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01/02/2010

n° 470 - Les Dossiers d'Irak - 31/01/10 -: suite : - Les États-Unis s'apprêtent à replonger l'Irak dans le chaos.

Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les Dossiers d'Irak

n° 470                                                            31/01/10

C.De Broeder & M.Lemaire



 Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :   

3 Dossier & Point de vue (suite)

3-4 Martin Chulov : Irak : De vastes zones contaminées : Radioactivité, Dioxine,....

3-5 Cancer = L'héritage mortel de l'invasion de l'Irak.

3-6 Gilles Munier : Saddam Hussein face à l’Histoire.

3-7 Saddam Hussein, retour sur un procès lynchage. 

3-8 Gilles Munier : Tarek Aziz, l'homme qui en sait trop. 

3-9 Halabja, procès en catimini.

3-10 Guillaume Dacquié : Les suite de l'embargo : «Pétrole contre nourriture».


 


3-4 Martin Chulov : Irak : De vastes zones contaminées : Radioactivité, Dioxine,....

Plus de 40 sites à travers l’Irak sont contaminés à des taux très élevés par la radioactivité ou la dioxine après trois décennies de guerre et la négligence s’étale sous forme de ruines environnementales dans de grandes surfaces dans le pays selon ce qu’affirme une étude officielle faite par les Irakiens.
Des zones à l’intérieur et autour des plus grandes villes mais aussi des villes moyennes, dont Najaf, Bassora, et Fallujah, constituent 25% de ces sites contaminés, et coïncide avec des communautés qui ont vu une augmentation des taux de cancer et de malformation congénitale ces 5 dernières années. L’étude conjointement réalisée par les ministères de l’environnement, de la santé et des sciences, a trouvé que des décharges de métaux dans et autour de Bagdad et de Bassora contenaient des taux élevés de radiation ionisée qu’ on pense être un héritage de l’Uranium Appauvri utilisé dans les munitions lors de la Première Guerre Du Golfe et depuis l’invasion de 2003.
Le ministre de l’environnement, Narmin Othman, a dit qu’on pensait de plus en plus que des taux élevés de Dioxine dans des terres agricoles du Sud de l’Irak en particulier était la principale raison de la détérioration générale de l’état de santé observée chez les personnes vivant dans les parties les plus pauvres du pays.
« Si nous étudions le cas de Bassora, il y a des zones fortement polluées là bas et il y a de nombreux facteurs y contribuant » a-t-elle dit au quotidien britannique The Guardian. « D’abord cela a été un champ de bataille de deux guerres, la Guerre du Golfe er la guerre Irak Iran, où de nombreux types de bombes ont été utilisées.( La guerre Irak Iran a été une initiative de Saddam Hussein avec le soutien des US et c’est ce dernier qui a utilisé des armes chimiques fournies par les pays occidentaux ndlt). Des pipelines ont également été bombardés et la contamination s’est surtout accumulée autour de Bassora. »
« Les personnes ont respiré des particules de ce sol contaminé retrouvées dans leurs poumons et les aliments absorbés par celles-ci. La Dioxine se trouve en quantité très élevée dans ces zones. Tout ceci a provoqué des problèmes systémiques sur une large échelle à la fois pour l’écologie et la santé en général ».
Des groupes d’étude gouvernementaux se sont récemment concentrés sur la ville de Fallujah ravagée par la guerre à l’Ouest de Bagdad, où les scientifiques n’avaient pu se rendre à cause la situation sécuritaire instable depuis les combats féroces que se sont livrés les militants et les forces US en 2004.
« Jusqu’à présent nous avons trouvé une seule zone dans Fallujah « a dit Othman. «Mais il y a d’autres zones que nous allons essayer d’explorer avec l’aide internationale ».
Au mois de Novembre, The Guardian a rapporté des affirmations de médecins locaux parlant d’une augmentation massive de malformations à la naissance dans la ville, particulièrement de malformations des tubes neuraux, qui touchent l a moelle épinière et le cerveau des nouveaux nés. « Nous avons connaissance de ces rapports mais nous devons être prudents avant de tirer des conclusions » a dit Othman. « L’état de santé général dans la ville n’est pas bon. Il n’y a pas de système de tout à l’égout, et il y a beaucoup d’eaux usées stagnantes, provoquant des maladies affectant directement le système génétique. Cependant, nous savons bien sûr, qu’on a utilisé beaucoup d’Uranium appauvri là bas. » (On notera la prudence politiquement orientée de Mme Othman ndlt).
« Nous avons surveillé cela et nous avons aussi essayé en urgence de tout regrouper dans une base de données. Nous avons bénéficié de la coopération du Programme pour l’Environnement de l’ONU et nous avons donné nos rapports à Genève. Nous avons étudié 500 sites pour les produits chimiques et l’Uranium Appauvri. Jusqu’à maintenant nous avons trouvé 42 endroits déclarés comme étant à haut risque à la fois pour l’Uranium Appauvri et la Dioxine. »
10 de ces zones ont été classées par l’organisation irakienne de décontamination nucléaire comme ayant des taux élevés de radioactivité. Parmi ces sites on trouve trois anciens réacteurs nucléaires à la centrale de Tuwaitha - autrefois la fierté de Saddam Hussein dans la banlieue sud est de Bagdad - de même que d’anciens centres de recherche autour de la capitale qui ont été soit bombardés soit démantelés entre les deux guerres du Golfe.
Le directeur de l’organisation de décontamination, Adnan Jarjies, a dit que quand les inspecteurs de l’AIEA sont venus pour « visiter ces sites, je leur ai dit que même si nous disposions des meilleures connaissances scientifiques au monde pour nous aider, on ne peut espérer que tous ces sites soient nettoyés avant 2020. »
Bushra Ali Ahmed, le directeur du Centre pour la Protection Contre les radiations de Bagdad a dit que seulement 80% de l’Irak avait été jusqu’à présent contrôlé. « Nous nous sommes concentrés jusqu’à présent sur les sites qui ont été contaminés par les guerres » a-t-il dit. « Nous avons d’autres plans pour nettoyer des sites qui ont été détruits par la guerre ».
« Un problème important pour nous c’est quand par exemple un tank a été détruit et puis bougé, cela laisse à l’évidence une trace de radiation. Cela prend du temps de décontaminer ces sites ».
La principale inquiétude c’est les sites avec des déchets de metaux. Des décharges de vieilles voitures et des endroits détruits par la guerre dans Bagdad et d’autres villes entre la capitale et Bassora sans aucune surveillance permettent aux enfants et aux charognards d’y avoir accès. »
Othman dit que la dégradation de l’environnement s’intensifie à cause d’une sécheresse extrême et d’une pénurie d’eau, qui a vu une baisse de 70% dans le volume d’eau de l’Euphrate et du Tigre.
« Nous ne pouvons plus désormais en toute conscience nous appeler le pays entre deux rivières » a-t-elle dit. « Une grande partie de l’eau que nous recevons a d’abord été utilisée par la Turquie et la Syrie pour générer de l’électricité. Quand elle arrive ici elle est de qualité médiocre. Cette eau utilisée en agriculture est souvent contaminée. Nous sommes en plein dans un désastre environnemental ». (Quel type de contamination, par qui ? Là encore des déclarations à l’emporte pièce qui accusent injustement les voisins sans faire mention des vrais coupables : les Etats Unis. Ces Irakiens font autant de mal à leur pays que ceux avec qui ils collaborent ndlt)
Martin Chulov

22/01/10

 www.guardian.co.uk
http://www.guardian.co.uk/world/2010/jan/22/iraq-nuclear-contaminated-site



3-5 Cancer = L'héritage mortel de l'invasion de l'Irak.

Oubliez le pétrole, l'occupation, le terrorisme ou même Al-Qaïda. Actuellement, le vrai danger pour les Irakiens c’est le cancer. Le cancer se répand comme une traînée de poudre en Irak. Des milliers de bébés naissent avec des malformations. Les médecins disent qu'ils ont du mal à faire face à la montée des cancers et des malformations congénitales, surtout dans les villes soumises à de lourds bombardements américains et britanniques.
Voici quelques exemples. A Falloujah, qui a été fortement bombardée par les Etats-Unis en 2004, pas moins de 25% des nouveaux nés sont atteints de troubles graves, y compris des anomalies congénitales, des tumeurs cérébrales et des malformations du tube neural dans la moelle épinière.
Le taux de cancer dans la province de Babil, au Sud de Bagdad est passé de 500 cas diagnostiqués en 2004 à 9.082 en 2009, selon Al Jazeera/anglais. A Bassora, il y avait 1885 cas de cancer diagnostiqués en 2005. Selon le Dr Jawad al-Ali, directeur du Centre d'oncologie, le nombre est passé à 2302 en 2006 et 3071 en 2007. Le Dr. Ali a déclaré à Al Jazeera/anglais, qu’environ 1250 à 1500 patients viennent consulter actuellement le Centre d'oncologie chaque mois.
Tout le monde n’est pas prêt à établir une corrélation directe entre les bombardements alliés de ces zones et les tumeurs, et le Pentagone se montre sceptique sur toute tentative de lier les deux.

Mais les médecins irakiens et certains universitaires occidentaux disent que les quantités massives d’Uranium Appauvri utilisé par les Etats-Unis et contenu dans des bombes britanniques et la forte augmentation des taux de cancer ne sont pas étrangers à cette recrudescence..
Le Dr Ahmed Hardan, qui a travaillé comme conseiller scientifique spécial auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé, l'Organisation des Nations Unies et le Ministère irakien de la santé, affirme qu'il existe des preuves scientifiques liant l'Uranium Appauvri au cancer et des malformations congénitales. Il a dit à Al Jazeera/anglais que «les enfants atteints d'anomalies congénitales sont soumis à un caryotype et à des études chromosomiques génétiques avec antécédent génétique complet et évaluation clinique. Les antécédents familiaux et obstétricaux sont également pris en compte." Ces études internationales ont produit des éléments de preuve attestant que l'Uranium Appauvri a des conséquences désastreuses.
"Les médecins irakiens affirment que les cas de cancer ont augmenté après à la fois la guerre de 1991 et l'invasion de 2003.
Abdulhaq Al-Ani, auteur de "Uranium en Irak", a déclaré à Al Jazeera/anglais que la période d'incubation de l'Uranium Appauvri est de cinq à six ans, ce qui est cohérent avec la montée en flèche des taux de cancer en 1996-1997 et 2008-2009.
Il existe également des cas identiques de malformations congénitales chez les enfants irakiens et afghans nés aussi dans les zones qui ont été soumis à des bombardements à l'Uranium Appauvri.
Le Dr. Daud Miraki, directeur de l'Uranium Appauvri et Afghan Recovery Fund, a déclaré à Al Jazeera/anglais qu’il a trouvé des preuves de l'effet de l'Uranium Appauvri chez les nourrissons dans l’Est de l’Afghanistan (où sont stationnées les troupes françaises ndlt) et au Sud Est.
«Beaucoup d'enfants sont nés sans yeux, sans jambes, ou avec des tumeurs dépassant de leurs bouches et des yeux", a déclaré le Dr Miraki. Il n'y a pas que les Irakiens et les Afghans. Les bébés nés de soldats américains déployés en Irak pendant la guerre de 1991 montrent également des malformations similaires. En 2000, le biologiste irakien, Huda Saleh Mahadi, a souligné que les mains des enfants difformes américains étaient directement liées à leurs épaules, une déformation observée chez les nourrissons irakiens.
De nombreux soldats américains se réfèrent désormais au Syndrome de la Guerre du Golfe 2 et affirment avoir développé un cancer à cause de leur exposition à l'Uranium Appauvri en Irak. Mais les soldats peuvent mettre fin à leur exposition à l'Uranium Appauvri lorsque leur service en Irak se termine. Les civils irakiens eux n'ont nulle part ailleurs où aller. L'eau, le sol et l'air dans les grandes régions de l'Irak, dont Bagdad, sont contaminés par l'Uranium Appauvri qui a une demi-vie radioactive de 4,5 milliards d'années.
Le Dr. Doug Rokke, ancien directeur du Projet UA de l'Armée de terre US pendant la première Guerre du Golfe, était en charge d'un projet de décontamination des chars américains. Il a dit à Al Jazeera/anglais qu’ «il a fallu au département de la défense US une installation de plusieurs millions de dollars employant des physiciens et des ingénieurs qualifiés, et trois ans pour décontaminer les 24 réservoirs que j’ai renvoyé aux États-Unis".
Il a ajouté : « Que peut faire l'Irakien moyen avec des milliers et des milliers de poubelles et de véhicules détruits disséminés à travers le désert et d'autres zones ?
Selon Al Jazeera, le Pentagone a utilisé plus de 300 tonnes d'uranium appauvri en 1991. En 2003, les États-Unis ont utilisé plus de 1.000 tonnes.
Source : “
Cancer – The Deadly Legacy of the Invasion of Iraq” - Eye on Arab Media

New America Media, News Digest, Jalal Ghazi, 06/01/10 - Coup d'œil des médias arabes

New America Media, Nouvelles Digest, Jalal Ghazi,

Posté: 06/01/10
http://news.newamericamedia.org/news/view_article.html?article_id=80e260b3839daf2084fdeb0965ad31ab
Note
Si les chiffres du rapport Fechino, commandité par la Maison Blanche sont exacts, plus de 4000 tonnes d'UA sont tombés sur la seule ville de Bagdad. Sur les sols de la capitale on trouve probablement encore 800 tonnes de poussières d'UA en supposant que 3200 tonnes se soient transformées en aérosol réparti au niveau planétaire. Rien qu'en gamma, et c'est là le moindre mal radiologique, la population de Bagdad est sujette à une irradiation permanente dont elle paiera fatalement le prix.
L'Irak est une zone interdite d’habitation.

http://www.planetenonviolence.org/Irak-De-Vastes-Zones-Contaminees-Radioactivite,-Dioxine-Heritage-Mortel-Genocidaire-De-L-Invasion-De-L-Irak-Par-Les-US_a2107.html

introduction traduction


3-6 Gilles Munier : Saddam Hussein face à l’Histoire.
- Qui est « Mr George » ?

Les entretiens avec Saddam Hussein, rendus publics par le FBI en juillet 2009, sont à lire avec une certaine circonspection.

N’étant pas publiés sous forme de questions-réponses, comme l’avait souhaité le président irakien, ils ne reflètent que partiellement sa pensée. Ses empreintes digitales, placées en exergue, sont trompeuses ; elles ne signifient pas qu’il aurait cautionné les procès-verbaux sans réserve. Cela dit, l’intérêt historique du document est incontestable car il met à bas la plupart des thèmes de propagande qui le diabolisait.

Pour atténuer la portée du témoignage, le FBI a produit une conclusion déconnectée des « dits » enregistrés.

Alors que le détenu avait déclaré prendre l’entière responsabilité de ce qui s’était passé sous sa présidence, le FBI y affirme que Saddam cherchait à monnayer son silence et à minimiser son rôle pour préserver son image, supputations d’autant moins convaincantes qu’elles apparaissent au sein sont de passages censurés.

Interroger officiellement Saddam Hussein n’était pas gagné d’avance. Le prisonnier, peu coopératif, posait ses conditions. Il estimait qu’un président renversé en toute illégalité, par une puissance étrangère, n’avait rien à révéler à ses geôliers. En revanche, il acceptait d’être interviewé sur son parcours de révolutionnaire et de chef d’Etat.

Comme il était hors de question de recourir à la manière forte comme lors de son arrestation, le FBI dut se contenter de ce qu’il consentait à dire, espérant  piéger Saddam au détour d’une conversation. Pour y parvenir, des psy avaient aménagé la salle d’interrogatoire, le plaçant… « le dos au mur », et « Mr George », son interrogateur, devant la porte fermée, symbole de la liberté !

Ils croyaient influer ainsi sur le subconscient du prisonnier !

Le policier, lui, pensait amadouer le Président en ayant la haute main sur l’armoire à stylos et papier nécessaires à Saddam pour écrire des poèmes…

D’entrée de jeu, Saddam mit les points sur les « i ». A la question, réitérée, de savoir s’il avait commis des fautes, il répondit que Dieu, seul, n’en commettait pas, et qu’il était hors de question de discuter des siennes avec ses ennemis. « Je ne suis pas quelqu’un qui trahit ses amis », lui glissa-t-il plus tard. L’opinion de ses contemporains lui importait moins que son image dans 500 ou 1000 ans. Il était fier de son bilan. En 1968, le peuple irakien « n’avait virtuellement rien ». Après l’arrivée au pouvoir du parti Baas, le niveau de vie s’était considérablement amélioré dans les domaines de l’éducation et de la santé. La nationalisation de l’industrie pétrolière avait permis de créer des infrastructures modernes et d’effectuer un bond en avant économique, en particulier dans l’agriculture négligée par les régimes précédents. Restait, il en convenait, le déficit en matière de démocratie : en 1989 et en 2002, il avait essayé d’instaurer le multipartisme.

Malheureusement, la nouvelle constitution n’avait pas pu être votée en raison du déclenchement des guerres du Golfe.

Il n’y avait là rien qui intéressât « Mr George », mais cela faisait bien longtemps que le bilan de 30 ans de baasisme n’avait pas été noyé dans un flot d’invectives et de désinformation. Il n’y avait rien, non plus, que les spécialistes de l’Irak ne sachent déjà, à quelques détails près.

Mais en rapportant, sans polémiquer, la relation par Saddam Hussein de la prise du pouvoir par le parti Baas en 1968, des complots auxquels il avait fait face, de la guerre Iran-Irak ou de son soutien à la résistance palestinienne, le FBI a dressé à son corps défendant le portrait d’un révolutionnaire mu par ses convictions: « Quand je crois à des principes, j’y crois totalement, pas partiellement ou graduellement, totalement ». A la question de son avenir s’il avait quitté le pouvoir, il répondit « qu’il serait redevenu une personne ordinaire, peut-être un paysan », mais toujours membre actif du Parti Baas. 

Alors, Saddam, un « dictateur » ? « Certes » disent certains opposants, mais ils ajoutent que des précisions sont nécessaires : « Il faut se demander quel genre de dictateur ? Quel était son projet, quelles furent ses réalisations ? Qui gênaient-elles ? Avec la destruction de l’Irak après l’agression d’avril 2003, il restera dans la mémoire de la majorité des Arabes comme un révolutionnaire intransigeant qui voulait faire de l’Irak une puissance régionale moderne, a soutenu le peuple palestinien, et qui, pour ces raisons, a dû affronter les Etats-Unis, Israël, l’Iran et les rebellions soutenues par ces pays ».

 Pas étonnant, dans ces conditions, que Saddam Hussein soit perçu dans le monde musulman comme un  martyr.

« Mr George » et le « détenu de haute valeur numéro 1 »

« Mr George » a acquis une certaine notoriété en janvier 2008 quand CBS News a révélé sa véritable identité et l’a présenté comme « l’Américain connaissant le mieux Saddam Hussein » dans sa prestigieuse émission 60 minutes.

George Piro, y a-t-on appris, est arrivé aux Etats-Unis, à l’âge de 12 ans, avec ses parents, chrétiens libanais, qui fuyaient la guerre civile.

Après son service militaire dans l’US Air Force, il s’est engagé dans la police de Californie et est entré au FBI où les agents parlant couramment l’arabe étaient peu nombreux. En février 2004, il fut intégré à l’équipe - liée à l’ISG (Iraq Survey Group) de Charles Duelfer chargée de « faire parler » le président irakien sur les armes de destruction massive, ses liens supposés avec Ousama Ben Laden… et de lui extorquer des informations sur la résistance irakienne.

Piro doit sa désignation comme intervieweur à Jerrold Post, profileur en chef de la CIA, et l’israélien Amatzia Baram, professeur à l’université de Haïfa, qui passent pour des spécialistes de la personnalité de Saddam Hussein. Ils pensaient qu’il serait plus facile à un jeune Arabe de conquérir la confiance du « détenu de haute valeur numéro 1 ».
L’interrogatoire de Saddam Hussein et d’autres dirigeants baasistes ont valu à George Piro deux décorations et assuré sa promotion.

En attendant d’écrire ses mémoires, il raconte dans des conférences sur la sécurité comment il a débriefé le président irakien. Succès assuré !

Gilles Munier

15 janvier

Paru dans Afrique Asie (janvier 2010)

Source : Bulletin des Amitiés franco-irakiennes

http://www.palestine-solidarite.org:80/dossier.Irak.Gilles_Munier.160110.htm


3-7 Saddam Hussein, retour sur un procès lynchage. 

Le président Saddam Hussein a été livré aux Américains début décembre 2003, près de Dour, par un ami chez qui il était caché. Selon l’avocat égyptien Mahmoud al-Mouni, il aurait été aussitôt transféré à l’étranger pour être interrogé, puis ramené sur le lieu de sa capture. Ce qui est certain, c’est qu’arrêté officiellement le 13 décembre, il est apparu épuisé sur les écrans de télévision, comme hébété par l'absorption de drogues. « Le voir humilié ainsi, sorti de son trou à rats», déclara alors Toby Dodge, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), est «une étape de plus dans la libération mentale des Irakiens », organisée cela va sans dire pour démoraliser la résistance irakienne.

Les « 20 interviews et 5 conversations ordinaires » du FBI, déclassifiés en juillet 2009, ne seraient que le remake soft des interrogatoires infructueux effectués avant qu’on le déclare prisonnier de guerre. Bien que réalisés avant son inculpation, et deux ans avant sa condamnation à mort, « Mr George », son intervieweur, y informait Saddam que « sa vie touchait à sa fin » !

« Tout cela est du théâtre », dit Saddam

La peine capitale, suspendue après l’invasion, avait été rétablie « provisoirement »  le 8 août 2004, par le Premier ministre Iyad Allaoui, pour condamner à mort Saddam et ses compagnons, en dépit du principe de la non rétroactivité de la loi par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Paul Bremer, chef de l’Autorité Provisoire de la Coalition (CPA), créa, en décembre 2003, un Tribunal spécial irakien (TSI) sans se soucier de légalité ou de légitimité, entendu qu’il était une émanation Département d’Etat à la Justice des Etats-Unis, puissance occupante.

La constitution du TSI n’a soulevé que des protestations de pure forme, même quand il est apparu que ses statuts n’avaient fait l’objet d’aucune consultation, que ses membres étaient formés en Grande-Bretagne pour jouer un rôle fixé d’avance, qu’aucun critère d’équité et d’impartialité n’était rempli, même pour la galerie. Dès la première séance, le 1 juillet 2004, il se présenta comme «Saddam Hussein al-Majid, président de l’Irak», refusa de reconnaître la légitimité du tribunal, rejeta les charges retenues contre lui, et déclara : « Tout cela est du théâtre, le véritable criminel : c’est Bush». 

Pour Mouwafak al-Rubaie, directeur de la Sécurité nationale du régime de Bagdad, le procès de Saddam Hussein devait être celui du siècle, faire du nouvel Irak un exemple à suivre.

Il n’en fut rien. Les juges sont apparus pour ce qu’ils étaient : des marionnettes aux mains d’opposants en mal de vengeance.

Les avocats de la défense n’eurent jamais accès à la totalité du dossier : 36 tonnes de documents à charge collationnés par des agents du FBI ne parlant pas l’arabe, ni ne purent vérifier l’authenticité des pièces remises.

Les menaces de mort se multiplièrent contre eux, dont celle de Malek Dohane al-Hassan, ministre de la Justice, de les « découper en morceaux » ! Trois furent assassinés : Saadoun al-Janabi en octobre 2005, Adil al-Zubeidi en novembre 2005 et Khamis al-Obeidi en juin 2006. La dépouille de ce dernier, retrouvée près de Sadr City, sous un poster de l’ayatollah Mohammad Sadek al-Sadr, père de Moqtada, présentait des traces de torture. L’avocat avait été promené dans le quartier, ligoté à l’arrière d’un pick-up. Abou Der’ra - le «Zarqaoui chiite» - avait célébré son assassinat en offrant un rafraîchissement général à la population des environs et invité les passants à tirer une balle sur son cadavre « pour se venger des baasistes ».

Les juges qui ne jouaient pas le jeu durent démissionner ou furent écartés.

Rizgar Muhammad Amin se retira au bout de quatre mois car les « politiques » lui reprochaient de ne pas être assez sévère. Sayeed al-Hamashi fut écarté quand on découvrit qu’il avait appartenu au parti Baas, Rauf Rashid Abdul Rahman parce qu’il était natif de Halabja, et Abdullah al-Amiri pour manque de «neutralité». Il avait déclaré que Saddam Hussein n’était pas un dictateur ! Bushra Khalil, avocate libanaise, chiite, fut expulsée, non parce qu’elle avait établi un parallèle entre l’affaire de Doujail pour laquelle il était jugé et celle d’Abou Ghraib, mais en raison de sa confession. Elle était la seule chiite dans l’équipe de défense. Cela dérangeait les Américains, dit-elle, « car le dossier perdait son caractère confessionnel ».

Finalement, Nouri al-Maliki, nouveau Premier ministre, désigna un membre de la Brigade Badr, Mohammad al-Araiby, comme juge.

Les pro-iraniens voulaient en finir vite, car le bruit courait que Donald Rumsfeld avait proposé à Saddam de le libérer en échange d’un appel demandant aux « résistants » de déposer leurs armes. Le Président avait refusé.

Les pro-iraniens ne voulaient courir aucun risque, d’autant qu’on sait aujourd’hui que la résistance avait envisagé de le libérer en attaquant sa prison, et qu’il s’en était fallu de peu pour que l’opération ait lieu.

Le verdict tomba le 5 novembre 2006. Comme prévu, le TSI condamna à mort Saddam Hussein, son demi-frère Barzan al-Tikriti et le juge Awad al-Bandar. Les 300 pages justifiant la décision ne furent remises à la défense que le 22 novembre pour qu’elle n’ait pas le temps de l’étudier sérieusement.

De toute manière, Saddam avait interdit à ses avocats de réclamer sa grâce. Comme le dira un membre de l’Union des juristes irakiens: « Ce procès n’a été qu’une farce dégoûtante … ».

Rites barbares

La sentence fut confirmée le 26 décembre. Les autorités d’occupation avaient 30 jours pour fixer la date de l’exécution. C’était trop. George Bush voulait que Saddam soit exécuté avant le nouvel an chrétien et avant un  discours qu’il devait prononcé sur sa nouvelle stratégie en Irak. La date de l’Aïd al-Adha sunnite fut suggérée par Nouri al-Maliki qui, mariant son fils ce jour-là, ne prévoyait pas d’assister à la pendaison, mais avait ordonné qu’on transporte le cercueil du Raïs à son domicile pour fêter l’exécution. Dans la nuit du 30 décembre, les Américains livrèrent Saddam Hussein à ses bourreaux. La Hawza de Nadjaf avait donné son aval au choix de la date, façon barbare de signifier aux Irakiens que le pouvoir religieux avait changé de mains, que le rite chiite prévalait désormais dans le pays.

L’exécution était conçue comme un spectacle multimédia. Une caméra filmait officiellement l’évènement, doublée par un ou plusieurs téléphones portables dont celui de Mouwafak al-Rubaie.

Ils espéraient tous le voir s’effondrer à la dernière minute.

Le Président est monté calmement à la potence sous les insultes des extrémistes de l’Armée du Mahdi invités pour l’occasion.

Moqtada al-Sadr était présent, mais il a démenti avoir participé, masqué, à l’exécution comme l’affirma, photo à l’appui, un journal saoudien. Saddam a répondu sarcastiquement à un de ceux qui le conspuait : «Hiya hiy al marjale?» - «Est-ce çà, ta virilité?» -  répartie qui remonte aux temps anciens de l’Arabie et de l’islam, intraduisible littéralement car associant virilité et courage, fierté et valeurs chevaleresques. A un autre qui lui a dit d’aller en enfer, il répliqua que l’enfer, c’était ce que l’Irak était devenu.

La corde au cou, on ne lui laissa pas le temps de terminer la Shahada, la profession de foi des musulmans. La trappe s’ouvrit sous ses pieds. Des fanatiques se jetèrent ensuite sur sa dépouille pour tenter de l’égorger. Comme prévu, son cercueil fut exposé au domicile de Nouri al-Maliki  pour égayer les personnalités invitées au mariage de son fils. Le convoi funèbre prit ensuite le chemin d’Al-Awja, près de Tikrit, où son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage.

Pendu le jour de l’Aïd al-Adha,

fête du sacrifice… et du pardon

L’Aïd al-Adha (ou Aïd el-Kebir) commémore le sacrifice d’Abraham. Pour les musulmans, c’est la fête du pardon, de la réconciliation, de la clémence et de la générosité. Elle a lieu le dixième jour du mois de Dhul Hijja du calendrier lunaire islamique, 40 jours après l’Aïd el- Fitr qui correspond à la fin du Ramadhan. La différence de date de sa célébration chez les sunnites et les chiites irakiens n’est pas fonction de l’apparition de la lune qui clôt le jeûne du Ramadhan.

Sous Saddam Hussein, la date était la même pour les deux communautés.

Pour des motifs politico-religieux, les autorités religieuses chiites formant  la Hawza de Nadjaf se sont mis depuis 2003 à l’heure de Téhéran. Pour se différencier des sunnites, les Iraniens n’aperçoivent la lune… qu’un jour plus tard, ce qui décale automatiquement la célébration de cette fête pour les chiites irakiens.

Gilles Munier

8/1

Article paru dans Afrique Asie

Version revue et augmentée

de « Saddam Hussein, Raïs martyr » (30/12/07)

http://www.france-irak-actualite.com/


Tarek Aziz hospitalisé –

Le Vice-premier ministre irakien Tarek Aziz a été hospitalisé d’urgence le 17 janvier sur la base américaine de Balad (ex Al-Bakr), près de Ramadi, suite à une nouvelle attaque cardiaque.

Il aurait perdu l’usage de la parole. Sa famille n’a pu obtenir de nouvelles de son état de santé, ni des autorités américaines, ni irakiennes.

Son décès en prison les arrangerait beaucoup. Il est scandaleux que dans son cas, comme dans d’autres, la Croix-Rouge n’intervienne pas pour le faire libérer pour raison de santé.

Pour les dirigeants irakiens arrêtés après l’invasion, le compte à rebours vers les chambres de torture de Nouri al-Maliki a commencé: ils seront bientôt livrés au régime de Bagdad par leurs geôliers étasuniens.

Nouvelles d’Irak (20/1/10)

 

3-8 Gilles Munier : Tarek Aziz, l'homme qui en sait trop. 

Un nationaliste arabe de la génération 58

Tarek Aziz - huit de pique du jeu de cartes du Pentagone - est la personnalité irakienne la plus connue, avec Saddam Hussein. Il est né en 1936 à Tel Keyf, près de Mossoul, dans une famille chrétienne chaldéenne. Peu pratiquant, il se considère comme Arabe avant tout, son prénom ayant été choisi en mémoire de Tariq Ibn Ziad, conquérant de l’Andalousie au 8ème siècle.

Lecteur dans sa jeunesse d’Hegel, de Marx et de Nietzsche, féru d’histoire arabe, il a adhéré tôt au parti Baas. Fidèle au courant originel dirigé par Michel Aflak, il a été emprisonné un an en Syrie, en 1966, après le coup d’Etat d’Hafez al-Assad.

Après la Révolution baasiste en Irak de 1968, il a été directeur d’Al-Thawra - quotidien du parti -  ministre de l’Information et de la Culture, des Affaires étrangères, et vice-Premier ministre à deux reprises. Il est membre du Commandement régional (irakien) du parti depuis 1974, et du Conseil de Commandement de la Révolution depuis 1977.

Le 1er avril 1980, il a été blessé lors d’un attentat faisant plusieurs morts à l’Université Moustansirya de Bagdad. Les terroristes d’Al-Dawa, basé à Téhéran, voyait déjà en lui un de ses principaux ennemis.

  Tarek Aziz est un des plus grands diplomates arabes contemporains. Il a été de tous les combats : pour la libération de la Palestine, contre l’apartheid et l’impérialisme américain dans le Tiers monde. Les Anglo-saxons lui reprochent d’être un des artisans de la « politique française de l’Irak ». Il a présidé la Conférence de Bagdad qui réunissait tous les 6 mois plusieurs centaines de partis et d’organisations luttant pour la levée de l’embargo.

Les Américains ne veulent pas que Tarek Aziz parle des relations irako-américaines sous Reagan et au début du mandat de Bush père. Les Iraniens et leurs alliés miliciens se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile.  

Le 29 avril dernier, dans le box du Haut tribunal pénal de la Zone verte, le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz est apparu fatigué, malade, amaigri par 5 ans d’incarcération au Camp Cropper, près de l’aéroport de Bagdad . Le juge kurde Raouf Abdel Rahmane, connu pour avoir condamné à mort Saddam Hussein, l’accuse d’avoir participé, en 1992, à la décision d’exécuter 42 grossistes qui spéculaient sur le prix des denrées alimentaires. Ceux qui sont allé à Bagdad cette année là savent dans quelle situation dramatique se débattaient les Irakiens. En raison de l’embargo, le dollar dépassait les 3000 dinars, alors qu’en 1990 il en fallait trois pour avoir un dinar. Les denrées alimentaires et les médicaments manquaient  ou étaient hors de prix.

Cela dit - et quelle que soit l’opinion portée  sur la rigueur de la justice irakienne en temps de guerre - il faut préciser que Tarek Aziz ne s’occupait ni des questions de sécurité, ni du commerce. De plus, il n’a pas participé - selon son fils Ziad, réfugié en Jordanie - à la réunion du Conseil de Commandement de la Révolution – organe suprême du pays, dont il était membre -  qui a étudié le dossier des grossistes. Le vice-Premier ministre avait en charge les relations internationales et la levée du blocus. Les accusations portées aujourd’hui contre lui ne sont pas crédibles. Personne n’a d’ailleurs jamais déposé de plainte contre lui. Tarek Aziz, dit-on en Irak, « n’a pas de sang sur les mains ».  

Incarcéré dans la « cellule des chiens »

Depuis sa reddition, en avril 2003, son dossier en justice était vide. Il n’était accusé de crime, périodiquement, que lorsqu’il était question de le libérer pour raisons de santé. Le régime de Bagdad, s’y refusant obstinément, l’a ainsi accusé d’avoir participé à la condamnation à mort, en avril 1980, de l’Ayatollah Muhammad Baqer al-Sadr, fondateur d’Al-Dawa, puis à la répression de complots internes au parti Baas dans les années 70 et 80, et enfin à celle du soulèvement sudiste de 1991, après la première guerre du Golfe.

Les Américains, véritables organisateurs des procès de Bagdad, ne lui pardonnent pas d’avoir refusé de témoigner contre Saddam Hussein -  y compris en échange de sa libération -  et son intervention en faveur du Président irakien et des autres accusés au procès.

Washington craint aussi les révélations qu’il pourrait faire sur les dessous de la politique moyen-orientale américaine du temps de Reagan et au début du mandat de Bush père. Il peut évoquer le scandale étouffé de la BCCI, ou l’Iraqgate avec le détournement de subventions agricoles pour vendre des produits chimiques à double emploi, ou encore le versement de commissions aux partis Républicain et Démocrate lors d’achats massifs de blé ! Les Iraniens et Al-Dawa se vengent d’un baasiste emblématique et d’un chrétien indocile. Abdul-Aziz Al-Hakim, chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, a déclaré que la présence de chiites parmi les commerçants exécutés aggravait son cas.

Au Camp Cropper, au début de sa détention, Tarek Aziz était enfermé dans une pièce d’un mètre sur deux, appelée « « cellule des chiens », réservée jadis à ceux des services de sécurité de l’aéroport.  Malgré ses problèmes cardiaques – il a été hospitalisé d’urgence deux fois -  malgré les interrogatoires ponctués d’insultes et de menaces, il n’a pas craqué. En 2005, trompant l’attention de ses gardiens, il a griffonné un appel sur le carnet de Badie Aref, son avocat irakien. Il demandait à l’opinion publique internationale un « traitement équitable, un procès équitable précédé d’un enquête équitable ». Depuis, son avocat a été menacé de mort et s’est réfugié à Amman. Les Américains l’ont informé qu’ils n’assuraient plus sa sécurité et un juge a lancé un mandat d’arrêt contre lui, sous prétexte qu’il ne partage pas son avis sur le soulèvement sudiste de 1991.

« Que sont mes amis devenus ? »

L’annonce du procès de Tarek Aziz n’a pas encore soulevé de  protestations d’importance au niveau mondial, ni ému, semble-t-il, les personnalités qui faisaient des pieds et des mains pour entrer dans son bureau à Bagdad ou pour le rencontrer lors de ses déplacements à l’étranger. A Paris, sa suite à l’hôtel Meurice ne désemplissait pas de solliciteurs, toutes tendances confondues. 

Nicolas Sarkozy, interrogé en janvier 1995 sur la visite à Paris de Tarek Aziz – c'est-à-dire après les faits qui lui sont aujourd’hui  reprochés – avait déclaré que la France avait le droit « de recevoir qui elle veut, quand elle veut ». Lionel Jospin, Alain Juppé, Charles Pasqua, l’avaient reçu. Il s’était même entretenu discrètement avec le Président Chirac. Que sont tous ses amis devenus ?  

L’appel lancé en mai 2003 pour la libération de Tarek Aziz  par les Amitiés franco-irakiennes,  relancé en 2005 par le parlementaire britannique George Galloway a certes réuni plus de 250 signatures - notamment celles de Jean-Pierre Chevènement et du Président Ahmed Ben Bella – mais il est demeuré sans effet. Un Comité de défense de Tarek Aziz et des prisonniers politiques irakiens a été créé fin avril dernier, sans trop d’illusions sur l’attitude que vont adopter ses « amis » politiques français. Certains - comme Roselyne Bachelot qui présidait le Groupe d’Etudes France-Irak à l’Assemblée nationale - sont aujourd’hui au pouvoir… et bien silencieux. 

La France se tait

La défense de Tarek Aziz, au niveau international, est assurée par Jacques Vergès. L’avocat a demandé un visa pour s’entretenir avec son client. Il veut faire le procès de l’invasion et de ses crimes. Il mettra en cause la légalité du Haut tribunal spécial, notamment au regard des conventions internationales sur le traitement des prisonniers de guerre. On comprend pourquoi les autorités de la Zone verte – comme on dit à Bagdad – font la sourde oreille à sa demande.

 Quelle que soit la réponse américaine, se posent déjà des problèmes de sécurité. Au procès de Saddam, des avocats ont été menacés. L’un d’eux a été assassiné. Des témoins de la défense, effrayés, ont refusé de comparaître. La France qui a voté, le 16 octobre 2003, la résolution 1511 du Conseil de sécurité avalisant l’occupation de l’Irak, a plus qu’un mot à dire sur ce qui s’y passe depuis. Elle doit veiller, entre autre, au bon déroulement du procès de Tarek Aziz. Le silence du Quai d’Orsay, en la circonstance, signifierait complicité.

Gilles Munier

(Afrique Asie – juin 2008)


3-9 Halabja, procès en catimini.

Talabani accuse un rival d’être responsable de massacre

Le 17 janvier dernier, la Haute Cour pénale irakienne - ex Tribunal spécial irakien, créé en 2003 par les autorités d’occupation - a condamné à mort Ali Hassan al-Majid  pour avoir ordonné le bombardement au gaz de la ville kurde de Halabja, le 16 mars 1988.

A l’époque, l’Irak était en guerre avec l’Iran et il coordonnait les activités militaires et de renseignement dans le nord du pays. La peine capitale prononcée à son encontre par le juge Aref Abdoul-Razzak al-Chahine étant courue d’avance, la tenue du procès avait été fixée d’un commun accord par Nouri al-Maliki et Massoud Barzani, pour tomber avant les élections législatives, alors prévues fin janvier.

Le procès de Hassan al-Majid ayant été uniquement instruit à charge, il est bon de rappeler que la bataille de Halabja a été provoquée par l’entrée au Kurdistan irakien d’une colonne de Gardiens de la révolution iranienne (Pasdarans), guidée par un groupe de peshmergas de l’Union Populaire du Kurdistan (UPK), le parti de Jalal Talabani, actuel président de la République. En pleine guerre Iran-Irak, c’était un acte de trahison.

L’opération Val Fajr-10

Arrivés près de la ville, les Iraniens s’étaient emparé d’une garnison irakienne, et - selon le témoignage d’un ancien ambassadeur de France à Bagdad - égorgé les prisonniers et leur famille. A Téhéran, les mollahs organisateurs de cette opération, baptisée Val Fajr-10, savaient ce qui risquait de se passer ; les chefs de l’UPK probablement aussi. A chaque fois que les Iraniens perçaient dangereusement les lignes irakiennes, les gaz étaient utilisés pour les repousser. Malgré le danger, l’UPK avait ordonné à la population de Halabja de se rassembler pour accueillir leurs « libérateurs ». Qu’est-il arrivé ensuite ? En avril 2003, George Bush et ses alliés kurdes avaient promis un procès retentissant. Il s’est déroulé en catimini, ou presque ; comme si Halabja n’intéressait plus grand monde. La presse internationale, qui avait fait du massacre le nerf de la campagne de diabolisation de Saddam Hussein, était absente. Quid alors des preuves et des révélations annoncées depuis plus de vingt ans ? On aurait aimé entendre des experts expliquer ce qui s’est réellement passé ce jour-là, documents à l’appui, et savoir quels pays occidentaux avaient livré le ou les gaz aux belligérants, car dans ce domaine les Iraniens n’étaient pas en reste. Les pasdarans avaient – les premiers - utilisé du gaz au cyanure dès le début de la guerre Iran-Irak, à Mouhamarra (Khorramchahr, en persan), pour casser l’offensive irakienne en Arabistan (Khouzistan, en persan), et au Kurdistan iranien en 1982 et 1987, selon un témoignage du regretté docteur Abderrahman Ghassemlou, secrétaire du Parti Démocratique Kurde d’Iran.

Les Pasdarans croyaient que la ville avait été reconquise…

Que l’armée irakienne ait utilisé du gaz pour annihiler l’offensive iranienne sur son territoire ne fait pas de doute, mais pourquoi escamote-t-on les documents accusant l’Iran d’en avoir fait autant au cours de la bataille, et à Halabja précisément ? Le 4 mai 1990, le Washington Post a résumé un rapport classifié de l'Army War College affirmant que l’interception par les Etats-Unis des communications échangées sur le champ de bataille désignait l’Iran comme l’auteur du bombardement au gaz de Halabja. Les Pasdarans croyaient que la ville avait été reconquise… Ce rapport, co-rédigé par le docteur Stephen Pelletiere, analyste de la CIA spécialiste de l’Irak, précisait que l’Irak ne possédait pas le type de gaz utilisé à cet endroit.

Ali Hassan al-Majid sera sans doute pendu dans les prochaines semaines (1), mais l’affaire du massacre de Halabja ne sera pas close pour autant. Le site kurde Rudaw.net a révélé qu’il y a deux mois, pendant l’assemblée plénière de l’UPK, Jalal Talabani a accusé son ancien n°2, Nawshirwan Mustafa -  aujourd’hui chef du Gorran (Changement), mouvement kurde d’opposition - d’être responsable du bombardement. Que voulait-il dire exactement ? Il est vrai qu’ « Oncle Jalal » était à Londres au moment des faits, tandis que Nawshirwan dirigeait la guérilla séparatiste sur place, mais il est impensable que la participation de l’UPK à l’offensive Val Fajr-10 ait été décidée sans son accord. La vérité finira par éclater. Le déballage en famille s’annonce nauséabond, surtout quand on sait que Peter Galbraith* - impliqué aujourd’hui dans un scandale pétrolier impliquant le gouvernement kurde de Massoud Barzani - est à l’origine de la campagne accusant Saddam Hussein d’avoir « massacré son propre peuple ». Aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi le 16 mars 2006, lors de la cérémonie anniversaire du massacre, la population de Halabja a incendié le monument qui le commémore. Le détournement des dons qui y sont recueillis, au bénéfice des victimes civiles de la bataille, n’était dans doute pas la seule raison de la fureur des manifestants.

(1) Article mis en ligne le 24/1/10.

Ali Hassan al-Majid a été pendu le lendemain.

G. Munier/X.Jardez
26 janvier 2010 avec l'aimable autorisation de Gilles Munier


3-10 Guillaume Dacquié : Les suites de l'embargo : «Pétrole contre nourriture».

L’Irak demande réparation aux entreprises qui ont détourné à leur profit le programme «Pétrole contre nourriture» entre 1997 et 2003.

La banque française, au cœur du système, est en première ligne.

Dix milliards de dollars. C’est le montant des pénalités que réclame l’Irak à 93 industriels et banquiers convoqués devant le tribunal de New York pour avoir violé, entre 1997 et 2003, le programme «Pétrole contre nourriture».

Celui-ci consistait à confier la vente du pétrole irakien à un bureau de l’ONU, qui encaissait les revenus sur un compte spécial de BNP Paribas ouvert à New York. Ce compte servait ensuite à acheter des produits de première nécessité pour la population irakienne. Mais le dispositif a nourri davantage de corrupteurs que d’Irakiens.

Conséquence : la jeune république d’Irak poursuit maintenant en justice le gotha du commerce mondial, tels Chevron, Volvo, Renault Truck, Siemens France, Air Liquide, Hoffman-La Roche, Fiat, Glaxosmithkline et BNP Paribas. Selon l’accusation, les compagnies pétrolières achetaient le baril à des prix bradés, et les industriels vendaient à l’Irak des biens de première nécessité périmés ou dégradés. En contrepartie des marges ainsi réalisées, d’une part ces grands groupes soutenaient le lobbying en faveur de la fin de l’embargo contre l’Irak de Saddam Hussein, et d’autre part ils versaient des pots-de-vin sur deux comptes ouverts à Beyrouth et à Amman gérés par des proches du dirigeant irakien.

Le rôle du banquier. Dans ce schéma, BNP Paribas occupait donc une place à part en sa qualité de banquier du programme Pétrole contre nourriture. Un accord confidentiel, signé le 12 septembre 1996 avec les Nations unies, stipule que «la banque sera responsable des compétences techniques et professionnelles de ses employés et sélectionnera, pour l’application de cet accord, les personnels qualifiés répondant à des standards élevés d’éthique et de morale». Dans sa succursale de la Septième avenue à New York, BNP Paribas a employé jusqu’à 90 personnes pour gérer ce compte de séquestre des Nations unies, qui a vu passer 64 milliards de dollars de pétrole irakien vendu. Si le juge estime que la banque n’a jamais payé en connaissance de cause et de manière répétée des opérations douteuses, l’hypothèse d’un schéma illicite global sera ébranlée. Sinon… les 10 milliards de dollars (7 milliards d’euros) demandés par l’Irak paraîtront recevables.

Les Assignations. Pour l’heure, à travers le monde, un bataillon d’huissiers vient d’achever de remettre l’assignation à comparaître aux responsables juridiques des 93 sociétés visées. Par exemple chez BNP Paribas, boulevard des Italiens à Paris, le 11 mars, ou chez Renault Agriculture, à Vélizy (Yvelines), le 9 octobre, comme le montrent les constats d’huissiers recueillis par Libération. Le 31 juillet, les avocats de l’Irak ont déposé leurs conclusions sur le bureau du juge new-yorkais sous la forme d’une plainte de 202 pages, dont nous avons obtenu copie. Le juge Gary Lynch, en charge du dossier, a accordé jusqu’au 15 janvier aux entreprises poursuivies pour se défendre des griefs énumérés dans ce document. Ensuite, il examinera l’opportunité de renvoyer tout ce beau monde devant le jury populaire d’un tribunal civil.

L’enjeu financier. A Bagdad, Fadel Kadum, le conseiller justice du Premier ministre irakien, a confirmé à Libération que son gouvernement avait confié «un mandat à des avocats américains pour que son pays soit dédommagé des malversations autrefois commises» par des géants de l’économie et de la finance. Avec l’espoir, peut-être, que des condamnations soutiendront l’effort de reconstruction du pays. Comparées au budget national de l’Irak - 49 milliards de dollars (34 milliards d’euros) pour l’année 2009 - les sommes en jeu devant la justice de New York ne passent pas inaperçues. D’ailleurs, la décision d’initier cette procédure remonte au printemps 2008, au moment où l’administration Bush décidait de prolonger son contrôle sur les réserves financières de l’Irak tout en poursuivant au pénal les entreprises qui autrefois avaient violé l’embargo. La perspective d’obtenir un peu de souplesse budgétaire en lançant des démarches comparables, mais au civil cette fois, n’a peut-être pas échappé aux juristes de Bagdad. Sur le fond, l’affaire promet une belle bataille devant le juge américain. «Les entreprises poursuivies se sont individuellement associées à un seul et même schéma délictueux, mis en place par le régime de Saddam Hussein, nous a expliqué l’un des avocats chargés de défendre l’Irak, Mark Maney, installé à Houston. Si nous en apportons la preuve, chacune d’entre elle pourra être tenue responsable de la totalité des 10 milliards de dollars de réparation.»

Les accords au pénal. De quoi préoccuper les sociétés les plus solvables. Car au-delà de débats procéduriers, personne ne conteste la réalité des faits. Ainsi, au plan pénal cette fois, des grands noms de l’industrie ont déjà signé des transactions avec le département américain de la Justice pour mettre fin à des poursuites engagées pour les mêmes délits que pointent les avocats de l’Irak. Paradoxe : ces accords les placent à l’abri de prochaines condamnations pénales sur le territoire américain, mais les accablent dans le cadre de ces poursuites civiles diligentées par la république irakienne. Noir sur blanc, ils reconnaissent les délits financiers. Comme en attestent des courriers que nous avons recueillis : une lettre du 18 mars 2008 montre ainsi que Volvo et Renault Truck ont signé une convention avec la justice américaine au terme de laquelle ils admettent leur participation à un schéma de corruption au profit des proches de Saddam Hussein et acceptent d’acquitter une amende de 7 millions de dollars. Idem pour le groupe Siemens, à propos duquel une lettre du 15 décembre 2008 indique que le département de la Justice a abandonné ses charges après paiement d’une amende de 448 millions de dollars. Le groupe Fiat a accepté semblable transaction, contre 7 millions de dollars, le 11 janvier 2009. Simultanément à ces arrangements amiables, d’autres procédures criminelles devant les tribunaux américains ont mis en évidence la responsabilité de personnages clés dans le contournement de Pétrole contre nourriture, tel le fonctionnaire de l’ONU chargé de diriger le programme, Benon Sevan, inculpé en 2007.

La défense de BNP Paribas. Ces pièces du dossier, ajoutées aux divers rapports parlementaires et politiques (comme celui de l’Américain Paul Volcker, en avril 2005), n’ébranlent pas les avocats de la défense. A Paris, la direction de BNP Paribas n’a pas souhaité nous recevoir pour s’expliquer. Mais dans un communiqué remis à notre journal, ses responsables affirment : «Toute allégation selon laquelle BNP Paribas aurait agi d’une manière incorrecte […] est infondée. La banque compte par conséquent demander à la Cour le rejet de la plainte.» Leur avocate à Washington, Jen Spaziano, travaille d’arrache-pied à la rédaction des réponses de la défense, que le juge recevra sous peu. Elle insistera vraisemblablement sur l’absence de responsabilité de la banque, qui se serait contentée d’exécuter des opérations financières sans jamais savoir qu’elles participaient d’un schéma illicite. Elle devrait aussi faire valoir deux décisions des tribunaux américains prises entre 2006 et 2008 où des plaignants ont été déboutés de leurs prétentions contre la banque pour les malversations dans Pétrole contre nourriture. Cependant, la république d’Irak ne s’était pas encore manifestée. Et ses avocats n’en démordent pas : ils estiment que «le compte séquestre de la BNP était le point le plus critique de la coordination» des opérations illicites. Page 175 de sa plainte, Mark Maney tranche : «La BNP a été un participant actif au schéma délictueux de par ses efforts pour dissimuler la participation des entreprises poursuivies, et à travers sa défaillance volontaire à fournir à la commission [de l’ONU, ndlr] tous les détails des transactions.» Au juge Gary Lynch, maintenant, d’apprécier la moralité du banquier français.

GUILLAUME DASQUIÉ

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http://www.liberation.fr/societe/0101611984-embargo-bagdad-aux-troussesde-la-bnp 



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