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12/03/2010

n°516 - Les Dossiers 'Géopolitique et stratégie' de Palestine. - 10-03 - : Suite. : - Torture, mensonges et vidéo

n°516 - Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine. - 10-03 - : Suite. : - Torture, mensonges et vidéo


 

L'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance

                 Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre

Les médias occidentaux dans leurs larges majorités ont de tout temps accepté les versions de l'armée israélienne et ferment les oreilles aux autres sources             



Les  Dossiers   'Géopolitique et stratégie' de  Palestine

n°516 du 12-03

C.De Broeder & M.Lemaire



Vous retrouverez ce journal 

a) sur mes blog : 

http://www.blogs.dhnet.be/categories/International.html

http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site :  www.palestine-solidarite.org à cette adresse :http://www.palestine-solidarite.org/Journaux_Palestiniens.htm

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be

 


Sommaire

1 Analyse - Géopolitique et stratégie – Réflexion.

1-3 Luc Delval : L'Europe comme elle va

1-4 Judy Dempsey : Les relations d’Angela Merkel avec Israël empêchent la solution du conflit au Proche-Orient.

1-5 Une barricade n’a que deux côtés.

1-6 James Petras : Les assassinats politiques par le Mossad soulèvent des questions politiques.

1-7 Gilad Atzmon : Pourquoi faut-il autant d'agents du Mossad pour étouffer un Palestinien avec un oreiller ?

1-8 Uri Avnery : Dubaï, une opération d’Etat voyou dommageable à Israël.



1-3 Luc Delval : L'Europe comme elle va

Le 19 février dernier, Barbara Delcourt, professeur au département de Sciences Politiques de l'Université Libre de Bruxelles, était l'invitée du Centre culturel arabe en Pays de Liège, dans les locaux de l'ULg.

Elle y présentait un travail d'analyse de discours auquel elle s'est livrée, concernant les prises de position de l'Union Européenne dans le conflit israélo-palestinien.

Première conclusion, étayée par des exemples indiscutables : la soi-disant "équidistance" de l'Europe des 27, qui prétend se situer "à mi-chemin" entre israéliens est palestiniens, n'est que de la poudre aux yeux, et les positions adoptées ne tiennent ni face aux droit international (quelle que soit la branche de celui-ci à laquelle on se réfère) ni bien souvent face à la simple logique. On n'en sera guère étonné, hélas.

Barbara Delcourt met en évidence une autre évolution très préoccupante de la politique européenne, dans le sillage tracé par les Etats-Unis et Israël : la négation du "droit de résistance" des peuples colonisés ou sous domination étrangère. L'Assemblée générale des Nations-Unies a pourtant consacré depuis de nombreuses années le principe qui veut qu'est légitime "la lutte des peuples pour leur indépendance, leur intégrité territoriale et leur unité nationale et pour se libérer dela domination coloniale et étrangère par tous les moyens à leur disposition, y compris la lutte armée". Celle-ci n'est certes pas un idéal à atteindre, mais c'est un droit. C'est aux intéressés de juger s'ils doivent s'en servir et comment.

Il conviendrait de le rappeler avec insistance aux dirigeants européens qui, en notre nom, prétendent le mettre à mal par toutes sortes de détours. On ne peut en effet se dispenser de mettre la démonstration du Pr Delcourt en relation avec les informations qui démontrent que l'Union européenne finance généreusement la recherche israélienne en matière d'armement. On ne peut davantage faire abstraction du fait que, selon des données récentes (mais officieuses  - LLB du 23 février 2010) la Belgique (et singulièrement la Wallonie) exporte de plus en plus d'armes : pour plus d'un milliard d'Euros en 2009 !

Luc Delval

26 février 2010,

Voici les vidéos que j'ai tournées lors de cette conférence de Barbara Delcourt :

voir sur le site original: http://www.lesdoigtsdanslacrise.info/index.php?post/2010/02/26/Double-standard-revival

http://www.lesdoigtsdanslacrise.info/index.php?post/2010/02/26/Double-standard-revival


1-4 Judy Dempsey : Les relations d’Angela Merkel avec Israël empêchent la solution du conflit au Proche-Orient. Angela Merkel, qui revendique être la plus sioniste des chanceliers allemands, mène à titre personnel une politique de soutien sans condition à l’Etat d’Israël en contradiction avec la position officielle de son pays en faveur d’une paix équilibrée entre Palestiniens et Israéliens.

Cette attitude paralyse l’Union européenne au Proche-Orient, observe la correspondante à Berlin du « New York Times ».

Il existe quelques thèmes de politique étrangère dont Angela Merkel n’aime pas parler.

L’un, c’est l’Afghanistan.

L’autre c’est le conflit israélo-palestinien, comme on a pu l’observer de nouveau lors de la conférence de presse qu’elle a tenue avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou le 18 janvier à Berlin [1]. Interpellée sur la question de la politique israélienne des colonies et le blocus de Gaza, elle a minimisé le problème : « Il serait temps de relancer le processus de paix » – puis elle a abordé le sujet suivant.

Des responsables du gouvernement allemand trouvent très difficile de critiquer Israël, parce que l’Allemagne porte la responsabilité de l’holocauste et à cause du devoir moral que le pays s’est imposé en faveur de l’existence de l’Etat d’Israël. Cela vaut surtout pour Mme Merkel qui voudrait nouer une relation plus étroite avec Israël. La position de la chancelière a rendu plus difficile encore la tâche de l’Union européenne de s’exprimer d’une seule voix au Proche-Orient.

Mais la ligne politique de Mme Merkel est incohérente. Fin 2005, lorsqu’elle a été élue chancelière pour la première fois, elle a mis en avant les droits de l’homme et la paix. Elle a critiqué la politique chinoise concernant les droits de l’homme et en 2007 elle a pris la décision très controversée de rencontrer à la chancellerie fédérale le Dalai Lama. La Chine l’a mise en garde contre les conséquences sérieuses qui en découleraient, par exemple de suspendre des contrats économiques très lucratifs. Mais à part l’annulation de quelques réunions à un échelon supérieur, il n’y a eu que peu de réactions.

Lorsque Mme Merkel a rencontré quelques organisations non gouvernementales que Vladimir Poutine avait essayé d’interdire, les relations entre Berlin et Moscou se sont refroidies. C’était tout.

Mais en ce qui concerne le Proche-Orient, Mme Merkel n’a montré que peu d’intérêt pour les conditions de vie misérables des Palestiniens de la bande de Gaza, pour les colonies israéliennes et pour la politique répressive d’Israël. Des députés allemands et des analystes politiques disent que de tous les chanceliers de l’après-guerre, c’est Mme Merkel qui est la plus engagée en faveur d’Israël.

« La chancelière est extrêmement proche d’Israël », a déclaré le député conservateur Ruprecht Polenz, président de la Commission des Affaires étrangères du Bundestag. Si proche qu’on n’a pas entendu Mme Merkel critiquer les bombardements israéliens de Gaza fin 2008 qui ont coûté la vie à un grand nombre de civils. C’est tout à fait à l’opposé de sa prise de position lorsque les autorités iraniennes ont agi avec violence contre l’opposition qui dénonçait la falsification de l’élection présidentielle. A cette occasion, elle a été l’un des seuls chefs d’Etat qui a critiqué publiquement le régime, et elle a même demandé une réélection.

M. Polenz estime que chaque chancelier allemand est responsable de défendre Israël à cause de l’holocauste. « Nous ne sommes pas neutres » déclare-t-il lorsqu’il s’agit de l’attitude de Berlin face au Proche-Orient, « mais cela ne signifie pas que nous n’avons pas le droit de faire part de notre opinion à nos amis israéliens. »

Avec Mme Merkel c’est différent. En tant que chancelière elle s’est fixé elle-même trois priorités : de meilleures relations avec les USA, une relation beaucoup plus étroite avec Israël et l’intégration au sein de l’Union européenne. Ces thèses seraient, d’après Gerd Langguth, professeur de sciences politiques à l’université de Bonn et biographe de Merkel, « ce à quoi Mme Merkel croit profondément. »

Suite à la crise financière mondiale, les relations de la chancelière avec le président Barack Obama se sont détériorées, d’autant plus que les USA ont ouvertement critiqué l’Allemagne de ne pas en faire assez pour endiguer la crise. En ce qui concerne l’intégration de l’Union européenne qui dépend de la coopération de la France et de l’Allemagne, rien n’a changé. Mme Merkel et le président français Nicolas Sarkozy n’ont lancé aucune nouvelle initiative qui aurait mieux unifié l’Europe afin de la rendre plus crédible en tant qu’acteur mondial. Par ailleurs, Mme Merkel a souvent préféré les intérêts allemands aux intérêts européens.

Israël reste son seul succès. « Mme Merkel a une relation émotionnelle avec Israël et avec le peuple juif », estime M. Langguth. Mme Merkel a choisi sa propre voie face à Israël avec lequel elle poursuit sa politique de « relation spéciale », [2] même après les bombardements de Gaza. S’opposant aux conseils de diplomates allemands, Mme Merkel, en même temps présidente de l’Union chrétienne-démocrate conservatrice fidèle à Israël, a appelé Israël un « Etat juif » dans le traité de coalition avec les démocrates libres en octobre dernier. Les Israéliens étaient ravis. « C’est le but de notre politique de faire reconnaître Israël comme un Etat juif par les autres Etats », a expliqué Efraim Inbar, directeur du Begin-Sadat Center for Strategic Studies de l’Université Bar-Ilan située près de Tel Aviv.

La réunion du 18 janvier à Berlin était donc sans aucun doute de première importance. C’était la première fois que les gouvernements allemand et israélien se rencontraient en Allemagne. Mme Merkel a inauguré cette consultation spéciale – qui n’a jusqu’à présent eu lieu sous cette forme qu’avec peu de pays, parmi lesquels la France, la Pologne et la Russie – après sa visite en Israël en 2008. A l’époque elle a eu l’honneur rare de pouvoir parler devant la Knesset, le Parlement israélien.

Muriel Asseburg, spécialiste du Proche-Orient au sein de la Stiftung Wissenschaft und Politik allemande de Berlin, estime que la voie de Mme Merkel en ce qui concerne Israël est liée au fait qu’elle a grandi en Allemagne de l’Est communiste. « Cette attitude est en relation avec celle de l’ancienne Allemagne de Est qui a refusé la reconnaissance à Israël et qui n’a jamais accepté sa responsabilité pour le Troisième Reich, la Seconde Guerre mondiale et l’holocauste. Merkel a tenté de se distancier de ce point de vue et de prendre la responsabilité pour ce passé est-allemand », constate Mme Asseburg.

Donc, pendant que Mme Merkel dit, lors de la conférence de presse du 18 janvier, qu’il serait temps qu’Israël et les Palestiniens s’engagent de nouveau dans un processus de paix, Mme Asseburg affirme que Mme Merkel « ne s’exprime pas publiquement de manière critique face à la politique israélienne et l’occupation ». L’objectif de Mme Merkel n’est pas d’intégrer en priorité le processus de paix aux relations entre l’Allemagne et Israël. Ce qui est prioritaire, c’est de renforcer les liens avec Israël sans tenir compte du conflit [au Proche-Orient].

Ce choix contredit la position officielle de l’Allemagne qui est de soutenir sans équivoque le processus de paix et la solution des deux Etats pour assurer ainsi aussi bien la sécurité d’Israël que de répondre aux attentes des Palestiniens. Mais les spécialistes disent que cette ligne de conduite n’est plus suivie. « Une position critique concernant la politique d’occupation et de colonisation ainsi qu’un engagement allemand actif dans le processus de paix devrait en réalité découler de la responsabilité historique de l’Allemagne et ne devrait pas être victime du tabou de l’holocauste », estime Mme Asseburg.

Cela n’aura pas lieu sous Mme Merkel. Cela signifie qu’Israël, durement critiqué par d’autres Etats de l’UE, aura toujours un allié spécial en Europe. Et dans un proche avenir, l’Europe ne sera pas capable d’exercer une influence qui pourrait aider à résoudre le conflit israélo-palestinien.

[1] « Press conference with Bemjamin Netanyahu and Angela Merkel », Voltaire Network.

[2] En anglais special relationsship est en politique une expression avec laquelle on décrit souvent les relations étroites entre le Royaume-Uni et les USA. Ici elle est utilisée pour les relations entre l’Allemagne et Israël

Judy Dempsey

Correspondante du New York Times à Berlin.

8 02-2010

Source : The International Herald Tribune du 10 janvier 2010.
Traduction Horizons et débats.

http://www.voltairenet.org:80/article163925.html


1-5 Une barricade n’a que deux côtés.

Dans le combat contre l’impérialisme, devons-nous, comme le préconisent des camarades, mesurer notre soutien à l’aune des proximités ou des oppositions idéologiques qui nous lient ou qui nous séparent des mouvements de libération, menant localement la lutte ?

Telle est la question posée aujourd’hui en Palestine, au Liban, en Iran.

Autrement dit, face à des forces politiques qui se réclament de l’Islam, tels le Hamas ou le Hezbollah, ou à des régimes théocratiques en place, comme à Téhéran, faut-il « faire la fine bouche », du fait de leur choix idéologique, et émettre tant de restrictions à notre solidarité, que celle-ci en soit réduite à sa plus simple expression ?

Nous ne le pensons pas.

L’impérialisme constitue notre ennemi commun. Serait-il bon de fissurer le front qui lui résiste ? Avons-nous à juger de la qualité de nos alliés objectifs, avant de s’engager dans un solidaire combat ?

Rappelons des faits historiques.

Durant la Seconde Guerre mondiale, tant au sein des pays occupés par l’impérialisme allemand que dans les Etats qui lui étaient militairement opposés, fallait-il, par exemple, condamner l’engagement, aux côtés de l’Union soviétique, des Etats-Unis, du fait de leur logique impérialiste, refuser qu’ils créent un second front et que leurs troupes débarquent en France ?

La Résistance intérieure devait-elle coopérer avec les GI’s, compte tenu du fait que ces soldats étaient ceux d’une puissance raciste à l’intérieur, et impériale, à l’extérieur ?

Les combattants de l’Armée rouge, comme les FTPF et les FFI, attendaient avec une impatience extrême le jour J, celui du débarquement en Normandie, sans se poser de questions sur la nature du régime américain.

Leur commun combat, alors, l’exigeait.

Pendant la guerre d’Algérie, nous avons soutenu le FLN, qui constituait la force essentielle de la résistance populaire dans son combat contre le colonialisme français.

Et pourtant, des dirigeants du Front commettaient, dans les maquis, de nombreux crimes de sang à l’encontre de communistes algériens combattant à leurs côtés.

Notre engagement anticolonialiste exigeait notre solidarité envers ceux qui luttaient pour l’indépendance, malgré l’orientation idéologique des dirigeants du FLN.

Aujourd’hui, le Hamas constitue la force essentielle de la Résistance palestinienne à l’occupant israélien. Nous avons pu, lors de l’agression militaire contre la bande de Gaza, et depuis, face au blocus, mesurer l’ampleur de son soutien populaire. Nous devons donc manifester notre solidarité avec le Hamas sans chipoter sur son idéologie religieuse. Ce sera aux Palestiniens, et à eux seuls, de trancher le moment venu.

De même, le Hezbollah, en 2006, a été l’artisan de la défaite militaire de l’Etat qui se proclame « juif ». Par cette victoire, le mouvement de résistance libanais a défendu l’indépendance du Liban tout entier. Il constitue toujours la force décisive, face à l’impérialisme israélo-étasunien.

Le peuple libanais, dans sa composante islamique et bien au-delà, fait confiance au Hezbollah. Il nous appartient donc de le soutenir solidairement.

Quant à l’Iran, montré du doigt par toutes les composantes de l’impérialisme, dont le nôtre, le français, nous devons nous poser la question : pourquoi la campagne contre « le régime des mollahs » a-elle pris cette ampleur seulement depuis la présidence d’Ahmadinejad ?

Quand ses opposants, tel Mossavi, faisaient couler le sang ouvrier, personne, en occident, ne s‘en souciait. Il est vrai qu’alors Total signait de juteux contrats avec les gouvernants de l’époque.

Aujourd’hui, l’Etat iranien se veut indépendant et tient à sa souveraineté. C’est trop pour Washington et ses dociles alliés. D’où l’offensive contre le régime iranien. Que l’orientation idéologique de celui-ci ne corresponde pas à la nôtre, qui le conteste ?

Mais, c’est au peuple iranien à décider, seul, de ce choix.

Il reste que le gouvernement de Téhéran, menacé par l’impérialisme, se retrouve naturellement aux côtés du Venezuela, de Cuba, de l’Equateur, de la Bolivie, et aussi de la Chine, dans l’affrontement mondial.

C’est la raison pour laquelle, notre solidarité doit être apportée à l’Iran.

L’avenir de celui-ci appartient à son peuple.

Une barricade n’a que deux côtés.

Tiré de canempechepasnicolas

15 février 2010


1-6 James Petras : Les assassinats politiques par le Mossad soulèvent des questions politiques.

Le récent assassinat d’un des chefs militaires du Hamas, Mahmoud al-Mabhoud, se situe dans la droite ligne de la politique traditionnelle d’Israël, celle des assassinats ciblés à l’étranger de dirigeants de la Résistance palestinienne. Il viole la souveraineté des autres Etats et se place au-dessus de leurs lois. En outre, l’usage cynique de la double citoyenneté pour parvenir à ce but meurtrier pose la question de la manière dont les Etats tiers garantissent l’impunité d’Israël

L’Institut pour le Renseignement et les Affaires spéciales, plus connu comme « l’Institut », en hébreu le « Mossad », a choisi comme devise : « Par la tromperie, tu poursuivras la guerre ».

Le 19 janvier, la police secrète internationale d’Israël, le Mossad, envoyait à Dubaï une équipe de tueurs composée de dix-huit hommes, tous munis de passeports européens, prétendument « volés » à des citoyens israéliens à la double nationalité et modifiés à l’aide de photos truquées et de fausses signatures. Leur mission : assassiner le dirigeant palestinien Mahmoud al Mabhouh.

Les preuves sont accablantes. La présentation par la police de Dubaï des vidéos détaillées réalisées avec les caméras de surveillance et montrant les assassins a été corroborée par le témoignage d’experts israéliens de la sécurité et applaudie par les principaux journaux et journalistes israéliens. Le Mossad a déclaré ouvertement que Mabhouh était une cible prioritaire et qu’il avait survécu jusque-là à trois précédentes tentatives d’assassinat. Israël n’a même pas pris la peine de démentir l’assassinat. En outre, le système sophistiqué de communication utilisé par les tueurs, la logistique et la planification de leurs entrée, allées et venues, puis sortie de Dubaï et l’ampleur de l’opération présentent toutes les caractéristiques d’une opération d’État de haut niveau.

De plus, seul le Mossad aurait accès aux passeports européens de ses concitoyens à double nationalité ! Seul le Mossad aurait la capacité, la motivation, l’intention avérée et la volonté délibérée de provoquer un incident diplomatique avec ses alliés européens, en sachant pertinemment bien que la colère des gouvernements ouest-européens finirait par retomber, vu leurs liens profonds avec Israël. Après une enquête minutieuse et l’interrogatoire de deux collaborateurs palestiniens du Mossad qui ont été arrêtés, le chef de la police de Dubaï a déclaré qu’il était sûr que c’était bien le Mossad qui était derrière l’assassinat.

Les problèmes politiques plus importants

La politique israélienne des assassinats à l’étranger soulève de graves questions en menaçant les fondements de l’État moderne : la souveraineté, le pouvoir des lois et la sécurité nationale aussi bien que celle des individus.

Une des politiques ouvertement déclarée d’Israël consiste à violer la souveraineté de n’importe quel pays en vue de tuer ou d’enlever ses opposants (à Israël). Tant dans leur proclamation que dans leur mise en pratique réelle, les lois, décrets et actions à l’étranger d’Israël supplantent les lois et les organes d’application de la loi de toute autre nation. Si la politique israélienne se mue en pratique commune dans le monde entier, nous allons entrer dans une jungle aussi sauvage que le monde de Hobbes. Les individus y seront exposés aux intentions meurtrières d’équipes de tueurs venues de l’étranger qui ne seront tenus par aucune loi ni aucune autorité nationale responsable. Chaque État sans exception pourrait imposer ses propres lois et franchir ses frontières nationales afin d’assassiner impunément des citoyens ou résidents d’autres nations. Les assassinats hors frontières d’Israël se moquent totalement de la notion même de souveraineté nationale. L’élimination extraterritoriale d’opposants par une police secrète était une pratique courante de la Gestapo nazie, de la GPU de Staline et de la DINA de Pinochet et elle est devenue aujourd’hui une pratique — condamnée — des « Forces spéciales » états-uniennes et de la division clandestine de la CIA. De telles actions sont la marque de fabrique des États totalitaires, dictatoriaux et impérialistes, qui foulent systématiquement aux pieds les droits souverains des peuples.

 Mahmoud al Mabhouh (1960-2010)

La pratique par Israël de ces assassinats extrajudiciaires et extraterritoriaux, mise en exergue par le récent assassinat de Mahmoud al Mabhouh dans une chambre d’hôtel de Dubaï, viole tous les préceptes fondamentaux du pouvoir de la loi. Les assassinats extrajudiciaires commandés par un État signifient que sa propre police secrète est juge, procureur et bourreau en même temps, qu’elle n’est freinée par aucune souveraineté, aucune législation, aucun devoir d’un État de protéger ses citoyens et ses hôtes. Les preuves, les procédures légales, les droits de la Defense et les contre-interrogatoires sont complètement mis de côté, dans ce processus. L’assassinat extrajudiciaire sponsorisé par l’État sape complètement tout procès en bonne en due forme. L’élimination des opposants à l’étranger est la prochaine étape logique, après les simulacres de procès très médiatisés par Israël et qui s’appuient sur des lois racistes et des décrets de détention administrative qui ont dépossédé le peuple palestinien et violé les lois internationales.

Les escadrons de la mort du Mossad opèrent directement sous les ordres du Premier ministre israélien (qui a d’ailleurs approuvé personnellement le récent assassinat). Une grande majorité des Israéliens soutient fièrement ces assassinats, surtout lorsque les tueurs échappent à toute détection et à la capture. Les opérations d’assassinats extrajudiciaires menées sans la moindre entrave et impunément par des escadrons de la mort étrangers soutenus par l’État, constituent une grave menace pour tout critique, écrivain, dirigeant politique et militant des droits civiques qui a le front de critiquer Israël.

Les tueurs du Mossad – Le feu sioniste

Le précédent que constitue l’assassinat par Israël de ses adversaires à l’étranger, établit les limites extérieures de la répression par ses partisans à l’étranger qu’on retrouve dans les principales organisations sionistes, dont la plupart ont toujours soutenu les violations par Israël de la souveraineté nationale via ses assassinats extrajudiciaires. Si Israël élimine physiquement ses opposants et les gens qui osent le critiquer, les 51 principales organisations juives des Etats-Unis répriment les critiques émises aux États-Unis à l’encontre d’Israël. Elles exercent activement des pressions sur les employeurs, les présidents d’université et les responsables publics pour qu’ils licencient leurs employés, universitaires et autres professionnels qui osent s’exprimer verbalement ou pas écrit contre les tortures, les massacres et la dépossession massive des Palestiniens par Israël.

Quoi qu’il en soit, les commentaires les plus critiques, en Israël et ailleurs, concernant l’assassinat commis par le Mossad à Dubaï épinglent l’« incompétence » des agents, y compris le fait d’avoir permis que leurs visages de figurer sur de nombreuses vidéos en changeant maladroitement leurs perruques et leurs vêtements sous l’œil des caméras. D’autres critiques déplorent qu’en salopant son travail, le Mossad soit occupé à « ternir l’image d’Israël » en tant qu’État démocratique et qu’il fournisse ainsi de l’eau au moulin des antisémites. Aucune de ces critiques superficielles n’a été reprise par le Congrès états-unien, par la Maison-Blanche ou par les présidents des principales organisations juives des Etats-unis, où la règle mafieuse de l’omerta, ou silence, règne sur tout et où la complicité avec ce genre de crime est de mise.

Conclusion

Alors que les critiques se lamentent à propos du travail bâclé du Mossad, qui complique la tâche des puissances occidentales désireuses au cas où elles souhaiteraient proposer une couverture diplomatique à Israël pour ses opérations à l’étranger, on n’a jamais abordé la question fondamentale : l’acquisition par le Mossad, puis la falsification des passeports officiels britanniques, français, allemands et irlandais de citoyens israéliens à double nationalité soulignent la nature cynique et sinistre de l’exploitation par Israël de ses citoyens à double nationalité dans la poursuite des sanglants objectifs de sa politique étrangère. L’usage par le Mossad de vrais passeports fournis par quatre nations européennes souveraines à leurs citoyens dans le but d’assassiner un Palestinien dans un hôtel de Dubaï soulève la question de savoir à qui les citoyens israéliens à « double » nationalité doivent vraiment allégeance et jusqu’où ils veulent aller en défendant ou en prônant les assassinats israéliens à l’étranger.

Grâce à l’usage par Israël de passeports britanniques pour entrer à Dubaï et assassiner un adversaire, chaque homme d’affaires ou touriste britannique qui se rendra au Proche-Orient sera soupçonné de liens avec les escadrons israéliens de la mort. Avec les élections de cette année et les partis travailliste et conservateur qui comptent grandement sur les millionnaires sionistes pour financer leur campagne, il reste à voir si le Premier ministre Gordon Brown fera davantage que geindre et minauder !

James Petras

Professeur émérite de sociologie à l’université Binghamton de New York.

Dernier livre publié en français : La Face cachée de la mondialisation : L’Impérialisme au XXIe siècle, Parangon (2002).

http://www.voltairenet.org:80/article164208.html


1-7 Gilad Atzmon : Pourquoi faut-il autant d'agents du Mossad pour étouffer un Palestinien avec un oreiller ?
Lundi 1er mars

Alors qu’en Angleterre, en France, aux Etats-Unis et en Argentine le Mossad bénéficie du soutien de milliers d’agents dormants locaux, les Sayanim (des juifs bien trop heureux de trahir leurs voisins afin de servir leur Etat juif bien-aimé), le Mossad, lorsqu’il opère dans des pays arabes, est contraint de shléper [yid. : infiltrer, ndt] ses nombreux assassins et leurs assistants en recourant à diverses méthodes frauduleuses.

L’on est tout de même fondé à se demander pour quelle raison il faut rien moins de 26 agents du Mossad pour mener à bien un seul assassinat d’un combattant palestinien pour la liberté désarmé au moyen d’un oreiller *. Je vais m’attacher ici à apporter quelque éclairage à cette question stupéfiante.

Le Mossad, ça n’est pas n’importe quelle agence de renseignement gérée par des gentils chiants comme la pluie. De fait, il est géré par des Elus, et sa raison d’être est de servir les intérêts de l’Etat juif et du projet national juif.

Ces derniers jours, nous avons appris que plus de deux dizaines d’agents du Mossad ont été identifiés – pour l’instant – par la police de Dubaï. L’on se serait attendu à ce qu’un groupe aussi varié et étendu d’assassins juifs opérant dans un pays arabe hostile, un rabbin combattant au moins eût été requis, ne serait-ce qu’afin de respecter les lois de la cacheroute, de maintenir une ligne téléphonique fonctionnant 24/24 avec Dieu et de pérenniser un esprit juif vindicatif.

Autant il est bien connu que la nourriture, à Dubaï, est fabuleuse, autant les marchands de delicatessen [charcuteries, ndt] cachères y sont rares, en centre-ville.

Par conséquent, nous avons besoin, aussi, d’un expert juif formé à cette fin, qui achèterait le poisson en vue de la préparation du gefilte, ainsi que les poulets, pour le bouillon. Nous aurions besoin d’au minium un chef connaissant la façon dont on transforme des poulets et de l’eau en Pouvoir Juif (le consommé de poulet). Vous devez vous souvenir du fait que, d’un point de vue juif, la nourriture est essentielle. A la différence des animaux, qui ne tuent que lorsqu’ils ont besoin de manger ou lorsqu’ils ont détecté un danger imminent, l’Israélien tue pour des « motifs futurs » (démocratie, pluralisme, guerre « contre la terreur », etc.), et tuer pour des « motifs futurs », il préfère le faire en ayant le ventre bien plein.

Entre préoccupations culinaires et réglementation propres au régime cachère, voilà trois membres de notre équipe d’ores et déjà affectés. Reste que vingt-trois assassins en puissance sont plus que suffisants pour un unique assassinat. Mais il y a d’autres éléments à prendre en considération. Gardant présent à l’esprit le fait que les révélations récentes au sujet de l’instabilité mentale de certains des membres du Mossad, il est plus que probable qu’un psychiatre, un analyste freudien, un infirmer psychiatrique et une infirmière aient été requis afin de porter assistance aux héros juifs mortels « avant et après ». Mais cela porte, de fait, notre petite équipe à à-peine dix-neuf assassins en puissance.

Comme nous l’apprennent les journaux, six des agents du Mossad étaient des femmes.

Cela pourrait signifier que nous avons besoin, aussi, d’expertes esthéticiennes. Une coiffeuse spécialisée dans « les situations qui décoiffent ».

Nous avons sans doute besoin, aussi, d’une consultante en cosmétiques juifs, qui connaisse, de plus, la manucure et la pédicure. Qui soit capable de transformer l’ongle d’une beauté juive en un mortel poignard sioniste (juste au cas où une panne technique d’oreiller se produirait). Nous avons besoin aussi d’un spécialiste ès-moumoutes, qui sache transformer un garçon de Tel-Aviv en dandy d’Essex. Ces « spécialistes ès-beauté J. » ramènent notre équipe à dix-sept assassins.

Mais nous n’avons pas encore fini, comme nous l’apprennent les journaux. Nos assassins Mossad étaient très amateurs de tennis. Manifestement, ils ne pouvaient se fier, en la matière, en un consultant arabe ou jihadiste : ils devaient donc emmener avec eux le leur propre. Ils avaient sans doute besoin d’un arbitre de tennis israélien cachère et de quelques colons athlétiques courant après leurs balles. Supposons que nous ayons besoin de deux ou trois lanceurs de balles et d’un arbitre, cela réduirait notre équipe d’assassins potentiels à quatorze membres, l’un dans l’autre. 

A en croire The Times, l’Holocauste joue un rôle central dans la philosophie du Mossad. « Nous devons être forts, user de notre intelligence et nous défendre afin que l’Holocauste ne se répète jamais », dit ainsi Meir Dagan, le chef actuel du Mossad. Or il se trouve que le Mossad est en train d’assassiner au nom du passé juif. Il est plus qu’évident que le Mossad a schlépé, infiltré à Dubaï certains de ses meilleurs prêtres de l’Holocauste, ceux qui rappellent eux espions pourquoi il faut qu’ils tuent et pourquoi ils doivent s’exclure de la famille humaine. Considérant le récit holocaustique basé sur le chiffre six, l’on peut raisonnablement supposer que le Mossad a envoyé à Dubaï au minimum six mentors ès-Holocauste : un pour chaque million. 

Toutefois, comme nous le savons, l’holocauste nazi n’est qu’un épisode de plus dans une liste innombrable d’autres judéocides. « Ne jamais oublier de ne jamais pardonner » est, apparemment, la devise sous laquelle sera placé l’avenir juif. L’un dans l’autre, nous pouvons estimer qu’il convient d’inclure neuf ou dix prêtres juifs du Judéocide afin d’inclure les pogromes est-européens du dix-neuvième siècle, l’Inquisition, Amalek e tutti quanti. Voilà qui devrait réduire notre liste d’agents d’élimination à tout juste cinq.

Reste qu’autant les juifs nationalistes et leurs chefs spirituels jurent de « ne jamais oublier » et de « toujours se rappeler », il y a des choses qu’ils insistent véritablement à négliger, à balayer sous le tapis ou à négliger. Ainsi, par exemple, ils semblent incapables de comprendre la véritable signification de la Mission d’Investigation sur le Confit à Gaza, dont les conclusions sont connues sous l’intitulé de rapport Goldstone. Ils insistent à rejeter la lecture que Shlomo Sand fait de leur histoire, n’y voyant qu’un ramassis de contes phantasmatiques totalement imaginaires, bien près de verser dans le mensonge absolu. Ils s’ingénient à fermer les yeux sur le fait que les envoyés de l’AIPAC, l’AJC, l’Anti-Defamation League, le LFI et le CFI sont tous en train de pratiquer, chez nous, un lobbying abject en faveur d’une idéologie raciste expansionniste, le sionisme..

Avec un ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, couché sur la liste des auteurs de propagande israélienne (Hasbara), et avec des sionistes prêchant des guerres interventionnistes dans tous nos médias, avec un Bernie Madoff nous faisant des cours sur Ponzi et un Alan Greenspan qui nous a amené le plus grave effondrement financier que nous ayons jamais connu, nous avons grandement besoin de quelques spécialistes juifs qui soient à même d’endoctriner des agents du Mossad afin de les rendre totalement aveugles et complètement amnésiques. J’imagine aisément qu’avec des gens comme Wolfowitz, Miliband, Goldstone, Abe Foxman, Greenspan, Madoff, Olmert, Livni, Sharon, Peres et d’autres, bien trop nombreux, nous avons besoin de bien plus de cinq malheureux experts pour convaincre l’équipe de tueurs du Mossad que la cause juive est entièrement cachère.

Que voit-on ? Nous avons déjà dénombré vingt-six assistants absolument indispensables pour assassiner, et encore, nous n’avons pas mentionné le moindre opérateur-oreiller du Mossad. Ainsi, il faut bien plus que vingt-six agents du Mossad pour assassiner un seul Palestinien désarmé : CQFD. J’imagine que ces prochains jours, la police de Dubaï va nous gratifier de beaucoup d’autres photos d’Israéliens déguisés.

Force m’est de reconnaître qu’avec Israël, la vie est toujours pleine de surprises. Que ferons-nous pour rigoler, quand il ne sera plus là (ce qui ne saurait tarder) ?

Lundi 1er mars

http://www.gilad.co.uk/writings/why-it-takes-so-many-mossad-agents-to-kill-a-palestinian-wit.html

Source et traduction : Marcel Charbonnier

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Gilad_Atzmon.010310.htm


1-8 Uri Avnery : Dubaï, une opération d’Etat voyou dommageable à Israël.

« Le problème, avec le Mossad, c’est qu’il agit comme un fief indépendant qui ignore les intérêts vitaux politiques et stratégiques à long terme d’Israël, tout en bénéficiant du soutien automatique d’un Premier ministre irresponsable, » écrit Uri Avnery, qui compare ce service secret à un « canon désarrimé » balayant le pont du navire dans sa course folle. Vécue comme un succès en Israël, le dommage sur la scène internationale provoqué par cette opération est pourtant considérable, juge-t-il. « L’affaire de Dubaï renforce l’image d’un Etat d’Israël brutal, d’une nation voyou qui traite avec mépris l’opinion internationale, d’un pays qui mène une guerre de gang, qui envoie à l’étranger des équipes semblables à celles de la mafia, d’une nation paria que devraient éviter les gens sensés. » Et de poser à ses concitoyens la question suivante : « était-ce utile ? »

contreinfo.
Par Uri Avnery, Gush Shaom, 20 février 2010 – extrait

La semaine dernière, on a assisté à un déluge de mots sur l’assassinat à Dubaï de Mahmoud Al-Mabhouh, un haut dirigeant du Hamas.

Les israéliens ont reconnu dès le premier instant qu’il s’agissait du travail du Mossad. Quelles capacités ! Quel talent ! Comment ont-ils su longtemps à l’avance quand l’homme irait à Dubaï, quel vol il prendrait, dans quel hôtel il séjournerait ! Quelle planification remarquable !

A l’écran, les « correspondants militaires » et « les correspondants sur les affaires arabes » étaient radieux. Leurs visages disaient : ah….si le sujet n’était pas sous embargo … Si seulement je pouvais vous dire ce que je sais … je peux seulement vous dire que le Mossad a prouvé à nouveau qu’il avait le bras long et pouvait agir n’importe où ! Ah ! Que vivent dans la peur les ennemis d’Israël !

Lorsque les problèmes ont commencé à se manifester, et que les photos des assassins sont apparues sur les télévisions du monde entier, cet enthousiasme s’est refroidi, mais seulement légèrement. Une méthode israélienne ancienne et éprouvée a été utilisée : se saisir d’un détail annexe et en discuter avec passion, en ignorant la question principale. Se concentrer sur l’arbre et détourner son attention de la forêt.

Pourquoi donc les agents ont-ils utilisé les noms de personnes réelles qui vivent en Israël et jouissent de la double nationalité ? Pourquoi, parmi tous les passeports possibles, ont-ils utilisé ceux de pays amis ? Comment pouvaient-ils être sûrs que les propriétaires de ces passeports ne seraient pas en voyage à l’étranger au moment critique ?

Par ailleurs, n’étaient-ils pas conscients qu’à Dubaï les caméras sont omniprésentes et enregistrent chaque mouvement ? N’avaient-ils pas prévu que la police locale montrerait les images de l’assassinat dans presque tous ses détails ?

Mais cela n’a pas soulevé énormément d’intérêt en Israël. Tout le monde a compris que les Britanniques et les Irlandais étaient obligés de protester pour la forme, mais que cela n’était qu’un geste obligé. Dans les coulisses, il existe des liens intimes entre le Mossad et les autres agences de renseignement. Après quelques semaines, tout sera oublié. Voilà comment cela s’est déroulé en Norvège après Lillehammer [à la suite d’une opération du même type, où le Mossad s’était trompé sur l’identité de sa cible - ndlr], et comment cela s’est passé en Jordanie [après la tentative ratée d’empoisonnement de Khaled Meshal]. Ils vont protester, réprimander, et ce sera tout. Alors, quel est le problème ?

Le problème, avec le Mossad, c’est qu’il agit comme un fief indépendant qui ignore les intérêts vitaux politiques et stratégiques à long terme d’Israël, tout en bénéficiant du soutien automatique d’un Premier ministre irresponsable. Il s’agit, comme le disent les anglais d’un « canon désarrimé – le canon d’un navire d’antan qui a rompu ses fixations et roule sur le pont, écrasant tout malheureux marin placé sur son chemin.

Sur le plan stratégique, l’opération de Dubaï provoque des dommages importants pour la politique du gouvernement, qui consiste à présenter la supposée bombe nucléaire de l’Iran comme une menace existentielle pour Israël. Cette campagne contre l’Iran l’aide à détourner l’attention du monde entier de l’occupation continue et de la colonisation, et elle amène les États-Unis, l’Europe et d’autres nations à danser à son rythme.

Barack Obama tente de rassembler une coalition mondiale pour imposer des « sanctions épuisantes » pour l’Iran. Le gouvernement israélien lui sert – volontairement – de chien méchant. Obama dit aux Iraniens : les Israéliens sont fous. Ils peuvent vous attaquer à tout moment. Je les retiens très difficilement. Mais si vous ne faites pas ce que je vous demande, je vais lâcher la laisse et qu’Allah aie pitié de votre âme !

Dubaï, un pays du Golfe situé face à l’Iran, est une composante importante de cette coalition. C’est un allié d’Israël, tout comme l’Egypte et la Jordanie. Et voici que ce même gouvernement israélien l’humilie et fait naitre parmi les masses arabes le soupçon que Dubaï collabore avec le Mossad.

Dans le passé, nous avons embarrassé la Norvège, nous avons rendu furieuse la Jordanie, et aujourd’hui nous humilions Dubaï. Est-ce avisé ? Posez la question à Meir Dagan, que Netanyahou vient de confirmer pour une huitième année dans ses fonctions de chef du Mossad, circonstance presque sans précédent.

L’impact de cette opération sur notre réputation dans le monde sera peut-être encore plus significatif.

Par le passé, il était loisible de minimiser cette dimension. Laissez les « goyim » dire ce qu’ils veulent. Mais depuis l’opération Plomb Durci, Israël est devenu plus conscient des répercussions, qui sont d’une portée considérable. Le verdict du juge Goldstone, les échos des pitreries d’Avigdor Lieberman, la campagne mondiale grandissante en faveur d’un boycott d’Israël – tout cela laisse à penser que Thomas Jefferson ne parlait pas pour ne rien dire lorsqu’il a affirmé qu’aucune nation ne peut se permettre d’ignorer l’opinion de l’humanité.

L’affaire de Dubaï renforce l’image d’un Etat d’Israël brutal, d’une nation voyou qui traite avec mépris l’opinion internationale, d’un pays qui mène une guerre de gang, qui envoie à l’étranger des équipes semblables à celles de la mafia, d’une nation paria que devraient éviter les gens sensés.

Était-ce utile ?

Uri Avnery

23 février

http://socio13.wordpress.com/2010/02/23/dubai-une-operation-d%e2%80%99etat-voyou-dommageable-a-israel-par-uri-avnery/


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