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18/04/2010

n°478 - Journal d'Irak - 18/03/ au 17-04-10 - Fin - 1 366 350 morts Irakiens depuis l'invasion et l'occupation américaine et britannique...

n°478 - Journal d'Irak - 18/03/ au 17-04-10  -  Fin   - 1 366 350 morts Irakiens depuis l'invasion et l'occupation américaine et britannique... 



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Les médias occidentaux dans leur large majorité ont de tout temps accepté les versions des armées occupantes et ferment les oreilles aux autres sources.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!



Journal d'Irak

n°478                 du 18/03/10                  au 17-04-10

C.De Broeder & M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

5-1 "Toucher Saddam, c'est humilier tous les Irakiens"

5-2 Permission accordée.

5-3 "Effroyables imposteurs" sur Arte: le roi est nu.

5-4 David Walsh : Démineurs, la cérémonie des oscars et la réhabilitation de la guerre en Irak.

5-5 Jean-Luc Douin : The Power of Nightmares, ou comment fabriquer des cauchemars.

 

 


5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

5-1 "Toucher Saddam, c'est humilier tous les Irakiens"

Le 30 décembre 2006, Saddam Hussein était exécuté par pendaison.

Le lendemain, les images de sa mise à mort circulaient sur internet.

Dans un livre*, son avocat irakien, Khalil al-Doulaïmi, témoin privilégié de ces événements, revient sur le processus qui a conduit à la mort du raïs.

 

L'avocat de Saddam Hussein, lors du procès du président irakien. (Reuters)

Le style est brut, comme l'analyse. Dans son livre, Les secrets d'une mise à mort, l'avocat irakien de Saddam Hussein, Khalil al-Doulaïmi, raconte sa version de l'histoire. De la cavale du raïs à son exécution le 30 décembre 2006, en passant par son procès. Son discours, très critique envers les Etats-Unis et anti-iranien, détonne avec les versions officielles.

Ces anecdotes, souvent difficiles à vérifier, n'en sont pas moins intéressantes pour ce qu'elles révèlent de la situation irakienne. "Au lecteur de faire le tri", conseille d'ailleurs sa maison d'édition française. Rencontre.

Pourquoi avez-vous souhaité écrire ce livre?
Les Etats-Unis ont voulu cacher de nombreux événements qui ont eu lieu en Irak. Seule la vision américaine était disponible. Pendant le procès de Saddam Hussein, les audiences étaient diffusées avec un décalage de 20 minutes. Quand je rentrais chez moi et que je comparais ce que je voyais avec ce que je venais de vivre à l'audience, je me rendais compte qu'on ne diffusait que 20% de la réalité. Les droits de Saddam Hussein l'homme, et non le président, ont été violés au regard des normes nationales et internationales. C'est pourquoi j'ai souhaité écrire ce livre, pour faire connaître au monde l'autre vérité.

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec Saddam Hussein?
Jusqu'à ce que j'assure sa défense, je ne l'avais jamais rencontré. Je l'avais vu seulement à la télé et je n'avais aucun lien avec lui. J'avais par ailleurs beaucoup de réserves et d'objections par rapport à sa politique. J'étais donc devant ce paradoxe, entre l'image d'un grand leader très puissant et un prisonnier à la merci des marines. J'ai donc souhaité regarder cette affaire d'un point de vue juridique mais aussi humaine. Certes, c'était un dictateur, mais qui avait donné le droit aux Etats-Unis d'envahir un pays, de détruire son infrastructure, d'humilier sa population et d'évincer son président?

«Je ne suis pas un adorateur de Saddam Hussein»

Au-delà de la question de la responsabilité de Saddam Hussein dans divers événements, vous souhaitiez défendre un homme?
Le facteur humain était important, mais il y avait aussi le facteur patriotique. Il s'agissait de mon président. Dans les sociétés orientales, toucher à ce symbole, c'est toucher à la dignité d'un peuple. Il est temps que l'Occident et les Américains comprennent la mentalité des pays arabes. Mais sachez que je ne suis pas un adorateur de Saddam Hussein.

Vous le qualifiez pourtant d'héros et de martyr…
C'est un homme qui a eu beaucoup de courage. Encore une fois, il faut comprendre que le président est un symbole pour tout le monde, et ce, même si on n'est pas d'accord avec lui. Toucher le président irakien, c'est humilier tous les Irakiens.

En acceptant de le défendre, vous dîtes avoir subi des pressions. Vous racontez que votre maison a été fouillée par l'armée américaine…
Pour moi, l'atmosphère était terrible. Mais c'était aussi le cas pour l'ensemble du peuple irakien qui avait l'impression d'être l'objet d'une injustice effrayante. Tout le monde se demandait: qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça? En tant qu'avocat qui faisait son devoir juridique, humain et patriotique, j'ai dénoncé ces violations de mes droits et la pseudo démocratie américaine.

«La corde, trop longue. Le noeud, trop gros»

Selon vous, l'issue du procès de Saddam Hussein était connue d'avance…
Tout à fait. Normalement, selon le droit international, quand un pays envahit un autre pays, le pays occupant n'a pas le droit de changer le système juridique et constitutionnel du pays occupé. Or, la loi irakienne interdisait la constitution de tribunaux spéciaux. Mais le gouverneur américain en Irak, Paul Bremer, a constitué un tribunal spécial. Ce tribunal avait des statuts très particuliers conçus à la taille de Saddam Hussein. Par ailleurs, il était accusé de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide. Or, ces crimes relèvent d'une juridiction internationale. Il aurait dû être jugé devant le Tribunal pénal international.

Comment Saddam Hussein a-t-il vécu l'énoncé du verdict?
Quelques jours avant le verdict, l'ambassade américaine nous avait fait comprendre que la peine serait réduite, car le cas Doujaïl** ne valait pas la peine de mort. J'ai informé le président Saddam Hussein. Mais il m'a dit qu'il craignait que la peine soit très lourde. Le jour du verdict, il avait le moral. Quand le juge a lu le verdict, il n'a pas été surpris. Il a commencé à scander "Vive l'Irak", "Vive la Palestine libre", "Nous sommes prêts" à mourir. Moi, j'ai été très surpris par la condamnation à mort. Il m'est difficile de vous décrire ce que j'ai ressenti. Six mois auparavant, les Américains me faisaient comprendre que dans ce dossier, il allait être condamné à deux ans de prison. Pourquoi a-t-il été condamné à mort? Voilà la grande énigme, le grand secret, dont je n'ai pas la clé pour le moment.

 

Etait-ce, selon vous, davantage une pression intérieure, notamment des Chiites, ou extérieure, des Etats-Unis?
Il y avait toutes sortes de pressions: chiite, kurde, iranienne et autre. Pour moi, il s'agit en fait d'une transaction entre ceux-ci et les Américains.

Vous racontez que le jour de l'exécution, la corde de pendaison était trop longue. Saddam Hussein serait alors tombé à terre, vivant, et roué de coups à mort par les personnes présentes. Vous n'étiez vous-même pas présent ce jour-là, comment pouvez-vous affirmer qu'il a été battu à mort?
Des personnes, des chiites, qui étaient présentes ce jour-là, nous ont raconté les événements. Ces personnes souhaitaient que la mise à mort se déroule selon les procédures et que le président soit exécuté d'une façon correcte. Ces personnes ont vraiment été choquées par le déroulement de la mise à mort. Elles avaient la haine contre ceux qui ont fait ça. Elles nous ont donc informé, à la fois pour soulager leur conscience et aussi par refus de ce qui s'est passé. Nous avons confiance dans leur témoignage, elles nous ont par le passé donné d'autres informations qui se sont vérifiées.

Selon vous, la photo même de la pendaison montre que le système avait été saboté.
Oui, sur cette photo, on voit très clairement ce qu'il s'est passé. La corde, qui devrait être proportionnelle à la taille de la personne, est trop longue. Le nœud devrait avoir la taille d'un poing mais celui-ci est énorme. Enfin, la corde est trop épaisse. Elle est en chanvre et non en soie. On se demande par ailleurs qui sont ces hommes cagoulés. Une mafia? Un gang? George W. Bush? Tony Blair? Pourquoi sont-ils cagoulés? Comment peut-on exécuter quelqu'un de cette façon, surtout quand il s'agit d'un président?

Selon vous, l'imam chiite radical Moqtada al-Sadr, grand rival de Saddam Hussein, était présent le jour de l'exécution. Il lui aurait lancé: "Comment vas-tu tyran?". A-t-il participé à la scène que vous décrivez?
Il a participé à la mise à mort mais n'a pas donné de coups de pied. C'est le conseiller pour la sécurité nationale qui a commencé à frapper Saddam Hussein, suivi par la conseillère du Premier ministre. Toutes ces personnes ont insulté le président.

«La religion est pour Dieu, la patrie est pour tout le monde»

Que pensez-vous de la situation actuelle en Irak?
Je pense que les Américains ne vont pas se retirer entièrement du pays. Ils vont conserver des bases. Les Etats-Unis ne vont pas lâcher ce pays. Mais ce qui nous attriste le plus, c'est cette intervention iranienne dans le pays. L'Iran a créé en Irak le climat actuel de communautarisme et de confessionnalisme. L'Iran tente de diviser le pays. Il est très important que l'Occident réagisse. Si les Américains laissent le champ libre aux Iraniens en Irak, la situation se terminera tragiquement. L'Iran aura alors la mainmise sur une région riche en pétrole, ce qui touchera les intérêts américains et européens et déstabilisera la scène internationale. D'où la nécessité d'éloigner les partis religieux du gouvernement. La religion est pour Dieu et la patrie est pour tout le monde. Nous refusons que l'Irak soit gouverné par des extrémistes. Le pays est une mosaïque de religions, de communautés et d'ethnies et ne peut être gouverné que laïquement.

Dans votre livre, vous évoquez l'amitié qui lie l'Irak à la France. Saddam Hussein vous aurait notamment confié son souhait de remercier Jacques Chirac pour ne pas avoir participé à la guerre en 2003. Ce lien entre les deux pays semble aujourd'hui distendu…
La France a une très bonne image dans le monde arabe. Nous sommes fiers des positions françaises, sympathisantes de la cause arabe. Tout le monde se souvient de cette scène quand Jacques Chirac, en visite en Israël, a engueulé le garde de sécurité qui empêchait un Arabe de venir le saluer. Cette image est toujours dans nos têtes. Nous espérons que cela va continuer. Mais la France doit être à la hauteur de cet amour.

*Saddam, les secrets d'une mise à mort, par Khalil al-Doulaïmi, aux éditions Sand, 283 pages, 13,30 euros.

**Le procès de Saddam Hussein - qui était censé n'être que le premier d'une longue série - portait sur le massacre de 148 personnes dans le village chiite de Doujaïl, en représailles à une tentative d'assassinat le 8 juillet 1982.

31-03

http://www.lejdd.fr/International/Moyen-Orient/Actualite/Toucher-Saddam-c-est-humilier-tous-les-Irakiens-178327/


5-2 Permission accordée

Salem, 

12 juillet 2007. Deux hélicoptères Apache de l'armée américaine survolent Bagdad.

Un groupe d'hommes marche dans une rue déserte. Deux d'entre eux sont visiblement armés. Depuis l'un des hélicoptères, un soldat demande l'autorisation de tirer. Permission accordée. En moins de cinq minutes, plusieurs salves balaient la rue. Deux enfants sont blessés et une dizaine de personnes tuées. Parmi elles, deux employés de l'agence de presse Reuters : Saeed Chmagh, chauffeur de 40 ans, et Namir Noor-Eldeen, photographe de 22 ans.
Publiés sur le site web du quotidien TELEGRAPH

6/4/2010
Meurtres en direct...vous voulez observer ?
Visionnez ( ICI ).
Visionnez également  sur la page Web de WikiLeaks  »»»»

 

Permission accordée (2)

Elise Barthet : Le plan de l'armée américaine contre Wikileaks publié... sur Wikileaks

La scène a été entièrement filmée de l'un des hélicoptères. A l’époque, un porte-parole de l’armée américaine déclare que les victimes ont été tuées dans un combat opposant l’armée américaine et des "insurgés".

La vidéo classifiée que s'est procurée le site WikiLeaks, spécialisé dans la publication anonyme de documents confidentiels, prouve qu’il n’en était rien. Il s'agit bel et bien d'une bavure.

Et l'armée américaine a tout fait pour la garder secrète.

Le 16 juillet 2007, Reuters a réclamé l'ouverture d'une enquête sur la mort de ses deux employés.

Les autorités militaires avaient refusé, estimant que les soldats engagés en Irak avait respecté les lois de la guerre et leurs règles d'engagement.

 Au nom du Freedom of Information Act, loi qui autorise les citoyens à consulter tout document édité par l'Etat, l'agence de presse a essayé, en août 2007, de se procurer une copie de la vidéo. Une fois encore, l'armée s'y est opposée.

"CES IMAGES N'ONT JAMAIS ÉTÉ DIFFUSÉES..."

"Ces images n'ont jamais été diffusées... jusqu'à aujourd'hui", note WikiLeaks. Le site avait annoncé via Twitter, le 20 février, qu'il avait "finalement réussi à décrypter le fichier vidéo de l'armée, dans lequel des journalistes, parmi d'autres, se font tuer". Les documents ont été transmis par des informateurs (whistleblowers, littéralement "lanceurs d'alertes") au sein de l'armée. WikiLeaks précise qu'ils ont été analysés et recoupés avec les récits de témoins et de journalistes directement impliqués dans l'incident.

Le site n'en est pas à son premier fait d'armes.

Depuis sa création, en 2006, il affiche un impressionnant palmarès.

Rapports gouvernementaux, projets de loi, comptes divers...

Si une grande partie du million de documents rendus publics n'ont pas fait la "une" de la presse, WikiLeaks a été à l'origine de nombreux scandales politiques et financiers. Il a notamment publié une liste des adhérents du BNP, le parti d'extrême droite anglais, des documents de travail sur les négociations secrètes autour de l'accord commercial anticontrefaçon (Anti-Counterfeiting Trade Agreement, ACTA), de nombreuses informations concernant le krach bancaire islandais de 2008 ou encore plus de 500 000 messages texte échangés le 11 septembre 2001.

Victime de sa popularité, le site a fait l'objet d'une centaine de procès et attiré l'attention de plusieurs agences de renseignements. En mars, il a diffusé une note du service de contre-espionnage de l'armée américaine étudiant le fonctionnement du site et concluant que WikiLeaks représente "une menace potentielle".

Depuis l'annonce de la diffusion de la vidéo de la fusillade, le site a fait l'objet d'une surveillance accrue. Une pression, qu'il s'est empressé de relayer sur Twitter : "S'il nous arrive quoi que ce soit, vous savez pourquoi : c'est le film du 5 avril. Et vous connaissez les responsables."

Elise Barthet

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/04/05/un-site-internet-diffuse-les-images-d-une-bavure-americaine-en-irak_1329166_3222.html

Pour voir la vidéo (environ 19 mn) images difficiles à voir et commentaires ahurissants : http://www.dailymotion.com/video/xcukyb_wikileaks-publie-la-video-d-une-bav_news#hp-v-v1

Fraternellement,

 Karim Derkaoui


5-3 "Effroyables imposteurs" sur Arte: le roi est nu.

Rarement le désarroi des caciques des médias devant le discrédit qui les frappe aura été aussi évident que lors de cette soirée sur Arte, mardi 9 février, intitulée « Main basse sur l’info » (et encore visible une semaine sur le site Arte+7).

Le premier documentaire diffusé, « Les effroyables imposteurs » de Ted Anspach, consacré aux complotistes qui pullulent sur Internet, dépeint la Toile comme une boîte de Pandore moderne d’où s’échapperaient, au premier clic de souris, tous les fléaux de l’univers – histoire de ramener les téléspectateurs, ces brebis égarées, vers les bons bergers dont ils n’auraient jamais dû s’éloigner.

On a ensuite droit à une réalisation de Denis Jeambar, ancien directeur de L’Express, où interviennent « huit journalistes en colère » (Franz-Olivier Giesbert, Arlette Chabot, David Pujadas, Philippe Val, Jean-Pierre Elkabbach, Edwy Plenel, Eric Fottorino, Axel Ganz) filmés sur fond noir, à grands renforts d’images saccadées et de gros plans intimistes, dans un style qui évoque à la fois un film d’espionnage ringard et un clip publicitaire shooté par Karl Lagerfeld.

Les moyens mis en œuvre pour restaurer un prestige dont l’érosion a atteint le seuil critique sont particulièrement grossiers. Tentant de ranimer les braises de l’antique fascination suscitée par la profession de Tintin et d’Albert Londres, la voix off annonce une « sacrée brochette de journalistes » qui « connaissent de l’intérieur la folle machine des médias » et qui auront « carte blanche pour dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas, pour dire ce qu’on ne vous dit pas ». Ici, l’audience retient son souffle, dans l’attente de sa becquée de savoir : les dieux vont l’admettre dans leur secret. « Ecoutez bien ! » intime encore la voix off.
Et on n’est pas déçu. Mieux vaut s’accrocher, en effet, pour ne pas tomber de son fauteuil lorsqu’on entend David Pujadas déclarer que le journalisme « souffre d’abord de conformisme et de mimétisme ». On retrouve cependant vite un discours plus familier lorsqu’il explicite ce qu’il veut dire par « conformisme » : « L’idée que par définition le faible a toujours raison contre le fort, le salarié contre l’entreprise, l’administré contre l’Etat, le pays pauvre contre le pays riche, la liberté individuelle contre la morale collective. »

Dans cet insupportable penchant gauchisant, libertaire et tiers-mondiste qui suinte des reportages des grandes chaînes françaises et des pages des journaux, il voit « une dérive mal digérée [sic] de la défense de la veuve et de l’orphelin, une posture qui valorise le journaliste et qui a l’apparence – l’apparence ! – du courage et de la révolte ».

Où se situent, alors, le véritable courage, la véritable révolte ?

C’est drôle : on a l’impression de deviner.
Comme pour mieux inciter à la révérence, Pujadas est présenté comme « une star de l’info » ; Arlette Chabot est « à la tête d’un bataillon de deux cents journalistes » ; Franz-Olivier Giesbert est « une des grandes figures du journalisme français ». Dans les plans de coupe, tous sont montrés en contexte, parés des attributs qui – faute de mieux ? – fondent leur autorité : menant une interview, le casque de radio sur la tête ; marchant d’un pas décidé dans les couloirs de rédactions affairées et cossues ; penchés à plusieurs, d’un air concentré, sur un écran d’ordinateur, en plein processus de production d’une information fiable et impartiale ; ou encore, dans le cas de Philippe Val – car le ridicule ne tue pas –, en pleine conversation téléphonique, le combiné collé à l’oreille. Lorsqu’ils parlent face caméra, ils comptent : « Quatre, trois, deux, un… », avant d’entamer leur discours (« Allez, on y va », lance gaillardement Arlette Chabot). Ils regardent le téléspectateur droit dans les yeux, tels des magnétiseurs hypnotisant leur patient.

« Chacun à sa place ! » Retour à la table des matières

Avant tout, bien sûr, il faut redire à tous ces inconscients combien Internet, c’est mal, et combien les grosses pointures journalistiques qui leur parlent sont indispensables à leur gouverne. Qu’on pouffe devant une émission d’Arlette Chabot ou à la lecture du « roman d’amour » que vient de publier Franz-Olivier Giesbert, en effet, et « c’est toute la démocratie qui est en danger ».

Si Arte le dit… « Il faut cesser de faire croire, assène Elkabbach, que le citoyen journaliste va se substituer bientôt au journaliste citoyen : toutes les expériences citoyennes ont besoin de vrais journalistes pour sélectionner, vérifier et écrire. Alors, chacun à sa place ! »

Axel Ganz, fondateur de Prisma Presse, dont les publications (Voici, Gala, Capital, VSD, Télé-Loisirs…) sont réputées pour leur contribution de haut vol à la vitalité de la démocratie, estime qu’à long terme Internet fera naître chez les jeunes « un scepticisme sur les valeurs de notre société » : terrifiante perspective.
Arlette Chabot, presque racinienne, supplie : « Méfiez-vous des théories du complot selon lesquelles la vérité, les vérités de l’information seraient sur la Toile tandis que les médias traditionnels vous cacheraient la vérité. C’est vrai : grâce à Internet, plus aucune information ne pourra être enterrée ou dissimulée. Mais je vous demande d’être prudents, car un jour vous apprendrez que vous avez été manipulés, trompés. Sur Internet, la traçabilité des images n’est pas garantie. » Même la voix off s’y met : « Sur le Web, chacun crée son propre média et se croit journaliste. » La vieille histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, en somme. Tout ça finira mal – mal pour les internautes, ces buses présomptueuses, cela s’entend. Philippe Val, qui poursuit le Net de sa vindicte depuis le jour où il a découvert que ce machin pouvait permettre à des cuistres de critiquer sa politique éditoriale à Charlie Hebdo [1], le dit avec fougue : « La presse écrite survivra à Internet, j’en suis sûr. »

Les casseroles que traînent certains de nos preux « journalistes en colère » étant trop pléthoriques pour que leur fracas ne parvienne pas à leurs propres oreilles, ils sont obligés d’en passer par l’exercice de l’autocritique – d’en passer rapidement, qu’on se rassure. Jean-Pierre Elkabbach, qui réclame à grands cris « la rigueur, la curiosité, la qualité », et qui s’exclame : « Marre de nous complaire dans la pipolisation, l’irrationnel et le voyeurisme, j’en peux plus ! », reconnaît à demi-mot : « Est-ce que moi, je me suis fait honte ? Peut-être pour une erreur que j’ai commise et assumée » – référence un brin sibylline à son annonce prématurée, sur Europe 1, en avril 2008, de la mort de l’animateur de télévision Pascal Sevran.
Et Philippe Val, avec une désinvolture qu’on s’en voudrait de prendre pour de la suffisance : « J’ai dû dire une connerie y a pas longtemps. Je ne me souviens plus ce que c’est, mais je me suis trompé, mais méchamment. Putain, c’était la honte. » Moins défaillante que la sienne, notre mémoire a l’embarras du choix. Peut-être pense-t-il à sa récente déclaration selon laquelle l’« actionnaire » de France Inter, Nicolas Sarkozy, ne serait « pas très bien traité » par les journalistes de la station – assertion qui lui donne une légitimité indiscutable pour réfléchir au redressement de la profession ?

« Partenariats » médiatico-idéologiques Retour à la table des matières


Passons sur les viriles amitiés qui nous valent régulièrement ce genre de grandes opérations médiatico-idéologiques : cette soirée d’Arte était produite par Doc en Stock, la société de Daniel Leconte, en partenariat avec France Inter. Daniel Leconte et Philippe Val sont de grands amis : le premier a réalisé un film sur l’affaire du procès de Charlie Hebdo pour les caricatures de Mahomet, le « coup » publicitaire qui a définitivement lancé la carrière du second ; bien souvent, lors de précédents « débats » sur Arte, ils ont fustigé de concert la chienlit gauchiste [2].


Tous deux partagent avec Denis Jeambar, réalisateur de « Huit journalistes en colère » et instigateur en son temps du virage néoconservateur de L’Express, de solides convictions atlantistes. Les incessantes professions de neutralité journalistique et politique, les invocations d’une information « ni de droite ni de gauche », qui auront émaillé cette soirée – y compris lors du débat animé ensuite par Daniel Leconte –, sont franchement désopilantes, tant les obsessions propagandistes de ses initiateurs ont la discrétion d’un éléphant au milieu d’un couloir. Leur cible principale : les contempteurs de la politique israélienne, qui seraient tous, de même que ceux qui trouvent à redire à la politique américaine, de fieffés antisémites.


« Le pire ennemi du journalisme, avance Philippe Val, c’est sa conviction d’être au service du bien et de la pureté. » Celui qui, du temps où il éditorialisait à Charlie Hebdo, maniait avec une égale aisance l’insulte, la diffamation décomplexée et le fantasme échevelé, met en garde contre la « tentation de faire primer la thèse sur les faits » : « Le nombre de journalistes qui sont tombés dans le piège du bien est suffisamment important pour que la profession en soit profondément malade. Le discours démagogique des uns marginalise le travail sérieux des autres. Ce n’est pas quand il exprime une opinion que le journaliste est libre et indépendant : c’est quand il pense d’abord contre son opinion pour ensuite livrer son analyse. (…) On ne discute pas de l’Amérique, on ne peut pas discuter d’Israël et de la Palestine : il y a des tas de sujets sur lesquels on ne peut pas discuter parce que c’est le Bien et le Mal. Il y a des rédactions qui sont malades de ça. »


Le documentaire évoque également un incident navrant, qui en dit long sur cette « poubelle de la démocratie » qu’est la télévision, et qui vit la rédaction de France 2 – sous l’influence méphitique, il est vrai, de l’Instrument de Satan – diffuser, en pleine offensive israélienne sur Gaza, « des images récupérées sur Internet et accablant Israël. Après vérification, Arlette Chabot s’excuse : c’était de l’intox ». Il est bien établi aujourd’hui, en effet, qu’à l’hiver 2008-2009, à Gaza, l’armée israélienne s’est comportée avec un humanisme extravagant [3]. Et dire qu’il est encore de dangereux désinformateurs, en liberté sur Internet, pour persuader les âmes crédules du contraire…

Source: Les blogs du Diplo


5-4 David Walsh : Démineurs, la cérémonie des oscars et la réhabilitation de la guerre en Irak.

La cérémonie des oscars de cette année a été un étalage de banalité et de lâcheté.

Les trois films les plus primés par l'Académie, Démineurs (The Hurt Locker), Precious, et Inglorious Basterds, incarnent dans leur ensemble ce qu'il y a de rétrograde et malsain dans l'industrie du film, et ils avancent tous masqués.

Démineurs, en dépit des déclarations sur son approche « apolitique » ou « non-partisane », se révèle, à sa propre manière sans saveur, être un film favorable à la guerre et à l'impérialisme.

Loin d'offrir un point de vue compatissant sur la vie des Afro-américains des centres-villes [pauvres, ndt], Precious se complait dans l'arriération sociale, dont il impute la faute aux opprimés eux-mêmes. Le repoussant Inglorious Basterds de Quentin Tarantino se présente comme un film « anti-nazi », mais offre sa propre version du porno et du sadisme, laquelle reprends à son compte plus d'un élément fasciste.

Trois œuvres franchement abominables.

Il y a sept ans de cela, en mars 2003, quelques jours seulement avant le lancement de l'invasion illégale de l'Irak, le réalisateur de documentaire Michael Moore – recevant l'Oscar pour Bowling for Columbine – dénonçait George W. Bush comme « faux président, » ajoutant, « Nous vivons dans une ère où un homme nous envoie en guerre pour des raisons qui n'existent pas… [Nous] sommes contre cette guerre, M. Bush. Honte à vous. »

Sept ans après cette déclaration intègre de Moore, l'industrie du cinéma a officiellement jeté l'éponge dimanche dernier et de la manière la plus basse qui soit, abandonnant même la prétention à s'opposer aux guerres coloniales du Moyen-Orient et d'Asie centrale. En fait, le choix de Démineurs comme meilleur film fait partie d'une réhabilitation rampante et concertée de la guerre d'Irak, en train de se produire dans l'establishment politique et médiatique libéral.

De la revue The Nation, où Robert Dreyfuss a écrit qu'il voyait des « signes d'espoir » dans les récentes fraudes des élections irakiennes, jusqu'au groupe de réflexion du Parti Démocrate, le Center for American Progress, qui affirme que ces mêmes élections « représentent le dernier pas des irakiens pour reprendre le contrôle de leurs propres affaires, » la gauche officielle et le milieu libéral indiquent leur accord pour la présence permanente des États-Unis en Irak, visant à contrôler les vastes réserves de pétrole du pays.

Les libéraux « anti-guerre » bien en vue d'Hollywood, pour qui l'opposition à l'invasion Irakienne de 2003 avait beaucoup à voir avec une hostilité culturelle et psychologique, envers le gouvernement Bush, en sont là également. L'élection de Barack Obama représentait pour eux, comme pour tout un milieu social, la réalisation complète de leurs aspirations politiques.

La réalisatrice de Démineurs Katrine Bigelow, a saisi l'opportunité dans son discours de remerciement pour le prix de la meilleure réalisation, « de le dédier aux femmes et aux hommes de l'armée qui risquent leur vie chaque jour en Irak et en Afghanistan et partout dans le monde. »

Et après cela, en recevant l'Oscar du meilleur film, elle a répété, « peut-être une dédicace de plus, aux hommes et aux femmes partout dans le monde qui portent un uniforme… ils sont là pour nous et nous sommes là pour eux. »

Non, ils ne sont pas là pour « nous ». L'armée américaine est une armée professionnelle, pas une armée de conscription, elle opère à la manière d'une bande de malfrats à l'échelle mondiale au service de l'élite financière américaine. Toutes sortes d'ex-gauchistes et libéraux se rallient actuellement autour de l'effort de guerre impérialiste, souvent par la formule selon laquelle il faut « soutenir les troupes. »

C'est un slogan pitoyable et frauduleux. Dans la pratique, il implique un effort pour décourager ou passer sous silence les critiques des causes, de la conduite et des objectifs de ce conflit brutal.

Le succès de la campagne des Oscars en faveur de Démineurs donne la mesure de la banqueroute intellectuelle des critiques et de l'élite hollywoodienne. Ce film n'a pas eu un grand succès auprès du public, mais comme Jeremy Kay, écrivant pour le Guardian, l'a noté, « Ce Thriller est devenu l'égérie des critiques, loué comme le meilleur film sur la guerre en Irak réalisé aux États-Unis, et en fait comme la meilleure tranche de guerre montrée à l'écran depuis des années. » Ce n'est pas vrai, mais de bien meilleurs films comme Battle for Haditha et In the Valley of Elah, ou d'autres, ont été délibérément marginalisés par les médias américains.

La compagnie de relations publiques engagée pour s'occuper de Démineurs, s'est concentrée sur la perspective que Bigelow soit la première réalisatrice à recevoir un Oscar. « L'idée était séduisante, » écrit Kay, « et je peux témoigner de la vitesse à laquelle elle s'est répandue dans les artères d'Hollywood. Un jour avant la nomination, le 2 février, on ne parlait quasiment de rien d'autre. »

En d'autres termes, le fait que la réalisatrice soit une femme a compté plus que tout le reste. Bien sûr, ce n'est pas tout. Les membres de l'Académie ont également encensé Démineurs en raison de ses thèmes.

Sous le couvert de l'objectivité et de « l'authenticité, » le film de Bigelow présente la guerre en Irak du point de vue d'une « tête brûlée, » le sergent William James, expert en désamorçage. La présence des forces américaines en tant qu'armée d'occupation n'est jamais remise en cause, et le travail de cet individu téméraire (et, franchement, psychotique) est présenté comme sauvant héroïquement des milliers de vies.

Les quelques bribes de dialogues insérés entre les diverses scènes de désamorçage sont forcées et ne convainquent pas. Bigelow n'a aucune idée de ce que sont des soldats, ou de la manière dont les êtres humains interagissent. Ses films (the Loveless, Near Dark, Blue Steel, Point Break, Strange Days) ne sont pas faits à partir de la vie, mais à partir de schémas confus et malsains, y compris des morceaux épars de philosophie post-structuraliste et postmoderne.

Dans son premier film, The Set-Up (1978), par exemple, deux hommes se battent dans une ruelle, pendant que, selon le New York Times, « les sémioticiens [qui étudient le langage] Sylvère Lotringer et Marshall Blonsky déconstruisent les images en voix-off. » Bigelow a expliqué à ce propos : « le film se termine avec Sylvère parlant du fait que dans les années 1960 on concevait l'ennemi comme hors de soi, c'est-à-dire, un officier de police, le gouvernement, le système, mais ce n'est pas vraiment le cas en fait, le fascisme est très insidieux, on le reproduit tout le temps. »

On a envie de répondre, à nouveau, parle pour toi ! Bigelow est clairement fascinée par la violence et le pouvoir… et la guerre, qu'elle considère comme séduisante et « excessivement dramatique. » Bigelow adhère à l'idée « qu'il y a probablement une nécessité fondamentale à ce conflit » et qu'elle se trouve attirée par la notion d'une « psychologie de l'accoutumance, de l'attirance, vers le combat. »

Ses admirateurs déclarent que Bigelow se plaint, ou critique, un tel état de fait. Au contraire, Démineurs, glorifie et embellit la violence, que la réalisatrice associe à « des réactions émotionnelles intenses. » Tout cela, avec une dose de Nietzsche mal digéré, est assez malsain et même sinistre, mais il correspond à un état d'esprit bien défini parmi certaines couches considérées comme l'intelligentsia « radicale » aux États-Unis.

Le film de Bigelow, réalisé d'après un scénario du journaliste "embedded" Mark Boal, n'est pas un film anti-guerre. Il se contente de faire une pause de temps en temps pour méditer sur le coût élevé payé par les soldats américains pour le massacre des insurgés et des civils irakiens. En ce qui concerne Bigelow, tant qu'ils n'ont pas l'air de s'amuser et qu'ils montrent des signes de fatigue et de stress, les soldats américains peuvent continuer à tuer et à semer la destruction.

Comme l'a noté la chronique du WSWS en août dernier, « la plus grande erreur du film est que ses réalisateurs croient apparemment qu'il est possible de dépeindre correctement l'état moral et psychologique des soldats américains sans parler de la nature de l'aventure irakienne dans son ensemble, comme si cela ne changeait pas la manière dont les soldats agissent et pensent. »

Démineurs a plu aux votants d'Hollywood, comme l'a noté avec satisfaction un commentateur, parce qu'il « ne force pas les spectateurs à faire un jugement politique sur la guerre, » c'est-à-dire qu'il est compatible avec l'ultra-droite, le pentagone et le gouvernement Obama.

La cérémonie annuelle des Oscars est plus qu'une simple occasion pour Hollywood de s'autocélébrer. La diffusion (vue cette année par 40 millions de gens aux États-Unis.) est devenue un rituel de la vie publique américaine, une manière de plus de forger, de manipuler l'opinion publique.

Ainsi, comme dans toutes les occasions de ce genre, la cérémonie est maintenant un événement complètement préparé et stérile du début à la fin. Personne n'a le droit – ou n'aurait l'idée – de sortir du rang, il n'y a pratiquement aucun moment qui ne soit écrit à l'avance. Même si cette cérémonie n'a probablement jamais eu son âge d'or, il y a eu une époque où elle conservait la possibilité pour des sentiments sincères, et même une opposition, de s'exprimer.

Même l'Oscar du documentaire, que Moore avait remporté en 2003, a été contrôlé de près. Judith Ehrlich et Rick Goldsmith étaient en compétition dans la même catégorie cette année avec leur film The Most Dangerous Man In America: Daniel Ellsberg and the Pentagon Papers. Ellsberg est l'homme qui a rendu publique l'histoire secrète du Pentagone dans la guerre du Vietnam en 1971, portant un coup à la version des événements présentés par le gouvernement. Il était présent à la cérémonie dimanche dernier. Dans l'atmosphère actuelle dominée par la corruption et la peur, il aurait été bien trop embarrassant de se souvenir de quelqu'un qui s'est opposé aux autorités!

À la place, The Cove, un documentaire sur un village de pêcheurs japonais où des milliers de dauphins et de tortues sont péchés chaque année, a reçu le prix. Ce sujet peut être bon, mais il est considérablement moins important que l'arrêt du bain de sang au Vietnam, ou de ses équivalents actuels, en Irak et en Afghanistan.

Bref, la cérémonie des Oscars de cette année a atteint encore une fois un niveau bien bas. Les réalisateurs, scénaristes et acteurs honnêtes d'Hollywood devront se faire connaître et agir. La situation actuelle est tout simplement intenable du point de vue du cinéma comme de la société dans son ensemble.

David Walsh

Article original en anglais, The Hurt Locker, the Academy Awards and the rehabilitation of the Iraq war, WSWS, publié le le 11 mars 2010.

Le 24 mars

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5-5 Jean-Luc Douin : The Power of Nightmares, ou comment fabriquer des cauchemars.

 Comment les puissants de ce monde génèrent la peur pour imposer leur politique. Al-Qaida serait un leurre créé de toutes pièces, un cauchemar soigneusement élaboré et nourri par l’élite qui prétend nous protéger d’une terreur qu’elle fabrique.

Quelle meilleure méthode pour imposer de nouveaux pouvoirs au monde et justifier les visées expansionnistes des faucons de Washington ?

A la suite de l’article paru dans Le Monde, nous vous proposons de regarder les meilleurs extraits du long métrage  "The Power of Nightmares" du réalisateur britannique Adam Curtis.

Ce documentaire, produit en 2004, a été présenté au Festival de Cannes.

Pour étayer son sujet, A. Curtis se réfère à deux "théoriciens" qui, dans les années 50, ont stigmatisé une dépravation générale des comportements à travers le monde, une véritable plaie à combattre.

Il s’agit de l’Américain Leo Strauss, professeur de philosophie politique dont s’inspireront les néoconservateurs de la Maison Blanche, et de Sayyid Qutb, membre des Frères Musulmans dont la pensée influera sur l’idéologie de ben Laden.

Mélangeons le tout, et nous avons là une parfaite recette pour fabriquer la peur.

Le film que nous vous présentons a été traduit et sous-titré par l’équipe ReOpen911.

Adam Curtis, réalisateur


 "The Power of Nightmares" : le pouvoir américain comme fabrique à cauchemars

Article de Jean-Luc Douin paru dans Le Monde à l’occasion du Festival de Cannes 2005

Autres temps, autres mœurs.

En 2004, on se serait battu pour assister à 
la projection du film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11. Cette année, 
c’est dans la plus petite salle du festival que l’on a visionné The 
Power of Nightmares ("Le Pouvoir des cauchemars"), documentaire du 
Britannique Adam Curtis, produit par la BBC.

Ou comment des hommes 
politiques manipulent l’opinion au gré de cyniques numéros d’illusionnisme.

"Depuis que les gens ne croient plus aux rêves, et donc aux idéologues, 
dit Adam Curtis, nos gouvernants reprennent du pouvoir en nous assurant 
qu’ils nous protègent des cauchemars.

Le pire d’entre eux serait le 
terrorisme international, censé opérer par un réseau de cellules 
éparpillées de par le monde. On veut nous protéger d’une terreur 
totalement virtuelle."

Il appartiendra aux spécialistes de se prononcer sur la démonstration 
d’Adam Curtis ­ délivrée par une voix off. Elle brocarde les Etats-Unis 
et l’Angleterre de Tony Blair. Elle mêle, sur fond de musique d’Ennio 
Morricone, des interviews de responsables politiques, spécialistes en 
stratégie ou membres de services de renseignements, à des archives 
d’actualités filmées. Nous sommes dans le droit fil de Michael Moore, 
mais de façon plus ironique que guignolesque, plus documentée aussi. 
Adam Curtis donne un fracassant cours d’histoire, appuyé par un montage 
dynamique d’images.

LES FORCES DU MAL

Deux hommes, sous la présidence d’Harry Truman, au début des années 
1950, seraient à la source des manipulations de l’opinion. L’Egyptien 
Sayyid Qutb, membre des Frères musulmans et adversaire du président 
égyptien Gamal Abdel Nasser, dont les idées auraient été reprises par 
Ayman Zawahiri, le mentor d’Oussama Ben Laden.

Et le philosophe Leo 
Strauss, dont s’inspirent les néoconservateurs qui dominent aujourd’hui 
la Maison Blanche. Le premier a dénoncé la décadence des moeurs 
occidentales. Le second a élaboré le mythe d’une Amérique destinée à 
combattre les forces du Mal.

Les djihads islamiques n’ont cessé depuis de vouloir éliminer ceux 
qu’ils considéraient comme corrompus par l’Occident (dont le président 
égyptien Anouar Al-Sadate).

Les républicains américains, de leur côté, 
se sont appuyés sur les activistes religieux pour mener leurs croisades 
morales, et sur une surévaluation de la menace soviétique assénée par 
Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz (anciens conseillers de Ronald Reagan) 
pour justifier leur propagande impérialiste.

C’est le moment fort du film. Adam Curtis veut démontrer comment les 
Américains, inlassables inventeurs de mythes, ont porté des accusations 
sans preuve à l’encontre de l’URSS (monstre qui aurait dirigé tous les 
mouvements terroristes de la planète, y compris l’IRA), puis de Saddam 
Hussein, et enfin d’un Ben Laden, qui ne serait, selon le film, qu’un 
banquier des djihads, n’aurait pas conçu les attentats du 11 Septembre, 
et dont la forteresse souterraine dans les montagnes de Tora Bora, en 
Afghanistan, serait une mystification.

Al-Qaida, nous explique Adam Curtis, n’a jamais existé. C’est une 
invention du ministère américain de la défense, tout comme les "cellules 
dormantes" implantées un peu partout dans le monde.

Une cassette, que 
des prétendus terroristes arrêtés dans le cadre du Terrorism Act 
auraient tournée à Disneyland, est le prétexte à une discrète mise en 
boîte des services secrets.

Nous devrions voir en salles, à la rentrée, ce cours cinglant ­ textes 
et images ­ sur la façon dont des hommes sans foi ni loi "imaginent le 
pire au sujet d’une organisation -Al-Qaida- qui n’existe pas" . 
Film britannique d’Adam Curtis (2 h 37.)

Jean-Luc Douin
Article paru dans l’édition du 15.05.05

mars 22, 2010 par apetimedia

 

vidéo http://www.dailymotion.com/video/k2Iphzj8F7sEHE1r6Tq?start=151

http://www.reopen911.info/News/2010/03/22/the-power-of-ni...



Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières,les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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