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20/04/2010

n°480 - Les Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak - 18/04 – Début - La démocratie : celle qui plaît à Washington et ses alliés

n°480  - Les  Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak - 18/04 – Début  -   La démocratie : celle qui plaît à Washington et ses alliés.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme,

 L’information est une arme au service de la paix

    Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  Dossiers 'Géopolitique et Stratégie' d'Irak

n°480                           18/04/10

C.De Broeder      &       M.Lemaire



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

Tiré à part : Referendum sadriste : Ibrahim al-Jaafari vainqueur !

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 Eva R-sistons : Les dernières inventions de l'Occident pour mieux détruire.

1-2 Eva R-sistons : Les dernières trouvailles de l'Occident assassin.

1-3 John Pilger : Passez une bonne guerre mondiale, braves gens. 

1-4 Oscar Fortin : La démocratie : celle qui plaît à Washington et ses alliés.

1-5 Noam Chomsky  : Democracy Now !

Suite 

1-6 Yahia Gousmi : Allons-nous vers un nouvel 11 septembre ?

1-7 Jean-Luc Douin : The Power of Nightmares, ou comment fabriquer des cauchemars.

Fin

2 Annexe

2-1  Philip Giralda : L'état voyou et sans scrupules.

2-2 Danielle Bleitrach : La lutte contre le terrorisme: l’exception et la règle.

2-3 Mychkine : Qui possède les médias ?

2-4 Philippe Leymarie : Privatisation de la défense : jusqu'où aller trop loin ?

2-5 libertesinternets : Les nouvelles armes pour empêcher les manifestations.

3 Pièce jointe

3-1 FBI-Saddam Hussein : Entretiens  n°7 & n°8



Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...



 

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Eva R-sistons : Les dernières inventions de l'Occident pour mieux détruire.

 On nous parle tous les jours de la Shoah (passée) des Juifs, en oubliant d'ailleurs les Tsiganes et les autres victimes de la barbarie des camps de la honte.

Et on se tait scandaleusement sur les "Shoah" d'aujourd'hui. Il y en a à la pelle, à commencer par celle du peuple Karens en Birmanie.

Sur http://r-sistons.over-blog.com/article-shoah-des-irakiens-nouveaux-concepts-sociocide-mnemocide-cancers-47540727.html , vous verrez le sort réservé aux Communautés indiennes en Colombie lorsqu'elles gênent les multinationales, ou aux paysans qui revendiquent l'application du Droit : Têtes coupées, fours crématoires, Indiens jetés vivants aux caïmans, etc, et cela par milliers ! Silence de nos médias, plus prompts à s'inquiéter de la popularité de Chavez auprès de son peuple... Et que dire du génocide en Irak, accompli par ceux-là mêmes qui se prétendent les dépositaires du Bien, de la Liberté, de la Démocratie, peuple lui aussi "élu" pour être un modèle, mais aux USA cette fois ?
 Bilan de l'opération irakienne :
 - Un million et demi de morts (essentiellement des civils)
 - Cinq millions de réfugiés
 - Enfants nés avec des malformations à cause du phosphore blanc et de l'uranium appauvri
 - Manque d'eau potable, d'électricité, de soins de santé
 - Destruction du Système d'Enseignement (génération perdue)
 - Intimidations, enlèvements, meurtres d'universitaires, de journalistes, de médecins, d'ingénieurs, de leaders spirituels... Assassinats ciblés. Aucune enquête sur les meurtres, pas de coupables, pas de jugements... Il s'agit d'
"éliminer la classe intellectuelle qui aurait pu devenir le fondement d'un nouvel Etat démocratique". Elle est belle, la démocratie imposée par l'Occident ! Et nous devons prendre les USA comme modèle, nous aligner sur cet Etat, participer à ses guerres impériales, dérouler le tapis rouge devant ses dirigeants ? Avons-nous perdu la tête ? Nous devons TOUS devenir anti-Américains si nous aimons la paix, la justice, la vérité, si nous aimons notre prochain !

Et toutes ces atrocités se font pour que les financiers et les industriels puissent se goinfrer davantage ?  
 
 Et cela ne suffit pas, on fait la même chose en Afghanistan, au Pakistan, au Yemen, partout...

C'est ça, le Prix Nobel de la Paix ?

Sommes-nous tombés sur la tête ? Parce qu'Obama est noir, souriant, avenant, beau parleur, nous devons nous réconcilier avec l'Amérique de Bush qui a commis des crimes d'Etat, de guerre, contre l'humanité ?

Mais Obama est pire, et hypocrite, en plus !
 
 Et cela ne suffit pas, après tous ces carnages d'ailleurs non couverts par la Presse immonde, on veut faire la même chose avec l'Iran, le Vénézuela, la Syrie, le Liban... et ne parlons pas de Gaza !  
 
 Et on veut aussi immoler sur l'autel de Mâmon la Chine et la Russie ?

Aucune voix ne s'élève pour dénoncer cela ? Non, on préfère fustiger ceux qui, naturellement, sainement, dénoncent les atrocités de l'Occident carnassier ?
 
 Mais ce n'est pas tout ! Les tueries, les bombardements, les assassinats ciblés ne suffisent pas, voici maintenant de nouveaux concepts pour réduire à néant les peuples : L'urbicide (destruction des villes), le sociocide (destruction de sociétés), le mnémocide (destruction de la mémoire
collective) ! Mais nous sommes cinglés, ou quoi ? On poursuit un Milosevic devant le Tribunal de la Haye alors qu'il commet des atrocités en défendant son peuple agressé sauvagement, et on déroule les tapis rouges devant ceux qui commettent des guerres d'agression, des génocides, des exactions, des crimes de masse, des actes d'une barbarie inouïe, tout cela pour du fric ? Combien d'années de prison pour la soldate américaine qui s'est amusée en photographiant les prisonniers irakiens humiliés ? Et les VRAIS auteurs de ces crimes courent toujours ? Les vrais commanditaires échapperont-ils à la Justice parce qu'ils sont haut-placés et Anglo-Saxons ou Israéliens ?
Qu'est-ce que ce deux poids deux mesures infâme ?

Les peuples en ont assez des crimes impunis, des criminels comme Bush qui reçoivent des millions en donnant des conférences sur leur métier de Président ! Le monde est tombé sur la tête !

L'Occident est une vomissure qui ne mérite que le mépris !

Lundi 29 Mars


1-2 Eva R-sistons : Les dernières trouvailles de l'Occident assassin.
 De nouvelles techniques apparaissent, toujours plus sophistiquées, pour anéantir la vie des peuples, leur Histoire, leur passé, leur culture.

Une seule idéologie doit régner en maître: Celle de l'Occident, faussement démocratique, consumériste, matérialiste, individualiste, idôlatre, et en avant le chacun pour soi, la compétition, le gaspillage, la barbarie, l'adoration du Dieu-Argent, et même les crimes en toute impunité envers tous ceux qui refusent de s'aligner sur cette Pensée unique infâme ! Gare aux réfractaires, pour eux pas de quartiers ! On les extermine, comme à Gaza, en Irak ou en Colombie, on envisage de les rayer de la carte comme en Iran, on leur envoie des catastrophes "naturelles" comme en Chine, on les bombarde, comme un peu partout et d'abord en Afghanistan, au Yemen ou au Pakistan, et maintenant on détruit les sociétés, les cultures ancestrales, la mémoire du passé, et même le patrimoine de l'humanité, en tous cas ce qui fait l'identité d'un peuple - comme en Irak !
 Les Américains envient-ils ceux qui ont une culture, eux qui n'ont qu'une Histoire à base de génocides de Peaux-Rouges ou de Noirs ?

En tous cas, ils ont programmé la mort complète de l'Irak en détruisant systématiquement, méthodiquement, toute trace d'un passé millénaire prestigieux !
 L'Irak, le saviez-vous ? C'est cinq mille ans d'Histoire de l'Humanité, le berceau de la civilisation (mathématiques, écriture etc), le pays regorgeait de trésors archéologiques sans prix : Assyriens, grecs, arabes... et seulement 5% du territoire avait été fouillé !

L'Irak, c'était plus de dix mille lieux de grande valeur culturelle ! Et tout cela a été anéanti par la horde sauvage, barbare, des cow-boys américains ! Ainsi, sans vergogne la soldatesque yankee a envahi Kerbala, un des hauts lieux de l'Islam, gommant en quelques jours tout un passé, ensevelissant des richesses culturelles inestimables ! Oui, nos "chers" Américains se croient TOUT permis pour se mettre plein de dollars dans la poche ! Ils ont violé, bombardé, détruit, des sites d'une grande valeur culturelle, ils ont saccagé impunément un patrimoine de l'humanité sans prix !!! Et en connaissance de cause, puisque le Département d'Etat américain a demandé à l'UNESCO, avant d'envahir l'Irak, la liste des biens culturels protégés (Je viens de l'entendre sur une de mes vidéos de l'époque, reportage sur TV5 Monde) ! En agissant ainsi, l'Etat américain sans foi ni loi a enfreint les lois internationales de la guerre, il s'en est pris, volontairement, au Patrimoine culturel de l'humanité, pour faire disparaître toute trace de la civilisation mesopotanienne, toute trace de la culture en Irak ! Ce faisant, les Etats-Unis se sont rendus coupables non seulement de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité en Irak, mais aussi de crimes contre les biens culturels de la planète ! En toute impunité ! Ainsi, les Anglais, les Américains, les Israéliens, et leurs amis européens, colombiens, etc, se rendent coupables de toutes sortes de crimes sans jamais répondre de leurs actes !
 Et pour parfaire leurs crimes, pour détruire complètement la société irakienne, les bandits américains, la mafia anglo-saxonne ont procédé au pillage des Musées, à l'incendie des bibliothèques, à l'assassinat des universitaires et des intellectuels du pays qu'ils occupaient, après en avoir détruit toutes les infrastructures ! Et ces crimes devraient restés cachés et impunis ? Pourquoi les putains de Médias n'en parlent pas ? Parce que des Industriels de Mort, de l'armement, de la guerre, les financent ? Est-il normal que nos Médias appartiennent à des crapules obsédées par le désir de tuer le plus possible ?
 L'épuration culturelle, la destruction des biens culturels d'un pays, l'anéantissement du patrimoine mondial, doivent-ils rester impunis ? Jusqu'à quand taira-t-on l'intolérable, jusqu'à quand se rendra-t-on COMPLICE, par notre silence, de crimes monstrueux ? Il ne suffit pas aux Anglo-Saxons de dévaster un pays, de le détruire, de l'occuper, de le piller, il faut aussi qu'ils anéantissent toute trace du Passé - en toute impunité ? Les petits délinquants doivent-ils être les seuls à être poursuivis ? Dans quelle société vivons-nous ? Le diable mène la danse ! Car c'est l'enfer que l'Occident sème aux quatre coins de la planète, sans jamais être inquiété !!! Et nous nous tairions ? Mais c'est notre honneur, de dénoncer l'intolérable ! Une personne saine d'esprit ne peut qu'être outrée par l'étendue des crimes de l'Occident ! 
 Alors maintenant, non contents de semer morts, désolation, ruines, handicaps, malformations congénitales... les mafiosos anglo-saxons vont aussi détruire le patrimoine culturel, historique, des pays agressés ? Vont-ils même anéantir la mémoire des peuples, leur identité ? Et ils se disent civilisés, chrétiens, démocrates ? C'est une immense imposture ! Ces gens relèvent des tribunaux et de la prison ! C'est un ramassis de canailles ! 
 Alors oui, écrivons à nos Médias pour qu'ils s'emparent de ces crimes contre l'humanité, en Irak comme en Colombie ou ailleurs ! C'est notre droit, et notre devoir de citoyens ! 

eva R-sistons à l'intolérable
Lundi 29 Mars 2010

http://r-sistons.over-blog.com/


1-3 John Pilger : Passez une bonne guerre mondiale, braves gens. 

Voici les nouvelles en provenance du tiers-monde.

Les Etats-Unis ont envahi l’Afrique. Des troupes US sont entrées en Somalie pour étendre leur front de guerre d’Afghanistan et du Pakistan vers le Yémen et la corne de l’Afrique. En guise de préparation à une attaque contre l’Iran, des missiles américains ont été placés dans quatre états du Golfe Persique, et les bombes « bunker-buster » (briseurs de bunkers) auraient été acheminées sur la base militaire située sur l’île britannique de Diego Garcia dans l’Océan Indien.

A Gaza, la population malade et abandonnée, en majorité des enfants, se fait enterrer vivante derrière des barrières souterraines fournies par les Etats-Unis pour renforcer un siège criminel. En Amérique latine, l’administration Obama s’est octroyé sept bases militaires en Colombie, à partir desquelles il pourra mener une guerre contre les démocraties populaires du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Paraguay. Pendant ce temps, le secrétaire à la « défense » Robert Gates se plaint que « l’opinion publique (européenne) et la classe politique » sont tellement opposées à la guerre qu’elles constituent un « obstacle » à la paix. Rappelez-vous, nous serons bientôt le 1er Avril.

Selon un général américain, l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan n’est pas une véritable guerre mais une « guerre d’images ». Ainsi, la récente « libération de la ville de Marjah » de la « structure de commande et de contrôle » des Taliban n’était qu’une mise en scène. Les libérateurs héroïques ont tué les civils habituels, les plus pauvres parmi les pauvres. Sinon, pour le reste, c’était du bidon. Une guerre d’images est destinée à fournir de fausses informations à la population, à transformer une aventure coloniale ratée en une opération patriotique qui en valait la peine, comme si le film « les Démineurs » était réel et les parades de cercueils couverts de drapeaux à travers le ville de Wiltshire à Wooten Basset n’étaient pas une opération cynique de propagande.

« La guerre, c’est amusant », pouvait-on lire avec une extrême ironie sur les casques des soldats au Vietnam. Cela signifie que si la guerre n’a pas d’autre objectif que de servir de justification à un pouvoir vorace au service des fanatismes lucratifs des marchands d’armes, alors la vérité représente un danger. Un danger qu’on peut illustrer en comparant l’image « libérale » d’un Tony Blair en 1997, présenté à l’époque comme quelqu’un qui « veut créer un monde (où) l’idéologie aurait totalement cédé la place aux valeurs » (Hugo Young, The Guardian) à celle d’aujourd’hui, d’un menteur et d’un criminel de guerre.

Les états occidentaux tels que les Etats-Unis ou la Grande Bretagne (et la France – petit rajout du traducteur) ne sont pas menacés par les Taliban, pas plus que par une autre tribu lointaine quelconque, mais par les instincts guerriers de leurs populations respectives. Prenez par exemple les peines prononcées contre les nombreux jeunes qui ont protesté contre l’agression israélienne contre Gaza au mois de janvier de l’année dernière (2009). A la suite de ces manifestations où la police paramilitaire a « canalisé » des milliers personnes, les premiers condamnés se sont vu infliger des peines de deux années et demi de prison pour des délits mineurs qui en d’autres temps n’auraient pas fait l’objet d’une peine d’emprisonnement. Des deux côtés de l’Atlantique, toute dissidence déterminée qui dénoncerait la guerre illégale est devenue un délit grave.

C’est le silence aux sommets qui permet une telle perversion morale.

Dans le monde des arts, de la littérature, du journalisme et du droit, les élites « libéraux », fuyant les débris abandonnés par Blair et à présent par Obama, continuent de voiler leur indifférence devant la barbarie et les crimes d’état de l’occident en agitant de vieux démons, tels que Saddam Hussein. Maintenant que Harold Pinter a disparu, essayez donc de dresser une liste d’écrivains, d’artistes ou de militants célèbres dont les principes n’auraient pas été consumés par le « marché » ou neutralisés par la célébrité.

Qui parmi eux a parlé de l’holocauste provoqué en Irak par prés de 20 années de blocus et d’agressions ?

Ce fut un acte délibéré. Le 22 janvier 1991, l’agence de renseignement de l’armée US avait prévu en détail comment le blocus allait systématiquement détruire la distribution d’eau potable en Irak et aboutir à « une augmentation de crises sanitaires, sinon d’épidémies ». Alors les Etats-Unis se sont mis à éliminer l’eau potable pour la population Irakienne. Ceci fut une des causes, selon UNICEF, de la mort d’un demi-million d’enfants irakiens âgés de moins de cinq ans. Apparemment, cet extrémisme là ne mérite pas d’être cité.

Norman Mailer a dit un jour qu’il pensait que les Etats-Unis, dans leur poursuite incessante de domination et de guerres, étaient entrés dans une « ère préfasciste ». Mailer semblait indécis, comme s’il voulait nous avertir de quelque chose que lui-même n’arrivait pas à définir. « Fascisme » n’est pas le bon terme, car il fait trop facilement référence à des précédents historiques, en nous renvoyant une fois encore aux images de l’oppression allemande ou italienne. A l’inverse, l’autoritarisme américain, comme l’a souligné le professeur Henry Giroux , « est plus nuancé, moins théâtral, plus subtil, moins attaché aux moyens de contrôle répressifs qu’aux moyens de contrôle par consentement. »

C’est ça l’Américanisme, la seule idéologie prédatrice qui nie qu’elle est une idéologie. La montée en puissance d’entreprises tentaculaires qui sont autant de dictatures et celle des militaires qui sont devenus un état dans l’état, planqués derrière une façade que 35.000 lobbyistes à Washington nous vendent comme la meilleure démocratie qu’on puisse trouver sur le marché, le tout accompagné d’une culture populaire programmée pour nous divertir et nous engourdir, est un phénomène sans précédent. C’est peut-être un peu exagéré, mais les résultats sont néanmoins évidents et reconnaissables. Denis Halliday et Hans von Sponeck, les hauts officiels des Nations Unies en poste en Irak durant le blocus américano-britannique, n’ont aucun doute d’avoir assisté à un génocide. Ils n’ont pourtant vu aucune chambre à gaz. Insidieusement, silencieusement, et même parfois présentés intelligemment comme une marche vers la civilisation, la troisième guerre mondiale et le génocide ont eu lieu et les victimes sont tombés les unes après les autres.

Dans la prochaine campagne électorale en Grande Bretagne, les candidats ne parleront de la guerre que pour chanter les louanges de « nos p’tits gars ». Les candidats sont tous les mêmes momies politiques enveloppés dans l’Union Jack ou le Stars and Stripes (respectivement, nom du drapeau britannique et américain – NdT). Comme Blair l’a exprimé avec un peu trop d’enthousiasme, l’élite britannique adore l’Amérique parce que l’Amérique les autorise à bombarder les indigènes et à se présenter comme un « partenaire ». Il faut mettre fin à leur jeu.

John Pilger
www.johnpilger.com

26 mars 2010

Traduction VD pour le Grand Soir

 

URL de cet article : http://www.legrandsoir.info/Passez-une-bonne-guerre-mondiale-braves-gens.html

http://www.legrandsoir.info:80/Passez-une-bonne-guerre-mondiale-braves-gens.html


1-4 Oscar Fortin : La démocratie : celle qui plaît à Washington et ses alliés.

Pour faire bénéficier les peuples de la liberté que permet la démocratie, les États-Unis et leurs alliés investissent annuellement des centaines de milliards de dollars, sacrifient la vie de milliers de leurs soldats, absorbent des dizaines de milliers de blessés sans compter les centaines de milliers de civils, femmes, enfants et hommes qui deviennent des victimes innocentes de ces guerres. Il n’est donc pas superflu de regarder de plus près cette « démocratie » pour laquelle autant de sang y est versé et autant d’argent y est investi.

Dans notre Occident nous avons développé une démocratie qui trouve tout son sens dans le vote des citoyens et citoyennes qui élisent, tous les 4, 5 ou 6 ans, leurs représentants et représentantes pour diriger les destinées de l’État. À première vue, nous pourrions penser que là où il y a vote, il y a démocratie et que là où il n’y a pas de vote, il n’y a pas de démocratie.

Les choses ne sont pas aussi simples. Notre Occident démocratique, pendant qu’il s’accommode parfois de gouvernements dictatoriaux comme ce fut le cas avec les nombreuses dictatures latino-américaines, il lui arrive de plus en plus souvent de s’opposer avec acharnement à certaines « démocraties » où les citoyens et citoyennes votent, pourtant, pour élire leurs dirigeants et dirigeantes. Le commun des mortels peut penser qu’il y a là une contradiction, mais qu’il s’en garde bien car certains esprits, plus subtils que d’autres, en arrivent à y trouver beaucoup de cohérence. 

Augusto Pinochet, ce dictateur qui a renversé par la force des armes le gouvernement démocratique de Salvador Allende et s’est imposé comme Président du Chili, définissait son gouvernement comme une « démocratie autoritaire ». Tout récemment, au Honduras, le gouvernement légitimement élu a été renversé par un coup d’État militaire sous prétexte de sauver la « démocratie ». Un simulacre d’élection a consacré le nouveau président en la personne de Porfirio Lobo que félicite sur la présente photo, la Secrétaire d’État des États-Unis, Hilary Clinton. En 2002, au Venezuela, il y a eu un coup d’État militaire qui n’aura duré que quelques heures, mais dont l’objectif était, là encore, de « sauver la démocratie ». Dans ce dernier cas ce fut toutefois le peuple qui décida de « sauver sa démocratie ».

Ces exemples nous obligent à repenser un peu plus notre définition de la démocratie et surtout à mieux comprendre la démocratie pour laquelle nos soldats combattent. Le vote des citoyens et citoyennes ne semblent plus être l’élément le plus important. Si c’était le cas, la majorité des conflits que nous retrouvons en Amérique Latine et ailleurs dans le monde n’existerait tout simplement pas. Alors qu’a-t-elle de particulière cette démocratie, celle à laquelle l’Occident tient tellement ?

Une bonne question et pas simple à répondre. Toutefois, pour aller à l’essentiel, certaines constantes permettent d’en circonscrire les principales caractéristiques. Ces constantes se ramènent principalement à quatre.

La première est que les intérêts et la sécurité nationale des États-Unis ont primauté sur toutes les autres valeurs : la vie, les droits de la personne, le droit des peuples, la Charte des Nations Unies, le droit international, les libertés fondamentales. Ces intérêts et cette sécurité nationale sont définis par l’élite dirigeante qui se garde bien d’en faire connaître les avenants et aboutissants. Il suffit de dire, pour justifier toute intervention, qu’il s’agit de l’intérêt et de la sécurité nationale des États-Unis.

La seconde est que le bloc des pays développés, y compris le Vatican, se reconnaissent, en partie, dans ces intérêts et cette sécurité. En ce sens, les États-Unis peuvent compter sur leur solidarité et leur engagement dans les conflits qu’ils provoquent là où ils les jugent pertinents pour leurs intérêts et leur sécurité. En d’autres mots, États-Unis et alliés sont tricotés serrés à l’intérieur d’un même système.

La troisième est l’effort déployé, dans chaque cas, pour mettre à contribution le Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette couverture revêt une grande importance devant la communauté internationale. Toutes les initiatives, pouvant la favoriser, seront prises, mais si elles n’aboutissent pas, ils iront tout de même de l’avant, comme ce fut le cas en Irak et dans d’autres parties du monde. Les Nations Unies sont avant tout une couverture hautement utile, mais non essentielle.

La quatrième est que ces interventions doivent se réaliser, autant faire se peut, sous des vocables qui rejoignent la grande majorité des citoyens et citoyennes qui sont autant d’électeurs et d’électrices. Pour se faire, ils comptent, d’une part, sur un réseau exceptionnel qui met à contribution tous les moyens de communication et, d’autre part, sur les meilleurs spécialistes capables de transformer le vrai en faux, le noir en blanc, et de faire ressortir qu’à travers tous ces conflits c’est la lutte pour la « démocratie », la « liberté », le « respect des droits humains ». Les adversaires deviendront des « monstres » aux ambitions illimitées et leurs actions seront autant de crimes contre l’humanité. Une bonne partie des 72 milliards $ du budget annuel de la CIA sera utilisée à cette métamorphose de la réalité.

Ces constantes permettent de dégager certaines caractéristiques de la démocratie compatible avec les intérêts des États-Unis et de leurs alliés. Je me permets d’en relever cinq :

1. Elle doit assurer en tout temps la primauté de leur pouvoir sur celui du peuple. Advenant un conflit entre ces deux pouvoirs, celui des États-Unis et de ses alliés devra prédominer.

2. Elle doit donner à ce pouvoir toutes les apparences de la démocratie élective de sorte que le peuple puisse s’y reconnaître comme s’il s’agissait du sien et de ses propres intérêts. Elle pourra compter sur la collaboration active de la CIA et de nombreux ONG.

3. Elle doit s’assurer que le néo-libéralisme et le capitalisme règnent en maître sur les destinées du pays. Les oligarchies devront avoir les coudées franches.

4. Elle ne doit pas hésiter à réprimer les contestataires en les transformant en terroristes et en criminels de droit commun. Les magistratures en place devront rendre possibles ces jugements.

5. Elle doit s’abstenir de liens privilégiés avec ceux et celles qui remettent en question ce système de tutelle et de dépendance auquel ils sont soumis. Il y a ceux qui sont avec eux et ceux qui sont contre eux.

Il ne s’agit évidemment que d’un survol rapide qui permet, toutefois, de mieux comprendre ce pourquoi des centaines de milliards $ sont dépensés chaque année et que des centaines de milliers de personnes sont tuées.

Oscar Fortin
http://humanisme.blogspot.com

URL de cet article : http://www.legrandsoir.info/La-democratie-celle-qui-plait-a-Washington-et-ses-allies.html


1-5 Noam Chomsky : Democracy Now !

Interview

Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama, sur sa propre histoire et sur l’importance de faire entendre son opinion.

Extrait)

AMY GOODMAN : Nous sommes avec le professeur Noam Chomsky que nous avons interviewé au Harvard Memorial Church à Cambridge, Massachusetts. Ma première question porte sur son analyse de la politique étrangère du Président Obama

NOAM CHOMSKY : Lorsqu’Obama a pris ses fonctions, ou lorsqu’il a été élu, un haut fonctionnaire de l’administration Bush – je crois qu’il s’agissait de Condoleezza Rice – a prédit que sa politique étrangère serait dans la continuation de celle du deuxième mandant de Bush. Le deuxième mandat de Bush était différent du premier. Le premier mandat était agressif, arrogant, envers le monde entier, y compris les alliés, et il a produit un effet assez négatif – à cause de sa politique mais aussi à cause de son style – sur le prestige des Etats-Unis, qui est tombé plus bas que jamais auparavant. Ce qui portait atteinte aux intérêts de ceux qui décident de la politique étrangère – les milieux d’affaires et les sociétés privées, les décideurs, etc. Il y a donc eu beaucoup de critiques de leur part au cours du premier mandat. Le deuxième mandant était quelque peu différent. D’abord, les personnages les plus extrémistes ont été débarqués. Rumsfeld, Wolfowitz, quelques autres, ont été envoyés se mettre au vert. Ils n’ont pas pu se débarrasser de Cheney, parce que Cheney était le gouvernement, et ils ne pouvaient pas se débarrasser du gouvernement. Mais beaucoup d’autres sont partis, et la politique est retournée à la norme, une norme plus ou moins centriste. C’est-à-dire qu’on parlait un peu plus de négociations, un peu moins d’agressions, ce genre de choses. Et on a adopté une attitude plus polie envers les alliés. Notre politique n’avait pas vraiment changé, mais elle était devenue plus présentable. C’était ça, la prédiction sur la politique d’Obama. Et c’est bien ce qui est arrivé.

En fait, il y a un exemple pour illustrer ce phénomène. Un peu anachronique, mais je crois qu’il s’applique. En 1962, au moment de la crise des missiles à Cuba, lorsque le monde a dangereusement frôlé le bord du précipice – le moment le plus dangereux de l’Histoire a dit Arthur Schlesinger, conseiller de Kennedy – au summum de la crise des missiles, les décideurs US envisageaient de prendre des mesures qui pouvaient détruire l’Europe, et la Grande-Bretagne en particulier, et ils le savaient. Ils étaient là, le plus sérieusement du monde, en train d’échafauder des scénarios qui se concluaient par la destruction de la Grande-Bretagne. En fait, non seulement ils prenaient ça au sérieux, mais ils prenaient même des mesures qui poussaient dans ce sens. Mais ils se sont bien gardés de le dire à la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne est censée entretenir une relation spéciale avec les Etats-Unis. Les Britanniques à l’époque étaient plutôt mécontents parce qu’ils n’arrivaient pas à savoir ce qui se tramait. Tout ce que le premier Ministre, MacMillan, arrivait à savoir, c’était ce que ses services de renseignement lui transmettaient. On en était donc là, avec l’élite parmi l’élite du pays qui dressait des plans qui pouvaient aboutir à la destruction de la Grande-Bretagne, sans les tenir informés.

C’est à ce stade qu’un haut conseiller de l’administration Kennedy – je crois qu’il s’agissait de Dean Acheson – est entré dans la discussion, et il a précisé la notion de « relation spéciale ». Il a dit que la relation spéciale avec la Grande-Bretagne signifiait que la Grande-Bretagne était notre lieutenant ; le terme de rigueur est « partenaire ». Et les Britanniques, bien sûr, aiment bien entendre ce mot. Eh bien, c’est ça la différence entre Bush et Obama.

Bush leur disait simplement « vous êtes notre lieutenant. Si vous ne faites pas ce que l’on vous dit de faire, vous n’êtes plus utiles ». En fait, ce sont les termes que Colin Powell a employés à l’ONU, je crois. « Faites ce que nous vous disons de faire. Vous n’êtes que notre lieutenant, sinon oubliez... » C’est quelque chose de désagréable à entendre. On préfère entendre « vous êtes notre partenaire. » Vous savez, dans le genre « je vous aime ». Ensuite, discrètement, en coulisses, nous les traitons comme des lieutenants, mais ce n’est pas grave. Je pense que c’est là que réside la différence principale.

AMY GOODMAN : qu’en est-il du mouvement anti-guerre aux Etats-Unis ?

Vous en avez fait partie, vous avez été très actif, depuis la guerre au Vietnam jusqu’à ce jour. Comment voyez-vous les choses par rapport à une personne pour laquelle beaucoup d’entre eux ont consacré d’énormes efforts à faire élire ?

NOAM CHOMSKY : Mon opinion, qui n’est pas très répandue, est que le mouvement anti-guerre est bien plus puissant aujourd’hui qu’il ne l’a été dans les années 60. Dans les années 60, il y eut un moment, en 1969, où le mouvement contre la guerre du Vietnam était très puissant.

Mais il faut se souvenir que la guerre a commencé, qu’elle est devenue une vraie guerre ouverte, en 1962. A cette époque, 70.000 ou 80.000 personnes avaient déjà été tuées sous le régime fantoche du Sud Vietnam. Mais en 1962, Kennedy a lancé une guerre ouverte, en faisant bombarder le Sud Vietnam – les avions portaient les couleurs du Sud Vietnam, mais tout le monde savait de quoi il retournait et ça se disait ouvertement même – en autorisant le recours au napalm, l’utilisation d’armes chimiques pour détruire les cultures et la végétation. Il a lancé un programme qui a chassé des millions de personnes des campagnes qui se sont retrouvées regroupées dans ce qu’il faut bien appeler des camps de concentration pour, selon les termes employés, les « protéger de la guérilla » qui avait l’appui de la population, chose que le gouvernement savait parfaitement. On peut voir la même chose aujourd’hui en Afghanistan, si vous prenez la peine de lire entre les lignes les histoires sur la conquête de la ville de Marjah. Nous avons poussé la population vers des camps de concentration pour les protéger de ceux, les guérilleros, qu’ils soutiennent. Il s’agit d’une guerre, vous savez, d’une vraie guerre.

Il n’y a eu aucune protestation, littéralement. Il a fallu des années avant de voir les premiers signes de protestation. Ceux d’entre vous qui sont assez vieux se rappelleront peut-être qu’à Boston, une ville progressiste, au mois d’octobre 1965 – ça faisait déjà trois ans que des centaines de milliers de soldats US étaient occupés à ravager un pays, que la guerre s’était étendue à Nord Vietnam, et ainsi de suite – il y a eu la première tentative de manifestation publique contre la guerre. C’était en octobre 1965. Je devais y prendre la parole. Je n’ai pas pu dire un mot. La manifestation fut violemment dispersée. Beaucoup d’étudiants ont marché pour tenter de disperser la manifestation et il y avait aussi des centaines de policiers. Le lendemain, le Boston Globe, le quotidien le plus progressiste du pays, a consacré toute sa première page à dénoncer les manifestants, pas ceux qui les ont attaqués. Ils ont publié en plein milieu de la page la photo d’un soldat blessé, ce genre de choses. C’était au mois d’octobre 1965, il y avait des centaines de milliers de soldats là-bas, la guerre prenait de l’ampleur. Finalement, des années plus tard, en 1968, on a vu surgir un mouvement anti-guerre d’une certaine importance, vers 67, 68. A cette époque, le Sud Vietnam n’existait déjà plus. Le pays avait été virtuellement détruit. Et c’était la même chose pour une bonne partie du reste de l’Indochine. La guerre s’est poursuivie pendant encore de longues années, avec toutes les conséquences terribles, mais nous ne voulions pas voir la réalité en face, nous ne voulions même pas en parler. Cela dit, le mouvement anti-guerre a obtenu quelques résultats, mais bien plus tard.

Comparons à présent avec l’Irak.

Il y a eu d’énormes manifestations avant même le déclenchement officiel de la guerre.

Nous savons à présent que Blair et Bush mentaient tout simplement lorsqu’ils disaient qu’ils cherchaient une solution diplomatique. Ils avaient déjà déclenché la guerre. C’est ce qui ressort des fameux rapports de Downing Street (Downing Street Memos) en Angleterre. Il y a eu d’énormes manifestations. Et je crois qu’elles ont eu au moins un effet. La guerre américaine en Irak était déjà terrible. Elle a fait probablement un million de victimes, et chassé quelques millions d’autres hors du pays. C’était assez horrible. Mais cela aurait pu être bien pire. Ils auraient pu faire en Irak ce qu’ils avaient fait au Sud Vietnam. Ca n’a pas été le cas. Il n’y a pas eu de tapis de bombes sur tout le pays par des B52, il n’y a pas eu d’armes chimiques et ainsi de suite. Et je crois que c’est grâce au mouvement anti-guerre. La population était devenue plus civilisée. Je crois que c’est une des tristes réalités des années 60.

...

AMY GOODMAN : Etiez-vous déjà (un professeur) titularisé à l’époque ? En 1956 vous étiez enseignant au MIT (Massachussetts Institute of Technology)

NOAM CHOMSKY : 1955. Je ne me souviens plus de l’année. Ca peut vous paraitre étrange aujourd’hui, mais le MIT à l’époque avait deux caractéristiques intéressantes. La première était qu’il était entièrement financé par le Pentagone. Je travaillais dans un laboratoire qui était financé à 100% par trois corps d’armée différents. La deuxième était que c’était le centre principal de résistance du mouvement anti-guerre. Je ne parle pas de critique ou de protestation, je parle de résistance, c’est-à-dire l’organisation d’activités de résistance, des activités illégales. Et le Pentagone s’en fichait parce que, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, l’une des principales fonctions du Pentagone est de camoufler le mode de fonctionnement de l’économie. Les gens aiment à répéter qu’il s’agit d’une économie de marché libre, mais la plupart des inventions sont produites par le secteur public, les ordinateurs, l’internet, les avions, tout ça. En réalité, c’est le secteur public qui prend en charge les coûts de développement et qui assume les risques, et si quelque chose finit par marcher, on en fait cadeau au secteur privé. C’est ce qu’ils appellent le marché libre. Lorsque l’économie était tirée par les produits électroniques, c’est le Pentagone qui servait de couverture. On nous disait de faire ceci ou cela parce que les Russes allaient débarquer. En réalité, ils s’en fichaient.

J’ai commencé à m’impliquer en 1962. A l’époque, ça voulait dire que lorsque je donnais une conférence dans une église, c’était généralement devant 4 personnes, le prêtre, l’organisateur, un ivrogne qui était entré par hasard et un type qui voulait me tuer.

En 1966, 1965, j’ai tenté d’organiser – avec un ami , décédé depuis - une résistance nationale anti fisc. Nous avons obtenus quelques résultats. Nous avions donc pris quelques petits risques. Mais en 1966 une résistance plus sérieuse a commencé à s’organiser.

AMY GOODMAN : vous faisiez la grève de l’impôt ?

NOAM CHOMSKY : je n’ai pas payé mes impôts pendant des années. Dans mon cas, le fisc n’aurait eu aucun mal à se faire payer, il leur suffisait de le déduire de mon salaire. Mais les réactions du fisc étaient assez aléatoires pour ce que j’ai pu en juger. Certains pouvaient se voir confisquer leur maison. D’autres sont allés en prison. On peut donc dire qu’il y avait une sorte de risque liée à notre activité. Mais plus grave était le soutien direct à la résistance, soutenir les résistants, les déserteurs, etc. Cela a commencé en 1966 pour devenir public en 1967. Là, il y avait un véritable risque. Mon épouse et moi avions trois enfants. Elle est retournée à ses études, dix-sept ans après, parce que nous estimions que je pouvais finir en prison. Et je n’en suis pas passé bien loin. Le procès avait été programmé pour 1968 et j’étais le principal accusé. J’ai été sauvé, avec tous les autres, grâce à l’offensive du Têt. L’offensive du Têt a été déclenchée en janvier 1968 (offensive militaire décisive vietnamienne - NdT), et les milieux d’affaires US ont décidé que les Etats-Unis devaient se retirer, que la guerre devenait trop couteuse.

AMY GOODMAN : de quoi étiez-vous accusé ?

NOAM CHOMSKY : de conspiration pour échapper à la conscription, ou pour renverser le gouvernement ou quelque chose comme ça. Je pourrais vous parler de ces procès pour conspiration, c’est intéressant. Il m’arrivait d’en parler, mais cette fois-ci, c’était du concret, du réel. Si l’offensive du Têt n’avait pas été déclenchée, j’aurais probablement passé quelques années en prison.

AMY GOODMAN : vous êtes passé en procès ?

NOAM CHOMSKY : les procès ont été annulés au lendemain de l’offensive du Têt. Il y avait un procés qui avait déjà commencé, le procès Spock, où il n’y avait que des innocents sur le banc des accusés. Le jugement a été annulé en appel, mais surtout à cause de l’offensive du Têt. Les milieux d’affaires se sont contentés de dire « faites gaffe ». En fait, en 1968, ils ont envoyé un groupe de soi-disant « sages » - quelques hauts dirigeants de Wall Street – à Washington où ils ont remis au président ce qu’il faut bien appeler une liste de consignes. C’était un véritable jeu de pouvoirs. Ils ont dit au président Johnson « arrêtez les bombardements. N’essayez pas de vous faire réélire. Entamez les négociations et le retrait des troupes. » Et il a suivi les consignes au pied de la lettre. Puis Nixon est arrivé et a changé de méthode. La partie visible de l’escalade militaire a décliné. Je dis visible parce que les pires atrocités de la guerre ont été commises après, en 1969, puis la guerre s’est étendue au Cambodge et au Laos, où elle a empiré. Mais tous ces développements étaient plus ou moins cachés. Et ils le sont encore de nos jours. Mais la tension dans le pays est retombée et une de leurs décisions a été l’annulation des procès, parce que le gouvernement voulait faire la paix avec les étudiants. Ca aussi c’est une histoire intéressante. Toujours est-il que les procès ont été annulés.

Il y avait donc bien quelques risques. La désobéissance civile n’est pas une partie de plaisir. On peut se faire tabasser ou quelque chose dans ce genre, passer quelques jours en prison, ce qui n’est jamais agréable, mais ce n’est tout de même pas non plus le genre de risques que peuvent prendre des dissidents dans d’autres pays.

C’est une décision à prendre et qui vous appartient, parce qu’on ne peut pas y entrer qu’à moitié. Soit c’est sérieux et vous y allez carrément, soit vous participez à une manifestation, vous oubliez et vous retournez à votre travail et rien ne change. Les choses ne changent que par un travail dévoué et consciencieux.

Il parait qu’on n’a pas le droit de dire des choses gentilles sur le Parti Communiste, n’est-ce pas ? C’est comme une sorte de règle établie. Pourtant, une des raisons pour lesquelles le « New Deal » a fonctionné, qu’il a eu un impact, c’est parce qu’il y avait des gens qui étaient là, présents tous les jours, sur tous les fronts. Sur celui des droits civiques, du droit du travail, en train d’organiser, de faire ce qu’il y avait à faire, ils étaient là, prêts à faire tourner les machines à ronéotyper – il n’y avait pas d’internet à l’époque - et à organiser des manifestations. Ils avaient une mémoire. Le mouvement avait une mémoire, chose qu’elle n’a plus aujourd’hui. Aujourd’hui, tout le monde doit recommencer à partir de zéro. Mais à l’époque, le mouvement avait une mémoire, une sorte de tradition, et les gens étaient toujours présents. Et en examinant les choses de plus prés, vous constaterez que le mouvement était largement dirigé par le Parti Communiste. Ils ont fini par le détruire, et c’est ce qui manque aujourd’hui, ce genre d’individus dévoués qui comprennent qu’ils ne gagneront pas dés demain, qu’il va falloir travailler, qu’ils connaîtront de nombreuses défaites, qu’ils vivront des moments agités, et qu’il se passera beaucoup de choses désagréables, mais que s’ils persistent, ils arriveront à quelque chose. C’est grâce à ça que nous avons connu le mouvement pour les droits civiques et le mouvement ouvrier, et ainsi de suite.

Il y a une leçon à en tirer. Dans les années ’70, il y avait une coupure, très nette, très visible, entre l’opinion élitiste – les journaux, les universitaires d’Harvard, etc - et l’opinion publique. Je dis bien l’opinion publique et pas seulement le mouvement anti-guerre. Chez ces élites, celles qui ont le droit de s’exprimer – et que vous pouvez lire, c’est donc facile à vérifier – la condamnation la plus extrême de la guerre qu’on pouvait trouver était qu’il s’agissait d’une erreur qui s’est finalement révélée trop coûteuse. C’était la condamnation la plus ferme qu’on pouvait trouver chez ces gens-là. Quant à l’opinion publique, environ 70%, selon les sondages, disaient que ce n’était pas une « erreur », que la guerre était fondamentalement mauvaise et immorale. La coupure était donc très nette.

Je crois que la leçon à retenir, c’est par exemple, lorsqu’Obama était admiré pour son opposition à la guerre, parce qu’il trouvait que c’était une erreur. Là nous aurions du lui rappeler les généraux nazis, après la bataille de Stalingrad, qui, eux-aussi, trouvaient que c’était une erreur que de se battre sur deux fronts à la fois. Or, la question n’est pas de savoir si s’agit d’une erreur ; la question est de savoir si c’est fondamentalement mal et immoral. C’est ça la leçon que nous devons tirer. L’opinion publique le comprend déjà, mais il faut arriver à en faire quelque chose et à s’organiser.

AMY GOODMAN : je vais conclure avec une citation dont je n’arrive pas à retrouver l’auteur. « je revois ma vie et toutes les fois où je pensais avoir été trop loin, et à présent je réalise qu’en fait je n’avais pas été assez loin. »

NOAM CHOMSKY
interviewé par AMY GOODMAN

Traduction VD pour le Grand Soir. Précision du traducteur : s’agissant d’une interview, le traducteur a tenu à gommer les hésitations du "parler" pour rendre la lecture un peu plus fluide. Merci de signaler les erreurs et coquilles car errare humanum est. - Version du 30/3 après quelques corrections signalées par les lecteurs. Merci à eux.

TRANSCRIPTION ORIGINALE EN ANGLAIS
http://www.democracynow.org/2010/3/15/noam_chomsky_on_obamas_foreign_policy

http://www.legrandsoir.info/Noam-Chomsky-sur-la-politique...


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