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08/06/2010

n°435 - dossiers de l'Afghanistan - 06-06 -: Suite : - Les Empires viennent mourir aux pieds des montagnes afghanes.

n°435 - dossiers de l'Afghanistan - 06-06 -: Suite : - Les Empires viennent mourir aux pieds des montagnes afghanes.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de l'Afghanistan 

n°435 du 06-06

C.De Broeder & M.Lemaire



 Le "dossier de l'Afghanistan" est  visible  sur mes blogs : 

a)   sur nos blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 L’Afghanistan est légalement « un conflit armé non international »

3-2 Dieter Deiseroth: Afghanistan, aux sources de "Enduring Freedom": le droit bafoué, et l’absence de preuves*. 

3-3 Karl Müller : Comment la guerre porte atteinte au droit.

3-4 Manlio Dinucci : Afghanistan – La guerre secrète.



Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

3-1 L’Afghanistan est légalement « un conflit armé non international »

Afghanistan : Droit pénal international et cas pratique. Suite à notre précédente news concernant les Droits de l’Homme et la Cour Pénale Internationale, l’article suivant, publié par Mondialisation.c.a, témoigne de la façon dont s’exerce le droit en matière de justice internationale. En Septembre 2009, sur ordre d’un officier allemand des forces de l’OTAN, plus de 140 afghans ont succombé à un raid aérien sur la ville de Kunduz. Tous des résistants ? Des civils (rappel des faits). Une enquête a été ouverte. Mais un an plus tard, le procureur en charge de l’affaire décide de fermer le dossier. Nous vous laissons découvrir les motifs à la base de cette décision pour le moins consternante, mais qui finalement arrange beaucoup de monde. En attendant, des civils sont tués, la boucherie continue tandis que les troupes d’occupation grossissent pour saisir un ennemi fantôme. Si le droit pénal international fait fi de la vie des afghans,  il est probable que les droits des belligérants dans la région feront force de loi pour préserver leurs acquis.

Published on mai 13, 2010

apetimedia


3-2 Dieter Deiseroth: Afghanistan, aux sources de "Enduring Freedom": le droit bafoué, et l’absence de preuves*. 

 (NdlR. les titres *, les parties de texte en gras, les liens contextuels, les notes et les photos ont été ajoutés par notre rédaction) 

Comme si la farce de l’élection autour de l’ancien président Hamid Karzaï nouvellement élu n’avait pas déjà suffisamment compliqué la situation en Afghanistan, la situation militaire dans le pays s’aggrave également. C’est pourquoi le président des Etats-Unis Obama et son ministre de la défense Gates projettent déjà le stationnement de troupes supplémentaires et en exigent autant des états alliés. 

Note ReOpenNews: Bombardement de Kunduz.

91 afghans attestés, 142 selon la presse, ont péri le 4 septembre 2009 suite à une demande du commandement allemand qui a envoyé la chasse américaine vers 2 camions-citernes capturés par des résistants, malgré la présence d’un rassemblement de civils autour.    

Comme l’a prouvé le bombardement récent de deux camions-citernes  qui a fait de nombreuses victimes civiles, l’armée allemande participe de plus en plus aux opérations militaires.

Que les partis engagés dans le conflit militaire en Afghanistan désignent ce qui s’y passe comme « un engagement de stabilisation » ou « une guerre contre le terrorisme » n’a aucune importance au regard du droit des peuples ni du droit constitutionnel.  

En République fédérale, la « guerre » ne correspond à aucune catégorie particulière du droit constitutionnel. Le droit moderne des peuples ne connaît pas non plus le terme de guerre, il l’évite même pour ainsi dire. Le droit humanitaire des peuples, comme on le nomme, (selon les « conventions de Genève ») utilise consciemment le terme de « conflit armé » et non celui de « guerre ». Il est incontestable qu’un tel conflit armé se déroule en Afghanistan et que de ce fait le ci-nommé droit humanitaire des peuples est applicable. 

A présent, le nouveau ministre de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg (ci-contre, démocrate-chretien), à la différence de son prédécesseur, tient compte de la situation militaire dans la mesure où il ne recule pas devant l’utilisation politique des termes « engagement armé » et « situation proche de l’état de guerre ». On ne devrait  donc plus être bien loin de la désignation politique de la guerre telle qu’elle existe dans les faits en tant que « guerre ». Mais ceci soulève d’autant plus la question de la conformité de principe de cet engagement militaire au regard, notamment, de la décision parlementaire prévue ce mois-ci sur la prolongation du mandat de l’Isaf. 

La Loi fondamentale (LF) , depuis l’introduction en 1956 de la ci-nommée constitution des armées en tout cas, n’est pas une constitution pacifiste. Il n’en demeure pas moins qu’un devoir de paix est toujours à déduire des réglementations de la Loi fondamentale.

De plus, on lit dans l’article 87 a de la LF que la Fédération met sur pied « des forces armées pour la défense » (alinéa 1), lesquelles néanmoins – et ceci est très révélateur –  « en dehors de la défense [ …] ne doivent être engagées que dans la mesure où la présente Loi fondamentale l’autorise expressément. » (alinéa 12). Cette disposition du « ne doivent être engagées que dans la mesure où »  vise à empêcher que des « compétences non écrites » ne soient déduites «  de la nature de la chose » pour la mise sur pied et de ce fait aussi pour l’utilisation des forces armées comme moyen du pouvoir exécutif. Par là-même est institué le devoir de la stricte fidélité au texte.

Que signifie défense ? 

Ce qu’il faut entendre par «défense » selon la Loi fondamentale (ci-contre) est à déduire d’une part de la genèse de l’article 87 a LF et d’autre part des termes  de la disposition sur l’  « état de défense » dans l’article 115 a LF. Selon l’article 115 a LF « l’état de défense » désigne la situation où « le territoire fédéral fait l’objet d’une agression armée » ou celle où « une telle agression est imminente ». 

Néanmoins, « l’état de défense » défini dans l’article 115 a LF ne couvre pas tous les cas de «défense» prévus par la loi fédérale. Car l’article 87 a LF prévoit la mise sur pied et par là même également l’engagement des forces armées fédérales au-delà des cas prévus «pour la défense» dans l’article 115 a LF.  

Le texte définitif de l’article 87 a alinéa 1 et 2 LF parle par ailleurs expressément, et à la différence de  la première version proposée, de «défense» et non de «défense du pays». Le législateur qui fut à l’origine de la modification de la Loi fondamentale considéra sans aucun doute un engagement dans le cadre de l’alliance de l’OTAN également comme autorisé  selon le droit constitutionnel lors de l’adoption de la disposition en 1968. Ceci est  également exprimé dans le texte de la Loi fondamentale  à l’article 80 a alinéa 3 LF

 C’est pourquoi il faut partir du principe que la « défense » dans le sens que lui a conféré la Loi fondamentale comprend tout ce qui appartient au droit à l’autodéfense du droit des peuples en vigueur, d’après l’article 51 de la Charte des Nations Unies (UN-Charta) à laquelle la République fédérale d’Allemagne a adhéré. 

L’article 51 UN-Charta garantit – et limite – dans cet article pour chaque état le droit à la «défense individuelle et collective» contre une «agression armée» («armed attack»). D’après la jurisprudence du Tribunal International, une telle «agression armée» devrait au moins être imputée à l’Etat contre lequel le droit à l’autodéfense de l’article 51 Un-Charta serait invoqué. 

Les directives de l’articles 51 UN-Charta, et de ce fait aussi de l’article 87 a alinéa 1 et 2 LF, incluent sur ce point l’aide d’urgence armée demandée par exemple dans le cadre de l’OTAN en faveur d’un état tiers agressé, c’est-à-dire par exemple le «cas de l’alliance». Cela ne vaut toutefois et dans tous les cas seulement que le temps que «le conseil de sécurité (de l’ONU) ait pris les mesures nécessaires à la sauvegarde de la paix mondiale et la sécurité internationale». 

Engagement uniquement pour la défense contre une agression

L’engagement de l’armée fédérale «pour la défense» (ci-contre) est par conséquent autorisé dans ces limites exclusivement comme défense contre «une agression armée », mais non, par exemple, à des fins de poursuite, de satisfaction et de protection d’intérêts politiques ou géostratégiques. L’objectif de lever les entraves à l’accès aux richesses minières , aux pipelines de pétrole ou aux marchés ou même celui de créer  ou de sécuriser des zones  d’influence politique ou économique justifient tout aussi peu le recours à la force  militaire sous forme d’autodéfense individuelle ou collective que la prise en charge de tâches importantes de la lutte contre la criminalité individuelle, organisée ou terroriste.  

Même s’il est très pénible et difficile d’identifier, d’amener des malfaiteurs terroristes, donc criminels, devant les tribunaux et de prouver la culpabilité individuelle, cela ne justifie pas de contourner les difficultés en misant sur des frappes militaires unilatérales, sur l’ « assassinat ciblé » de suspects ou même sur des actions militaires de représailles et de punition contre des pays dans lesquels séjournent des suspects ou dont ils sont originaires. 

La guerre en Afghanistan qui a été déclenchée après le 11 septembre 2001 par le gouvernement des Etats-Unis sous le président Bush junior et par ses alliés, guerre qui perdure à ce jour, en est un exemple négatif important et lourd de conséquences. 

La simple affirmation par des dirigeants politiques ( parmi d’autres, de l’ancien ministre de la défense Peter Struck lors de la présentation des « directives de la politique de défense » le 5 février 2002) que, depuis septembre 2001, l’Allemagne serait « défendue dans l’Hindou Kouch », ne saurait justifier ni le « cas de défense » selon l’article 115a LF, ni un cas de « défense » au sens de l’article 87a LF.  

Cela est évident pour l’art. 115a et ne nécessite aucun autre raisonnement. Car, que «le territoire fédéral est agressé par la force armée ou qu’une telle agression est imminente », ne fut apparemment le cas ni le 11 septembre 2001, ni ne l’a été par la suite. 

Mais pour le reste également,  il n’a jusque-là pas été établi qu’un cas de «défense» existait en raison du 11/9. Au regard de l’article 87a LF, les conditions de l’article  51 de la charte UN [NdT: et non LF comme publié par erreur] devraient dans tous les cas être remplies matériellement. Une telle preuve convaincante fit et fait néanmoins défaut jusqu’aujourd’hui.

On aurait dû les présenter devant un tribunal*

 On ne creusera pas davantage la question ici de savoir si l’exposition du gouvernement Bush au sujet des dessous du 11 Septembre est dépourvue de contradictions et si elle est convaincante. Elle est sujette à de vives controverses partout dans le monde jusqu’à aujourd’hui.

On peut constater en tout cas ceci : Comme l’atteste le rapport officiel des recherches sur le 11-Septembre par les Etats-Unis, les quelque 20 auteurs de l’attentat dans les 4 avions détournés, qui de toute évidence venaient pour la plupart  d’Arabie saoudite et d’autres pays arabes, ainsi que de Hambourg, donc justement pas d’Afghanistan, apparemment, n’ont pas survécu aux attentats. Aucun autre attentat, ni aucune autre attaque  ne pouvaient donc être commis par eux. 

Pour autant que l’on supposait d’autres suspects ou instigateurs en Afghanistan («safe haven»), on aurait dû – en présence de preuves concrètes correspondantes – procéder à leur extradition, afin de les présenter devant un tribunal (photo: le TPI de La Haye). Car l’article 2 n° 3 de l’UN-Charta prévoit expressément que tous les états ont à régler leurs différends internationaux, donc également ceux, par exemple, sur une extradition de suspects, par des moyens pacifiques.

Il n’existe aucun droit qui permette de choisir entre un règlement pacifique de différends (article 2, chiffre 3 UN-Charta) et un recours à la force militaire (article 51 UN-Charta), dans la mesure où le dernier va au-delà de la défense immédiate contre une «agression armée» actuelle, donc présente. 

Au lieu de cela, on se décida du côté de l’ancien gouvernement des Etats-Unis, de décliner la proposition du régime taliban, annoncée le 20 septembre, puis début octobre 2001 – même publiquement – , sans l’avoir examinée de plus près.

Il s’agissait d’extrader le prétendu ou réel instigateur du 11-Septembre, Oussama ben Laden ou d’autres suspects, vers un « pays islamique neutre » ou de les  soumettre sur présentation de preuves adéquates au Tribunal Pénal International, au Tribunal International ou à un autre tribunal international (à instituer, le cas échéant, par contrat selon l’exemple de Lockerbie).

Des propositions de la part du régime taliban* 

Auparavant déjà, entre 1999 et 2001, il y a eu apparemment à plusieurs reprises des propositions de la part du régime taliban, d’extrader Oussama Ben Laden. C’est ce qui a été rapporté entre autres par la deuxième chaîne allemande (ZDF) en se référant à l’homme d’affaires afghano-américain Kabir Mohabbat. (ci-contre) 

Selon ses propres déclarations, Mohabbat occupait alors la fonction de médiateur entre les deux partis. « Vous pouvez l’avoir, à tout moment, dès que les Américains sont prêts», lui aurait dit le ministre des affaires extérieures taliban Ahmed Mutawakil. «Donnez-nous le nom d’un pays et nous l’extraderons.» 

En novembre 2000, il y aurait même eu une rencontre secrète entre représentants des Etats-Unis et des Résistants à Francfort pour discuter de cette question. D’après des déclarations de Mohabbat, les Afghans ont soumis plusieurs propositions lors des négociations dans un hôtel de luxe. Entre autres, ils auraient été prêts à extrader le chef terroriste vers un pays tiers, d’où il aurait pu être amené devant le Tribunal (Pénal) International de La Haye. A l’ambassade américaine du Pakistan ,d’autres négociations auraient dû avoir lieu plus tard au sujet du lieu et de la date de la remise de Ben Laden . 

Mais malgré l’insistance des Taliban, aucun autre entretien n’a eu lieu avant le 11 septembre 2001. Ce n’est qu’après les attentats de New York et de Washington, selon le rapport de la deuxième chaîne allemande ZDF, que l’on s’est assis à nouveau à la table des négociations, cette fois à Quetta au Pakistan. 

D’après Mohabbat, les Etats-Unis exigèrent toutefois une extradition en l’espace de 24 heures – une exigence que les Résistants, selon leurs déclarations, ne pouvaient satisfaire (prétendument ou de fait) pour des raisons logistiques. Dans une interview de la deuxième chaîne allemande ZDF, le président de la Commission du Parlement Européen pour la politique extérieure et la sécurité extérieure, le député chrétien démocrate Elmar Brok, a confirmé les déclarations de Mohabbat. 

Selon le reportage de ZDF, Brok (ci-contre) occupait à cette occasion la fonction de médiateur entre Kabir Mohabbat et les Etats-Unis. L’objectif des Résistants lors du deal pour l’extradition eût été d’obtenir la reconnaissance des Etats-Unis et la fin du boycott instauré contre le régime islamique, selon l’agence de presse Reuters qui cite l’euro politicien allemand. «Je dois dire qu’après-coup cette proposition me paraît encore plus sérieuse qu’à l’époque. Mais [à l’époque], je m’étais déjà fait la réflexion : s’il y a du vrai là-dedans, il faut le transmettre. [ … ] Après-coup, quelques participants penseront sûrement : Si seulement on avait saisi cette opportunité [ …], on aurait alors évité beaucoup de souffrances», toujours selon Brok cité par la chaîne allemande. (à suivre)

Frankfurter Rundschau,

26.11.2009

http://www.reopen911.info/News/2010/05/20/l-engagement-arme-de-lallemagne-au-dela-du-droit-12/


3-3 Karl Müller : Comment la guerre porte atteinte au droit.

Rappeler les fondements éthiques et en tirer les conséquences politiques.

Karl Müller

Le 19 avril, le procureur général près la Cour suprême fédérale a fait savoir qu’elle mettait un terme à l’enquête contre le colonel de la Bundeswehr Klein relative au raid aérien près de la ville afghane de Kunduz au cours duquel de nombreux civils avaient péri au début de septembre 2009.

Contrairement au mandat du Bundestag en vigueur au moment de l’attaque, la Cour suprême a jugé que l’intervention de la Bundeswehr(*) en Afghanistan était «un conflit armé non international au sens du droit pénal international» (1)  – donc une sorte de guerre. Ce faisant, non seulement il s’écarte nettement de la politique officielle poursuivie ces dernières années en Allemagne mais ouvre en même temps la voie à davantage d’emploi de la force et moins de respect de la population civile.

Or maintenant, on applique le droit pénal international allemand beaucoup moins strict: non seulement le fait de tuer des innocents n’est plus fondamentalement punissable mais, d’après la Cour suprême, seulement si «l’attaque tue ou blesse des civils ou cause des dommages à des biens civils d’une ampleur sans rapport avec les avan­tages mili­taires concrets et directs que l’on en attend.» Cela veut dire que la Cour suprême part de l’idée que désormais, lors des interventions de la Bundeswehr, on devra accepter des victimes civiles si cela permet de remporter des succès militaires. «Même si l’on doit s’at­tendre à des victimes civiles lors d’une opération militaire, un bombardement n’est inadmissible selon le droit international que s’il s’agit d’une attaque «indiscriminée» au cours de laquelle les dommages civils sont sans rapport avec le succès militaire concret et direct qu’on en attend.»

La décision de la Cour suprême a été très bien accueillie par le gouvernement allemand.

Spiegel Online titrait le 20 avril 2010: «La Bundeswehr fête la disculpation du colonel.» Et le magazine donne une raison justifiant cette «fête»: «Les soldats peuvent maintenant faire des choses interdites en temps de paix. Les obstacles à la pénalisation sont nettement plus importants.»

La décision a cependant aussi été critiquée. Ainsi, l’ancien juge auprès de la Cour pé­nale fédérale Wolfgang Neskovic a déclaré lors d’une interview accordée au même maga­zine le 21 avril que l’abandon des poursuites était, à l’heure actuelle, «une grave erreur». Toutefois son avantage politique pour le gouvernement est évident. Si le colonel avait été accusé, cela aurait pratiquement signifié la fin de l’engagement en Afghanistan.» L’organisation de juristes Ialana a ajouté, pour expliquer la décision de la Cour suprême qu’elle a à sa tête un fonctionnaire politique «qui dépend de l’exécutif».

On sait que jusqu’ici, la Cour suprême avait empêché toutes les tentatives de mettre fin à la politique allemande de guerre par la voie juridique. Ainsi, la décision récente est conforme à la ligne suivie jusqu’ici.

Mais ce qui est nouveau, c’est le fait que l’ordre juridique cède à ce point à la poli­tique de guerre. Nombreux sont ceux qui, au cours de l’histoire de l’humanité, ont insisté sur le fait que la guerre renverse la morale: on ne respecte plus la vie, la liberté et la pro­priété et l’on récompense le vol, la violence et le meurtre.

Un article du New York Times du 26 mars intitulé «Tighter Rules Fail to Stem Deaths of Innocent Afghans at Checkpoints» nous in­forme sur le quotidien de la guerre dans laquelle la Bundeswehr s’engage de plus en plus. L’ar­ticle renvoie à des déclarations, au cours d’une interview, (2) du Commandant de l’OTAN en Afghanistan le général McChrystal que nous citons ici plus complètement «Nous exigeons beaucoup de nos jeunes gens qui font leur service aux points de contrôle. Comme il existe des dangers, ils doivent prendre des décisions rapides dans des situations compliquées. Mais depuis les quelque neuf mois que je suis ici, parmi les nombreuses situations où nous avons réagi par une escalade de la violence et blessé quelqu’un, je ne connais aucun cas où il s’est avéré qu’il y avait des bombes ou des armes dans les véhicules. Dans bien des cas, il y avait des familles. […] Nous avons tiré sur un nombre incroyable de personnes innocentes et nous en avons tué beaucoup et, autant que je sache, il n’y a jamais eu de danger réel pour nos troupes.»

Mais au lieu de s’intéresser à cette réalité de la guerre, au lieu de porter sur elle un jugement éthique fondé qui repose sur les droits naturels des hommes selon lesquels per­sonne ne devrait être «un moyen pour atteindre une fin», au lieu de tirer les consé­quences politiques et de formuler des exigences, on assiste à une campagne polémique contre tous ceux qui s’expriment en faveur du droit et de la paix.

En même temps émergent des «éthiciens réputés» comme Ludger Honnefelder(*) dans une interview accordée au Deutschlandfunk le 18 avril, qui tiennent des propos abstraits et relativisants qui ne font qu’obscurcir les choses.

Est-ce que, comme il y a d’autres projets de guerre, on doit remplacer les droits humains, les efforts de paix et l’éthique par une idéologie de la puissance et de la violence?

Au début d’octobre 1943, le Reichsführer SS Heinrich Himmler a prononcé deux discours devant des officiers SS de la pro­vince de Posnanie dans lesquels il a dit, entre autres, à propos de l’assassinat des Juifs: «La plupart d’entre vous savent sans doute ce que cela veut dire quand il y a 100 cadavres jonchant le sol, quand il y en a 500, ou 1000. Ce qui nous a endurcis, c’est d’avoir supporté cela et d’être restés des hommes convenables, mis à part des cas exceptionnels de faiblesse humaine. C’est une page honorable de notre histoire qui ne sera jamais écrite. […] Nous avons le droit moral, nous avons le devoir envers notre peuple de faire cela, d’abattre ce peuple qui voulait nous assassiner.»

N’est-ce pas un avertissement suffisant contre les tentatives de créer une idéologie qui ne peut aboutir qu’à la barbarie? Et n’est-il pas urgent de nous souvenir de l’éthique qui repose sur la dignité inviolable et inaliénable de l’homme et qui fonde les droits humains de tous les individus?

Ne devons-nous pas en conséquence nous demander de quoi a l’air la «chaîne de commandement» des guerres et comment nous pouvons soit stopper ceux qui se trouvent au bout de la chaîne soit limiter leur pouvoir et leur influence afin de redonner une chance à la paix?  

Notes

1    La Cour suprême ne suit pas le mandat du Bundestag, mais le gouvernement qui a expliqué sa position publiquement pour la première fois en janvier. Cela a suscité un débat entre le gouvernement et les partis d’opposition.
2    On trouvera le texte complet de l’interview en anglais sur le site 
muckraker.

Notes Reopen

La Bundeswehr : la force armée de la République fédérale d’Allemagne mise à la disposition de l’OTAN dès sa création, en 1955.

Ludger Honnefelder est professeur de philosophie à l’Université de Bonn. Ses recherches sur l’histoire de la métaphysique durant la période de transition du Moyen Age l’ont conduit à travailler sur l’oeuvre de Duns Scot et son influence sur Suarez, Wolff, Kant et Pierce, et mener une réflexion sur les possibilités de la métaphysique dans les temps actuels.

En lien avec l’article

Le massacre de Kunduz : que cache le gouvernement allemand ? / info-palestine

Démission en Allemagne après une bavure militaire en Afghanistan / cyberpresse.ca

Nouvelle bavure de la Bundeswehr en Afghanistan / lefigaro.fr

Allemagne : Bundesrat – Le Conseil Fédéral / senat.fr

Ethique de la guerre : … "La lecture judéo-chrétienne de la guerre, inspirée à la fois du droit romain et des traditions augustinienne et thomiste, et codifiée entre le seizième et le dix-huitième siècles par, entre autres, Francisco Suarez, Francisco de Vittoria, Hugo Grotius, Francis Vattel et Emmanuel Kant, sous-tend les textes de droit international public tels que la Charte des Nations Unies et les Conventions de Genève." …

Rapport de la CIA : comment manipuler l’opinion publique européenne sur l’Afghanistan / Reopennews

Un juge fédéral allemand respecté est favorable à une enquête sur le 11/9 /

Reopennews

Karl Müller

Mondialisation.ca,

Le 7 mai 2010

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http://www.reopen911.info/News/2010/05/13/lafghanistan-est-legalement-un-conflit-arme-non-international/


3-4 Manlio Dinucci : Afghanistan – La guerre secrète.

Le général Mc Chrystal - organisateur d’un secteur exécutif pour des "opérations spéciales"

Voici un article paru en mars dernier sur le site italien "Il Manifesto" à propos des "opérations spéciales" conduites en Afghanistan sous l’autorité du général McChrystal.

Il s’était déjà illustré en temps que commandant en chef des Armées en Irak.

Trop de bavures, trop de victimes civiles, une population locale hostile, une opinion publique occidentale lassée de ces guerres.

Le voile se lève sans doute trop vite au goût du gestionnaire des troupes USA et OTAN en Afghanistan qui, à l’image du ministre français de la Défense, suite au tir de missile qui a tué quatre enfants afghans, n’en finit plus de s’excuser et de clamer haut et fort de nouvelles mesures pour mieux "contrôler" les troupes sur le terrain.  

Le général Stanley McChrystal, commandant des troupes USA et OTAN en Afghanistan, est soucieux : les Forces pour les opérations spéciales sont « responsables d’un grand nombre de victimes civiles et opèrent selon leurs propres règles » (The New York Times, 16 mars).

Parmi les derniers épisodes mis à jour se trouve celui qui s’est déroulé dans un village de la province de Paktia, où a surgi de nuit un bataillon des forces spéciales Usa (sans uniforme) à la recherche de deux présumés résistants. Ils ont, par contre, tué le chef de la police locale et un magistrat et, quand trois jeunes femmes ont essayé de leur porter secours, elles ont été tuées elles aussi. Plusieurs témoins racontent avoir trouvé les trois jeunes femmes attachées et bâillonnées, avec des coupures au couteau sur le corps.

A tout cela, le général McChrystal est habitué : de 2003 à 2008, il a dirigé le Commandement adjoint pour les opérations spéciales et, selon le journaliste Seymour Hersh (Prix Pulitzer), il est l’organisateur d’un « secteur exécutif pour l’assassinat », relié au vice-président Cheney, surtout actif en Irak et Afghanistan. A présent cependant,  dans sa nouvelle fonction, McChrystal veut placer les forces spéciales sous un contrôle plus étroit afin de « réduire les victimes civiles » et, donc, le « sentiment antiaméricain » qui augmente dans la population.

La chose n’est pas simple. Sous les opérations guerrières officielles, est en cours en Afghanistan une guerre secrète dans laquelle la CIA joue un rôle croissant. Elle a constitué un réseau de petites bases, d’où opèrent des groupes d’agents pour  repérer les chefs des résistants et les éliminer. Les informations sont souvent fournies par « des contractuels indépendants » au service du Pentagone et de diverses agences. Ils constituent une véritable armée de l’ombre, dont le nombre dépasse 100 mille, spécialisés dans diverses tâches.

Une brèche s’est ouverte sur ces opérations secrètes quand le New York Times (14 mars) a rapporté le cas de Michael Furlog, un ex officier à présent employé civil au Pentagone, qui a utilisé des fonds de dizaines de millions de dollars, officiellement destinés à recueillir des informations sur certaines zones tribales, pour constituer  un réseau de contractuels ayant pour mission de repérer, dans la zone frontière avec le Pakistan,  des «présumés militants» à éliminer. Deux agences privées ont été chargées de cet objectif : les international Media Ventures, constituée d’anciens officiers des forces spéciales, qu s’occupe de « communication stratégique et de campagnes médiatiques » pour le compte du Pentagone et de ses commandements ; et l’American International  Security Corporation, elle aussi  constituée d’anciens militaires et agents secrets, qui s’occupe de « fournir la sécurité » à des gouvernements, agences et multinationales.

On ne sait pas combien de «présumés militants» ont été éliminés sur la base des informations des deux agences, ni comment celles-ci ont été payées (au forfait ou au chiffre). On sait encore moins si, pour augmenter leur gain, ces agences ont  désigné quelque pauvre berger comme dangereux chef taliban, à éliminer par une opération de forces spéciales ou, de façon plus aseptisée, par un missile lancé par un drone, confortablement piloté avec un joystick depuis une base aux Etats-Unis.

Manlio Dinucci, il manifesto le 18 mars 2010

Published on mai 7, 2010 par GeantVert

http://www.reopen911.info/News/2010/05/07/le-general-mc-chrystal-organisateur-d%e2%80%99un-secteur-executif-pour-l%e2%80%99assassinat/


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