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14/03/2010

n° 61 - Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan - 13-03 : Suite : - “L'Otan n’attaquera jamais la Russie” ?


n° 61 - Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan - 13-03 : Suite  : - “L'Otan n’attaquera jamais la Russie” ?



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Géopolitique et stratégie 'des Guerres de l'Otan.

n° 61- 13-03

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire.

2 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion.

1-3 Rick Rozoff : Expansion de l'OTAN, déploiements de missiles et nouvelle doctrine militaire de la Russie..

1-4 Rick Rozoff : Le rôle de l'OTAN dans l'encerclement de l'Iran.


1-3 Rick Rozoff : Expansion de l'OTAN, déploiements de missiles et nouvelle doctrine militaire de la Russie.

En quelques jours, l’OTAN a révélé ses ambitions.

L’Alliance enrôle un à un, plus ou moins de force, tous les Etats d’Europe, du Proche-Orient et d’Océanie dans la guerre sans fin d’Afghanistan. Simultanément, sous le prétexte fallacieux de répondre à une prétendue menace iranienne, elle déploie aux marches de la Russie un système d’interception de missiles nucléaires qui détruit l’équilibre stratégique avec Moscou et remet en cause le principe du désarmement nucléaire progressif. De son côté, la Russie, se considérant comme directement menacée, relance d’urgence ses alliances et ses programmes d’armement.

Les événements liés aux questions militaires et de sécurité en Europe et en Asie ont été nombreux ce mois-ci. Ils se sont condensés en moins d’une semaine de réunions, de déclarations et d’initiatives sur des questions allant du déploiement du bouclier antimissile jusqu’à l’escalade de la plus grande guerre du monde, et allant d’un nouveau système de sécurité pour l’Europe jusqu’à une nouvelle doctrine militaire russe.

Une génération après la fin de la Guerre froide et presque autant depuis l’éclatement de l’URSS, les événements de la semaine passée sont évocateurs d’une autre décennie et d’un autre siècle. La guerre de vingt ans ou plus en Afghanistan et les installations controversées de missiles en Europe ont constitué l’actualité dans un monde bipolaire.

Vingt ans après, alors qu’il n’y a plus d’Union Soviétique, plus de pacte de Varsovie et une Russie considérablement diminuée et tronquée, les États-Unis et l’OTAN ont militarisé l’Europe à un niveau sans précédent —subordonnant en fait presque tout le continent à un bloc militaire dominé par Washington— et ont lancé l’offensive la plus vaste en Asie du Sud dans ce qui est déjà la plus longue guerre actuelle dans le monde.

Des 44 nations en Europe et dans le Caucase (à l’exclusion des micro-Etats et du pseudo-Etat otanien du Kosovo), seulement six —le Belarus, Chypre, Malte, la Moldavie, la Russie et la Serbie— ont échappé à la mobilisation de leurs citoyens par l’OTAN pour le déploiement sur le front afghan. Ce nombre sera bientôt réduit encore.

De ces 44 pays, seulement deux —Chypre et la Russie— ne sont pas membres de l’OTAN ou de son programme de transition de Partenariat pour la Paix, et Chypre est soumise à une pression intense pour se joindre à le second.

Les 4 et 5 février 2010, les 28 ministres de la Défense de l’OTAN au grand complet se sont réunis à Istanbul, en Turquie, pour deux jours de délibérations. Elles se sont concentrées sur la guerre en Afghanistan, le déploiement du bloc militaire au Kosovo et les plans accélérés d’expansion d’un système de missiles intercepteurs d’envergure mondiale vers l’Europe de l’Est et le Proche-Orient. Ce rassemblement suivait d’une semaine une réunion de deux jours du Comité militaire de l’OTAN à Bruxelles qui runissait 63 chefs d’états-majors des nations de l’OTAN et des 35 « pays fournisseurs de troupes », selon la terminologie du bloc, y compris les hauts commandants militaires d’Israël et du Pakistan. Cette conférence était axée sur la guerre afghane et sur le nouveau Concept stratégique de l’OTAN qui doit être formalisé officiellement lors d’un sommet de l’Alliance plus tard cette année.

Le commandant des 150 000 soldats des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, a assisté aux réunions des deux jours. Le secrétaire US à la Défense Robert Gates a présidé la deuxième. « L’Afghanistan et la défense anti-missile sont les exemples des nouvelles priorités que sur lesquelles Gates veut que l’OTAN se concentre. » [1]

Comme l’indiquait le nombre de chefs d’état-major ayant participé aux réunions de Bruxelles —63—, la portée de l’OTAN a été étendue bien au-delà de l’Europe et de l’Amérique du Nord au cours des dix dernières années. Les troupes servant sous le commandement du bloc en Afghanistan proviennent de tout continent peuplé, du Proche-Orient et d’Océanie : l’Australie a le plus gros contingent des non-membres avec plus de 1 500 soldats, et les autres nations non européennes comme l’Arménie, l’Azerbaïdjan, Bahreïn, la Colombie, l’Egypte, la Géorgie, la Nouvelle Zélande, Singapour, la Corée du Sud et les Émirats arabes unis ont des troupes en Afghanistan ou sont en train d’en envoyer.

Le jour où à commencé la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN à Istanbul, le président roumain Traian Basescu a annoncé qu’il avait satisfait à la demande de l’administration Obama de baser des missiles intercepteurs US dans son pays. Cette décision est intervenue cinq semaines après l’annonce que des missiles antibalistiques U.S. Patriot seraient stationnés dans une région de la Pologne à une demi heure de la frontière la plus occidentale de la Russie.

Le lendemain, le 5 février, c’est-à-dire deux mois après l’expiration du Traité START [2] entre les États-Unis et la Russie réglementant la réduction des armes nucléaires et des systèmes de lancement, [3] l’agence de presse russe Interfax a annoncé que « le président Dmitri Medvedev a approuvé la doctrine militaire décennale de la Russie et les principes de base de sa politique de dissuasion nucléaire. » [4]

La même source a cité le Secrétaire adjoint du Conseil de sécurité et ancien chef d’état-major, le général Iouri Baluyevsky, commentant la nouvelle doctrine : « Il est prévu de développer les composants terrestres, maritimes et aériens de la triade nucléaire.... La Russie a besoin de garantir la cohérence de son développement démocratique en utilisant une garantie de stabilité telle que les armes nucléaires, telle qu’une forme de dissuasion stratégique.... La Russie se réserve le droit d’utiliser des armes nucléaires uniquement si son existence en tant qu’Etat est mise en danger. » [5]

Le commentaire du quotidien indien The Hindu spécifiait que « La doctrine détaille 11 menaces militaires externes à la Russie, dont sept venant de l’Ouest. L’expansion vers l’est de l’OTAN et son insistance pour un rôle mondial sont identifiées comme la menace numéro un pour la Russie. »

L’article ajoutait : « Les U.S.A. sont la source d’autres menaces majeures répertoriées dans la doctrine, même s’ils ne sont jamais explicitement mentionnés dans le document. Celles-ci incluent les tentatives visant à déstabiliser des pays et des régions et à saper la stabilité stratégique ; la militarisation accrue des Etats et des mers voisins ; la création et le déploiement de défense anti-missile stratégique, ainsi que la militarisation de l’espace et le déploiement de systèmes stratégiques non nucléaires de haute précision. »

En ce qui concerne la date choisie pour approuver cette nouvelle stratégie militaire russe, l’article la présente comme une réponse aux récentes décisions sur le bouclier antimissile U.S. et aux lenteurs des pourparlers START.

« La nouvelle doctrine de défense a fait l’objet d’une loi qui a été publiée au lendemain de l’annonce par la Roumanie de son intention de déployer des missiles intercepteurs US dans le cadre d’un bouclier de missiles global auquel la Russie s’oppose farouchement. Des articles antérieurs avaient observé que le Kremlin avait reporté l’approbation de sa doctrine, préparée l’année dernière, parce qu’il ne voulait pas mettre en péril les négociations START en cours avec les États-Unis. » [6]

Une remarque similaire a été formulée dans une dépêche de l’Agence de presse chinoise Xinhua :

« Les analystes disent que la décision roumaine intervient à un moment crucial où Washington et Moscou sont sur le point de signer un document successeur du Traité de Réduction des Armes Stratégiques (START-1) arrivé à expiration. Par conséquent, la mesure peut bouleverser les relations Russie - États-Unis en train de se dégeler et mettre à l’épreuve leurs liens bilatéraux. » [7]

Sous le titre de « Principales menaces externes de guerre », la nouvelle Doctrine militaire russe [8] a répertorié dans l’ordre décroissant les préoccupations suivantes :

 Le fait de s’arroger des prérogatives mondiales en violation du droit international, et d’étendre une infrastructure militaire jusqu’aux frontières de la Russie, y compris par le biais de l’élargissement d’une alliance militaire ;

 La déstabilisation de différents États et régions, ce qui revient à affaiblir la stabilité stratégique ;

 Le déploiement de contingents militaires d’Etats (et blocs) étrangers sur les territoires voisins de la Russie et de ses alliés, ainsi que dans leurs eaux territoriales ;

 L’établissement et le déploiement de systèmes de défense anti-missile stratégique qui sapent la stabilité mondiale et violent l’équilibre des forces dans le domaine nucléaire, ainsi que la militarisation de l’espace avec le déploiement d’armes de précision des systèmes non nucléaires stratégiques ;

 Les revendications territoriales à l’encontre de la Russie et de ses alliés et l’ingérence dans leurs affaires intérieures ;

 La prolifération des armes de destruction massive et des lanceurs, augmentant le nombre d’Etats nucléarisés ;

 La violation par un Etat d’accords internationaux, et l’échec à ratifier et à mettre en œuvre les traités internationaux précédemment signés sur la limitation et la réduction des armes ;

 Le recours à la force dans les territoires des Etats riverains de la Russie en violation de la Charte des Nations Unies et des autres normes du droit international ;

 L’escalade des conflits armés sur les territoires voisins de la Russie et des nations alliées ;

À la 46ème Conférence de Sécurité annuelle de Munich qui s’est tenue les 6 et 7 février, le secrétaire général de l’Alliance Anders Fogh Rasmussen a déclaré : « Je dois dire que cette nouvelle doctrine ne reflète pas le monde réel », bien que toute lecture objective des neuf points précédents confirme qu’elle dépeint le monde exactement tel qu’il est. Malheureusement.

Par exemple, après que le président de la Roumanie ait révélé que les missiles U.S. devraient être déployés dans son pays, une déclaration de son ministère des Affaires étrangères a précisé : « La Roumanie a été et continue d’être un promoteur cohérent au sein de l’OTAN du projet concernant le développement progressif et adapté du système de défense antimissile en Europe... La décision de prendre part au système US est entièrement en accord avec ce qui a été décidé à cet égard aux sommets de l’OTAN de Bucarest en 2008 et à Strasbourg-Kehl en 2009." [9]

Le premier jour de la Conférence de Sécurité de Munich, le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov a déclaré que : « Avec la désintégration de l’Union Soviétique et de l’Organisation du Traité de Varsovie une réelle opportunité a émergé pour faire de l’OSCE [Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe] une organisation à part entière offrant une sécurité égale à tous les Etats de la région euro-atlantique. Toutefois, cette occasion a été manquée, parce que le choix a été fait en faveur de la stratégie d’expansion de l’OTAN, qui signifie non seulement préserver les lignes séparant Europe au cours de la Guerre froide en des zones ayant des niveaux de sécurité différents, mais également déplacer ces lignes vers l’est. Le rôle de l’OSCE était, en fait, réduit au service de cette politique par le biais de la supervision des questions humanitaires dans l’espace post-soviétique. »

Il a continué avec un examen de l’échec des mesures de sécurité post-Guerre froide en Europe :

« Que le principe de l’indivisibilité de la sécurité au sein de l’OSCE ne fonctionne pas n’est pas long à prouver. Rappelons-nous le bombardement de la République fédérale de Yougoslavie en 1999, quand un groupe d’Etats membres de l’OSCE, liés par cette déclaration politique, a commis une agression contre un autre Etat membre de l’OSCE.
Tout le monde se souvient aussi de la tragédie d’août 2008 en Transcaucasie, où un Etat membre de l’OSCE, signataire de divers engagements dans le domaine du non-usage de la force, a recouru à cette force, y compris contre les soldats de la paix d’un autre Etat membre de l’OSCE, en violation non seulement de l’Acte final d’Helsinki, mais également de l’accord de maintien de la paix en Géorgie-Ossétie du Sud, qui exclut l’utilisation de la force. » [
10]

Il était suivi le lendemain par le secrétaire général de l’OTAN, Rasmussen. Non seulement il n’a pas pu répondre à l’accusation que la paix et la sécurité en Europe ont été mises en danger par l’avancée implacable de son organisation militaire vers les frontières de la Russie, mais il a préconisé l’implication de l’OTAN au-delà du continent pour englober le monde.

En proclamant qu’ « à l’ère de l’insécurité mondialisée, notre défense territoriale doit commencer au-delà de nos frontières », Rasmussen a insisté pour que « l’OTAN puisse devenir un forum de consultation sur les questions de sécurité dans le monde. »

Son discours incluait également la demande de « porter la transformation de l’OTAN à un nouveau niveau —en connectant l’Alliance avec le système international plus large dans des voies entièrement nouvelles—. »

La Russie ne peut pas proposer un système de sécurité commune pour l’Europe, mais l’OTAN peut en ordonner un qui soit international.

Rasmussen s’est félicité que la Force internationale d’assistance à la sécurité de l’OTAN en Afghanistan « va encore être renforcée cette année, avec plus de 39 000 soldats supplémentaires, »

Non seulement il n’a pas exprimé de réserve à propos d’une guerre qui dure depuis 9 ans déjà et qui est tous les jours plus meurtrière, mais il l’a célébrée comme un modèle pour le monde : « Notre expérience en Afghanistan (…) m’amène à une [autre] considération : la nécessité de transformer l’OTAN en un forum de consultation sur les questions de sécurité dans le monde (…) L’OTAN est un cadre qui a déjà prouvé être capable de façon unique de combiner la consultation en matière de sécurité, la planification militaire et les opérations sur le terrain de manière plus efficace que la somme de ses membres. Encore une fois, regardez l’Afghanistan. » [11]

Konstantin Kosachev, président de la Commission des affaires internationales de la Douma russe, a également pris la parole à la conférence de sécurité de Munich : « Je pense que le problème de l’OTAN aujourd’hui est que l’OTAN se développe en sens inverse : elle essaie d’agir de plus en plus mondialement, mais elle continue à penser localement.... Dès que l’OTAN commence à aller au-delà de ses frontières, ce n’est plus seulement une affaire interne pour l’OTAN. »

Il a également « accusé l’alliance de provoquer le conflit Géorgie-Russie en promettant une éventuelle adhésion à Tbilissi.... » [12]

L’actuel vice-Premier ministre et ancien ministre de la Défense russe Sergei Ivanov est également intervenu à Munich. A propos des pourparlers START en panne, il a souligné qu’ « Il est impossible de parler sérieusement de la réduction des capacités nucléaires lorsqu’une puissance nucléaire travaille à déployer des systèmes de protection contre les lanceurs des têtes nucléaires des autres pays ». Il a rappelé aux participants à la conférence que « La Russie a réduit unilatéralement ses arsenaux nucléaires tactiques de 75 % par rapport à leur niveau du début des années 1990, mais les États-Unis n’y ont pas répondu par une mesure similaire et ont même refusé de retirer leurs armes d’Europe. » [13]

Deux jours après la conférence de Munich le secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie, Nikolaï Patrouchev, a réaffirmé les inquiétudes précédentes de Lavrov et de Kosachev, en indiquant : « Nous doutons sérieusement [que la Russie sera plus sécurisée en raison de l’expansion de l’OTAN.] L’OTAN représente plutôt une grave menace pour nous. »

Une très importante agence de presse russe a écrit que « Patrouchev a critiqué l’OTAN pour ses efforts continus d’élargissement, y compris pour ses encouragements aux demandes d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine.
Il a reproché également à l’OTAN d’armer et de préparer
la Géorgie pour une attaque contre l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Il a affirmé que les pays de l’OTAN continuaient de fournir de l’armement à Tbilissi malgré les protestations de la Russie. » [14]

Pour justifier ces préoccupations, la 10ème semaine annuelle de l’OTAN a commencé en Ukraine le 9 février et à la même date le gouvernement de la Géorgie « a approuvé le Programme national annuel de coopération avec l’OTAN [PNA] pour 2010 » [15], une initiative lancée par l’OTAN, peu de temps après l’invasion par la Géorgie de l’Ossétie du Sud et de la guerre avec la Russie en août 2008.

Guerre dans les Balkans, guerre en Asie du Sud, guerre dans le Caucase. Voilà le modèle de que l’OTAN appelle à reproduire à l’échelle mondiale. Et comme le bloc se déplace encore vers l’est, il apporte dans son sillage des troupes et des équipements militaires, des bases aériennes et navales et des installations de bouclier antimissile.

Le 9 février, le chef de l’état-major général des Forces armées de Russie Nicolas Makarov a averti que : « Le développement et la mise en place du bouclier antimissile (des USA) est dirigé contre la Fédération de Russie. » [16]

Il a dit aussi « que les différences avec les États-Unis à propos du bouclier antimissile étaient en train de bloquer le traité de réduction des armes nucléaires », que « les différences avaient jusqu’à présent empêché la signature du traité sur ces armes. » [17]

Se référant encore aux négociations START, il a déclaré : « Les plans de défense antimissile U.S. constituent une menace pour la sécurité nationale russe et ont ralenti la progression d’un nouveau traité sur le contrôle des armes avec Washington ».

Selon les propres termes de Makarov, « Le traité sur les armes stratégiques offensives sur lequel nous travaillons actuellement doit tenir compte du lien entre les armes stratégiques défensives et offensives. Ce lien est très étroit, elles sont absolument interdépendantes. Il serait faux ne pas prendre en compte la défense antimissile. » [18]

Au début de la semaine, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Andrei Nesterenko a réitéré la demande de son pays que les armes nucléaires tactiques U.S. soient retirées d’Europe. Il a dit que le « retrait des armes tactiques états-uniennes d’Europe vers les États-Unis serait le bienvenu. Il devrait être accompagné de la démolition complète et irréversible de l’ensemble des infrastructures prenant en charge le déploiement de telles armes en Europe ». Il a réaffirmé la position de son pays selon laquelle « Les armes nucléaires doivent être déployés exclusivement sur le territoire des Etats qui les possèdent. » [19]

Six jours après, pour ajouter au pressentiment de la Russie et pour manifester la réluctance de l’Ouest sur la question, l’ex-secrétaire général de l’OTAN George Robertson a été cité dans la presse turque, exigeant que les ogives U.S. restent en Allemagne. A cette occasion, il a reconnu que les États-Unis ont de 40 à 90 armes nucléaires sur la base aérienne d’Incirlik en Turquie. Lord Robertson n’est bien entendu ni allemand, ni états-unien, mais c’est un ancien patron de l’OTAN et il se considère lui-même en droit de décider de questions d’une nature aussi grave.

Le 10 février, un haut conseiller de la présidence polonaise, Wladyslaw Stasiak, était à Washington pour discuter du déploiement imminent de missiles anti-balistiques Patriot Advanced Capability-3 (PAC-3). Il a rencontré les membres du Conseil national de sécurité U.S et des « experts de l’Heritage Foundation à tendance conservatrice et du Center for International and Strategic Studies. »

Par la suite, il a déclaré : « Nous avons parlé de l’avenir de l’OTAN dans le contexte d’un nouveau concept stratégique, ainsi que de l’OTAN d’aujourd’hui, notamment en ce qui concerne l’article 5 et sa mise en œuvre pratique », c’est-à-dire la clause d’assistance mutuelle. [20]

Le même jour, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères ukrainien a exprimé des préoccupations à propos du déploiement de missiles U.S. dans sa nation sœur de la mer Noire, la Roumanie. « En tant que pays voisin de la Roumanie, nous ne pouvons accepter que les plans U.S. de déploiement de bouclier antimissiles à proximité de notre frontière passent inaperçus, surtout dans la mesure où certains éléments sont censés être basés en mer Noire. » [21]

Vladimir Voronin, président jusqu’en septembre dernier de la Moldavie, limitrophe à la fois de la Roumanie et de l’Ukraine, a récemment averti que le déploiement de missiles US sur et au large des côtes de la Roumanie « peuvent transformer la Moldavie voisine en une zone de front de première ligne » et que « la position de la Roumanie sur le bouclier antimissile U.S. et un soutien aussi ouvert de la part de la direction actuelle moldave pourraient avoir des conséquences désastreuses pour la sécurité dans la région. » [22]

De la sorte, il faisait écho à l’ambassadeur russe à l’OTAN Dmitri Rogozine, qui expliquait deux jours avant : « Les plans U.S. pour baser un système de défense antimissile en Europe sont un prétexte pour empiéter sur les frontières de la Russie » et « Les USA sont en train d’utiliser les actions de l’Iran pour mondialiser leur système de défense antimissile. » [23]

Quatre jours après ses précédents commentaires, Voronin déclarait pour la Moldavie que « le déploiement d’ABM US en Roumanie ramène l’Europe à la Guerre Froide » et qu’il doutait que « les ABM US soient braqués contre la menace iranienne. » [24]

Le Pentagone a ouvert une base radar dans le désert israélien du Néguev en 2008, dotée de plus de 100 hommes. Ses matériels ont une portée de 2 900 milles, soit presque trois fois la distance séparant les capitales israélienne et iranienne. Le radar FBX de la base avancée de Nevatim Air Base peut contrôler toute la partie orientale et une grande partie de la Russie du Sud.

Plus les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN tempêteront contre la prétendue menace iranienne, plus le cordon de missiles intercepteurs occidentaux sera assuré autour de la Russie.

Le 10 février, la presse locale a écrit que « la République Tchèque est en discussion avec l’administration Obama pour accueillir un centre de commandement dans le cadre du plan de défense antimissile modifié des États-Unis. » [25]

Le jour suivant l’ambassadeur de Chine en Russie, Li Hui, a a réaffirmé que « Pékin est préoccupé par les plans [de bouclier antimissile U.S.] qui pourraient perturber l’équilibre stratégique et la stabilité actuels et intensifier les tensions ». Caractérisant correctement la véritable portée du projet missile intercepteur états-unien, « il a soutenu que la création d’une défense antimissile globale minait les efforts internationaux pour arrêter la prolifération nucléaire. » [26]

Ses avertissements, comme ceux de la Russie, ont été entendus à Washington et parmi ses alliés de l’OTAN. Le 12 février la Pologne a approuvé un Accord sur l’état des forces (ASOF) avec les États-Unis pour « 100 soldats US devant être stationnés en Pologne, dans le cadre du bouclier, qui comprendra des missiles Patriot et SM-3. » [27] C’est peut-être la première confirmation que les intercepteurs Standard Missile-3 0 à longue portée embarqués sur des navires (et/ou basés au sol) seront déployés avec les missiles Patriot Advanced capacité-3 près de la frontière occidentale de la Russie.

Egalement le 12 février, le Premier ministre bulgare Boiko Borisov a révélé que les États-Unis engageront des pourparlers avec son gouvernement pour placer des composants potentiels de missiles intercepteurs de première frappe dans ce pays de la mer Noire. L’ambassadeur états-unien James Warlick a confirmé que les discussions préliminaires ont déjà eu lieu. Le chef de l’Etat bulgare a justifié sa volonté de prendre cette mesure risquée en déclarant : « Mon opinion est que nous avons à faire preuve de solidarité. Lorsque l’on est membre de l’OTAN, il faut travailler pour la sécurité collective. » [28]

Considérant tout ce qui précède, le fait que gouvernement russe ait invité l’ancienne secrétaire d’Etat des USA Madeleine Albright et sa coterie des « Sages » du « Groupe d’Experts » chargé d’élaborer le nouveau concept stratégique de l’OTAN à prononcer un exposé à l’Institut des relations extérieures de Moscou le 11 février est une farce.

L’OTAN n’est pas le fournisseur de sécurité internationale qu’elle prétend être. Elle n’est pas un partenaire de l’organisation des Nations Unies, qu’elle a éclipsé et émaculé, ni d’aucune autre organisation internationale ou régionale. Elle n’est pas le fondement d’une « alliance des démocraties ».

L’OTAN est un pacte offensif, sans loi et meurtrier, qui se réserve unilatéralement le droit de répéter son agression armée dans les Balkans et en Asie du Sud sur une échelle mondiale. C’est une menace pour l’humanité.

Notes

 [1] Bloomberg News, February 4, 2010

[2] Strategic Arms Reduction Treaty (START).

[3] « With Nuclear, Conventional Arms Pacts Stalled, U.S. Moves Missiles And Troops To Russian Border », par Rick Rozoff, Stop NATO, 22 janvier 2010.

[4] Interfax, 5 février 2010.

[5] Ibid.

[6] « Vladimir Radyuhin, New Russian doctrine sees NATO, U.S. as main threat », The Hindu, 7 février 2010.

[7] Xinhua, 8 février 2010.

[8] Texte disponible en russe uniquement.

[9] Financiarul, 6 février 2010.

[10] Sténogramme de l’]intervention de S.V.Lavrov, Ministre des Affaires étrangeres de la Russie->http://www.ln.mid.ru/brp_4.nsf/7b52...], a la 46e Conference de Munich sur les problemes de la politique de la securite, le 6 février 2010

[11] « Speech by Anders Fogh Rasmussen at the 46th Munich Security Conference », Voltaire Network, February 7, 2010.

[12] Reuters, 7 février 2010.

[13] RIA Novosti, 6 février 2010.

[14] RIA Novosti, 9 février 2010.

[15] Georgia Times, 10 février 2010.

[16] Reuters, 9 février 2010.

[17] Reuters, 9 février 2010.

[18] Associated Press, 9 février 2010.

[19] Itar-Tass, 4 février 2010.

[20] Polish Radio, 10 février 2010.

[21] RosBusinessConsulting, 10 février 2010.

[22] RIA Novosti, 7 février 2010.

[23] Bloomberg News, 5 février 2010.

[24] Voice of Russia, 11 février 2010.

[25] Prague Post, 10 février 2010.

[26] Voice of Russia, 11 février 2010.

[27] Deutsche Presse-Agentur, 12 février 2010.

[28] Reuters, 12 février 2010.

Rick Rozoff,

Chicago, le 15 février 2010

Rick Rozoff,

Diplômé de littérature européenne. Journaliste.

Directeur de Stop NATO international.

Traduction par André Comte

Source : Réseau Voltaire
http://www.voltairenet.org/...
 


1-4 Rick Rozoff : Le rôle de l'OTAN dans l'encerclement de l'Iran.

S'étant déclaré lui-même « commandant-en-chef d'une nation engagée dans deux guerres » et, de surcroît, le chef d'État de « l'unique superpuissance militaire au monde »[1], rien de moins, tout en étant le récipiendaire de ce qu'on appelle, inexplicablement, le prix Nobel de la paix, le président des États-Unis, Barack Obama, à l'occasion de son premier discours sur l'état de la nation, le 27 janvier, a affirmé que « la communauté internationale est de plus en plus unie, tandis que la république islamique est de plus en plus isolée ». Il s'est aussi fait menaçant : « Puisque les dirigeants de l'Iran continuent de faire fi de leurs obligations, soyons rassurés : ils en subiront les conséquences. Je vous le promets. »

Deux jours plus tard, sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, a livré un discours à une importante académie militaire française, ce qui est assez révélateur en soi, et en cet endroit, elle a non seulement vivement dénoncé l'Iran, elle a aussi fait une mise en garde pas très diplomatique à la Chine : « La Chine se verra pressée de reconnaître l'impact déstabilisateur sur le golfe (Persique) qu'exercerait un Iran doté d'armes nucléaires... »[2]

Pressée par Washington, il va sans dire. Le jour même, la Maison blanche confirmait qu'elle avait finalisé une vente d'armes au coût de 6,4 milliards $ à Taïwan.

Le 9 février, le porte-parole du département de la Défense, Geoff Morrell, a déclaré à la presse que son patron, le chef du Pentagone, Robert Gates, veut que les Nations unies imposent des sanctions à l'Iran dans les prochaines « semaines et non des mois » et « pense de toute évidence qu'il faut agir sans attendre ».[3]

Pendant la Première Guerre mondiale, le journaliste et dramaturge autrichien Karl Kraus s'indignait : « Quelle est cette confusion mythologique ? Depuis quand Mars est-il le dieu du Commerce et Mercure, le dieu de la Guerre ? »

Aujourd'hui, il s'étonnerait également du fait que la diplomate la plus importante des États-Unis livre un discours dans une académie militaire (tout en y réprimandant avec beaucoup de condescendance la nation la plus peuplée du monde) et que le chef de la défense étasunienne pousse d'autres pays à imposer des sanctions punitives à un pays qui n'a agressé personne depuis des siècles.

Le secrétaire général de « l'unique bloc militaire au monde », dirigé par les États-Unis – Anders Fogh Rasmussen – a pris la parole à la Conférence annuelle de Munich sur la sécurité, le 7 février, et y a livré une harangue dont le titre était « L'OTAN au XXIe siècle : Pour une nouvelle confluence mondiale », au cours de laquelle il a loué la capacité du bloc militaire à s'introduire dans presque tous les interstices imaginables : la guerre en expansion en Afghanistan, le terrorisme, les attaques cybernétiques, les pénuries d'énergie provoquées – les deux derniers interstices se référant, doit-on conclure, à la Russie – la non-prolifération nucléaire, les changements climatiques, la piraterie, les États en faillite, les drogues, « les catastrophes humanitaires, les conflits ayant comme point de litige les terres arables, et la concurrence grandissante pour les ressources naturelles »,[4] la Corée du nord et l'Iran.

Rasmussen a répété les revendications de l'Alliance et d'autres dirigeants occidentaux à l'effet que « l'OTAN doit devenir un forum de consultation sur les questions de sécurité mondiale », et a déclaré qu'« afin d'accomplir efficacement le travail de l'OTAN aujourd'hui, l'Alliance doit se faire l'axe d'un réseau de partenaires pour la sécurité ainsi que le centre de consultation sur les questions de sécurité internationale... Et inutile de commencer à zéro. Déjà, l'Alliance possède un vaste réseau de partenariats sur la sécurité, dans des régions aussi éloignées que l'Afrique du nord, le golfe, l'Asie centrale et le Pacifique. »[5]

En effet, l'OTAN possède un vaste réseau de membres et de partenaires militaires en pleine expansion à travers le monde. Un de ces membres est la Turquie, le deuxième plus grand contributeur de troupes au bloc, qui partage des frontières avec l'Iran. L'autre est un allié partenaire, l'Azerbaïdjan, autre pays frontalier de l'Iran.

L'allusion de Rasmussen au golfe Persique invoque les contacts militaires en croissance, les visites et les activités conjointes entre l'OTAN et les six membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui vont main dans la main avec la présence croissante des États-Unis dans la région[6], laquelle présence est assurée dans le cadre de l'Initiative de coopération d'Istanbul (ICI) lancée en 2004.[7]

Le nom du projet vient du fait qu'il a été inauguré au sommet de l'OTAN à Istanbul, lequel sommet a absorbé presque complètement toute l'Europe de l'est dans le bloc grâce à un processus de partenariat graduel. Le même processus qui avait incorporé dix nouveaux membres européens, incorpora ensuite les sept nations du Dialogue méditerranéen du Moyen Orient et de l'Afrique (l'Algérie, l'Égypte, Israël, la Jordanie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie) et six États du golfe Persique (le Bahreïn, le Koweït, l'Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis). Les treize sont la responsabilité de l'ICI, mais le prolongement pour la première fois des partenariats militaires de l'OTAN à six nations du golfe Persique est l'aspect à la fois le plus ambitieux et le plus significatif du programme. Il fut le point de départ de l'offensive de l'OTAN dans le golfe visant à compléter la stratégie étasunienne de contenir et d'éventuellement confronter l'Iran.

Un des objectifs déclarés de l'ICI était d'« inviter les pays intéressés à se joindre à l'Opération effort actif (OEA) »,[8] qui est une opération de surveillance et d'interdiction navale (un blocus de facto) à la grandeur de la Méditerranée et qui aura neuf ans le mois d'octobre prochain. L'Initiative de coopération d'Istanbul lie le contrôle de la Méditerranée à l'expansion vers la Mer rouge jusqu'au golfe d'Aden, ou l'opération navale de l'OTAN, Ocean Shield, est présentement à l'oeuvre, y inclus la mer Arabique allant jusqu'au golfe Persique.

Un article précédent dans cette série énumérait les principaux objectifs de l'ICI :

- Se servir d'États appartenant au CCG afin d'y placer des troupes, des avions de guerre, des cargos et de la surveillance pour des opérations à la fois dans la région et dans ce qu'on appelle le Moyen-Orient élargi.

- Incorporer les États du golfe dans un programme de surveillance globale de missiles et de bouclier anti-missile.

- Amener les pays du CCG non seulement sous le parapluie nucléaire et anti-missile des États-Unis, mais effectivement sous l'influence de l'article 5, clause de défense mutuelle de l'OTAN, ce qui pourrait mener à ce qu'on prétende qu'un ou des membres du CCG est menacé par un non-membre (c'est-à-dire l'Iran) et qu'on crée ainsi un prétexte pour déclencher des attaques « préventives ».

- Activer l'Opération effort actif de l'OTAN dans le golfe en instituant une vaste interdiction navale – un blocus – dans le détroit d'Hormuz où a lieu de 40 à 50 % du transport international de pétrole.

En 2006, l'OTAN a signé des ententes de renseignement militaire et de passage avec le Koweït et a mis sur pied une nouvelle faculté du Moyen-Orient au Collège de défense de l'OTAN à Rome. L'OTAN a tenu une conférence sur l'ICI au Koweït en décembre à laquelle ont participé tous les six États du Conseil de coopération du golfe.

L'année suivante, quatre des six membres du CCG – le Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis – se sont joints formellement à l'Initiative de coopération d'Istanbul.

La pénétration du golfe par l'OTAN s'est poursuivie sans arrêt et en mai 2009, l'amiral Luciano Zappata de la marine italienne et commandant suprême adjoint des forces alliées Transformation (dont la base est à Norfolk, en Virginie), parlant du nouveau concept stratégique de l'OTAN présentement en cours, a loué l'Initiative de coopération d'Istanbul comme un « exemple de réussite » du nouveau modèle de « partenariat et de coopération » auquel songe l'Alliance pour la presque totalité de la planète.

Les intentions de Zappata (pour une fois on n'a pas invoqué le prétexte iranien pour justifier l'expansion militaire dans le golfe Persique pour camoufler les véritables visées de l'OTAN) sont révélées en détail dans ce qu'il a décrit comme étant « la dimension maritime de la nouvelle stratégie ».

Il a dit que « le réseau de ports, d'infrastructures et de pipelines ainsi que de navires suivant les lignes de communication maritimes qui soutient le commerce est vulnérable.

« Comme on commence l'exploitation des ressources sur le plancher océanique, il y a aussi un déplacement des intérêts stratégiques et de sécurité. »

L'amiral a ajouté que les Émirats arabes unis (ÉAU) sont « un partenaire commercial important et un fournisseur d'énergie important dans l'économie mondiale. La nouvelle base militaire française devant ouvrir au Port Zayed servira de support aux efforts internationaux pour renforcer la sécurité maritime. »[10]

Le jour même du rapport ci-haut mentionné, le 26 mai 2009, le président français, Nicolas Sarkozy, a visité les Émirats arabes unis pour y ouvrir une nouvelle base militaire, la première pour la France dans le golfe Persique et la première base étrangère dans les ÉAU. L'installation française dans le Port de Zayed, sur la côte du détroit d'Hormuz, « contient une base navale et aérienne ainsi qu'un camp d'entraînement ».[11]

« La base accueillera 500 membres du personnel de la marine l'armée terrestre et l'armée de l'air de la France. Elle pourra recevoir deux frégates de la flotte française opérant dans la région... La flotte française est la première du genre dans le golfe Persique. »

Un analyste du golfe fut cité au passage, disant : « Les États-Unis ont plusieurs bases militaires, aériennes et maritimes, dans le Koweït, le Qatar et le Bahreïn. La base maritime française d'Abu Dhabi est la première base militaire étrangère destinée à une armée amie dans les ÉAU. »[12]

« En ce qui concerne la France, la base militaire accroît son prestige au sein de l'OTAN et auprès des États-Unis puisqu'elle devient le seul membre de l'OTAN, autre que les États-Unis, à avoir un pied ferme dans le golfe. »[13]

Le mois suivant, Sarkozy a complété un contrat avec les ÉUA pour l'achat de 60 avions de combat Rafale au coût de 8-11 million $.

L'année précédente, la France avait effectué des exercices de guerre simulée dans les ÉAU, le Bouclier du Golfe 01, d'une durée de 12 jours, avec des homologues militaires provenant du pays hôte et du Qatar. Quatre mille soldats ont participé aux exercices, lesquels ont « simulé une guerre mettant en conflit deux pays de la région et leur allié contre un état voisin qui a envahi un des deux pays ».[14]

Vers la fin du mois d'octobre 2009, une conférence de deux jours sur « les relations OTAN-ÉAU et la voie vers l'avant pour l'Initiative de coopération d'Istanbul » avait lieu à Abu Dhabi, la capitale des Émirats arabes unis. Elle réunissait « 300 participants, y inclus le secrétaire général de l'OTAN, les représentants permanents de l'OTAN au Conseil de l'Atlantique Nord, le secrétaire général adjoint de l'OTAN, le président du Comité militaire de l'OTAN ainsi que d'autres haut placés de l'OTAN, des leaders d'opinion, des académiciens et des éminences grises de pays de la région du golfe.[15]

Le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a dit à un correspondant d'Al Arabiya que « l'OTAN voir la région du golfe comme une continuation de la région de sécurité euro-atlantique », et en référence à l'Iran – qui ne fut pas, évidemment, invité à la conférence – « nous sommes tous sérieusement préoccupés par les ambitions nucléaires et par l'effet d'entraînement nucléaire qu'il pourrait déclencher dans une région charnière pour la stabilité et la sécurité mondiales ».[16]

Ces dernières semaines, les États-Unis ont annoncé qu'ils avaient fait des ventes de missiles terrestres d'interception au Bahreïn, au Koweït, à Qatar et aux Émirats arabes unis. Ils ont approvisionné les États du CCG en Patriotes à capacité avancée-3 et en systèmes de missiles de Défense terminale de zone de haute altitude (THAAD) et ont déployé des missiles d'interception Standard-3 mer-air dans le golfe sur des navires de guerre équipés du système Aegis.

Tôt en février, le secrétaire général adjoint de l'OTAN, Claudio Bisogniero, était au Qatar et, « louant l'appui donné par Qatar à l'OTAN depuis l'Initiative d'Istanbul en 2004 », il a dit que « le Qatar est devenu un participant actif dans la plupart des délibérations tenues sous l'égide de l'OTAN... »[17]

Les États du CCG présentement intégrés aux opérations internationales sont recrutés pour la guerre en Afghanistan. Une publication des forces armées des États-Unis a révélé à la fin de janvier que 125 membres du personnel de sécurité du Bahreïn montaient la garde devant « les quartiers généraux des opérations militaires étasuniennes dans la province volatile de Helmand, ou sont stationnés plus de 10 000 marines et où d'autres sont attendus ».[18] C'est à partir de Helmand que les États-Unis et l'OTAN mènent leur bataille la plus intense et la plus sanglante dans leur guerre de plus de huit ans en Afghanistan.

Des troupes des ÉAU sont au service de l'OTAN et de son commandement en Afghanistan depuis plusieurs années.

L'Agence de nouvelles du Koweït écrivait le 28 janvier que le président du Comité militaire de l'OTAN, l'amiral Giampaolo Di Paola, avait dit que « l'Alliance est en discussion présentement avec un État du golfe sur le déploiement d'avions AWACS pour des missions de reconnaissance au-dessus de l'Afghanistan en appui à sa mission de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) ainsi que pour contrer la piraterie au large de la Somalie ».

De surcroît, Di Paola aurait déclaré que « l'Alliance prévoit régler prochainement la question de base avec l'un des pays du golfe » et « nous prévoyons être en position de remplacer le déploiement temporaire que nous avons aujourd'hui en Oman par un déploiement plus permanent et à long-terme ».[19] L'Oman est à proximité de l'Iran dans le détroit d'Hormuz.

La vraie puissance militaire dans la région du golfe, l'Arabie saoudite – armée jusqu'aux dents avec des armes modernes des États-Unis – est engagée dans sa toute première guerre depuis novembre dernier. Riyadh a lancé des attaques régulières avec infanterie, véhicules blindés et avions de guerre dans le nord du Yémen, son voisin, contre des rebelles houthi. On rapporte la mort de centaines de civils yéménites victimes d'attaques, qui, selon les porte-parole des rebelles, ont été accompagnées d'attaques aériennes des États-Unis.[20] Deux cents mille civils ont été déplacés par les combats au nord depuis 2004.

Le gouvernement saoudien reconnaît qu'il y a eu plus de 500 victimes de guerre, y inclus morts et blessés.

La population du nord Yémen est chiite en termes de conviction religieuse, et l'offensive saoudienne peut non seulement se transformer en guerre avec l'Iran mais peut, en fait, servir de répétition générale pour une guerre en bonne et due forme.

En ce qui concerne d'autres pays partageant des frontières avec l'Iran, en juillet dernier le secrétaire général adjoint de l'OTAN, Claudio Bisogniero, a signé un accord avec le ministre irakien de la Défense dans le but de former les forces de sécurité de ce pays. Le site web de l'OTAN rapporte que : « Cette entente représente un point tournant dans la coopération entre la République de l'Irak et l'OTAN et démontre la force de l'engagement pris par l'Alliance... L'entente donne à l'OTAN une base légale pour continuer sa mission d'assister le gouvernement de la République de l'Irak à développer davantage les capacités de ses Forces de sécurité. »[21]

Le mois dernier, l'OTAN s'est mise à recruter des Kurdes ethniques pour la Force de sécurité nationale de l'Irak dans le nord du pays près de la frontière iranienne.

Sur la frontière occidentale de l'Iran, au cours de rencontres de ministres de la Défense de l'OTAN en Turquie tard la semaine dernière, le chef du Pentagone, Robert Gates, a rencontré le chef d'état-major général de la Turquie, Ilker Basbug, et Gates a dit qu'il avait « discuté avec le général Basbug du rôle de la Turquie dans le système de défense anti-missile et des relations entre les deux armées ».[22]

L'ancien secrétaire général de l'OTAN, George Robertson, dans le but de convaincre de l'importance de conserver les ogives nucléaires étasuniennes en Allemagne, a divulgué récemment qu'il existe entre 40 et 90 armes nucléaires étasuniennes sur la base aérienne d'Incirlik en Turquie, selon des dispositions de l'OTAN.

Au nord-est de l'Iran, l'Azerbaïdjan est de plus en plus développé en tant qu'avant-poste de l'OTAN dans le Caucase du sud et dans le bassin de la mer Caspienne. Plus tôt ce mois-ci, « un groupe de travail du ministère de la Défense de l'Azerbaïdjan et du commandement européen des États-Unis (USEUCOM) a tenu une réunion à Stuttgart, en Allemagne... La réunion fut organisée dans le cadre du plan d'action des États-Unis et de l'Azerbaïdjan pour la coopération militaire » et a duré cinq jours.[23]

Le pays s'est vu accorder un Plan d'action de partenariat individuel de l'OTAN comme d'autres anciens États soviétiques tels que la Géorgie, l'Ukraine et, plus récemment, la Moldavie. En janvier, l'Azerbaïdjan a été l'hôte d'une conférence de planification pour l'exercice militaire de 2010 de la réaction régionale de l'OTAN. L'année dernière, « l'entraînement militaire de la Force de réaction régionale 2009 a eu lieu dans le cadre du programme du Partenariat pour la Paix de l'OTAN (PfP), en avril 2009, à Bakou.

« Le commandant des forces terrestres des États-Unis, Carter Ham, y a participé. »[24]

L'Azerbaïdjan a doublé la puissance de ses troupes en Afghanistan et formera les officiers de l'Armée nationale de l'Afghanistan dans ses écoles militaires. Le ministère des Affaires étrangères de ce pays a annoncé que l'Azerbaïdjan est intéressé à se joindre à la Force de réaction de l'OTAN avec l'Ukraine, et l'Alliance en donne la description suivante :

« La Force de réaction de l'OTAN (NRF) est une force prête à l'action et dotée d'une technologie moderne, composée de forces conjointes, terrestres, aériennes et maritimes, que l'Alliance peut déployer rapidement peu importe la région.

« Elle est en mesure d'entreprendre des missions à l'échelle mondiale et dans tous les créneaux d'opérations... »[25]

Vers la fin de janvier, un ancien conseiller présidentiel de l'Azerbaïdjan, Vafa Guluzade, prenant la parole à un séminaire sous le titre « Coopération OTAN-Azerbaïdjan : une perspective civile », a dit : « Le territoire et le peuple de l'Azerbaïdjan sont faits sur mesure pour une coopération militaire avec l'OTAN. Le pays est un emplacement géostratégique propice... l'Azerbaïdjan possède des aérodromes militaires propices pour des bases de l'OTAN. »[26]

À l'est de l'Iran, les États-Unis et l'OTAN auront bientôt plus de 150 000 troupes, et selon une récente étude, 400 bases en Afghanistan, et les deux belligérants occidentaux coordonnent des actions militaires avec le Pakistan, l'Alliance coordonnant par le biais de la Commission militaire trilatérale Afghanistan-Pakistan-OTAN.

Un étau se resserre autour de l'Iran par toutes les directions et l'OTAN en est le manipulateur principal.

Notes

1. La doctrine Obama : une guerre éternelle pour une humanité imparfaite, Stop NATO, le 10 décembre 2009

2. Sur ordonnance de Hillary Clinton : faire de la planète un protectorat de l'OTAN, Stop NATO, le 31 janvier 2010

3. Associated Press, le 9 février 2010

4. L'OTAN, le 7 février 2010

5. Ibid

6. U.S. extends Missile Buildup From Poland and Taiwan To Persian Gulf, Stop NATO, le 3 février 2010

7. L'OTAN dans le golfe Persique : De la troisième guerre mondiale à Istanbul, Stop NATO, le 6 février 2009

8. L'OTAN, l'Initiative de coopération d'Istanbul.

9. L'OTAN dans le golfe Persique : De la troisième guerre mondiale à Istanbul.

10. Khaleej Times, le 26 mai 2009

11. Radio Netherlands, le 26 mai 2009

12. Gulf News, le 23 mai 2009

13. Gulf News, le 27 janvier 2008

14. Agence France-Presse, le 6 mars 2008

15. L'OTAN, le 28 octobre 2009

16. Al Arabiya, le 1 novembre 2009

17. Gulf Times, le 8 février 2010

18. Stars and Stripes, le 23 janvier 2010

19. Agence de nouvelles du Koweït, le 28 janvier 2010

20. Yémen : la guerre du Pentagone sur la péninsule arabique, Stop NATO, le 15 décembre 2009

21. L'OTAN, le 26 juillet 2009

22. World Bulletin, le 6 février 2010

23. Azeri Press Agency, le 1 février 2010

24. Azeri Press Agency, le 21 janvier 2010

25. L'OTAN, la Force de réaction de l'OTAN.

26. Novosti Azerbaijan, le 22 janvier 2010

Rick Rozoff,

 Stop NATO,

10 février 2010 -

http://www.cpcml.ca/francais/Lmlq2010/Q40039.htm#1


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