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23/03/2010

n°323 - dossiers de l'Afghanistan - 22-03 - : Début :-: La résistance souffre mais s'adapte sans cesser d'agir

n°323 - dossiers de l'Afghanistan - 22-03 - : Début :-: La résistance souffre mais s'adapte sans cesser d'agir


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de l'Afghanistan n°323 du 22-03

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

1 Dossiers

1-1 La résistance souffre des attaques de drones mais s'adapte sans cesser d'agir.

1-2 Les forces afghanes sont loin d'être prêtes.

1-3 Gates parle de phase décisive de la guerre autour de Kandahar.

1-4 Manlio Dinucci : Afghanistan : la guerre secrète.

1-5 Des milices afghanes collaborationnistes en renfort de l'Otan…

1-6 Les Européens sceptiques sur leur participation à la guerre.

1-7 L'agent double qui a berné la CIA

1-8 Piotr Gontcharov : La Russie et l’opium afghan.

1-9 Guantanamo : Les dossiers

Suite

1 Guantanamo : Une Infamie à la face du Monde.

2 Londres prétend que Washington lui a caché le recours à la torture.

3 Transfert vers l'Espagne de Abu Hijazi emprisonné depuis 2002 sans inculpation à Guantanamo.

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Mireille Delamarre : Exécution d’Enfants Mains Liées, Viol & Sodomie Qui S’en Préoccupe ?

2-2 Dave Lindorff  : Meurtre en  forme d’exécution de huit écoliers menottés, ils avaient entre 11 et 18 ans.

Fin

2-3 Mecanopolis : Entretien exclusif avec le porte parole du Conseil national de la résistance afghane.

2-5 Le rapport de l’Onu sur les prisons secrètes.

2-6 Afghanistan, Pakistan: un responsable américain avait un réseau d'espionnage privé.

2-7 Conférence sur l’Afghanistan: "Les troupes de l’OTAN doivent partir le plus vite possible!" .

2-8 L'ambassade des Etats-Unis à Kaboul, fer de lance civil de l'ambitieuse stratégie du président Barack Obama.

2-9 Forces armées canadiennes - Finie la guerre après 2011 ?

2-10 Thane Burnett : Les Canadiens favorables à la réduction des dépenses militaires.

2-11 Fabrice de Pierrebourg: Un ex-militaire américain réclame la tête du commandant canadien en Afghanistan.

 



1 Dossiers

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 La résistance souffre des attaques de drones mais s'adapte sans cesser d'agir.

La multiplication des attaques de drones américains en Irak ou dans les zones tribales pakistanaises force La résistance à s’adapter ses tactiques mais ne semble pas l'empêcher d'agir, estiment témoins et analystes.
Les raids meurtriers de ces avions sans pilotes,
armés de missiles et télécommandés depuis les Etats-Unis, sont devenus la hantise des résistants cachés dans les déserts irakiens ou dans les régions montagneuses aux confins du Pakistan et de l'Afghanistan.

Dans les zones tribales pakistanaises, une centaine d'attaques en un an et demi (dont plus de 20 depuis début 2010) ont tué des centaines de militants, mais aussi, selon des responsables militaires pakistanais, de nombreux civils.
Ces attaques "représentent l'opération la plus agressive dans laquelle
la CIA a été impliquée de toute son histoire", a assuré mercredi dans le Washington Post le directeur de la centrale américaine, Leon Panetta.
"Ces opérations empêchent sérieusement la résistance de fonctionner", a-t-il ajouté. "Tous nos renseignements concordent: il leur est très difficile de maintenir un système de commandement (...) Nous les avons mis en déroute".
Sur
internet et lors d'interrogatoires devant des juges occidentaux, des résistants ont évoqué la peur que leur inspire cet ennemi invisible et implacable.
"Ils peuvent suivre nos mouvements et prendre des photos de jour comme de nuit", avertissait récemment, dans une vidéo mise en ligne, un membre de la résistance en Irak.
Des volontaires occidentaux arrêtés ont confié que les entraînements se faisaient désormais par petits groupes, rarement plus de dix, que les consignes étaient de rester au maximum à l'intérieur et de se méfier de tout le monde, par crainte des espions.
Enlevé et détenu pendant sept mois en Afghanistan et au Pakistan, le journaliste du New York Times David Rohde a raconté "la présence terrifiante des drones".
"Nous pouvions les entendre tourner au-dessus de nos têtes pendant des heures", a-t-il écrit dans le récit de sa captivité. "Ce ne sont que des points dans le ciel, mais leurs missiles portent à des kilomètres. Nous savions que nous pouvions être immolés à tout instant".
"Ces raids rendaient les Résistants paranoïaques", ajoute-t-il. "Ils croyaient qu'un réseau d'indicateurs guidaient les missiles. Des civils innocents étaient rassemblés, accusés d'être des espions et exécutés".
L'expert américain Peter Bergen, qui étudie au sein de
la New America Foundation l'impact de la "guerre des drones" (www.newamerica.net/drones), estime "qu'il faut être idiot, si vous êtes un membre d'Al Qaïda, pour rester à attendre dans les zones tribales d'être rattrapé par un missile Hellfire".
"Ces zones sûres ne le sont plus. Nous pouvons raisonnablement penser qu'il y a eu (pour les membres d'Al Qaïda) un mouvement de retour vers les grandes villes", ajoute-t-il, en rappelant que les derniers gros poissons capturés l'ont été à Karachi, la mégapole du sud du Pakistan.
Mais, même s'ils subissent des pertes, les hommes d'La résistanceet les résistantss pakistanais ont prouvé qu'ils savaient s'adapter.
En deux ans et demi, les résistantss pakistanais, qui ont fait allégeance à Al Qaïda, ont été à l'origine d'une vague de plus de 360 attentats suicide et d'attaques commando qui ont tué plus de 3.100 personnes dans tout le pays.
"La campagne des drones a tué un nombre important de chefs et de soldats jihadistes", écrivent Peter Bergen et Katherine Tiedermann dans un rapport de février, intitulé "L'année des drones", "mais ces pertes ont clairement été absorbées".
"Et l'extension de ce programme n'a pas empêché La résistance et ses alliés de continuer à entraîner des recrues occidentales".

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/al-qaida-souffre-des-attaques-de-drones-mais-s-adapte-sans-cesser-d-agir-19-03-2010-855165.php


1-2 Les forces afghanes sont loin d'être prêtes.

nb : Ndlr : La publication de l'article ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de  l'auteur mais doit être vu comme information.

Les militaires polonais s'entassent dans le blindé à la nuit tombée. Engoncés dans leur gilet pare-balles, fusil coincé entre les jambes, ils regardent pensivement les deux écrans infrarouge retransmettant la vue à l’extérieur du véhicule, tandis qu’une musique douce résonne en fond sonore. A Ghazni, à l'est du pays, ces hommes sont chargés d'entraîner la police afghane et d'assurer sa sécurité lors des patrouilles nocturnes. «Elle devrait le faire elle-même mais n'en est pas encore capable», explique un militaire. A la sortie du camp, une vingtaine de coups de feu sont tirés en l'air. «On vérifie que les armes fonctionnent». Le convoi repart, bientôt rejoint par des policiers afghans, chargés de fouiller les véhicules et la population.

La patrouille est emblématique de la nouvelle stratégie américaine dans le pays, qui vise à transférer le contrôle de sécurité aux forces afghanes. Ici, elles sont en première ligne, avec la Force internationale d'assistance et de sécurité (Isaf, sous commandement de l'Otan) en soutien.

Ce transfert est la condition clé pour permettre le retrait de la coalition. 

En décembre, Barack Obama a fixé à juillet 2011 le début du retrait des troupes américaines.

Mais dans les faits, aucun calendrier n'est fixé. «Le seul critère, c'est si les Afghans sont prêts à prendre le relais», rappelle Robert Ayasse, de la section Opérations à l'Otan.

Pour accélérer le processus, les effectifs de la police afghane devraient passer de 95.000 à 134.000 hommes d'ici à octobre dans tout l’Afghanistan, et ceux de l'armée de 96.000 à 171.000.

 85% des policiers et des soldats sont illettrés

A Ghazni même, les autorités estiment de 700 à 900 le nombre de résistants, et de 300 à 400 les membres d'al Qaida.

Or, selon Hadji Allahyar, le sous-gouverneur de Ghazni, «la police n'a pas les moyens ni l'équipement nécessaire pour combattre l'insurrection. Il faut que la coalition nous aide pour assurer la sécurité et pour bâtir nos forces armées. Cela prendra du temps».

Beaucoup de temps. Selon le général Cadwell, commandant au sein de l'Otan de la mission de formation en Afghanistan, «l'augmentation des effectifs de la police et de l'armée ne suffit pas. Il faut aussi qu'elles soient efficaces et, pour cela, il faut développer un leadership. Cela prendra des années».

Tout est à construire. En Afghanistan, 85% des policiers et des soldats sont illettrés, donc incapables de contrôler une carte d'identité ou d'enregistrer une plainte.

Caldwell compte rajouter une première semaine de formation aux huit semaines de cursus pour «leur apprendre à écrire leur nom et à compter».

Autre obstacle majeur: la corruption, qui suscite la méfiance voire le rejet de la population.

Pour tenter d'y remédier, les salaires ont été doublés en décembre, passant de 100 à 200 dollars par mois. A cela s'ajoute le manque de discipline (avec un taux d’abandon de 67% des élèves policiers), d'équipements et d'expérience. Près de la moitié des pertes humaines au sein des forces afghanes sont dues à des accidents. «C'est un vrai défi, car ils ne sont pas habitués à conduire, et soudain on leur donne des blindés», explique Caldwell qui réclame à la coalition 600 formateurs supplémentaires. 

Les formateurs de la coalition sont méfiants

 Ces difficultés, les soldats polonais de Ghazni y sont confrontés tous les jours.

Mais, ce qu'ils redoutent avant tout, c'est que les forces puissent se retourner contre eux. « On entend ce qui se passe dans le pays, murmure l'un d'eux. C'est arrivé l'an dernier. Des policiers formés par l'Isaf ont tué plusieurs soldats de la coalition

Dehors, les policiers fouillent une voiture et leurs passagers, alignés dos à la route. «Dieu merci», pas de trace d'armes, de drogue ou de matériel électrique suspect pour ce soir. Ils leur serrent la main et remontent en voiture. «Je ne leur fais pas confiance, lâche le soldat polonais en regardant l'écran infrarouge. Je suis engagé volontaire pour aider ce pays. Ils ont besoin de nous. Mais vous savez, on est des étrangers, ici...»

 04.03.10

http://www.20minutes.fr/article/388628/Monde-Les-forces-a...


1-3 Gates parle de phase décisive de la guerre autour de Kandahar.

Robert Gates, a déclaré aux troupes de la coalition, mardi dans le sud de l'Afghanistan, qu'elles participeraient prochainement à une "phase décisive" de la guerre - une opération visant à reprendre aux résistants l'entier contrôle de la province de Kandahar.

L'Otan va déployer dans les mois à venir des milliers de soldats en renfort dans le secteur de Kandahar dans le cadre des plans de reprise de contrôle de la région de Kandahar, au coeur de la stratégie afghane du président Barack Obama.

Des milliers d'Américains sont déjà arrivés l'an dernier dans la région, où ils ont renforcé 3.000 Canadiens et ont subi des pertes importantes.

Selon l'état-major américain, une bonne partie de la province est actuellement entre les mains des résistants, dont l'insurrection est de plus en plus soutenue.

L'opération de reprise du contrôle de la province de Kandahar est le principal objectif restant à atteindre dans la stratégie afghane du président Obama, qui vise à infléchir la tendance des dernières années et à reprendre le dessus sur le plan militaire.

Pour cela, Barack Obama a annoncé à la fin de l'année dernière le déploiement de 30.000 soldats américains en renforts, afin que les forces américaines puissent, après des succès militaires, entamer leur retrait d'Afghanistan à la mi-2011.

OBJECTIF FIN DE L'ÉTÉ

"Vous avez tous eu une mission bien dure", a dit Robert Gates aux troupes à la base opérationnelle avancée Frontenac, à une cinquantaine de kilomètres au nord de la ville de Kandahar.

Vingt-deux soldats ont péri et 62 autres ont été blessés dans la région.

"Vous êtes arrivés dans une région que contrôlaient entièrement les résistants. Vous avez versé votre sang pour cela".

"Ici, dans les environs de Kandahar, vous vous trouvez au coeur d'une région qui, une fois de plus, va être une pièce maîtresse de la phase décisive des opérations. Une fois de plus, vous serez le fer de lance", a-t-il dit.

Le général Stanley McChrystal, commandant des forces des Etats-Unis et de l'Otan en Afghanistan, a déclaré que l'opération de Kandahar serait menée par étapes, sans qu'il y ait une grande offensive comme ce fut le cas contre le bastion résistants de Marjah, dans la province voisine, Helmand.

Quinze pour cent des 30.000 hommes en renforts ne sont pas encore arrivés sur place. La majeure partie d'entre eux seront déployés dans les mois à venir à Kandahar et dans les environs.

D'ici la fin de l'été, les forces américaines et celles des autres pays de l'Otan espèrent rétablir le contrôle entier des autorités afghanes sur Kandahar, deuxième plus grande ville du pays, et les districts environnants.

Mardi 9 mars

http://fr.news.yahoo.com/4/20100309/twl-afghanistan-gates-41953f5_1.html


1-4 Manlio Dinucci : Afghanistan : la guerre secrète. 

Le général McChrystal, qui avait créé des escadrons de la mort pour éliminer les cibles désignées par le vice-président Cheney, ne supporte plus le système qu’il a mis en place.

Désormais commandant en chef en Afghanistan, il voit sa stratégie actuelle perturbée par des interventions secrètes des Forces spéciales qui lui échappent.

Il plaide maintenant pour une réorganisation du système.

Non par vertu, mais pour regagner son autorité.


Michael D. "Mike" Furlong, conseiller de planification stratégique au Commandement joint des opérations de guerre de l’information. Il détournait un budget officiel pour payer des informations auprès de contractants, afin d’identifier des cibles et de les faire assassiner par les Forces spéciales.

Le général Stanley McChrystal, commandant des troupes US et OTAN en Afghanistan, est soucieux : les Forces spéciales sont « responsables d’un grand nombre de victimes civiles et opèrent selon leurs propres règles » [1].

Parmi les derniers épisodes mis à jour se trouve celui qui s’est déroulé dans un village de la province de Paktia, où a surgi de nuit un bataillon des Forces spéciales (sans uniformes) à la recherche de deux présumés résistants. Ils ne les ont pas trouvés, mais ont, par contre, tué le chef de la police locale et un magistrat. Quand trois jeunes femmes ont essayé de leur porter secours, elles ont été tuées elles aussi. Plusieurs témoins racontent avoir trouvé les femmes attachées et bâillonnées, et avec des coupures au couteau sur le corps.

A tout cela, le général McChrystal est habitué : de 2003 à 2008, il a dirigé le Commandement joint pour les opérations spéciales et, selon le journaliste Seymour Hersh (Prix Pulitzer), il est l’organisateur d’un « secteur exécutif pour l’assassinat », relié au vice-président Cheney, surtout actif en Irak et en Afghanistan [2]. A présent cependant, dans ses nouvelles fonctions, McChrystal veut placer les Forces spéciales sous un contrôle plus étroit afin de « réduire le nombre des victimes civiles » et, donc, le « sentiment anti-américain » qui augmente dans la population.

La chose n’est pas simple. Sous les opérations guerrières officielles, est en cours en Afghanistan une guerre secrète dans laquelle la CIA joue un rôle croissant. Elle a constitué un réseau de petites bases, d’où opèrent des groupes d’agents pour repérer les chefs des résistants et les éliminer. Les informations sont souvent fournies par « des contractuels indépendants » au service du Pentagone et de diverses agences. Ils constituent une véritable armée ombre, dont le nombre dépasse 100 000, spécialisés dans diverses tâches.

Une brèche s’est ouverte sur ces opérations secrètes quand le New York Times [3] a rapporté le cas de Michael Furlong, un ex officier, à présent employé civil au Pentagone, qui a utilisé des fonds de dizaines de millions de dollars, officiellement destinés à recueillir des informations sur certaines zones tribales, pour constituer un réseau de contractuels ayant pour mission de repérer, dans la zone frontière avec le Pakistan, des « présumés résistants » à éliminer. Deux agences privées ont été chargées de cet objectif : l’International Media Ventures, constituée d’anciens officiers des Forces spéciales, qui s’occupe de « communication stratégique et de campagnes médiatiques » pour le compte du Pentagone et de ses commandements ; et l’American International Security Corporation, elle aussi constituée d’anciens militaires et agents secrets, qui s’occupe de « fournir de la sécurité » à des gouvernements, agences et multinationales.

On ne sait pas combien de « présumés résistants » ont été éliminés sur la base des informations des deux agences, ni comment celles-ci ont été payées (au forfait ou au chiffre). On sait encore moins si, pour augmenter leur gain, ces agences ont désigné quelques pauvres bergers comme dangereux chefs résistants à faire éliminer par les Forces spéciales ou, de façon plus aseptisée, par un missile tiré depuis un drone, confortablement guidé avec un joystick depuis une base aux Etats-Unis.

Manlio Dinucci

Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).

Traduction Marie-Ange Patrizio

Source Il Manifesto (Italie) et Réseau Voltaire

18 mars par Comité Valmy


[1] « U.S. Is Reining In Special Operations Forces in Afghanistan », par Richard Oppel et Rod Nordland, The New York Times, 16 mars 2010.

[2] Déclaration de Seymour Hersh lors d’une conférence à l’université du Minnesota, le 10 mars 2009. Voir aussi :« ’You can’t authorise murder’ : Hersh », entretien de Seymour Hersh avec Abbas Al Lawati, Gulf News, 12 mai 2009.

[3] « Contractors Tied to Effort to Track and Kill Résistants », par Dexter Filkins et Mark Mazzetti, The New York Times, 14 mars 2010.

http://www.comite-valmy.org:80/spip.php?article561


1-5 Des milices afghanes collaborationnistes en renfort de l'Otan…

Nb Ndlr : La publication de l'article ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de  l'auteur mais doit être vu comme information.

extrait

Les autorités de Kaboul, comme les responsables américains, font appel à d'anciens combattants moudjahidins pour venir à bout des résistants en Afghanistan.

De notre envoyé spécial à Kunduz.

L'œil malin, coiffé d'un vieux keffieh à damier en guise de turban, la kalachnikov coincée entre les jambes, le commandant Bakhtiar cultive son allure de bandit des grands chemins.

Autour de lui, ses hommes, telle une meute de loups affamés, n'inspirent pas d'avantage confiance. Pourtant, les autorités afghanes, comme les responsables américains, comptent sur d'anciens combattants moudjahidins, comme eux, pour retourner la situation en Afghanistan.

Lorsqu'ils ont assassiné le mollah Rachid, notre imam, les gens m'ont demandé d'agir. Alors, après avoir reçu l'aval du gouverneur, j'ai rassemblé mes hommes et j'ai organisé la sécurité.»

C'était il y a cinq mois. Désormais, Bakhtiar affirme qu'il contrôle la situation. D'ethnie pachtoune, comme le sont les résistants, il commande une trentaine d'hommes, qui se partagent une ving­taine de kalachnikovs. Tous sont d'anciens combattants moudjahidins, qui, comme lui, ont résisté à l'occupation soviétique dans les années 1980. «J'ai été blessé deux fois dans le djihad contre les Soviétiques, mais les résistants sont beaucoup plus dangereux, estime Bakhtiar.

Ce sont des fanatiques. La police et l'armée afghanes ont peur d'eux. Nous sommes les seuls à les affronter et à les tuer.» 

Depuis que Bakhtiar a pris les choses en main, son village de Ludin et ses environs, ainsi que la route menant à Taloqan, sont de nouveau fréquentables.

Dans le nord, plusieurs dizaines d'anciens commandants moudjahidins ont répondu à l'appel du gouvernement. «Si nous n'avions rien fait, les résistants et al-Qaida auraient pris le contrôle de la province, affirme Mohammed Omar, le gouverneur de Kunduz. Il y a de plus en plus de combattants tchét­chènes parmi eux. Et les gens nous disent que si nous ne faisons rien, ils seront obligés de passer du côté des résistants, pour avoir la paix. Nous fournissons une assistance à quelque 65 commandants moudjahidins, qui assurent la sécurité dans leurs villages en coordination avec la police. Parce qu'il ne faut pas compter sur les forces allemandes dans la région pour aller tuer les chefs de l'insurrection et leurs hommes. Les miliciens, eux, n'ont pas d'états d'âme».

Les opposants au projet s'inquiètent de voir les chefs de guerre locaux reprendre du service alors qu'il a fallu de longues années pour les démobiliser. Les forces de l'Otan ne leur fournissent ni armes ni assistance. Mais l'ANA, l'armée nationale afghane, leur a donné des armes, un appui logistique et une assistance médicale. De nombreux Afghans voient d'un mauvais œil le retour de ces miliciens qui s'étaient livrés à des exactions lorsqu'ils contrôlaient la région. «Chez les moudjahidins, il y a le meilleur comme le pire, confirme le chef de la police, le général Razak. Dans l'ensemble, ils sont bons. Mais il y a aussi parmi eux des voleurs et des drogués. Et puis, on ne sait pas de quel côté ils seront demain, alors on ne les compte pas dans nos effectifs.» 

«Un risque d'ethnicisation» 

Une solution provisoire, en attendant l'arrivée de renforts américains dans la région, de 1 500 policiers supplémentaires et d'une brigade de l'ANA. Certains doutent que les miliciens déposent de nouveau les armes le jour où des forces régulières seront en mesure de contrôler la situation. À long terme, le recours à ces hommes risque de fragiliser, davantage encore, l'autorité du gouvernement du président Hamid Karzaï, déjà très précaire dans les provinces.

«Le recours aux milices fait de nouveau courir à l'Afghanistan un risque d'ethnicisation, parce que les intérêts personnels de ces commandants dépassent souvent l'intérêt général du pays», regrette le colonel allemand, Michael Matz, commandant de la QRF, la force de réaction rapide dans le nord de l'Afghanistan. C'est pourquoi les forces de l'Otan entendent reprendre le contrôle dans le courant du mois de mars, après l'arrivée de renforts et la réorganisation des forces dans le nord, qui sera divisé en trois secteurs afin d'y améliorer la sécurité. «Nous allons mener des opérations offensives, combattre et repousser les résistants, explique le colonel Matz. Ensuite, la police se déploiera dans les zones reconquises, pour les tenir et incarner la présence du gouvernement. Nos hommes ne sont pas en mesure de tenir une zone pendant plus de cinq jours. Ensuite, c'est à la police de prendre le relais. Mais jusqu'à présent, nous avons manqué cruellement de forces de police et les résistants reviennent dès que nous partons.»

Le commandant Bakhtiar promet qu'il déposera les armes dès le retour des autorités gouvernementales à Ludin.

Restera alors à leur trouver une occupation… pour les empêcher de basculer du mauvais côté.

02/3

http://www.lefigaro.fr/international/


1-6 Les Européens sceptiques sur leur participation à la guerre.

Nb Ndlr : La publication de l'article ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de  l'auteur mais doit être vu comme information.

Après la chute du gouvernement de Jan Peter Balkenende, samedi 20 février, sur la question de la poursuite de la mission militaire en Afghanistan, l'OTAN a dit "respecter" la discussion interne aux Pays-Bas, mais estime qu'une présence réduite du pays dans la province d'Oruzgan (sud de l'Afghanistan) reste souhaitable. Le retrait complet des troupes néerlandaises devrait démarrer au mois d'août et être total avant la fin de l'année. L'Australie a indiqué qu'elle n'enverrait pas de troupes supplémentaires pour pallier la défection néerlandaise. Officieusement, Washington a déploré la décision des Pays-Bas. - (Corresp.)

La démission du gouvernement néerlandais reflète un sentiment général : dans les pays européens de l'Alliance atlantique, l'’intervention’ en Afghanistan provoque un malaise.

Royaume-Uni. Le bilan particulièrement meurtrier des soldats britanniques alimente l'impopularité croissante de la guerre : depuis le début de l'intervention, à la fin 2001, plus d'un millier ont été blessés et 263 sont morts, soit plus que lors de la guerre des Malouines en 1982.

Selon un sondage publié en novembre, 71 % des Britanniques sont favorables à un retrait rapide de leurs troupes de la province méridionale d'Helmand, l'un des bastions de l'insurrection des résistants.

La marge de manoeuvre du gouvernement Brown est limitée. Le premier ministre doit affronter des élections générales au plus tard à la mi-juin. En tête des sondages, l'opposition conservatrice, qui soutient la guerre en Afghanistan, dénonce le manque d'équipements, de véhicules blindés et d'hélicoptères nécessaires à une meilleure protection des troupes.

Tenant compte de l'hostilité grandissante du public, passant outre les pressions américaines et de son propre état-major, M. Brown n'a consenti à envoyer à l'automne 2009 que 500 soldats supplémentaires afin de renforcer le contingent de 9 000 militaires.

Toutefois, l'opposition à la guerre reste floue. A gauche comme à droite demeure le sentiment qu'il s'agit d'une guerre moralement juste menée par une coalition internationale dotée d'un mandat en bonne et due forme, à l'inverse du conflit irakien. Les récentes auditions de la commission Chilcot qui enquête sur la participation du Royaume-Uni à la guerre en Irak et les liens supposés entre Al-Qaida et les résistants renforcent ce sentiment diffus.

 

Espagne. La présence militaire en Afghanistan ne provoque pas de controverse politique ni de mouvement d'opinion hostile. La décision du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, le 12 février, d'envoyer 511 militaires supplémentaires, a été avalisée sans difficulté par le Parlement. Envisagé dès la mi-décembre 2009, ce renfort avait été confirmé le 28 janvier lors de la conférence de Londres sur l'Afghanistan.

Depuis 2002, les forces espagnoles en Afghanistan ont perdu 90 hommes. Le 1er février, la mort d'un militaire espagnol dans l'explosion d'une mine antichar qui en a blessé six autres n'a pas modifié les plans du gouvernement. Ce nouveau contingent portera à 1 576 hommes la présence espagnole sur place. Madrid a également prévu d'envoyer une quarantaine de gardes civils pour une mission de formation de la police afghane.

Le geste a été salué par Washington avec qui M. Zapatero souhaite améliorer ses relations, au point mort depuis le brutal retrait d'Irak en 2004.

 

Italie. Mardi 23 févier, le Sénat doit donner le feu vert définitif au budget de la mission italienne en Afghanistan pour les six premiers mois de l'année. Au début du mois, la Chambre des députés l'avait approuvé à l'unanimité. Les sondages indiquent que l'opinion publique, à près de 58 %, est opposée à la participation italienne.

Celle-ci, pourtant, ne provoque pas de débat dans le pays. La mort de six soldats italiens lors d'un attaque à Kaboul, en septembre 2009, avait suscité des divergences dans la majorité même. Le président du conseil, Silvio Berlusconi, avait souhaité alors faire "rentrer au plus vite" les soldats, mais en concertation avec ses alliés.

Entre-temps, en décembre 2009, le gouvernement italien a répondu favorablement à la demande de renforts de l'OTAN. Il a prévu un retrait progressif de ses soldats à partir de 2011, selon une "stratégie de transition", avec un horizon précis : 2013, soit la fin du mandat du président Karzaï.

En même temps, l'Italie a accepté d'envoyer un millier de soldats supplémentaires, dont les arrivées seront étalées sur toute l'année 2010. Pas question, en revanche, précise le ministre de la Defence, Ignazio La Russa, d'envoyer d'autres renforts au cas où l'OTAN en solliciterait après le retrait du contingent néerlandais.

 

Pologne. L'opinion publique polonaise est très largement hostile à la participation de son armée aux opérations en Afghanistan : 75 % environ, selon les sondages successifs depuis deux ans. La même proportion se dit opposée dorénavant à la poursuite de la mission de l'OTAN dans le pays. Seuls 17 % des sondés croient que cette mission pourra aboutir à l'arrêt des combats contre les résistants, selon une enquête de septembre 2009. Le 19 décembre de la même année, lors de combats dans la province de Ghazni dont la Pologne a pris la responsabilité, le soldat Michal Kolek, 22 ans, est mort : il est la 16e victime du contingent national.

En 2010, le contingent polonais doit passer de 2000 à 2600 soldats. Ce nouvel effort se justifie par les besoins opérationnels dans cette province sensible, a expliqué en décembre le ministre de la Defence, Bogdan Klich, au cours d'un débat parlementaire. Mais le gouvernement assure qu'une première décrue des effectifs serait envisagée en 2011.

 22.02.

Nb – ndlr : Pas de commentaire sur la Belgique

http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/22/les-europeens-sceptiques-sur-leur-participation-a-la-guerre_1309613_3214.html#xtor=AL-32280184


1-7 L'agent double qui a berné la CIA.

Il a frappé la CIA au cœur.

Le médecin jordanien Humam Khalil Abou-Mulal Al-Balawi raconte, dans une vidéo enregistrée peu avant sa mort, sa saga d'agent double, qui l'a mené d'une prison d'Amman à une base de la CIA en Afghanistan, où il a tué, ceinturé d'explosifs, le 30 décembre 2009, des agents américains chargés de la traque des chefs du djihad international.

La vidéo de quarante-trois minutes a été diffusée, dimanche 28 février, par As-Sahab, le média d'Al-Qaida.

"J'ai 32 ans et je travaille comme médecin en Jordanie. Mon voyage en djihad a commencé il y a quelques années, après l'invasion américaine de l'Irak..."

Balawi devient admiratif des djihadistes, notamment de feu Abou Moussab Al-Zarqaoui, commandant d'Al-Qaida en Mésopotamie, originaire comme lui du village jordanien de Zarqa, dont il affirme que l'opération contre la CIA est notamment destinée à venger sa mort. A l'époque, Balawi écrit, sous le nom de "Dr Abou Dujaanah Al-Khorasani", sur des sites Internet résistants.

Sa conversion en agent djihadiste se fait en deux temps.

Il affirme avoir d'abord senti qu'il devait entrer plus activement en djihad "après avoir vu les événements de Gaza". Ensuite, "tout a commencé lorsque la sécurité jordanienne est entrée dans ma maison". Il est arrêté pour "possession de matériel illégal" et pour ses écrits, est emprisonné et pris en main par "Abou Zaid", officier à la division de contre-terrorisme des services de renseignement jordaniens.

"Abou Zaid était un idiot qui m'a demandé de travailler avec les services de sécurité en espionnant les moudjahidins au Waziristan (zone tribale pakistanaise) et en Afghanistan. La chose incroyable est que je souhaitais justement rejoindre la terre du djihad mais n'y étais pas parvenu, et que ce crétin débarque et me propose de m'envoyer en terre de djihad. Mon rêve se réalisait !... Cet idiot creusait sa propre tombe. Il m'a promis des sommes atteignant des millions de dollars en fonction de la cible repérée."

Balawi arrive, au frais des services jordaniens, à Peshawar, au Pakistan. "Je suis entré en contact avec les moudjahidins, poursuit-il, qui ont convoqué une choura (assemblée)." Leur objectif est d'attirer dans un piège Abou Zaid, l'officier jordanien, et de le kidnapper à Peshawar. "J'ai repris contact avec lui quatre mois plus tard et lui ai transmis des vidéos des chefs moudjahidins. Je transmettais aussi de vraies informations dont nous pensions que l'ennemi avait déjà connaissance. Avec le temps, les services de renseignement jordaniens ont été convaincus que je travaillais pour eux."

Abou Zaid l'informe qu'il va lui faire rencontrer des agents de la CIA en Afghanistan.

Selon Balawi, la réunion est destinée à lui donner du matériel permettant de transmettre les coordonnées des cibles qu'il est censé repérer.

Selon la presse américaine, la CIA pensait qu'il venait livrer des informations sur Ayman Al-Zawahiri, l'adjoint d'Oussama Ben Laden. "Abou Zaid a convaincu l'équipe de la CIA chargée des attaques de drones de venir à la réunion, raconte Balawi. C'était un cadeau d'Allah. J'ai alors eu la certitude que le meilleur moyen de donner une leçon aux services jordaniens et à la CIA était de venir avec une ceinture de martyr."

Une choura d'Al-Qaida approuve le projet d'attaque-suicide. "Nous discutions de la façon de leur infliger une défaite et un carnage avec le minimum de pertes, et nous étions d'accord que cela passait par une opération martyre. Cette offre, répète-t-il, était un cadeau d'Allah."

Humam Al-Balawi a atteint son objectif. Le 30 décembre 2009, il est accueilli sur la base Combat Outpost Chapman à Khost, en Afghanistan, d'où l'Agence centrale de renseignement (CIA) américaine mène ses opérations contre les sanctuaires djihadistes au Pakistan. Il arrive en voiture avec l'officier de renseignement jordanien. Avant d'entrer dans la salle de réunion, il est fouillé par deux mercenaires de la société privée Blackwater, chargée de la sécurité. Les agents américains se tiennent près de là. Balawi se fait exploser, tuant neuf personnes : cinq agents de la CIA, dont la principale experte américaine d'Al-Qaida, les deux gardes de Blackwater, l'officier jordanien et son chauffeur. Au moins six autres personnes sont blessées, dont le chef adjoint de la CIA à Kaboul. Pour Al-Qaida, c'est un coup de maître.

Qari Hussein, un commandant résistant pakistanais chargé des attaques-suicides, est le premier à revendiquer l'opération. Mustafa Abou Yazid, le chef d'Al-Qaida en Afghanistan, diffuse son propre communiqué. Les services de renseignement américains soupçonnent aussi les résistants afghans de Sirajuddin Haqqani, très liés à Al-Qaida et opérant à Khost, d'avoir coordonné l'opération. Puis est diffusée, le 9 janvier, la première vidéo d'Humam Al-Balawi, où il apparaît aux côtés du chef des résistants pakistanais, Hakimullah Mehsud, et affirme qu'il veut venger la mort du créateur du mouvement résistants pakistanais, Baitullah Mehsud, tué par un drone américain.

Les Etats-Unis seraient aujourd'hui convaincus que l'opération fut organisée conjointement par Al-Qaida, qui a recruté Balawi, par les résistants pakistanais, qui l'ont accueilli et entraîné, et par les résistants afghans d'Haqqani, maîtres d'oeuvre des opérations dans la province de Khost. L'attaque confirmerait que ces djihadistes coopèrent pour les actions les plus sensibles. Les plus anciens ont vécu ensemble au Pakistan lors du djihad antisoviétique en Afghanistan, et tous se sont retrouvés dans les "zones tribales" pakistanaises après 2001.

L'agent double Balawi est ainsi devenu le héros du djihad international.

L'homme a infligé à la CIA l'une des pires défaites de son histoire.

02.03

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/03/02/l-agent-double-qui-a-berne-la-cia_1313268_3216.html


1-8 Piotr Gontcharov : La Russie et l’opium afghan.
.Durant la 53e session de la Commission des stupéfiants de l’ONU qui s’achève le 12 mars, la Russie s’efforce d’attirer l’attention de l’opinion publique internationale sur le problème de la drogue afghane.
Selon un rapport rédigé par les experts de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC),
la Russie est le deuxième marché, après l’Europe dans son ensemble, pour la consommation des stupéfiants à base d’opium, y compris l’héroïne, et le premier marché de ce genre parmi certains pays.
Rappelons la promesse faite par Oussama ben Laden alors encore en Afghanistan: « Ils seront noyés dans nos stupéfiants ». « Ils », c’est nous.

A l’époque, la Russie avait d’ailleurs soutenu le commandant Ahmad Shah Massoud, ennemi juré d’Oussama et du mollah Omar.Ben Laden a tenu sa promesse.

Sa déclaration date de 1999.

Dans les 10 ou 11 ans qui ont suivi, le nombre de toxicomanes a été multiplié par 10 en Russie. Notre pays consomme entre 75 et 80 tonnes d’héroïne afghane par an: ces chiffres cités dans le rapport avaient déjà été répétés maintes fois. Mais il y en a d’autres, moins connus. Par exemple, celui du nombre de décès dus à la drogue enregistrés en Russie est bien supérieur à celui des soldats soviétiques tués durant les dix années de notre présence militaire en Afghanistan: de 30000 à 40000, contre 15000.
La situation en Europe est meilleure.

L’Europe dans son ensemble, à l’exception de la Russie et de la Turquie, consomme 19% de la drogue afghane, contre 15% en Russie. Citons, à titre de comparaison, la Chine et l’Inde qui, bien que leur population atteigne un milliard d’habitants, consomment, respectivement, 12% et 7% de la drogue afghane.
Une question vient involontairement à l’esprit: en quoi sommes-nous fautifs ?

Pourquoi l’arme afghane de destruction massive vise-t-elle la Russie?
Revenons au rapport de l’ONUDC.

Même les experts de l’ONU ne cachent pas leur étonnement.

Il s’avère que « la demande d’héroïne afghane s’est accrue en Russie à des cadences stupéfiantes et que ce pays est devenu davantage le point final des livraisons qu’une zone de transit ».
Puisque l’héroïne parvient de Russie en Europe en quantités très limitées, dans ces conditions, selon les conclusions des experts de l’ONU, les efforts anti-drogue déployés par les autorités russes restent peu efficaces.
La Fédération de Russie, bien qu’elle soit le plus grand marché national d’héroïne au monde, ne saisit que 4% de la drogue qui arrive sur son territoire, souligne ce rapport. D’ailleurs, les services secrets afghans ne saisissent que 2% de la drogue.
Certes, la logique des services secrets afghans est compréhensible. A quoi bon saisir ce qui aurait pu être détruit dans les plantations mais qui n’a pas été détruit?
En ce qui concerne les mesures prises par la communauté internationale contre la menace que constitue la drogue afghane, il faut dire qu’elles ne signifient rien de concret. Les États-Unis renoncent, pour la énième fois, au programme de destruction des plantations de pavot à opium en le qualifiant, cette fois-ci, d’inefficace.

L’ISAF (la Force internationale d’assistance et de sécurité) qui combat en Afghanistan conjointement avec le contingent américain n’a et n’aura pas de conception clairement définie. Quant à l’OTAN, elle ne se trouve pas juridiquement en Afghanistan et il est difficile d’attendre des parlements des pays européens dont les citoyens consomment beaucoup moins d’opium afghan que les Russes, qu’ils soient tout à coup préoccupés par les problèmes rencontrés par la Russie. Il suffit qu’un seul de leurs soldats périsse en détruisant des plantations d’opium pour que les parlements de ces pays exigent de rappeler leurs contingents nationaux d’Afghanistan.
L’exemple néerlandais, en ce sens, est éloquent.
Enfin, en ce qui concerne l’ONUDC et
la Commission des stupéfiants de l’ONU qui sont, en fait, les seules institutions officielles chargées de lutter contre la drogue, leurs rapports ne manifestent que leur impuissance face à l’opium afghan. Voici un exemple significatif: le récent rapport da la Commission  souligne que, si les plantations de pavot à opium ont diminué à peu près d’un quart, la production d’opium ne s’est réduite que de 10% et l’Afghanistan en a produit en 2009 près de 7000 tonnes, battant traditionnellement son propre record.
Les 2% saisis en Afghanistan même représenteront 140 tonnes sur les 7000 tonnes de drogue déjà produite. Où iront les autres 6860 tonnes?
Selon Antonio Maria Costa, le directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, un « véritable typhon », combinaison idéale de stupéfiants, de criminalité et d’extrémisme, qui s’est déchaîné jadis autour de la frontière afghano-pakistanaise se dirige aujourd’hui vers l’Asie centrale. Si des mesures urgentes ne sont pas prises, cette immense région de l’Eurasie pourra être perdue avec ses immenses ressources. Costa affirme qu’on ne peut venir à bout du problème de la menace transnationale que représente l’opium afghan qu’en prenant des mesures internationales « authentiquement globales».
Nous entendons parler depuis des années de ces mesures « authentiquement globales », mais les quantités d’opium afghan n’ont pas diminué d’un pouce. Reste à fonder un espoir sur la 53e session de
la Commission des stupéfiants de l’ONU. Mais que pourra-t-elle donner, outre un nouveau rapport ?
Par Piotr Gontcharov, pour RIA Novosti
http://fr.rian.ru/discussion/20100311/186228791.html


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