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17/02/2010

n° 59 - Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan - 16-02: - Fin -:L’élargissement de l’Otan est perçu comme une menace nationale.


n° 59 - Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan - 16-02: - Fin  -:L’élargissement de l’Otan est perçu comme une menace nationale.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'Otan et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan.

n° 59- 16-02

C.De Broeder & M.Lemaire


Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be


Sommaire.

2 Annexe

2-1 Gabriel Arnoux : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan.

2-2 Rick Rozoff : La doctrine Obama : «Dans une humanité imparfaite, la guerre perpétuelle est de mise».

2-3 M. K. Bhadrakumar : La géopolitique des pipelines à un tournant capital.


2 Annexe

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

2-1 Gabriel Arnoux : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan.

Un accord pourrait être signé en marge de la conférence de Copenhague entre Barack Obama et Dimitri Medvedev, qui assurerait le relai des accords START, arrivés à expiration le 12 décembre dernier. L’année 2010 sera également décisive sur ce front, avec la conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération (TNP) en mai. Cette note dresse le bilan des efforts consentis en matière de limitation des armements nucléaires, dans un contexte difficile néanmoins marqué par des déclarations encourageantes.

Synthèse

La chute du Mur de Berlin laissait envisager un moindre rôle pour les armes nucléaires dans les relations internationales et la perspective, à terme, de leur abandon. Or, le récent essai nord-coréen et les doutes qui entourent le programme nucléaire iranien refont planer la menace d’une surenchère dangereuse pour l’équilibre du monde.

C’est dans ce contexte que plusieurs personnalités américaines puis européennes se sont prononcées en faveur du désarmement nucléaire.

A cet égard, le discours prononcé par Barack Obama à Prague en avril dernier pourrait marquer un tournant stratégique. Pour la première fois depuis leur première utilisation à Hiroshima et Nagasaki en 1945, un président américain s’est prononcé en faveur de la disparition des armes nucléaires, en appelant à un monde « libre de toute arme nucléaire » (nuclear-free world).

Force est de constater que le chemin à parcourir reste long et ardu. Les arsenaux nucléaires sont aujourd’hui au nombre de neuf. Or, il est difficile d’observer, au-delà des discours et des prises de position, un réel mouvement de désarmement nucléaire, bien que des engagements aient été pris en matière de réduction des arsenaux depuis le pic de la guerre froide. L’arrivée à expiration du traité START, l’un des plus contraignants jamais signé entre les Etats-Unis et l’Union soviétique sur les armes nucléaires stratégiques, offre une bonne occasion de dresser un bilan dans ce domaine.

Un accord, qui prendrait le relais de START, pourrait être signé dans les prochains jours entre Barack Obama et Dimitri Medvedev. 

La conférence d’examen du Traité de non-prolifération prévue en mai 2010 constitue le rendez vous crucial. A cette occasion, Terra Nova a rassemblé un groupe de travail pour engager une réflexion sur le désarmement nucléaire, qui rendra ses conclusions dans les prochains mois.

La Note

1 - NEUF PUISSANCES NUCLEAIRES AVEREES, PLUSIEURS CAS ENCORE EN SUSPENS

Le traité de non prolifération nucléaire reconnaît cinq puissances nucléaires militaires : la Chine, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Grande-Bretagne.

En plus de ces puissances nucléaires « légales », trois autres Etats détiennent, de manière avérée, des armes nucléaires. Non signataires du TNP, ils ont longtemps été tenus en marge du droit international, mais la situation pourrait évoluer.

Enfin, des cas plus douteux subsistent. En premier lieu, des Etats développent, en dépit de leurs engagements internationaux, des armes nucléaires. En second lieu, des Etats possèdent un niveau technologique qui devrait leur permettre, s’ils s’y décidaient, de fabriquer des armes nucléaires, faisant de ces puissances de véritables « Etats du seuil ».

1.1 - LES ETATS-UNIS ET LA RUSSIE, DETENTEURS DES PRINCIPAUX ARSENAUX

A l’heure actuelle, les Etats-Unis et la Russie disposent d’environ 95 % des têtes nucléaires dans le monde, selon le ministère des affaires étrangères français.

Les Etats-Unis totaliseraient environ 5 200 têtes nucléaires, dont 2 700 actuellement déployées. 4 200 seraient en attente de démantèlement. Ils disposent de moyens sous-marins et aériens pour les délivrer, ainsi que de plusieurs centaines de missiles stratégiques.

La Russie a hérité, après de longues négociations internationales, de l’intégralité de l’arsenal nucléaire tactique (armes destinées au seul champ de bataille) et stratégique (armes pouvant toucher des cibles éloignées) de l’Union soviétique. Elle possède pour sa part environ 4 850 têtes nucléaires, et doit en démanteler encore plus de 8 000. Comme les Etats-Unis, elle peut compter sur l’intégralité des composantes des forces stratégiques : bombardiers, sous-marins nucléaires lanceurs d’engin, missiles intercontinentaux.

Les têtes nucléaires, russe comme américaine, sont des armes avancées, de type bombe à fusion. Les premières bombes à fusion représentaient un potentiel destructeur mille fois supérieur à celui de la bombe d’Hiroshima. Certains vecteurs détenus actuellement par les deux puissances disposent en outre de plusieurs têtes nucléaires à fusion, ce qui augmente considérablement leur potentiel destructeur.

1.2 - LE « CLUB DU TNP » ET LES ARSENAUX DISSUASIFS

Comparativement aux arsenaux russe et américain, les trois autres forces nucléaires reconnues par le traité de non prolifération sont d’une importance beaucoup plus limitée. Cela est largement dû à l’héritage historique : alors que les Etats-Unis et l’Union soviétique ont développé de manière largement irrationnelle leurs arsenaux nucléaires au cours de l’histoire (l’enjeu étant de dépasser, pour des motifs symboliques, le niveau atteint par la puissance ennemie, le nombre de têtes a atteint, au maximum, près de 35 000 aux Etats-Unis et 45 000 en URSS), les autres puissances ont dès l’origine inscrit le développement de leur puissance nucléaire dans une logique de dissuasion, un choix dicté tant par les moyens, limités, dont disposaient ces Etats que par leurs objectifs politiques poursuivis (on parle dès lors de dissuasion du faible au fort). La possession de l’arme nucléaire à un niveau suffisant devait permettre, selon les avocats de ces programmes, de dissuader l’une des deux grandes puissances d’attaquer le territoire national, et garantissait donc l’indépendance nationale de ces Etats.

La France dispose donc de 300 têtes nucléaires, toutes déployées. Après le démantèlement de son arsenal de missiles sol-sol, elle utilise des avions à long rayon d’action, et de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Le niveau exact de l’arsenal nucléaire chinois reste l’objet de spéculations. On estime qu’environ 176 têtes seraient déployées, bien que les données fournies par l’administration américaine fassent état d’une augmentation annuelle de 25 % des capacités chinoises dans le domaine. Les principaux vecteurs des armes chinoises restent les missiles stratégiques et les bombardiers, bien que des projets de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin soient en cours.

Enfin, la Grande-Bretagne possède actuellement moins de 200 têtes nucléaires après avoir atteint un pic à 350 au cours de la guerre froide. Après l’abandon récent de sa composante aérienne, la force stratégique britannique repose uniquement sur des sous-marins lanceurs d’engins.

1.3 - LES EX-PAYS DU SEUIL : DES ARMES DEVELOPPEES HORS DU DROIT INTERNATIONAL

En plus des cinq arsenaux autorisés par le droit international, trois Etats ont développé des armes nucléaires : l’Inde, le Pakistan et Israël. Non signataires du traité de non prolifération nucléaire, ces Etats ne sont pas soumis aux mêmes obligations de contrôle par l’agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA).

Officiellement, Israël ne reconnaît pas posséder d’armes nucléaires. Son arsenal est pourtant bien connu, et le ministre de la défense israélien a même, par inadvertance, admis son existence, avant de revenir sur ses déclarations. On estime en général qu’Israël peut déployer 200 têtes nucléaires. Conformément au rôle de dissuasion régionale de ses forces stratégiques, Israël n’a pas développé de vecteurs de très longue portée, le rayon d’action de ses missiles étant considéré comme inférieur à 5 000 kilomètres.

Les programmes nucléaires indien et pakistanais se sont développés en parallèle. Après des premiers essais indiens en 1974, une campagne d’essais en 1998, menée par chacun de ces pays, a rendu publique l’existence de ces arsenaux. En dépit de cette publicité, les chiffres relatifs aux arsenaux indien et pakistanais ne sont pas officiels, et font état d’environ une centaine de têtes détenues par chacun.

L’Inde et le Pakistan ont cherché à se doter d’armes nucléaires afin, dans un premier temps, de dissuader des concurrents régionaux, notamment la Chine pour l’Inde, et l’Inde pour le Pakistan. Dès lors, les vecteurs de ces armes, à savoir des bombardiers et des missiles sol-sol, n’ont pour le moment, qu’une portée inférieure à 5 000 kilomètres.

1.4 - LA COREE DU NORD ET L’IRAN, DES AMBITIONS DIFFERENTES

Depuis maintenant plusieurs années, l’attention du public a été concentrée sur le développement de deux programmes nucléaires, en Corée du Nord et en Iran. La situation de ces Etats diffèrent de celles des trois pays cités précédemment, en ce que la Corée du Nord et l’Iran, signataires du TNP, se sont à ce titre engagés à ne pas développer des armes nucléaires.

La Corée du Nord s’est d’ailleurs retirée unilatéralement du traité de non prolifération en 2003. Elle a développé, dans son réacteur de Yongbyon, un système de production de plutonium de qualité militaire. Elle a procédé à deux essais, en 2006 et 2009, dont au moins le second est considéré par la plupart des observateurs comme un authentique essai nucléaire, quoique n’ayant pas parfaitement réussi, les données issues du premier essai faisant encore l’objet de controverses. La Corée du Nord développe parallèlement un arsenal balistique très diversifié. Toutefois, les missiles stratégique nord-coréens, d’une portée annoncée d’environ 10 000 kilomètres, semblent loin d’être opérationnels, les essais ayant échoué jusqu’ici.

L’Iran n’a pas encore fait exploser d’arme nucléaire. Toutefois, il a construit des infrastructures d’enrichissement d’uranium de grande taille, sans pouvoir apporter de preuve crédible quant à l’utilisation civile qui pourrait être faite de cet uranium enrichi. De plus, l’AIEA a trouvé, en possession des autorités iraniennes, des documents expliquant comment transformer de l’uranium enrichi en matériau utilisable dans une arme nucléaire. Par ailleurs, l’Iran construit à Arak un réacteur à eau lourde semblable à ceux qui ont permis à Israël et à l’Inde de fabriquer leurs premières bombes. Enfin, l’Iran développe plusieurs types de missiles, dont certains semblent avoir été adaptés pour recevoir une tête nucléaire. Leur portée maximale reste limitée, inférieure à 5 000 kilomètres.

1.5 - D’AUTRES PUISSANCES NUCLEAIRES ?

En plus des arsenaux existant, ou en cours de fabrication, il faut faire mention des Etats qui disposent d’un niveau technologique suffisant pour leur permettre de développer, lorsqu’ils le souhaiteront, un arsenal nucléaire.

Ces Etats dits « du seuil » sont potentiellement nombreux. Plusieurs d’entre eux ont déjà conduit des programmes de recherche nucléaires militaires avancés, comme l’Afrique du Sud (qui est à ce jour le seul Etat ayant fabriqué des têtes nucléaires avant de renoncer à sa bombe par la suite) ou la Libye.

D’autres Etats sont dotés de structures de recherche dans le domaine nucléaire, et entretiennent leurs capacités dans ce domaine, sans pour autant avoir été réellement impliqués dans la mise au point d’un programme nucléaire militaire d’ampleur notable. Les exemples les plus connus sont le Brésil, l’Egypte et l’Algérie. Dans une moindre mesure, on peut citer le cas de l’Arabie Saoudite, qui, bien que ne disposant pas de structures de recherche nationales, aurait participé au financement du programme pakistanais et développe des moyens balistiques de portée régionale.

Enfin, certains Etats disposent d’un niveau de connaissances très avancé dans le domaine nucléaire civil, et dans le domaine de l’exploration spatiale, qui permet de disposer de technologies proches de celles développées pour la fabrication de missiles longue portée. Il s’agit notamment du Japon, mais aussi des Pays-Bas. L’accès aux connaissances dans ces domaines clés de la prolifération nucléaire militaire ne poserait pas de difficultés à d’autres Etats industriellement avancés, comme l’Allemagne, voire la Turquie.

2 - LE DESARMEMENT NUCLEAIRE : UN REGAIN D’INTERET TRES RECENT

L’arme nucléaire n’a pas toujours eu l’importance politique qu’on lui connaît. A l’origine, dans l’esprit des militaires, il s’agissait simplement d’une bombe beaucoup plus puissante que les autres. Pourtant, malgré les tensions extrêmes que la guerre froide a pu susciter entre deux adversaires dotés d’arsenaux nucléaires démesurés, aucun de ces deux Etats n’a jamais utilisé cet armement contre l’autre, alors même que les milieux militaires, aux Etats-Unis comme en URSS, ont pu presser dans ce sens, à l’occasion de plusieurs crises, de la prise de pouvoir par Mao en Chine à l’implantation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba.

Le développement des arsenaux nucléaires au cours de la guerre froide a donc suivi une logique de course aux armements, chacun voulant dépasser son rival immédiat pour des raisons de prestige. Les chiffres atteints dans les années 1970 par les arsenaux nucléaires mondiaux sont totalement hors de proportion avec l’utilité réelle de l’arme nucléaire. Les dizaines de milliers de têtes américaines et soviétiques n’étaient pas destinées à être utilisées, puisqu’elles auraient causé des dommages irrémédiables à la totalité de la planète. Dès lors, la question du niveau des arsenaux mondiaux a commencé à se poser.

2.1 - LES DISCUSSIONS STRATEGIQUES ENTRE LES DEUX GRANDS : UN PREMIER PAS

Du fait de l’importance de leurs armements nucléaires, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont logiquement été les premiers à s’engager dans un processus de réduction concertée de la force nucléaire.

Deux séries de discussions seront menées entre 1969 et 1979. On parle de SALT I (strategic armements limitation talks) entre 1969 et 1972, et SALT II entre 1972 et 1979. Les deux super-puissances s’entendent pour limiter (à des niveaux très importants) leur armement nucléaire, et, dans le même temps, conviennent de réduire leurs dispositifs de défense anti-missiles, ce qui permet de conserver à chaque arsenal son potentiel dissuasif (traité sur les missiles anti-balistiques dit ABM). On parle alors d’équilibre lié à la destruction mutuelle assurée (MAD).

Dès 1982, de nouvelles discussions sont lancées, qui portent cette fois non sur la limitation du développement des armes nucléaires, mais sur la réduction des arsenaux. Ce sont les négociations dites « START » (strategic armements reduction talks). Un premier accord est signé en 1991, qui limite le nombre de têtes et de vecteurs. L’accord START II est signé en 1993, alors que la Russie peine à gérer la succession de l’Union soviétique. Le nombre de vecteurs autorisés est légèrement augmenté, mais le nombre de têtes encore réduit. Toutefois, ce traité n’est jamais entré en vigueur.

Les discussions entre les Etats-Unis et la Russie auraient dû continuer après la signature de START II, qui reste un accord intermédiaire. Son expiration était d’ailleurs prévue le 5 décembre Pourtant, l’accord obtenu par les présidents Bush et Poutine au début des années 2000 marque un recul dans le processus de réduction des arsenaux.

Baptisé « SORT » (strategic offensive reduction treaty), l’accord de 2002 rompt avec le principe, initié par le premier traité START, de permettre des inspections sur place de chaque partie pour contrôler le respect par l’autre des stipulations du traité. De plus, alors que les projets de traité « START III » rédigés en 1997 spécifiaient que les armes nucléaires excédant les quotas autorisés devaient être détruites SORT ne contient aucun élément à ce sujet. Enfin, les Etats-Unis s’étaient retirés du traité ABM dès 2001, initiative vécue comme une provocation par la Russie.

2.2 - LES ENGAGEMENTS UNILATERAUX DE LA FRANCE ET DE LA GRANDE-BRETAGNE

L’impasse des discussions américano-russes est significative du changement d’attitude des puissances nucléaires « légitimes » (au regard du TNP) vis-à-vis de leurs arsenaux. En effet, la plupart d’entre elles souhaitent désormais afficher un comportement vertueux, ce qui suppose, lorsqu’elles n’y sont pas tenues par des traités bilatéraux comme la Russie et les Etats-Unis, de décider unilatéralement la réduction de leurs arsenaux.

Le Royaume-Uni est sans doute le pays qui a le plus réduit son arsenal nucléaire, avec une réduction annoncée de 75 % de ses capacités nucléaires explosives par rapport au pic de la Guerre froide, soit environ 160 têtes.

Lors de son discours à Cherbourg le 21 mars 2008, Nicolas Sarkozy a annoncé que l’arsenal français serait désormais limité à 300 têtes nucléaires. La composante aérienne doit également être réduite d’un tiers.

Les réalisations déjà accomplies en matière de désarmement méritent toutefois d’être fortement relativisées. Si la France a effectivement réduit son arsenal, elle poursuit des programmes importants, et coûteux, visant à moderniser l’ensemble de ses vecteurs de longue portée, ainsi que les sous-marins et les avions à long rayon d’action qui les transportent. De la même manière, la Grande-Bretagne a adopté un programme de renouvellement de l’ensemble de sa flotte de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Enfin, la Chine n’a pas lancé de démantèlement nucléaire unilatéral, et semble même augmenter la taille et le niveau technologique de son arsenal.

2.3 - UN MONDE LIBRE D’ARMES NUCLEAIRES : LA RELANCE RECENTE D’UN OBJECTIF ANCIEN

Malgré les difficultés pour faire accepter un régime international de réduction des arsenaux nucléaires, plusieurs responsables politiques de haut niveau se sont publiquement exprimés en faveur de la suppression mondiale des arsenaux nucléaires.

Une série d’articles, de 2006 et 2007, signés par d’anciens hauts responsables américains, notamment Henry Kissinger et Sam Nunn, a été suivie par de nombreuses tribunes dans plusieurs autres pays, comme en France (« Pour un désarmement nucléaire mondial, seule réponse à la prolifération anarchique » , Alain Juppé, Général Bernard Norlain, Alain Richard, Michel Rocard, Le Monde du 15 octobre 2009). Ces prises de position de la part de personnalités publiques de haut rang ont permis de porter le thème du désarmement nucléaire dans le débat public. Le gouvernement britannique a indiqué, par la suite, qu’il partageait cet objectif. Mais c’est surtout la prise de position du président des Etats-Unis qui a donné un poids considérable aux partisans de la « dénucléarisation du monde ».

Dans son discours prononcé à Prague le 5 avril 2009, Barack Obama a clairement affirmé qu’il soutenait l’idée d’un monde « libre d’armes nucléaires ». Le président russe, Dmitri Medvedev, a affirmé que cette orientation lui paraissait juste. Cette idée est déjà portée par le traité de non prolifération nucléaire de 1968, qui invite dans son article VI les Etats-parties à mener des négociations sur des mesures efficaces relatives au désarmement nucléaire. L’objectif de désarmement nucléaire a été repris par la suite au sein du Conseil de Sécurité (résolution 1887 du 24 septembre 2009), et est rappelée dans la plupart des interventions internationales du président Obama.

Ces déclarations interviennent à quelques mois de la conférence d’examen du TNP, qui aura lieu en mai 2010 à New-York. Elles se sont accompagnées d’engagements précis de la part des Américains : relance des négociations pour la signature d’un traité d’interdiction de la production de matières fissiles à des fins militaires (traité dit « cut off »), ratification du traité d’interdiction complète des essais nucléaires (nécessaire à l’entrée en vigueur de ce traité, mais toujours bloquée par le Sénat américain), reprise des discussions stratégiques avec la Russie pour aboutir à un nouvel accord de réduction des arsenaux, qui serait donc le traité « START III » puisqu’il a officiellement vocation à combler le vide consécutif à l’obsolescence de START II.

Sur ce dernier point, des objectifs ont été fixés par les présidents Medevedev et Obama le 6 juillet. Nous sommes encore loin d’un désarmement bilatéral des deux principales puissances nucléaires. Avec des plafonds de têtes entre 1 500 et 1 675 (contre 1 700 – 2 250 auparavant) et un nombre de vecteurs compris entre 500 et 1 100, il permet au contraire de maintenir des arsenaux très importants au sein de ces deux pays.

* Gabriel Arnoux est le pseudonyme d’un spécialiste des questions stratégiques. 

Un article issu de : Développement et réduction des arsenaux nucléaires : un bilan
20/12 

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À voir en ligne ici : http://www.tnova.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1104

http://www.betapolitique.fr/Developpement-et-reduction-des-44102.html

 

 


2-2 Rick Rozoff : La doctrine Obama : «Dans une humanité imparfaite, la guerre perpétuelle est de mise».

Dans le brouhaha de la réunion de Copenhague sur les changements climatiques, avec la pause des fêtes, le discours de réception du prix Nobel de la paix du président Obama est passé à la vitesse de l’éclair. Pourtant, il s’agit d’un discours important qui, de façon bien contradictoire, justifie la guerre, surtout celle de l’empire américain et ses alliés envers le reste du monde, et la glorifie presque. La plupart des médias ont glorifié son habileté oratoire à traiter en même temps de la guerre et de la paix. Les Républicains ont tous été d’accord avec ses propos ! Nous vous soumettons ici une autre analyse tirée du site internet ‘globalresearch.ca’ (10 décembre 2009).

Barack Obama, président et commandant en chef des armées des États-Unis d’Amérique a prononcé son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix à Oslo le 10 décembre dernier. Immédiatement, un débat s’est enclenché dans les médias sur une possible doctrine Obama.

En faisant référence à Martin Luther King jr. et Mohandas Gändi, (en n’utilisant que son nom de famille), en ne mentionnant pas les ex-présidents américains ayant obtenu le prix antérieurement soit, Théodore Roosevelt, Woodrow Wilson et Jimmy Carter, et en ne mentionnant que Ronald Reagan, Richard Nixon, et John f. Kennedy parmi ses prédécesseurs, le chef du pouvoir incontesté de la super puissance américaine a parlé avec l’assurance et la conviction personnelle d’un clairvoyant et d’un probable prophète. Pour le philosophe allemand Friedrich von Schlegel, le genre de prophète qui se tourne vers le passé.

Avec une allure visionnaire et un rythme de discours solennel il a déclaré : « La guerre est un moyen parmi d’autres qui est apparu sur terre avec les premiers hommes ». Peut-être que cette assertion non démontrée réfère au livre de la Genèse qui raconte le meurtre d’Abel par son frère Caïn. Il ne s’agissait pourtant pas là d’une guerre, loin s’en faut. Le président Obama ne nous a pas donné d’indication quant à la formation de sa conviction que la guerre contemporaine fait partie intégrale de l’histoire humaine.

Les paléontologues font généralement remonter l’arrivée de l’homme actuel, l’homo sapiens, à deux cent mille ans, même si les premières preuves historiques écrites ne remontent pas à plus de deux mille quatre cent ans. Peut-être que des journalistes aventureux se permettront de demander au président et à ses rédacteurs de discours comment ils peuvent masquer cent quatre-vingt-dix-sept mille six-cents ans d’histoire et prétendre prouver que la pratique de la guerre est aussi vieille que l’humanité et inséparable de la condition humaine. Peut-être que l’illusion de l’omniscience serait la réponse.

Le discours d’Oslo est rempli de signes d’appropriation d’attributs divins pour soi-même, d’un fatalisme anthropologique et historique et d’une profonde conception pessimiste de la Providence.

Le président affirme que : « … aucune guerre sainte ne peut être juste. Parce que si vous êtes convaincuEs que vous portez la volonté divine vous n’aurez aucune limite (…) Rejoignons le monde qui doit être,(celui) qui reflète la part de divin qui réside en chacun de nous ». Donc, tout argument contre le divin est faux, une hérésie un sacrilège ; Washington est vrai, ne se trompe pas, se suffit à lui-même et peut justifier toute action aussi violente et mortelle qu’elle soit. Une démonstration non équivoque de la vieille théorie manichéenne transportée dans le monde moderne.

Au début de son discours, le premier président américain en exercice à se voir attribuer le prix Nobel de la paix en quatre-vingt-dix ans, souligne : « …peut-être que le problème le plus profond qui entoure le fait qu’on m’attribue ce prix vient de ce que je sois le Commandant en chef des armées d’une nation qui mène deux guerres en ce moment ». Il n’a fait aucun effort pour justifier une de ces deux guerres, celle d’Irak mais, il endosse et défend la poursuite de la seconde, celle en Afghanistan et de plus en plus au Pakistan tout en parlant de façon peu flatteuse des Croisades européennes du Moyen-âge.

L’attribution de ce prix prestigieux et le million quatre-cent-mille dollars qui l’accompagne, à un commandant en chef d’armées déjà impliqué dans deux guerres simultanées hors de ses frontières, dans des pays dont ni les populations ni les gouvernements n’ont jamais représenté quelque menace que ce soit pour sa propre population, ne semble troubler ni le comité Nobel ni ses membres prestigieux.

Dans des termes encore jamais entendus dans des discours d’acceptation du prix, M. Obama a ajouté : « …nous sommes en guerre et je suis responsable du déploiement de centaines de jeunes AméricainEs sur des champs de batailles éloignés. Certains vont tuer, d’autres seront tuéEs ».

Sans crainte de ridiculiser la nation, sans manifester de sens de la mesure ou même une miette de dérision, il ironise sur le fait que, « la technologie moderne permet à une petite poignée d’hommes dotés d’une dose démesurée de rage, d’assassiner quantité d’innocentEs ». Il ne dit pourtant rien des ordres qu’il a émis pour que des engins sans pilotes, les drones, liés par des satellites, bombardent en Afghanistan et au Pakistan semant ainsi la mort parmi les populations.

Les thèmes centraux du discours du président sont la réaffirmation des politiques américaines introduites il y a une dizaine d’années avec le déclenchement de la guerre en Yougoslavie, sans autorisation de l’ONU et sans le moindre effort pour l’obtenir. Donc, les États Unis et ses alliés militaires dans le monde occidental peuvent décider seuls ou collectivement, quand, avec quel niveau d’intensité, où, et pour quel motif ils veulent utiliser la force, n’importe où dans le monde. Et cette prérogative est exclusive aux États-Unis à ses alliés de l’OTAN et à des ‘clients’ militaires sélects hors de la zone euro-atlantique comme la Colombie, l’Éthiopie, la Géorgie, Israël et l’Arabie Saoudite.

Ce qui est unique dans l’argumentation du discours du président Obama, c’est le manque de franc-parler avec lequel il réaffirme cette doctrine de politique internationale qui fait fi de la loi. On retrouve dans les extraits se rapportant à ce thème, derrière les qualificatifs ingénieux et le langage décoratif de camouflage les phrases suivantes : « Nous devons commencer par prendre en compte la dure vérité : nous ne viendrons pas à bout des conflits violents de notre vivant. Il y a des moments où les nations, agissant isolément ou de concert, trouveront que l’usage de la force est non seulement nécessaire mais moralement justifié ». Et il nous offre un résumé d’arguments qu’unE recherchiste de la Maison Blanche aurait pu trouver dans Wikipedia : « À titre de chef d’État qui a fait le serment de protéger et défendre ma nation, je ne peux être guidé par leurs seuls exemples (ceux de Ghandi et de Martin L. King), je suis face au monde tel qu’il est et je ne peux pas demeurer passif devant les dangers qui menacent le peuple américain. Ne vous méprenez pas ; le mal existe dans le monde (…). Je me réserve le droit, comme tout chef d’État d’agir unilatéralement si nécessaire pour défendre ma nation ». Le mal est un substantif, pas un adjectif. Il est employé deux fois dans ce discours ; il est emblématique d’un ton quasi théologique qui alterne avec des phrases plutôt froides et d’autres durement pragmatiques. Voici quelques exemples de cette catégorie : « Les moyens de la guerre ont un rôle à jouer dans la protection de la paix ». « La non violence ne serait pas venue à bout des armées d’Hitler. Aucune négociation n’arriverait à convaincre les leaders d’Al Qaïda de rendre les armes. Ce n’est pas être cynique que de dire que l’usage de la force est parfois nécessaire…. ». « Si je soulève ce point, si je commence par ce point, c’est qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’ambivalence quant à l’usage de la force armée dans beaucoup de pays. Quelle que soit la cause à défendre. Et, à l’occasion, ce sentiment s’accompagne d’une certaine suspicion face à l’Amérique la seule superpuissance militaire du monde ».

Il est absurde de comparer une poignée de membres d’Al Qaïda à Hitler et sa Wehrmacht. Peu importe ce qu’il est, Al Qaïda ne possède pas tant d’armes à rendre. Mais l’Amérique, elle, celle d’Obama possède le plus grand stock d’armes conventionnelles et nucléaires du monde.

Sa façon de jouer intempestivement la carte de l’Allemagne nazie n’est qu’une manœuvre de rectitude rhétorique sans justification historique. Nous n’aurions pas eu à confronter les troupes nazies si, en temps voulu, les gestes diplomatiques nécessaires avaient été posés quand Hitler a envoyé son armée dans la vallée du Rhin en 1936 ; si la Grande-Bretagne et la France n’avaient pas, avec l’Allemagne d’ Hitler et l’Italie de Mussolini soutenu le blocus naval contre la République espagnole pendant que l’aviation allemande y bombardait Guernica et d’autres villes et que les troupes allemandes et italiennes se répandaient dans le pays pour soutenir l’insurrection du Général Franco. Et, finalement, si la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne et l’Italie ne s’étaient pas entendus à Munich en 1938 pour sacrifier les Sudètes tchécoslovaques aux mains d’Hitler et ainsi ouvrir tout droit la route à ses intentions meurtrières vers l’est. Ces mêmes quatre pays se sont réunis soixante-dix ans plus tard, c’est-à-dire l’an dernier, pour répéter la trahison de Munich en organisant la sécession du Kosovo, démontrant ainsi combien peu a été appris depuis.

Quant à l’accusation que plusieurs pays font preuve d’une soit disant « profonde ambivalence face à l’usage de la force armée » et pire « d’une suspicion à l’égard de l’Amérique, la seule superpuissance dans le monde », elle est d’une arrogance, d’une attitude moralisatrice et d’une absolue imperméabilité à la réalité de la politique extérieure du pays ces dernières années tout comme par le passé. Selon cette « unique superpuissance mondiale » impériale, ni la Maison Blanche, ni le Pentagone ne peuvent se tromper. Même pas partiellement, par inadvertance ou inintentionnellement.

Si qui que ce soit trouve quelque faute dans ce que fait ce super pouvoir militaire, c’est qu’il est sous l’influence de son pacifisme ou de son « anti-américanisme » viscéral et pathologique. Peut-être que cela fait parti des « menaces contre le peuple américain » mentionnées au paravent puisqu’aucune autre, qu’elle vienne de l’Afghanistan ou d’ailleurs dans le monde, n’a été démontrée dans ce discours.

Sa partie la plus notable et la plus gênante est ce que M. Obama caractérise comme la « reconnaissance de l’histoire ; les imperfections humaines et les limites de la raison ». De peur que cette observation ne soit interprétée que comme un exemple personnel ou d’humilité toute nationale, d’autres formulations l’entourant ne laissent aucun doute sur le fait que les faiblesses en questions ne concernent que les non-Américains. Gloire à l’américano centrisme !

On chercherait en vain une pareille assertion chez n’importe quel autre chef d’État américain. Il est alarmant d’entendre le chef actuel de cet État, le premier fondé sur les principes des Lumières du dix-huitième siècle et sur ceux des Âges de la raison précédents, insister sur l’inhérente et indélébile faiblesse humaine qui par rapport à certains aspects de la vérité, serait séparée de la raison et lui serait supérieure. Il laisse ainsi la porte ouverte à l’irrationnel sous toutes ses formes et justifie en fin de compte, la conception du droit qui invoque les impératifs nationaux pour définir le bien et le mal.

Si les humains sont imparfaits par nature et que leur jugement l’est tout autant, il en découle pour l’humanité « Née pour mourir et ne raisonnant que pour se tromper » , (Alexander Pope) qu’ il se peut bien que la guerre soit un droit acquis à la naissance et que par conséquent, l’éradication des conflits violents ne se fasse pas de si tôt dans l’histoire. La guerre qui a commencé avec l’arrivée de l’homme sur terre ne s’arrêtera donc qu’avec son extinction. Arrivés ensemble, ils s’éteindront ensemble, selon M. Obama.

Comment le leader de l’Occident, comment la nation et l’individu en sont-ils arrivés à cette impasse déterministe qui est aussi mentionnée dans le discours lorsqu’il parle des événements déterminants de la fin de la guerre froide qui ont marqué le nouveau siècle.

Il passe facilement de : « Je crois que la force peut être justifiée par des considérations humanitaires comme elle l’a été dans les Balkans et dans d’autres endroits qui ont été marqués par la guerre. L’inaction de notre part troublerait notre conscience et pourrait obliger à des interventions plus coûteuses plus tard. C’est pourquoi toute nation responsable doit s’engager militairement avec des mandats clairs et jouer ainsi un rôle pour maintenir la paix ».

À : « La conviction que la paix est nécessaire est rarement suffisante pour y arriver. La paix a besoin du sens des responsabilités. La paix suppose des sacrifices. Voilà pourquoi l’Otan continue à être indispensable ».

En faisant ces déclarations et en exprimant des sentiments concordants, M. Obama a fait référence au pays dont il était l’hôte, en parlant de la guerre en Afghanistan : « …quarante deux pays se sont joints à nous, y compris la Norvège, dans un effort pour nous défendre aussi bien que toutes les autres nations, contre de futures attaques ».

Encore une fois les menaces perçues sont amplifiées pour atteindre une dimension universelle. Toutes les nations de la planète sont menacées et quelques unes d’entre elles, soit les quarante trois membres de l’OTAN et leurs partenaires, tiennent les barbares au loin. Pas facile de faire la différence entre la nouvelle ‘doctrine Obama’ de celle soutenue par G.W.Bush et Tony Blair antérieurement, sauf pour ce qui est de l’étendue assumée.

Pour le président, il existe une mission hors du temps, de l’espace et des contraintes normales : « Les États-Unis d’Amérique ont aidé à façonner la sécurité globale durant plus de soixante ans avec le sang versé par ses citoyenNEs et la force de ses armes. (…) L’engagement de l’Amérique envers la sécurité planétaire ne vacillera jamais. Mais dans un monde où les menaces sont plus diffuses et les missions plus complexes, l’Amérique ne peut pas agir seule. L’Amérique seule ne peut garantir la paix. C’est vrai en Afghanistan. C’est vrai dans des pays où l’État n’existe plus comme en Somalie (…) Et malheureusement, cela va se poursuivre dans les régions instables dans les années à venir (…) Les leaders et les membres des forces armées des pays de l’OTAN comme d’autres amis et alliés, nous démontrent qu’ils partagent cette vérité par leur engagement courageux en Afghanistan ».

Et le président des États-Unis cite par leur nom les nations qui représentent une menace pour son pays, ses valeurs, ses alliés et l’ensemble du monde ; en plus de l’Afghanistan et de la Somalie, ce sont l’Iran, le Myanmar, la Corée du Nord, le Soudan et le Zimbabwe. Ces cinq derniers pays faisaient partie de la liste post onze septembre 2001 de Georges W.Bush comme des États soutenant le terrorisme et, plus tard, de celle de Condoleezza Rice signalant ‘les avant postes de la tyrannie’ ou les deux.

L’espoir que les politiques typiques de l’époque des prédécesseurs du président Obama soient maintenant hors de l’histoire, qu’elles ne se soient appliquées que dans l’immédiat après onze septembre 2001, est bien mort. L’escalade rapide de la guerre en Afghanistan et au Pakistan en est la triste preuve. La guerre n’est pas la mise entre parenthèse des principes bibliques mais le fondement de la politique nationale.

Dans son roman, La bête humaine, Émile Zola dépeint la foule française revendiquant une désastreuse guerre contre la Prusse en scandant : « À Berlin ! À Berlin ! » devant une locomotive avançant à toute allure sans conducteur. Le discours du président Obama à Oslo montre que l’Amérique est toujours prête à se lancer en guerre même si elle a changé de conducteur. Les vieux champions de la guerre, Robert Gates, James Jones, Richard Holbrooke, David Petraeus et Stanley McChrystal ont chargé la machine pour un long voyage.

Rick Rozoff
Le 15 janvier 2010

Stop NATO

Article original en anglais :  The "Obama Doctrine": Eternal War For Imperfect Mankind, "For make no mistake: Evil does exist in the world.", publié le 11 décembre 2009.
Traduction : Alexandra Cyr, Presse-toi à gauche

Mondialisation.ca,
Rick Rozoff est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=ROZ20100115&articleId=16993 

 


2-3 M. K. Bhadrakumar : La géopolitique des pipelines à un tournant capital.

Le 6 janvier 2010, l’Iran et le Turkménistan inauguraient le gazoduc Dovletabat-Sarakhs-Khangiran, un projet commun d’une ampleur exceptionnelle.

Ce grand pas en avant pourrait véritablement bouleverser la donne dans le « Grand échiquier » pour le contrôle de l’énergie : les États-Unis sont mis hors-jeu par leurs concurrents sans que ces derniers ne provoquent les agressions et les effusions de sang dont les États-uniens s’étaient rendus responsables au cours des seules opérations de sécurisation des routes d’accès. Si l’avenir de l’énergie se trouve non pas dans le pétrole mais dans le gaz, alors le contrôle du Proche-Orient pourrait bien passer par celui du bassin de la mer Caspienne.

En janvier dernier, l’inauguration du gazoduc Dauletabad-Sarakhs-Khangiran reliant le nord de l’Iran dans le bassin de la mer Caspienne aux gisements gaziers turkmènes est sans doute passée inaperçue dans la cacophonie médiatique occidentale, pour qui le régime islamique de Téhéran vit son Apocalypse Now.

L’événement est lourd de messages concernant la sécurité de la région.

En l’espace de trois semaines, le Turkménistan a décidé d’attribuer la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, la Russie et l’Iran : il est d’autant moins intéressé par les projets de tracés proposés par les États-Unis et l’Union Européenne.

Entendons-nous au loin les notes d’une symphonie jouée de concert par la Russie, la Chine et l’Iran ?

Ce gazoduc, long de 182 km, a beau démarrer modestement avec une capacité de 8 milliards de mètres cubes (8 G.m3) de gaz, sa capacité annuelle n’en est pas moins de 20 G.m3.

Ce volume satisferait, en Iran, les besoins des habitants de la plaine côtière de la mer Caspienne et permettrait à Téhéran de réserver à l’exportation la production des puits gaziers exploités dans le sud de son territoire.

Le contrat satisfait pleinement les deux parties : Achgabat s’assure un marché à ses portes ; le nord de l’Iran n’a plus à réduire sa consommation par crainte des pénuries en hiver et Téhéran peut donc affecter ses surplus à l’exportation. De plus, via l’Iran, le Turkménistan peut développer d’autres voies de transport vers le reste du monde.

Aussi l’Iran peut-il espérer jouir pleinement des avantages de sa position géographique parfaite pour servir de terminal aux exportations gazières turkmènes.

Nous assistons à une redistribution des cartes de la coopération énergétique au niveau régional qui n’a que faire des « supermajors » du pétrole [1]. Comme d’accoutumée, la Russie mène le jeu ; la Chine et l’Iran suivent l’exemple. La Russie, l’Iran et le Turkménistan occupent respectivement le premier, le second et le quatrième rang mondial pour ce qui est des réserves de gaz. Par ailleurs la Chine va s’imposer, au cours de ce siècle, le grand pays importateur par excellence. Tout cela a des conséquences capitales sur la stratégie globale des États-Unis.

Le gazoduc construit par l’Iran et le Turkménistan fait fi de la politique américaine envers l’Iran.

Les États-Unis menacent l’Iran de nouvelles sanctions et prétendent que « Téhéran se trouve de plus en plus isolé. »

Mais l’on voit malgré tout Mahmoud Ahmadinejad parcourir l’Asie Centrale à bord de son jet présidentiel, être accueilli sur un tapis rouge à Achgabat par son homologue Gurbanguly Berdymukhammedov, et devant nos yeux émerge un nouvel axe économique.

La diplomatie coercitive des États-Unis n’a pas porté ses fruits.

Le Turkménistan, dont le produit national brut atteint 18,3 milliards de dollars, a bravé l’unique superpuissance (au PNB de 14,2 billions de dollars – 14,2.1012 ou 14 200 milliards). Pire encore, il a traité le dossier comme une affaire courante.

Ce drame comporte aussi ses ramifications.

Pour commencer, Téhéran affirme avoir scellé un accord avec Ankara pour exporter le gaz turkmène vers la Turquie en passant par le gazoduc existant, long de 2 577 km, reliant Tabriz, dans le nord de l’Iran, et Ankara.

On le voit, la Turquie mène sa politique étrangère de manière indépendante, aspirant elle aussi à devenir une plaque-tournante dans la distribution de gaz vers les marchés européens. L’Europe pourrait ainsi perdre la bataille qu’elle mène pour s’octroyer un accès direct aux réserves du bassin de la mer Caspienne.

Deuxièmement, la Russie ne semble pas s’inquiéter à l’idée que la Chine trouve des sources d’approvisionnement énergétique Asie Centrale. La demande européenne de gaz russe a chuté et les pays producteurs d’Asie Centrale s’installent sur le marché chinois.

La Russie ne devrait connaître aucun problème d’approvisionnement particulier en conséquence des importations chinoises (que ce soit pour sa consommation intérieure ou pour ses exportations).

Elle est suffisamment bien implantée sur le marché de l’énergie en Asie Centrale, et autour de la mer Caspienne, pour éviter toute pénurie d’énergie.

Ce qui importe plus que tout, pour la Russie, c’est de ne pas voir s’éroder son statut de premier fournisseur d’énergie vers l’Europe. Tant que les pays producteurs d’Asie Centrale ne manifestent aucune demande pressante pour la construction de nouveaux pipelines transcaspiens sous tutelle américaine, la Russie n’a rien à redire.

Au cours de sa récente visite à Achgabat, le Président russe Dmitri Medvedev a normalisé les relations entre la Russie et le Turkménistan au sujet des questions énergétiques. Ce resserrement des liens avec le Turkménistan constitue une avancée majeure pour les deux pays.

Premièrement, le réchauffement significatif de leurs relations permet au Turkménistan de maintenir l’exportation vers la Russie d’un volume annuel de 30 G.m3 de gaz.

Deuxièmement, pour citer Medvedev : « Pour la première fois dans l’histoire des relations qui unissent la Russie et le Turkménistan, la base de calcul de prix pour l’approvisionnement en gaz sera élaborée de manière absolument comparable à celle des marchés européens. » Certains commentateurs russes affirment que Gazprom ne tirera aucun profit à acheter le gaz turkmène et qu’en outre, si Moscou a accepté de payer le prix fort, c’est d’abord parce que le Kremlin est résolu à ne pas laisser un seul mètre cube de gaz à la disposition d’autres projets de gazoducs, et surtout pas le Nabucco, un projet soutenu par les États-Unis.

Troisièmement, et contrairement à ce que distille la propagande occidentale, Achgabat ne voit pas dans le gazoduc chinois une solution de remplacement à Gazprom. La politique des prix pratiquée par la Russie constitue une garantie que Gazprom demeure un client irremplaçable pour le Turkménistan. Les négociations sur le prix de vente du gaz attribué à la Chine se poursuivent, mais le tarif final ne pourra jamais concurrencer l’offre russe.

Quatrièmement, la Russie et le Turkménistan ont réitéré leur engagement pour développer le gazoduc transcaspien le long de la côte est de la mer Caspienne jusqu’à la Russie, dont la capacité atteindra 30 G.m3. A l’évidence, grâce aux réserves turkmènes (et kazakhs), la Russie espère centraliser de plus grandes quantités de gaz naturel en provenance d’Asie Centrale.

Cinquièmement, Moscou et Achgabat se sont également entendus pour construire conjointement un gazoduc est-ouest reliant tous les puits de gaz turkmènes à un même réseau afin de permettre l’acheminement de gaz vers la Russie, la Chine et l’Iran depuis n’importe quel gisement.

On le voit bien, dans le contexte d’intensification des avancées américaines en Asie Centrale, la visite de Medvedev à Achgabat n’est pas sans conséquences sur la sécurité de la région. Lors d’une conférence de presse commune avec Medvedev, Berdymukhammedov déclarait que Moscou et Achgabat partageaient une vision générale sur la situation de la zone, en particulier à propos de l’Asie Centrale et du bassin de la mer Caspienne. Il a également souligné le fait que les deux pays ne considèrent pas la sécurité de l’un sans envisager celle de l’autre. Medvedev confirmait quant à lui la similitude de leurs analyses, partagées unanimement, sur les sujets sécuritaires et leur volonté de travailler ensemble.

En cherchant à contourner la Russie, à laisser la Chine sur le bas-côté et à isoler l’Iran, la stratégie diplomatique de développement des pipelines mise en œuvre par les États-Unis dans la région de la mer Caspienne n’a pas fonctionné. La Russie prévoit à présent de doubler son importation de gaz en provenance d’Azerbaïdjan, entravant ainsi davantage les efforts occidentaux pour faire de Bakou un fournisseur du Nabucco. Aux côtés de la Russie, l’Iran émerge en tant qu’importateur de gaz azerbaïdjanais. En décembre, l’Azerbaïdjan signait un accord pour livrer du gaz à l’Iran via le gazoduc Kazi-Magomed-Astara qui s’étend sur 1 400 km.

Le moteur de ces développements est l’irrépressible élan pris par le South Stream et le North Stream russes, qui alimenteront en gaz l’Europe du Nord et du Sud.

Les obstacles érigés contre le North Stream ont été levés après le feu vert, sur le plan environnemental, du Danemark (en octobre), de la Finlande, de la Suède (en novembre) et de l’Allemagne (en décembre). Les travaux de construction du gazoduc démarreront au printemps.

Gazprom, les industriels allemands E.ON Ruhrgas et BASF-Wintershall, et Gasunie, une entreprise néerlandaise de transport gazier, ont investi ensemble 12 milliards de dollars pour la construction du gazoduc North Stream, dont le parcours évite le tracé des voies de transit datant de l’époque soviétique traversant l’Ukraine, la Pologne et la Biélorussie. Long de 1 220 km, il part du port de Vyborg dans le nord-ouest de la Russie, passe sous la mer Baltique et débouche dans le port allemand de Greifswald. La capacité de 27,5 G.m3 (par an) sera atteinte l’année prochaine avec la mise en service d’un premier tronçon, avant de doubler en 2012. Le North Stream va profondément affecter la géopolitique de l’Eurasie, les équations transatlantiques et les liens entre la Russie et l’Europe.

De toute évidence, l’année 2009 a été une année historique dans la « guerre de l’énergie ». D’abord, l’inauguration du gazoduc chinois par le président Hu Jintao le 14 décembre, ensuite, celle du terminal pétrolier près du port de Nakhodka en Sibérie Orientale par le Premier Ministre Vladimir Poutine le 27 décembre (l’oléoduc qui le rejoint et qui relie les nouveaux gisements de la Sibérie Orientale à la Chine et aux nouveaux marchés asiatiques sur le Pacifique, pour un budget conséquent de 22 milliards de dollars), et enfin, celle du gazoduc iranien par Ahmadinejad le 6 janvier dernier. Subtilement, c’est presque toute la carte énergétique de l’Eurasie et de la région de la mer Caspienne qui s’est vue redessinée.

L’année 2010 démarre sur cette nouvelle interrogation fascinante : la Russie, la Chine et l’Iran vont-ils coordonner leurs prochaines actions ou, au moins, harmoniser leurs intérêts conflictuels ?

M. K. Bhadrakumar

1er février

M. K. Bhadrakumar a mené une carrière de diplomate au sein du Ministère des Affaires Étrangères indien. Parmi ses affectations figurent l’URSS, la Corée du Nord, le Sri Lanka, l’Allemagne, le Pakistan, l’Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.

Traduction Nathalie Krieg

Source Asia Times Online (Chine)

Lancé fin 1995, l’édition papier de l’Asia Times , journal anglophone de Hong Kong, s’est arrêtée en juillet 1997 et a donné naissance, en 1999, à un véritable journal en ligne régional. Yazhou Shibao Zaixian, sa version chinoise, traduit depuis 2003 une partie des articles de la version anglaise et produit également des reportages originaux sur la Chine. 

[1] N.D.T. En anglais « Big Oil » désigne, un peu péjorativement, les six plus grandes compagnies pétrolières privées mondiales : ExxonMobil (USA), Royal Dutch Shell (Pays-Bas), BP (Royaume-Uni), Chevron Corporation (USA), ConocoPhillips (USA), Total S.A. (France).

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.M.K.Bhadrakumar.010210.htm

http://www.voltairenet.org:80/article163791.html



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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