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03/03/2010

n°34 Géopolitique & stratégie d'Iran - 01-03 : Fin : - Le rôle de l'OTAN dans l'encerclement de l'Iran.

n°34 Géopolitique & stratégie d'Iran  - 01-03 : Fin  : - Le rôle de l'OTAN dans l'encerclement de l'Iran.



Géopolitique & stratégie d'Iran

n°34 du 01-03                              C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

2 Annexe

2-1Michel Chossudovsky : Les « cinq puissances nucléaires » européennes « non déclarées ».

2-2 Une barricade n’a que deux côtés.

2-3 Nucléaire: la France et les cobayes du contingent.

2-4 L’Impérialisme au Moyen-Orient.

2-5 Pascal Sacré : Le système de santé en Iran : un modèle pour les États-Unis.



2 Annexe

2-1 Michel Chossudovsky : Les « cinq puissances nucléaires » européennes « non déclarées ».

La Turquie, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie sont-ils des puissances nucléaires?

Selon un récent reportage, l’ancien Secrétaire général de l’OTAN George Robertson a confirmé que la Turquie possède de 40 à 90 armes nucléaires « made in USA » sur la base militaire d’Incirlik. (en.trend.az/)
Est-ce que cela signifie que la Turquie est une puissance nucléaire? 
« Loin de sécuriser l’Europe davantage, et loin de réduire la dépendance de l’Europe à l’énergie nucléaire, [la politique] pourrait très bien finir par accroître la quantité d’armes nucléaires sur le continent européen et entraver certaines tentatives visant à obtenir le désarmement nucléaire. » (Ancien Secrétaire général de l’OTAN George Robertson, cité dans Global Security, 10 février 2010)

« L’Italie est-elle en mesure de procéder à une frappe thermonucléaire? […]
Les Belges et les Néerlandais pourraient-ils larguer des bombes à hydrogène sur des cibles ennemies? […]
La force aérienne allemande n’est probablement pas en train de s’entraîner pour lâcher des bombes 13 fois plus puissantes que celles qui ont détruit Hiroshima, non? […]
Des bombes nucléaires sont stockées sur des bases aériennes en Italie, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Et chacun de ces pays possède des avions de capables de lâcher ces bombes » ("What to Do About Europe's Secret Nukes." Time Magazine, 2 décembre 2009) 
Les États « officiellement » dotés d’armes nucléaires
Cinq pays, soit les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine et la Russie, sont considérés comme des « États dotés d’armes nucléaires » (EDAN), « un statut reconnu internationalement et conféré par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ». Trois autres « États non signataires du TNP », à savoir l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord ont reconnu qu’ils détenaient des armes nucléaires. »

Israël: « un État nucléaire non déclaré »
Israël est identifié comme « un État nucléaire non déclaré ». Il produit et déploie des ogives nucléaires contre des cibles militaires et civiles au Moyen-Orient, incluant Téhéran.

Iran
Il y a eu bien du battage,
soutenu par de rares preuves, voulant que l’Iran puisse devenir un État nucléaire à une date ultérieure.

Par conséquent, une attaque nucléaire préemptive contre l’Iran visant à annihiler son programme inexistant d’armement nucléaire devrait être sérieusement envisagée « afin de rendre le monde plus sécuritaire ».

Les médias dominants regorgent d’opinions improvisées au sujet de la menace nucléaire iranienne.

… 

Mais qu’en est-il des cinq « États nucléaires [européens] non déclarés », soit la Belgique, l’Allemagne, la Turquie, les Pays-Bas et l’Italie? Représentent-ils une menace?
La Belgique, l’Allemagne, la Turquie, les Pays-Bas et l’Italie : des « puissances nucléaires non déclarés »
Alors que la capacité nucléaire de l’Iran n’est pas confirmée, celle de ces cinq pays, incluant les procédures de lancement, sont officiellement reconnues.
Les États-Unis ont fourni environ 480 bombes thermonucléaires B61 à cinq soi-disant « États non dotés de l’arme nucléaire » : la Belgique, l’Allemagne, la Turquie, les Pays-Bas et l’Italie. 

Le chien de garde onusien de l’énergie nucléaire situé à Viennes (Agence internationale de l'énergie atomique, AIEA) a simplement fermé les yeux sur les États-Unis, qui ont contribué activement à la prolifération d’armes nucléaires en Europe de l’Ouest.
La Turquie, partenaire avec Israël de la coalition contre l’Iran menée par les États-Unis, participe à cet entreposage européen : elle possède quelque 90 bombes thermonucléaires antiblockhaus B61 sur la base aérienne nucléaire d’Incirlik. (National Resources Defense Council, Nuclear Weapons in Europe , février 2005)  

Selon la définition officielle, ces cinq pays sont des « puissances nucléaires non déclarées ».
Les B61 tactiques stockées et déployées dans ces cinq « États non nucléaires » sont destinées à des cibles au Moyen-Orient. De plus, conformément aux « plans d’attaque de l’OTAN », ces bombes thermonucléaires antiblockhaus B61 (entreposées par les États non dotés de l’arme nucléaire) pourraient être lancées « contre des cibles en Russie ou des pays au Moyen-Orient, tels que la Syrie et l’Iran ( cité dans  National Resources Defense Council, Nuclear Weapons in Europe , février 2005) 
Est-ce que cela signifie que l’Iran ou la Russie, qui sont des cibles potentielle d’une attaque nucléaire provenant de l’un ou l’autre de ces cinq soi-disant puissances non nucléaires, doivent envisager des attaques nucléaires préemptives contre la Belgique, l’Allemagne, la Turquie, les Pays-Bas et l’Italie? La réponse est non, même en faisant un énorme effort d’imagination.  
Alors que ces « États nucléaires non déclarés » accusent nonchalamment Téhéran, sans preuve documentaire, de développer des armes nucléaires, ils possèdent eux-mêmes la capacité de lancer des ogives nucléaires ciblant l’Iran. Il est euphémique de dire qu’il s’agit d’un cas évident de « deux poids deux mesures » de la part de l’AIEA et de la « communauté internationale ».
Tel que mentionné précédemment, les armes entreposées sont des bombes thermonucléaires B61. Elles sont toutes des bombes conventionnelles de types B61-3, -4, et -10.
Ces estimations sont fondées sur des déclarations privées et publiques d’un certain nombre de sources gouvernementales et sur des suppositions concernant les capacités de stockage de chaque base. (National Resources Defense Council, Nuclear Weapons in Europe , février 2005) 
L’Allemagne : fabricant d’armes nucléaires  

Parmi les cinq « puissances nucléaires non déclarées », « l’Allemagne demeure le pays le plus fortement nucléarisé avec trois bases nucléaires (deux d’entre elles étant opérationnelles) et pouvant entreposer jusqu’à 150 bombes [antiblockhaus B61] ». (Ibid) Conformément aux « plans d’attaque de l’OTAN » (mentionnés ci-dessus), ces armes nucléaires tactiques ciblent également le Moyen-Orient.

Bien que l’Allemagne ne soit pas officiellement dans la catégorie des puissances nucléaires, le pays produit des ogives nucléaires pour la Marine française. Il entrepose des ogives nucléaires (faites aux États-Unis) et est en mesure de lancer des armes nucléaires.

Par ailleurs, l’European Aeronautic Defense and Space Company - EADS, une coentreprise française, allemande et espagnole, contrôlée par Deutsche Aerospace et le puissant groupe Daimler, constitue le deuxième plus grand fabricant militaire européen et fournit les missiles nucléaires M51 à la France.
L’Allemagne importe et déploie des armes nucléaires des États-Unis et fabrique des ogives nucléaires exportées en France. Pourtant, ce pays est classé parmi les États non dotés d’armes nucléaires.

Michel Chossudovsky
Article original en anglais :
Europe's Five "Undeclared Nuclear Weapons States", Are Turkey, Germany, Belgium, The Netherlands and Italy Nuclear Powers?, publié le 12 février 2010.
Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

Le 18 fevrier

URL de cet article: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17690

www.Mondialisation.ca


2-2 Une barricade n’a que deux côtés.

Dans le combat contre l’impérialisme, devons-nous, comme le préconisent des camarades, mesurer notre soutien à l’aune des proximités ou des oppositions idéologiques qui nous lient ou qui nous séparent des mouvements de libération, menant localement la lutte ?

Telle est la question posée aujourd’hui en Palestine, au Liban, en Iran.

Autrement dit, face à des forces politiques qui se réclament de l’Islam, tels le Hamas ou le Hezbollah, ou à des régimes théocratiques en place, comme à Téhéran, faut-il « faire la fine bouche », du fait de leur choix idéologique, et émettre tant de restrictions à notre solidarité, que celle-ci en soit réduite à sa plus simple expression ?

Nous ne le pensons pas.

L’impérialisme constitue notre ennemi commun. Serait-il bon de fissurer le front qui lui résiste ? Avons-nous à juger de la qualité de nos alliés objectifs, avant de s’engager dans un solidaire combat ?

Rappelons des faits historiques.

Durant la Seconde Guerre mondiale, tant au sein des pays occupés par l’impérialisme allemand que dans les Etats qui lui étaient militairement opposés, fallait-il, par exemple, condamner l’engagement, aux côtés de l’Union soviétique, des Etats-Unis, du fait de leur logique impérialiste, refuser qu’ils créent un second front et que leurs troupes débarquent en France ?

La Résistance intérieure devait-elle coopérer avec les GI’s, compte tenu du fait que ces soldats étaient ceux d’une puissance raciste à l’intérieur, et impériale, à l’extérieur ?

Les combattants de l’Armée rouge, comme les FTPF et les FFI, attendaient avec une impatience extrême le jour J, celui du débarquement en Normandie, sans se poser de questions sur la nature du régime américain.

Leur commun combat, alors, l’exigeait.

Pendant la guerre d’Algérie, nous avons soutenu le FLN, qui constituait la force essentielle de la résistance populaire dans son combat contre le colonialisme français.

Et pourtant, des dirigeants du Front commettaient, dans les maquis, de nombreux crimes de sang à l’encontre de communistes algériens combattant à leurs côtés.

Notre engagement anticolonialiste exigeait notre solidarité envers ceux qui luttaient pour l’indépendance, malgré l’orientation idéologique des dirigeants du FLN.

Aujourd’hui, le Hamas constitue la force essentielle de la Résistance palestinienne à l’occupant israélien. Nous avons pu, lors de l’agression militaire contre la bande de Gaza, et depuis, face au blocus, mesurer l’ampleur de son soutien populaire. Nous devons donc manifester notre solidarité avec le Hamas sans chipoter sur son idéologie religieuse. Ce sera aux Palestiniens, et à eux seuls, de trancher le moment venu.

De même, le Hezbollah, en 2006, a été l’artisan de la défaite militaire de l’Etat qui se proclame « juif ». Par cette victoire, le mouvement de résistance libanais a défendu l’indépendance du Liban tout entier. Il constitue toujours la force décisive, face à l’impérialisme israélo-étasunien.

Le peuple libanais, dans sa composante islamique et bien au-delà, fait confiance au Hezbollah. Il nous appartient donc de le soutenir solidairement.

Quant à l’Iran, montré du doigt par toutes les composantes de l’impérialisme, dont le nôtre, le français, nous devons nous poser la question : pourquoi la campagne contre « le régime des mollahs » a-elle pris cette ampleur seulement depuis la présidence d’Ahmadinejad ?

Quand ses opposants, tel Mossavi, faisaient couler le sang ouvrier, personne, en occident, ne s‘en souciait. Il est vrai qu’alors Total signait de juteux contrats avec les gouvernants de l’époque.

Aujourd’hui, l’Etat iranien se veut indépendant et tient à sa souveraineté. C’est trop pour Washington et ses dociles alliés. D’où l’offensive contre le régime iranien. Que l’orientation idéologique de celui-ci ne corresponde pas à la nôtre, qui le conteste ?

Mais, c’est au peuple iranien à décider, seul, de ce choix.

Il reste que le gouvernement de Téhéran, menacé par l’impérialisme, se retrouve naturellement aux côtés du Venezuela, de Cuba, de l’Equateur, de la Bolivie, et aussi de la Chine, dans l’affrontement mondial.

C’est la raison pour laquelle, notre solidarité doit être apportée à l’Iran.

L’avenir de celui-ci appartient à son peuple.

Une barricade n’a que deux côtés.

Tiré de canempechepasnicolas

15 février 2010


2-3 Nucléaire: la France et les cobayes du contingent.

LES CRITIQUEURS CRITIQUES

Selon un rapport militaire publié par Le Parisien, l'armée française a délibérément exposé des soldats aux essais nucléaires afin d'"étudier les effets physiologiques produits sur l'homme par l'arme atomique"
Lucien Parfait, un ancien militaire français envoyé dans le Sahara de 1960 à 1962 se dit victime des essais nucléaires français. Des soldats ont été exposés délibérément aux essais nucléaires menés par la France dans les années 1960 en Algérie pour "étudier les effets physiologiques et psychologiques produits sur l'homme par l'arme atomique", selon un rapport militaire révélé par Le Parisien de mardi 16 février.
Ce "rapport confidentiel" intitulé "La Genèse de l'organisation et les expérimentations au Sahara" aurait été rédigé "par un ou des militaires anonymes" et "daterait de 1998", après l'abandon définitif des essais, selon Le Parisien/Aujourd'hui en France.
Un extrait, reproduit par le journal, porte sur "Gerboise verte", le nom de code du dernier tir atmosphérique du 25 avril 1961. Cette expérimentation "devait permettre d'étudier les effets physiologiques et psychologiques produits sur l'homme par l'arme atomique, afin d'obtenir les éléments nécessaires à la préparation physique et à la formation morale du combattant moderne", écrit le rapport.
Dans un entretien, le ministre de la Défense Hervé Morin dit ne pas connaître ce rapport.
Rappelant l'adoption, le 22 décembre 2009, d'une loi sur l'indemnisation des victimes des essais nucléaires, il indique avoir "demandé à ses services 'd'ouvrir les placards', afin que chaque personne qui se pense victime des essais puisse avoir connaissance de ses relevés dosimétriques ou des éléments de dosimétrie d'ambiance".
"Cela étant, les doses reçues lors de ces essais étaient très faibles", assure-t-il.
La France a procédé à 210 tirs depuis le premier au Sahara en 1960 jusqu'à l'ultime expérimentation de 1996 en Polynésie française. Des milliers de vétérans des essais nucléaires, persuadés d'avoir été contaminés par la radioactivité, se battent pour la reconnaissance de leur préjudice

16/02

.http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=124757&language=fr


2-4 L’Impérialisme au Moyen-Orient. 

« La guerre c’est la continuation de la politique par d’autres moyens.»

Carl von Clausewitz.

Extrait

Article du Comité Action Palestine issu d’une conférence-formation organisée en 2009.

 

La politique impérialiste et sioniste au Moyen-Orient : une politique de l’asservissement

Il est primordial de garder à l’esprit que l’objectif politique du camp impérialiste-sioniste n’a jamais varié. Il ne cherche pas la paix pas plus que la démocratie, les droits de l’homme ou le multilatéralisme. Il lutte sans partage pour sa suprématie.

L’impérialisme c’est la politique de défense des intérêts du capitalisme dominant, l’exploitation et l’oppression mondialisée de territoires et de peuples captifs de régimes complices ou bien colonisés. A cette logique économique correspond un ordre géopolitique impérialiste destiné au contrôle des ressources naturelles et des routes commerciales stratégiques ainsi qu’à la conquête des marchés. C’est une banalité que de le dire, mais c’est une banalité décisive. Nombre d’entre nous, surtout en Occident, se laissent bercer par les prétendues volontés de paix et les institutions juridiques à vocations universelles que les puissances occidentales ont érigées. Le lien qui uni le monde occidental et ses implantations coloniales au domaine de l’indigène n’est que celui de l’asservissement par la violence et la ruse. Pour s’engorger matériellement, pour produire et s’enrichir, ce monde ne peut définir qu’une politique. Il ne peut établir qu’un rapport géopolitique entre lui, le Centre, et sa périphérie : l’asservissement.

...

L’impérialisme et le sionisme sur la pente du déclin

Quant à la puissance et l’hégémonie du consortium impérial-sioniste, elles déclinent. D’abord parce que ses ambitions engendrent des pôles de résistance dont les ressources et la puissance augmentent à mesure que l’Occident projette ses forces enclenchant ce que Clausewitz appelle un phénomène d’engrenage d’engagements non maîtrisés qui procurent à ses adversaires les facteurs du renforcement de leur puissance.

Enfin, l’Occident est miné par des contradictions internes dues à son mode de fonctionnement économique. La récession l’ampute de moyens financiers considérables le privant du soutien de sa population, le contraignant à la politique de négociation avec l’Iran. Ceci n’est qu’un leurre mais à coup sur le signe d’un réel affaiblissement.

CAP

Comité Action Palestine

17 février 2010 –

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=8214

 

2-5 Pascal Sacré : Le système de santé en Iran : un modèle pour les États-Unis.

Derrière la propagande médiatique, une autre image de l’Iran

Une des cartes qui nous montre un Iran nucléaire, rempli d’usines atomiques…

Pourrions-nous en avoir une seule, reprenant toutes leurs maisons de santé ?

Pour le public occidental, depuis plusieurs années, l’Iran est dénigré, et son gouvernement, au travers de son président, Mahmoud Ahmadinejad, est diabolisé systématiquement.

Le premier à pousser à son paroxysme cette rhétorique insultante à l’égard de l’Iran fut le gouvernement de Georges W. Bush bien connu pour son « respect des droits de l’homme et de la liberté d’expression » (1), pour » son combat contre la torture et les inégalités » (« Kidnappés par la CIA, les charters de la torture », par Trevor Paglen et A.C. Thompson, éditions Saint-Simon), pour « son éthique électorale » (hacking democracy) et pour « son attachement à la transparence et à la vérité » : «Faux prétextes» (2).

Par le slogan néoconservateur d’Axe du Mal (Axis of Evil), l’Iran fut « popularisé » dans nos séries télévisées, dans nos journaux écrits et parlés, comme un État voyou, ainsi étiqueté par le pays comptant le plus de prisonniers au monde, 2,3 millions (3) (davantage que la Chine).

Depuis cette date, cette image salie, d’un Iran terrifiant, est profondément ancrée, imprimée dans l’esprit de nombreux occidentaux.

Le contentieux entre les États-Unis et l’Iran remonte certainement  à l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran, en 1979, entraînant la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.  Cela n’avait pas empêché par la suite Ronald Reagan de vendre des armes à l’Iran pour, avec l’argent obtenu, soutenir les Contras au Nicaragua (Irangate).  Mais bon...

Avant cela, en renversant pour des raisons de nationalisation du pétrole iranien le docteur Mossadegh élu en 1953, Washington et la CIA ont permis, et soutenu, 40 ans de dictature par le Shah Phalavi, régime très peu compatible avec la liberté d’expression et les droits de l’homme, sans que cela n’entraîne, autant qu’aujourd’hui, un tollé de protestations et de provocations des philosophes, des politiciens et des médias occidentaux.  Ceux-ci s’accommodaient donc davantage de la Savak et des terribles tortures de la police secrète du Shah (4), qu’ils ne supportent aujourd’hui les débordements des Gardiens de la Révolution.

Depuis, des élections annoncées comme truquées (sans preuves), des phrases mal traduites (5), un programme nucléaire présenté comme ayant des buts militaires, des répressions de manifestants et d’opposants qualifiées de bains de sang, un prétendu antisémitisme insupportable (6), sont venus renforcer l’image diabolique du gouvernement iranien au point qu’aujourd’hui, pour l’Occident, il incarne le Mal Absolu. Il n’est plus sur l’Axe du Mal du « paisible » Bush, il est  le Mal.

Sont ressorties également de façon très opportune, les images d’un gouvernement intolérant opprimant son peuple, ses femmes, à coups de matraques, confondant politique et religion, et pour lequel l’emprisonnement et la torture remplaceraient le dialogue et le débat critique, si « chers » aux occidentaux.

Connaissez-vous le système iranien d’accès aux soins de santé ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, ce système a permis de réduire de 70% la mortalité infantile dans ce pays, l’Iran islamiste, en 30 ans (7). Le Dr Aaron Shirley, premier pédiatre noir du Mississipi en 1965, connaît bien, lui, le modèle iranien, et à 77 ans, il voudrait l’importer dans le delta du Mississipi, où le taux de mortalité infantile est le plus élevé des États-Unis (50% de plus que la moyenne nationale) et où l’espérance de vie est la plus faible du pays. Aaron a passé, avec deux collègues, dix jours en Iran en mai 2009.
En octobre 2009, ce sont quatre médecins iraniens, dont un membre du ministère de la Santé qui ont passé une semaine dans le Mississipi. Il y a une certaine morale dans cette histoire dont personne, sur les grandes chaînes de la télévision occidentale, ne parle.  Celle d’un pédiatre noir, qui a subi des violences policières alors qu’il était militant des droits civiques et qui a contribué à la création du plus grand centre de santé communautaire de l’État, accueillant dans le Sud profond des Iraniens afin de s’inspirer de leur système d’accès aux soins de santé : quelle leçon à tous les philosophes, philanthropes et politiques qui aboient sur l’Iran et répandent leur fiel sur ce pays.

Malgré les dizaines de millions de dollars injectés par le gouvernement fédéral étatsunien, les soins médicaux primaires dans le delta du Mississipi sont restés peu performants. L’Iran compte 17 000 maisons de santé, des dispensaires ruraux qui emploient les agents de santé locaux.

Aujourd’hui, plus de 90 % des 23 millions d’Iraniens habitant en zone rurale ont accès aux services de santé grâce à ce système, selon les responsables, et cet accès est gratuit (8). Sans écho dans les médias occidentaux qui préfèrent ne parler de l’Iran que quand on peut en dire du mal, sans tapages, les États-Unis et l’Iran ont discrètement apporté leur soutien à l’initiative proposée dans le delta où des noirs vivent en majorité.

L’Institut national de santé (National Health Institute) américain a fait part de son approbation, comme le confirme un texte publié sur son site internet : « Le succès remarquable du concept iranien des maisons de santé […] apporte espoir et inspiration aux autorités du delta du Mississipi. » (9).

En visitant l’Iran, le docteur Aaron Shirley, le pédiatre noir à l’origine du projet, a déclaré, en riant : « Je me suis senti plus en sécurité en Iran que dans le Mississipi des années 1960. »

Les Iraniens qui sont venus en octobre 2009 ont eu, eux, un choc en constatant l’immense pauvreté de l’Amérique rurale en arrivant à Baptist Town, un dédale de rues boueuses, de terrains vagues à l’abandon et de cabanes coincées entre deux voies de chemin de fer et un bayou. Pas d’écoles, pas de cliniques, pas de centre communautaire.

Le Dr Shirley s’est rendu récemment au Congrès, à Washington, avec un confrère pour récolter des fonds afin d’ouvrir des maisons de santé à l’iranienne à Baptist Town, dans la périphérie de Greenwood et dans quatorze autres zones du delta du Mississipi. Le projet du Mississipi vise à former des aides-soignants, puis à les envoyer faire du porte-à-porte pour délivrer des soins de base, comme prendre la tension artérielle, faire des soins d’hygiène. Pour les soins plus avancés, les patients continueront d’être envoyés dans des cliniques et des hôpitaux, et pourront ensuite bénéficier d’un suivi à domicile, au départ des maisons de santé créées à proximité (10), en s’inspirant du système iranien.

Le modèle iranien pour sauver de la mort des enfants américains que les millions de dollars fédéraux n’arrivent pas à mettre à l’abri de la maladie et du dénuement, quelle ironie, vous ne trouvez pas ?

Alors que les États-Unis, qui dépensent des trillions (milliers de milliards) de dollars dans leurs guerres mondiales illégales, à l’extérieur, pour dominer et piller la planète, les médias et les grandes chaînes américaines ne savent parler que de l’Iran démoniaque et tyrannique.

N’en déplaise à Shimon Perez qui déclare que « l’Iran est un danger pour le monde » (11), il est également un modèle, pour les Etats-Unis eux-mêmes.

Durant ses visites au Congrès, le docteur Shirley devrait essayer d’obtenir une entrevue avec le président, et lui toucher un petit mot de tout ça.

Dans le delta du Mississipi, il est probable que les Étasuniens voient l’Iran autrement que dans le reste du monde occidental.

Notes : 

(1) Lynne Stewart en prison : Quand la justice déraille

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=16254

(2) http://www.liberation.fr/monde/010123608-les-935-mensonge...

(3) http://www.legrandsoir.info/Crise-systemique-le-chaos.html

(4) La Grande-Bretagne, les USA et Israël créent la SAVAK,  http://www.voltairenet.org/article15130.html

(5) Allusion au fait qu’Ahmadinejad aurait dit qu’il souhaitait rayer Israël de la carte, or l'ONU a confirmé que la traduction de cette phrase d'Ahmadinejad est erronée, il a dit : « L'Imam a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps ».

(6) 20 000 juifs vivent en Iran, bien intégrés, sans y subir d’oppression de la part du régime.

(7) http://www.who.int/whr/2008/media_centre/iran_fr.pdf

(8) Op. Cit.

(9) Iran’s health houses provide model for Mississippi Delta, (en anglais) : http://www.fic.nih.gov/news/publications/global_health_matters/2009/1209_health-house.htm 

(10) http://www.courrierinternational.com/article/2010/02/11/le-mississippi-seduit-par-le-modele-iranien
(11) http://www.alterinfo.net/Perez-L-Iran-cherche-a-prendre-le-controle-du-Moyen-Orient_a41922.html

Pascal Sacré 

Le 24 fev


Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que l'auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du Centre de recherche sur la mondialisation.
Dr. Pascal Sacré


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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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