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24/04/2010

n° 328 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 22-04 - : Début : - Les signes annonciateurs d’une troisième guerre mondiale s’accumulent.

n° 328 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 22-04 - : Début : - Les signes annonciateurs d’une troisième guerre mondiale s’accumulent.



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

   n°328                                                                                                                             22/04/10

                   C.De Broeder    &   M.Lemaire                       



Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Suite  

1-4 New Delhi et Islamabad brouillent les cartes.

1-5 Philip Giraldi : Les États-Unis sont devenus l'empire du mal.

1-6 Manlio Dinucci : Chasseur-bombardier F-35 : C’est surtout son prix qui décolle.

1-6 Daniel Ellsberg : « Comment Obama trompe l’Amérique ».

1-7 Oscar Fortin : La démocratie : celle qui plaît à Washington et ses alliés.

Fin

2 Brèves

2-1 La guerre ou la paix…

2-2 Quand les Afghans s'ennuient des résistants.

2-3 Un article critique de l’intervention militaire française en Afghanistan.

3 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

3-1 Des groupes de réflexion canadiens réclament une "révision générale" de l'OTAN.

4 Annexe 

4-1 Noam Chomsky sur la politique étrangère d’Obama, sur sa propre histoire et sur l’importance de faire entendre son opinion (Democracy Now !)

4-2 La relation entre Sarkozy et Obama est très saine».


Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- Taliban - pour désigner tous les résistants ...



Tiré à part :

Plus de soldats US morts par suicide qu’au combat.

Depuis octobre 2001 jusqu’à l’été (boréal) dernier, 761 soldats de l’US Army sont officielement morts au combat en Afghanistan, et 817 suicides ont été recensés. Autrement dit, depuis l’occupation de ce pays il y a eu plus de soldats morts par suicide que dans l’action.

C’est ce qu’indique un article paru dans la revue Time sous le titre : L’armée US perd la guerre par suicide.

Le phénomène des suicides chez les GI’s, en constante hausse ces cinq dernières années, est devenu le problème majeur pour le Haut commandement des Forces armées des Etats-Unis.

Les chiffres prouvent qu’aucune solution n’a encore été trouvée, malgré les millions de dollars investis et le recours à des centaines de spécialistes en santé mentale, psychologues et psychiatres.

Selon la revue Time, au-delà des efforts sur le plan médical, le problème serait lié à l’engagement des soldats dans les combats.

De nouvelles recherches révèlent une relation très étroite entre le nombre de missions accomplies par un même soldat et le nombre de suicides. (ANSA)

http://www.granma.cu/frances/2010/a...

17 avril 2010

URL de cette brève
http://www.legrandsoir.info/+Afghanistan-Plus-de-soldats-US-morts-par-suicide-qu-au-combat+.html

http://www.legrandsoir.info:80/+Afghanistan-Plus-de-soldats-US-morts-par-suicide-qu-au-combat+.html



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Eberhard Hamer : Les signes annonciateurs d’une troisième guerre mondiale s’accumulent.

Les USA traversent, non seulement en raison du rachat des dettes des banques par l’Etat, mais aussi de leur dette publique qui avait déjà énormément augmenté – leurs crédits à l’étranger leur coûtent 1 milliard de dollars par jour – leur pire crise financière depuis la Seconde Guerre mondiale.

Si les flux financiers cessent ou s’ils se détournent du dollar, les USA sont en faillite.
Pourtant les USA ne font pas un effort d’économie suffisant pour réduire leur dette publique croissante. Ils n’augmentent pas les impôts pour accroître leurs recettes, ne tentent guère de rogner sur les budgets publics, surtout pas sur leur budget militaire, celui qui a le plus augmenté.
Il faut dire que les USA, en divers endroits du monde, ont engagé au total 200 000 soldats. C’est pourquoi personne n’a compris que le plus grand chef de guerre du monde ait reçu le Prix Nobel de la paix bien qu’il ait renforcé ses troupes. Peut-être était-ce une mesure préventive, car la guerre en Iran dépend avant tout de lui.
Les exemples de chefs politiques qui, confrontés à un échec économique, ont choisi la guerre comme dernier recours pour se maintenir au pouvoir abondent dans l’his­toire. C’est encore plus vrai lorsqu’un pays connaît des crises économiques successives et que la guerre semble le seul moyen d’en sortir. C’est ainsi que les USA ont surmonté leur plus grave crise économique du XXe siècle en entrant dans la Première Guerre mondiale, la crise économique mondiale en entrant dans la Seconde, et ils pourraient donc être tentés de résoudre la troisième crise économique de la même manière. Les deux guerres mondiales ont en effet permis aux Etats-Unis non seulement de venir à bout de leurs deux plus gros endettements, mais aussi de devenir la première puissance économique mondiale. La tentation est donc forte d’essayer une troisième fois le même remède.
Dans ce contexte toute une série de préparatifs de guerre semblent alarmants:
1.    Le Premier ministre israélien, un homme d’extrême-droite, est un va-t-en-guerre imprévisible. Il se plaint constamment d’avoir reçu de la part de l’Iran des menaces variées dont aucune n’a jusqu’ici résisté à l’examen. Mais il hausse de plus en plus le ton et au cours des derniers mois il a fait la tournée des principales capitales mondiales pour y chercher un soutien. Il paraît même que Madame Merkel lui a juré la fidélité des Nibelungen, comme l’avait fait avant les précédentes guerres mondiales Guillaume II aux Autrichiens ou les ­Anglais et les Français à la Pologne.
2.    Israël a déjà positionné les sous-marins nucléaires qu’elle a achetés à l’Allemagne, armés de missiles à ogives nucléaires, en face de l’Iran et, non content d’avoir reconstruit et pointé sur l’Iran la base de lancement géorgienne que les Russes avaient détruite il y a un an et demi, y a fait envoyer un renfort de 90 spécialistes états-uniens.
3.    De semaine en semaine la presse, sous l’influence d’Israël, hausse le ton à l’égard de l’Iran pour différents motifs – une campagne de propagande analogue à celle qui a permis de faire accepter, voire soutenir la guerre en Irak dans le monde entier en répandant des affirmations mensongères.
4.    Les préparatifs militaires ne chôment pas non plus. Certes les troupes états-­uniennes n’ont toujours pas réussi à «pacifier» les deux pays voisins, l’Irak et l’Afgha­nistan.

Mais ils y entraînent à la guerre la plus grosse concentration de troupes au monde. En outre, ils ont regroupé au large de l’Iran la plus grosse flotte militaire qu’ils aient jamais réunie. Le comité du Nobel a donc fait un bon calcul en cette affaire: pas de guerre en Iran sans l’assentiment du Président des USA, surtout s’il s’agit d’un Prix Nobel de la paix. Toutefois la pression des banques, des multinationales, du lobby de l’armement, de l’armée et du lobby israélien pourrait contraindre les USA à entrer en guerre, si Israël menait une première frappe contre l’Iran et que les puissances précitées voulaient protéger leurs intérêts.
N’oublions pas que les USA ne sont pas seulement la nation la plus endettée du monde, mais aussi que l’effondrement de leur de­vise sig­nifie celui de leur empire. La soi-disant «unique puissance hégémonique mondiale» implose en ce moment exactement comme l’a fait l’URSS il y a vingt ans. Les Chinois ont déjà fait comprendre qu’ils ne reconnaissent plus son hégémonie. Le Président des Etats-Unis se trouve donc, si Israël frappe, face à un dilemme désespéré: doit-il continuer à s’enliser dans les sables mouvants de la crise financière, économique et sociale ou chercher le salut dans une guerre mondiale, qui a déjà permis deux fois aux Etats-Unis d’en sortir gagnants.
Le danger d’une nouvelle guerre mon­diale n’a jamais été aussi grand depuis la fin de la Seconde. C’est à juste titre que depuis un an les mises en garde aux USA se sont accrues, venant surtout de certains milieux intellectuels européens. Mais nous ne pourrons pas l’empêcher.
Une guerre en Iran ne resterait pas un événement limité, même si au départ il ne s’agissait que de missiles.
Aux côtés de l’Iran se rangeraient les Chinois, directement ou indirectement, et probablement les Russes, pour ne pas laisser les troupes états-uniennes s’approcher de leurs frontières et la puissance des USA devenir excessive.
Les membres de l’OTAN seraient contraints de se ranger aux côtés d’Israël et des USA, surtout s’ils avaient auparavant prêté le serment des Nibelungen. Il faut donc nous attendre à voir l’Europe participer, elle aussi, à la guerre.

Quelles seraient pour nous les conséquences d’une troisième guerre mondiale en Iran?

1.    Toute guerre avec l’Iran entraînerait la fermeture immédiate du détroit d’Ormuz et un dramatique renchérissement du pétrole, et ceci d’autant plus que la guerre se prolongerait. Du pétrole plus cher, c’est toujours des coûts plus élevés pour l’économie et les consommateurs. Nous devons donc nous attendre à des pénuries, des restrictions et des augmentations de prix pour les biens de consommation.
2.    Toute guerre nécessite un surcroît d’armement. L’industrie mondiale de l’armement – et en particulier aux USA – se frottera les mains, elle sera utilisée à pleine capacité et pourra se développer. Il y aura des retombées dans les secteurs annexes, par exemple l’automobile, le textile, les chantiers navals, l’aéronautique et d’autres encore. La production augmentera, même si les prix en font autant.
3.    Les grands gagnants seront les banques. On ne parlera plus de produits financiers toxiques et de banquiers gangsters; les banques centrales devront financer la guerre par la création de monnaie. Les banques pourront de nouveau accorder des crédits. Dans un premier temps l’inflation maintiendra le dollar jusqu’à la fin de la guerre. C’est seulement après la guerre, comme d’habitude, que l’on procédera au grand nettoyage et qu’on expiera les péchés de la finance de guerre.
Les vassaux des USA doivent casquer pour les besoins financiers du maître, on l’a déjà vu avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan. La guerre n’appauvrira donc pas seulement Israël et les USA, mais nous tous. Comme il n’y a pas d’argent pour financer une guerre, on devra recourir à l’inflation, comme lors des deux premières guerres mondiales; nous devons donc nous attendre à une inflation vertigineuse.
S’ils entrent en guerre avec l’Iran, les USA mobiliseront aussi l’OTAN («clause de ­Defense collective»). Le gouvernement devra alors expliquer à nos soldats pourquoi ils ne doivent plus seulement s’acquitter de leur tâche en Afghanistan, mais aussi en Iran, et réunir une majorité au Bundestag pour voter son budget de guerre. Le SPD et les Verts (Fischer) ont déjà voté une entrée en guerre sous le prétexte fallacieux d’un «maintien de la paix». Une troisième guerre mondiale, malgré la pression états-unienne, rencontrera plus de réticence. Et dans la population le refus devrait être massif et peut-être mener à la démission du gouvernement trop docile.
Mais peut-être le gouvernement Merkel voit-il lui aussi dans une guerre une issue politique à sa situation bloquée par l’aide aux banques, le surendettement public, le collapsus financier qui menace les systèmes de protection sociale et les troubles sociaux que risquent d’engendrer de véritables redressements de cap.
La guerre est à nos portes. Les mois qui viennent nous diront si nous allons être entraînés dans une troisième guerre mondiale ou si nous y échapperons encore.    •

Eberhard Hamerwww.mittelstandsinstitut-niedersachsen.de

19 Mars
(Traduction Horizons et débats)


1-2 Alain Chouet : « La Qaïda est morte dans les trous à rats de Tora Bora en 2002 »

Ancien chef du service de renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Alain Chouet a brisé un tabou lors d’un colloque organisé au Sénat fin janvier 2010 en déclarant que « la Qaïda est morte sur le plan opérationnel dans les trous à rats de Tora Bora en 2002 ».

Il ne resterait qu’une cinquantaine de membres, essentiellement des seconds couteaux, incapables d’animer à l’échelle planétaire un réseau coordonné de violence politique (1).

Durant cette table ronde, à laquelle participaient Jean-Pierre Filiu et François Heisbourg, Alain Chouet constatait que « des médias réducteurs et quelques soi-disant experts » invoquaient à tout propos – et souvent hors de propos – Al-Qaida, « dès qu’un acte de violence est commis par un musulman, où quand un musulman se trouve au mauvais moment et au mauvais endroit, où même quand il n’y a pas de musulman du tout ».

Or, aucun membre de cette organisation n’a agi dans les attentats de Londres, Madrid, Casablanca, Djerba, Sharm el-Sheikh, Bali, Bombay.

Toutefois, si Al-Qaida n’existe plus, la violence politique islamiste existe, elle, bel et bien. L’ancien responsable de la lutte anti-terroriste, terminait son exposé au Sénat en déclarant que si Al-Qaïda est morte « avant de mourir, elle a été engrossée par les erreurs stratégiques de l’Occident et les calculs peu avisés d’un certain nombre de régimes de pays musulmans ». Arabophone, en poste notamment à Beyrouth, à Damas, à Rabat, Alain Chouet a été chef du bureau de coordination des recherches et opérations anti-résistants pendant cinq ans, et conseiller technique (islam, terrorisme) du directeur du renseignement de 1996 à 1999. En 2008, il a préfacé l’ouvrage de Ian Hamel « L’énigme Oussama Ben Laden » (2). L’ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE a accepté de répondre aux questions d’Oumma.com.

Vous avez déclaré au cours d’un récent colloque au Sénat qu’ « Al-Qaïda est mort sur le plan opérationnel depuis 2002 ! ». Or, le discours politique officiel et médiatique en Europe et aux Etats-Unis prend le contrepied de votre constat. Quel est le véritable intérêt à vouloir faire systématiquement d’« Al-Qaida » la principale menace terroriste, et à entretenir le mythe ?

Toute mon intervention au colloque du Sénat vise justement à répondre à cette question. Il faudrait donc l’écouter attentivement…… Cela dit, il n’y a pas véritablement de discours "officiel" sur ce sujet. D’une manière générale, les politiques et les médias se satisfont de l’appellation réductrice "Al-Qaïda" appliquée à toutes formes de violence politique dans le monde musulman ou émanant du monde musulman. C’est une démarche qui évite d’avoir à expliquer son action auprès des opinions publiques et qui évite surtout d’avoir à admettre le fait que cette violence n’est pas le fait d’une seule organisation mais de plusieurs mouvements qui répondent à de multiples situations politiques, économiques et sociales problématiques mais très hétéroclites dans lesquelles la responsabilité de nombreux pays occidentaux est souvent engagée.

L’Arabie saoudite est selon vous l’épicentre de la violence islamiste qui n’est ni en Afghanistan ni en Irak. Comment expliquez-vous que ce régime bénéficie de la plus grande bienveillance des Etats-Unis et de l’Europe ?

C’est aux dirigeants américains et à certains politiques européens qu’il faudrait poser la question. Cependant, il est clair que les Etats Unis sont liés à l’Arabie saoudite par de multiples relations économiques consacrées par le pacte de protection conclu en 1945, à titre personnel, entre le Président Roosevelt et le roi Ibn Saoud. Et ce n’est un secret pour personne que l’administration Bush et ses sponsors pétroliers texans entretenaient des liens d’intérêt financier très étroits avec la famille royale saoudienne. Remettre ces liens en cause menacerait le monopole de fait dont les Etats-Unis disposent dans la relation économique et financière avec l’Arabie. Quant aux Européens, ils craignent le désordre économique mondial qui pourrait résulter d’une déstabilisation du régime saoudien et des conséquences qui pourraient en résulter sur le prix des hydrocarbures.

La famille Saoud qui détient actuellement le pouvoir en Arabie saoudite est-elle contestée au sein de ce pays ?

L’état du droit en Arabie saoudite ne permet pas à la contestation de s’exprimer librement de façon publique par voie de presse ou par des processus électoraux. Cependant, au vu du nombre d’attentats et d’actes de violence qui ont frappé ce pays depuis une vingtaine d’années et qui ont toujours été commis par des ressortissants saoudiens, visant clairement la famille royale, il est clair que le régime ne bénéficie pas d’un consensus très solide. Le roi Abdallah a fait, au cours de ces dernières années, des efforts intenses qu’il faut saluer, et promu d’intéressantes réformes visant à faire évoluer le pays et tenter de le faire entrer dans la modernité. Il semble toutefois qu’une grande partie de la famille royale reste hostile à ses projets et à ses réformes, et tente par différents moyens d’en limiter les effets.

Qu’en est-il actuellement de l’organisation internationale des Frères musulmans ? Cette organisation n’est-elle pas en déclin ? Est-ce qu’elle demeure toujours la seule alternative aux régimes arabes qui ont perdu toute légitimité auprès de leur population respective ?

Au gré de ses échecs et de ses scissions pendant les dix dernières années, l’organisation a certainement perdu une part de son influence. Les disputes entre, d’une part, les anciens qui sont fatigués d’attendre le pouvoir et seraient prêts à des formules de composition avec les régimes contestés, et d’autre part, les plus jeunes et plus radicaux prêts à l’aventure, ont nui à la lisibilité de la stratégie du mouvement parmi les masses, en particulier en Egypte, en Jordanie et en Syrie.

Toutefois, l’Association reste le seul mouvement panislamiste transnational suffisamment organisé et solidaire pour exploiter les opportunités politiques, sociales, économiques, financières nées du désordre mondial post 11/09. En contrepoint à son affaiblissement relatif dans certains pays arabes, elle a en revanche beaucoup gagné en influence au sein des communautés musulmanes émigrées, en particulier en Occident.

Quel regard portez-vous sur la politique actuelle d’Obama en Afghanistan et plus généralement avec le monde musulman ? Est-ce que son allocution du Caire n’était qu’une déclaration d’intention ?

Je crois que le Président Obama, utilement conseillé par d’excellents connaisseurs de la réalité arabe et musulmane, a bien perçu quels étaient les problèmes et bien identifié dans quelles impasses l’administration Bush avait engagé les Etats-Unis. Mais les Etats-Unis sont un énorme paquebot qui ne manœuvre pas comme un petit hors-bord. La pression de différents lobbys, en tête desquels le complexe militaro-industriel, les pétroliers texans, les sociétés militaires privées et tous ceux qui trouvent un intérêt économique et financier aux aventures extérieures du pays, sont très fortes. Et il est très facile pour ces lobbys de jouer sur la sensibilité du citoyen moyen, ses ignorances et ses craintes, pour anéantir les efforts du Président, s’il se montre trop rapide ou trop brutal. Les Etats Unis ne sont pas une dictature. Le Président doit y négocier chaque jour ses décisions et son pouvoir en fonction d’intérêts multiples et antagonistes, où la raison et la sagesse ne pèsent pas lourd face à l’argent.

Comment lutter efficacement contre la violence islamiste, dont vous affirmez par ailleurs que les musulmans sont les principales victimes ?

La lutte contre la violence islamiste passe par des mesures sécuritaires de Defense à court terme, en liaison avec nos partenaires sécuritaires des pays musulmans et par des mesures politiques, sociales, économiques, culturelles à moyen et long terme. Il faut contribuer à désamorcer les contentieux locaux, cesser d’apporter un soutien inconditionnel aux régimes les plus dictatoriaux et les plus réactionnaires de la zone, organiser un « plan Marshall » susceptible d’apporter l’aide des pays musulmans les plus riches et de l’occident aux pays les plus pauvres, rassurer les pays musulmans les plus menacés par l’intégrisme salafiste en leur donnant des garanties de sécurité, organiser des partenariats régionaux (type Union pour la Méditerranée) entre les pays musulmans et les pays non musulmans de la même zone, arrêter de faire de l’Islam un enjeu de politique intérieure dans les pays non musulmans, donner la parole en occident aux musulmans tolérants plutôt qu’aux extrémistes de tous bords même s’ils sont évidemment plus médiatiques, etc. Dans ce domaine, la limite est celle de l’imagination. Il y a beaucoup à faire.

Outre la non-résolution de la question palestinienne, quels sont les autres facteurs de déstabilisation au Moyen-Orient ?

Ils sont malheureusement très nombreux et s’expriment sur toutes les limites du monde musulman. Les deux principaux sont pour l’instant le conflit indo-pakistanais et l’état de menace permanent pesant sur l’Iran, qui conduit ce dernier à des réponses provocatrices. Mais d’autres contentieux sont aussi lourds de conséquences potentielles. L’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan n’ont fait qu’aggraver les contentieux internes de ces pays qui ne manqueront pas de ressurgir violemment quand, pour une raison ou pour une autre, les armées étrangères devront partir.

La Somalie s’enfonce dans l’anarchie et la pauvreté, et devient une vraie nuisance régionale. Les contentieux inter-yéménites sont plus violents que jamais et les interventions extérieures ne font que les exacerber. Le régime alaouite syrien, même s’il a très intelligemment négocié son retour dans le concert des Nations, reste inquiet des menaces de son environnement sunnite et prêt à y faire face par la violence et la manœuvre s’il le faut. La situation économique et sociale de l’Egypte est très préoccupante et pourrait déboucher sur d’importants désordres internes faciles à exporter. « L’après Bouteflika » en Algérie s’annonce incertain et divers contentieux avec les pays voisins, en particulier avec le Maroc, restent irrésolus.Tout cela sans préjudice des problèmes du Sahel, du Nigéria, du Caucase, des Philippines

Comment expliquez-vous le retard (politique économique, culturel..) auquel est confronté le monde musulman dans son ensemble ?

Je vous laisse la responsabilité de cette appréciation concernant « l’ensemble du monde musulman ». La majorité des musulmans vit dans des pays qui sont à des stades de développement divers, mais plutôt encourageants : Indonésie, Malaisie, Singapour, Inde (où il y a quand même près de 200 millions de musulmans….), Iran, certains pays d’Asie Centrale, etc. Les problèmes politiques, sociaux et culturels qui existent ailleurs – et ils sont réels – me paraissent moins liés à l’Islam, qu’à l’opposition entre une culture de rente et une culture d’entreprise.

De ce point de vue, la rente hydrocarbure a été une catastrophe des temps modernes pour les pays musulmans, où sont concentrés les deux tiers des réserves d’énergie fossile de la planète. L’enrichissement facile d’un certain nombre de pays à peine sortis du moyen âge a conduit leurs dirigeants à abandonner tout esprit d’entreprise, à refuser tout effort collectif ou même individuel, à vouloir toujours plus aux dépens des plus pauvres, à se crisper sur leurs richesses en les déniant aux autres, à légitimer leurs privilèges par des idéologies les plus conservatrices et les plus fondamentalistes possibles (si c’est Dieu qui m’a donné la richesse, qui aurait le droit de me la retirer ?). Parallèlement, les voisins ou les « sujets » de ceux là – qui ne bénéficient pas de la rente – n’ont qu’une idée en tête, qui est de la voler à ses titulaires pour en profiter à leur tour sans effort…. Tout cela ne contribue pas à des solutions satisfaisantes mais n’a rien à voir avec la religion.

Quelle est votre position sur le fait musulman en Europe et plus particulièrement en France ? Partagez-vous certains discours alarmistes qui font de l’islam une religion exogène à la société française, posant sans cesse des problèmes d’intégration et de sécurité ? Peut-on aller jusqu’à évoquer une spécificité française en la matière ?

Il y a en France près de six millions de musulmans. Quelques dizaines sont passés à la violence terroriste, quelques centaines manifestent publiquement des comportements provocateurs intégristes et intolérants (dont il serait intéressant d’étudier les motivations…), quelques milliers sont tombés dans la violence sociale et la criminalité (proportionnellement pas plus d’ailleurs que les non musulmans de milieu social équivalent).

Que faut-il alors considérer ? Les quelques milliers qui sont dans la déviance, ou les quelques millions qui vivent paisiblement dans notre pays en respectant grosso modo ses lois ? Le problème me paraît plus culturel que religieux. Ce que certains reprochent aux « musulmans » aujourd’hui est ce que l’on reprochait aux Bretons, aux Auvergnats, aux « Romanichels » et aux Juifs au 19ème siècle, aux Italiens, aux Polonais, aux Espagnols et aux Portugais au milieu du 20ème.

Il n’y a pas de spécificité française en la matière. Il existe en Europe certaines confusions entre l’origine religieuse et l’origine géographique des migrants. Pour un Français, un musulman est d’abord un Maghrébin, pour un Anglais un Pakistanais, pour un Allemand un Turc. Or, les Maghrébins ne sont pas considérés comme posant des problème en Angleterre, les Pakistanais n’en posent ni en France ni en Allemagne, les Turcs n’en posent pas en Angleterre et très peu en France. Et personne ne parle nulle part de problèmes posés par des musulmans originaires d’autres régions, tels que les Libanais, les Syriens, les Egyptiens, les Iraniens, les Indonésiens, etc.

Si les difficultés étaient uniquement dues à la religion, le problème serait le même pour tous et partout. Ce n’est pas le cas. Les origines des incompréhensions, des rejets et des antagonismes sont donc sans doute à rechercher plutôt dans des contentieux historiques, politiques, culturels et sociaux mal digérés de part et d’autre que dans le thème facile d’une appartenance religieuse. Cela dit, il est clair qu’en stigmatisant collectivement l’appartenance religieuse ou ethnique, au lieu de mettre en cause des comportements individuels, les Européens vont à l’encontre de leur propres valeurs, dramatisent le problème et font de l’appartenance religieuse un point de ralliement et de revendication pour tous les contestataires de l’ordre établi, les rejetés du système social, les aigris de l’intégration.

Les services secrets français ont-il une perception différente du monde musulman que les services américains ? Serait-ce lié à une ancienne tradition politique bien distincte ?

Les services français restent les héritiers d’une longue tradition coloniale et « mondialisée » qui avait ses défauts mais aussi quelques qualités. Même si le paternalisme condescendant du colonialisme a fait les ravages que l’on sait, les cadres civils et militaires de la « plus grande France », les officiers des affaires militaires musulmanes, les officiers des affaires indigènes, les diplômés de l’Ecole de la France d’outre-mer, etc. faisaient l’effort d’essayer de comprendre et respecter les langues et les cultures des populations qu’ils avaient la charge d’administrer, de vivre parmi elles, de manger à leur table. Nombre d’entre eux s’y sont attachés au point d’en devenir parfois les plus ardents Defenseurs.

Passé le temps de la décolonisation, cette forme d’esprit est tout de même restée et imprègne la mémoire collective, et les pratiques quotidiennes des services français. C’est loin d’être parfait, mais cela permet tout de même de mieux comprendre les choses qu’en faisant piloter un drone par un technicien du Middle West depuis une base de Virginie occidentale……

Vous étiez en poste dans les années 90 à Genève. Quels souvenirs conservez-vous du Centre islamique, et notamment de Tariq Ramadan. Son ascension vous étonne-t-elle ?

Dans les années 90, le Centre islamique des Eaux Vives à Genève, tenu par Hani Ramadan, le frère de Tariq, faisait partie de ces innombrables centres culturels, clubs, lieux de rencontre qui, dans toute l’Europe diffusent l’interprétation religieuse, politique et sociale de l’Association des Frères Musulmans. On y prônait en gros la nécessité de pratiquer une version fondamentaliste de l’Islam, de protéger cette pratique par l’isolement, par la résistance individuelle et collective à l’intégration dans la société d’accueil, par le rejet de ses valeurs, par le prosélytisme et la pression à l’égard des autres musulmans.

Tariq Ramadan, pour sa part, est vite sorti de ce « petit centre local » pour une vocation plus internationale. Intelligent, fin, séducteur et séduisant, il sait parler à la fois au petit peuple émigré des banlieues et aux bobos urbains des grandes capitales. Il a l’art de parler en termes mesurés de la nécessité pour chacun de « conserver son authenticité », de « défendre sa différence », de « rester fidèle à ses origines ». Autant de thèmes qui sont les mêmes que ceux de son frère mais qui, à la façon dont il les exprime, entrent en résonance aussi bien avec l’aigreur des exclus qu’avec le politiquement correct des « bobos » bien pensants. Ce sont d’ailleurs des résistants du Parti socialiste et de différentes associations résistantes laïques qui, en France et en Belgique et croyant bien faire, ont assuré sa promotion publique. Cette habileté lui a rapidement ouvert les portes des plateaux de télévision dans divers pays, indispensable tremplin médiatique de nos sociétés. Et il est devenu au fil des ans l’incontournable « musulman de service » de toute émission de radio ou de télévision consacré à l’Islam.

Je salue l’intelligence de l’homme. Je m’interroge sur le fond de son discours et sur ses motivations. En tout état de cause – et à titre personnel – j’apprécierais que d’autres musulmans qui ne partagent pas forcément ses idées soient conviés par nos journalistes à donner leur avis.

Notes :

(1) Alain Chouet écrit « la Qaïda », alors que dans la presse, on écrit habituellement « Al-Qaida », mais il s’agit de la même entité, créée par Oussama Ben Laden.

(2) Editions Payot, 318 pages.  

2 Responses to “« La Qaïda est morte dans les trous à rats de Tora Bora en 2002 »”

MDS

Que d’intelligence dans le propos , cela nous change des propos habituels des politiques et de beaucoup de journalistes qui caressent l’opinion publique dans le sens du poil sans chercher à vraiment expliquer les chose qui sont pourtant assez simples a comprendre pour une intelligence moyenne. Le passage sur la perception qu’on les différents pays européens sur  »leurs » musulmans respectifs et ceux des autres est d’une clarté parfaite. Ce monsieur devrait être invité dans nos grands médias pour relever un peu le niveau de cette télé de m… qu’on nous sert à longueur d’année et que je regarde encore de temps en temps en espérant voir des choses intelligentes sur la politique internationale, mais que je ne vois jamais.

Merci monsieur Alain CHOUET, merci beaucoup.

http://www.reopen911.info/News/2010/03/19/la-qaida-est-morte-dans-les-trous-a-rats-de-tora-bora-en-2002/


1-3 Philippe Leymarie : Privatisation de la Defense : jusqu'où aller trop loin ?

« Les forces armées face au défi de la privatisation de l'action militaire » : ce colloque international organisé le 18 mars dernier à l'Ecole militaire à Paris, a mis en évidence le gouffre qui sépare, dans ce domaine, les pays dits anglo-saxons “ Usa, Canada, Royaume uni “ où de larges pans de l'activité de Defense et de sécurité sont abandonnés aux sociétés militaires privées (SMP), de la plupart des autres, soucieux de conserver dans le giron des Etats l'essentiel des fonctions « régaliennes », et plus regardants sur les activités qui pourraient être concédées à des entreprises privées
Il y a actuellement en Afghanistan moins de soldats réguliers américains que d'effectifs de « contractors » privés : gardes du corps ; techniciens ; agents pour la protection de bâtiments ou de personnalités, la sécurité d'ONG, l'escorte de convois, le déminage, etc. Une partie de ces 100 000 hommes sont recrutés sur place, parmi les anciens militaires, policiers ou miliciens (dont se débarrassent les chefs de guerre locaux).
Fonds opaques
Même s'il a pris des proportions extraordinaires en Irak, et maintenant en Afghanistan, et que l'actuel « appel d'air » pourrait se réduire une fois ces pays évacués par leurs occupants étrangers, le phénomène des SMP paraît s'enraciner :
les budgets militaires sont partout en relative ou nette régression, certains pays étant tentés de « boucher les trous » en recourant au privé dans certaines fonctions ;
la lourdeur des engagements crée des tensions sur les effectifs, notamment aux Etats-Unis, qui ont 350 000 soldats en garnison ou en opérations à l'extérieur ;
un véritable secteur industriel et commercial de prestations militaires privées a vu le jour en une vingtaine d'années, avec un marché, et des clients : les grands pays occidentaux ; des Etats faibles du sud ; des Ong, et des organisations internationales - à commencer par l'ONU ;
les spécialistes évoquent un chiffre d'affaire global de 100 à 200 milliards de dollars selon les estimations (très vagues), avec une fraction de « fonds opaques » ; et un effectif total évalué grossièrement à un million d'hommes, avec une gamme de services qui ne cesse de s'étendre (au point qu'on a pu parler “ très abusivement “ de « seconde armée du monde ») ;
les SMP sont intégrées dans la planification américaine et britannique, et donc également dans les pratiques de l'OTAN ; sous le vocable de « partenariat public-privé », elles figurent également dans les plans de l'Union européenne.
Force maîtrisée
Un document signé à Montreux (Suisse) en septembre 2008 par une trentaine d'Etats “ mais non contraignant “ réaffirme l'obligation pour eux d'encadrer juridiquement ou réglementairement l'activité des SMP, et de respecter le droit humanitaire ainsi que le droit relatif aux droits de l'homme, lorsqu'elles opèrent lors de conflits armés. Le document énumère soixante-dix « bonnes pratiques » (ce qui équivaut d'ailleurs à une forme de reconnaissance, voire à un encouragement).
Dit autrement : la spécificité des armées est, en principe, un savoir-faire qui comporte l'utilisation d'une force maîtrisée et proportionnée, dans un cadre légitime, au nom de la volonté publique, d'un Etat, etc. Sous-traiter une fraction de cette « force légitime » à des privés plus ou moins contrôlés, c'est franchir une crête, créer la confusion, changer de nature, prendre le risque de dévaloriser les armées, les militaires. Il ne faut pas confondre le recours ponctuel à des prestataires (services, maintenance, transport par avions ou hélicoptères, etc.), et une action de longue durée, impliquant un Etat, une armée, une chaîne de commandement, des règles d'engagement et une tradition, etc.
Il ne faudrait pas non plus, plaident certains, que le recours aux SMP suscite plus de difficultés nouvelles qu'il n'apporte de solutions (par manque de capacités) ou d'économies (étant entendu que ces services « délocalisés » seraient par nature moins chers). Des experts européens redoutent notamment que, dans des pays où la pratique du contrat commercial est moins ancrée, les mécanismes de contrôle ne génèrent des coûts qui rendraient l'opération nulle ou négative. Il y aurait donc à identifier des seuils de rentabilité, et à les mettre en balance avec les limites du genre : rupture de la chaîne de commandement ; difficultés de coordination ; poids du contrôle d'exécution des marchés, etc.
Coeur de métier
Les militaires insistent, pour leur part, sur le fait que leur « coeur de métier » (la mission, l'action au milieu des populations, le recours aux armes éventuellement offensives, etc) n'est pas externalisable ; et qu'il convient de ne jamais mélanger, sur le terrain, les soldats réguliers et les privés en armes.
Un colonel français, spécialiste de doctrine, résumait au cours de ce colloque les (bonnes) raisons de ne pas recourir à des SMP :
normes insuffisantes (casier judiciaire douteux, etc) ;
confusion, dans le regard de l'opinion, avec les troupes régulières ;
fonctionnement trop autonome (comme la société Blackwater en Irak) ;
déséquilibre de l'économie locale (en raison des émoluments hors de proportion des personnels « mercenaires ») ;
manque de cadre réglementaire et juridique.

Il recommandait la création de procédures d'habilitation ou de labellisation, pour les SMP ; des normes éthiques pour l'embauche (hors clans, ethnies,etc.) ; l'imposition de règles d'engagement ; la mise en place de processus de coordination ; la collecte des armes et matériels (en cas de départ, dissolution, évacuation, etc).
Un professeur d'université israélien a énuméré de son côté les conditions dans lesquelles il serait possible de recourir dans son pays à des personnels de sociétés militaires privées :
si ce n'est pas pour des opérations ;
seulement si c'est à long terme, dans un cadre planifié ;
seulement s'il y a concurrence entre plusieurs SMP ;
si ces personnels peuvent être déployés dans l'urgence ;
s'il n'y a pas de savoir-faire à préserver (tactiques ou armes secrètes, par exemple) ;
si cela n'entame pas les capacités opérationnelles des forces régulières ;
si leur sécurité peut être préservée ;
si une partie des économies ainsi réalisées sont effectivement réinjectées dans le budget militaire.
Questions d'éthique

Vu de Paris, en tout cas, les SMP sont " au minimum “ une « réalité opérationnelle », par exemple en Afghanistan où le contingent français “ comme celui d'autres pays de la coalition " est bien obligé de « faire avec » : inutile donc de se rester dans le déni ou de se voiler la face. Et “ au maximum “ une préoccupation centrale, ou disons éthique puisqu'en dernier ressort, l'appel à ces soldats privés, assimilables à des mercenaires (même s'il s'agit souvent d'anciens militaires) repose le problème du rôle du soldat, de la légitimité de la guerre : des questionnements relativement maîtrisés au niveau des Etats et de la diplomatie internationale (même s'ils sont battus en brèche par certaines luttes de libération ou conflits régionaux de forme « asymétrique ») ; mais qui ne sont plus maîtrisés du tout lorsqu'un agent de la compagnie Haliburton arrose préventivement un groupe de citoyens afghans,
sous prétexte qu'il pourrait présenter un danger
Il n'y a pas encore de position doctrinale française sur la question : c'est une des raisons d'être de ce colloque. La fondation St-Cyr et le Centre de doctrine d'emploi des forces prévoient des groupes de travail, et une nouvelle rencontre, dans un an, pour faire le point. On peut cependant remarquer que le parlement français avait pris soin de ne pas inclure les sociétés militaires privées dans la loi de 1983 sur le mercenariat. Et que le général Henri Bentegeat, chef d'état-major des armées, avait affirmé, en 2004, que « la plupart des SMP sont contrôlables et contrôlées, et peuvent rendre des services aux armées », remarquant toutefois au passage que « certaines n'ont pas d'éthique ». Ce qui ne manque pas d'inquiéter.
Conclusion provisoire de ce colloque : il est de plus en plus difficile de faire comme si cette part croissante prise par les SMP n'existait pas. Privatisation et robotisation (les fameux drones) de la guerre sont les deux grandes problématiques du moment, d'ailleurs liées entre elles.

Philippe Leymarie
Philippe Leymarie, collaborateur du Monde diplomatique, a été chargé des questions africaines et de Defense sur Radio-France internationale (RFI). Il est l'auteur, avec Thierry Perret, des 100 Clés de l'Afrique (Hachette littérature, 2006).
Monde Diplomatique
19 mars 2010

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