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24/04/2010

n° 328 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 22-04 - : Suite : - Les signes annonciateurs d’une troisième guerre mondiale s’accumulent

n° 328 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 22-04 - : Suite  : - Les signes annonciateurs d’une troisième guerre mondiale s’accumulent.



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

   n°328                                                                                                                             22/04/10

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

1-4 New Delhi et Islamabad brouillent les cartes.

1-5 Philip Giraldi : Les États-Unis sont devenus l'empire du mal.

1-6 Manlio Dinucci : Chasseur-bombardier F-35 : C’est surtout son prix qui décolle.

1-6 Daniel Ellsberg : « Comment Obama trompe l’Amérique ».

1-7 Oscar Fortin : La démocratie : celle qui plaît à Washington et ses alliés.


 

1-4 New Delhi et Islamabad brouillent les cartes.

NB. Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue des auteurs mais doit être vu comme information

A quelques mois du retrait occidental, les alliances régionales se recomposent.

Le Pakistan veut se tailler la part du lion, mais les Indiens ne l’entendent pas de cette oreille.

Le 22 mars, des représentants du Hezb-i-Islami, faction lié aux Talibans, se sont rendus à Kaboul pour discuter d’un plan de paix avec le président Hamid Karzai. Le Hezb-i-Islami, actif dans l’est et le nord du pays, est dirigé par Gulbuddin Hekmatyar, dont le nom figure sur la liste noire du terrorisme de Washington. Lors de cette rencontre, la délégation a exigé le retrait des troupes occidentales à partir de juillet 2010. Elle a également demandé la réécriture de la Constitution afghane.

Au moment où Obama se con­centre sur sa stratégie militaire en Afghanistan, espérant un affaiblissement rapide des résistants, les voisins de Kaboul s’appliquent à envenimer la situation.

Le Pakistan et l’Iran veulent s’assurer que, le moment venu – quand les Etats-Unis accepteront le dialogue avec les résistants –, l’avenir de la région soit déjà entre les mains des puissances régionales, limitant ainsi la marge de manœuvre de Washington.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s’est récemment rendu à Kaboul, ce qui témoigne de la volonté de Téhéran d’ancrer son influence en Afghanistan après le retrait occidental. Mais le signal le plus inquiétant, qui révèle l’instabilité actuelle de la région, est sans doute l’escalade spectaculaire des tensions entre l’Inde et le Pakistan ces dernières semaines.
Les événements ne sont pas sans rappeler les années 1990, quand la meurtrière guerre civile afghane était nourrie par un alignement entre l’Inde, l’Iran et la Russie, qui soutenaient l’Alliance du Nord contre le régime des Talibans , lui-même appuyé par le Pakistan et l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui, pourtant, l’enjeu est bien plus grand.

L’Inde et le Pakistan sont des puissances nucléaires.

Les victoires (…) récentes de l’OTAN [à Marjah, dans le sud du pays] sont fragiles. Les divisions ethniques affaiblissent déjà l’Afghanistan. Si elles étaient aggravées par les Etats voisins, elles pourraient déclencher une implosion politique, véritable menace pour la sécurité du pays. Les Etats-Unis et l’OTAN soutiennent la “réintégration” des résistants modérés au sein du gouvernement, mais l’administration Obama n’a pas encore donné son feu vert au président Karzai pour ouvrir le dialogue avec le commandement résistant. Les pays de l’OTAN, dont les populations sont de plus en plus opposées à la guerre en Afghanistan, ont pourtant déjà publiquement soutenu cette initiative. L’Inde, l’Iran et la Russie ont toujours été hostiles à un dialogue avec les résistants, par crainte de donner au Pakistan une plus grande marge d’influence dans la région et de le rapprocher encore de Washington. Tous considèrent les nombreux groupes djihadistes installés au Pakistan comme une menace pour leur sécurité. L’Inde cherche à reconstruire l’alliance régionale des années 1990, opposée aux résistants et au Pakistan. Le Premier ministre russe Vladimir Poutine s’est d’ailleurs rendu en Inde, le 12 mars, pour discuter, entre autres, de la stratégie commune à mener après le retrait américain. Des hauts fonctionnaires indiens ont rencontré le président afghan à Kaboul et sont attendus en Iran fin mars.
L’état-major pakistanais veut également avoir sa part en Afghanistan. Alors qu’Islamabad accueille sur son territoire les résistants afghans depuis 2001, l’armée a arrêté ces dernières semaines plusieurs chefs résistants. Ceux-ci avaient des liens avec des généraux et des membres des services secrets pakistanais, et utilisaient l’Arabie Saoudite comme intermédiaire dans leurs discussions avec Kaboul. Les chefs résistants les plus coriaces restent pourtant encore en liberté, car ils pourraient aider à défendre les intérêts du Pakistan [qui redoute la présence indienne à sa frontière occidentale] dans les futures discussions avec le gouvernement afghan. Lors de sa visite à Islamabad, le 10 mars, Hamid Karzai a reconnu que les inquiétudes pakistanaises en matière de sécurité étaient légitimes. Mais il a également demandé que les résistants afghans arrêtés sur le sol pakistanais soient extradés. En privé, des responsables afghans se sont indignés, reprochant au Pakistan de “saboter” leurs efforts pour amorcer le dialogue avec les résistants. Actuellement, Kaboul tente de con­vaincre Washington d’engager les pourparlers avec les résistants par l’intermédiaire des autorités afghanes plutôt que par l’entremise du Pakistan. Certains chefs résistants ont fait savoir qu’ils envisageaient le dialogue avec Karzai comme un moyen d’engager les négociations avec la vraie puissance, les Etats-Unis.
Pendant ce temps, le conflit larvé entre l’Inde et le Pakistan s’intensifie. Au lendemain des discussions inabouties du 25 février à New Delhi entre les deux pays, six civils indiens ont péri lors d’un attentat à Kaboul. L’Afghanistan a immédiatement accusé les groupes djihadistes venus du Pakistan. Début mars, quatre travailleurs pakistanais ont été tués à Kandahar. La police pakistanaise a attribué ces victimes et les neuf explosions qui ont ravagé Lahore le 12 mars – et tué près de soixante personnes – à l’Inde, même si les résistants pakistanais ont revendiqué les attentats. Il suffirait d’un nouvel incident terroriste semblable aux attaques de Bombay, en no­vem­bre 2008, dans l’un des deux pays pour qu’ils se mettent sur le pied de guerre. C’en serait alors fini de la campagne militaire pakistanaise contre les résistants, qui commence à porter ses fruits.
L’administration Obama doit absolument déployer toutes ses ressources diplomatiques pour obtenir de tous les voisins de l’Afghanistan une position commune de non-ingérence.

Plus les Etats-Unis et l’OTAN retardent leur accord pour débuter le dialogue avec les résistants, plus les risques d’un conflit de plus grande ampleur se multiplieront. Al-Qaida et les autres groupes extrémistes n’auront plus alors qu’à s’engouffrer dans la brèche.

22.03.

http://www.courrierinternational.com/article/2010/03/22/new-delhi-et-islamabad-brouillent-les-cartes 


1-5 Philip Giraldi : Les États-Unis sont devenus l'empire du mal.

L'ETAT VOYOU ET SANS SCRUPULES

Bien que nulle part dans le monde les États-Unis ne soient face à un ennemi capable de s'opposer à eux sur le champ de bataille, le budget de la Defense de 2011 sera augmenté de 7,1 pour cent par rapport au niveau actuel.

Une grande partie des nouvelles dépenses iront dans des drones, la dernière contribution des USA à la civilisation occidentale, capable de surveiller de grandes surfaces de terrain et de délivrer la mort depuis le ciel. C'est une vision de la guerre typiquement zunienne, avec un « pilote » assis à un bureau à l’autre bout du monde, capable de détruire une cible tout en bas en appuyant sur un bouton. Hygiénique et automatique, c'est un peu comme un jeu vidéo, sans nettoyage salissant après. Diffusé récemment, le Bilan Quadriennal de la Defense des États-Unis fait état de la manière dont le Pentagone développera une nouvelle génération de supers drones pouvant rester très longtemps en l'air pour frapper n'importe où et à tout moment dans le monde, afin de tuer ses ennemis. Certains supers drones pourront voler à des vitesses supersoniques et d'autres seront assez grands pour transporter des armes nucléaires. Conçus pour la Marine, quelques-uns de ces nouveaux drones seront capables de décoller des porte-avions pour étendre la puissance zunienne même aux points chauds les plus lointains. Les drones sont particulièrement estimés par les décideurs car ils n’ont pas d’équipage, peuvent voler au ras du sol et violer « accidentellement » l'espace aérien de quelqu'un sans que ça n’aboutisse nécessairement à un incident diplomatique.

      L'une des raisons majeures pour lesquelles les États-Unis sont devenus l'empire du mal est dans l’adoption des drones comme arme de choix de Washington pour ses assassinats internationaux. Les drones constituent le poing déployé de ce qui se référait d’habitude à la Doctrine Bush. En vertu de la Doctrine Bush, Washington prétend avoir le droit d'user de sa force militaire préventive à tout moment contre quiconque dans le monde, à partir du moment où la Maison Blanche détermine que cette action peut être interprétée comme une Defense des États-Unis. Le vice président Dick Cheney a défini la politique en termes de pourcentage, affirmant que, si une évolution quelque part dans le monde avait 1% de chance de mettre les Zuniens en danger, le gouvernement des États-Unis était tenu d'agir. Il convient de noter que le président Barack Obama n'a renié ni la Doctrine Bush, ni la résolution du 1% de Dick Cheney, et a même été jusqu'à prétendre que les États-Unis font des « guerres justes, » approuvées par le christianisme, une position contestée entre autres par le pape Benoît XVI. Loin d’éviter la guerre et le massacre, le nombre et l'intensité des attaques de drones ont augmenté sous Obama, tout comme le nombre de victimes civiles, auquel fait allusion le splendide euphémisme non ensanglanté de « dommages collatéraux. »

      Des drones tuent en ce moment des gens en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Il convient de noter que les États-Unis ne sont pas en guerre contre tous ces pays. Dans un monde sain d'esprit cela devrait impliquer l’illégalité de ces meurtres en vertu tant du droit international que de la Constitution zunienne. Pour rendre difficile aux Zuniens de partir en guerre, les pères fondateurs des États-Unis se sont servis de contraintes constitutionnelles qui exigent du Congrès une déclaration de guerre. Malheureusement, ça ne marche pas comme ça. Les États-Unis sont embringués dans une guerre quasi continue depuis la Seconde Guerre mondiale, mais la plus récente déclaration de guerre véritable fut celle du 8 décembre 1941. Et puis il y a les opérations spéciales et clandestines qui couvrent le monde. À part Israël, aucun autre pays du monde n'a une politique avouée ouvertement d’agissements meurtriers contre des gens. On pourrait penser qu’en conséquence la communauté internationale regarderait en parias à la fois Tel Aviv et Washington, mais la peur de froisser la seule superpuissance du monde et son principal État satellite fait avorter la plupart des critiques. Les nations se sont en majorité résignées à laisser agir comme ils leur plaisent les équipes d'assassins et les drones armés des feux de l’enfer. Si l'Iran utilisait des drones et faisait la peau de ses ennemis en des lieux comme Dubaï, vous pourriez être sûr que la réaction serait vraiment différente.

 

      Et ça ne s'arrête pas là. Eric Holder, l’Attorney Général (ministre de la Justice) d’Obama a en réalité bloqué toute enquête sur le recours à la torture des fonctionnaires zuniens, majoritairement de la CIA. L'administration prétend avoir cessé la pratique, mais a déclaré que personne ne sera puni pour avoir obéi à l’ordre de soumettre des prisonniers à la torture de la noyade, un argument qui était inacceptable au procès de Nuremberg en 1946 et qui ne devrait pas être acceptable maintenant. Les États-Unis sont signataires de l'accord international sur la torture et il y a aussi des lois fédérales et locales qui interdisent soit de la pratiquer, soit de la permettre. C’est pourquoi la décision du pouvoir consiste essentiellement à ignorer les crimes graves qui ont été commis contre des individus qui, dans de nombreux cas, étaient à la fois sans Defense et totalement innocent. Ça ignore aussi la participation des juristes du ministère de la Justice et des médecins de la CIA dans le processus, une participation que beaucoup auraient considéré à la fois immorale et contraire à l'éthique. Pire que tout, ça permet de laisser s’échapper de vrais criminels de guerre, des gens comme George Tenet et ceux de la Maison Blanche qui ont approuvé cette pratique. Tenet, on s'en souvient, a reçu la Médaille présidentielle de la liberté et un contrat d’avocat de 4 millions de dollars. Il enseigne toujours à l’université Georgetown. Les juristes du ministère de la Justice, John Yoo et Jay Bybee, qui ont fabriqué l'argumentation juridique de la torture, sont maintenant respectivement professeur titulaire à Berkeley et juge à la Cour d'appel fédérale. On suppose que les véritables tortionnaires de la CIA seront toujours employés par le gouvernement fédéral ou bénéficieront d'une retraite confortable. Voilà pour le devoir de rendre des comptes pour les crimes de guerre sous le président Obama.

 

      Enfin, il y a l'assassinat. Le 3 février, Dennis Blair, le directeur du Renseignement intérieur, a fait remarquer lors d'un briefing au Congrès que les États-Unis se réservent le droit de tuer leurs citoyens à l'étranger quand ils sont « impliqués » activement dans des groupes considérés comme résistants. L’implication est naturellement une expression très mouvante procurant une liberté maximum à ceux qui cherchent à faire un cas de l'exécution sommaire. Une liste de cibles implique une sorte de processus propre dans lequel un fonctionnaire du gouvernement prend une décision qui doit être basée sur des directives, mais elle ne permet pas à l'accusé de rejeter ou de contester la preuve contre lui. Il convient de noter également que personne au Congrès n’a objecté devant la déclaration de Blair, et que les médias n’ont guère signalé l'affaire. Ce qui suggère que la tolérance envers l’activité illégale et immorale imprègne désormais l’establishment. Comme l’a commenté Bruce Fein, l’ancien procureur général adjoint de Reagan, le pouvoir de suspendre les droits constitutionnels de quelqu’un à l'étranger peut être étendu à quiconque aux États-Unis. Il suffit de le déclarer combattant ennemi en vertu des clauses de la loi sur les commissions militaires. Bien que c’était un citoyen zunien, Jose Padilla a été démis de son droit constitutionnel en un procès équitable, et a été arrêté à Chicago, pas à l'étranger. Pouvons-nous anticiper les exécutions extrajudiciaires de citoyens zuniens aux États-Unis dans le cadre de la guerre contre le terrorisme ? Bien sûr que nous le pouvons.

      Trois chances et vous êtes fini, M. Obama. Votre régime tolère le meurtre préventif et le tir de missiles contre des habitants de pays qui ne sont pas en guerre avec lui, laisse en liberté les tortionnaires et ceux qui permettent la torture, et prétend avoir le droit d'assassiner ses propres citoyens partout dans le monde sur la base de preuves secrètes. Ronald Reagan a autrefois décrit sa vision des États-Unis comme une ville brillante sur une colline. Ces dix dernières années, la ville brillante est devenue l’États Voyou absolu, glorifié par la puissance et l'orgueil en dépit des signes visibles de déclin et de l’avancée inexorable vers une chute catastrophique.

 

 Philip Giraldi

Ancien officier de la CIA, Philip Giraldi est aujourd’hui conseiller de rédaction à l’American Conservative et associé à l’American Conservative Defense Alliance.

Original : original.antiwar.com/giraldi/2010/03/10/the-rogue-nation/
Traduction copyleft de Pétrus Lombard
http://www.internationalnews.fr/article-l-etat-voyou-par-philip-giralda-47058363.html


1-6 Manlio Dinucci : Chasseur-bombardier F-35 : C’est surtout son prix qui décolle.

Dépenses militaires.

Cour des comptes états-unienne : prix doublé et retard de deux ans pour le projet international

Le coût du chasseur bombardier F-35 Lightning II a gonflé de 50 à 113 millions de dollars pièce : c’est Il Sole 24 Ore (18 mars) qui l’annonce. Ce n’est pas un scoop : il y a un an nous avions écrit sur il manifesto (15 avril 209) que « le chasseur coûtera plus que prévu ». Pour preuve le fait que dès cette époque, pour en acquérir 131, le gouvernement italien avait décidé de débloquer 12,9 milliards d’euros.

   Aujourd’hui la Cour des comptes Usa confirme que le coût a quasiment doublé et, face au retard de deux ans et demi sur les délais prévus, le Pentagone demande à Lockheed de modifier le contrat et de le transformer pour un prix fixe.

Le Congrès  devra approuver de nouveau le programme – le plus coûteux de l’histoire militaire états-unienne (323 milliards de dollars pour 2457 avions)- « bien que personne ne s’attende à un re-dimensionnement ».

  Au Parlement italien par contre, pas un mot, grâce au fait que la participation au programme du F-35 est soutenue par une ligne bipartisane. Le premier mémorandum d’accord a été signée au Pentagone en 1998 par le gouvernement D’Alema ; le second, en 2002, par le gouvernement Berlusconi ; le troisième, en 2007, par le gouvernement Prodi. Et en 2009 c’est de nouveau un gouvernement Berlusconi qui délibère pour l’achat des 131 chasseurs qui, à vrai dire, avait déjà été décidé par le gouvernement Prodi en 2006. L’Italie participe au programme du F-35 comme partenaire de second niveau, en contribuant au développement et à la construction du chasseur.

    20 industries y sont engagées, parmi lesquelles Alenia Aeronautica, Galileo Avionica, Datamat et Otomelara de Finmeccanica et d’autres comme Aerea et Piaggio.  Plus de 1200 ailes du F-35 seront  produites dans les établissements Alenia. Près de l’aéroport militaire de Cameri (Novara) sera réalisée une ligne d’assemblage et d’essai des chasseurs destinés aux pays européens, qui sera ensuite transformée en centre de manutention, révision, réparation et modification.  Le gouvernement a alloué à cet effet 605 millions d’euros, en présentant cela comme une grande affaire pour l’Italie : il ne dit cependant pas que, alors que les milliards des contrats pour le F-35 vont dans les caisses d’entreprises privées, les milliards pour l’achat des chasseurs-bombardiers sortent des caisses publiques.

  En attendant l’aéronautique italienne continue à répéter qu’elle « veut le chasseur F-35 » et la marine fait de même. Interviewé par Il Sole 24 Ore (du 5 février), le général Giuseppe Bernardis, nouveau chef d’état-major de l’aéronautique, a dit que « l’argent de l’acquisition de nouveaux appareils est suffisant », mais celui pour l’entraînement fait défaut.

   Pour que les comptes soient bons, l’aéronautique veut limiter l’achat du chasseur Eurofighter Typhoon (construit par un consortium européen) à 96 appareils au lieu de 121, et essaie de vendre une vingtaine de Typhoons d’occasion à la Roumanie et autres pays. La priorité est ainsi donnée au chasseur de Lockheed, supérieur (garantit Il Sole 24 Ore) pour son « invisibilité et sa capacité d’attaque ». Un choix  qui n’est pas seulement militaire mais politique, qui lie l’Italie plus étroitement encore au char de guerre du Pentagone.

20 mars

Edition de samedi 20 mars 2010 de il manifesto : 

http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20100320/pagina/08/pezzo/274110/  

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=18231

www.Mondialisation.ca 


1-6 Daniel Ellsberg : « Comment Obama trompe l’Amérique ».

Interview

Donc le président français a cru bon d’utiliser un ton de donneur de leçon face aux étudiants américains de l’université Columbia. Selon ses propos, l'Amérique vient [enfin presque…] de rejoindre le camp des pays qui ne laissent pas tomber les malades, mais elle ne devrait pas se replier sur elle-même et écouter enfin l’Europe !

 Le propos est un peu surprenant, mais le monde sera rassuré, Barack Obama a la confiance de Nicolas Sarkozy : « Quan’t’y’dit [telle chose], moi je le crois ». Pour le reste, les Américains rigolent encore.

C’est vrai, le président Obama inspire la confiance hors des États-Unis. La confiance du comité norvégien Nobel pour la Paix tout d’abord. C’était avant l’effort d’intensification de la guerre en Afghanistan (la « contre-offensive » de la province d’Helmand) et la décision d’envoyer 30 000 hommes en renfort des 70 000 déjà en place

 « Face au terrorisme, nous ne pouvons pas nous diviser » assure encore M. Sarkozy à l’université Columbia. Mais qu'est-ce que le terrorisme au juste ? Voilà ce que déclarait récemment (voir The New York Times du 26 mars 2010) le général McChrystal chef des opérations de l’OTAN en Afghanistan, à propos des victimes civiles des opérations de l’OTAN : 

« Nous avons tué un nombre incroyable de gens dont aucun, à ma connaissance, ne s’est avéré être une menace » 

Ne mesurera-t-on jamais la portée d'une telle déclaration ? Imaginez votre famille se mettant « à l'abri » dans sa maison, mais recevant une roquette mettant fin aussi bien à la maison qu'à la famille. Et pourtant, votre famille avait juste suivi la recommandation qu'une armée occupante – mais qui répète sans arrêt être votre amie – lui avait faite. 

« Nous avons été attaqué le 11/09 de manière particulièrement brutale ». 

Ce rappel des attentats de New York à l'avion détourné fait partie du discours de Barack Obama aux soldats américains lors de la visite éclair de leur président le dimanche 28 mars. Certes, mais est-on encore sûr que l'Amérique a été attaquée par les talibans actuels qu'elle entend continuer à combattre jusque, au moins, fin 2011 (pouvoir donner une échéance, les militaires en avaient rêvés, Obama l'a fait) ? En tout cas, le seul rescapé de votre famille qui vient de rejoindre un groupe de résistants à l'occupant, lui, vous le savez bien, n'était pas en Amérique en septembre 2001. 

Et puis lutter contre le terrorisme passe aussi par soutenir un gouvernement (islamique, soit dit en passant) à la corruption avérée et reconnue par ses alliés, et dont les revenus sont de plus en plus liés à la narco-économie. Soutenir ce gouvernement c'est aussi le rendre complètement dépendant du soutien militaire américain. 

Alors, augmenter aujourd'hui les troupes en Afghanistan et partir fin 2011 ? Non, c'est irréaliste, ils y seront encore en 2015 et peut-être toujours en Irak également. 

Et qui dit cela ? C'est l'ambassadeur américain en Afghanistan, Karl Eikenberry, précédemment général-chef des opérations Américaines dans ce pays, qui l'a écrit dans un rapport secret à Barak Obama en novembre 2009. Rapport très confidentiel qui a cependant « fui » dans le New York Times en janvier dernier dû à l'indélicatesse d'un officiel américain.
Mais, hélas pour le Congrès américain qui autorisa les crédits à Barak Obama pour intensifier les combats en Afghanistan, les parlementaires américains ont pris leur décision sans avoir eu connaissance du rapport de l'ambassadeur Eikenberry

D'après Daniel Ellsberg en personne, les analyses contenues dans ce rapport sont aussi défavorables à la guerre (qui dévient petit à petit la guerre d'Obama — ce sont les termes de D. Ellsberg) que les documents militaires secrets américains que Daniel Ellsberg révéla à la presse en 1971 (The Pentagon Papers), révélation qui participa à la décision de retrait américain du Vietnam l'année suivante.

L'interview de Daniel Ellsberg par la journaliste Amy Goodman(*) est disponible sur le site Democracy Now ! (www.democracynow.org : the war and peace report), édition du 30 mars 2010 : Our President Is Deceiving the American Public.

(*) Amy Goodman est fondatrice de la chaîne d'information indépendante Democracy Now ! Après avoir réchappé d'un massacre, avec un autre journaliste américain, au Timor-Oriental en 1992 où elle avait tenté de s'interposer, elle révéla à l‘Amérique les tueries perpétrées par l'armée indonésienne, avec soutien des États-Unis, de la population timoraise (200 000 morts, soit le tiers de la population de la partie est de l'île, anciennement colonie portugaise).

Depuis elle n'a de cesse de dénoncer les dégâts causés par la politique extérieure américaine et déclare que Henry Kissinger

April 03, 2010  
http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/04/01/daniel-ellsberg-comment-obama-trompe-l-amerique_1327127_3232.html


1-7 Oscar Fortin : La démocratie : celle qui plaît à Washington et ses alliés.

 Pour faire bénéficier les peuples de la liberté que permet la démocratie, les États-Unis et leurs alliés investissent annuellement des centaines de milliards de dollars, sacrifient la vie de milliers de leurs soldats, absorbent des dizaines de milliers de blessés sans compter les centaines de milliers de civils, femmes, enfants et hommes qui deviennent des victimes innocentes de ces guerres. Il n’est donc pas superflu de regarder de plus près cette « démocratie » pour laquelle autant de sang y est versé et autant d’argent y est investi.

Dans notre Occident nous avons développé une démocratie qui trouve tout son sens dans le vote des citoyens et citoyennes qui élisent, tous les 4, 5 ou 6 ans, leurs représentants et représentantes pour diriger les destinées de l’État. À première vue, nous pourrions penser que là où il y a vote, il y a démocratie et que là où il n’y a pas de vote, il n’y a pas de démocratie.

Les choses ne sont pas aussi simples. Notre Occident démocratique, pendant qu’il s’accommode parfois de gouvernements dictatoriaux comme ce fut le cas avec les nombreuses dictatures latino-américaines, il lui arrive de plus en plus souvent de s’opposer avec acharnement à certaines « démocraties » où les citoyens et citoyennes votent, pourtant, pour élire leurs dirigeants et dirigeantes. Le commun des mortels peut penser qu’il y a là une contradiction, mais qu’il s’en garde bien car certains esprits, plus subtils que d’autres, en arrivent à y trouver beaucoup de cohérence.

 

Augusto Pinochet, ce dictateur qui a renversé par la force des armes le gouvernement démocratique de Salvador Allende et s’est imposé comme Président du Chili, définissait son gouvernement comme une « démocratie autoritaire ». Tout récemment, au Honduras, le gouvernement légitimement élu a été renversé par un coup d’État militaire sous prétexte de sauver la « démocratie ». Un simulacre d’élection a consacré le nouveau président en la personne de Porfirio Lobo que félicite sur la présente photo, la Secrétaire d’État des États-Unis, Hilary Clinton. En 2002, au Venezuela, il y a eu un coup d’État militaire qui n’aura duré que quelques heures, mais dont l’objectif était, là encore, de « sauver la démocratie ». Dans ce dernier cas ce fut toutefois le peuple qui décida de « sauver sa démocratie ».

Ces exemples nous obligent à repenser un peu plus notre définition de la démocratie et surtout à mieux comprendre la démocratie pour laquelle nos soldats combattent. Le vote des citoyens et citoyennes ne semblent plus être l’élément le plus important. Si c’était le cas, la majorité des conflits que nous retrouvons en Amérique Latine et ailleurs dans le monde n’existerait tout simplement pas. Alors qu’a-t-elle de particulière cette démocratie, celle à laquelle l’Occident tient tellement ?

Une bonne question et pas simple à répondre. Toutefois, pour aller à l’essentiel, certaines constantes permettent d’en circonscrire les principales caractéristiques. Ces constantes se ramènent principalement à quatre.

La première est que les intérêts et la sécurité nationale des États-Unis ont primauté sur toutes les autres valeurs : la vie, les droits de la personne, le droit des peuples, la Charte des Nations Unies, le droit international, les libertés fondamentales. Ces intérêts et cette sécurité nationale sont définis par l’élite dirigeante qui se garde bien d’en faire connaître les avenants et aboutissants. Il suffit de dire, pour justifier toute intervention, qu’il s’agit de l’intérêt et de la sécurité nationale des États-Unis.

La seconde est que le bloc des pays développés, y compris le Vatican, se reconnaissent, en partie, dans ces intérêts et cette sécurité. En ce sens, les États-Unis peuvent compter sur leur solidarité et leur engagement dans les conflits qu’ils provoquent là où ils les jugent pertinents pour leurs intérêts et leur sécurité. En d’autres mots, États-Unis et alliés sont tricotés serrés à l’intérieur d’un même système.

La troisième est l’effort déployé, dans chaque cas, pour mettre à contribution le Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette couverture revêt une grande importance devant la communauté internationale. Toutes les initiatives, pouvant la favoriser, seront prises, mais si elles n’aboutissent pas, ils iront tout de même de l’avant, comme ce fut le cas en Irak et dans d’autres parties du monde. Les Nations Unies sont avant tout une couverture hautement utile, mais non essentielle.

La quatrième est que ces interventions doivent se réaliser, autant faire se peut, sous des vocables qui rejoignent la grande majorité des citoyens et citoyennes qui sont autant d’électeurs et d’électrices. Pour se faire, ils comptent, d’une part, sur un réseau exceptionnel qui met à contribution tous les moyens de communication et, d’autre part, sur les meilleurs spécialistes capables de transformer le vrai en faux, le noir en blanc, et de faire ressortir qu’à travers tous ces conflits c’est la lutte pour la « démocratie », la « liberté », le « respect des droits humains ». Les adversaires deviendront des « monstres » aux ambitions illimitées et leurs actions seront autant de crimes contre l’humanité. Une bonne partie des 72 milliards $ du budget annuel de la CIA sera utilisée à cette métamorphose de la réalité.

 

Ces constantes permettent de dégager certaines caractéristiques de la démocratie compatible avec les intérêts des États-Unis et de leurs alliés. Je me permets d’en relever cinq :

1. Elle doit assurer en tout temps la primauté de leur pouvoir sur celui du peuple. Advenant un conflit entre ces deux pouvoirs, celui des États-Unis et de ses alliés devra prédominer.

2. Elle doit donner à ce pouvoir toutes les apparences de la démocratie élective de sorte que le peuple puisse s’y reconnaître comme s’il s’agissait du sien et de ses propres intérêts. Elle pourra compter sur la collaboration active de la CIA et de nombreux ONG.

3. Elle doit s’assurer que le néo-libéralisme et le capitalisme règnent en maître sur les destinées du pays. Les oligarchies devront avoir les coudées franches.

4. Elle ne doit pas hésiter à réprimer les contestataires en les transformant en résistants et en criminels de droit commun. Les magistratures en place devront rendre possibles ces jugements.

5. Elle doit s’abstenir de liens privilégiés avec ceux et celles qui remettent en question ce système de tutelle et de dépendance auquel ils sont soumis. Il y a ceux qui sont avec eux et ceux qui sont contre eux.

Il ne s’agit évidemment que d’un survol rapide qui permet, toutefois, de mieux comprendre ce pourquoi des centaines de milliards $ sont dépensés chaque année et que des centaines de milliers de personnes sont tuées.

 

Oscar Fortin

22 mars

http://humanisme.blogspot.com

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/La-democratie-celle-qui-plait-a-Washington-et-ses-allies.html


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