Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

20/02/2010

n°472 - Journal d'Irak - 30/01 au 19/02 -: Fin - : - Les cicatrices ouvertes de l’occupation.

n°472 - Journal d'Irak -  30/01 au 19/02 -: Fin   - : - Les cicatrices ouvertes de l’occupation.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Les médias occidentaux dans leur large majorité ont de tout temps accepté les versions des armées occupantes et ferment les oreilles aux autres sources.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!



Journal d'Irak

n°472                du 30/01                  au 19/02/10

C.De Broeder & M.Lemaire



Le " Journal d’Irak  " est visible  sur ...

sur mes blog : 

http://www.blogs.dhnet.be/categories/International.html

http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

ET SUR http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dirak-de-m-lemaire.html

ET Sur http://turkmenfriendship.blogspot.com/

ET Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

NB : Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be


Sommaire :

5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

5-1 Les Confessions d'un assassin financier.

5-2 Affaire Kelly (suite)

5-3 vidéo : Gore Vidal a livré une interview télévisée

5-4 La tentative de domestication d’Al-Jazira (2/2)

5-5 Le photographe Ibrahim Jassam relâché par l'armée US après 17 mois de détention. !!!

6 Les brèves

6-1 L'armée américaine envoie des chiens renifleurs de bombes en Irak.

6-2 Les Brèves de G.Munier.

6-3 Les brèves des Brèves.

6-4 Assis sur un gisement de pétrole

7 Dossier & Point de vue

7-1 Les cicatrices ouvertes de l’occupation.



 

 5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

5-1 Les Confessions d'un assassin financier.

Pour en savoir plus sur John Perkins : John Perkins (né en 1945 à Hanover dans le New Hampshire aux États Unis) est un économiste, un écrivain et un activiste social et écologique. Il est surtout connu pour son récent (2005) ouvrage Confessions of an Economic Hitman, traduit en français par

vidéo ici:  

 http://www.dailymotion.com:80/video/xa636d_john-perkins-confessions-dun-corrup_news


5-2 Affaire Kelly (suite)

Dans un précédent numéro, AFI-Flash avait relaté que la mort du Dr Kelly, scientifique britannique et inspecteur en armement, retrouvé mort près de son domicile, dans un bois, en juillet 2003, était qualifié de suicide dans le rapport d’enquête de Lord Hutton.

Le Dr Kelly, rappelons le,  avait déclaré, au cours d’une émission de la BBC, que les arguments du gouvernement de Blair à propos des armes de destruction massive de Saddam Hussein avaient été exagérés pour justifier l’invasion de l’Irak.

Ce même Lord Hutton vient de décider que les résultats post-mortem, les photos du Dr Kelly et les rapports médicaux le concernant seront tenus secrets… pendant 70 ans, c'est-à-dire jusqu’en 2073, date à l’époque tous les protagonistes ou simples citoyens seront morts.

Il faut préciser qu’il n’y a jamais eu d’enquête judiciaire dans cette affaire.

Le groupe de 13 docteurs qui avait contesté la qualification de Lord Hutton se dit « abasourdi » d’une telle décision qui donne lieu à des soupçons « car s’il y a eu suicide, pourquoi ne pas en divulguer les causes ? S’il n’y a pas eu suicide, pourquoi l’enquête de Hutton n’a-t-elle pas investiguer plus en profondeur ? ».

Cette décision, notons le, est tombée alors que Blair s’expliquait sur sa position dans l’invasion de l’Irak.

La mort mystérieuse du Docteur David Kelly (BBC 2, vidéo - 58mn)

http://www.internationalnews.fr/article-dr-david-kelly-conspiracy-documentary-58-28-36191935.html


5-3 Vidéo : Gore Vidal a livré une interview télévisée

Pour situer le personnage de Gore Vidal, lire son interview par L’Express datant de 1999

http://www.reopen911.info/News/2010/01/31/gore-vidal-les-etats-unis-une-maison-de-fous-obama-incompetent-et-depasse/

Gore Vidal a livré une interview télévisée[2] au cours de laquelle il invitait le public à lire le livre de David Ray Griffin : "Le Nouveau Pearl Harbor"[3]

Gore Vidal recommande le livre "Le Nouveau Pearl Harbor" envoyé par geanvert38

http://www.dailymotion.com/video/kzO8TD2iGWmVpAPpXx


5-4 La tentative de domestication d’Al-Jazira (2/2)
Quel est le public le mieux informé au monde aujourd'hui ?

Al Jazira n'est peut-être pas la chaine totalement libre idéalisée par certains, ce que nous constatons à la lecture de cet article ci-joint, mais les fissures entre les dictatures arabes ont permis de créer, malgré tout, ce "premier jeu" médiatique, à partir duquel, l'opinion arabophone a l'accès à l'information télévisée somme toute la plus diversifiée au monde.
En effet, alors qu'en Occident, la pensée unique domine désormais de plus en plus les médias télévisuels (et papiers), un arabophone peut accéder, en plus des chaines des différents régimes dictatoriaux pro-US, et aux chaînes des pays de l'OTAN en arabe, mais aussi, ce qui est exceptionnel à l'échelle de la planète, il peut accéder à des informations non occidentalo-compatibles :
- à Al Jazira,
- à Al Manar (Hezbollah)
- à la chaine syrienne,
- aux deux chaines de la résistance irakienne,
- à la chaine iranienne en arabe,
- à Russia today en arabe,
- à la TV chinoise en arabe....Il ne lui manque que l'accès aux points de vue cubains et vénézuéliens (pour le moment sans TV arabophone) pour que le tour de la planète en arabe soit complet.

Aucune autre région du monde n'a accès à tant de diversité d'informations (et de programmes culturels ou politiques) télévisées.
Les Arabophones (du monde arabe mais aussi ceux des métropoles occidentales) sont donc le public de masse le mieux (ou le moins mal ?) informé du monde, si l'on se place au niveau de la Télévision.
Pour le reste de la planète, seul internet offre une possibilité d'accès à des médias non conformistes, de qualité très diverse.
Voilà semble-t-il une des causes les moins connues des campagnes d'opinion et de propagande arabophobes et islamophobes lancées dans les pays de l'ouest. Les "Arabes" véhiculent en effet, qu'ils le veuillent ou non, de "mauvaises nouvelles" aux yeux des puissants, il faut donc les faire taire ou les entourer d'un climat de méfiance qui rend tout message venant d'eux suspect. Nous voilà donc revenu au temps de la chasse aux sorcières. Au Moyen age, c'étaient les juifs (en relation avec le monde non chrétien) qui étaient porteurs de "mauvaises nouvelles", et donc victimes privilégiées des chasses aux sorcières, aujourd'hui ce sont d'autres Sémites qui occupent cette place, les Arabes.
Et c'est évidemment pour cela que les USA, "chantre de la liberté d'information", font des pressions sur les pays et satellites arabes (Nile Sat et Arab sat) pour qu'ils cessent de retransmettre les émissions par exemple de la TV de la résistance irakienne ou d'Al Manar.

Simultanément, on lance des campagnes de discrédit des informations "non vérifiées" circulant sur internet.
La liberté américaine est désormais morte ...avec la fin de l'Union soviétique et de la concurrence qu'elle imposait.
BD
PS. Notez que Al Jazeera English est beaucoup plus insipide et occidentalo-conformiste que son équivalent arabophone ...ce qui a permis à la TV iranienne anglophone, presstv.ir, d'occuper le créneau non conformiste en diffusant non seulement des points de vues "islamistes", mais aussi latino-américains, trotskystes (SWP), etc...

Mais cette chaine est difficilement recevable dans les pays ...anglophones (sauf via internet).
Bilan : sans le moyen-orient, le monde entier serait soumis à la pensée unique et l'offensive de décervelage aurait déjà réussi.
Donc un conseil : apprenez l'arabe avant qu'il ne soit trop tard !

URL de cet article: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17598


5-5 Le photographe Ibrahim Jassam relâché par l'armée US après 17 mois de détention. !!!

"Comment puis-je décrire ce que je ressens? C'est comme naître à nouveau", s'est exclamé le photographe.

Un photographe de presse irakien a été relâché par l'armée après 17 mois de détention en Irak, a annoncé mercredi son employeur, l'agence de presse Reuters.

Ibrahim Jassam a été interpellé en septembre 2008 lors de la perquisition de sa maison par les forces de sécurité américaines et irakiennes dans la ville de Mahmoudiya, à quelque 30km au sud de Bagdad, a rapporté l'agence de presse.

En décembre 2008, le tribunal correctionnel central irakien avait jugé les preuves insuffisantes pour maintenir M. Jassam en détention.

L'armée américaine avait cependant refusé de le remettre en liberté, affirmant détenir des renseignements prouvant qu'il présentait une menace sécuritaire.

Reuters dit avoir demandé des précisions mais s'être vu opposer le secret défense.

L'armée américaine a confirmé la libération du photographe, mais s'est refusée à tout commentaire sur l'affaire, invoquant toujours le secret défense.

En vertu du pacte de sécurité signé par les Etats-Unis et l'Irak, l'armée américaine doit remettre à l'Irak des milliers de détenus. Quelque 6.000 personnes placées attendent ainsi leur transfèrement aux autorités irakiennes.

Depuis l'invasion américaine en Irak en 2003, l'armée américaine a détenu plusieurs journalistes irakiens travaillant pour des organes de presse internationaux, dont l'Associated Press.

En avril 2008, l'armée américaine a relâché Bilal Hussein, un photographe d'AP, après deux années passées en détention

10/2

http://fr.news.yahoo.com/3/20100210/twl-irak-usa-journaliste-1def439_2.html

 La Rédaction Avec les agences de presse)

http://www.aloufok.net:80/spip.php?article1437



6 Les brèves

Ndlr : la publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyses ou le point de vue de l’auteur, mais doit être vu comme information.

6-1 L'armée américaine envoie des chiens renifleurs de bombes en Irak.

Au moment où le gouvernement al-Maliki est sous pression parce qu'il utilise des équipements qui s'avérer être inefficaces pour trouver des explosifs… l'armée US envoie des chiens renifleurs de bombes en Irak,

Le commandant Sylvester Wegwu a précisé jeudi que les 25 premiers chiens entraînés à détecter des bombes, sur les 145 attendus à terme, doivent arriver vendredi à Bagdad.

Ce pont aérien intervient alors que des questions se posent sur l'efficacité des engins détecteurs de bombes, ressemblant à des baguettes, qui sont fréquemment utilisés aux postes de contrôle en Irak.

Sylvester Wegwu, qui travaille comme conseiller militaire à l'école de police de Bagdad, a précisé que les 120 autres chiens seront livrés dans le courant de l'année.

Chaque chien sera associé à un policier irakien à l'école et sera entraîné pour faire équipe avec lui…

4/2

http://fr.news.yahoo.com/3/20100204/twl-irak-usa-chiens-guerre-1def439_2.html


6-2 Les Brèves de G.Munier :

Les mensonges de Tony Blair.

-          52% des électeurs britanniques, selon un sondage publié par The Sunday Times (17/1/10), croient que Tony Blair les a « délibérément induits en erreur » en affirmant que l’Irak possédait des armes de destruction massive et, selon l’institut YouGov, 23% qu’il devrait être poursuivi pour crime de Guerre.

-           

Relance des projets de partition.

Débit janvier, Ammar al-Hakim, chef du Conseil suprême islamique d’Irak (pro iranien), a relancé le projet de création d’un « Chiitistan » dans le sud de l’Irak, après une rencontre au cours de laquelle il a discuté avec Massoud Barzani des possibilités d’alliance après les élections législatives de mars.

http://www.roadstoiraq.com/2010/01/13/breathing-new-life-into-the-south-federate-project/

 

Les armes de la Croisade.

Depuis 30 ans, la société Trijicon, située à Wixom dans l’Etat du Michigan, grave un code « secret » renvoyant à un extrait de l’Evangile, sur les armes livrées  aux troupes américaines en Irak et en Afghanistan.

http://www.alternet.org/blogs/peek/145236/shocking_report%3A_u.s._military_weapons_inscribed_with_secret_%27jesus%27_bible_codes/

 

Mercenaires africains.

- En juin 2009, en Irak, sur un total de 193 000 mercenaires, il y avait 11 580 étrangers armés et 54 768 non armés, originaires principalement d’Afrique de l’Est. La majorité des mercenaires africains serait Ougandais et Kenyans, payés 400 à 500 dollars par an (nourris et logés), tandis que les Sud-africains en recevraient 7 000.

Selon l’ancien ministre ougandais du Travail, Mwesigwa Rukutana - aujourd’hui ministre de l’Education - ce commerce rapporte plus que l’exportation de café.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e976f772-03b0-11df-803b-1251528cf76d|1

 

Mercenaires africains en Irak, un business lucratif.

Il est inquiétant de constater que les Africains sont de plus en plus militarisés partout sur le continent pour servir les intérêts de nouvelles idéologies: le fondamentalisme musulman dans la Corne de l’Afrique (conséquence de l’invasion américaine de l’Irak), et la présence militaire américaine grandissante sur le continent.

A cela s’ajoute l’importante percée commerciale et économique de la Chine à la recherche de ressources minières (uranium et pétrole) et ses milliers d’ouvriers sur les chantiers qu’elle finance.

Et maintenant, c’est la braderie des terres vierges: la vente ou la location de millions d’hectares par certains chefs d’Etat et chefs coutumiers à des gouvernements étrangers (Arabie saoudite, Corée du Sud, Libye, Egypte et d’autres) ou à des multinationales agroalimentaires, avec leurs tonnes de pesticides et herbicides.

La société suisse Addax Bioenergy a obtenu du gouvernement de Sierra Leone une concession de 20 000 hectares pour cultiver de la canne à sucre en vue de produire de l’éthanol pour le marché européen. Des petits paysans seront délocalisés, quelques emplois seraient assurés, paraît-il, et on ne sait pas ce que deviendront les eaux polluées.

La survie économique des Etats-Unis, de la Chine, et d’autres pays ainsi que le pain quotidien des voitures passe par une Afrique de plus en plus bradée, hommes et terres, aux plus offrants.

Pauvre Afrique!

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e976f772-03b0-11df-803b-1251528cf76d%7C1

 

« IED volants »

- Les troupes d’occupation américaines qui ont remplacé les Britanniques dans le sud de l’Irak craignent désormais les IRAM (Improvised Rocket-Assisted Munition) ou « IED volants ». Les Américains accusent l’Iran de les fabriquer et de les avoir livrés à des membres de l’Armée du Mahdi.

http://news.yahoo.com/s/mcclatchy/20100115/wl_mcclatchy/3401457

 

Médecins armés

  Les médecins irakiens sont souvent rackettés, kidnappés ou menacés de mort.

Dans le sud du pays, lorsqu’un de leurs patients décède, la famille les juge responsables et réclame le « prix du sang ». Ils sont désormais autorisés à porter une arme.

http://www.aina.org/news/20100118103816.htm


6-3 Les brèves des Brèves.

Retour des escadrons de la mort.

A Bagdad, la fondation de charité Mawteni a été attaquée par des individus masqués qui ont mitraillé son personnel tuant 7 employés. Une voiture piégée placée devant le bâtiment a explosé à l’arrivée de la police.

http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/iraq/article6993405.ece#cid=OTC-RSS&attr=797093

 

Recensement.

- Le recensement de la population irakienne, estimée aujourd’hui à 30 millions d’habitants, devrait se dérouler en octobre prochain. On s’attend à des contestations et à des troubles dans la région pétrolière de Kirkouk littéralement envahie par les Kurdes, depuis avril 2003, pour obtenir son rattachement à la Région autonome du Kurdistan.

 

Brut au marché noir

- Un trafic de pétrole brut impliquant des membres de la nouvelle armée irakienne a été découvert.

Le pétrole est pompé directement sur les pipelines, avec la complicité de leurs gardiens, entre Baiji et Mossoul, ou Mushahada et Hindiya.

Il est ensuite vendu sur le marché intérieur, notamment aux propriétaires d’usines de fabrication de briques.

http://www.uruknet.de/?s1=1&p=62192&s2=17

 

Chiens enragés

- A Bagdad, la nuit, des centaines de chiens abandonnés, devenus sauvages, attaquent parfois en bandes. Certains sont enragés. La fourrière manque de moyens pour lutter contre le fléau, et de gardes pour protéger son personnel des tirs des milices.

 

Résistance 

- Deux organisations de résistance : Rabat Jihadist Army et l’Armée de Zoubayr ibn al-Awwan ont adhéré fin janvier au Haut Commandement présidé par Izzat Ibrahim al-Douri .


6-4 Assis sur un gisement de pétrole

Les Irakiens ne disposent toujours que de quelques heures de courant électrique par jour tandis que des tonnes d'ordures s'entassent et des mares d'eaux usées stagnent dans les rues des villes, sept ans après l'invasion anglo-américaine de mars 2003.

Ces derniers mois, quelques camions-poubelle ont fait leur apparition à Sadr City, où s'entassent trois millions d'habitants.

Mais un policier local prévient que ces derniers ne doivent "pas se faire des illusions". C'est l'approche des élections qui les a fait venir.

Assis sur un gisement de pétrole, mais ravagé, l'immense bidonville de Sadr City, dans l'est de Bagdad, représente pour beaucoup le symbole de la l'impéritie et de la corruption d'un pouvoir qui dilapide les richesses du pays et sape la motivation des électeurs.

"J'entends dire que Sadr City est riche, mais je ne vois pas la couleur de la richesse. Pourquoi mes enfants ne sont-ils pas riches? Pourquoi les rues ressemblent-elles à cela?" s'insurge Razika Fokus, une veuve qui élève cinq enfants.

"Je ne participerai pas à l'élection parce que je ne vois rien de tangible de la part du gouvernement", jure-t-elle, tout en se pressant d'aller jeter un sac d'ordures dans la rue. Selon un voisin, celles-ci s'amoncèlent dehors durant des mois sans être ramassées.

A Sadr City, qui pullule de jeunes sans emploi, recrues idéales pour les bandes armées, milices et groupes d'résistants, des enfants en haillons jouent dans une mare d'eau stagnante qui dégage des odeurs d'égouts et d'immondices.

Un affreux écheveau de câbles électriques traverse le bidonville reliant générateurs et foyers, pour compenser les défaillances chroniques du réseau de distribution national, incapable d'assurer une alimentation régulière.

"Je ne suis qu'un employé. Mais il faut en imputer la responsabilité de cette situation à la corruption, à la désorganisation et aux décisions hasardeuses qui prévalent au ministère de l'Electricité", confie un ingénieur qui préfère conserver l'anonymat.

Selon l'ONG Transparency International, l'Irak est l'un des pays les plus corrompus au monde.

Après trente ans de guerres et de sanctions internationales, les infrastructures de l'Irak sont en état de délabrement avancé et la reconstruction rapide du pays est devenue un défi prioritaire.

http://fr.news.yahoo.com/4/20100212/twl-irak-elections-38cfb6d_1.html



7 Dossier & Point de vue

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information..

7-1 Les cicatrices ouvertes de l’occupation.

Depuis la montée en puissance de l’offensive américaine en Afghanistan, décidée par Obama au lendemain de son élection à la présidence américaine, c’est ce pays qui paraît avoir remplacé l’Irak au premier rang des champs de bataille de l’impérialisme.

Des membres de la famille se tiennent debout près du cercueil de Mahomet Ajeel et ses trois fils, massacrés dans une attaque des troupes américaines, dans la ville chiite de Najaf, à 160 kms au sud de Bagdad, le samedi 13 février 2010 - Photo : AP/Alaa al-Marjani

Mais ce n’est pas pour autant que l’occupation impérialiste de l’Irak est encore près de prendre fin, ni l’état de guerre qu’elle y crée, loin s’en faut. Obama a beau devoir son élection, pour une bonne part sans doute, à la promesse d’un retrait rapide des troupes américaines d’Irak qu’il avait faite durant sa campagne, ce retrait n’a pas tardé à se révéler bien moins rapide qu’il l’avait laissé entendre dans ses discours électoraux.

Même à plus long terme, il est encore moins question que le quadrillage militaire de la région par l’impérialisme américain soit allégé. Au contraire, il sortira renforcé de l’occupation irakienne, pour protéger d’encore plus près les intérêts des trusts impérialistes en général, et ceux des trusts américains en particulier, contre la population irakienne et celle des autres pays de la région.

Un retrait en forme d’installation permanente

C’est en février 2009 qu’Obama a formellement annoncé son calendrier pour le retrait des troupes américaines. Mais il n’avait rien en fait de bien nouveau, puisqu’il s’agissait d’une version à peine remaniée du Status of Forces Agreement (SOFA - Accord sur l’état des forces) passé l’année précédente par son prédécesseur George Bush avec le gouvernement irakien.

Ce SOFA remanié prévoyait qu’à partir du 30 juin 2009 les quelque 130 000 soldats américains se replieraient dans leurs bases et cesseraient toute présence dans les villes, sauf « nécessité opérationnelle ». La date du 31 août 2010 était définie comme « fin des opérations de combat », ce qui implique que d’ici là les troupes américaines, toutes reléguées dans leurs bases qu’elles soient, pourront toujours, par exemple, déclencher des opérations offensives là où les généraux le jugeront bon.

Avant cette « fin des opérations de combat », le SOFA prévoyait que le nombre de soldats devrait être progressivement réduit. La version initiale du SOFA parlait d’un « effectif résiduel » de 35 à 50 000, ce qui était déjà bien supérieur à ce qu’avaient laissé entendre les porte-parole du Parti démocrate. Mais en plus, Obama tint à préciser que, sur ce point, la décision serait laissée entièrement à l’appréciation des généraux responsables du théâtre des opérations. Il faut croire que ceux-ci n’envisagent pas un retrait rapide avec trop d’enthousiasme puisqu’un rapport de la commission d’audit du gouvernement américain en date du 2 novembre 2009 indique que, finalement, cet effectif résiduel sera de 50 000 hommes.

Reste à savoir à quoi ces 50 000 hommes, qui ne seront donc plus censés participer à des opérations de combat, pourront bien servir. En théorie, ils seront là exclusivement pour remplir des tâches logistiques et d’entraînement auprès de l’armée et de la police irakiennes. Mais en fait, là aussi, tout est laissé à l’appréciation des généraux, y compris la possibilité que ces hommes soient quand même, après tout, équipés pour le combat, pour le cas où.

Finalement le SOFA prévoyait que cet « effectif résiduel » devrait définitivement quitter le pays au 31 décembre 2011 - c’est-à-dire exactement à la date qu’avait déjà choisie George Bush en 2008 ! Bien que le SOFA reste beaucoup plus flou sur ces points, selon le département de la Défense, à cette date, les 295 bases militaires américaines en Irak devraient être fermées ou remises à l’armée irakienne, tout l’armement stocké devrait avoir été rapatrié ou neutralisé, et la totalité des quelque 115 000 mercenaires et employés civils qu’il emploie sur le terrain devrait avoir quitté le pays.

Mais il y a tout lieu de douter que tel soit réellement l’avenir que prépare Obama. En mars, par exemple, la chaîne de télévision NBC rapporta que des officiers supérieurs américains étaient en pourparlers avec les autorités provinciales kurdes (dans le nord-est du pays) en vue de la construction d’une base aérienne américaine permanente sur leur territoire. La même chaîne cita également des conseillers militaires d’Obama prédisant que les États-Unis conserveraient une présence militaire en Irak pendant quinze à vingt ans et soulignant que le SOFA pouvait toujours être renégocié en cas de besoin.

D’ailleurs, même tel qu’il est, le SOFA comporte des clauses qui n’ont de sens que dans l’hypothèse où resterait sur le sol irakien aussi bien du personnel civil que militaire. En particulier, il prévoit que, contrairement à la situation actuelle, les militaires et employés sous-traitants de l’armée américaine seront sujets à la loi irakienne, mais dans le cadre de procédures spéciales, permettant la « collaboration » des autorités policières et judiciaires des deux pays. D’ores et déjà des antennes du FBI ont été mises en place en Irak pour mettre en place ces procédures. Pourquoi faudrait-il que soient définies de telles procédures si le retrait américain devait être aussi complet qu’Obama le dit ?

De toute façon, il ne manque pas de déclarations émanant aussi bien des hautes sphères militaires américaines que de l’entourage d’Obama pour indiquer qu’effectivement, après le 31 décembre 2011, l’armée américaine maintiendra une présence importante en Irak. D’abord parce qu’elle aura des « conseillers » auprès des forces de répression irakiennes, sous prétexte d’aider à leur formation, à l’instar de ce qui se fait dans tous les pays appartenant au pré carré de l’impérialisme américain. Ensuite, comme, selon les experts militaires, l’armée irakienne n’aura pas la technicité nécessaire pour se doter de ses propres forces aériennes, ni d’artillerie lourde avant 2015 au moins, il faudra lui adjoindre des unités opérationnelles avec leur armement et leur personnel (car il n’est pas question pour Washington que des soldats américains servent sous commandement irakien !). Tout cela pourra être dûment coordonné à partir du colossal bunker que se sont construit les États-Unis à Bagdad, leur ambassade, qui est la plus importante de la planète et qu’il n’est pas question de démanteler !

Et puis, comme le disaient les conseillers d’Obama mentionnés plus haut, rien n’empêche le SOFA d’être renégocié plus tard, pour régler des « détails » tels que la mise en place de bases militaires permanentes, par exemple. Simplement, le moment n’est pas très bien choisi pour l’instant : ni pour Obama, qui n’a pas forcément envie de dévoiler ses plans trop tôt alors qu’il doit déjà faire avaler bien des couleuvres à son opinion publique, ni surtout pour le gouvernement irakien qui doit faire face à une période qui pourrait se révéler très délicate d’ici aux élections prévues pour le 7 mars prochain.

En attendant, même avec un effectif militaire notablement réduit en Irak, l’armée américaine restera une menace permanente pour la population irakienne. Car depuis la première guerre du Golfe, et surtout depuis 2001, Washington a déversé des milliards dans les émirats du Golfe tout proches, pour y établir une solide présence militaire. Tout récemment, le général Petraeus, responsable du Centcom, le commandement central de l’armée américaine, expliquait que « nous travaillons à la mise en place d’un réseau intégré de défense aérienne et de missiles pour le Golfe » grâce « aux bases et installations portuaires d’une importance critique que Bahrein, le Koweit, le Qatar, les Émirats arabes unis et d’autres fournissent aux forces américaines ». Et effectivement, en plus de la flotte américaine qui patrouille en permanence dans cette partie du monde, chacun de ces pays accueille des bases avec, par exemple, un effectif permanent de 15 000 au Koweit et de 3 000 à Bahrein.

Les vautours se placent pour la curée

La fin de l’occupation sous sa forme actuelle et son remplacement par une situation plus stable, avec une présence américaine plus permanente mais plus discrète, s’appuyant sur des forces de répression locales nombreuses (les polices et l’armée irakiennes totalisent environ 600 000 hommes), qui pourraient garantir le maintien de l’ordre autour des champs pétroliers et dans les grands centres du pays, commencent à ouvrir aux trusts impérialistes des perspectives qu’ils attendaient depuis longtemps.

C’est ce que l’on a vu, par exemple, lors de la foire organisée à Bagdad en novembre dernier, à laquelle quatre cents entreprises étrangères, dont quarante françaises, ont participé dans l’espoir de capter une part du marché irakien, le tout au milieu d’une débauche de contrôles policiers dans les rues de la capitale, et sous une nuée d’hélicoptères de combat veillant au grain. À l’occasion, la société française Aéroports de Paris a paraît-il décroché le contrat pour la conception d’un nouvel aéroport international en Irak.

Plus significative encore a été la dizaine de contrats préliminaires adjugés par le gouvernement irakien à autant de consortiums de compagnies pétrolières depuis juillet dernier.

Jusqu’à présent, les trusts pétroliers ne voulaient entendre parler que de contrats de « partage de production », où ils conserveraient le pétrole produit et la maîtrise du niveau de production, moyennant des royalties payées à l’État, ce qui leur permettrait, en particulier, de jouer sur les fluctuations des prix du pétrole. Les autorités d’occupation avaient bien multiplié les pressions sur le gouvernement irakien pour qu’il concocte une loi en faveur de cette option. Mais cette loi, très impopulaire, devint un tel enjeu dans les rivalités politiques entre factions irakiennes qu’elle ne fut jamais finalisée.

Les contrats mis aux enchères à partir de juillet 2009 ont donc été des contrats de services, moins lucratifs, où les trusts pétroliers agissent en sous-traitants de l’État dans la gestion et la maintenance des gisements. Ils s’engagent à remettre en état des gisements existants dont la production est tombée quasiment à néant, et à faire monter cette production à un certain niveau à une échéance donnée. Pour signer ces contrats, les acquéreurs doivent payer des primes de signature d’un montant de 100 à 150 millions de dollars. Après quoi, l’État leur rembourse la totalité des frais de remise en état et leur paie une somme donnée pour chaque baril de pétrole qu’ils produisent pour son compte.

Les postulants n’ont finalement pas manqué pourtant. Ils ont sans doute rechigné, estimant que la prime de signature était trop salée et que le prix payé au baril était trop bas, mais ils ont fini par baisser leurs prétentions. Un fait notable est que, sur la trentaine de compagnies pétrolières participant à ces consortiums, on compte seulement deux majors américaines (ExxonMobil et Occidental Petroleum), les deux principales compagnies anglaises (BP et Shell), ainsi que Total pour la France. Les autres compagnies viennent d’Italie, de Chine, de Malaisie, du Brésil, du Vietnam, etc., bref, de pays n’ayant pas participé à l’occupation de l’Irak. C’est qu’en fait tout cela apparaît comme une espèce de jeu un peu symbolique. D’une part parce que, en principe, ces contrats devraient d’abord, aux termes de la Constitution de 2005, recevoir l’assentiment non seulement du Parlement irakien, mais aussi des assemblées des provinces concernées.

Or il n’est pas dit que cet accord soit donné, ni par le premier ni par les secondes, et de plus, le Parlement irakien sera renouvelé en mars et nul ne peut être certain de sa nouvelle composition. D’autre part - et des poursuites ont déjà été intentées à ce sujet par des politiciens d’opposition - dans l’état actuel de la loi, les contrats d’exploitation de gisements existants doivent être attribués à des sociétés irakiennes, et en particulier aux deux compagnies pétrolières d’État existantes. Seuls les gisements non encore exploités peuvent, d’après la législation, être concédés en exploitation à des entreprises étrangères. Bref, le gouvernement du Premier ministre Maliki semble nager dans la plus complète illégalité. Et en plus, la mise en œuvre de ces contrats pose encore dans la plupart des cas des problèmes de sécurité insolubles, comme par exemple en raison des attentats incessants qui continuent à paralyser pendant des semaines entières le pipe-line reliant l’Irak à la Turquie.

Autant dire que, même si ces contrats préliminaires sont effectivement signés, ils risquent de ne valoir guère plus que le papier sur lequel ils sont rédigés. Néanmoins, pour les compagnies cherchant à se tailler une part du pétrole irakien, ces enchères constituent sans doute une façon de se placer, par avance, en préparation du jour où les choses deviendront sérieuses, c’est-à-dire quand la loi sur le pétrole aura finalement été adoptée et qu’elles pourront avoir accès aux contrats de partage de production sur les gisements non exploités auxquels elles aspirent. Elles savent, et cela vaut aussi pour BP et Shell malgré la participation de la Grande-Bretagne à l’occupation, qu’elles auront à faire face à la concurrence redoutable des majors américaines et qu’elles ont intérêt à mettre par avance un pied dans la place.

Car si les majors américaines, elles, ne se sont pas précipitées en masse, c’est qu’elles sont déjà installées à la mangeoire, grâce au poids de Washington et, sans aucun doute, à des appuis haut placés dans la classe politique irakienne. Et puis elles peuvent compter sur les dignitaires américains de l’occupation qui se sont recyclés dans le pétrole, comme l’ancien chef de l’autorité d’occupation, Jay Garner, devenu conseiller de la compagnie canadienne Vast Exploitation, exploitante de gisements dans le Kurdistan irakien ; ou encore Zalmay Khalilzad qui, après avoir été consultant chez Unocal et ambassadeur de Bush en Irak et en Afghanistan, a créé sa propre firme de consultants dans le pétrole, installée à Irbil, dans le Kurdistan irakien.

Une « normalisation » dans la guerre des factions ? Nombre de responsables politiques américains et britanniques ont parlé ces derniers temps, non sans un cynisme certain, d’un début de « normalisation » en Irak, citant en particulier la diminution du nombre des victimes parmi les troupes américaines et du nombre des explosions. Comme si cette diminution prouvait quoi que ce soit puisque les soldats américains, désormais cantonnés dans leurs bases, n’ont plus l’occasion de servir de cibles aux groupes armés irakiens !

En revanche, il serait difficile d’user du même argument en s’appuyant sur les attentats contre la population irakienne. Ainsi, en novembre 2009, un article de Radio Free Europe notait qu’en septembre 2009 le chiffre officiel des victimes civiles était descendu à son plus bas niveau depuis l’invasion américaine. Le chiffre qu’il citait était de 125 victimes, un chiffre « normal ». Mais le même article corrigeait aussitôt cette remarque en ajoutant que le chiffre des victimes d’octobre, qui était de 343, était plus élevé que celui d’octobre 2008. Autrement dit la population paie plus que jamais de son sang le chaos politique créé par l’occupation.

En fait, depuis l’été dernier, on a assisté à une recrudescence des attentats suicides en Irak en général, et dans la capitale en particulier. Mais alors que, dans la première partie de l’année, les attentats avaient en général le même caractère aveugle et confessionnel que les années précédentes, depuis le mois d’août les attentats les plus importants par le nombre des victimes et les moyens mis en œuvre ont tous présenté les mêmes caractéristiques : ils ont consisté en une série de plusieurs explosions simultanées, toujours dans la « zone verte » (la zone la plus strictement protégée de Bagdad où se trouvent ministères et ambassades), visant des ministères importants ou leurs annexes et faisant de cent à cent cinquante morts et plusieurs centaines de blessés.

Le gouvernement Maliki et les partis qui lui sont liés ont eu vite fait de blâmer soit Al Qaïda, soit la main de l’Iran, soit encore, dans le cas de Maliki, le parti Baath en exil à Damas (au point de rompre les relations diplomatiques entre l’Irak et la Syrie !). Mais il était clair que tout le monde était pris de court par ces attentats non revendiqués, utilisant des moyens logistiques importants, et dont l’objectif évident était de prouver la faiblesse d’un gouvernement qui se montrait incapable d’assurer la sécurité dans son propre bastion.

Et il est bien possible en fait qu’en fin de compte ce soit Maliki qui se soit approché le plus près de la vérité lorsqu’après l’attentat du 15 décembre, qui fit 112 morts, il accusa des groupes clandestins « infiltrés » dans les forces de police d’avoir été les auteurs de ces attentats.

Ce qui paraît certain, c’est que les auteurs de ces attentats préparaient, à leur façon, les élections de mars prochain, en tentant de torpiller l’image que s’est créée Maliki, dont la liste semble la mieux placée pour remporter cette élection. Cette image, c’est celle d’un homme qui se targue d’avoir rétabli l’ordre en imposant la loi de la police et de l’armée irakiennes dans les deux principaux bastions des milices chiites radicales qu’étaient Bassorah, la capitale du Sud, et Sadr City, le plus grand bidonville de Bagdad, où vit un tiers de la population de la capitale.

C’est en 2008 que cette mise au pas fut réalisée, au moyen d’opérations conjointes menées par l’armée irakienne, l’armée américaine et des milices supplétives sunnites connues sous le nom de « conseils du réveil », formées d’anciens membres des groupes armés sunnites que les autorités américaines avaient recrutés en leur offrant l’amnistie et une solde régulière. Confrontées à des forces supérieures en nombre, en organisation et en armement, les milices chiites radicales durent se fondre dans la population et laisser le contrôle de la rue à la police.

Maliki, dont le parti, Dawa (parti religieux chiite), avait entre-temps quitté la grande coalition des partis chiites qui avait remporté les élections de 2005, constitua alors sa propre liste lors des élections provinciales de janvier 2009. Et grâce au crédit acquis face aux milices radicales, sa liste arriva en première position dans neuf provinces sur les quatorze où se déroulaient des élections, y compris à Bassorah et à Bagdad, les deux principales villes du pays, où elle obtint la majorité des sièges. Dans ces élections, il y eut deux grands perdants : d’une part ISCI (Conseil islamique suprême d’Irak), le parti religieux qui faisait figure de principale force politique chiite jusque-là, qui perdit huit des onze provinces qu’il contrôlait auparavant ; et d’autre part les deux principaux courants chiites radicaux, qui furent complètement marginalisés (sur le plan électoral, car sur le terrain, ils restent les principales forces politiques dans les quartiers chiites pauvres de Bagdad et de Bassorah, en particulier parmi les réfugiés de l’intérieur).

Un régime vulnérable

Maliki comptait bien rééditer le même tour de force lors des élections de mars prochain. Il a tout fait pour ça, en constituant une coalition de partis qui se présente comme « séculière » sous le label de « coalition pour un État de droit », label qui constitue en fait l’essentiel de son programme. Le terme de « séculière » ne doit pas tromper néanmoins. Cinq des six principales coalitions qui se présentent aux élections de mars se disent « séculières », tout simplement parce que se référer à la religion sur le terrain politique rappelle à un nombre croissant d’électeurs les affrontements entre chiites et sunnites qui ont ensanglanté les années passées. Mais dans les faits, par exemple, les autorités provinciales « séculières » élues sur les listes de Maliki se sont fait remarquer en interdisant aux femmes d’assister aux délibérations de l’assemblée provinciale sans être accompagnées d’un parent de sexe masculin, dans la province de Wasit (au sud, près de la frontière iranienne), ou encore en décrétant la fermeture des magasins vendant des boissons alcoolisées à Bagdad !

Il ne manque pas de factions qui auraient de bonnes raisons de vouloir ainsi torpiller Maliki et qui en auraient les moyens logistiques. L’une d’entre elles est le parti chiite ISCI qui, s’il perd autant de terrain aux élections de mars qu’il en a perdu aux élections provinciales, risque de perdre par la même occasion son bastion du ministère de l’Intérieur où l’ont installé les autorités américaines dès le premier gouvernement provisoire mis en place au lendemain du renversement de Saddam Hussein. Or c’est à cette position qu’ISCI doit une bonne partie de son influence dans la police, où il a placé des membres de sa milice dans la plupart des postes clés.

Il y a aussi les milices sunnites des « conseils du réveil » qui ont des comptes à régler avec Maliki. Après avoir été utilisées en première ligne contre les chiites radicaux, elles n’ont guère été remerciées pour leurs services. Dès que les autorités américaines ont transféré la responsabilité de ces milices à Maliki, en septembre 2008, avec pour mission de les intégrer dans la police, la première mesure que celui-ci a prise a été de réduire leur solde de moitié. Et à ce jour, seuls 5 % de ces milices ont été intégrés dans la police. Des miliciens restants, une bonne partie ont déserté, mais il en reste 45 000 qui servent de supplétifs à la police dans les coups les plus tordus, et qui ne doivent pas manquer de rancœur à l’encontre du régime.

Enfin, il y a les victimes des « coups d’éclat » sécuritaires de Maliki, en particulier les miliciens de l’armée du Mahdi qui ont eu depuis longtemps pour politique de créer des noyaux de sympathisants dans la police et dans l’armée, en particulier pour se procurer des armes, et qui ont donc certainement les motivations et probablement les moyens de se livrer à de tels attentats pour affaiblir Maliki.

Mais même si Maliki parvient à passer le cap des élections de mars en conservant le pouvoir, il lui restera à faire face à des forces centrifuges qui depuis longtemps ont contribué au chaos politique en Irak, et qui pourraient trouver avantage à tenter leur chance.

À l’occasion de l’élaboration de la loi électorale réglementant l’élection de mars, de violentes dissensions sont revenues à la surface autour de la question de Kirkouk. La province de Kirkouk est depuis toujours revendiquée par les partis kurdes comme devant être intégrée à la province autonome du Kurdistan. Cette question avait été envisagée dans la Constitution de 2005 et une procédure comportant un référendum définie. Mais Bagdad n’a jamais voulu prendre le risque de l’organiser et cela d’autant moins que Kirkouk est, avec la région de Bassorah, celle qui comporte les plus riches réserves pétrolifères inexploitées. C’est aussi la raison pour laquelle les nationalistes kurdes en revendiquent l’annexion. Jusqu’à présent le gouvernement régional du Kurdistan a exploité dans son coin, sans rendre de comptes à Bagdad, des gisements pétrolifères d’importance moyenne. Mais si Bagdad se met à attribuer des contrats d’exploitation à des compagnies étrangères, les partis kurdes ont toutes les raisons de craindre que cela soit le cas pour ceux de Kirkouk et il leur sera alors beaucoup plus difficile de remettre la main sur cette province. D’où l’urgence pour eux de passer en force, si nécessaire, avant qu’il soit trop tard.

Symétriquement, contrairement à son rival Dawa, le parti chiite ISCI a toujours été favorable à la création d’une super-région chiite dans le sud de l’Irak, où se trouve l’essentiel de sa base traditionnelle, super-région qui ferait pendant au Kurdistan et engloberait alors plus de la moitié des réserves en pétrole du pays. Tant qu’ISCI occupait une position clé dans les allées du pouvoir à Bagdad, il n’avait pas forcément intérêt à jouer sur le régionalisme des chiites du Sud irakien. Mais si ISCI en vient à perdre cette position, cela pourrait changer et constituer un facteur d’instabilité de plus pour Bagdad.

Les cicatrices ouvertes de l’occupation

Visitant Bagdad peu après l’offensive contre les radicaux chiites, le journaliste américain Nir Rosen, opposant de toujours à l’occupation américaine en Irak, donne un aperçu de la vie de la population qui se passe de commentaire : « Il y a moins de monde qui meurt aujourd’hui parce qu’il reste moins de monde à tuer. Sunnites et chiites habitent maintenant des enclaves séparées par des murs, dirigées par des chefs de gangs et des miliciens, qui ont consolidé leur pouvoir après que les quartiers mixtes ont été nettoyés sur une base ethnique. Depuis avril 2007, les forces américaines ont érigé une série de murs en béton et de postes de contrôle au travers de la ville. (...) Bien que ces murs puissent avoir contribué à amortir la violence entre sectes religieuses, on peut penser qu’ils l’ont aussi exacerbée, en isolant les Irakiens de leurs voisins et en les rendant dépendants de milices comme l’armée du Mahdi pour leur ravitaillement et leur protection. (...)

Dans le centre de Bagdad, le quartier Washash, en majorité chiite, vit dans la misère. (...) Ses rues non pavées sont recouvertes de détritus, les câbles électriques pendent des toits en se croisant comme de vieilles toiles d’araignée. Les hommes de l’armée du Mahdi de Washash, dont la brutalité est de notoriété publique même parmi les sadristes, utilisaient ce quartier comme base pour organiser des attaques contre les militants sunnites (...) et le quartier fut parmi les premières enclaves chiites à être enfermées dans des murs de béton. Il n’y a qu’une seule entrée pour les voitures, gardée par des soldats irakiens. Ailleurs, il y a quelques entrées où les piétons peuvent pénétrer, un par un. Pratiquement tous les sunnites qui vivaient à Washash ont été contraints de partir ou ont été assassinés par l’armée du Mahdi. »

Depuis, le « nettoyage » de ces quartiers de Bagdad par Maliki a peut-être restauré l’État de droit, sous la forme d’une présence policière permanente et en contraignant les miliciens radicaux chiites à agir plus discrètement. Mais il n’a pas fait disparaître la brutalité des milices (pas plus que celle de la police, d’ailleurs, qui est notoire), ni le règne des chefs de gangs. Pas plus qu’il n’a fait disparaître le fossé creusé entre communautés par les violences passées des milices.

On estime que la combinaison des violences inter-religieuses, des destructions de l’occupation et de l’aggravation de la misère qui en a résulté, a créé 2,7 millions de déplacés intérieurs en Irak, auxquels viennent s’ajouter deux millions d’émigrants qui se sont réfugiés hors des frontières du pays, soit environ 15 % de la population. Sur ce total, on estime que seulement 300 000 personnes sont revenues de cet exil forcé à leur point de départ. C’est dire que, pour toute une partie de la population, la situation reste toujours aussi intolérable, sans même parler de « normalisation ».

Le retrait des troupes américaines, si et quand il aura lieu, ne changera rien aux conséquences catastrophiques pour la population irakienne de cette invasion criminelle et des années d’occupation, de souffrance et de guerre civile plus ou moins ouverte qu’elle a entraînées. Que ce soit sur le plan matériel, social ou politique, l’invasion aura ramené le pays des décennies en arrière. Et ce ne sont pas les nombreuses factions rivales, toutes aussi bigotes, réactionnaires et corrompues, que l’impérialisme a fait surgir, voire qu’il a poussées vers le pouvoir, qui y changeront quoi que ce soit !

4 janvier 2010 -

Union Communiste Internationaliste - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.union-communiste.org/?FR...


Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


Les commentaires sont fermés.