à deux reprises (1991 et 2003) par l’impérialisme étasunien pour illustrer la menace que représente l’UA. Selon les sources, de 40 à 700 tonnes de munitions à l’UA ont été larguées en 1991 pendant l’opération « Tempête du désert ». Pour « l’opération liberté pour l’Irak» de 2003, on parle de plus de 1000 tonnes. Vu l’absence de transparence entourant les informations communiquées par Washington ou autres alliés, on peut légitimement penser que les chiffres sont plus élevés pour les deux cas. Malgré les précautions demandées par les différentes agences onusiennes ou internationales sur les effets de l’UA sur la santé, des chercheurs indépendants tentent de rendre publique ce génocide silencieux. Et les résultats sont sans appel ! L’ingestion ou l’exposition à l’UA est très dangereux pour la santé. Dans les multiples études et recherches menées par les différentes associations ou organisations non gouvernementales, le constat est le même : augmentation du nombre de cancers, augmentation de la mortalité pour cause de cancer, malformations congénitales, malformations diverses ou encore augmentation des cas de leucémies. Le Dr Jawad Al-Ali, directeur du centre de traitement du cancer de Bassora a donné une conférence au Japon en 2003 sur les dégâts sanitaires causés par l’utilisation massive d’UA en 1991 par l’armée étasunienne , qu’il chiffre d’ailleurs à 300 tonnes rien que pour cette ville. Cette étude nous apprend que le taux de mortalité pour cause de cancer a explosé depuis la première attaque. En 1988, il y avait 11 cas pour 100 000 habitants. En 1998, ce chiffre est passé à 75 pour monter à 123 sur 100 000 habitants en 2001. Certains patients développent deux types de cancers en même temps, comme le cancer de l'estomac et la leucémie. C'est un phénomène très rare. Autre cas, unique celui-là: un patient a développé trois types de cancer différents. Les patients souffrent aussi de malformations de types nouveaux. Certaines photos sont disponibles en ligne sur internet . Plus inquiétant encore,lors d’un voyage à Najaf en décembre 2007, l’association Muslim Peacemaker Teams (MPT) a mené une étude sur l’état sanitaire de la population locale de la ville pourtant située à 180 miles des lieux bombardés à l’UA pendant la première guerre du golfe. Là encore, le taux de mortalité pour cause de cancer est en forte augmentation. De 251 cas rapportés en 2004, le nombre a grimpé à 801 en 2007. Ils rendent l’exposition aux radiations de l’UA responsable de cette augmentation. Pire encore, l’analyse nous apprend que ce sont les enfants et les jeunes qui sont les plus sensibles aux effets de l’UA. Le Dr Assad nous informe que 6% des cas de cancers sont des habitants âgés entre 11 et 20 ans tandis que 18% autres concernent les 21-30 ans. Il voit arriver des enfants de 16 ans avec un cancer des poumons ou d’autres de 8 ans atteints d’un cancer du colon. Deux ONG irakiennes, Monitoring Net of Human Rights in Iraq (MHRI) et Conservation Center of Environment and Reserves in Fallujah (CCERF) ont travaillé sur les effets de l’uranium appauvri et de la pollution sur les populations civiles de Fallujah attaquées en mars 2004 . Prenant comme base de comparaison les années 2003, soit un an avant les bombardements massifs, ils analysent l’évolution du nombre de personnes atteintes de différentes maladies (diarrhée épidémique, maladie congénital du cœur, leucémie, cancer des poumons, méningite, septicémie …). En 2003, il y avait 344 cas au total dont 200 pour la seule diarrhée épidémique. En 2006, le nombre de cas recensés était supérieur à 5930, dont plus de 1100 cas de maladies jusqu’alors inconnues. La plupart des victimes sont des enfants dont la plupart sont âgés entre 1 mois et 12 ans et représentaient 72% des victimes de 2006. Les pathologies sont de plus en plus graves et cela représente un grave danger pour l’avenir du pays. Le remodelage du Moyen Orient si cher à G.W Bush aura pour conséquence en Irak de condamner la jeunesse à grandir dans un environnement contaminé à l’UA. La région est contaminée par l’UA, qui contrairement à ce que proclame l’AIEA ou le PNUE se déplace en suivant les mouvements du vent.

… en toute connaissance de cause ?

Une triple alliance existe entre les grands médias, les pouvoirs politiques et les organisations internationales. Dès 1978, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont refusé à l’occasion de négociations autour d’un traité interdisant les armes radiologiques de classer les armes à base d’UA comme des armes non conventionnelles. Des documents étasuniens officiels illustrent les méfaits que cause l’UA. Mais il est précisé dans ces mêmes documents que tout doit être fait pour garantir son avenir. Le mot d’ordre est lâché : « il s’agit de dissimuler toutes preuves de nocivité des armes à l’UA ». Un document est particulièrement édifiant : Mémorandum de Los Alamos du 1er mars 1991. On peut lire « qu’il existe des craintes quant à l’effet de l’UA sur l’environnement. Aussi les munitions à l’UA pourraient-elles s’avérer politiquement insoutenables et être retirées de nos arsenaux si personne ne souligne leur efficacité sur les champs de bataille. Au cas où lesdits pénétrateurs auraient prouvé leur valeur dans les combats récents, nous devrions garantir leur avenir (jusqu’à ce que l’on trouve mieux) en nous assurant que les Forces armées et le Pentagone se prononcent en leur faveur. Si nous ne pouvons pas obtenir cet appui, nous risquons de perdre une arme précieuse ». Un autre document provenant de l’Agence Nucléaire de la Defense Américaine montre les inquiétudes de l’agence quant aux possibles conséquences politiques issues de l’utilisation de l’UA. Elle s’inquiète que le Pentagone n’ait pas de directives concernant la décontamination et le nettoyage des sites touchés par l’UA. Une description des effets néfastes accompagne l’argumentaire. D’un autre côté, tout le monde se rappelle que la première Guerre du Golfe a été qualifiée à maintes reprises comme une « guerre propre » par nos médias occidentaux. Pourtant, c’est une des guerres qui a causé le plus de dégâts écologiques et sanitaires. L’Otan comme le Pentagone ont mis longtemps avant de confirmer l’utilisation de l’UA dans la « guerre propre et humanitaire » de l’Irak ou des Balkans. Appelées à la rescousse contre la pression grandissante de la société civile (notamment à cause de l’état de santé des vétérans) sur ces armes si peu conventionnelles, les organisations de l’OMS et du PNUE se sont penchées sur la question. Le PNUE sera envoyé faire une évaluation de la situation post-conflit dans les Balkans dès 1999, en Afghanistan, en Irak et dans les territoires occupés palestiniens par la suite. Le résultat en 2003 est : « l’ensemble des éléments d’information rassemblés par le PNUE donnent à penser que les risques de forte contamination de l’environnement par l’UA sont relativement faibles et localisés sur le site de l’impact. » Cela contredit les propos du ministre portugais de la Defense Julio Castro Caldas qui déclarera « Nous ne laisserons pas nos soldats devenir la proie de l’uranium » quand il fit rentrer ses troupes du Kosovo. Le PNUE mènera une seconde enquête au Kosovo en 2000 sur seulement 11 des 72 sites contaminés . Alors que la première enquête fut menée en collaboration avec Greenpeace, le PNUE préféra s’associer à l’OTAN cette fois qui lui fournit les cartes des sites contaminés. De même que l’OMS qui pour sa part remplaça ses deux chercheurs en médecine envoyés en 1999 par des spécialistes de l’US Army Center for Health Promotion and Preventive Medicine . Malgré les preuves scientifiques abondantes quant à la double nocivité de l’UA (toxique et radiologique), les gouvernements occidentaux continuent d’utiliser ces armes. A croire que la guerre prime sur le droit international, communautaire et national.

… et sans assumer les responsabilités

Le Droit International Humanitaire, également appelé « droit de la guerre » fait partie du droit international qui régit les relations entre États. Ce dernier est formé d'accords conclus entre États, appelés traités ou conventions, de la coutume internationale, constituée par la pratique des États reconnue par eux comme étant obligatoire, ainsi que des principes généraux du droit. Il s'agit en premier lieu des Conventions de Genève de 1949 et de leurs Protocoles additionnels (I, 1977 - II, 1977 - III, 2005). Le DIH dégage quatre grandes règles en ce qui concerne les armes : • Les armes ne peuvent être utilisées que dans le champ « légal » des combats, défini comme cibles militaires de l’ennemi en guerre. Les armes ne doivent pas provoquer un effet négatif au-delà de ce champ « légal » de bataille : c’est la règle territoriale. • Les armes ne peuvent être utilisées que pendant la durée du conflit. Une arme qui est utilisée ou continue d’agir après la fin de la guerre viole cette réglementation : c’est la règle temporelle. • Les armes ne doivent pas être excessivement inhumaines. La Convention de La Haye de 1899 et de 1907 utilise les termes « souffrances inutiles » et « blessures superflues » : c’est la règle d’humanité. • Les armes ne doivent pas avoir un effet négatif démesuré sur l’environnement naturel : c’est la règle environnementale. L’UA viole ces 4 règles et de manière plus que documentée. Il viole aussi nombre de dispositions de la Charte des Nations Unies. En août 1996 déjà, la sous-commission des Droits de l’Homme des Nations Unies classait les armes à uranium appauvri parmi les armes considérées comme produisant « des effets traumatiques excessifs », frappant « sans discrimination les populations civiles » et causant « des dommages graves et durables à l’environnement » selon la Convention sur Certaines Armes Classiques (CCAC), dite Convention sur les armes inhumaines, adoptée à Genève par les Nations Unies le 10 octobre 1980 et entrée en vigueur le 2 décembre. Cependant, faute de « protocole spécifique additionnel » à la CCAC, la résolution N° 96-16 n’a eu aucun effet concret. De plus, ce type d’armement n’entre dans aucun protocole international de déclaration, de limitation ou d’interdiction des armes nucléaires stratégiques car, bien qu’il s’agisse d’uranium, le fait qu’il soit appauvri en U-235, le métal à la base des armes nucléaires, lui permet d’échapper aux contrôles. Néanmoins, le 1er Novembre 2007, la résolution intitulée « Effets de l’emploi d’armements et de munitions contenant de l’uranium appauvri » a été adoptée au Premier Comité des Nations Unies par une majorité écrasante . A l’initiative des Pays non alignés, le but est de négocier pour interdire ces armes parmi les membres des Nations Unies. Au niveau européen, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe a demandé l’interdiction de la fabrication, des essais et de l’utilisation et de la vente d’armes à l’UA. Elle justifie cette décision par la nécessité de préserver les générations présentes et futures (Conseil de l’Europe 24/01/2001) En outre la directive 96/29/Euratom dispose que tout produit dépassant une concentration de 10 000 becquerels par kilogramme doit être confiné. L’uranium appauvri, qui a pourtant une concentration 1 400 fois supérieure à cette limite est toujours disséminé dans l’environnement. Enfin, aux termes de la loi fédérale étasunienne, titre 50, chapitre 40, article 2302, les armes à uranium appauvri correspondent à la définition des armes de destruction massive pour deux de leurs trois critères.

… Vers des réparations

Il y a 500 ans, la grande croisade civilisatrice de l’Europe par l’extermination débuta. Ils sont venus dans le Nouveau Monde « pour servir Dieu et sa Majesté, mais aussi parce qu’il y a des richesses ». L’objectif était donc double : s’assurer de la suprématie mondiale de l’Européen par la christianisation forcée des populations «dénués d’âmes » et s’approprier les richesses à la source par une accumulation primaire des ressources. La conquête européenne va dès lors faire naître un nouveau système qu’elle imposera au autres : le capitalisme. Et pour cela, elle use de son avantage de l’époque : l’avance technologique de ses armes de guerre. Christophe Colomb a décrit les indiens en ces termes : « [i]ls ne portent pas d'armes - et ne les connaissent d'ailleurs pas, car lorsque je leur ai montré une épée, ils la prirent par la lame et se coupèrent, par ignorance. Ils ne connaissent pas le fer. Leurs javelots sont faits de roseaux. Ils feraient de bons serviteurs. Avec cinquante hommes, on pourrait les asservir tous et leur faire faire tout ce que l'on veut ». Cette prémonition se révéla juste. Lorsque Hernan Cortès débarqua à Veracruz accompagné seulement de 100 marins et 508 soldats il n’en fallut pas plus . On estime que seul 3 millions et demi des 70 millions d’indiens d’Amériques étaient encore en vie un siècle et demi après les Grandes Découvertes .

La domination européenne a donc été rendue possible grâce aux armes. Ce sera le fil conducteur qui accompagnera toute l’histoire de l’imposition par la force du capitalisme. Car ce système est intrinsèquement lié aux inégalités nécessaires à son avancée. Quand les conquistadors convoitaient l’or comme « des porcs affamés », ils dépossédèrent les indiens de leurs richesses pour se les approprier et les accumuler.

Une première division internationale du Travail se mit en place et le Nord exploita le Sud.

Les pays satellites seront dès lors spécialisés dans l’extraction d’une ou deux matières premières utile a la Révolution Industrielle

de l’Occident. Ce schéma qui a fonctionner jusqu’au leurre des Indépendances des années 1960 continue de se perpétrer aujourd’hui même. Les oligopoles du Nord exploitent toujours les matières premières du Sud grâce notamment à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), porte parole des oligarques occidentaux. Grâce à la Banque Mondiale ou au Fond Monétaire International, les créanciers du Nord imposent toujours leur modèle de développement capitaliste productiviste au pays périphériques, seul moyen pour ne pas être exclu de ce phénomène «naturel» qu’est la mondialisation. Les élites du Nord paupérisent toujours les populations grâce au mécanisme de la dette ou au concept de la « concurrence de la main d’œuvre », qui par définition n’est pas chère au Sud car pas habilitée à être «qualifiée». Et maintenant, en plus du reste, ils polluent l’environnement des pays du Sud. Selon la logique de Lawrence Summers, ancien économiste en chef de la BM, "les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés…et se préoccuper d’avantage d’un facteur aggravant les risques d’un cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays ou 200 enfants sur 1000 meurent avant d’avoir l’age de cinq ans. Je pense que la logique économique, qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées la ou les salaires sont les plus faibles, est imparable." Seul changement notable : les Etats-Unis ont pris la tête de la croisade à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont accompagné la construction européenne de manière à réduire son rôle à un exécutant. La force agressive de l’OTAN a remplacer l’ONU et a tué dans l’œuf une quelconque Defense européenne autonome. Les 725 bases américaines déployées hors des Etats-Unis sont là pour assurer le commerce mondial et par conséquent, les intérêts de ses classes dirigeantes. La fin de la guerre froide a laissé place à l’hégémonie unilatérale mais surtout ouvertement proclamée des Etats-Unis. Ils vendent les concepts de démocratie et de liberté pour légitimer leur oppression. Et la superpuissance militaire étasunienne renouvelle sans cesse ses méthodes pour préserver le système. Dans cette optique, l’uranium appauvri est à l’armée impérialiste occidentale ce que les fusils étaient aux conquistadors. Les Etats-Unis, ou leurs alliées comme Israël, n’hésitent pas à utiliser leur puissante armée pour asseoir leur domination de façon brutale et violente. Le but est de garder la main sur les Etats stratégiques dont le dirigeant ne répond plus aux règles dictées par les Etats-Unis. En Irak, ancien grenier du Moyen-Orient, l’avenir agricole du pays est gravement éprouvé par les guerres successives et des années d’embargo, tellement injuste pour les populations. L’Irak post 2003 fut offerte aux grandes multinationales étasuniennes, compagnons de route de la domination occidentale qui suivent toujours les interventions de l’armée. Ainsi, comme pour l’Afghanistan, le nouveau gouvernement post invasion a offert l’avenir agricole du pays à Monsanto , multinationale qui a pour objectif de conquérir l’agriculture mondiale au travers de ses brevets, de son monopole sur les OGM et bientôt sur les semences. Les Etats-Unis représentent une menace pour la paix mondiale, d’autant plus que leur hégémonie rencontre des oppositions de plus en plus forte. Suite aux décisions de certains gouvernements progressifs d’Amérique latine comme l’audit de la dette initiée par l’Equateur ou encore les nationalisations des ressources primaires (pétrole, mines …) au Vénezuela, les Etats-Unis se préparent à la reconquête. Ainsi, la Colombie inséparable allié des Etats-Unis en Amérique Latine va accueillir 7 bases de l’armée étasunienne qui entend conserver toute son influence sur ce continent. Face à une agressivité de plus en plus incontrôlable des Etats-Unis, il est urgent de remettre en cause leur hégémonie impérialiste au service des oligarques du capitalisme. Loin de renoncer à ce système, ils tentent de le sauver, de le remodeler, de le moraliser ou encore de lui donner un visage « plus humain ». Mais tout comme l’uranium appauvri, le capitalisme est porteur d’un génocide silencieux. Il s’agit de remettre le droit international à sa place c'est-à-dire au dessus du droit des affaires. Les responsables de cet esclavage moderne (dont la liste non exhaustive contient le Pentagone, l’OTAN, l’OMC, le FMI, la BM, les grandes multinationales, les secteurs financiers et industrielles …) doivent dans un premier temps reconnaître leurs crimes et s’engager à verser des réparations pour les dommages écologiques, sanitaires, sociaux et culturels gigantesques qu’ils ont crées. Mais ils doivent aussi participer à l’effort de reconstruction de ces « Etats voyous » en les laissant devenir vraiment indépendants, c'est-à-dire en annulant les dettes illégales et odieuses engendrées par la période coloniale, ou par la corruption. Rappelons aux créanciers du Nord que ce sont eux qui ont une dette envers la population des PED.

Sophie Perchellet

 3 Décembre

http://www.alterinfo.net/Sur-l-usage-de-l-uranium-appauvri-crime-contre-l-humanite,-crime-contre-la-vie_a39945.html


2-3 Gilles Munier : La bataille du barrage Saddam  et la menace d’un nouveau « Déluge ».  

Depuis 2004, une garnison de peshmerga occupe les abords du barrage Saddam, construit sur le Tigre à une quarantaine de kilomètres de Mossoul, pour le « protéger d’éventuels attentats terroristes ».

Le prétexte ne trompait personne car l’édifice se trouve sur une zone revendiquée par Massoud Barzani comme faisant partie du « Grand Kurdistan ». Ce barrage lui permet de contrôler l’alimentation en électricité de la province de Ninive et l’irrigation des cultures jusqu’à Tel Afar, ville dont il voudrait expulser les Turcomans qui y sont majoritaires. Les barrages de Dokan (sur le Petit Zab) et Darbandikhan (sur le Diyala), situés dans la Région autonome, lui permettent déjà de faire chanter le régime de Bagdad qui fait face à une très grave pénurie d’eau.

Après la victoire à Mossoul de la coalition nationaliste Al-Abda aux élections régionales du 31 janvier dernier, Atheel al-Nujaifi, nouveau gouverneur, s’est emparé du dossier et a déclaré que personne n’avait demandé aux peshmerga de venir, qu’ils devaient quitter les lieux. Il a donné l’ordre à un bataillon de l’armée irakienne de les remplacer. Le général kurde Azad Hawezi ayant refusé d’obtempérer, il a fallu l’intervention du général Robert Brown, commandant étasunien dans la région, pour éviter un affrontement sanglant. Depuis, le barrage est gardé par une force mixte, sous contrôle américain. On devine ce qui arrivera lorsque les troupes d’occupation se retireront.

Une vague de 10 à 20m atteindrait Mossoul en 3 ou 4 heures…

Mais, le risque d’une guerre arabo-kurde n’est rien à côté de ce qui se produirait en cas de rupture du barrage, un scénario catastrophe évoqué par tous les spécialistes depuis plus de 10 ans. Construit dans les années 80 par des entreprises européennes – dont la française Dumez - sur des roches de gypse, donc solubles dans l’eau, son fonctionnement nécessite le renforcement permanent de ses fondations. Haut de 120 m, son lac de retenue de 400 km2 peut stocker 11 milliards de m3 d’eau au moment de la fonte des neiges en Turquie. Face à la menace, le gouvernement irakien avait chargé une entreprise yougoslave de procéder, 24h sur 24, à des injections de ciment. Elle a cessé ses travaux en 1991 pour cause d’embargo. L’importation de pièces détachées étant interdites, les vannes n’ont pas été entretenues normalement pour la même raison. Pour réduire l’impact de la catastrophe, l’Irak avait entrepris de construire un barrage amortisseur à Babush, à mi-chemin de Mossoul. Mais, l’embargo n’a pas permis de l’achever.

Aujourd’hui, les spécialistes estiment à plus de 20 cm l’épaisseur de roche dissoute à sa base. Le Corps des Ingénieurs de l’Armée américaine a tenté de rattraper le temps perdu. Mais, selon le témoignage de Stuart Bowen Jr, directeur du Bureau de l’Inspecteur Général pour la Reconstruction de l’Irak, devant le Congrès en octobre 2007, 27 millions de dollars ont été dépensés en pure perte, détournés de leur but initial. Au lieu de construire des usines fabriquant des mélanges spéciaux capables de colmater les brèches dans le sol, les entreprises irakiennes retenues ont construit des cimenteries traditionnelles. De plus, le gouvernement Maliki ayant refusé de terminer le barrage de Babush, on peut craindre le pire.

Si le barrage Saddam cédait, une vague de 10 à 20m atteindrait Mossoul 3 à 4 heures plus tard, à une vitesse d’environ 2 m/seconde. Une grande partie de la ville serait détruite. Les villages bordant les rives du Tigre seraient ravagés et des quartiers de Bagdad se retrouveraient sous 5 m d’eau. Un demi million d’Irakiens mourrait. Espérons que rien n’arrivera. Mais si le pire se produisait, les Etats-Unis, le KRG (Gouvernement régional kurde) et Nouri al-Maliki devront rendre des comptes.

Gilles Munier

 26 novembre

Publié dans B.I.infos (décembre 2009)

Guerre de l'eau en Irak et au Kurdistan


2-4 Georges Malbrunot : L'Irak est encore loin d'une normalisation, selon Denis Bauchard.

nb : Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction ce point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information.

Le Figaro s’est procuré le « papier » que Denis Bauchard, ancien diplomate et spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales, vient de rédiger à l’issue de son séjour à Bagdad, pour le compte, notamment, des autorités françaises.

Malbrunot : Il m’a paru intéressant de vous livrer les conclusions tirées par cet analyste, bon connaisseur de l’Irak.(...)  

Bagdad est méconnaissable avec ses multiples check points gardés conjointement par des militaires irakiens et des forces de protection fournies par les contractors et ses murs anti-déflagration qui enlaidissent encore une ville ingrate.

Chaque bâtiment officiel est une forteresse fortement gardée et protégée.

Ainsi Bagdad a toutes les apparences d’une ville en état de guerre même si l’ennemi reste invisible.

Cependant derrière ce quadrillage pesant, la vie continue, le pays recommence à retrouver une certaine normalité, la réalité irakienne apparaît dans toute sa complexité.

Après plus de huit ans de guerre meurtrière ave l’Iran et treize ans de sanctions internationales particulièrement rudes, l’Irak reste encore un pays sinistré même si, l’optimisme aidant, il a touché le fond de la détresse et apparaît de nouveau sur une pente ascendante de réconciliation politique et de reconstruction économique.

1 - Une situation 'sécuritaire' en voie d’amélioration.

Après l’enfer des années 2006 et 2007, la combinaison du "surge" (sursaut), une certaine lassitude chez les insurgents, et l’affirmation de l’autorité du premier ministre, Nouri al-Maliki, ont permis d’améliorer les conditions de sécurité.

Selon les chiffres officiels, le nombre d’incidents, qui a atteint son niveau le plus élevé entre juin 2006 et septembre 2007, a été ramené en septembre 2009 au niveau mensuel le plus bas enregistré depuis l’intervention américaine en 2003.

Cependant les chiffres pour ce même mois - 125 morts civils et 198 hostile incidents – montrent que cette sécurité est relative et que le risque présenté par les IED – improvised explosive device – reste présent. Les deux attentats spectaculaires du 19 août et du 25 octobre derniers à Bagdad ont touché sciemment des bâtiments publics, symboles du pouvoir, et les personnes qui se trouvaient à proximité : le bilan dans chaque cas - plus de cent morts et près de six cents blessés- remet-il en cause les progrès constatés par ailleurs ?

Officiellement on veut croire que ces attentats meurtriers, dont les auteurs n’ont pas été identifiés, ne sont que les derniers soubresauts de mouvements de résistance sur la défensive, voire en voie d’éradication.

Le "surge" en combinant des actions militaires avec des mesures à caractère politique visant notamment à la réconciliation entre les communautés a permis de réduire de façon spectaculaire le niveau des violences et a contribué à démanteler le réseau d’Al Qaïda dont la capacité de nuisance a fortement diminuée.

Il n’en reste pas moins que d’autres groupes hostiles existent encore : des résistants baathistes irréductibles, certaines milices chiites hostiles au gouvernement, des groupes liés à la brigade Al Qods, troupe d’élite des Gardiens de la Révolution, ou aux services de renseignements iraniens.

L’Iran a joué dans les derniers mois un rôle d’apaisement, notamment auprès des partisans de Moqtada al Sadr, comme du Conseil supérieur islamique en Irak. Il n’est pas impossible qu’il modifie son attitude dans la perspective de sauver d’une défaite électorale ces mouvements, voire pour répondre à de nouvelles menaces de sanctions qui seraient suscitées par les Etats-Unis dans le cadre de l’ONU.

Les mois qui viennent verront à la fois l’accélération du retrait des troupes américaines – en août 2010, il ne restera plus que 50.000 hommes - et la tenue des élections législatives. Ils représentent une période très sensible pour le gouvernement irakien. En toute hypothèse l’agglomération de Bagdad et la région de Kirkouk sont deux zones où les risques de violences demeurent. Comme l’a déclaré à plusieurs reprises le général Petraeus, les progrès constatés restent encore « fragiles et réversibles ».

 2- Une normalisation de la vie politique.

Les Irakiens semblent s’adapter aux règles du jeu très nouveau pour eux de la démocratie, même si son fonctionnement reste quelque peu chaotique et relève d’un régime d’assemblée, méfiante à l’égard de l’exécutif.

La perspective des prochaines élections législatives, qui devraient déboucher sur la formation d’un nouveau gouvernement, se prête aux grandes manœuvres politiques. Le premier ministre Maliki bénéficie d’une réelle popularité auprès de la population, qui lui sait gré d’avoir rétabli la souveraineté du pays vis à vis des Etats-Unis en signant le SOFA, accord sur le retrait des troupes américaines, et d’avoir contribué à rétablir une certaine sécurité. Aux yeux de l’opinion, son bilan est positif. Il ne cache pas sa volonté de se succéder à lui-même. La coalition qu’il met en place, bien nommée « Etat de droit », vise à élargir son assise électorale en y incluant des notables sunnites influents et à marginaliser les partis ou factions les plus proches de l’Iran, comme les Sadristes et le Conseil supérieur islamique d’Irak.

En fait, le jeu est encore très ouvert entre plusieurs coalitions qui essaient d’émerger. Il est probable qu’aucune d’entre elles n’aura la majorité au parlement et qu’il faudra mettre sur pied un gouvernement multipartite ou une multi-coalition. Dans ce contexte les grands dossiers en suspens ne seront pas réglés avant les élections (de janvier), et devront l’être par le futur gouvernement. Il en est ainsi notamment de la révision de la Constitution, réclamée par les sunnites, de la création d’une compagnie pétrolière nationale et de la répartition des revenus du pétrole entre le gouvernement fédéral et les provinces, du statut de la région de Kirkuk revendiquée par les Kurdes qui remettent en cause la politique d’arabisation menée par Saddam Hussein.

Le système politique irakien, avec un parlement élu à la représentation proportionnelle intégrale, relève donc d’un régime d’assemblée avec lequel le gouvernement est en perpétuel dialogue. La longueur des débats, leur caractère confus, la Defense des intérêts communautaires et claniques, et la volonté de tout contrôler témoignent du rôle grandissant du parlement et des difficultés du gouvernement à faire prévaloir des solutions de compromis.

Cependant, par delà ses divisions, l’objectif de la majorité chiite de la population reste de conserver un pouvoir dont elle était écartée depuis la création de l’Irak. C’est un acquis qu’elle entend préserver avec détermination.

3 – Une économie en cours de reconstruction.

L’économie irakienne et les infrastructures publiques sont à reconstruire. Six ans après la chute du régime baathiste, le pays reste sinistré, comme en témoigne l’ampleur des besoins : à titre d’exemples, seulement 11 % de la population a accès à l’eau potable ; plus de la moitié de la population n’a d’électricité que de façon intermittente ; plus de deux millions de logements sont nécessaires pour répondre à l’afflux de la population dans les grands centres urbains.

A l’ampleur des besoins en équipements, il faut ajouter la désorganisation des services publics, et la fuite des élites essentiellement vers la Jordanie et la Syrie. On évalue à trois cent mille le nombre de cadres dont le retour est souhaité par les autorités.

Certes l’Irak, qui a bénéficié d’une annulation de sa dette à l’égard du Club de Paris à hauteur de 80 %, dispose de ressources financières importantes et connaît actuellement une phase de croissance soutenue. Malgré la crise mondiale, l’Irak aura en 2009 un taux de croissance de l’ordre de 8 % ; sa balance des paiements dégage un large excédent, de l’ordre de 15 Mds/$ en 2008, lui permettant d’accumuler des réserves de change (plus de 15 mois d’importations).

Cependant la forte dépendance de l’Irak à l’égard des hydrocarbures, qui représentent la quasi-totalité des recettes d’exportation comme des recettes budgétaires, rend cette économie très sensible à l’évolution des quantités produites et à celle des prix du pétrole sur le marché mondial. La production de pétrole continue de stagner à 2 M/bj, soit au niveau atteint avant 2003. L’objectif est de la tripler sur une période de six ans, pour qu’elle atteigne 6 M/bj.

Certes, l’Irak est une éponge imbibée d’hydrocarbures et les réserves prouvées sont considérables.Ceci suppose cependant à la fois une rénovation des installations existantes qui sont vétustes et des investissements massifs dans ce secteur. Cet objectif paraît très ambitieux compte tenu de la lourdeur des procédures d’appel d’offre, des conditions de sécurité encore précaires et de l’évolution du marché pétrolier.

En fait, le principal point de blocage reste un système économique obsolète, encore fortement étatisé et qui est resté à l’écart de la mondialisation. Le programme de privatisation régulièrement annoncé n’est toujours pas mis en œuvre à quelques exceptions près, notamment dans le secteur bancaire. Un programme de modernisation de l’Etat, débouchant sur une bonne gouvernance est en cours.

On peut s’interroger toutefois sur la bonne volonté des ministres qui entendent gérer leur administration de façon autonome pour leur propre bénéfice ou celui de leur clan. Parmi les handicaps, il convient également de souligner l’ampleur de la corruption, à tous les niveaux, qui a conduit Transparency International à inscrire l’Irak parmi les pays les plus corrompus du monde.

S’agissant de la reconstruction du pays, un premier programme de l’ordre de 400 Mds/$ est en cours d’élaboration, avec comme secteur prioritaire : celui des ressources hydrauliques (eau potable, irrigation) et les infrastructures de transport (Port d’Oumm Qasr, chemin de fer, métro de Bagdad). L’impression demeure cependant qu’il s’agit plus d’une shopping list que d’un véritable plan de reconstruction dérivant d’une stratégie à moyen terme.

Face à des ministres très jaloux de leur domaine de compétences et d’un ministère du Plan à faible autorité, il n’est pas sûr que le Higher Monitoring Committee présidé par un proche collaborateur du Premier ministre, qui doit assurer la coordination de l’ensemble de projets d’équipement, puisse imposer son autorité.

Ainsi l’évolution, qui devrait conduire l’Etat failli actuel à un Etat fonctionnant normalement en bonne gouvernance, sera-t-elle très lente. Ce constat contribue à expliquer une réelle prudence des entreprises et des investisseurs étrangers.

4- Un pays qui entretient des relations difficiles avec ses voisins.

La normalisation des relations de l’Irak avec les pays du Moyen-Orient, notamment ses voisins, est lente et assortie de nombreuses crispations.

L’Arabie saoudite, qui a du mal à accepter l’apparition dans son voisinage immédiat d’un pays à gouvernement chiite, n’a pas normalisé ses relations avec l’Irak : elle n’a toujours pas nommé d’ambassadeur à Bagdad. Les brimades dont est victime l’importante communauté chiite des provinces orientales de l’Arabie, la suspicion que Riyad apporte non seulement son soutien à la minorité sunnite irakienne mais apporte aussi aux insurgents un appui politique et financier voire en armements, entretiennent un contentieux et un climat de méfiance.

Quant à la Syrie, le gouvernement Maliki reste persuadé qu’elle continue à appuyer et à servir de base arrière à des groupes sunnites armés et hostiles au gouvernement légal.

La relation avec l’Iran est placée sous le signe de l’ambiguïté. Même si les principaux responsables du nouvel Irak sont chiites et ont vécu en exil en Iran, une certaine distance existe également. Certes la personnalité de l’ayatollah Sistani, qui a la nationalité iranienne, est respectée : sa volonté de calmer le jeu et son opposition passée à l’égard de l’ayatollah Khomeiny et au velayat-e-faqi sont connues. Mais l’influence pour ne pas dire l’ingérence iranienne en Irak est à la fois économique, politique et humaine. A l’évidence la brigade Al Qods, est active en Irak. Ses liens avec des milices ou groupes hostiles au gouvernement sont avérés. Officiellement, l’Iran est un pays ami et le président Talabani comme le premier ministre Maliki ont mis en garde les Etats-Unis contre toute intervention militaire en Iran. Mais la méfiance prévaut ne serait-ce que pour des raisons historiques. La solidarité entre chiites est contrebalancée par la relation conflictuelle qu’Arabes et Persans ont entretenue au cours des siècles. On observe que l’Iran joue un jeu subtil, ménageant un gouvernement ami mais entretenant des relations étroites avec des groupes qui entendent affaiblir un gouvernement jugé trop fort ou trop proche des Etats-Unis.

Il n’y a guère que la Turquie avec laquelle les relations politiques sont bonnes. La raison en est simple : les deux pays ont une approche très convergente du problème kurde et entendent brider toute velléité de création d’un Kurdistan indépendant. C’est pourquoi la coopération notamment militaire entre les deux pays est étroite, comme est forte la présence économique et commerciale de la Turquie qui est de fait le premier fournisseur de l’Irak.

En définitive, le contexte dans lequel évolue l’Irak restera difficile encore pendant plusieurs années, même si on peut espérer que la normalisation des conditions de sécurité s’affirmera progressivement. Ce pays aura encore besoin de l’appui des Etats-Unis pour se reconstruire comme pour lutter contre la violence, y compris après le retrait des troupes américaines prévu normalement pour fin 2011.

Les Américains sont là et, pour reprendre les termes d’un de nos interlocuteurs, « ils ne sont pas près de partir ».

La construction d’une ambassade-forteresse dans la zone verte où travaillent plus de 1.400 personnes en est le témoignage.

Georges Malbrunot

20 novembre 2009

http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2009/11/lirak-est-encore-loin-dune-nor.html


2-5 Un régime d'assemblée ingouvernable.

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction ce point de vue de l'auteur mais doit être vu comme information.

J’ai assisté avant-hier à une intéressante conférence de la chercheuse Louloua al-Rashid sur l’Irak, dont les conclusions rejoignent largement celles de l’ancien diplomate, Denis Bauchard, de retour lui aussi de Bagdad (lire ici): à savoir que si la sécurité s’était améliorée (400 morts par mois désormais, contre 3.000 il y a deux ans), sur le plan politique, l’avenir reste sombre.

Faute de disposer d’un état fort s’appuyant sur de solides institutions, l’Irak s’enfonce au contraire dans «un système de gouvernement à la libanaise» : un confessionnalisme toujours puissant, avec des potentats locaux disposant de miliciens pour servir leurs desseins, et une corruption largement répandue entre responsables politiques. A moyen terme, aucun d’entre eux n’a intérêt à voir émerger un leader fort, qui mettrait fin à cette situation de rente.

Le système électoral, basé sur la proportionnelle, ne permet pas l’émergence d’une majorité de gouvernement homogène. Le premier ministre, Nouri al-Maliki, même réélu l’année prochaine, devra encore composer avec une coalition, qui ne le laissera pas gouverner, comme il l’entend. Bref, l’Irak d’aujourd’hui, c’est un peu la IVe république, mais sans le général de Gaulle au bout du tunnel ! Et sans jouer les Cassandre, il faudra encore une bonne dizaine d’années avant que l’Irak ne reparte du bon pied, reconnaisse la plupart des experts.

Pour Louloua al-Rashid, l’armée, à l’instar des autres institutions, obéit, ici, à un responsable kurde, là, au premier ministre chiite Nouri al-Maliki, mais elle n’apparaît pas encore comme un instrument fiable au service d’un Etat, capable d’exercer son autorité sur l’ensemble du territoire. Difficile dans ces conditions d’engager une coopération militaire avec l’armée irakienne, comme la France tente pourtant de le faire.

Mais au-delà des enseignements que Louloua al-Rashid tire de son récent séjour en Irak – et qui feront l’objet d’un rapport pour le compte de l’International Crisis Group – je vous livre deux anecdotes qu’elle a recueillies à Bagdad et qui en disent long sur l’état d’esprit des dirigeants de l’ancienne Mésopotamie.

Sept ans bientôt après être arrivés dans le sillage des troupes américaines, nombre d’entre eux habitent toujours dans les maisons des ex cadres baasiste, mais sans leurs femmes, restées en Jordanie, à Londres, ou ailleurs, bien loin du bourbier irakien.

Elles ne sont toujours pas rentrées au pays. Sans doute parce qu’elles n’ont guère confiance dans son avenir. Cruel aveu d’échec !

D’autre part, ajoute Louloua al-Rashid, «souvent au cours de mes entretiens avec des responsables irakiens, ceux-ci interrompaient leurs conversations pour répondre à un appel téléphonique de Jordanie ou d’ailleurs». De quoi discutaient-ils ? De l’avenir de l’Irak ? Vous n’y pensez pas ! «Il s’agissait plutôt de négocier l’achat d’un immeuble, d’une maison ou bien alors de finaliser la signature d’un contrat de reconstruction avec une société étrangère».

27 novembre

http://blog.lefigaro.fr/malbrunot/2009/11/irak-la-iveme-republique-sans.html


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