Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

22/02/2010

n° 474 - Les Dossiers d'Irak - 19/02 : - Fin - : 1-1 Plus d'un million d'Irakiens tués sous l'occupation.

n° 474  - Les Dossiers d'Irak - 19/02 : - Fin - : 1-1 Plus d'un million d'Irakiens tués sous l'occupation.


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les Dossiers d'Irak

n° 474                                                           19/02/09

C.De Broeder & M.Lemaire



 Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :  

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Démission: Un message de Denis Halliday.

2-2 Eduardo Galeano : Excusez-moi de vous déranger...

2-3 Gilles Munier : A propos de Khomeiny  et de la guerre Iran-Irak.

2-3 Blackwater accusée d'escroquerie.

2-4 L'Irak ordonne à des employés de Blackwater de quitter le pays.

2-5 Armée française: la tentation des mercenaires.

2-6 Jean Guisnel : Grosse embrouille autour des Mirage F1 irakiens.



2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme

Ndlr : La publication de l'article  ne signifie nullement que la rédaction est d'accord avec l'article mais doit être vu comme information.

2-1 Démission: Un message de Denis Halliday.

(Ancien secrétaire général adjoint de l'ONU, Coordonnateur humanitaire pour l'Iraq 1997-98).
En acceptant le Prix International de la Paix Gandhi en 2003, j'ai expliqué ma décision de remettre ma démission à l'Organisation des Nations Unies, en tant que chef du Programme Humanitaire de l'ONU en Iraq à la fin de 1998. Face aux ordres du Conseil de Sécurité, qui continuait à imposer au peuple irakien des sanctions génocidaires, cette démission s’est avérée nécessaire pour moi. Conserver ce poste c’était se rendre complice d’une
catastrophe humanitaire. De plus, mon sens profond de la Justice a été lourdement ébranlé ( comme le vôtre l'aurait été dans ma position), par la violence des sanctions que l'ONU a fait peser sur la vie et le bien-être des enfants, des familles et de tant d'être chers en Iraq. Il ne peut y avoir aucune justification pour tuer. Ni les jeunes, ni les personnes âgées, ni les malades, ni les riches, ni les pauvres … partout, et en toutes circonstances.
Et surtout pas par les Nations Unies.
Certains vous diront que les dirigeants irakiens punissaient le peuple irakien. Mais ce n'est ni ma perception, ni ce que j’y ai vu, lorsque j’ai vécu à Bagdad en 1997-98 et quand j’ai voyagé à travers le pays. Et si tel était le cas, comment cela pourrait-il justifier cette punition collective que sont les
sanctions ordonnées par les Nations Unies? La Charte des Nations Unies et le Droit International n’autorisent aucunement les conséquences criminelles d’un embargo. Alors que dire de cet embargo commandité par les Nations Unies, douze années durant, dans le cas du peuple irakien?
Après ma démission, j'ai tenté d’expliquer l'impact de ces sanctions, aux médias, aux universités et dans des réunions publiques en décrivant les enfants irakiens vivant comme dans un couloir de la mort, sans espoir de répit...À la fin de l'année 1998, nous, - l'ONU -, avions tué des centaines de
milliers d’enfants, sans aucune hésitation apparente de la part des Etats membres permanents du Conseil de sécurité.
L'invasion et l'occupation illégales de l'Iraq en 2003 n'ont fait qu'empirer la situation globale des enfants, des femmes et des hommes irakiens.
Contrairement à ce que les masses médias ont rapporté ou rapportent, toute une nation est terrorisée, tuée, ou contrainte à l'exil. Selon le CICR (la Croix-Rouge) et les autres organisations internationales, la situation humanitaire en Iraq est catastrophique. La volonté américaine d’imposer «la démocratie et la liberté" en Iraq a échouée, tandis que la loi, l'ordre et la santé économique et sociale du pays sont de plus en plus dégradés. Les systèmes de Santé et d'Education sont sur le point de s'effondrer, les droits de l’Homme ne sont plus respectés, la sécurité humaine et les opportunités pour sortir de cette crise ont disparus: les réfugiés et les déplacés irakiens sont aujourd’hui plus nombreux que ceux qui jouissent de la vie normale en Iraq.
Depuis que le gouvernement irakien a réintroduit la peine capitale en 2004, un nombre inconnu de personnes ont été pendues. Aucun des condamnés ne semble avoir eu un procès équitable.

Le système judiciaire irakien a été qualifié par les organismes internationaux responsables et les organisations des droits humains comme corrompu, et malheureusement en proie à des dysfonctionnements graves et au sectarisme.
Dernièrement, le Conseil présidentiel de l'Iraq aurait ratifié la condamnation à mort de quelques 900 détenus qui croupissent dans le couloir de la mort. Quelques 17 détenus seraient des femmes.
L'effondrement apparent de la justice dans l'Iraq d'aujourd'hui doit être replacé dans le contexte d'un quasi total effondrement de la loi et de l'ordre depuis l'invasion US / UK, comprenant des crimes de guerre, des atrocités, des meurtres de civils commis par des mercenaires et par les forces
militaires de l'occupation américaine.
Je m'oppose à l'utilisation de la peine de mort, où qu'elle se produise pour motif qu'elle est contraire aux Droits Fondamentaux de l'Homme. La Communauté Internationale qui a déjà totalement ignoré le peuple irakien, a le devoir impérieux de condamner les conséquences humaines effroyables de l'invasion et de l'occupation illégale, et doit condamner - sûrement les Irakiens ont ils assez souffert - l'un des taux les plus élevé d'exécutions dans le monde.
Sans votre voix, la spirale croissante de mise à mort va se poursuivre... C'est pourquoi je me joins au BRussells Tribunal en dénonçant les exécutions.
Je vous serais très reconnaissant si vous pouviez lire la déclaration suivante sur la pendaison imminente de 900 détenus:http://brusselstribunal.org/DeathPenalty121209.htm et signer l'appel pour mettre fin à ces exécutions et demander que le gouvernement irakien impose un moratoire sur la peine de mort.
Je vous remercie au nom du BRussells Tribunal et à nous tous qui nous soucions de la justice et de la vie humaine.
Denis J. Halliday Ancien secrétaire général adjoint des Nations Unies et coordonnateur humanitaire des Nations Unies pour l'Iraq, 1997-98
Il a reçu en 2003 le Gandhi International Peace Award – Irlande


2-2 Eduardo Galeano : Excusez-moi de vous déranger...

Je voudrais partager quelques questions qui me trottent dans la tête. Elle est juste, la justice? Elle tient debout, cette justice du monde à l'envers? Le zapatista [1] d'Irak, celui qui a lancé les chaussures contre Bush, a été condamné à trois années de prison. Ne méritait-il pas plutôt une décoration?

Qui est le terroriste? Celui qui a visé, ou celui qui a été visé? N'est-il pas coupable de terrorisme le tueur en série qui, en mentant, a inventé la guerre en Irak, assassiné une multitude, légalisé la torture et ordonné de l'appliquer? Sont-ils coupables les paysans d'Atenco au Mexique, ou les indigènes mapuches du Chili, ou les Kelchies du Guatemala, ou les paysans sans terre du Brésil, tous accusés de terrorisme pour défendre leur droit à la terre? Si la terre est sacrée - même si la loi ne le dit pas - , ceux qui la défendent ne sont-ils pas sacrés aussi?

Selon la revue Foreign Policy, la Somalie est le lieu le plus dangereux de tous. Mais, qui sont les pirates ? Les crève-la-faim qui attaquent des bateaux, ou les spéculateurs de Wall Street qui attaquent le monde depuis des années et reçoivent à présent des récompenses multimillionaires pour leurs efforts ? Pourquoi le monde récompense-t-il ceux qui le dévalisent ?

Pourquoi la justice ne voit-elle que d'un œil ? Wal Mart, l'entreprise la plus puissante de toutes, interdit les syndicats. McDonald's aussi. Pourquoi ces entreprises violent-elles, avec une impunité coupable, la loi internationale ? Serait-ce parce que, dans le monde actuel, le travail vaut moins que rien, et que valent encore moins les droits des travailleurs ? Où sont les justes, et où sont les injustes? Si la justice internationale existe vraiment, pourquoi ne juge-t-elle jamais les puissants ?  Les auteurs des boucheries les plus féroces ne vont pas en prison. Serait-ce parce que ce sont eux qui en détiennent les clés? Pourquoi les cinq puissances qui ont droit de veto aux Nations Unies sont-elles intouchables ? Ce droit est-il d'origine divine ? Veillent-ils à la paix, ceux qui font des affaires avec la guerre ? Est-il juste que la paix mondiale soit à charge des cinq puissances qui sont les principaux producteurs d'armes ? Sans dédaigner les narcotrafiquants, ceci n'est-il pas aussi un cas de "crime organisé" ? Mais les clameurs de ceux qui exigent partout la peine de mort ne demandent pas de punition contre les maîtres du monde. Il ne manquerait plus que ça ! Les clameurs clament contre les assassins qui utilisent des rasoirs, non contre ceux qui utilisent des missiles. 

Et on se demande : si ces justiciers sont aussi follement désireux de tuer, pourquoi n'exigent-ils pas la peine de mort contre l'injustice sociale ? Est-il juste un monde qui affecte chaque minute trois millions de dollars aux dépenses militaires, tandis qu'au même moment quinze enfants meurent de faim ou de maladie guérissable ? Contre qui s'arme jusqu'aux dents la soi-disant communauté internationale ? Contre la pauvreté, ou contre les pauvres ? Pourquoi les fervents de la peine capitale n'exigent-ils pas la peine de mort contre les valeurs de la société de consommation qui portent atteinte, chaque jour, à la sécurité publique ? Ou peut-être ne pousse-t-il pas au crime, le bombardement de la publicité qui étourdit des millions et des millions de jeunes au chômage ou mal payés, leur répétant jour et nuit qu'être est avoir, avoir une automobile, avoir des chaussures de marque, avoir, avoir -et que celui qui n'a rien n'est rien ?  

Et pourquoi n'introduit-on pas la peine de mort contre la mort ? Le monde est organisé au service de la mort. Ou ne fabrique-t-elle pas la mort, l'industrie d'armement, qui dévore la plus grande partie de nos ressources et une bonne partie de nos énergies ? Les maîtres du monde condamnent seulement la violence quand ce sont les autres qui l'exercent. Et ce monopole de la violence se traduit par un fait inexplicable pour des extraterrestres, et aussi insupportable pour nous autres terriens qui voulons, contre toute évidence, survivre : nous les humains sommes les seuls animaux spécialisés dans l'extermination mutuelle, et nous avons développé une technologie de destruction qui est en train d'anéantir, au passage, la planète et tous ses habitants. Cette technologie se nourrit de la peur. C'est la peur qui invente les ennemis, et ceux-ci qui justifient le gaspillage militaire et policier. Et que penseriez-vous, tant qu’à appliquer la peine de mort, d'une condamnation à mort de la peur ? Ne serait-il pas sain de mettre un terme à cette dictature universelle des professionnels de la production d’angoisse ? Les semeurs de panique nous condamnent à la solitude, nous interdisent la solidarité : sauve qui peut, écrasez-vous les uns les autres, faites très attention, ouvrez l'œil, le prochain est toujours un danger qui guette, celui-ci va te voler, celui-là te violer, cette petite voiture d'enfant dissimule une bombe musulmane; et si cette femme, cette voisine d'aspect inoffensif te regarde, c'est sûr qu'elle te transmet la peste porcine.

Dans ce monde à l'envers, même les actes les plus élémentaires de justice et de sens commun font peur. En entamant la refondation de la Bolivie pour que ce pays de majorité indigène cesse d'avoir honte en se regardant dans le miroir, le Président Evo Morales a provoqué la panique. Ce défi était une catastrophe en regard de l'ordre traditionnel raciste, prétendument le seul possible : Evo était et apportait le chaos et la violence et, par sa faute, l'unité nationale allait exploser, se briser en morceaux. Et quand le président équatorien Correa a annoncé qu'il se refusait à payer les dettes illégitimes, la nouvelle sema la terreur dans le monde financier, et l'Équateur fut menacé de punitions terribles pour avoir donné un si mauvais exemple. Si les dictateurs militaires et politiciens véreux ont toujours été dorlotés par la banque internationale, ne nous sommes-nous pas déjà habitués à accepter comme fatalité du destin le paiement par le peuple du gourdin qui le frappe, de la cupidité qui le pille ?  

Serait-ce donc que le sens commun et la justice aient divorcé pour toujours ?  Le sens commun et la justice ne sont-ils pas nés pour marcher ensemble, collés l'un à l'autre ?  Ne relève-t-elle pas du sens commun, mais aussi de la justice, cette devise des féministes qui disent que l'avortement serait libre si nous, les mâles, pouvions tomber enceints [2] ? Pourquoi ne légalise-t-on pas le droit à l'avortement ? Serait-ce parce qu'il cesserait alors d'être le privilège des femmes qui peuvent le payer et des médecins qui peuvent le faire payer ? La même chose se passe avec un autre cas scandaleux de négation de justice et de sens commun : pourquoi ne légalise-t-on pas la drogue ? Peut-être n'est-elle pas, comme l'avortement, un sujet de santé publique ? Et le pays qui contient le plus de toxicomanes, quelle autorité morale a-t-il pour condamner ceux qui approvisionnent leur demande ? Et pourquoi les grands médias, si voués à la guerre contre le fléau de la drogue, ne disent-ils jamais que presque toute l'héroïne consommée dans le monde provient d'Afghanistan ? Qui commande en Afghanistan ? N'est pas un pays militairement occupé par le pays messianique qui s'attribue la mission de nous sauver tous ? Pourquoi ne légalise-t-on pas les drogues une bonne fois pour toutes ? Ne serait-ce pas parce qu'elles fournissent le meilleur prétexte pour les invasions militaires, en plus d'offrir les profits les plus juteux aux grandes banques qui de nuit fonctionnent comme blanchisseries ?

Maintenant le monde est triste parce que moins de voitures se vendent. Une des conséquences de la crise mondiale est la chute de l'industrie prospère de l'automobile. Si nous avions quelque reste de sens commun, et un petit quelque chose de sens de la justice, ne devrions-nous pas fêter cette bonne nouvelle ? Ou peut-être la diminution des automobiles n'est-elle pas une bonne nouvelle pour la nature -qui sera un peu moins empoisonnée-, et pour les piétons -qui mourront un peu moins ?  

La Reine a expliqué à Alice -celle de Lewis Carroll- comment fonctionnait la justice au Pays des  Merveilles :

 -Voilà !- dit la Reine -. Il est en prison, à purger sa peine ; mais le jugement ne commencera pas avant mercredi prochain. Et évidemment, à la fin, le crime sera bien commis.  

Au Salvador, l'Archevêque Oscar Arnulfo Romero a prouvé que la justice, comme le serpent, mordait seulement les va-nu-pieds. Il est mort par balles pour avoir dénoncé que, dans leur pays, les va-nu-pieds naissaient condamnés d'avance, par délit de naissance. Le résultat des élections récentes au Salvador n'est-il pas, d'une certaine manière, un hommage ? Un hommage à l'archevêque Romero et aux milliers comme lui qui sont morts en luttant pour une justice juste dans le royaume de l'injustice ? Parfois les histoires de l'Histoire terminent mal; mais l'Histoire, elle, ne termine pas. Quand elle dit adieu, ce n'est qu'un au revoir.

Traduit par Thierry Pignolet.

Source: Tlaxcala

Notes 

 [1]  NdT : par l'utilisation du terme zapatista, Eduardo Galeano réalise en espagnol un jeu de mots intraduisible en français. Par là, l'auteur adresse un clin d'œil à la filiation en espagnol du mot zapatista avec zapato, en français chaussure -le lancer de chaussures sur Bush-, tout se référant à l'Armée Zapatiste de Libération Nationale -en espagnol Ejército Zapatista de Liberación National ou EZLN-, groupe révolutionnaire symbole de la lutte altermondialiste basé au Chiapas, Etat du Mexique.

[2]  L'adjectif « enceint » semble ne pas exister en français. Serait-ce que la langue française est plus machiste que l'espagnole ?

tiré d'investig'action 

Eduardo Galeano 


2-3 Gilles Munier : A propos de Khomeiny  et de la guerre Iran-Irak.

Entretien n°2 - FBI-Saddam Hussein

Vendredi 5 février 2010

Baghdad Operation Center
8 février 2004  

Entretien conduit par George L. Piro
Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI  

Traduction en français : Xavière Jardez
Titres, sous titres et notes : Gilles Munier

A propos de Khomeiny  et de la guerre Iran-Irak 

   Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 7 février dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport  International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

   Hussein a précisé que la ferme dans laquelle il a été capturé en décembre 2003 est la même que celle dans laquelle il s’était réfugié en 1959 après sa participation à la tentative d’assassinat du Président Kassem.

   A la question de savoir si la décision d’entrer en guerre contre l’Iran en septembre 1980 résultait de menaces iraniennes ou si la guerre avait été un moyen de reconquérir des territoires arabes irakiens, notamment les eaux du Chatt al-Arab, Hussein a déclaré : « Nous considérons que  la guerre a commencé le 4 septembre et non le 22 comme  le prétend l’Etat iranien ». Hussein, qui préfère prendre ses exemples parmi les paysans car cela lui parle plus, a ensuite cité celui du voisin immédiat. Un jour, le fils de votre voisin frappe votre fils. Le lendemain, il s’en prend à vos vaches. Ensuite, il crée des dommages à votre terre en bouleversant le système d’irrigation. Si tout se passe comme précédemment décrit, et éventuellement, après un certain nombre d’incidents, vous interpellez votre voisin, pour lui citer, preuve à l’appui, chaque transgression et vous lui demandez de cesser. Habituellement, un avertissement ou une interpellation suffit pour l’arrêter. Avec l’Iran, cependant, cette approche n’a pas fonctionné. L’Iran, selon Hussein, avait violé l’Accord d’Alger de 1975 concernant les eaux du Chatt al-Arab (1). De plus, l’Iran s’était ingéré dans les affaires de l’Irak, deuxième violation  de l’Accord. Pour Hussein, l’Irak n’avait d’autre choix que de se battre. A partir de là, l’Irak s’est battu et sacrifié pour que l’ingérence iranienne cesse.

Khomeiny pensait renverser le régime en Irak et ailleurs

   Hussein a fourni quelques idées sur l’état d’esprit des dirigeants iraniens, notamment de l’ayatollah Khomeiny et sur la décision d’entrer en guerre. Quand Khomeiny est arrivé au pouvoir, en 1979, deux éléments « interféraient » avec son état d’esprit. Fanatique religieux, il pensait que tous les dirigeants étaient pareils au Chah et qu’ayant renversé celui-ci facilement, il pourrait faire de même ailleurs, y compris en Irak. Ensuite, Khomeiny avait un « complexe », celui d’avoir dû quitter/d’avoir été mis à la porte de l’Irak, fin des années 70. Khomeiny, exilé d’Iran, a été l’ « invité » de l’Irak qui lui a donné « refuge » à Nadjaf, mais il s’y élevait contre le Shah et le gouvernement iranien. Selon Hussein, il ne respectait pas l’accord écrit (l’Accord d’Alger) entre l’Irak et l’Iran et s’ingérait dans les affaires intérieures de l’Iran. Le gouvernement irakien lui rappela sa position. Il « était notre  invité ». De ce fait, « personne ne pouvait lui demander de partir ou le  livrer ». Le Chah avait essayé de convaincre Hussein de lui remettre Khomeiny. Dans la culture arabe, personne ne peut « abandonner » un invité.

   Mais, Khomeiny refusa de cesser ses activités contre le Chah et le gouvernement iranien. Il assura que si celles-ci étaient contraires  à la politique de l’Irak, il partirait. Par la suite, il essaya de se rendre au Koweït où on lui refusa l’entrée. L’Irak lui permit de revenir en Irak pour trois ou quatre jours et l’aida, à sa requête, à se rendre dans un autre pays, la France.

Les Irakiens chiites  sont restés fidèles à leur pays

   Hussein a dit ne pas regretter le traitement réservé  à Khomeiny. Celui-ci, lui a-t-il été demandé, n’a pas été reconnaissant à l’Irak de l’avoir réadmis après son retour du Koweït qui aurait pu conduire, si l’Irak avait refusé, à son transfert en Iran. Hussein a déclaré « Non. Cela n’aurait rien changé car le peuple ne voulait plus du Chah. ». Khomeiny devint un symbole pour le peuple iranien après son départ d’Irak vu son âge et du fait qu’il avait été « mis à la porte »(2), personnalité religieuse chiite proéminente, exécuté en Irak en 1980, pouvait-il, lui aussi, devenir un symbole ? Hussein a répondu « peut-être ». Il a ajouté qu’il était lui-même un symbole puisque son portrait était aux murs des maisons et d’autres lieux. d’Iran. L’ayatollah Sayyid Mohamed Sadr

   Khomeiny pensait que la population chiite du sud de l’Irak le suivrait, particulièrement au cours de la guerre. Mais, dit Hussein, « elle ne lui a pas  fait bon accueil ». En fait, les chiites sont restés fidèles à l’Irak et se sont battus contre les Iraniens.

   Hussein a reconnu qu’en 1980  l’armée iranienne était faible et « manquait » de commandement puisque la plupart des hauts officiers avait été démis de leur fonction lors du changement de gouvernement en Iran avec Khomeiny. Pourtant, cela n’a eu aucun effet sur la décision de faire la guerre à l’Iran à ce moment-là. « Si l’armée du Chah avait toujours existé, nous l’aurions battue dès le premier mois » a déclaré Hussein. Avec Khomeiny, même sans encadrement, l’armée et les Gardes Révolutionnaires se « sont avancés par milliers » contre les forces irakiennes qui se sont battues avec courage, notamment sur les frontières.

C’est l’Iran qui a déclenché la guerre

   Les tentatives d’assassinat d’officiels du gouvernement irakien avant le conflit, supposées être le fait de groupes soutenus par l’Iran, dont celles visant le ministre des Affaires étrangères, Tarik Aziz (3) et le ministre de la Culture, Latif Nayif Jassim (4), ont-elles joué sur la décision de faire la guerre à l’Iran ? Hussein a déclaré qu’il y avait eu « 540 attaques » de l’Iran contre l’Irak avant la guerre dont 249 raids aériens ou incursions. L’Irak a adressé ces informations aux Nations unies. L’Iran a bloqué le Shatt al Arab et coulé des bâtiments irakiens et étrangers. Avant le 29 septembre 1980, l’Iran a bombardé les raffineries pétrolières de Bassora et d’autres villes d’Irak du sud.

   Quel était l’objectif de la guerre ? Hussein a répondu : « Demandez à l’Iran. C’est lui qui a déclenché la guerre. J’ai déjà expliqué les raisons de la guerre ». La question reposée, Hussein a dit que l’objectif était « d’empêcher l’Iran de s’ingérer dans nos affaires intérieures ». Hussein a redit des informations déjà fournies dont le fait que l’Iran avait violé le Traité d’Alger de 1975 : l’Iran avait occupé la totalité du Shatt el Arab alors que le traité prévoyait un partage par moitié, l’Iran n’avait pas réagi aux communications diplomatiques en la matière.

   Hussein a alors noté que les forces irakiennes avaient, au début, investi des villes et territoires frontaliers, du sud de l’Iran, aux environs de Muhammara, Al-Ahwaz et Dezful. Elles ne s’étaient pas avancées plus en profondeur car l’objectif immédiat était d’arrêter les attaques d’artillerie à partir des régions frontalières.

   Après deux ans approximativement, les forces irakiennes ont été repoussées et la guerre, pour les Irakiens, est devenue défensive. Pourquoi, lui fut-il demandé ? Hussein a répondu : « on ne peut pas planifier pour l’armée irakienne comme on le fait pour l’armée américaine ». D’un point de vue militaire, les plans sont établis en fonction des moyens. Les militaires s’accordent pour dire que si les lignes d’approvisionnement deviennent plus longues, les problèmes surgissent. « Le soldat d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a cent ans ». Il fait partie d’un « groupe universel » qui entend, qui voit ce qui se passe à la télévision ou la radio. Le soldat  est  « un élément du monde » et « en est affecté ». Si on lui demande de contre-attaquer, le soldat « qui gagne » s’accrochera à l’objectif et au-delà. Hussein a reconnu que la dernière étape de la guerre offensive irakienne, en 1986-1987 avait enregistré de nombreux succès avec la capture notamment des trois-quarts des tanks iraniens et la moitié de l’artillerie et des véhicules de transport blindés.  

Les chefs militaires irakiens ont pensé que l’Iran avait « compris la leçon »

   Il a poursuivi en disant que l’Irak avait récupéré suffisamment de territoire, dans les premières années de la guerre, éliminant ainsi la menace de l’artillerie iranienne « Si nous avions pénétré plus avant en Iran, ils auraient pensé que nous voulions autre chose ». Il a ajouté : « Nous n’avions pas affaire à une armée régulière, ce qui est plus facile à planifier ». Il a précisé que, pour beaucoup d’Irakiens, il s’agissait de leur expérience de combat. Beaucoup étaient « requinqués » par les premiers succès en territoire iranien. Cependant, après quelques jours, certains  se sont demandés : « Pourquoi suis-je ici ? » Comme l’avait confirmé à Hussein, le haut commandement militaire, beaucoup de soldats préféraient défendre les frontières et rester en Irak. Le retrait des forces irakiennes aurait dû intervenir avant ce changement de mentalité. Certains commandants voulaient rester, d’autres, se retirer. Après deux ans de guerre, les chefs militaires ont pensé que l’Iran  avait « compris la leçon » et ont recommandé le retrait des forces, Hussein s’est rangé à cette position et a ordonné le retrait des forces.

   Selon Hussein, les opérations défensives ne sont pas « bonnes sur le plan stratégique », ni pour le moral des soldats. Hussein dit : « Si un soldat ne perçoit pas la logique, il ne sera ni efficace, ni obéissant. Un soldat doit être convaincu, autrement la discipline pose problème ». Hussein a  commenté l’état d’esprit des soldats américains en Irak et ajouté : « Si vous demandez aux soldats américains qui sont venus à la recherche des armes de destruction massive et qui n’en trouvent pas, qui sont ici pour  renverser les dirigeants de la dictature de Hussein, qui sont tous en prison et ont été remplacés par d’autres dictateurs, s’ils veulent rester ou partir, ils diront « partir ».

Armes chimiques : les Iraniens les ont utilisées à Mohammara

   L’utilisation par l’Irak d’armes chimiques contre l’Iran, au cours de la période défensive de la guerre, avait-elle été rendue nécessaire, parce que, sans cela, l’Irak aurait perdu la guerre ? A cette question, Hussein a répondu : « Je n’ai pas de réponse à ça. Je ne répondrai pas ». Pensait-il que l’Irak allait perdre la guerre avec l’Iran particulièrement après 1982 et au cours de la période 1984-1986, Hussein a répondu : « Non. Pas une seconde. Je l’ai dit à la télévision. Je l’ai écrit dans cinq lettres à l’Iran ». Il y décrivait la force de l’armée irakienne au grand dam de certains commandants de l’armée qui n’aimaient pas que ce type d’informations soit fourni à l’Iran. Les dirigeants iraniens pensaient qu’Hussein mentait alors que les Irakiens le croyaient. Revenant sur la question  de l’utilisation d’armes chimiques, Hussein a redit : « Je ne serai pas pris au piège par quelque technicité. Cela ne vous servirait pas. Les Etats-Unis ont payé chèrement pour leurs erreurs en Irak et à travers le monde, et continueront à payer ».

   Hussein a redit que l’Iran « n’avait pas entendu le message » quand l’Irak s’était retiré, après 1982, sur sa frontière. « Si vous ne leur brisez pas la tête, ils ne comprennent pas ».

   Hussein a déclaré que l’Irak « ne devait pas beaucoup d’argent » à l’issue de la guerre avec l’Iran. L’Irak avait reçu des pays arabes une aide qu’Hussein considérait comme telle et non comme un prêt. Après la guerre, cependant, ces pays « ont changé d’avis » et en ont demandé le remboursement. Certains pays percevaient l’Irak comme une menace militaire et non l’Iran dont les forces avaient été décimées par la guerre.

   Hussein a souligné que l’Irak avait accepté une résolution des Nations unies du 28 septembre 1980 demandant la cessation des hostilités avec l’Iran. Ce dernier, cependant, ne l’a pas acceptée. Hussein a ajouté que l’Irak avait aussi accepté la résolution des Nations unies 598 de 1987 demandant la fin de la guerre. Même refus de l’Iran. L’Irak a, en plusieurs occasions, essayé de négocier avec l’Iran la fin des combats. « Nous le faisions alors que nous n’en avions pas besoin » pour le bien du peuple et de l’humanité. L’Iran a seulement accepté les termes d’un cessez-le-feu en 1988, après avoir perdu la guerre.

   Sur le résultat des recherches des Nations Unies sur le recours aux armes chimiques par l’Irak durant de la guerre, Hussein a rappelé que « l’histoire est écrite et ne changera pas. Personne ne peut  empêcher l’histoire de s’écrire ». Hussein a précisé que l’Iran avait fait usage d’armes chimiques d’abord à Muhammara (Khorramchahr, en Iran) en septembre/octobre 1981.

   « Je veux bien discuter de tout, à condition que cela ne blesse pas mon peuple, mes amis, ou l’armée » a dit Hussein. Il a ensuite relaté un incident en 1964 dont le protagoniste était Ahmed Hassan al Bakr, à l’époque secrétaire général du Parti Baas. Bakr et Hussein furent arrêtés par la police pour avoir fomenté un coup d’Etat contre le président Aref. Hussein a précisé qu’il avait pris l’entière responsabilité de ce complot et n’avait fourni aucune information sur les autres participants.

   Il a ajouté : « Il n’est pas juste de blâmer les autres quand on est responsable. Si quelqu’un dit Saddam m’a dit de faire ça, cela ne me pose aucun problème car cela ne me blesse pas ».

Notes :

(1) Les Accords d’Alger, signés le 6 mars 1976, ont mis fin aux contentieux territoriaux entre l’Irak et l’Iran et au soutien apporté par les deux pays aux mouvements d’opposition de leur voisin.

Il mit un terme provisoire à la révolte séparatiste kurde dirigée par Mullah Mustapha Barzani, soutenue par les Etats-Unis, l’Iran et Israël.

L’Irak demanda à Khomeiny de cesser ses activités subversives et ferma les bureaux du mouvement de libération de l’Arabistan, région iranienne majoritairement arabe.

Lire : La « libération » de l’Arabistan (AFI-Flash -  n°59, juin 2006)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/arabistan-2512744.html

Le 17 septembre 1980, à la suite des appels au renversement du régime baasiste irakien, lancés par Khomeiny de Téhéran, suivis d’attentats et de combats le long de la frontière, Saddam Hussein déclara les accords « nuls et non avenus », accusa l’ayatollah de soutenir  « à l’instar du Chah, les chefs de la rébellion ».

 (2) L’ayatollah Sayyid Mohamed Baqr al-Sadr a fondé en 1960 le mouvement Al-Dawa, actuellement au pouvoir en Irak. En 1979, estimant son heure venue, il émit une fatwa autorisant l’usage de la violence pour renverser le régime baasiste. Arrêté après un attentat à la grenade visant le Vice-premier ministre Tarek Aziz en avril 1980, il fut jugé et pendu. Cet ayatollah, parent de Moqtada al-Sadr, demeure un symbole pour les islamistes chiites pro-iraniens.

 (3) En avril 1980, Latif Nsayif Jassim, ministre irakien de la Culture et de l’Information (10 de Trèfle du Jeu de cartes du Pentagone), échappa aux tirs d’un commando d’Al-Dawa. Avec ses gardes du corps, il poursuivit, revolver au poing, les terroristes qui s’enfuyaient  Le ministre est incarcéré, depuis juin 2003, avec les autres anciens dirigeants irakiens, au Camp Cropper, près de l’aéroport de Bagdad. Il était membre du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR) et chef du bureau politique du Baas pour une partie de Bagdad.

Gilles Munier

X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

Publié le 6 février 2010 avec l'aimable autorisation de Gilles Munier

Source : France Irak
http://www.france-irak-actualite.com/...

http://www.palestine-solidarite.org/dossier.Irak.Gilles_Munier.050210.htm


2-3 Blackwater accusée d'escroquerie.

11 février

Après le département US de la Justice, après le ‘gouvernement’ irakien, c'est au tour d'anciens employés de s'attaquer à Blackwater, la compagnie américaine spécialiste de la sécurité.

Brad et Melan Davis ont porté plainte contre Blackwater, rebaptisée Xe en 2009, pour une affaire de fausses factures et d'escroquerie dont le gouvernement des États-Unis aurait été victime.

Le préjudice s'élèverait à plusieurs millions de dollars.

Selon le couple, les fausses factures incluraient le paiement des services de prostituées en Afghanistan. Les Davis affirment également que d'autres employés de Blackwater auraient agi avec une brutalité inutile en Irak.

Ils ont déposé leur plainte en 2008 auprès de la justice fédérale de Virginie, mais le document n'a été rendu public que cette semaine.

Selon une source judiciaire qui a souhaité garder l'anonymat, une enquête a été ouverte par les autorités fédérales de Virginie pour établir si, oui ou non, Blackwater a surfacturé ses services au département d'État américain.

Le porte-parole de Xe, Mark Corallo, soutient que la plainte des Davis est infondée et souligne que le département américain de la Justice a refusé de s'y associer.

Xe et plusieurs de ses employés se trouvent déjà dans le collimateur de la justice fédérale américaine pour une fusillade en Irak ou dans le cadre d'affaires de trafic d'armes.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/02/11/012-davbis-blackwater02.shtml

COMMENTAIRE

Envoyé par babalou

Blackwater a appris a faire de fausses factures de Haliburton. Haliburton facturait le triple des frais au gouvernement et on payait, sans rien dire.
Tant qu'a moi, Blackwater ou Xe, est synonyme d'assassinats gratuits dans des pays qui ne sont pas les leurs.

Plusieurs civils ont été assassines par ces gens (bums et tueurs de sang froid) dans différents pays de la region dont 8 civils au Ouzbekistan parce qu'on "soupçonnait" qu'ils etaient terroristes.

Depuis quand tue-t-on des gens seulement parce qu'on a des soupçon?
Bush, Cheney, Rumsfeld devraient etre traduits en justice justement pour avoir permis et encourage moyennant une tres bonne remuneration des assassinats de civils sans oublier des innocents qui ont ete tortures affreusement et Obama se refuse de le faire. Donc, Obama = complice de la gang.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2010/02/11/012-davbis-blackwater02.shtml


2-4 L'Irak ordonne à des employés de Blackwater de quitter le pays.

Le ministre irakien de l'Intérieur a ordonné l'expulsion de 250 anciens employés de la compagnie de sécurité Blackwater présents en Irak au moment de la fusillade sanglante de septembre 2007 à Bagdad.
« Nous avons envoyé un ordre à 250 anciens agents de Blackwater, qui travaillent aujourd'hui pour d'autres compagnies de sécurité, de quitter le pays dans les sept jours et nous leur avons confisqué leur permis de séjour », a affirmé hier à l'AFP Jawad Bolani. « Toutes les parties concernées ont été notifiées de cet ordre d'expulsion il y a quatre jours et il leur reste donc trois jours pour quitter le territoire. Cette décision a été prise en relation avec le crime place Noussour », a-t-il ajouté.

Il a précisé qu'il s'agissait d'agents de sécurité de Blackwater qui étaient en Irak au moment où cinq de leurs collègues avaient ouvert le feu sur la foule en septembre 2007 et tué 14 Irakiens, selon le département d'État, et 17 selon les autorités irakiennes.

La fusillade fut l'une des plus sanglantes impliquant une société de sécurité privée en Irak. Blackwater a toujours parlé de légitime défense.

Elle avait provoqué la colère des Irakiens qui n'ont eu de cesse d'accuser les agents de sécurité étrangers d'avoir la gâchette facile et d'agir en toute impunité. Avec ses convois sillonnant Bagdad à vive allure, ses gardes tirant en l'air pour se faire un passage dans les embouteillages et ses hélicoptères survolant sans cesse le ciel de Bagdad, la société Blackwater était devenue pour les Irakiens le symbole des agissements controversés des sociétés privées.

L'entreprise Blackwater, qui protégeait alors des diplomates américains en Irak, s'appelle désormais Xe Services

12/2
http://www.lorientlejour.com/category/M.O+et+Monde/article/646786/Le_ministre_de_l%27Interieur_expulse_250_ex-agents_de_Blackwater.html

http://fr.news.yahoo.com/3/20100210/twl-irak-usa-blackwater-1def439_2.html


2-5 Armée française: la tentation des mercenaires.

Largement utilisées par les anglo-saxons, les sociétés militaires privées sont un sujet délicat en France. Cela n'empêche pas la Défense d'étudier la possibilité d'y avoir recours.

L'abandon des poursuites par un juge américain contre cinq gardes de la firme de sécurité privée Blackwater, accusés d'avoir abattu 14 civils irakiens désarmés, a provoqué la colère à Bagdad. Nouri Al-Maliki, le chef du gouvernement irakien, a «rejeté» cette décision et annoncé le dépôt, aux Etats-Unis et devant la justice d'Irak, d'une nouvelle plainte. «Nous n'abandonnerons pas notre droit de punir cette firme», a commenté le premier ministre, annonçant que son gouvernement allait «tout faire pour aider les familles irakiennes concernées à porter plainte» aux Etats-Unis mêmes.

C'est à la suite «d'erreurs de procédure» commises par les procureurs américains et du fait que les cinq accusés s'étaient entendus promettre l'immunité, que le juge Ricardo Rubina a décidé de mettre un terme à une affaire qui empoisonne les relations irako-américaines depuis le 16 septembre 2007.

***

Bagdad, 16 Septembre 2007. Quatre camions blindés transportant des employés de la société Blackwater quittent la zone verte. L'équipe, nom de code Raven 23, s'apprête à secourir sans instructions un autre groupe menacé par une attaque à la voiture piégée. Arrivée Place Nisour, un quartier fréquenté de la ville, Raven 23 bloque la circulation, ouvre le feu sur une voiture qui circule à vitesse réduite, puis sur les passants. Bilan: 17 morts et plus d'une vingtaine de blessés. Scandalisé, le Premier ministre Nouri al-Malik exige le départ de Blackwater, sans succès.

L'apparition de sociétés commerciales privées qui ont fait de la guerre un business lucratif date de la chute du mur de Berlin. Les Etats occidentaux ont rapidement pris la mesure des économies potentielles que permettrait une cure d'amaigrissement de leurs ressources militaires, devenues moins utiles après le déclin de la menace soviétique. La professionnalisation, l'outsourcing sont devenus la règle.

En France, la notion de force armée légitime, conception latine issue de la Révolution française, définit l'utilisation de la violence d'Etat.  Pour le Général Bruno Neveux, une figure de l'armée française qui a commandé avec brio la délicate opération Artémis en RDC en 2003, La force légitime émane d'un pouvoir politique légitime. «La force ne peut trouver sa raison d'être  que dans un objectif politique, ce n'est pas une finalité en soi, mais un instrument au service d'une société démocratique. La force armée est de nature régalienne, apanage de l'Etat. Personne ne remet en cause le contrôle absolu de l'Etat».

L'objectif du ministère de la Défense est d'inverser le pourcentage entre les effectifs opérationnels à même de remplir des fonctions militaires (40%) et ceux qui sont affectés à d'autres tâches. Il s'agit par exemple d'accompagnement des forces armées qui ne touchent pas à l'essence même de la fonction militaire parce qu'elles ne nécessitent pas l'usage d'armes (60%). Cela concerne essentiellement  la logistique, l'intendance ou la formation et peut s'étendre à des missions de protection, de surveillance et accompagnement qui nécessitent d'être armé».

Michèle Alliot-Marie avait demandé une réflexion sur le sujet dès les années 2000. L'emploi de sociétés militaires privées est une option, mais l'Institution militaire reste prudente. Pour le Général Baptiste, le porte parole de la Défense qui dirige la Délégation à l'Information et à la Communication de Défense, le temps est encore à l'étude: «La réflexion n'est pas aboutie, il n'y a pas de position officielle. Le pouvoir politique n'est pas pressé, même si l'on constate un lobbying en direction des parlementaires. Cette solution présente des avantages, mais on a vu en Irak les limites morales et philosophiques. Cela peut véhiculer un sentiment négatif dans un pays, en ce qui concerne le soutien à ses propres troupes. Actuellement, sur les théâtres d'opérations où elle intervient, la France n'externalise des tâches qu'à des personnels civils qui ne sont pas armés. Il s'agit principalement de restauration et de blanchisserie, d'entretien où de logistique».

La loi sur la répression de l'activité de mercenariat, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 3 avril 2003 n'interdit pas vraiment l'activité des SMP. Pourtant, les sociétés françaises ne travaillent qu'à l'étranger. Pierre Marziali, dirigeant de SECOPEX, une société spécialisée dans le conseil militaire privé et l'intelligence économique, le déplore: «Il y a des intérêts économiques en jeu, et la quasi-totalité de ce marché est détenu par les anglo-saxons. Cela permettrait également la reconversion de personnel issu de la défense et l'intérieur, pour des métiers qui vont du linguiste au démineur en passant par le nageur de combat. Cela répond aussi à des intérêts d'externalisation, mais jusqu'à maintenant en France, rien ne bouge

Mais les choses pourraient s'accélérer. La Révision Générale des Politiques Publiques offre un bel avenir aux sociétés privées. Les effectifs doivent être réduits alors que les opérations extérieures (Afghanistan, Côte d'Ivoire) se multiplient. Le recours à l'externalisation est perçu comme un outil efficace pour diminuer le nombre de personnels administratifs.

Comme le concède le Général Neveux, si le recours aux SMP semble inéluctable, encore faut il que cette évolution soit préparée et encadrée. La Convention de Montreux, signée par 17 pays, ouvre la voie à une régulation précise de ces activités, afin d'éviter les abus et les exactions qui ont été constatées en Irak. Car le glissement entre activités privatisées de pure logistique et opérations armées sur le terrain est parfois difficile à empêcher.

Eric Ouzounian

6/1

http://www.slate.fr/story/15253/armee-francaise-la-tentation-des-mercenaires


2-6 Jean Guisnel : Grosse embrouille autour des Mirage F1 irakiens.

C'est une vieille histoire que fait ressortir l'Irak.

Bagdad entend "négocier avec la partie française le recouvrement de 651 millions d'euros payés en avance dans le cadre d'un contrat d'achat d'avions Mirage F1 que les fabricants n'ont jamais livrés". Ces avions ont été au moins partiellement payés à la France, et l'argent vraisemblablement encaissé par le constructeur Dassault Aviation.

Durant la guerre Iran-Irak, Paris vendait tout ce que l'Irak était disposé à acheter, ou presque, de même que tous les autres pays occidentaux et la Russie.

En 1980, l'Irak avait été clairement l'agresseur de l'Iran, mais c'est ce dernier pays, qui était aux mains des mollahs depuis l'année précédente, qui avait été frappé d'embargo. La condition mise à l'achat de ces armements par Saddam Hussein était le paiement d'avance d'une très grosse partie de la facture. On paye d'abord, on est livré ensuite ! Le Giat (ancien nom de Nexter), Thomson-CSF (ancien nom de Thalès), Dassault Aviation, et bien d'autres se sont ainsi considérablement enrichis pendant cette guerre. L'Iran, de son côté, n'était pas oublié. Pour ce pays sous embargo, plusieurs industriels européens avaient constitué le "cartel des poudres" qui avait bénéficié de l'appui discret des gouvernements concernés. Ces livraisons donnèrent le jour en France à l'"affaire Luchaire".
Surgi du passé, le dossier des Mirage F1 irakiens constitue une épine dans le pied du gouvernement français. Alors que l'armée de l'air irakienne possédait déjà quatre-vingt-dix Mirage F1, elle avait signé un contrat en septembre 1985 pour l'achat de vingt-cinq avions supplémentaires, qui n'avaient pas été livrés à l'été 1990, lorsque l'Irak avait été à son tour frappé d'embargo après avoir envahi le Koweït. Curieusement, Saddam Hussein avait alors envoyé la quasi-totalité de sa flotte militaire sur des aérodromes iraniens. Des Mig 21 et des Mig 23 datant de cette époque se trouvent toujours en Serbie où ils avaient été envoyés par Saddam Hussein. Un retour à Bagdad de ces vieux avions est à l'étude.
Marchandage en cours
Chez Dassault, ces informations sur les Mirage F1 ne suscitent aucun commentaire. Du côté du ministère de la Défense, on n'est pas plus loquace. De très bonne source, on a indiqué au point.fr que la dette française à l'égard de l'Irak sur les avions français payés et non livrés n'est pas contestée sur le fond et qu'elle a déjà fait l'objet de discussions et d'accords dans le cadre d'une négociation globale de la dette de l'Irak à l'égard de la France, qui s'élève à 4,8 milliards d'euros et dont 80 % ont été annulés en décembre 2009. Mais alors, pourquoi le gouvernement irakien réclame-t-il publiquement ces centaines de millions d'euros, avec une telle ostentation qu'il a constitué un "comité interministériel" ad hoc ? On trouve un début d'explication dans la négociation actuellement en cours sur l'achat par les Irakiens d'une flotte d'une douzaine d'avions de combat.
Bagdad a mis en compétition trois pays : les Américains proposent des chasseurs F-16 gratuits, mais assureraient leur maintenance à un prix prohibitif.

Les Irakiens sont un peu tentés par des avions russes.

Restent les Français. Ils proposent de livrer des Mirage F1 CT tout juste retirés du service par leur propre armée de l'air, qui seraient remis au goût du jour à prix d'ami. Quelques centaines de millions d'euros tout de même. Donc, on est en plein marchandage ! S'ils voulaient obtenir gratuitement des avions d'occasion comparables à ceux qu'ils ont achetés neufs, les Irakiens ne s'y prendraient pas autrement. Si l'on ajoute à cette donnée le fait que ce pays est notoirement corrompu, on obtient tous les ingrédients d'un beau sac de noeuds.

Porte-parole du ministère de la défense, Laurent Teisseire nous a précisé ce soir que sur le contrat initial de vingt-cinq avions, seuls huit n'avaient pas été livrés lorsque l'embargo avait été mis en place en 1990. Bloqués par le gouvernement français, ces appareils ont été payés à Dassault Aviation par la COFACE, société française d'assurance export mettant en oeuvre la garantie de l'État. Et au fil des années, la COFACE a revendu ces appareils en pièces détachées, selon le principe bien connu de la "cannibalisation". Concernant les difficultés qui se sont fait jour en Irak même autour de ce contrat, Laurent Teisseire ajoute : "La DGA (Direction générale de l'armement) a rappelé il y a quelques mois au ministère de la Défense à Bagdad qu'un accord a été conclu avec le gouvernement irakien, au cas où un certain nombre d'éléments n'auraient pas été portés à sa connaissance par le ministère des Finances."

http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2010-02-11/grosse-embrouille-autour-des-mirage-f1-irakiens/1648/0/423106



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

Les commentaires sont fermés.