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18/02/2010

n°511 - Dossier de Palestine - 15-02 - : Fin - : Le droit de résister à l'occupation et à l'agression.

n°511  -  Dossier  de Palestine -  15-02 - :  Fin -  : Le droit de résister à l'occupation et à l'agression.



  L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources 



Dossier de Palestine

n°511                                                     15-02

                                                           C.De Broeder & M.Lemaire   



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be

 

Sommaire

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage (Suite & Fin)

2-8 Après la mort d'Al-Mabhouh : Une liste de liquidation de 12 chefs militaires palestiniens.

2-9 L’occupation israélienne change le visage de la ville d’Al-Quds.

2-10 Jérusalem 2020: les Israéliens majoritaires, la présence arabe réduite à 12% …

2-11 Une quinzaine de blessés dans des heurts israélo-palestiniens.

2-12 Ilan Pappe : « Le sionisme était un mouvement colonial ».

2-13 Ramzy Baroud : La Turquie saisit sa chance historique.

2-14 Juan Gelman : Ce que pensent les Us américains d'en bas et ceux d'en haut : Le borgne est roi.

2-15 Rapport Goldstone : Les poursuites judiciaires contre Israël, où en est-on?


2-8 Après la mort d'Al-Mabhouh : Une liste de liquidation de 12 chefs militaires palestiniens.

La direction du Hamas aurait adressé, lundi 1er février 2010, un avertissement des plus forts aux dix de ses chefs militaires et de deux du Djihad Islamique, estiment des sources israéliennes.

L’avertissement dirait que le Hamas a reçu des renseignements confirmant que les différents services israéliens de sécurité sont en train de préparer une série d’assassinats, après l’assassinat le 19 janvier 2010 de Mahmoud Al-Mabhouh, l’homme du Hamas du contact avec l’Iran.

Les sources se montrent étonnées de voir une organisation militaire exposer les noms de douze chefs importants.

La liste contient le nom de Mohammed Daïf, le chef militaire supérieur du Hamas, bien qu’il soit infirme, blessé gravement dans une tentative israélienne d’assassinat. Il y a aussi Ahmed Al-Jaabari, le chef des états généraux des brigades d’Al-Qassam. Abou Khaled. Marwan Issa. Abou Khaled Hojazi. Mohammed Kharroub, chef du Djihad Islamique. Abou Al-Montassir. Abou Qossaï. Nader Jaabir. Khaled Mansour, responsable du Djihad Islamique à Gaza. Mohammed Sanwar. Mohammed Abou Shimala. Ahmed Ghandour.

L’assassinat d’Al-Mabhouh

Il est important de souligner que le président du service de renseignements israélien s’active beaucoup, ainsi que des grands officiers, en ces dernières semaines, en faisant des allers-retours entre Tel-Aviv et certaines capitales arabes.

Et Perez, président de l’Entité sioniste, s’est envolé vers l’Allemagne pour menacer les Allemands et leur rappeler l’holocauste, afin qu’ils continuent leur soutien à "Israël".

Benyamin Netanyahu, le premier ministre israélien, a lui aussi rencontré plusieurs chefs de services de sécurité européens. Il est vite revenu à Tel-Aviv pour des réunions urgentes avec ses officiers. On a vite compris que quelque chose se préparait dans les coulisses, quelques nouvelles visions sécuritaires.

En effet, le chef du cabinet israélien et ses ministres ont décidé d’actionner le Mossad et de le faire travailler pour semer la peur parmi les régimes arabes.

Ainsi, le feu vert a été donné au Mossad de pratiquer des opérations spéciales pour perturber le Hamas et le Hezbollah.

Et l’assassinat d’Al-Mabhouh, un des chefs militaires des brigades d’Al-Qassam, ne représente que le premier épisode d’une longue série d’opérations qui continueront les semaines à venir. "Israël" voudrait arriver à deux objectifs.

Le premier serait de semer le doute et l’anarchie dans les services de sécurité arabes de quelques capitales arabes.

Le deuxième but serait d’attirer le Hamas et le Hezbollah vers des actes allant à l’encontre des intérêts israéliens en Europe, pour ensuite les accuser de terrorisme.

Une accusation qui éloignerait les regards de tous ces crimes commis par les Israéliens à l’encontre du peuple palestinien. Et le Monde aurait oublié le rapport de Goldstone.

Dans les coulisses, les mouvements de résistance verraient difficile toute opération à l’étranger, bien que leurs sympathisants les attendent pour venger l’assassinat de Moghniya et d’Al-Mabhouh. Par contre, une opération spectaculaire serait possible à l’intérieur de l’Entité sioniste.

A savoir que les agents du Mossad ont obtenu des passeports de certains pays européens afin de faciliter leur pénétration à Dubaï et de mettre en œuvre le dernier assassinat.

Une ambassade européenne aux Emirats Arabes Unis a été prise comme QG par les agents israéliens, au nombre d’une vingtaine d’hommes et de femmes.

Rapport publié par le site Tik Debka, le 5 février 2010
Traduit et résumé par le département français du CPI

CPI

9 février

Source : CPI
http://www.palestine-info.cc/...


2-9 L’occupation israélienne change le visage de la ville d’Al-Quds.

Depuis leur occupation de la ville d’Al-Quds, les Israéliens ont établi beaucoup de changements, dans la ville voire dans sa structure démographique, sociale et culturelle. Des centaines d’hectares de terre ont été confisquées. Quelque dix-neuf colonies ont été bâties comportant environ 60 unités résidentielles où habitent plus de 160 mille colons.
En 1948, les israéliens ont occupé la partie occidentale de la sainte ville d’Al-Quds. Et en 1967, ils ont occupé sa partie orientale.
En 1980,
la Knesset, le parlement israélien, l’a déclarée comme capitale de l’Entité sioniste, en dépit du refus de la communauté internationale.
Mais encore.
Le maire israélien de la ville, Nir Barakat, a révélé  l’existence de plans mis en place pour construire encore plus d’unités résidentielles pour les colons dans la partie orientale de la ville d'Al-Quds, après avoir mis complètement la main sur sa partie occidentale.
Dans ses déclarations de presse, Barakat avait déclaré que s’il y a des problèmes de prix d’appartements du côté juif de la ville d'Al-Quds, pourquoi on n’en construirait pas dans le côté oriental, puisque les terrains sont sous la mainmise du gouvernement israélien. Il prétend que les terrains sont la propriété des Juifs, et non des Arabes.
Cette campagne coloniale menée par les autorités de l’occupation israélienne contre la ville d'Al-Quds fait peur aux Palestiniens qui représentent 34% des habitants de la ville.
 Les occupants israéliens se sont déjà activés à changer la carte démographique de la ville d'Al-Quds, dès la fin du premier congrès sioniste tenu dans la ville de Bâle, à la fin du mois d’août en
1897. A partir de cette date, le nombre de Juifs n’a pas cessé de grimper. Et après la déclaration de Balfour en 1917, précisément entre 1917 et 1948, lorsque la Grande-Bretagne avait laissé grande ouverte la porte de la Palestine pour une intense immigration des Juifs.
Les milices sionistes de Shtern, d’Itsel et de Haganah ont chassé plus de cent mille Palestiniens de la partie occidentale de la ville d'Al-Quds.
 Et durant la guerre de 1967, les occupants israéliens ont chassé plus de 15 mille Palestiniens de sa partie orientale, explique Khalil Tokmachi, expert de la colonisation.

27/01 

http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=121602&language=fr


2-10 Jérusalem 2020: les Israéliens majoritaires, la présence arabe réduite à 12% …

L'organisation islamo-chrétienne pour le soutien de la ville d'Al-Quds occupée et les lieux saints, a mis en garde contre l'instauration d'une ville juive sur les ruines des maisons palestiniennes démolies, à Selwan (Est de Jérusalem occupée).
Cet appel intervient après les déclarations lancées par le maire de la municipalité d'Al-Quds occupée, qui a menacé de détruire toutes les maisons palestiniennes soi-disant "non autorisées". Des centaines de familles palestiniennes seront désormais sans-abris.
"Les autorités d'occupation considèrent la région de Selwan comme une ville juive et exécutent leurs agendas afin de s'emparer de cette région", a averti l'organisation.
JERUSALEM 2020 
L'organisation islamo-chrétienne pour le soutien d'al-Qods et les lieux saints a également mis en garde contre le plan sioniste appelé "Jérusalem 2020" qui vise à judaïser la ville d'al-Quds occupée.
Elle a révélé que l'occupation a consacré plus de 10 milliards de dollars américains pour effectuer ce plan, qui vise à annexer les colonies qui entourent la ville sainte et confisquer les terres palestiniennes.
 Elle a souligné que ce plan vise aussi à installer plus de 40 mille colons sionistes dans la ville d'al-Quds, pour qu'ils deviennent majoritaires, et ce, après la réduction de l'existence palestinienne dans cette ville sainte: soit moins de 12 % palestiniens en 2020.
L'organisation a renouvelé son appel au conseil de sécurité de l'Onu pour qu'il mette fin à toutes les mesures sionistes terroristes visant à judaïser la ville et ses lieux saints islamiques et chrétiens

07/2

.http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=123337&language=fr


2-11 Une quinzaine de blessés dans des heurts israélo-palestiniens.

Une quinzaine de personnes ont été blessées dans des heurts survenus lundi entre policiers israéliens et manifestants palestiniens dans un camp de réfugiés en lisière de Jérusalem.

Le gouvernement palestinien a vivement condamné ce qu'il a appelé une incursion israélienne et certains de ses responsables ont estimé que les négociations avec Israël ne pourraient reprendre que si elles se concentraient sur la question des frontières et sur d'autres aspects au coeur du conflit, et qu'elles se fixaient une date butoir claire.

Des manifestants palestiniens et les forces israéliennes se retrouvent face à face chaque semaine depuis des mois, lors de rassemblements généralement pacifiques organisés contre la saisie récente par les Israéliens d'habitations où vivaient des Palestiniens, dans certaines parties de Jérusalem-Est.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui sous la pression des Américains a décrété un gel limité et temporaire des constructions de logements en Cisjordanie occupée, refuse de céder aux Palestiniens, qui réclament l'arrêt de la construction d'habitations pour des Juifs dans Jérusalem-Est, partie arabe de la ville, conquise en 1967 lors de la guerre des Six-jours.

La dispute a pris un tour violent lundi lorsque des enfants palestiniens ont caillassé des véhicules de police israéliens qui pénétraient dans le camp de réfugiés de Shoafat. Les jets de pierres ont blessé quatre agents israéliens, a indiqué un porte-parole de la police israélienne.

La police avait lancé l'opération dans ce camp pour arrêter ce qu'Israël a présenté comme des suspects de fraude fiscale. Dix Palestiniens ont été blessés dans la confrontation, mais aucun grièvement, ont déclaré des responsables palestiniens.

Dans un communiqué, l'Autorité autonome palestinienne a vivement condamné l'"incursion" israélienne, assortie d'une opération militaire qui a visé trois secteurs palestiniens de Jérusalem-Est et au cours de laquelle, selon elle, des dizaines de personnes ont été interpellées.

A Tokyo, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riad Malki, a souligné que toute reprise des négociations de paix avec Israël, bloquées depuis l'offensive israélienne contre la bande de Gaza pendant l'hiver 2008-2009, devrait aborder avant tout la question des frontières et se fixer un délai de quatre mois.

L'accrochage de lundi illustre une nouvelle fois les tensions cristallisées autour de la ville de Jérusalem, considérée par l'Etat hébreu comme sa capitale "indivisible et éternelle". Les Palestiniens, eux, veulent faire de Jérusalem-Est, annexé par Israël en 1967, la capitale d'un futur Etat.

AP 9/2


2-12 Ilan Pappe : « Le sionisme était un mouvement colonial ».

Entretien avec Ilan Pappe sur son livre Le Nettoyage ethnique de la Palestine, l'occupation permanente et les démarches pour une paix au Proche-Orient par Rolf-Henning HINTZE
Le Professeur Ilan Pappe (né en 1954) est un historien israélien.

De 1984 à 2007 il a enseigné à l'Université de Haïfa et actuellement il est à l'Université d’Exeter en Grande-Bretagne.

Son livre Le Nettoyage ethnique de la Palestine  (394 p., 20,90 €, Fayard 2008)  a déclenché des attaques violentes contre lui.

 

Rolf-Henning Hintze (RHH): En Israël, vous avez affronté bien des difficultés et à la fin, vous avez décidé d'accepter un travail à l'étranger. Quel genre de pression a-t-on  exercé sur vous ?

 

Ilan Pappe (IP) : Je ferais la différence entre la pression et la décision de vivre en Europe. La pression s’est d'abord manifestée dans mon environnement académique où j’ai été isolé et boycotté. Je ne pouvais plus prendre part à des séminaires et des conférences, ma promotion fut suspendue. C'était l'une des formes de pression. L'autre était constituée de fréquentes menaces de mort qui m'étaient adressées par téléphone, e-mail ou par poste. Parmi celles-ci, certaines n'étaient probablement pas sérieuses, mais reflétaient simplement la haine, mais je rappelle le cas d'un professeur qui a té victime d’un attentat à la bombe à la suite de menaces similaires. Je me suis décidé à quitter le pays parce qu'il ne m'était pas possible d'avoir un dialogue fructueux avec mes collègues et avec la société en général. Je pensais que je pourrais bien mieux servir la cause – dont je demeure convaincu – en travaillant à l'étranger. La très grande similitude entre la société d'apartheid blanche d'Afrique du Sud lorsqu’elle était au sommet de sa puissance et Israël, où il est impossible d'initier des processus de transformation de l'intérieur,  m’est apparue toujours plus clairement. On ne peut y parvenir que par la pression de l'extérieur.

 

(RHH): Vous dites qu'il 'y avait plus de dialogue avec vos collègues. Comment cela a-t-il commencé? A-t-on d'emblée refusé vos livres ou y avait-il encore une certaine compréhension au début?

 

(IP) : Les collègues vous accompagnent tant que vous restez dans le cadre des représentations sionistes. Dès l'instant où on se libère soi-même du dogmatisme sioniste,  et qu'on appréhende la réalité d'une autre manière, on ne peut plus revenir en arrière et ça, les collègues le sentent. C'est comme si on avait franchi le Rubicon et ils savent qu'on a traversé un fleuve très large.

 

(RHH): Vous parlez de la libération du dogmatisme sioniste. C'était probablement un très long processus. Quelles en ont été pour vous les étapes?

 

(IP) : Ce fut un long cheminement. Jusqu'en 1982, alors que je me trouvais en Angleterre à préparer mon doctorat, je n'avais jamais pensé quitter cette idéologie. Dans mon cas, il n'y a pas eu d'évolution dramatique pour quitter le camp sioniste. Mais trois facteurs ont contribué en moi à ce changement, bien qu'ensuite, il fallut encore du temps jusqu'à ce que cela mûrisse. D'abord, il y eut le fait que j'étudiais hors d'Israël. Ceci est très important parce qu'on voit les choses sous un autre éclairage.  Ensuite, il y eut la guerre de 1982 contre le Liban. Même la majorité de la presse israélienne laissait les gens dans l'incertitude. C'était la première guerre dont la justification était mise en doute par les gens, et pas seulement par les membres de l'extrême-gauche. Cela faisait réfléchir: s'il y avait une guerre injuste, qu'en était-il des autres? Et finalement, je travaillais déjà depuis environ deux ans sur du matériel d'archives concernant les événements de 1948. Il faut environ un an avant qu'on commence à comprendre – qu'on commence ! Il faut des années, pour comprendre cela complètement. A cette époque, je commençais à comprendre ce qui s'était passé en 1948, et ce que je voyais, était terrible pour moi. Ça dépassait tout ce qu'on m'avait appris sur le judaïsme et le sionisme. C'était énorme.

 

(RHH): Quelles ont été les réactions lorsque vous avez publié les résultats de vos recherches ?

 

(IP) : Mes premiers livres, à peu près jusqu'en 2000, n'ont pas été acceptés avec une particulière bienveillance, mais ils paraissaient encore légitimes, ils étaient encore à peu près recevables. Pendant une guerre, des gens sont délogés, ça arrive malheureusement, mais ça ne remet pas fondamentalement en cause la moralité de l'État. Mais lorsqu'au début de ce siècle j’ai commencé à décrire le sionisme comme un colonialisme, la guerre de 1948 comme un nettoyage ethnique et lorsque j’ai désigné le régime en Israël même et dans les territoires occupés comme un régime d'apartheid, j’ai du faire face à des réactions très vives. On m’a traité comme un traître.

 

(RHH): La thèse principale de votre livre:" Le Nettoyage ethnique de la Palestine ", est que la direction sous Ben Gourion considérait les Palestiniens, déjà avant l'indépendance d'Israël comme un obstacle à la réalisation du sionisme. Etait-ce le motif pour le plan Dalet, de sinistre mémoire,  d'expulser systématiquement les Palestiniens?

 

(IP) : En Israël, même les historiens critiques contemporains disent qu'il y a eu une guerre et que dans cette guerre, des gens ont été expulsés. J'ai dit au contraire que la guerre fut initiée pour expulser des gens, ce qui est très différent. Les preuves matérielles sont à mon avis manifestes. C'est intéressant, une fois qu'on s'est libéré de l'idée que seuls des historiens juifs israéliens peuvent décrire l'histoire d'Israël et qu'on lit ce que des scientifiques palestiniens ont écrit il y a 20 ou 30 ans. Il y avait des hommes de grande intelligence, par ex. l'historien Walid Khalidi ou le grand philosophe Edward Saïd, mais encore bien d'autres universitaires qui voyaient très clairement que la guerre fut le moyen par lequel Israël voulait réaliser l'épuration ethnique de la Palestine. Il faudrait que les gens qui n'acceptent pas ma thèse expliquent comment, avant que la guerre ne commence le 15 mai 1948, la moitié des Palestiniens qui devinrent des réfugiés,  étaient déjà des réfugiés – avant la guerre! Si la guerre a commencé le 15 mai, pourquoi Israël a-t-il expulsé 75 000 personnes de Haïfa, 70 000 de Jaffa, 20 000 d'Acre, 10 000 de Safad ? Toutes les agglomérations urbaines de Palestine ont pratiquement été "nettoyées" avant le 15 mai 1948. A peu près la moitié des hommes qui devinrent des réfugiés ont été expulsés. Même les Israéliens admettent que ceux-ci ont été chassés durant la guerre. Il doit y avoir quelque chose là-dessous. La guerre n'est pas la raison qui explique l'expulsion, il doit y avoir une autre explication. Et les preuves sont tout à fait manifestes.

 

(RHH): Vous ramenez cela au fait que Ben Gourion avait une conception particulière de l'idéologie sioniste?

 

(IP): Oui, derrière cela se cachait la façon d'interpréter l'idéologie sioniste des dirigeants des années 30 et 40. Ce n'était pas le sionisme en général, mais une interprétation spéciale. Elle disait qu'il fallait avoir une aussi grande part que possible de la Palestine avec un aussi petit nombre que possible de Palestiniens dedans. Les leaders sionistes ont dit ça à de nombreuses occasions. La question était: comment peut-on réaliser cela? Une lettre de Ben Gourion à son fils des années trente illustre cela. Il y écrivait que les guerres étaient la meilleure façon de rendre la Palestine plus juive et moins arabe.

 

(RHH): Vous avez mis un accent particulier sur des interviews avec des témoins oculaires. Combien avez-vous pu interroger?

 

(IP): Des douzaines de personnes. Un problème particulier a cependant surgi : un grand nombre de ceux que j'aurais voulu rencontrer étaient déjà décédés. Mais j'ai quand même eu de la chance parce qu'au moment où j'ai commencé à travailler sur le livre, de jeunes Palestiniens avaient déjà commencé à enregistrer des témoignages oraux de témoins oculaires. Il y avait donc déjà des quantités de matériel, dont également des témoignages de personnes entretemps décédées. Ce matériel m'a beaucoup enrichi; j'aimerais presque dire que ça vous rend plus humain. Quand on lit par ex. que l'armée israélienne tua lors d'un engagement 12 personnes, en blessa 150 et en expulsa 70, ce ne sont que des chiffres. J'essaie de voir les hommes, je veux découvrir le nom des victimes, je veux savoir ce qu'elles ressentaient. J'ai également parlé à des blessés, à des survivants. J'ai aussi parlé à des soldats israéliens qui y étaient en 1948. Lorsque j'ai traité du cas de Tantoura (un village palestinien, dans lequel l'armée israélienne a commis un massacre le 22 mai 1948, RHH), j'ai constaté que beaucoup parmi eux étaient soulagés, peu avant leur mort, de raconter la vérité. Cela avait été difficile de vivre avec ce qu'ils avaient vu et fait.

 

(RHH): Pouvez-vous préciser cela?

 

(IP): Il y a un film documentaire sur Tantoura du célèbre acteur et metteur en scène palestinien Mohammed Bakri dont le titre est: "1948". Il y interroge Amos Kenan, un écrivain connu qui avait participé au massacre de Dawaymeh où 44 Palestiniens furent exécutés par les Israéliens. C'était étonnant de voir comment Kenan s'ouvrit tout à coup face à Bakri. Bakri lui demanda: "Mais il y a bien eu un massacre, n'est-ce pas?" Et il était évident que Kenan ne voulait pas en parler, il n'en a jamais parlé. Puis il dit: "Oui" et quand Bakri demanda ce qui s'y était passé, il répondit: "Ceux qui le savent, le savent, et ceux qui ne le savent pas, ne le savent pas." Ce fut tout. Mais c'était suffisant.

 

Un autre cas: Il y avait un soldat appelé Ambar qui devait devenir plus tard un officier supérieur de l'armée israélienne. Au début, il contesta qu'à Tantoura quelque chose avait mal marché. Ce qui est intéressant, c'est qu'ensuite il fit un parallèle avec l'Allemagne nazie. Il dit: "Ce que nous avons fait à Tantoura était pire que ce que les Allemands ont fait durant la Seconde guerre mondiale avec les prisonniers de guerre". Ils ne donnent jamais de détails, mais indirectement ils disent bien quelque chose. Cela me rend curieux et m'incite alors à continuer de rechercher.  

 

Si on analyse les documents sans ce genre de témoignages, ils demeurent des documents arides qui disent peut-être que des choses irrégulières se sont déroulées à Tantoura. Comme un collègue l’a formulé : "des actions irrégulières, mais pas un massacre". Et alors on répond: Mais j'en ai parlé avec l'officier qui y était et avec des Palestiniens qui y étaient, j'ai vu le rapport des Nations Unies – et tout cela additionné fait que les actions irrégulières étaient un massacre.

 

(RHH): Ben Gourion passe pour être le père fondateur d'Israël, mais avant lui il y avait d'autres immigrants sionistes qui arrivèrent avec une autre conception.

 

(IP): Au début, les sionistes se composaient de deux groupes. Les premiers arrivèrent en 1882, c'étaient des colons classiques, d'ailleurs pas particulièrement sionistes. Ils voulaient acheter des terres en Palestine, ils employaient des ouvriers palestiniens, ils voulaient gagner de l'argent. C'était très typique pour l'Europe des années 1880. Ils étaient bien des Juifs et ils parlaient de la Terre Sainte, mais ils ne se distinguaient au fond pas d'autres colons colonialistes. Ces gens ont d'ailleurs décidé d'apprendre l'arabe. Mais ensuite arriva le deuxième groupe important. C'étaient les sionistes du 20e siècle, ceux qui ont fourni les chefs sionistes, des hommes comme Ben Gourion et bien d'autres. Ils arrivèrent en 1905/1906. Ils étaient très pauvres et n'avaient nulle part où vivre. Et qui les aida? Les Palestiniens. Il y a là-bas une hospitalité traditionnelle, c'est une culture millénaire. On donne de la nourriture et un logement aux étrangers. On leur apprit à cultiver la terre. Et qu'écrivent des gens comme Ben Gourion dans leur journal? "Cet endroit est plein d'étrangers". Pour eux, les hommes qui les accueillirent étaient des étrangers. Quand on comprend cela, on comprend la mentalité sioniste. Il s'y cache la conception: Je ne veux pas voir ces gens parce que ce sont des étrangers qui se sont approprié quelque chose qui m'appartient. Les Palestiniens sont des étrangers et des intrus et nous allons les flanquer à la porte. Une fois qu'on a saisi cela, on comprend pourquoi il est si difficile d'entamer un dialogue avec les Palestiniens.

 

(RHH): Israël semble plus éloigné de la paix que jamais. Quels devraient être à votre avis les premiers pas vers un véritable processus de paix ?

 

(IP): Je pense qu'il faudrait d'abord modifier notre perspective et notre langue, la perspective envers notre histoire et la langue en rapport avec notre réalité. Nous devrions comprendre que la description historique qui dit qu'en Palestine il y a un conflit entre deux mouvements nationaux et qu'il suffit d'un bon médiateur pour réconcilier les deux, était une approche fausse. C'est comme en médecine, quand on n'a pas le bon diagnostic, on ne peut pas faire un bon traitement. Nous avions une analyse erronée, moi-même aussi, je m'y inclus. Nous devons admettre que le sionisme était un mouvement colonial. En soi, ceci n'est pas si grave, en Europe il y avait énormément de gens qui faisaient partie du mouvement colonial. La différence réside dans le fait que le colonialisme perdure au 21e siècle. Ce n'est pas un conflit national, c'est un conflit entre une société de colons colonialistes et la population indigène. Si on n'accepte pas cette analyse, les efforts de paix n’iront pas dans la bonne direction. Si on veut apporter la paix à une situation coloniale, on a besoin de processus de réconciliation, de vérité et non pas des efforts de paix diplomatiques. Il faut un processus dans lequel la population indigène dise aux colons israéliens, surtout à ceux de la troisième génération: Nous sommes prêts à vivre avec vous malgré tout, nous sommes prêts à partager. Nous pouvons être heureux si les Palestiniens disent ça. Cela signifie qu'on accepte les colons comme faisant partie de la nouvelle réalité, de sorte que les uns cessent d'être des colons et les autres des colonisés.

 

Ce qui est très important, c'est le langage utilisé. La langue de la paix présuppose qu'on accepte de voir le problème de l'occupation. On dit que la paix signifie qu'on mette fin à l'occupation israélienne. Nous avons vu ce que les Israéliens ont fait: Bien, ont-ils dit, nous mettons bien fin à l'occupation, nous contrôlons l'espace aérien, les frontières, nous construisons des murs et nous enfermons les Palestiniens dans une grande prison, mais l'occupation est finie. Dans nos livres on peut lire à présent qu'il n'y a plus d'occupation – mais c'est le faux langage. J'espère qu'on comprendra en Europe qu'il faut exercer des pressions sur Israël pour qu'il change de direction. C'est semblable au cas de l'Afrique du Sud.

 

 (RHH): Pour vous une exigence n'est pas négociable: le droit au retour des réfugiés palestiniens.

 

(IP): Je n'appellerais pas ça une exigence. Un droit et une exigence sont deux choses différentes. Les hommes ont des droits qui sont reconnus à différents niveaux, parfois au niveau national, parfois international. Les enfants ont des droits dans le monde entier, ils n'ont pas de revendications. Les réfugiés ont des droits, pas des revendications. Non, les Palestiniens n'ont pas besoin d'exiger leurs droits, le droit au retour est reconnu sur le plan international. Et le droit au retour des Palestiniens est reconnu sur le plan international par la résolution 194 des Nations Unies. La question n'est donc pas la revendication, mais comment ce droit peut-il être pris en compte dans une solution ? On doit négocier l'application pratique de ce droit. Pas seulement parce que de nos jours, des hommes juifs habitent dans les maisons de Palestiniens, bien que la plupart des villages palestiniens aient été rasés. Il ne s'agit donc souvent plus d'un retour dans les lieux d'antan, mais il y a aussi des Palestiniens qui habitent des maisons de Palestiniens exilés – c'est une affaire complexe. C'est sur le plan pratique que le problème est compliqué, pas sur celui des principes.

 

(RHH): Quand on considère la situation à Gaza, on a l'impression que le gouvernement israélien n'a pas tiré de leçon de ses erreurs

 

(IP): Effectivement, je ne pense pas que le gouvernement israélien a appris quoi que ce soit de l'opération contre Gaza -  au contraire. Il nous faut distinguer entre deux réactions européennes. La société civile était très furieuse et cela a fondamentalement modifié l'opinion publique. Et il y a eu la réaction de l'élite politique qui était très tiède et qui montrait une certaine compréhension pour la nécessité pour Israël de se défendre. On n'était peut-être pas tout à fait d'accord avec l'utilisation excessive de la force, mais les Israéliens disent: Ben oui, c'est à vous de le dire.

 

Il y a une analyse intéressante de l'élite politique israélienne. Selon celle-ci,  tout ce qui ne vient pas des gouvernements européens provient d'une façon ou d'une autre de forces antisémites dans la société européenne. Les gouvernements sont la voix raisonnable de l'Europe. Et que peut-on déduire de l'attitude du gouvernement allemand, danois, slovaque ou britannique durant l'opération contre Gaza? Si j'étais un politicien israélien, je traduiras par : Vous pouvez continuer avec ces opérations, pas de problème. On ne peut pas comprendre de quoi les politiciens européens ont peur – est-ce le reproche d'antisémitisme? Alors que la plupart appartiennent à une génération qui n'a pas participé aux crimes des nazis. Que craignent-ils alors? Est-ce que quelqu'un peut prétendre que je suis un antisémite parce que je ne veux pas que des enfants innocents soient massacrés? Est-ce que c'est de l'antisémitisme ?

 

(RHH): La ville de Munich a soudainement  retiré, un jour avant votre conférence prévue de longue date, l'autorisation pour une salle appartenant à la ville. Cela vous a-t-il surpris, avez-vous déjà vécu quelque chose de ce genre?

 

(IP): J'ai vécu quelque chose de semblable deux fois, de façon différente, à Vienne et à Anvers. A Vienne, la personne responsable a décidé à la fin de ne pas céder à la pression. Donc la même histoire qu'à Munich: très fortes pressions sur la Ville pour annuler, mais finalement on n'y a pas cédé. A Anvers je devais parler au centre culturel de la ville, là aussi une lettre pleine de mensonges parvint aux organisateurs, comme à Munich, et là aussi ma conférence fut annulée. Mais la décision de Munich me surprend et me déçoit quand-même beaucoup. En même temps, je me sens réconforté car je pense que nous avons atteint un point où Israël a une peur énorme de la vérité exprimée.

 

Nous avons vu à Munich quelles armes ils utilisent contre cette pression. Ils jouent soit indirectement, soit ouvertement la carte de l'antisémitisme. Mais il y a si longtemps qu'ils abusent de ça que l'absurdité apparaît, précisément dans une manifestation comme celle-ci: Un Israélien natif d'Israël qui s'engage pour la paix en Israël et en Palestine veut présenter ses opinions qu'ils peuvent accepter ou réfuter, et il n'a pas le droit de s'exprimer parce que ce serait antisémite – cela est dénué de toute logique. 

Sources:  »Der Zionismus war eine koloniale Bewegung«-Gespräch mit Ilan Pappe
Article original publié le 5/12/2009
Pierre A. Krenger.

Édité par Fausto Giudice
Pierre A. Krenger est membre du Collectif Urgence Palestine Vaud (Suisse),

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.
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2-13 Ramzy Baroud : La Turquie saisit sa chance historique.
L’avis que le militant vétéran des droits de l’homme israélien Uri Avnery a formulé sur le récent clash diplomatique et politique israélo-turc, selon lequel « la relation entre la Turquie et Israël reviendra probablement à la normale, à défaut de retrouver son caractère naguère chaleureux », semblait marqué au coin du bon sens et de l’optimisme. A mon avis, toutefois, cette estimation est également erronée.

Pour dire les choses simplement : il n’y aura pas de retour en arrière.

Suat Kiniklioğlu

Dans un article récent intitulé « Israël doit se faire à l’idée que la Turquie a changé » [Israel Must Get Used to the New Turkey], M. Suat Kiniklioğlu, vice-président chargé des affaires extérieures du Parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir en Turquie, a écrit :

« Israël semble aspirer à l’âge d’or des années 1990, qui furent le résultat d’une situation extrêmement conjoncturelle au Moyen-Orient. Ces jours appartiennent au passé et il est peu vraisemblable qu’ils reviennent un jour, même si le Parti de la Justice et du Développement (AKP) était appelé à ne plus gouverner en Turquie ».

Cette dernière évaluation est sans doute beaucoup plus réaliste.

Pour les Palestiniens assiégés dans la bande de Gaza, Erdoğan est en passe de faire partie de la famille. C’est un héros populaire. Disons-le carrément : un nouveau Nasser…

L’on aurait tendance à partager la lecture optimiste qu’Avnery fait des événements, si la récente brouille avait été causée simplement par deux ou trois incidents isolés, comme, par exemple, le rude échange d’invectives en public au sujet de Gaza entre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan et le président israélien Shimon Peres lors du Sommet Economique Mondial, en janvier 2009 ou la récente humiliation préméditée de M. Oğuz çelikkol, ambassadeur de Turquie en Israël, par le vice-ministre des Affaires étrangères israélien Danny Ayalon.

Toutefois, ces incidents sont loin d’être isolés ; ils reflètent un glissement manifeste et probablement irréversible dans la politique turque à l’égard d’Israël, des Etats-Unis et du Moyen-Orient pris dans sa globalité.

Des décennies durant, la Turquie a été déchirée entre ses liens historiques avec les pays arabes et musulmans, d’un côté, et une tendance irrésistible à l’occidentalisation, de l’autre. Cette deuxième tendance semblait avoir une importance bien plus décisive dans la formation de la nouvelle identité turque dans sa manifestation et dans son apparence tant individuelle que collective (notamment en matière de politique étrangère).

Mais même durant ces tergiversations, la Turquie a continué à acquérir de l’importance en tant qu’acteur politique et économique incontournable. La Turquie est aussi devenue une nation adulte, dotée d’un sens indéniable de sa souveraineté et d’un sentiment croissant de fierté et de capacité audacieuse à s’affirmer en tant que puissance régionale.

Durant les années 1970, au cours desquelles l’ « Islam politique » connaissait une ascension dans l’ensemble de la région du Moyen-Orient, la Turquie se remettait en question, et diverses personnalités et groupes politiques commencèrent à s’atteler à l’idée de porter l’Islam politique à un niveau encore jamais connu, entièrement nouveau.

Ce fut le Dr Necmettin Erbakan, Premier ministre de Turquie en 1996 et 1997, qui commença à remettre en cause la notion convenue d’une Turquie-membre de seconde classe de l’Otan, en dépit de ses efforts désespérés pour s’identifier à tous les oripeaux de l’Occident.

A la fin des années 1980, le parti Refah (parti du Bien-Être) d’Erbakan fit l’effet d’une tornade, pour la Turquie. Ce parti n’avait guère tendance à s’excuser de ses racines et de son attitude islamiques. Son accession au pouvoir, à l’issue des élections législatives de 1995, ne manqua pas de susciter des inquiétudes, la Turquie « résolument pro-occidentale » déviait, en effet, du script extrêmement rigide qui avait fait que ce pays avait été définitivement barré de tout rôle régional possible, en raison de son attitude de « laquais de l’Otan ». Selon Salama A. Salama, qui a utilisé cette formule dans un récent article d’Al-Ahram Weekly, la Turquie n’est plus ce fameux « laquais ». Et selon M. Kiniklioğlu, c’est là quelque chose à quoi « Israël doit se faire ».

L’époque d’Erbakan a beau être révolue depuis longtemps, le legs de cet homme a inscrit dans la conscience nationale turque quelque chose qui ne l’a jamais quitté. Il a repoussé la frontière, il a osé défendre une politique pro-palestinienne, il a défié les diktats occidentaux, et il a même prôné un repositionnement économique de son pays, en créant le cartel D-8 des ‘Developing Eight’ (huit puissances émergentes), qui réunissait les pays arabes et musulmans dotés du poids politique le plus important. Lorsqu’Erbakan fut contraint à quitter le pouvoir, à la suite d’un coup d’état militaire « postmoderniste », cela fut perçu comme la fin d’une expérimentation politique éphémère, qui se résuma au fait que même une forme bénigne d’Islam politique ne saurait être tolérée en Turquie ; l’armée s’était avérée, une fois de plus, toute-puissante.

Mais, depuis lors, les choses ont changé du tout au tout. L’AKP a remporté les élections en 2002 et son leadership était composé d’hommes politiques avisés et dotés de principes, qui visaient le changement, et même un véritable tournant géopolitique dans le positionnement politique de leur pays au Moyen-Orient.

L’AKP commença alors à diriger une Turquie déterminée, qui n’a jamais recherché l’acquiescement de l’Europe, ni une quelconque validation américaine. En rejetant l’utilisation du territoire turc en guise de piste de décollage pour les frappes américaines contre l’Irak en 2003, la Turquie acquit une voix – une forte et intelligible voix, devons-nous préciser – jouissant d’une large représentativité démocratique et d’un soutien populaire croissant.

Cette tendance s’est poursuivie, ces dernières années. La Turquie a osé traduire sa puissance et son expertise politique en action, sans remettre, toutefois, en cause les équilibres politiques et militaires dont l’édification avait nécessité des années. Ainsi, tout en continuant à honorer ses accords militaires précédents avec Israël, elle a pratiqué aussi plusieurs ouvertures politiques (couronnées de succès) en direction de la Syrie et de l’Iran. Et, souhaitant d’être perçue comme un facteur d’unité, en des temps de désunion musulmane et arabe, elle a refusé de s’inscrire dans les camps bricolés de manière expédiente pour séparer les « modérés » des « extrémistes ». En lieu et place, la Turquie a maintenu de bonnes relations avec tous ses voisins, ainsi qu’avec ses alliés arabes.

A partir de 2007, les Etats-Unis ont commencé à percevoir l’émergence de la Turquie Nouvelle. La visite du président Barack Obama dans ce pays, peu après son accession au pouvoir, fut un des nombreux signes indiquant que l’Occident était en train de prendre en compte le statut « particulier » de la Turquie. On ne saurait abuser, menacer, ni même intimider la Turquie. Même Israël, qui défie depuis si longtemps toutes les normes de la diplomatie, est en train de prendre conscience, en ce moment-même, de ses limites, grâce au Président turc Abdullah Gül. A la suite de l’insulte belliqueuse d’Israël à l’encontre de l’ambassadeur de Turquie, celui-ci a en effet déclaré : « S’il n’y a pas d’excuses formelles de la part d’Israël, nous allons demander à çelikkol de prendre le premier avion pour rentrer à Ankara ». Israël s’est excusé. Bien platement.

Il a fallu bien des années à la Turquie pour parvenir à un tel niveau de confiance, et le pays n’est certainement pas enclin à rester plus longtemps le « valet » de quiconque. Mieux : la position turque, unie et constante, de soutien à Gaza, et son franc-parler contre les menaces pesant sur le Liban, l’Iran et la Syrie montre clairement que les vieux jours des « relations chaleureuses » sont très loin derrière nous.

La Turquie trouvera toujours une audience très réceptive chez les Arabes et chez les musulmans dans le monde entier, car ceux-ci aspirent désespérément à un leadership puissant et habile à défendre et à faire connaître leurs causes.

Et, tout naturellement, pour les Palestiniens assiégés dans la bande de Gaza, Erdoğan est en passe de devenir un membre de la famille, un héros populaire, un nouveau Gamal Abel Nasser (qui fut le président de l’Egypte de 1954 à 1970).

Ce sentiment, toute la population du Moyen-Orient le partage…

Ramzy Baroud 

[Ramzy Baroud [site : http://www.ramzybaroud.net ] est chroniqueur dans plusieurs journaux dans le monde entier, il est le rédacteur en chef du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, My Father Was a Freedom Fighter: Gaza's Untold Story, vient d’être édité par Pluto Press, à Londres].

Ramzy Baroud on Asian Times.com,

27 janvier 2010

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

27/1

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Ramzy_Baroud.270110.htm


2-14 Juan Gelman : Ce que pensent les Us américains d'en bas et ceux d'en haut : Le borgne est roi.

Ce que pensent les Us américains d'en bas et ceux d'en haut :

Les Usaméricains estiment que leur pays est en train de jouer un rôle moins important qu’avant sur la planète: tel est le résultat d’une enquête que le Pew Research Center for the People & the Press de New York a mené en novembre et a fait connaître ce mois-ci, intitulée “La place qu’occupent les USA dans le monde” (www.people-press.org/re port/569).

De 45 pour cent des sondés qui il y une décade pensaient que cette place était la plus importante on est passé à 25 pour cent

et ceux qui croyaient le contraire est passé de 28 à 41 pour cent.

Il y a plus:

49 pour cent-”la proportion la plus élevée en quasiment un demi-siècle d’enquêtes”- estiment aujourd’hui que les “USA devraient s’occuper de leurs propres affaires sur le plan international et laisser les autres pays s’occuper des leurs de la meilleure manière possible”.

Et ensuite, un écrasant 78 pour cent des 2000 Usaméricains interrogés estiment que les USA devraient “se concentrer plus sur nos propres problèmes nationaux et construire notre force et prospérité à la maison”, contre 14 pour cent qui penchent pour la proposition que les “USA doivent penser en termes internationaux”. Une quelconque relation avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan, plus d’autres qui apparaissent, n’est pas le produit du hasard.

Autre surprise:

- 44 pour cent pensent que la Chine jouit de l’économie la plus puissante du monde, contre 30 pour cent en 2008, et

 - 41 pour cent considèrent que les USA sont passés au second plan en la matière, contre 27 pour cent l’année dernière.

Mais le plus important de l’investigation du Pew est qu’il a mené une enquête parallèle avec les mêmes questions auprès de 642 membres du Council of Foreign Relations (CFR) de Washington, un think tank ou plutôt un braintrust financé par 200 multinationales, qui regroupe 4200 ex-fonctionnaires de haut niveau et autres personnalités politiques, édite la prestigieuse revue Foreign Affairs (125.000 exemplaires) et oriente la politique extérieure des USA. Le CFR n’est pas le porte-parole de l’establishment, c’est l’establishment.

Les deux enquêtes révèlent qu’entre le citoyen usaméricain ordinaire et les élites du CFR il y a des brèches notables sur presque toutes les questions importantes, par exemple l’augmentation des troupes en Afghanistan décidée par Obama:

- les 50 pour cent des membres du CFR l’appuie contre à peine 32 pour cent des citoyens « ordinaires ».

- 40 pour cent des citoyens se prononcent pour la diminution des effectifs qui combattent en Afghanistan, contre 24 pour cent des interrogés du CFR.

A la question de savoir si les USA doivent jouer un rôle mondial “plus agressif”, seulement 19 pour cent des premiers répondent par l’affirmative, contre 62 pour cent des seconds. Il n’est pas difficile d’entrevoir la pensée du CFR.

Une chose intéressante est comment les uns et les autres perçoivent Israël et son conflit avec les Palestiniens.

Ce sont 51 pour cent du public général qui se prononce en faveur d’Israël, posture qu’adoptent seulement 26 pour cent des sondés du CFR.

30 pour cent des premiers jugent que la Maison Blanche. appuie trop Israël, à comparer avec 67 pour cent des derniers, lesquels de plus évaluent que l’Etat sioniste n’est pas une priorité pour Washington.

Dans la liste de pays qui seront dans l’avenir “les alliés et associés les plus importants des USA”, seulement

4 pour cent des interrogés du CFR incluent Israël,

très loin de la Chine (58 pour cent),

de l’Inde (55), du Brésil (37),

de l’Union Européenne (19),

de la Russie (17),

 du Japon (16),

du Royaume-Uni, du Canada, de l’Indonésie, de l’Australie et autres.

Quand on a demandé à ceux des élites quels seraient les alliés les moins importants, ils ont classé Israël en 23ème position derrière le Canada, entre autres, et la Turquie, l’Egypte et l’Arabie Saoudite dans la région du Moyen-Orient.

Il ressort de ces données que l’opinion publique s’en tient à l’information des grands médias, très favorables à la politique de Tel Aviv grâce à l’excellent travail de l’actif lobby pro-israélien US.

Il ne s’agit donc pas seulement du travail du Comité des Affaires Publiques USA-Israël (l’Aipac).

Une enquête du New York Times a révélé que, derrière les “analystes militaires” qui apparaissent dans différentes chaînes de télévision et stations de radio pour convaincre le public de la nécessité et de l’efficacité de la politique belliqueuse de la Maison Blanche

se trouve un appareil du Pentagone créé par W. Bush en 2005 qui continue à agir (nytimes.com, 20-4-08). “La majorité de ces analystes ont des liens avec des sous-traitants immergés dans la politique de guerre et on leur demande qu’ils l’ avalisent sur les ondes”.

Des commandants militaires et des fonctionnaires de la Maison Blanche du Département d’Etat et du Département de la Justice les préparent dans des réunions ad hoc. Logique: l’Histoire enseigne que les chevaux de Troie doivent être bien faits.

Juan Gelman

Traduit par  Gérard Jugant.

Édité par Fausto Giudice

http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9642&lg=fr


2-15 Rapport Goldstone : Les poursuites judiciaires contre Israël, où en est-on?
Etat d'Israël, Etat criminel; où en sont les poursuites internationales?

Quelles suites juridiques au rapport Goldstone, accablant pour Israël?
Compte-rendu de la conférence organisée à l'Institut du Monde Arabe le 22 janvier 2010 par le Collectif d'associations franco-libano-palestiniennes ;

Les orateurs:
- Maître Gilles Devers, porte parole du collectif d´avocats à l'origine de la requête déposée auprès de
la Cour Pénale Internationale
- Docteur Haytham Manna spé©cialiste du droit international, coordinateur de la coalition internationale contre les criminels de guerre
- Nicole KIIL-NIELSEN, Parlementaire Européenne (membre de la "marche pour la liberté de Gaza)
-Un représentant d'Amnesty international
Le Dr. Haytam Manna, porte parole de la commission arabe des droits humains, a ouvert la cérémonie avec les informations suivantes: 250 ONG et plus ont porté plainte contre Israël pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité; plus de 200 preuves ont été réunies, attestant de l'utilisation d'armes interdites. Le rapport Goldstone a fait l'objet d'un vote à l'AG de l'ONU, et a été validé par la majorité. On attend maintenant que le procureur de
la CPI saisisse la chambre préliminaire, après quoi le procès pourra avoir lieu. Les Gazaouis constituent un peuple orphelin, dans la mesure où il n'appartient à aucun Etat, mais il a demandé protection. C'est à ce titre qu'il doit avoir accès au droit international humanitaire, création encore balbutiante.
Maître Gilles Devers, docteur en droit HDR, nous a parlé des sanctions sur l'illégalité du blocus ainsi que de l'avancement de la procédure devant
la Cour Internationale et des progrès qui ont Eté réalisés en une année. Il n'y aplus de doute : l'opération "plomb durci" est bien un crime contre l'humanité. Il y a eu deux rapports : celui de la Ligue arabe et le rapport Golstone. Ce dernier a été homologué par le Conseil des droits de l'homme. Il y a en cours trois actes juridiques dans trois pays : GB, Norvège et Afrique du Sud.
Il y a Egalement eu 62 missions d'enquête régionales et internationales. La coordination comporte près de 500 ONG, qui en sont toutes membres.
D'autres plaintes pourraient être déposées:
pour l'occupation illégale de Jérusalem est, et la démolition de bâtiments n'appartenant nullement à l'Etat d'Israël
pour la colonisation de terres étrangères, par l'agression
Contre les entreprises complices, soit dans l'exportation des produits des colonies, soit dans la production sur les terres occupées illégalement. Il faut savoir que ces entreprises ne jouissent d'aucune protection diplomatique; il s'agit de simples rouages du crime.
Les accords de coopération UE – Israël sont un véritable aspirateur à fraudes, pour écouler la production des colonies. Ces accords avaient été gelés un temps, en théorie; mais ce n'était que du vent, le pouvoir exécutif dans l'UE ne tient pas compte des avis des députés...
Mme Nicole KilNielsen, députée pour la liste Europe Ecologie, a fait la marche pour Gaza, et peut témoigner qu'il y a punition collective permanente contre les habitants de Gaza. Même si la marche n'a pu arriver jusqu'à Gaza, le fait que 1400 personnes aient pu dénoncer le blocus de Gaza était d'une grande importance.
L'UE dispose des mécanismes pour exiger le contrôle de l'origine précise de chaque produit, par des douaniers indépendants; actuellement, toute la chaîne administrative est aux mains des Israéliens! Agrexpo devrait être rapidement dissuadée de poursuivre ses activités: il suffit de faire saisir ses produits, de façon à "taper dans l'équilibre économique" qu'elle permet: il est facile de provoquer la ruine du système.
La Cour européenne va préciser incessamment que les frontières d'Israël sont celles de 1967. En 2004, les Etats se sont engagés à faire appliquer le droit humanitaire international. Or un Etat ne peut avoir qu'une parole....
La CPI rassemble 110 pays dont 30 européens: ils peuvent constituer un contre pouvoir, réel!
Qu’entend-on par compétence universelle?
Les lois françaises ne la reconnaissent à
la France que pour les accusations de torture. Mais il faut s'en servir: nous pouvons donc instruire pour des crimes commis en dehors de la France, sans participation de Français, ni comme victimes ni comme agresseurs.
Le Dr Haytan Manna précise qu'au départ, lors de la première réunion pour exiger la mission d'enquête de Goldstone à l'ONU, FIDH, Amnesty International et U N Watch se sont fait remarquer par leur absence.. HR Watch avait même insulté Goldstone....
Le représentant d'Amesty International répond que si AI n'a pas été dans les premières ONG à dénoncer les crimes israéliens, pèse maintenant de tout son poids; il explique qu'il est utile d'exiger aussi des Palestiniens une mission d'enquête sur les crimes de guerre commis dans leur camp de façon à ne pas être réfutée pour partialité; une fois cette objectivité établie, la différence d'échelle entre crimes israéliens et palestiniens ne peut être réfutée par personne. Et les Etats se trouvent obligés de reconnaître l'ensemble des crimes israéliens.
Les interventions du public ont été diverses mais convergentes:
ne pas oublier que l'option d'un seul Etat avec les mêmes droits pour tous les habitants est la seule option à la fois juste et raisonnable.
- Le devoir de mémoire s'applique aux Palestiniens; ne pas oublier que l'origine de la surpopulation dans les territoires occupés et à Gaza est l'afflux de réfugiés chassés de chez eux.
Israël est le fossyeur de l'Europe, dans la mesure où il amène l'Europe à renier constamment ses principes, en prétendant que les Palestiniens payent pour
la Shoah.
Un Français
a le droit de faire un service militaire dans l'armée israélienne. A-t-il aussi le droit de combattre avec les Palestiniens?
- Il faut rayer Hamas de la liste des organisations terroristes, et faire condamner les Franco-Israéliens qui ont participé à la guerre.
La résistance de Gaza est remerciée pour avoir ré-internationalisé le conflit, que les Israéliens voulaient confiner dans une fausse dimension islamique, de façon à la situer dans une impasse et à démobiliser la solidarité.
L'Association Entre
la Plume et l'Enclume était présente: nous avons tenu une table de presse où nous avons présenté nos ouvrages de la collection "Manifestes" et le livre d'Israël Shamir Les Maîtres du Discours.
G.H.S. et M.P.

voir également http://www.icawc.net
www.justiceforpalestine.org



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" Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


 

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