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09.02.2010

n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02 - : Fin : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.

n°31- Géopolitique & stratégie d'Iran - 08-02  - : Fin  : - : L’« Axe du Mal » de l’administration Obama.


Géopolitique & stratégie d'Iran

  n°31 du 08-02                        C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :

2 Annexe

2-1 Rapport introductif sur l’évolution de la politique mondiale,

2-2 Gabriel Arnoux : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan.

2-3 Howard Zinn : La légalisation de l'injustice.

2-4 Barack Obama : Discours sur l’état de l’Union 2010.


2 Annexe

2-1 Rapport introductif sur l’évolution de la politique mondiale,

Nous allons maintenant étudier l’évolution de la politique mondiale. Sans entrer dans trop de détails essayons ensemble de dégager les idées essentielles qui caractérisent la situation d’aujourd’hui

EXTRAIT

La mondialisation n’a pas généré un monde plus sûr au contraire. Le risque d’une guerre d’une ampleur encore jamais connue est bien réel. Rappelons quelques données qui montrent les sommes énormes englouties chaque année par la militarisation galopante.

En 2008, le chiffre officiel (donc minoré) des dépenses de guerre s’est élevé à 1.500 milliards de dollars.

Depuis 1988, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 45% !

Les USA, le Royaume Unis, la Chine, la France et le Japon représentent à eux seuls 63% des dépenses mondiales. Près de la moitié de ces dépenses est effectuée par les Etats-Unis.

En 2008, 87% des ventes d’armes ont été réalisées par 5 pays : les USA avec 54%, le Royaume Unis avec 13%, la Russie 9,5%, la France 6%, et… Israël avec 5,3%.

Dans notre pays, le budget militaire atteint 48 milliards d’euros. Le gouvernement vient d’annoncer que les crédits atteindront 96,2 milliards en 20011. En 3 ans, le budget aura doublé !

La Chine est désormais capable de construire des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et plus de 40.000 soldats américains dont la 7ème flotte de l’US Navy stationnent au Japon. Cela donne une petite idée du danger de guerre permanent qui pèse sur le monde.

Montrons ce danger, prenons nettement position contre cette menace permanente qui plane sur nous. Comme pour le reste, il n’y a que nous qui puissions le faire.

Les groupes capitalistes internationaux se livrent une lutte permanente et acharnée pour étendre leurs zones d’influence dans le monde entier, pour contrôler les sources de matières premières, pour contrôler économiquement et politiquement tel ou tel état.

La propagande capitaliste nous annonçait un monde devenu enfin « libre » après la fin de l’Union Soviétique et la chute du mur de Berlin, on voit ce qu’il en est.

Les 11 et 12 décembre, plus de 45 compagnies pétrolières de la planète, dont naturellement TOTAL, étaient à Bagdad où le gouvernement irakien va procéder à l’attribution de 10 énormes gisements pétroliers et gaziers à des sociétés étrangères. Le gouvernement irakien - à la solde de qui vous savez – vise une production d’au moins 6 à 7 millions de barils par jour d’ici six ans.  Si l’Irak réussit à atteindre cet objectif, le pays deviendra alors le troisième producteur de pétrole de la planète, derrière la Russie et l’Arabie saoudite. De quoi remettre en question l’équilibre des forces au sein de l’OPEP et irriter les voisins, en particulier l’Arabie saoudite. C’est pourquoi Ryad n’a toujours pas nommé d’ambassadeur à Bagdad ! Des possibilités de découverte sont importantes. Le pays affiche l’un des taux de forage les plus faibles du monde et certaines zones restent largement inexplorées dans l’Ouest de son territoire.

Le Moyen- Orient est l’une des régions de la planète les moins ouvertes aux compagnies étrangères et les plus riches en pétrole. Il est difficile de ne pas aller en Irak alors que le pays offre les coûts d’extraction les plus faibles du monde. Qui plus est, Bagdad a réduit la fiscalité pétrolière et a revu à la baisse le montant des investissements qui doivent être réalisés au cours des trois premières années.

« TOTAL veut retourner en Irak, un eldorado à haut risque » titrait récemment le journal « Le Monde ». La concurrence avec les groupes chinois s’annonce redoutable.

Les majors savent qu’elles ne peuvent être absentes d’Irak, les défis géopolitiques, économiques et autres sont de plus en plus grands sur tous les continents. L’Irak possède près de 10% des réserves mondiales derrière l’Arabie saoudite et… l’Iran !

TOTAL exploite des gisements au Kurdistan depuis la fin des années 1920. Les autorités irakiennes avaient menacé d’exclure les firmes françaises pour punir Paris d’avoir refusé de se joindre aux Etats-Unis dans la guerre de 2003. Elles ont changé de ton. « Nous devons favoriser une offre française, quels que soient les chiffres. Nous voulons voir Total travailler sur nos champs pétrolifères », a récemment déclaré le président irakien Jalal Talabani.

Nous sommes à des années lumières de ce qui s’est passé en 2003, quand les USA ont justifié leur invasion de l’Irak et toutes les horreurs qui ont suivi par un mensonge scandaleux : ce pays fabriquait l’arme atomique, il était temps de le mettre à la raison.

Même scénario concernant l’Iran. Cette grande puissance capitaliste de 70 millions d’habitants, économiquement riche de ressources autres que pétrolières pas encore exploitées, entend dominer la partie du monde géographiquement proche d’elle. Procédé classique courant dans ce monde capitaliste. Ce faisant elle se heurte inévitablement aux grands pays comme les Etats-Unis, l’Europe etc… Il sera intéressant d’analyser de plus près le rôle de la Chine, de la Russie et d’autres. Au travers de l’Iran, on mesure toute l’âpreté de la guerre économico-politique qui frappe cette partie du monde, sans parler de la guerre tout court qui peut intervenir d’un moment à l’autre. Dénoncer cela ne signifie surtout pas que nous serions des défenseurs du régime capitaliste qui règne en Iran.

En Afrique le Nigéria  - 150 millions d’habitants – est le troisième producteur de pétrole au monde. Ses réserves sont estimées à 3% des réserves mondiales, mais il doit importer la totalité des produits pétroliers dont il a besoin en raison de l’insuffisance de ses capacités de raffinage ! On croit rêver. Les réserves de gaz détectées jusqu’à présent sont immenses (5,2 milliards de m3, 3% des réserves mondiales).

Les compagnies pétrolières portent l’entière responsabilité dans l’état de faillite du Nigéria.

Hillary Clinton (tiens, tiens !) s’est rendue au Nigéria avec une délégation importante représentative du capitalisme US. Les compagnies américaines ont investi plus de 15 milliards de dollars et ce n’est qu’un début ! Le gouvernement américain est inquiet, «  en cas de succession, il y aura de nombreuses inquiétudes… Personne à Washington ne veut voir le Nigéria menacé de la sorte » a déclaré un dirigeant US. Le Nigéria fournit 8% des importations de pétrole américain.

Du même mouvement la secrétaire d’état américaine s’est rendue en Angola qui fournit 7% du pétrole US ( en augmentation de 51% au cours de l’année 2008). L’Angola préside l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole). Les échanges entre les Etats-Unis et l’Afrique subsaharienne ont augmenté de 28% en 2008. Les importations vers les Etats-Unis s’élèvent à 86 milliards de dollars (du pétrole à 80%), les exportations à 18 milliards de dollars. Ce qui explique que Mme Clinton ait souhaité un partenariat fort avec les pays d’Afrique dans le cadre d’échanges commerciaux car « la croissance économique dans des pays en développement est un avantage pour l’économie américaine en élargissant les marchés ». Cela explique par exemple la présence permanente d’une flotte militaire américaine prête à toute éventualité, dans le golfe de Guinée. Ajoutons que plus de 20 interventions armées en 10 ans ont eu lieu dans cette même zone.

BP a découvert un champ pétrolifère géant dans le golfe du Mexique et d’autres découvertes sont possibles. L’exploitation de réserves de pétrole ferait du Brésil l’un des 10 principaux producteurs, entre le Vénézuela et le Nigéria.

A son tour, le grand Nord est devenu l’objet  de grands enjeux politiques, d’une concurrence effrénée entre grandes puissances. 1,2 millions de km2 de fonds marins  ( 2 fois la superficie de la France contiennent des réserves gigantesques de pétrole, de gaz, d’or, de diamants, de minerai rares. Une course de vitesse est engagée pour le contrôle et l’exploitation de telles ressources. Le journal « l’Humanité » écrit à ce sujet : « Le découpage de la zone entre riverains n’est pas bien défini, ce qui crée des controverses et rivalités. La Russie notamment considère que la chaîne  de montagnes marines, potentiellement riche en hydrocarbures, est pour sa plus grande partie une extension de la Sibérie. De son côté le Danemark estime qu’elle est une extension du Groënland, territoire  danois autonome. Des revendications territoriales sont également avancées par les Etats-Unis, le Canada, la Norvège. Ces revendications controversées créent naturellement une situation conflictuelle lourde de dangers, dans la mesure où se développent des moyens militaires pour appuyer les positions.Les Etats-Unis ont indiqué à maintes reprises notamment dans une directive présidentielle du début de cette année, leur intention d’établir leur revendication territoriale et d’étendre leur présence militaire dans le Grand Nord à savoir le cercle polaire et les eaux qui s’y rattachent, les mers de Barents et de Norvège ainsi que la Baltique. 

Sous la houlette des USA, l’OTAN fait avec 10 pays des manœuvres militaires en Suède et des exercices de guerre en mer du Nord près des côtes d’Ecosse. De son côté, la Russie a décidé de déployer un contingent de forces armées et des forces aériennes dans la zone arctique.

Nous pourrions multiplier les exemples et pas seulement à propos des ressources pétrolifères ou minières. Tous montreraient comment les groupes capitalistes internationaux se livrent une lutte acharnée pour étendre leurs zones d’influence dans le monde entier, comment les « superpuissances » aggravent les tensions de toutes sortes, pouvant aller jusqu’à la guerre pour le contrôle des matières premières.

Les peuples font les frais de cette politique. On parle à juste titre des millions de morts de la deuxième guerre mondiale, mais aujourd’hui ce chiffre est largement dépassé. Depuis 1945 les conflits « locaux » ont fait 100 millions de victimes. Selon l’ONU, deux millions de mineurs ont trouvé la mort ces dernières années, six millions ont été gravement blessés et invalides. On compte un million d’orphelins, des dizaines de millions de traumatismes psychologiques. Les réfugiés déplacés se chiffrent à près de 200 millions (4 à 5 millions d’afghans réfugiés en Iran et au Pakistan, 2 millions d’Irakiens errent dans leur pays, autant se sont réfugiés à l’étranger. On en compte 4,6 millions en Palestine, 1,7 millions au Congo).

En Amérique Centrale, l’existence de Cuba et l’accès des forces populaires dans certains gouvernements ont modifié les rapports dans  cette partie du continent qui est de moins en moins « l’arrière-cour » des USA. C’est un changement de taille dans l’histoire de l’humanité.

Comme il fallait s’y attendre, les dirigeants capitalistes américains multiplient les provocations et les agressions pour tenter de reconquérir le terrain perdu. 7 bases de l’armée US viennent de s’installer en Colombie s’ajoutant ainsi à celles présentes au Honduras et aux Antilles. D’autres doivent s’installer au Panama. La 4ème flotte américaine patrouille en permanence dans la région.

Barack Obama  avait annoncé des relations nouvelles avec l’Amérique Latine.

Il  n’a pourtant pas hésité à couvrir le putsch contre le gouvernement élu du Honduras. L’objectif affiché était  le combat contre le terrorisme et le trafic de drogue ! Vaste opération de propagande souvent utilisée pour justifier une éventuelle agression.

La récupération de leurs ressources naturelles et la défense de leur souveraineté ont conduit l’Union des Nations de l’Amérique du Sud (UNASUR) à créer un Conseil de sécurité et de défense et à moderniser leurs systèmes de défense et leurs armements.

Les pays de l’Amérique Latine aspirent à une défense qui leur soit propre, dans un cadre qui donne la priorité à la concertation politique et la prévention des conflits. Nous le savons, ils devront affronter les tentatives de déstabilisation et les logiques de guerres imposées par les Etats-Unis.

Mais il reste que dans cette partie du Monde des peuples tiennent en échec l’impérialisme US sans disposer d’armée puissante, par l’unique moyen de leur lutte unie.

Actuellement se tient ce fameux  sommet de Copenhague.  De quoi  s’agit-il ?...

Tout simplement  de dévoyer le mécontentement sur une fausse voie. Les groupes multinationaux ne seraient pas responsables de la situation actuelle ! 

L’écologie, c’est pour ces groupes, un terrain à investir et à développer. C’est une source de profits énormes. « La révolution écologique ne se fera que si elle rapporte » a écrit un spécialiste de l’environnement dans le mensuel financier « Capital ». Un autre journal financier, « l’Expansion », titre : « L’écologie, terreau de business durable » et écrit  « le chiffre d’affaire de ce business pourrait avoisiner 3.000 milliards d’euros entre 2007 et 2020, voire 10.000 milliards entre 2020 et 2050 !

Depuis un an, l’appel d’air est phénoménal, assure Maximilien Rouer patron de BeCitizen, un cabinet de conseil spécialisé dans le développement durable.  Les taux de croissance mondiaux font rêver : 21% dans le solaire thermique, 15% pour les voitures hybrides, 22% pour le bioplasmique… Signe révélateur HSBC s’est adjoint les services de l’Américain Nicholas Stern, auteur d’un fameux rapport sur la crise climatique. Autant de  preuves que le monde de la finance croit au potentiel de ce marché. 

Cher (e) camarades,

Oui, la lutte des classes s’est considérablement développée dans le monde entier, parfois là où on ne l’attendait pas.

En liaison étroite avec ce qui se passe dans le monde actuel, à nous d’agir pour que les choses changent dans notre pays. Personne ne pourra le faire à notre place.

Comité National 12-12-2009


2-2 Gabriel Arnoux : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan.

Nb - Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information

Un accord pourrait être signé en marge de la conférence de Copenhague entre Barack Obama et Dimitri Medvedev, qui assurerait le relai des accords START, arrivés à expiration le 12 décembre dernier.

L’année 2010 sera également décisive sur ce front, avec la conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération (TNP) en mai. Cette note dresse le bilan des efforts consentis en matière de limitation des armements nucléaires, dans un contexte difficile néanmoins marqué par des déclarations encourageantes.

Synthèse

La chute du Mur de Berlin laissait envisager un moindre rôle pour les armes nucléaires dans les relations internationales et la perspective, à terme, de leur abandon.

Or, le récent essai nord-coréen et les doutes qui entourent le programme nucléaire iranien refont planer la menace d’une surenchère dangereuse pour l’équilibre du monde. C’est dans ce contexte que plusieurs personnalités américaines puis européennes se sont prononcées en faveur du désarmement nucléaire.

A cet égard, le discours prononcé par Barack Obama à Prague en avril dernier pourrait marquer un tournant stratégique. Pour la première fois depuis leur première utilisation à Hiroshima et Nagasaki en 1945, un président américain s’est prononcé en faveur de la disparition des armes nucléaires, en appelant à un monde « libre de toute arme nucléaire » (nuclear-free world).

Force est de constater que le chemin à parcourir reste long et ardu. Les arsenaux nucléaires sont aujourd’hui au nombre de neuf. Or, il est difficile d’observer, au-delà des discours et des prises de position, un réel mouvement de désarmement nucléaire, bien que des engagements aient été pris en matière de réduction des arsenaux depuis le pic de la guerre froide.

L’arrivée à expiration du traité START, l’un des plus contraignants jamais signé entre les Etats-Unis et l’Union soviétique sur les armes nucléaires stratégiques, offre une bonne occasion de dresser un bilan dans ce domaine. Un accord, qui prendrait le relais de START, pourrait être signé dans les prochains jours entre Barack Obama et Dimitri Medvedev. 

La conférence d’examen du Traité de non-prolifération prévue en mai 2010 constitue le rendez vous crucial. A cette occasion, Terra Nova a rassemblé un groupe de travail pour engager une réflexion sur le désarmement nucléaire, qui rendra ses conclusions dans les prochains mois.

1 - NEUF PUISSANCES NUCLEAIRES AVEREES, PLUSIEURS CAS ENCORE EN SUSPENS

Le traité de non prolifération nucléaire reconnaît cinq puissances nucléaires militaires : la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Grande-Bretagne.

En plus de ces puissances nucléaires « légales », trois autres Etats détiennent, de manière avérée, des armes nucléaires. Non signataires du TNP, ils ont longtemps été tenus en marge du droit international, mais la situation pourrait évoluer.

Enfin, des cas plus douteux subsistent. En premier lieu, des Etats développent, en dépit de leurs engagements internationaux, des armes nucléaires. En second lieu, des Etats possèdent un niveau technologique qui devrait leur permettre, s’ils s’y décidaient, de fabriquer des armes nucléaires, faisant de ces puissances de véritables « Etats du seuil ».

1.1 - LES ETATS-UNIS ET LA RUSSIE, DETENTEURS DES PRINCIPAUX ARSENAUX

A l’heure actuelle, les Etats-Unis et la Russie disposent d’environ 95 % des têtes nucléaires dans le monde, selon le ministère des affaires étrangères français.

Les Etats-Unis totaliseraient environ 5 200 têtes nucléaires, dont 2 700 actuellement déployées. 4 200 seraient en attente de démantèlement. Ils disposent de moyens sous-marins et aériens pour les délivrer, ainsi que de plusieurs centaines de missiles stratégiques.

La Russie a hérité, après de longues négociations internationales, de l’intégralité de l’arsenal nucléaire tactique (armes destinées au seul champ de bataille) et stratégique (armes pouvant toucher des cibles éloignées) de l’Union soviétique. Elle possède pour sa part environ 4 850 têtes nucléaires, et doit en démanteler encore plus de 8 000. Comme les Etats-Unis, elle peut compter sur l’intégralité des composantes des forces stratégiques : bombardiers, sous-marins nucléaires lanceurs d’engin, missiles intercontinentaux.

Les têtes nucléaires, russe comme américaine, sont des armes avancées, de type bombe à fusion. Les premières bombes à fusion représentaient un potentiel destructeur mille fois supérieur à celui de la bombe d’Hiroshima. Certains vecteurs détenus actuellement par les deux puissances disposent en outre de plusieurs têtes nucléaires à fusion, ce qui augmente considérablement leur potentiel destructeur.

1.2 - LE « CLUB DU TNP » ET LES ARSENAUX DISSUASIFS

Comparativement aux arsenaux russe et américain, les trois autres forces nucléaires reconnues par le traité de non prolifération sont d’une importance beaucoup plus limitée.

Cela est largement dû à l’héritage historique : alors que les Etats-Unis et l’Union soviétique ont développé de manière largement irrationnelle leurs arsenaux nucléaires au cours de l’histoire (l’enjeu étant de dépasser, pour des motifs symboliques, le niveau atteint par la puissance ennemie, le nombre de têtes a atteint, au maximum, près de 35 000 aux Etats-Unis et 45 000 en URSS), les autres puissances ont dès l’origine inscrit le développement de leur puissance nucléaire dans une logique de dissuasion, un choix dicté tant par les moyens, limités, dont disposaient ces Etats que par leurs objectifs politiques poursuivis (on parle dès lors de dissuasion du faible au fort). La possession de l’arme nucléaire à un niveau suffisant devait permettre, selon les avocats de ces programmes, de dissuader l’une des deux grandes puissances d’attaquer le territoire national, et garantissait donc l’indépendance nationale de ces Etats.

La France dispose donc de 300 têtes nucléaires, toutes déployées. Après le démantèlement de son arsenal de missiles sol-sol, elle utilise des avions à long rayon d’action, et de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Le niveau exact de l’arsenal nucléaire chinois reste l’objet de spéculations. On estime qu’environ 176 têtes seraient déployés, bien que les données fournies par l’administration américaine fassent état d’une augmentation annuelle de 25 % des capacités chinoises dans le domaine. Les principaux vecteurs des armes chinoises restent les missiles stratégiques et les bombardiers, bien que des projets de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin soient en cours.

Enfin, la Grande-Bretagne possède actuellement moins de 200 têtes nucléaires après avoir atteint un pic à 350 au cours de la guerre froide. Après l’abandon récent de sa composante aérienne, la force stratégique britannique repose uniquement sur des sous-marins lanceurs d’engins.

1.3 - LES EX-PAYS DU SEUIL : DES ARMES DEVELOPPEES HORS DU DROIT INTERNATIONAL

En plus des cinq arsenaux autorisés par le droit international, trois Etats ont développé des armes nucléaires : l’Inde, le Pakistan et Israël. Non signataires du traité de non prolifération nucléaire, ces Etats ne sont pas soumis aux mêmes obligations de contrôle par l’agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA).

Officiellement, Israël ne reconnaît pas posséder d’armes nucléaires. Son arsenal est pourtant bien connu, et le ministre de la défense israélien a même, par inadvertance, admis son existence, avant de revenir sur ses déclarations. On estime en général qu’Israël peut déployer 200 têtes nucléaires. Conformément au rôle de dissuasion régionale de ses forces stratégiques, Israël n’a pas développé de vecteurs de très longue portée, le rayon d’action de ses missiles étant considéré comme inférieur à 5 000 kilomètres.

Les programmes nucléaires indien et pakistanais se sont développés en parallèle. Après des premiers essais indiens en 1974, une campagne d’essais en 1998, menée par chacun de ces pays, a rendu publique l’existence de ces arsenaux. En dépit de cette publicité, les chiffres relatifs aux arsenaux indien et pakistanais ne sont pas officiels, et font état d’environ une centaine de têtes détenues par chacun.

L’Inde et le Pakistan ont cherché à se doter d’armes nucléaires afin, dans un premier temps, de dissuader des concurrents régionaux, notamment la Chine pour l’Inde, et l’Inde pour le Pakistan. Dès lors, les vecteurs de ces armes, à savoir des bombardiers et des missiles sol-sol, n’ont pour le moment, qu’une portée inférieure à 5 000 kilomètres.

1.4 - LA COREE DU NORD ET L’IRAN, DES AMBITIONS DIFFERENTES

Depuis maintenant plusieurs années, l’attention du public a été concentrée sur le développement de deux programmes nucléaires, en Corée du Nord et en Iran. La situation de ces Etats diffèrent de celles des trois pays cités précédemment, en ce que la Corée du Nord et l’Iran, signataires du TNP, se sont à ce titre engagés à ne pas développer des armes nucléaires.

La Corée du Nord s’est d’ailleurs retirée unilatéralement du traité de non prolifération en 2003. Elle a développé, dans son réacteur de Yongbyon, un système de production de plutonium de qualité militaire. Elle a procédé à deux essais, en 2006 et 2009, dont au moins le second est considéré par la plupart des observateurs comme un authentique essai nucléaire, quoique n’ayant pas parfaitement réussi, les données issues du premier essai faisant encore l’objet de controverses. La Corée du Nord développe parallèlement un arsenal balistique très diversifié. Toutefois, les missiles stratégique nord-coréens, d’une portée annoncée d’environ 10 000 kilomètres, semblent loin d’être opérationnels, les essais ayant échoué jusqu’ici.

L’Iran n’a pas encore fait exploser d’arme nucléaire. Toutefois, il a construit des infrastructures d’enrichissement d’uranium de grande taille, sans pouvoir apporter de preuve crédible quant à l’utilisation civile qui pourrait être faite de cet uranium enrichi. De plus, l’AIEA a trouvé, en possession des autorités iraniennes, des documents expliquant comment transformer de l’uranium enrichi en matériau utilisable dans une arme nucléaire. Par ailleurs, l’Iran construit à Arak un réacteur à eau lourde semblable à ceux qui ont permis à Israël et à l’Inde de fabriquer leurs premières bombes. Enfin, l’Iran développe plusieurs types de missiles, dont certains semblent avoir été adaptés pour recevoir une tête nucléaire. Leur portée maximale reste limitée, inférieure à 5 000 kilomètres.

1.5 - D’AUTRES PUISSANCES NUCLEAIRES ?

En plus des arsenaux existant, ou en cours de fabrication, il faut faire mention des Etats qui disposent d’un niveau technologique suffisant pour leur permettre de développer, lorsqu’ils le souhaiteront, un arsenal nucléaire.

Ces Etats dits « du seuil » sont potentiellement nombreux. Plusieurs d’entre eux ont déjà conduit des programmes de recherche nucléaires militaires avancés, comme l’Afrique du Sud (qui est à ce jour le seul Etat ayant fabriqué des têtes nucléaires avant de renoncer à sa bombe par la suite) ou la Libye.

D’autres Etats sont dotés de structures de recherche dans le domaine nucléaire, et entretiennent leurs capacités dans ce domaine, sans pour autant avoir été réellement impliqués dans la mise au point d’un programme nucléaire militaire d’ampleur notable. Les exemples les plus connus sont le Brésil, l’Egypte et l’Algérie. Dans une moindre mesure, on peut citer le cas de l’Arabie Saoudite, qui, bien que ne disposant pas de structures de recherche nationales, aurait participé au financement du programme pakistanais et développe des moyens balistiques de portée régionale.

Enfin, certains Etats disposent d’un niveau de connaissances très avancé dans le domaine nucléaire civil, et dans le domaine de l’exploration spatiale, qui permet de disposer de technologies proches de celles développées pour la fabrication de missiles longue portée. Il s’agit notamment du Japon, mais aussi des Pays-Bas. L’accès aux connaissances dans ces domaines clés de la prolifération nucléaire militaire ne poserait pas de difficultés à d’autres Etats industriellement avancés, comme l’Allemagne, voire la Turquie.

2 - LE DESARMEMENT NUCLEAIRE : UN REGAIN D’INTERET TRES RECENT

L’arme nucléaire n’a pas toujours eu l’importance politique qu’on lui connaît. A l’origine, dans l’esprit des militaires, il s’agissait simplement d’une bombe beaucoup plus puissante que les autres. Pourtant, malgré les tensions extrêmes que la guerre froide a pu susciter entre deux adversaires dotés d’arsenaux nucléaires démesurés, aucun de ces deux Etats n’a jamais utilisé cet armement contre l’autre, alors même que les milieux militaires, aux Etats-Unis comme en URSS, ont pu presser dans ce sens, à l’occasion de plusieurs crises, de la prise de pouvoir par Mao en Chine à l’implantation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba.

Le développement des arsenaux nucléaires au cours de la guerre froide a donc suivi une logique de course aux armements, chacun voulant dépasser son rival immédiat pour des raisons de prestige. Les chiffres atteints dans les années 1970 par les arsenaux nucléaires mondiaux sont totalement hors de proportion avec l’utilité réelle de l’arme nucléaire. Les dizaines de milliers de têtes américaines et soviétiques n’étaient pas destinées à être utilisées, puisqu’elles auraient causé des dommages irrémédiables à la totalité de la planète. Dès lors, la question du niveau des arsenaux mondiaux a commencé à se poser.

2.1 - LES DISCUSSIONS STRATEGIQUES ENTRE LES DEUX GRANDS : UN PREMIER PAS

Du fait de l’importance de leurs armements nucléaires, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont logiquement été les premiers à s’engager dans un processus de réduction concertée de la force nucléaire.

Deux séries de discussions seront menées entre 1969 et 1979. On parle de SALT I (strategic armements limitation talks) entre 1969 et 1972, et SALT II entre 1972 et 1979. Les deux super-puissances s’entendent pour limiter (à des niveaux très importants) leur armement nucléaire, et, dans le même temps, conviennent de réduire leurs dispositifs de défense anti-missiles, ce qui permet de conserver à chaque arsenal son potentiel dissuasif (traité sur les missiles anti-balistiques dit ABM). On parle alors d’équilibre lié à la destruction mutuelle assurée (MAD).

Dès 1982, de nouvelles discussions sont lancées, qui portent cette fois non sur la limitation du développement des armes nucléaires, mais sur la réduction des arsenaux. Ce sont les négociations dites « START » (strategic armements reduction talks). Un premier accord est signé en 1991, qui limite le nombre de têtes et de vecteurs. L’accord START II est signé en 1993, alors que la Russie peine à gérer la succession de l’Union soviétique. Le nombre de vecteurs autorisés est légèrement augmenté, mais le nombre de têtes encore réduit. Toutefois, ce traité n’est jamais entré en vigueur.

Les discussions entre les Etats-Unis et la Russie auraient dû continuer après la signature de START II, qui reste un accord intermédiaire. Son expiration était d’ailleurs prévue le 5 décembre Pourtant, l’accord obtenu par les présidents Bush et Poutine au début des années 2000 marque un recul dans le processus de réduction des arsenaux.

Baptisé « SORT » (strategic offensive reduction treaty), l’accord de 2002 rompt avec le principe, initié par le premier traité START, de permettre des inspections sur place de chaque partie pour contrôler le respect par l’autre des stipulations du traité. De plus, alors que les projets de traité « START III » rédigés en 1997 spécifiaient que les armes nucléaires excédant les quotas autorisés devaient être détruites SORT ne contient aucun élément à ce sujet. Enfin, les Etats-Unis s’étaient retirés du traité ABM dès 2001, initiative vécue comme une provocation par la Russie.

2.2 - LES ENGAGEMENTS UNILATERAUX DE LA FRANCE ET DE LA GRANDE-BRETAGNE

L’impasse des discussions américano-russes est significative du changement d’attitude des puissances nucléaires « légitimes » (au regard du TNP) vis-à-vis de leurs arsenaux. En effet, la plupart d’entre elles souhaitent désormais afficher un comportement vertueux, ce qui suppose, lorsqu’elles n’y sont pas tenues par des traités bilatéraux comme la Russie et les Etats-Unis, de décider unilatéralement la réduction de leurs arsenaux.

Le Royaume-Uni est sans doute le pays qui a le plus réduit son arsenal nucléaire, avec une réduction annoncée de 75 % de ses capacités nucléaires explosives par rapport au pic de la Guerre froide, soit environ 160 têtes.

Lors de son discours à Cherbourg le 21 mars 2008, Nicolas Sarkozy a annoncé que l’arsenal français serait désormais limité à 300 têtes nucléaires. La composante aérienne doit également être réduite d’un tiers.

Les réalisations déjà accomplies en matière de désarmement méritent toutefois d’être fortement relativisées. Si la France a effectivement réduit son arsenal, elle poursuit des programmes importants, et coûteux, visant à moderniser l’ensemble de ses vecteurs de longue portée, ainsi que les sous-marins et les avions à long rayon d’action qui les transportent. De la même manière, la Grande-Bretagne a adopté un programme de renouvellement de l’ensemble de sa flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Enfin, la Chine n’a pas lancé de démantèlement nucléaire unilatéral, et semble même augmenter la taille et le niveau technologique de son arsenal.

2.3 - UN MONDE LIBRE D’ARMES NUCLEAIRES : LA RELANCE RECENTE D’UN OBJECTIF ANCIEN

Malgré les difficultés pour faire accepter un régime international de réduction des arsenaux nucléaires, plusieurs responsables politiques de haut niveau se sont publiquement exprimés en faveur de la suppression mondiale des arsenaux nucléaires.

Une série d’articles, de 2006 et 2007, signés par d’anciens hauts responsables américains, notamment Henry Kissinger et Sam Nunn, a été suivie par de nombreuses tribunes dans plusieurs autres pays, comme en France (« Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique » , Alain Juppé, Général Bernard Norlain, Alain Richard, Michel Rocard, Le Monde du 15 octobre 2009). Ces prises de position de la part de personnalités publiques de haut rang ont permis de porter le thème du désarmement nucléaire dans le débat public. Le gouvernement britannique a indiqué, par la suite, qu’il partageait cet objectif. Mais c’est surtout la prise de position du président des Etats-Unis qui a donné un poids considérable aux partisans de la « dénucléarisation du monde ».

Dans son discours prononcé à Prague le 5 avril 2009, Barack Obama a clairement affirmé qu’il soutenait l’idée d’un monde « libre d’armes nucléaires ». Le président russe, Dmitri Medvedev, a affirmé que cette orientation lui paraissait juste. Cette idée est déjà portée par le traité de non prolifération nucléaire de 1968, qui invite dans son article VI les Etats-parties à mener des négociations sur des mesures efficaces relatives au désarmement nucléaire. L’objectif de désarmement nucléaire a été repris par la suite au sein du Conseil de Sécurité (résolution 1887 du 24 septembre 2009), et est rappelée dans la plupart des interventions internationales du président Obama.

Ces déclarations interviennent à quelques mois de la conférence d’examen du TNP, qui aura lieu en mai 2010 à New-York. Elles se sont accompagnées d’engagements précis de la part des Américains : relance des négociations pour la signature d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles à des fins militaires (traité dit « cut off »), ratification du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (nécessaire à l’entrée en vigueur de ce traité, mais toujours bloquée par le Sénat américain), reprise des discussions stratégiques avec la Russie pour aboutir à un nouvel accord de réduction des arsenaux, qui serait donc le traité « START III » puisqu’il a officiellement vocation à combler le vide consécutif à l’obsolescence de START II.

Sur ce dernier point, des objectifs ont été fixés par les présidents Medevedev et Obama le 6 juillet. Nous sommes encore loin d’un désarmement bilatéral des deux principales puissances nucléaires. Avec des plafonds de têtes entre 1 500 et 1 675 (contre 1 700 – 2 250 auparavant) et un nombre de vecteurs compris entre 500 et 1 100, il permet au contraire de maintenir des arsenaux très importants au sein de ces deux pays.

* Gabriel Arnoux est le pseudonyme d’un spécialiste des questions stratégiques.

Un article issu de : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan

20 décembre 2009
À voir en ligne ici : http://www.tnova.fr/index.php?option=com_content&task...

http://www.betapolitique.fr/Developpement-et-reduction-de...


2-3 Howard Zinn : La légalisation de l'injustice.
Il est communément admis aux Etats-Unis que pouvoir politique et richesse sont inégalement répartis entre les citoyens. Par contre, inculquée par l’éducation dès la prime enfance et entretenue par les mass média, la conviction y est largement répandue que l’égalité devant la loi constitue l’un des
principes fondamentaux du système américain, l’ultime recours.
Une question s’impose alors nécessairement à l’esprit : la richesse et le pouvoir étant inégalement répartis, la justice peut-elle prétendre assurer l’égalité alors que les autres composantes sociales ne l’assurent pas ?
Les lois sont sujettes aux interprétations des tribunaux. Ces interprétations ont rarement conservé aux droits prévus par
la Constitution leur force littérale, mais bien plutôt contribue à perpétuer les inégalités sociales les plus flagrantes en les répercutant dans le système judiciaire. Les jugements
rendus sont eux-mêmes le reflet des disparités en matière de richesse et de pouvoir politique. Les magistrats qui rendent ces jugements représentent l’élite absolue de la société américaine.

John Schmidhauser, après avoir étudié les cas de quatre-vingt-douze juges de la Cour suprême, constate dans son ouvrage la Cour suprême que ceux-ci provenaient de « milieux socialement favorisés » et « comprenaient très peu de fils de famille
n’appartenant pas à la haute ou à la très haute bourgeoisie ». En 1976, il en est toujours ainsi.
Le premier amendement de
la Constitution, pierre de touche de la Déclaration des droits (Bill of Rights), stipule que le Congrès « ne pourra faire aucune loi (...) restreignant la liberté de parole ou de presse, ou touchant au droit des citoyens de s’assembler paisiblement ou d’adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de leurs griefs ». La terminologie employée est sans équivoque. Pourtant, la Cour suprême n’a pas cessé d’interpréter cet amendement de façon à permettre au Congrès de voter des lois restreignant la liberté d’expression. Les dissidents et les révolutionnaires ayant toujours été victimes de ces lois, il parait justifié de dire que le premier amendement est appliqué différemment à ceux qui approuvent et à ceux qui contestent les activités du gouvernement américain.
L’application partiale du premier amendement fut inaugurée dès 1798, lorsque l’administration du président Adams fit voter la loi antisédition, qui rendait illégale toute critique à l’égard du gouvernement, et fit emprisonner un nombre appréciable de citoyens.

Cette tactique fut rééditée en 1917, lorsque le Congrès vota la loi sur l’espionnage : toute opinion sur la première guerre mondiale susceptible de « décourager le recrutement » des forces fut jugée criminelle. En 1798, la Cour suprême avait feint d’ignorer la violation de la Constitution ; en 1917, elle reconnaissait à l’unanimité la constitutionnalité de la loi sur l’espionnage, par laquelle deux mille Américains devaient être poursuivis et cinq cents emprisonnés pour avoir exprimé leur opposition à la guerre. En 1940, le Congrès adopta la loi Smith, par laquelle les dirigeants du parti communiste furent emprisonnés pour « incitation coup d’Etat et sa « fomentation »... formule par laquelle on entendait condamner la diffusion des œuvres de Marx, Engels et Lénine. Une fois encore, la Cour suprême confirma la validité de la loi.
Qui peut s’exprimer ?
Fait beaucoup plus inquiétant, la plupart des problèmes de liberté d’expression ne sont pas réglés par les tribunaux mais dans la rue par la police.
Pendant l’été 1968, un jeune homme qui vendait un journal communiste aux abords de l’université Harvard fut appréhendé par un policier puis jugé pour avoir « perturbé l’ordre public » et « agressé un représentant de l’ordre ». Le policier déclarait que le jeune homme lui avait craché au visage.
qu’aucun témoin n’ait confirmé ce fait, le jeune homme, fut condamné à verser une amende. La liberté d’expression existe ou non au gré de l’humeur du policier de faction. Protester contre la décision du tribunal local en faisant appel auprès du tribunal fédéral demanderait plusieurs années et des
dizaines de milliers de dollars, encore qu’à ce niveau même
la Cour suprême puisse refuser d’examiner le ou donner raison au policier. Le jeune militant ne jouit pas d’une liberté d’expression égale à celle du riche éditeur dont les camions parcourent la ville pour ravitailler en journaux les
kiosques et autres points de vente. Mais les cas les plus graves en matière d’application partiale du droit à la liberté d’expression n’atteignent jamais le niveau du policier ou des tribunaux.

Cette situation provient que les moyens de communication de masse sont monopolisés par un petit nombre de sociétés colossalement riches. Aucun moyen constitutionnel n’est prévu pour corriger l’inégalité de fait entre la compagnie pétrolière Exxon, qui peut dépenser des millions de dollars pour faire passer ses messages publicitaires télévisés sur l’ensemble du territoire national aux heures de forte écoute des programmes, et le citoyen moyen qui voudrait l’opinion publique des profits excessifs d’Exxon.
La tendance à la monopolisation dans la presse a été rapide : le pourcentage des villes n’ayant qu’un seul quotidien est passé de 60 % en 1910 à 96 %
en 1974. En 1973,
la Cour suprême, arguant du fait qu’elle ne saurait s’ingérer dons le droit à la liberté d’expression d’une station de radio, jugea que celle-ci était libre de refuser la vente de temps d’antenne pour la diffusion de messages hostiles à la guerre au Vietnam.
Qui juge ?
L’un des mythes les plus tenaces concerne L’égalité de droit des citoyens à un procès équitable. En réalité, toutes les garanties d’un procès équitable – un juge impartial, un « jury composé des pairs de l’inculpé », un défenseur compétent – se trouvent compromises par les inégalités sociales et par le
système de sélection des juges, des avocats et des jurés.
Les juges sont majoritairement blancs, anglo-saxons, riches et conservateurs. Il paraît peu vraisemblable qu’ils accordent aux Noirs, aux accusés qui manient mal la langue anglaise, aux pauvres, aux révolutionnaires la même attention qu’à une personne issue d’un milieu « respectable ». Ce fait n’est généralement pas perçu par le grand public puisqu’il se produit à l’occasion de centaines de milliers d’audiences des tribunaux urbains et de comté, dont la presse ne parle pas et dont on ne conserve aucune archive. C’est un tribunal de ce type, le tribunal municipal de Boston, qu’a observé
une jeune femme pendant plusieurs mois. Elle devait ensuite écrire : « Où et comment puis-je rapporter tout ce que j’ai vécu au tribunal municipal de Boston ? Dois-je parler du Noir condamné pour possession de cocaïne tandis que ses deux compagnons blancs étaient innocentés ? Dois-je remettre
en question l’inculpation de vol à l’étalage retenue contre une jeune mère prise en flagrant délit de vol d’une paire de chaussures d’enfant ? Dois-je pleurer pour le Noir accusé de posséder un véhicule volé, et qui plaidait sa cause devant un juge blanc ? On se lasse de relever le nombre de cas où un
accusé n’a pas été averti de son droit de recourir à un avocat, s’est vu demander de verser une caution injustement élevée, on n’a pas été informé de
son droit de faire appel. On se demande si l’homme portant un nom espagnol comprend seulement ce que dit le juge. »
Il n’est dès lors pas étonnant que le recensement de la population de la prison locale de n’importe quelle grande ville américaine révèle un nombre
disproportionné de Noirs et de pauvres. Même lorsque des membres de la bourgeoisie ou de la très haute bourgeoisie sont arrêtés pour faits criminels, ils possèdent la somme nécessaire à leur propre libération sous caution (5 000, 10 000 ou 50 000 dollars) que le tribunal conserve en garantie de leur présence au procès. L’accusé sans ressources ne peut rassembler de telles sommes et doit passer des semaines, des mois, voire des années en prison, dans l’attente de son procès.
Le droit à l’assistance d’un avocat, prévu par le sixième amendement, ne fut appliqué par les tribunaux des Etats (où sont jugés la plupart des procès criminels) qu’à partir des années 30, et étendu à l’ensemble des délits graves qu’à partir des années 60. De nos jours, alors que l’assistance d’un avocat est enfin accordée à l’ensemble des inculpés, l’inégalité subsiste dans la mesure où la qualité du défenseur dépend des honoraires que peut lui
verser son client. Un inculpé sans ressources reçoit un avocat commis d’office, qui n’a souvent que très peu de temps à consacrer à son client et à l’étude du dossier, et ne dispose d’aucun moyen pour rechercher des témoins ou accumuler les contre-preuves nécessaires. Une récente étude révèle
que les avocats commis par le tribunal local d’une grande ville américaine consacrent en tout et pour tout une moyenne de sept minutes à chaque client.
Les jurés d’assises sont choisis parmi les citoyens à revenus moyens, professionnellement établis dons la municipalité, d’âge moyen ou avancé, et peu enclins à la sympathie envers un inculpé pauvre, économiquement instable, politiquement ou sexuellement marginal. De surcroît, les jurés sont traités
avec condescendance par les juges, et ils adoptent un comportement de subordonnés par lequel il leur est difficile d’ignorer les instructions du juge et de voter selon leur propre conscience.
Ces dernières années, l’inégalité des peines criminelles infligées a fait l’objet de l’attention croissante d’une partie de l’opinion publique, mais rien n’a
été changé en la matière. On se souvient que George Jackson, le révolutionnaire noir assassiné par ses gardiens à la prison de Saint-Quentin, avait purgé dix ans de détention pour le vol de 70 dollars.
M. Willard Gaylin, un psychiatre, qui analysait le sort réservé aux Américains emprisonnés pour s’être opposés à la conscription pendant la guerre du Vietnam, constata que ce type d’opposant s’était vu attribuer uniformément, de la part de divers juges, des peines de deux ans. Puis il découvrit le cas
d’un homme condamné à cinq ans. De tous les inculpés qu’il avait rencontrés, c’était le premier Noir.
Une récente étude sur la disparité des peines infligées (rapportée par le New York Times) établit que les voleurs de voitures sont condamnés en moyenne à trois ans de prison ; mais ceux dont le vol est plus « élaboré » (obus de confiance), et qui proviennent de milieux sociaux aux revenus
supérieurs, se voient infliger en moyenne des peines inférieures à un an. Poursuivis pour vol de voiture, 71 % des inculpés furent soumis à une peine d’emprisonnement, tandis que seulement 16,3 % des gens « respectables » coupables d’abus de confiance se virent condamnés à cette même peine.
L’inégalité la plus flagrante en la matière n’intervient pas dans les prétoires, mais dans la décision des autorités d’intenter ou non un procès à quelqu’un. Les enfants de milieu aisé voient souvent leurs délits discrètement éludés par la recommandation d’un traitement psychiatrique,
agrémentée d’une sévère mise en garde. Les enfants de milieu modeste, eux, sont expédiés dans des maisons de redressement, qui sont souvent des prisons déguisées.
L’immunité du F.B.I. et de
la C.I.A.
Mais beaucoup plus importante encore, peut-être, est l’inégalité des mesures prises contre les simples citoyens ou contre les dignitaires et hauts fonctionnaires susceptibles d’avoir commis un délit. Lorsque M. Spiro Agnew fut convaincu de violation de la loi, il fut prié d’abandonner son poste de
vice-président mais ne fut pas emprisonné. Lorsque M. Richard Nixon fut convaincu de falsification de sa déclaration de revenus, d’ « obstruction à la justice », etc., il bénéficia du « pardon » de son successeur Gerald Ford.
Récemment, la commission Church au Sénat et la commission Pike à
la Chambre des représentants ont produit la preuve de violations profondes de la loi par des membres de la C.I.A. et du F.B.I. Or aucune poursuite judiciaire n’a suivi ces révélations. D’après la commission sénatoriale, le F.B.I. a
commis au moins deux cent trente-huit cambriolages illégaux contre des personnes et organisations contestataires entre l’administration de Franklin Roosevelt et celle de Lyndon Johnson. Entre 1958 et 1970, le F.B.I. a violé la loi fédérale sur le secret du courrier de personnes privées, et il se peut même qu’il pratique encore le même délit à l’heure actuelle. Pourtant, à ce jour, aucune poursuite n’a été intentée contre lui.
Mieux, en décembre 1969, le F.B.I. a été mêlé à l’organisation d’un raid dans l’appartement de Panthères noires à Chicago, au cours duquel la police assassina Fred Hampton et Mark Clark. Le F.B.I. a procédé à des écoutes téléphoniques et à des falsifications épistolaires, et a provoqué des
déchaînements de violence contre les groupes de gauche. Dans les années 60, pendant la lutte des Noirs pour les droits civiques dans le Sud, le F.B.I.
contemplait sereinement la violation de la loi fédérale que constituait le passage à tabac d’activistes noirs. « L’égalité devant la loi » perd, semble-t-il, toute signification chaque fois que le F.B.I. est impunément mêlé à une affaire.
Il en est de même pour
la C.I.A. qui n’a pas seulement violé la loi en pénétrant par effraction dans des immeubles, en ouvrant du courrier et en pratiquant des écoutes téléphoniques, mais qui a surtout agi au mépris des statuts fixés par le Congrès et limitant ses activités nationales. En réalité, la C.I.A. bénéficie d’une immunité particulière contre les poursuites légales.
Le principe de l’« égalité devant la loi », proposé à l’admiration du public américain et de l’opinion mondiale, a bien peu d’existence réelle. Par contre,
ce que l’on observe tout ou long de l’histoire américaine et dans les événements contemporains, c’est l’utilisation de la loi par les riches et les puissants pour contrôler les pauvres et les révoltés. Un impressionnant corpus de lois, par ailleurs peu connues, opère jour après jour et de façon
puissante pour maintenir intacte l’actuelle répartition des richesses dans la cité : les lois sur les contrats, les propriétés, les héritages, les impositions.
En outre, il y a le règlement des délits, dont la fonction est de punir les individus qui, par des voies personnelles, tentent de perturber cette répartition des richesses, et ceux qui, par des actions sociales, altèrent l’ordre existant.
L’ensemble des faits qui révèlent le fonctionnement réel de la loi est masqué par un écran,
la Déclaration des droits, qui prétend promulguer la liberté d’expression et l’égalité des droits en matière de justice. Mais cet écran ne saurait dissimuler que l’égalité des citoyens devant la justice reste à accomplir.
Source: Le monde diplomatique


2-4 Barack Obama : Discours sur l’état de l’Union 2010.

EXTRAIT – pour Info…

Tout au long de notre histoire, aucune question n’a autant uni notre pays que celle de notre sécurité. Il est triste de constater qu’un peu de l’unité que nous avons ressentie à la suite des attentats du 11 septembre (2001) s’est dissipée.

Nous pouvons discuter autant que nous voulons sur qui est à blâmer pour cela, mais je ne tiens pas à remettre le passé en procès. Je sais que nous aimons tous notre pays. Chacun de nous est attaché à sa défense. Cessons donc les invectives d’écoliers sur lequel est le plus fort ; rejetons le choix, qui n’en est pas un, entre la protection de nos citoyens et la défense de nos valeurs ; oublions la peur et la division et faisons ce qu’il faut pour défendre notre pays et créer un avenir plus empreint d’espoir, pour l’Amérique et pour le monde.

C’est la tâche que nous avons entreprise l’an dernier. Depuis le jour de mon entrée en fonction, nous avons recentré notre attention sur les terroristes qui menacent notre patrie. Nous avons fait des investissements importants dans la sécurité de notre territoire et déjoué des complots qui menaçaient de faire des victimes parmi nos concitoyens. Nous sommes en train de combler les lacunes inacceptables qu’a révélées la tentative échouée d’attentat de Noël, en améliorant la sécurité à bord des avions et en accélérant les actions prises en fonction de nos renseignements. Nous avons interdit la torture et renforcé nos partenariats du Pacifique à l’Asie du Sud et à la péninsule arabe. Et au cours de l’année écoulée, des centaines de combattants et d’associés d’Al-Qaïdam dont beaucoup de hauts commandants, ont été capturés ou tués, soit bien plus qu’en 2008.

En Afghanistan, nous augmentons nos effectifs et formons les forces afghanes de sécurité, afin qu’elles puissent commencer à prendre la direction des opérations en juillet 2011 et que nos soldats puissent commencer à rentrer chez eux. Nous récompenserons la bonne gouvernance, travaillerons à réduire la corruption et appuierons les droits de tous les Afghans, aussi bien hommes que femmes. Nous avons à nos côtés des alliés et des partenaires qui ont accru leurs engagements et qui se réuniront demain à Londres pour réaffirmer notre détermination commune. Il y aura des jours difficiles devant nous. Mais je suis absolument convaincu que nous réussirons.

Alors que nous luttons contre Al-Qaïda, nous laissons de façon responsable l’Irak à son peuple. Lorsque j’étais candidat à la présidence, je m’étais engagé à mettre fin à cette guerre, et c’est ce que je fais en ma qualité de président. Nous aurons retiré d’Irak toutes nos forces de combat d’ici à la fin du mois d’août. Nous soutiendrons le gouvernement irakien lorsqu’il organisera des élections et poursuivrons nos relations de partenariat avec le peuple irakien en vue de favoriser la sécurité et la prospérité. Mais ne vous y trompez pas : cette guerre se termine, et tous nos soldats rentrent chez eux.

(...)

En même temps que nous menons deux guerres, nous affrontons aussi le danger peut-être le plus grave qui menace le peuple américain, à savoir la menace des armes nucléaires. J’ai pris à cœur la vision de John Kennedy et de Ronald Reagan, en adoptant une stratégie qui inverse la prolifération de ces armes et vise à un monde qui en sera débarrassé. En vue de réduire nos arsenaux et nos vecteurs tout en maintenant notre pouvoir de dissuasion, les États-Unis et la Russie achèvent de négocier un traité de limitation des armements d’une portée sans précédent depuis près de deux décennies. Et en avril, lors du Sommet sur la sécurité nucléaire, nous réunirons 44 États ici à Washington en vue d’un objectif clair : sécuriser, en quatre ans, tout le matériel nucléaire vulnérable de par le monde, afin qu’il ne puisse jamais tomber entre les mains de terroristes.

Ces efforts diplomatiques ont, de plus, renforcé notre main face aux pays qui insistent pour transgresser des accords internationaux à la recherche d’armes nucléaires. C’est pourquoi la Corée du Nord doit maintenant faire face à un isolement accru et à des sanctions plus lourdes - des sanctions qui sont vigoureusement appliquées. C’est pourquoi la communauté internationale est plus unie et la République islamique d’Iran plus isolée. Et tandis que les dirigeants iraniens continuent de faire fi de leurs obligations, que personne n’en doute : ils devront, eux aussi, faire face à des conséquences croissantes. C’est une promesse.

2/2

http://www.voltairenet.org/article163774.html



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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