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19/01/2010

n° 39 - Les dossiers du PAKISTAN - 17-01-10 - :Début - : Le visage meurtrier de la « poussée » d’Obama en Afghanistan & Pakistan.

n° 39 - Les dossiers du PAKISTAN - 17-01-10 - :Début - : Le visage meurtrier de la « poussée » d’Obama en Afghanistan & Pakistan.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de PAKISTAN.  

n° 39- 17-01-10

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

1 Dossier & Point de vue

1-1 Bill Van Auken : Le visage meurtrier de la « poussée » d’Obama en Afghanistan & Pakistan.

 : Le Pentagone plombé par ses sous-traitants... vive les fonctionnaires !

1-3 Moira O'Connor  : Barack Obama :  Ne me parler pas de mon passé…

2 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

2-1 Rick Rozoff : La doctrine Obama : «Dans une humanité imparfaite, la guerre perpétuelle est de mise».

Suite

2-2 Sara Flounders : Le rôle du Pentagone dans la catastrophe mondiale.

2-3 Gary Younge : La guerre contre le terrorisme est destinée à faire peur aux gens, pas à les protéger…

2-4 La secte évangéliste et le jeu des Etats-Unis dans le monde arabe.

2-5 Chris Hedges  : Un jour nous serons tous des résistants.

Fin-

3 Annexe

3-1 Les Etats-Unis vivent de tickets d’alimentation.

3-2 Le Pakistan s'alarme de la nouvelle stratégie de l'Inde.

3-3 L’emploi des groupes anti-islamique par les USA

1 Anne Applebaum : Les Etats-Unis gaspillent des milliards dans des projets de sécurité.

2 Les groupes anti-islamistes gagnent du terrain.


Tiré à part :



1 Dossier & Point de vue

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information.

1-1 Bill Van Auken : Le visage meurtrier de la « poussée » d’Obama en Afghanistan & Pakistan.

« La poussée a sérieusement commencé » a annoncé jeudi 17 décembre un porte-parole du Pentagone. Bien que seules quelques unités avancées d’un bataillon de Marines soient arrivées en Afghanistan, l’escalade de la mort et de la destruction qui accompagnera le déploiement supplémentaire de 30.000 soldats a déjà commencé. 

Une suite d’événements qui se sont produits ces derniers jours donne déjà une idée du caractère prolongé de la soi-disant poussée que le président américain Barack Obama a ordonné au début du mois de décembre.

Obama a dit le 1er décembre, dans son discours à l’académie militaire de West Point, qu’il appliquait « une stratégie fonctionnant des deux côtés de la frontière » entre le Pakistan de l’Afghanistan. Ce qui est déjà clair, c’est que cette stratégie comporte une intensification de la tuerie dans les deux pays et qu’elle a le potentiel de déclencher une crise bien plus importante dans cette région du monde.  

Les 17 et 18 décembre, des avions américains sans pilote effectuèrent des attaques parmi les plus violentes de toute une suite d’attaques au missile, qui par ailleurs se multiplient, contre des cibles pakistanaises le long de la frontière Afghane. Le 17 décembre, ce qui a été décrit comme une « flottille de drones » a pilonné un village du Nord-Waziristan, tuant dix-sept personnes. Selon des informations parues dans les médias, dix missiles Hellfire furent largués sur une zone d’habitation prétendument occupée par des « militants ». Deux autres missiles furent lancés sur une voiture, tuant trois personnes. Le 18 décembre, trois autres personnes qualifiées elles aussi de « militants » furent tuées dans une attaque séparée.     

Le choix des cibles – les missiles sont lancés à distance par des employés de la CIA devant des écrans vidéo à Langley, Virginia – était de toute évidence politique. L’administration Obama et le Pentagone ont fait pression sur le gouvernement pakistanais et lui ont demandé de lancer une offensive au Nord-Waziristan, mais Islamabad a, jusqu’à présent, refusé. 

Les forces de sécurité pakistanaises ont conclu une trêve avec les résistants de la région et craignent que toute action contre eux « n’anime », selon les mots d’un responsable des services de renseignements américains parlant au Long War Journal, « les éléments nationalistes de l’armée [pakistanaise] et de l’ISI [Inter-Services Intelligence — services secrets] à se ranger du côté des pro-islamistes et à déclencher une guerre civile au sein de l’armée ».

Ce barrage de missiles sans équivalent est un message pas trop subtil au gouvernement pakistanais pour lui dire que s’il ne fait pas ce que Washington veut, la CIA et l’armée  américaine s’en chargeront eux-mêmes.

Il y a maintenant, selon le Los Angeles Times, un vif débat au sein de l’administration américaine sur une proposition d’étendre les frappes de missiles lancés à partir de drones à la plus grande des provinces pakistanaises, le Baloutchistan, et même à la ville peuplée de Quetta, sa capitale, où certains dirigeants résistants sont censés avoir cherché refuge.

La politique de plus en plus agressive et aventurière des Etats-Unis vis-à-vis du Pakistan fait que la « poussée » d’Obama risque de déstabiliser profondément cette nation disposant de l’arme nucléaire et crée les conditions d’une guerre encore plus étendue et plus catastrophique. 

Du côté afghan, les victimes civiles continuent de se multiplier alors qu’on met progressivement en place les éléments de la « poussée ».

Trois civils non armés furent tués et une femme blessée lorsqu’un hélicoptère américain piqua et ouvrit le feu sur leur camionnette alors qu’elle roulait sur la principale autoroute Afghane au soir du 17 décembre. Un porte-parole des forces d’occupation américaines dit que leurs hélicoptères avaient réagi à une information faisant état d’hommes en train de placer des IED (engins explosifs improvisés) sur la route.

Le commandement américain a averti que la « poussée » entraînerait une forte augmentation des victimes américaines et afghanes. Des incidents meurtriers comme celui du 17 décembre se multiplieront alors que l’armée américaine déchaînera ses bombes, ses missiles et ses barrages d’artillerie au nom de sa « force protection ».

Mais cette multiplication des attaques meurtrières sera dirigée avec beaucoup plus de précision. Comme le rapporta le Los Angeles Times le 17 décembre : « Le commandement militaire américain a sans bruit modifié la mission des forces d’opération spéciales clandestines en Afghanistan ». 

L’article indique qu’on a ordonné aux unités opérant en secret de monter une campagne d’assassinats dans le but d’éliminer à présent des dirigeants, des membres et des partisans des résistants – un terme vague par lequel Washington et les médias désignent tout Afghan résistant à l’occupation étrangère. « Le nombre de raids effectués en Afghanistan par des unités telles que la Force Delta de l’armée de terre et les Seal Team Six de la Marine a plus que quadruplé ces derniers mois », écrit ce journal.   

Toujours selon le Los Angeles Times, le Pentagone a ordonné à ces unités, utilisées sur le théâtre d’opération afghan pour une bonne part à la poursuite des membres d’al-Qaïda, de se concentrer désormais sur la résistance afghane.

Selon toute apparence et sous prétexte de « protéger le peuple Afghan » la stratégie américaine comprendra le déploiement de troupes de combat conventionnelles dans le but de « nettoyer et tenir » des centres peuplés, utilisant les raids et la répression pour en expurger les éléments résistants, auxquels ont fera ensuite  la chasse dans les régions plus rurales. 

Un rapport délivré mercredi par une sous-commission du Sénat chargée de la supervision des contrats éclaire lui aussi sur la nature de la « poussée » d’Obama. Selon ce rapport on a trouvé qu’entre juin et septembre de cette année le nombre de personnels privés travaillant sous contrat pour le Pentagone en Afghanistan a augmenté de 40 pour cent. Le nombre des personnels de sécurité privés actifs en Afghanistan est passé de 5.000 à 10.000 pendant la même période.

Selon un rapport préparé par le Service de recherches du Congrès l’on s’attend à ce que le nombre total de personnels sous contrat en Afghanistan atteigne entre 130.000 et 160.000 individus, dépassant ainsi largement le nombre de militaires en uniforme.

Et enfin, l’ambassadeur des Etats-Unis en Afghanistan, Karl Eikenberry (un général en retraite ayant  commandé les troupes américaines d’occupation dans le passé) assura des responsables Afghans, dans un discours au ministère des Affaires étrangères du gouvernement fantoche, que Washington n’avait aucune intention d’en finir avec l’occupation militaire, en dépit de l’engagement pris par Obama d’un retrait des troupes à partir de juillet 2011.

« Il ne s’agit pas d’une date limite, en dépit de ce que certains ont dit aux Etats-Unis et en Afghanistan » dit Eikenberry à son auditoire. Il insista aussi pour dire que « notre engagement militaire ne prendra pas fin ni ne diminuera même si nos troupes de combat [se retirent]. »

En d’autres mots, les promesses de retrait des troupes d’Afghanistan dans un an et demi ont juste été faites pour les oreilles du public aux Etats-Unis – un moyen de tromper le peuple américain sur la nature réelle de l’intervention américaine. La vérité elle, est importante pour les responsables du régime de Karzaï dont la survie dépend entièrement de la protection des troupes américaines et c’est que Washington a l’intention d’occuper l’Afghanistan de façon permanente. 

On commence ainsi à discerner la physionomie de l’escalade d’Obama.

Elle comprend une extension dangereuse de la guerre au Pakistan, une forte augmentation des victimes civiles, l’usage d’escadrons de la mort dans le but d’assassiner ceux qui sont suspectés de faire partie de la résistance et l’usage de mercenaires à une échelle encore jamais vue. Il s’agit sous tous les aspects d’une guerre sale de type colonial, destinée à réprimer la résistance populaire et à soumettre l’Afghanistan – et finalement toute la région riche en pétrole de l’Asie centrale – à la domination américaine.

Bill Van Auken 

Article original, WSWS, paru le 19 décembre 2009http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16697


1-2 Napakatbra : Le Pentagone plombé par ses sous-traitants... vive les fonctionnaires !

Le Pentagone vire ses mercenaires privés pour embaucher des soldats fonctionnaires, 44 000 euros moins cher....

Pentagone mercenaires privés embaucher soldats fonctionnaires 44 000 euros.

Le Pentagone plombé par ses sous-traitants... vive les fonctionnaires ! –

Comment réduire les coûts du Pentagone ?

Grave question, à laquelle le Congrès vient de trouver une réponse : en remplaçant ses sous-traitants privés par des fonctionnaires, l'Etat économisera 44 000 dollars par poste !

Une pierre dans le jardin du l'ultralibéralisme et... un Nobel de l'économie pour Obama ?

Le département de la Défense américain estime qu'il pourra économiser 44.000 dollars tous les ans pour chaque poste de sous-traitant remplacé par un fonctionnaire, selon un rapport du Sénat détaillé par le Washington Post.

D'où le vote, samedi au Congrès, d'une ligne de crédit de 5 milliards de dollars pour embaucher de nouveaux agents gouvernementaux amenés à remplacer ces onéreux contractants, aux Etats-Unis comme à l'étranger. L'histoire ne dit pas combien d'employés seront embauchés, pas plus qu'elle ne précise le nombre de contractuels débauchés.

La faillite de la privatisation de l'armée

A l'occasion de la guerre en Irak, l'administration Bush a largement favorisé le recours au privé. À l'époque, les responsables de la Défense faisaient valoir que le Pentagone avait un besoin urgent et temporaire de personnel ; la guerre était encore considérée comme une opération devant se solder par un triomphe rapide. Le fait que les décès de mercenaires tués dans les zones de combat ne sont pas comptabilisés officiellement n'était pas pour déplaire non plus. Et le privé étant soumis à la sacro-sainte règle de libre concurrence, l'objectif était également d'économiser de l'argent. Las, l'an dernier, le Congrès a indiqué que le gouvernement devait s'acquitter de la modique somme annuelle de 250 000 dollars pour chaque employé contractuel engagé, là où il n'en dépensait que 200 000 pour un fonctionnaire du ministère.

Plus de mercenaires que de soldats de l'armée

Le 7 juin dernier, le rapport d'une commission bipartite révélait que près de 250 000 contractuels privés participent aux guerres d'Afghanistan et d'Irak.

En Irak, il y a quasiment autant de soldats privés (133 000) que de militaires gouvernementaux. Quant à l'Afghanistan, ils sont plus nombreux (68 000) ! Sans compter le personnel non combattant. Et ça ne risque pas de s'arranger, car si Obama a décidé d'envoyer 30 000 fantassins supplémentaires en Afghanistan, les sous-traitants devraient voir leur nombre s'accroitre de 56 000.

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")http://www.lesmotsontunsens.com:80/le-pentagone-plombe-par-ses-sous-traitants-vive-les-fonctionnaires-6600


1-3 Moira O'Connor  : Barack Obama : Ne me parler pas de mon passé…

L’attaché de presse de la Maison Blanche, Robert Gibbs, ainsi que d’autres responsables du Service de Presse officiel ont précisé aux journalistes accrédités qu’un certain nombre de sujets étaient interdits de questions lors des conférences de presse. Le journaliste qui aurait le mauvais goût de trop insister sur ces sujets, risquerait de se voir retirer son accréditation.

Sur la liste des sujets interdits, il y a le premier emploi occupé par Barack Obama juste après avoir obtenu son diplôme à la Columbia University. Il avait été embauché par la société Business International Corporation (BIC), une société internationale fournissant des informations économiques et financières et dont le fondateur avait reconnu, en 1977, qu’elle servait de couverture pour des agents de la CIA.

L’Administration Obama a interdit toute publication de documents relative à la période 1979-1981, quand le président étudiait au ‘Occidental College’ à Los Angeles et travaillait pour la BIC.

Il est également interdit de répondre à toute question concernant la BIC ou son implication avec la CIA.

In 1981, Obama avait travaillé à Jacobabad et à Karachi, au Pakistan, sous la direction d’un “agent traitant” de la CIA, il s’était ensuite rendu en Inde.

A l’époque, suite à l’invasion soviétique en Afghanistan, le Pakistan était entrain d’être préparé par les Etats-unis pour servir de base arrière à la stratégie anti-soviétique de l’Administration Carter, sous la direction du conseiller pour la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski.- le même Brzezinski qui a servi de conseiller diplomatique à Barack Obama lors de sa campagne électorale. Après la victoire de Ronald Reagan en 1980, le nouveau chef de la CIA, William Casey, avait encore renforcé le soutien aux insurgés afghans.

Obama a toujours refusé de rendre publics ses transcriptions de l’époque om il était au Occidental College ou à la Columbia University et est toujours resté évasif sur son embauche chez BIC et en quoi consistaient ses activités.

Pour Dave McGehee, de CIA-Watch, “il n’y a rien d’honteux pour un jeune diplômé en droit, à sa sortie de l’Université, d’aller rendre quelques menus services à la CIA, d’autant qu’il n’est pas impossible que la même CIA lui ait fourni de l’argent pour payer une partie de ses études à Harvard.

Il y a de très nombreux étudiants issus de minorités que la CIA a embauché  l’Université afin de les utiliser plus tard sur certaines missions.

Rares sont ceux qui refusent, c’est une histoire de patriotisme – même Abbie Hofman, pourtant révolutionnaire à 100% avait accepté de rencontrer régulièrement des “agents traitants” pour les informer de ce qui se passait sur les campus en révolte. Il ne s’en était jamais caché. Ce qui est plus étonnant, c’est de le nier ensuite et de menacer tout journaliste qui oserait en parler de lui retirer son accréditation.

Moira O'Connor 

IES News Service Washington –

7/1/2010]

http://libertesinternets.wordpress.com/



2 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse de l’auteur mais doit être vu comme information.

2-1 Rick Rozoff : La doctrine Obama : «Dans une humanité imparfaite, la guerre perpétuelle est de mise».

Dans le brouhaha de la réunion de Copenhague sur les changements climatiques, avec la pause des fêtes, le discours de réception du prix Nobel de la paix du président Obama est passé à la vitesse de l’éclair. Pourtant, il s’agit d’un discours important qui, de façon bien contradictoire, justifie la guerre, surtout celle de l’empire américain et ses alliés envers le reste du monde, et la glorifie presque. La plupart des médias ont glorifié son habileté oratoire à traiter en même temps de la guerre et de la paix. Les Républicains ont tous été d’accord avec ses propos ! Nous vous soumettons ici une autre analyse tirée du site internet ‘globalresearch.ca’ (10 décembre 2009).

Barack Obama, président et commandant en chef des armées des États-Unis d’Amérique a prononcé son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix à Oslo le 10 décembre dernier.

Immédiatement, un débat s’est enclenché dans les médias sur une possible doctrine Obama.

En faisant référence à Martin Luther King jr. et Mohandas Gändi, (en n’utilisant que son nom de famille), en ne mentionnant pas les ex-présidents américains ayant obtenu le prix antérieurement soit, Théodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Jimmy Carter, et en ne mentionnant que Ronald Reagan, Richard Nixon, et John f. Kennedy parmi ses prédécesseurs, le chef du pouvoir incontesté de la super puissance américaine a parlé avec l’assurance et la conviction personnelle d’un clairvoyant et d’un probable prophète. Pour le philosophe allemand Friedrich von Schlegel, le genre de prophète qui se tourne vers le passé.

Avec une allure visionnaire et un rythme de discours solennel il a déclaré : « La guerre est un moyen parmi d’autres qui est apparu sur terre avec les premiers hommes ». Peut-être que cette assertion non démontrée réfère au livre de la Genèse qui raconte le meurtre d’Abel par son frère Caïn.

Il ne s’agissait pourtant pas là d’une guerre, loin s’en faut. Le président Obama ne nous a pas donné d’indication quant à la formation de sa conviction que la guerre contemporaine fait partie intégrale de l’histoire humaine.

Les paléontologues font généralement remonter l’arrivée de l’homme actuel, l’homo sapiens, à deux cent mille ans, même si les premières preuves historiques écrites ne remontent pas à plus de deux mille quatre cent ans. Peut-être que des journalistes aventureux se permettront de demander au président et à ses rédacteurs de discours comment ils peuvent masquer cent quatre-vingt-dix-sept mille six-cents ans d’histoire et prétendre prouver que la pratique de la guerre est aussi vieille que l’humanité et inséparable de la condition humaine. Peut-être que l’illusion de l’omniscience serait la réponse.

Le discours d’Oslo est rempli de signes d’appropriation d’attributs divins pour soi-même, d’un fatalisme anthropologique et historique et d’une profonde conception pessimiste de la Providence.

Le président affirme que : « … aucune guerre sainte ne peut être juste. Parce que si vous êtes convaincuEs que vous portez la volonté divine vous n’aurez aucune limite (…) Rejoignons le monde qui doit être,(celui) qui reflète la part de divin qui réside en chacun de nous ». Donc, tout argument contre le divin est faux, une hérésie un sacrilège ; Washington est vrai, ne se trompe pas, se suffit à lui-même et peut justifier toute action aussi violente et mortelle qu’elle soit. Une démonstration non équivoque de la vieille théorie manichéenne transportée dans le monde moderne.

Au début de son discours, le premier président américain en exercice à se voir attribuer le prix Nobel de la paix en quatre-vingt-dix ans, souligne : « …peut-être que le problème le plus profond qui entoure le fait qu’on m’attribue ce prix vient de ce que je sois le Commandant en chef des armées d’une nation qui mène deux guerres en ce moment ». Il n’a fait aucun effort pour justifier une de ces deux guerres, celle d’Irak mais, il endosse et défend la poursuite de la seconde, celle en Afghanistan et de plus en plus au Pakistan tout en parlant de façon peu flatteuse des Croisades européennes du Moyen-âge.

L’attribution de ce prix prestigieux et le million quatre-cent-mille dollars qui l’accompagne, à un commandant en chef d’armées déjà impliqué dans deux guerres simultanées hors de ses frontières, dans des pays dont ni les populations ni les gouvernements n’ont jamais représenté quelque menace que ce soit pour sa propre population, ne semble troubler ni le comité Nobel ni ses membres prestigieux.

Dans des termes encore jamais entendus dans des discours d’acceptation du prix, M. Obama a ajouté : « …nous sommes en guerre et je suis responsable du déploiement de centaines de jeunes Américaines sur des champs de batailles éloignés. Certains vont tuer, d’autres seront tuées ».

Sans crainte de ridiculiser la nation, sans manifester de sens de la mesure ou même une miette de dérision, il ironise sur le fait que, « la technologie moderne permet à une petite poignée d’hommes dotés d’une dose démesurée de rage, d’assassiner quantité d’innocentEs ». Il ne dit pourtant rien des ordres qu’il a émis pour que des engins sans pilotes, les drones, liés par des satellites, bombardent en Afghanistan et au Pakistan semant ainsi la mort parmi les populations.

Les thèmes centraux du discours du président sont la réaffirmation des politiques américaines introduites il y a une dizaine d’années avec le déclenchement de la guerre en Yougoslavie, sans autorisation de l’ONU et sans le moindre effort pour l’obtenir.

Donc, les États Unis et ses alliés militaires dans le monde occidental peuvent décider seuls ou collectivement, quand, avec quel niveau d’intensité, où, et pour quel motif ils veulent utiliser la force, n’importe où dans le monde.

Et cette prérogative est exclusive aux États-Unis à ses alliés de l’OTAN et à des ‘clients’ militaires sélects hors de la zone euro-atlantique comme la Colombie, l’Éthiopie, la Géorgie, Israël et l’Arabie Saoudite.

Ce qui est unique dans l’argumentation du discours du président Obama, c’est le manque de franc-parler avec lequel il réaffirme cette doctrine de politique internationale qui fait fi de la loi. On retrouve dans les extraits se rapportant à ce thème, derrière les qualificatifs ingénieux et le langage décoratif de camouflage les phrases suivantes : « Nous devons commencer par prendre en compte la dure vérité : nous ne viendrons pas à bout des conflits violents de notre vivant. Il y a des moments où les nations, agissant isolément ou de concert, trouveront que l’usage de la force est non seulement nécessaire mais moralement justifié ». Et il nous offre un résumé d’arguments qu’unE recherchiste de la Maison Blanche aurait pu trouver dans Wikipedia : « À titre de chef d’État qui a fait le serment de protéger et défendre ma nation, je ne peux être guidé par leurs seuls exemples (ceux de Ghandi et de Martin L. King), je suis face au monde tel qu’il est et je ne peux pas demeurer passif devant les dangers qui menacent le peuple américain. Ne vous méprenez pas ; le mal existe dans le monde (…). Je me réserve le droit, comme tout chef d’État d’agir unilatéralement si nécessaire pour défendre ma nation ». Le mal est un substantif, pas un adjectif. Il est employé deux fois dans ce discours ; il est emblématique d’un ton quasi théologique qui alterne avec des phrases plutôt froides et d’autres durement pragmatiques. Voici quelques exemples de cette catégorie : « Les moyens de la guerre ont un rôle à jouer dans la protection de la paix ». « La non violence ne serait pas venue à bout des armées d’Hitler. Aucune négociation n’arriverait à convaincre les leaders d’Al Qaïda de rendre les armes. Ce n’est pas être cynique que de dire que l’usage de la force est parfois nécessaire…. ». « Si je soulève ce point, si je commence par ce point, c’est qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’ambivalence quant à l’usage de la force armée dans beaucoup de pays. Quelle que soit la cause à défendre. Et, à l’occasion, ce sentiment s’accompagne d’une certaine suspicion face à l’Amérique la seule superpuissance militaire du monde ».

Il est absurde de comparer une poignée de membres d’Al Qaïda à Hitler et sa Wehrmacht.

Peu importe ce qu’il est, Al Qaïda ne possède pas tant d’armes à rendre. Mais l’Amérique, elle, celle d’Obama possède le plus grand stock d’armes conventionnelles et nucléaires du monde.

Sa façon de jouer intempestivement la carte de l’Allemagne nazie n’est qu’une manœuvre de rectitude rhétorique sans justification historique. Nous n’aurions pas eu à confronter les troupes nazies si, en temps voulu, les gestes diplomatiques nécessaires avaient été posés quand Hitler a envoyé son armée dans la vallée du Rhin en 1936 ; si la Grande-Bretagne et la France n’avaient pas, avec l’Allemagne d’ Hitler et l’Italie de Mussolini soutenu le blocus naval contre la République espagnole pendant que l’aviation allemande y bombardait Guernica et d’autres villes et que les troupes allemandes et italiennes se répandaient dans le pays pour soutenir l’insurrection du Général Franco. Et, finalement, si la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Italie ne s’étaient pas entendus à Munich en 1938 pour sacrifier les Sudètes tchécoslovaques aux mains d’Hitler et ainsi ouvrir tout droit la route à ses intentions meurtrières vers l’est. Ces mêmes quatre pays se sont réunis soixante-dix ans plus tard, c’est-à-dire l’an dernier, pour répéter la trahison de Munich en organisant la sécession du Kosovo, démontrant ainsi combien peu a été appris depuis.

Quant à l’accusation que plusieurs pays font preuve d’une soit disant « profonde ambivalence face à l’usage de la force armée » et pire « d’une suspicion à l’égard de l’Amérique, la seule superpuissance dans le monde », elle est d’une arrogance, d’une attitude moralisatrice et d’une absolue imperméabilité à la réalité de la politique extérieure du pays ces dernières années tout comme par le passé. Selon cette « unique superpuissance mondiale » impériale, ni la Maison Blanche, ni le Pentagone ne peuvent se tromper. Même pas partiellement, par inadvertance ou inintentionnellement.

Si qui que ce soit trouve quelque faute dans ce que fait ce super pouvoir militaire, c’est qu’il est sous l’influence de son pacifisme ou de son « anti-américanisme » viscéral et pathologique. Peut-être que cela fait parti des « menaces contre le peuple américain » mentionnées au paravent puisqu’aucune autre, qu’elle vienne de l’Afghanistan ou d’ailleurs dans le monde, n’a été démontrée dans ce discours.

Sa partie la plus notable et la plus gênante est ce que M. Obama caractérise comme la « reconnaissance de l’histoire ; les imperfections humaines et les limites de la raison ». De peur que cette observation ne soit interprétée que comme un exemple personnel ou d’humilité toute nationale, d’autres formulations l’entourant ne laissent aucun doute sur le fait que les faiblesses en questions ne concernent que les non-Américains. Gloire à l’américano centrisme !

On chercherait en vain une pareille assertion chez n’importe quel autre chef d’État américain. Il est alarmant d’entendre le chef actuel de cet État, le premier fondé sur les principes des Lumières du dix-huitième siècle et sur ceux des Âges de la raison précédents, insister sur l’inhérente et indélébile faiblesse humaine qui par rapport à certains aspects de la vérité, serait séparée de la raison et lui serait supérieure. Il laisse ainsi la porte ouverte à l’irrationnel sous toutes ses formes et justifie en fin de compte, la conception du droit qui invoque les impératifs nationaux pour définir le bien et le mal.

Si les humains sont imparfaits par nature et que leur jugement l’est tout autant, il en découle pour l’humanité « Née pour mourir et ne raisonnant que pour se tromper » , (Alexander Pope) qu’ il se peut bien que la guerre soit un droit acquis à la naissance et que par conséquent, l’éradication des conflits violents ne se fasse pas de si tôt dans l’histoire. La guerre qui a commencé avec l’arrivée de l’homme sur terre ne s’arrêtera donc qu’avec son extinction. Arrivés ensemble, ils s’éteindront ensemble, selon M. Obama.

Comment le leader de l’Occident, comment la nation et l’individu en sont-ils arrivés à cette impasse déterministe qui est aussi mentionnée dans le discours lorsqu’il parle des événements déterminants de la fin de la guerre froide qui ont marqué le nouveau siècle.

Il passe facilement de : « Je crois que la force peut être justifiée par des considérations humanitaires comme elle l’a été dans les Balkans et dans d’autres endroits qui ont été marqués par la guerre. L’inaction de notre part troublerait notre conscience et pourrait obliger à des interventions plus coûteuses plus tard. C’est pourquoi toute nation responsable doit s’engager militairement avec des mandats clairs et jouer ainsi un rôle pour maintenir la paix ».

À : « La conviction que la paix est nécessaire est rarement suffisante pour y arriver. La paix a besoin du sens des responsabilités. La paix suppose des sacrifices. Voilà pourquoi l’Otan continue à être indispensable ».

En faisant ces déclarations et en exprimant des sentiments concordants, M. Obama a fait référence au pays dont il était l’hôte, en parlant de la guerre en Afghanistan : « …quarante deux pays se sont joints à nous, y compris la Norvège, dans un effort pour nous défendre aussi bien que toutes les autres nations, contre de futures attaques ».

Encore une fois les menaces perçues sont amplifiées pour atteindre une dimension universelle. Toutes les nations de la planète sont menacées et quelques unes d’entre elles, soit les quarante trois membres de l’OTAN et leurs partenaires, tiennent les barbares au loin. Pas facile de faire la différence entre la nouvelle ‘doctrine Obama’ de celle soutenue par G.W.Bush et Tony Blair antérieurement, sauf pour ce qui est de l’étendue assumée.

Pour le président, il existe une mission hors du temps, de l’espace et des contraintes normales : « Les États-Unis d’Amérique ont aidé à façonner la sécurité globale durant plus de soixante ans avec le sang versé par ses citoyennes et la force de ses armes. (…) L’engagement de l’Amérique envers la sécurité planétaire ne vacillera jamais.

Mais dans un monde où les menaces sont plus diffuses et les missions plus complexes, l’Amérique ne peut pas agir seule. L’Amérique seule ne peut garantir la paix. C’est vrai en Afghanistan. C’est vrai dans des pays où l’État n’existe plus comme en Somalie (…) Et malheureusement, cela va se poursuivre dans les régions instables dans les années à venir (…) Les leaders et les membres des forces armées des pays de l’OTAN comme d’autres amis et alliés, nous démontrent qu’ils partagent cette vérité par leur engagement courageux en Afghanistan ».

Et le président des États-Unis cite par leur nom les nations qui représentent une menace pour son pays, ses valeurs, ses alliés et l’ensemble du monde ; en plus de l’Afghanistan et de la Somalie, ce sont l’Iran, le Myanmar, la Corée du Nord, le Soudan et le Zimbabwe. Ces cinq derniers pays faisaient partie de la liste post onze septembre 2001 de Georges W.Bush comme des États soutenant le terrorisme et, plus tard, de celle de Condoleezza Rice signalant ‘les avant postes de la tyrannie’ ou les deux.

L’espoir que les politiques typiques de l’époque des prédécesseurs du président Obama soient maintenant hors de l’histoire, qu’elles ne se soient appliquées que dans l’immédiat après onze septembre 2001, est bien mort. L’escalade rapide de la guerre en Afghanistan et au Pakistan en est la triste preuve. La guerre n’est pas la mise entre parenthèse des principes bibliques mais le fondement de la politique nationale.

Dans son roman, La bête humaine, Émile Zola dépeint la foule française revendiquant une désastreuse guerre contre la Prusse en scandant : « À Berlin ! À Berlin ! » devant une locomotive avançant à toute allure sans conducteur. Le discours du président Obama à Oslo montre que l’Amérique est toujours prête à se lancer en guerre même si elle a changé de conducteur. Les vieux champions de la guerre, Robert Gates, James Jones, Richard Holbrooke, David Petraeus et Stanley McChrystal ont chargé la machine pour un long voyage.
Rick Rozoff

Rick Rozoff est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  
Article original en anglais :  The "Obama Doctrine": Eternal War For Imperfect Mankind, "For make no mistake: Evil does exist in the world.", publié le 11 décembre 2009.

Traduction : Alexandra Cyr, Presse-toi à gauche.

Mondialisation.ca,

Le 15 janvier 2010

Stop NATO

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=ROZ20100115&articleId=16993


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