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10/06/2010

n°44 - Dossier & Point de vue l d'Iran - 09-06 – Fin :- L’accord tripartite nucléaire: une superbe gifle aux ennemis de l'Iran!

n°44 - Dossier & Point de vue l d'Iran - 09-06 – Fin  :- L’accord tripartite nucléaire: une superbe gifle aux ennemis de l'Iran!



Dossier d'Iran     n°44 du 09-06

                                C.De Broeder & M.Lemaire



 Le "dossier d'Iran" est  visible  sur les blogs : 

a) sur mes blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse :fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-4 Hiram Lee : Une directive secrète prépare de nouvelles guerres américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale.

3-5 Alain Gresh : Iran, vers « une communauté internationale » post-occidentale ? 

3-6 Alain Gresh : L’Iran, une puissance militaire majeure ?

3-7 Alain Gresh : Consensus international contre l’Iran ?

3-8 Karl Müller : La campagne contre l'Iran et le droit international.

4 Annexe

4-1 Le Moyen Orient entre  le mémorandum de Robert Gates et les manœuvres iraniennes dans le Golfe .

4-2 L'OTAN adapte son concept stratégique pour la prochaine décennie.

4-3 Michel Peyret : Histoire de l'Union des militants communistes Iranien. 

 



3-4 Hiram Lee : Une directive secrète prépare de nouvelles guerres américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale.

Un article à la une du New York Times de mardi révèle l'existence d'une directive secrète signée par le général David Petraeus, chef du commandement central américain, donnant l'ordre d'accroître les opérations militaires secrètes de par le Moyen-Orient, l'Asie centrale et la Corne de l'Afrique.

Le document de 17 pages intitulé « Joint Unconventional Warfare Task Force Execute Order » fournit en essence à l'armée américaine carte blanche pour mener des actes d'agression contre quasiment n'importe quel pays.

Parue en septembre 2009, cette directive appelle à la création d'un réseau de corps expéditionnaires et d'unités de collecte de renseignement qui vont « pénétrer, perturber, vaincre ou détruire » n'importe quelle cible dans n'importe quel pays désigné par l'armée américaine. Ces forces vont mener des opérations clandestines qui « ne peuvent pas et ne seront pas accomplies » par d'autres moyens militaires.

Une fois entrées dans le pays ciblé, les forces américaines vont aussi « préparer l'environnement » à des attaques militaires de grande envergure. En plus du personnel militaire, dit le Times, la directive de Petraeus recrute « des hommes d'affaire étrangers, des universitaires ou autres » pour des efforts «de vigilance continue sur la situation », soit en d'autres termes pour l'espionnage.

Les Etats-Unis vont cibler des pays considérés comme hostiles ainsi que des pays avec lesquels ils entretiennent des relations amicales. Parmi les pays cités par le Times comme cibles potentielles on compte l'Iran, l'Arabie saoudite et la Somalie. Le Times rapporte aussi que le document « semble autoriser des opérations spécifiques en Iran, très probablement pour la collecte du renseignement sur le programme nucléaire du pays ou l'identification de groupes dissidents qui pourraient être utiles pour une offensive militaire à venir. »

Tandis que le gouvernement Obama indique publiquement qu'il va contrer la soi-disant menace nucléaire iranienne en faisant appel à des sanctions plus importantes des Nations Unies et des embargos commerciaux, la directive de Petraeus donne clairement à penser qu'Obama a en tête quelque chose de bien plus sinistre encore. Le Times cite des représentants américains disant que la directive «autorise aussi des missions de reconnaissance qui pourraient ouvrir la voie à de possibles frappes militaires en Iran si les tensions concernant ses ambitions nucléaires s'intensifient. »

On pense déjà que cette directive secrète a constitué le travail préparatoire de l'offensive de l'armée américaine au Yémen qui a débuté en décembre 2009. Des soldats des Forces spéciales américaines avaient pénétré dans ce pays pour entraîner son armée et se joindre à elle pour attaquer Al Qaïda dans la Péninsule arabique que l'on dit être membre affilié d'Al Qaïda au Yémen. En décembre, le président Obama avait donné l'ordre de frappes aériennes sur des bâtiments abritant soi-disant des militants et qui avaient coûté la vie à des dizaines de civils. Des navires de l'armée américaines ont aussi envoyé des volées de missiles sur le pays.

Le Times reconnaît avoir accepté de ne pas révéler toutes les informations contenues dans le document de Petraeus, dont le journal dit avoir vu une copie.

Citant des « inquiétudes soulevées par un représentant du Commandement central des Etats-Unis quant à la sécurité des troupes, » le journal rapporte qu'il a accepté de supprimer certains détails concernant les déploiements de troupes.

Ainsi, « le journal de référence »politiquement libéral joue son rôle dans la promotion des desseins agressifs de l'armée américaine et le maintien des Américains dans l'ignorance sur les détails les plus cruciaux de ces opérations secrètes. Bien que le Times n'en dise rien, cette directive d'opérations secrètes, qui va au-delà des directives similaires sous le gouvernement Bush, n'aurait pas pu paraître sans l'assentiment du président Obama. Ceci souligne le fait que le gouvernement Obama poursuit et amplifie la politique du militarisme et de la guerre menée sous Bush et se prépare à étendre les actes d'agression militaire américains bien au-delà des confins de l'Irak et de l'Afghanistan.

L'utilisation de forces d'opérations spéciales militaires comme agents du renseignement à travers le Moyen-Orient et l'Asie centrale permet au gouvernement de placer les opérations d'espionnage sous la juridiction du Commandement central des Etats-Unis et du général Petraeus. Contrairement aux activités de l'Agence centrale du renseignement (CIA), les opérations secrètes d'espionnage menées par l'armée ne nécessiteront pas légalement l'assentiment du président ni ne seront soumises au contrôle du Congrès.

Hiram Lee

Article original, WSWS, 

 le 26 mai 2010.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=LEE20100527&articleId=19370


3-5 Alain Gresh : Iran, vers « une communauté internationale » post-occidentale ? 

 « Les grandes puissances se discréditent » auprès de l’opinion publique en ignorant l’initiative irano-turco-brésilienne, a déclaré Ali Akbar Salehi, chef de l’organisation iranienne de l’énergie atomique (AFP, 19 mai).

C’est « un camouflet pour les puissances émergentes », a insisté pour sa part l’ancien ambassadeur de France à Téhéran François Nicoullaud, sur RFI, le 19 mai. Pour l’éditorialiste du New York Times Roger Cohen (« America Moves the Goalposts », 20 mai), « le Brésil et la Turquie représentent le monde émergent post-occidental. Et il va continuer à émerger. Hillary Clinton devrait être moins irresponsable en torpillant les efforts de Brasilia et d’Ankara et en rendant hypocritement hommage à leurs efforts sincères. » La capacité des Etats-Unis à imposer leur solution, poursuit-il, est sérieusement érodée.

Tous trois réagissaient au dépôt par les cinq membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution durcissant les sanctions contre l’Iran. L’accord tripartite signé à Téhéran n’a pas fini de soulever des vagues. Son importance ne peut être sous-estimée, car il signe sans doute la fin de la « communauté internationale » derrière laquelle les Etats-Unis et l’Union européenne s’abritaient pour mener leur politique.
Il avait fallu 17 ou 18 heures de négociations à Téhéran entre les ministres des affaires étrangères du Brésil, de
la Turquie et de l’Iran pour se mettre d’accord sur un texte. Les discussions avaient été ardues. Le premier ministre turc avait menacé de ne pas se joindre aux négociateurs et même de rompre le dialogue si la République islamique ne prenait pas d’engagements précis et ne fixait pas des échéances pour leur mise en œuvre. Finalement, tout s’est arrangé : M. Recep Erdogan a fait le déplacement à Téhéran et il a scellé, le 17 mai, son entente avec le président Lula da Silva et Mahmoud Ahmadinejad sur un texte en dix points qui trace une voie pour résoudre la crise sur le nucléaire iranien.
Quelques heures avant cette signature, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait appelé son homologue turc pour tenter de le dissuader ; elle avait prédit que la médiation échouerait et avait déclaré devant des journalistes : « Chaque étape a démontré clairement au monde que l’Iran ne s’engage pas de la manière que nous avons demandée et que le pays continue son programme nucléaire » (cité par Stephen Kinzer, « Iran’s nuclear Deal », The Guardian, 17 mai 2010).
Pour sa part, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait accusé le président Lula de se laisser abuser par l’Iran, s’attirant une vive réplique de l’intéressé : « Personne ne peut venir me donner des leçons sur l’armement nucléaire. (...) Chaque pays se charge de sa politique internationale et le Brésil est conscient d’être majeur. » Au Brésil même, quelques journaux relayaient la campagne des néoconservateurs américains et comparaient Lula à Neville Chamberlain, le signataire britannique des accords de Munich de 1938 !
Au-delà de l’accord lui-même, c’est le rôle joué par deux puissances émergentes, proches des Etats-Unis, qui attire l’attention. Pour la première fois peut-être depuis la fin de la guerre froide, dans une crise internationale majeure, ce ne sont ni les Etats-Unis ni les Européens qui ont joué un rôle moteur dans des négociations pour sortir de l’impasse.
En 2004 encore, c’était la troïka européenne (France, Royaume-Uni, Allemagne) qui paraphait, le 14 novembre, un accord avec
la République islamique : l’Iran acceptait de signer le protocole additionnel du Traité de non prolifération (TNP) prévoyant des inspections plus vigoureuses de ses installations nucléaires et décidait de suspendre provisoirement l’enrichissement de son uranium, étant entendu qu’un accord à long terme avec les Occidentaux l’Iran serait ratifié, qui fournirait à Téhéran des garanties sur sa sécurité. Ces engagements ayant été rejetés par Washington et par le président George W. Bush, qui rêvait de renverser « le régime des mollahs » après sa « brillante victoire » en Irak, l’Iran relança son programme d’enrichissement. Et, plutôt que de poursuivre une politique indépendante, l’Union européenne s’aligna sur Washington, se privant du moindre rôle d’intermédiaire. Plus grave encore, Paris se lança dans une surenchère anti-iranienne, allant jusqu’à critiquer l’administration Obama pour ses premières ouvertures envers Téhéran.
Ce « vide » européen et français – perceptible sur d’autres dossiers, notamment sur le dossier israélo-palestinien –, allait permettre à des puissances comme le Brésil ou
la Turquie de s’affirmer sur la scène iranienne et d’obtenir l’accord du 17 mai.
Que dit le texte signé sous leur égide ? D’abord que, conformément au TNP, l’Iran a droit à l’enrichissement ; ensuite, que le pays accepte l’échange de 1 200 kilos d’uranium faiblement enrichi (UFE) contre 120 kilos d’uranium enrichi (UE) à 20%, indispensables au fonctionnement de son réacteur de recherche ; que les 1 200 kilos d’UFE seraient stockés en Turquie, le temps que l’Iran reçoive ces 120 kilos d’UE ; que l’Iran transmettrait à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dans la semaine suivant le 17 mai, une lettre officielle formalisant son accord. En renonçant à une partie importante de son uranium, Téhéran limite sérieusement ses capacités à produire une bombe.
Rappelons ce qu’est le réacteur de recherche de Téhéran. C’est un réacteur installé avant la révolution pour fabriquer des isotopes nécessaires contre le cancer. Jusqu’à présent, ce réacteur s’était fourni sur le marché pour obtenir l’uranium enrichi à 20% nécessaire à son fonctionnement. Ce sont les pressions des Etats-Unis (pourtant à l’initiative de la création de ce réacteur) qui empêchent l’Iran d’obtenir désormais le combustible nécessaire.
Une version de cette proposition avait été formulée par l’AIEA en octobre 2009, avec une différence notable : les 1 200 kilos devaient être envoyés en Russie puis en France pour être conditionnés, et ce n’est qu’à l’issue de ce processus que Téhéran récupérerait de l’uranium enrichi. Ce projet avait suscité des débats à Téhéran, où l’on ne faisait pas confiance aux « intermédiaires » : ni à
la Russie, qui traîne les pieds sur la mise en service de la centrale nucléaire de Bushehr, qui a pris plusieurs années de retard ; ni à la France, dont on se souvient de son soutien à l’Irak durant la guerre de 1980-1988, de son refus de respecter ses engagements et de fournir de l’uranium enrichi à Téhéran comme le prévoyait l’accord Eurodif (dans lequel l’Iran avait investi 1 milliard de dollars), sans parler de sa violente rhétorique anti-iranienne actuelle. Les luttes internes à Téhéran, notamment suite à l’élection présidentielle de juin 2009, rendaient un accord plus difficile, les différentes factions du pouvoir faisant de la surenchère.
Contrairement à ce qu’écrit une presse « mal informée, » l’Iran n’avait pas refusé le projet de l’AIEA, mais demandé à ce que l’échange soit simultané et qu’il ait lieu sur son territoire. La proposition du 17 mai 2010 est un compromis, rejeté par une partie de la presse iranienne et par quelques députés. Jomhuri-ye Eslami écrit le 18 mai que les conditions posées par l’Iran « n’avaient pas été remplies par la déclaration » et Keyhan dénonce « un recul de l’Iran par rapport à ses positions antérieures ».
L’enthousiasme était encore plus faible du côté français.

Le porte-parole du quai d’Orsay déclarait le 17 mai :« Ne nous leurrons pas : une solution à la question du TRR [le réacteur de recherche de Téhéran], le cas échéant, ne règlerait en rien le problème posé par le programme nucléaire iranien. L’échange d’uranium envisagé n’est qu’une mesure de confiance, un accompagnement. Le cœur du problème nucléaire iranien, c’est la poursuite des activités d’enrichissement à Natanz, la construction du réacteur à l’eau lourde d’Arak, la dissimulation du site de Qom, les questions des inspecteurs de l’AIEA laissées sans réponse à ce jour. Depuis la proposition de l’AIEA en octobre dernier, l’Iran enrichit de l’uranium à 20%. C’est à ces violations constantes des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil des gouverneurs de l’AIEA que l’Iran doit immédiatement mettre fin. C’est à cette fin que nous préparons à New York, avec nos partenaires du Conseil de sécurité, de nouvelles sanctions. »
Le département d’Etat adoptait une position quasi-similaire (ou faudrait-il dire que c’est le Quai d’Orsay qui emboîtait le pas à Washington ?).
Même consensus minimisant la portée de l’accord dans les médias : Libération du 18 mai ne lui a consacré que quelques lignes, et Le Monde (19 mai) n’y a vu qu’un moyen pour Téhéran de desserrer « la pression occidentale sur son programme nucléaire », un titre similaire à celui du New York Times du 18 mai.
Pris au dépourvu, les diplomates européens et américains (et les médias) ont mis au point une stratégie pour le moins étrange :
— féliciter (avec plus ou moins de chaleur) le Brésil et la Turquie pour leur efforts ;
— affirmer que l’accord du 17 mai ne change rien sur le fond et ne résout pas la crise ;
— maintenir l’idée que seules les sanctions seront efficaces, et donc déposer un projet en ce sens au Conseil de sécurité (PDF).

Pourtant, l’accord satisfait aux demandes faites par l’AIEA en octobre 2009, et, à l’époque, tout le monde admettait l’idée que, si ces demandes étaient acceptées, il n’y aurait pas de nouvelles sanctions, mais ouverture de négociations. Les Etats-Unis semblaient avoir accepté que le programme d’enrichissement de l’uranium (conforme au TNP) serait alors accepté. Quoiqu’il en soit, il était évident qu’un premier accord ne pouvait régler toutes les questions mais simplement ouvrir la voie à des négociations plus larges (et qui, pour Téhéran, devaient dépasser le seul dossier nucléaire).

 21 mai

Source : Les blogs du Diplo
http://blog.mondediplo.net/...


3-6 Alain Gresh : L’Iran, une puissance militaire majeure ?

Que s’est-il passé depuis octobre ? Les pressions de la droite américaine et du Congrès (en plein délire sur l’Iran), ainsi que celles d’Israël, ont sans doute porté leur fruit. Pour Juan Cole, il en fait aucun doute que l’abandon par l’administration Obama de son approche réaliste, déployée dans les premiers mois de la présidence, est due avant tout au lobby pro-israélien et à la volonté d’apaiser le gouvernement Nétanyahou (« Iran Threatens to Pull out of Nuclear Deal over new UN Sanctions », Informed Comment, 21 mai 2010).
L’Iran, loin d’être une puissance militaire majeure, comme le prétendent la propagande occidentale et la propagande iranienne, paradoxalement à l’unisson, n’est qu’un pays disposant de forces limitées, rappelle Stephen M. Walt (« More hype about Iran ? », Foreign, Policy, 20 avril 2010). Son analyse rejoint celle, plus ancienne, d’Edward Luttwak, un important stratège américain (« Le Moyen-Orient, au milieu de nulle part »).
Y a-t-il, comme certains le pensent, des divisions au sein de l’administration américaine ?

Selon le spécialiste Gary Sick, le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu a affirmé avoir été « en contact permanent » avec Clinton et le conseiller pour la sécurité James Jones et pensait agir avec l’aval de Washington (Gary’s Choice, 18 mai). Davutoglu a précisé : « On nous a dit que si l’Iran cédait les 1 200 kilos sans conditions, alors serait créée l’atmosphère nécessaire [pour éviter les sanctions]. (...) Alors, si nous faisons tout cela et qu’ils parlent encore de sanctions, cela va mettre en cause la confiance psychologique que nous avons créée. » Il semble désormais non seulement que Washington refuse de laisser l’Iran enrichir son uranium, mais que l’objectif soit d’éviter que l’Iran dispose de « capacités nucléaires », formulation floue et sujette à toutes les interprétations.
La Chine, bien qu’elle ait accepté le dépôt de la résolution au Conseil de sécurité, a précisé, selon l’agence de presse Xinhua (18 mai), que faire circuler un projet de résolution au Conseil de sécurité ne signifiait pas « que la porte de la diplomatie était fermée ». La prise de position de
la Chine, dictée avant tout par sa volonté de ne pas affronter les Etats-Unis, donne toutefois lieu à bien des contorsions dans les médias chinois (lire « China Defends Its Approval of Iran UN Sanctions Draft... And then does some walkback », China Matters, 19 mai).
Selon un communiqué du ministère des affaires étrangères russe du 19 mai, publié à la suite d’un entretien entre Clinton et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov,
la Russie a mis en garde Washington et ses alliés européens contre des sanctions unilatérales, y compris des « sanctions extra-territoriales » (c-à-d. des sanctions contre des entreprises non-occidentales qui travaillent avec l’Iran).

La Russie semble cependant décidée à ne pas livrer de missiles S-300 que Téhéran a pourtant déjà achetés.
Tout le monde le sait, les sanctions éventuelles adoptées par l’ONU n’auront pas d’effets (d’autant que, pour satisfaire Pékin et Moscou, le texte ne prévoit ni embargo total sur les armes, ni l’interdiction de nouveaux investissements). Washington comme l’Union européenne espèrent seulement que ce vote leur donnera une caution pour se lancer dans des sanctions unilatérales fortes, qui rendront encore plus difficile la recherche d’une solution de la crise. Et, comme les sanctions échoueront, les faucons américains y verront la preuve que la seule solution est une intervention militaire.
La Turquie et le Brésil ont exprimé leur inquiétude face aux risques d’une nouvelle résolution, résolution qu’ils ne voteront pas (ils sont membres non-permanents du Conseil de sécurité). D’autres pays pourraient aussi rejeter le texte, notamment le Liban. Le Brésil a demandé à être associé (avec
la Turquie) au groupe 5+1 (les membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne) qui négocie avec Téhéran, s’attirant le 19 mai une réponse peu favorable du porte-parole du Quai d’Orsay. Le ministre brésilien des affaires étrangères Celso Amorim a déclaré le 19 mai, selon l’agence de presse brésilienne : « Ignorer l’accord refléterait une attitude de dédain pour une solution pacifique. » Les deux pays ont multiplié les contacts avec les pays du monde pour défendre leur point de vue.
Un éditorialiste du quotidien turc Radikal (18 mai) tire les premières leçons de ce qui s’est passé et affirme que l’inconfort des Occidentaux à l’égard de l’accord du 17 mai «
exprime leur méfiance devant le succès de la Turquie et du Brésil dans la principale crise à l’ordre du jour dans le monde, succès qui témoigne qu’un changement tectonique a eu lieu dans la structure des relations internationales ».

Alain Gresh   

Source: Les blogs du Diplo

21 mai

Source : Les blogs du Diplo
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3-7 Alain Gresh : Consensus international contre l’Iran ?

Depuis des mois, les Etats-Unis et la France se targuent du consensus de la communauté internationale pour tenter d’obtenir que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte des sanctions contre l’Iran.
Pourtant, malgré tous leurs efforts, la date de cette adoption est sans arrêt reportée.

On évoque désormais juin 2010.

Et si ce report régulier traduisait, justement, l’absence de consensus international, malgré le ralliement de la Russie à la position occidentale ?

Le président brésilien Luiz Inácio « Lula » da Silva, dont le pays est membre non permanent du Conseil de sécurité, est attendu à Téhéran les 15 et 16 mai. « J’envoie Celso Amorim à Téhéran. Il passera par Istanbul et Moscou parce que nous voulons préparer à fond le voyage et connaître les possibilités de parvenir à un accord entre l’Agence internationale d’énergie nucléaire (AIEA) et l’Iran », a déclaré Lula jeudi 6 mai, après une réunion avec son homologue libanais Michel Sleiman, à Brasilia. A plusieurs reprises, le président brésilien a fait part de son hostilité à l’adoption de sanctions. Selon le site de France 24 (24 février), « le président Lula appelle à ne pas “isoler” l’Iran ».

Répondant au ministre français des affaires étrangères Bernard Koucher, qui affirmait que le Brésil était abusé par Téhéran, Lula a déclaré : « Personne ne peut venir me donner des leçons sur l’armement nucléaire. (...) Chaque pays se charge de sa politique internationale et le Brésil est conscient d’être majeur » (cité par le blog Changement de société, 9 mai 2010).

Parallèlement, la Turquie, également membre non permanent du Conseil de sécurité, s’active pour tenter de trouver un terrain de négociation entre l’AIEA et l’Iran. Un sommet tenu le 9 mai à Doha (Qatar) entre les dirigeants de la Syrie, du Qatar et de la Turquie à Istanbul a appuyé les efforts d’Ankara.

Selon une dépêche de l’AFP du 4 mai, émise de Doha, « la Turquie fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter un affrontement militaire entre l’Occident et l’Iran, mais Téhéran doit faire preuve de transparence sur son programme nucléaire”, a affirmé le ministre turc des Affaires étrangères, cité mardi par un quotidien arabe.

“Nous ferons tout ce qui est possible pour bâtir la confiance entre l’Iran et les Etats-Unis et entre l’Iran et l’Occident pour éviter un affrontement militaire et d’éventuelles sanctions”, a affirmé Ahmet Davutoglu dans une interview publiée mardi par Al-Hayat.

Pour sa part, l’Iran “doit fournir des garanties” au sujet du caractère pacifique de son programme nucléaire “et faire preuve de transparence avec l’Agence internationale de l’énergie atomique” (AIEA), a-t-il ajouté.

M. Davutoglu s’est dit optimiste quant à la possibilité de parvenir à une “solution diplomatique” et a appelé à intensifier les efforts dans ce sens. Lors d’entretiens à Téhéran en avril, il avait affirmé que des progrès avaient été réalisés sur la crise du nucléaire iranien ».

Selon Radio France Internationale (9 mai), « l’Iran favorable à la médiation de la Turquie et du Brésil » : « Le chef de la diplomatie iranienne a accepté l’idée de nouvelles discussions avec les pays occidentaux sur son programme nucléaire, qui auraient lieu en Turquie. “Cette réunion pourrait se tenir rapidement”, a déclaré Manouchehr Mottaki après un entretien vendredi 7 mai 2010 au soir à Istanbul avec son homologue turc Ahmet Davutoglu. »

Parmi les propositions, l’échange entre le combustible nucléaire faiblement enrichi et le combustible enrichi à 20% aurait lieu sur le territoire turc - et non pas en Iran comme le demandait Téhéran. Ainsi serait aussi satisfaite une exigence de l’Iran, qui refusait d’exporter son combustible appauvri vers la Russie et la France et d’attendre plusieurs mois pour recevoir le combustible enrichi.

Plusieurs membres non permanents du Conseil de sécurité ont affirmé leurs réserves (ou restent sur la réserve) à l’égard d’éventuelles sanctions. Il est sûr que le Liban, dont l’équilibre politique est fragile, ne votera pas pour des sanctions. Le Gabon, le Nigeria, le Mexique sont restés prudents, d’autant qu’ils entretiennent de bonnes relations avec la République islamique (sur ces positions diverses, on pourra lire « Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU décideront de nouvelles sanctions contre l’Iran », publié le 5 avril par le site de propagande pro-israélien Réalité EU.)

Reste la Chine qui, malgré les diverses pressions, semble également réservée et cherche à réduire la portée d’une éventuelle résolution de l’ONU.

Dans ce contexte, l’Union européenne et les Etats-Unis semblent prêts à adopter des sanctions unilatérales, la France jouant un rôle d’avant-garde, si on peut dire (« La France guide l’Europe vers des sanctions sévères contre l’Iran », Réalité EU, 28 mars 2010). Lire aussi, sur mon blog, « La France et l’Iran ».

L’activisme de Sarkozy est toutefois surpassé par le Congrès américain, comme le raconte Robert Dreyfuss dans l’hebdomadaire américain The Nation (28 avril 2010) (« Crippling, Crushing, and Suffocating Iran »). Rendant compte d’une réunion d’élus du Congrus sur l’Iran, Dreyfuss écrit que la surenchère a dépassé toutes les limites.

La représentante Ileana Ros-Lehtinen de Floride a ouvert le feu et exigé des sanctions « paralysante et obligatoires contre l’Iran. Ce qui a amené les intervenants suivants à essayer de la dépasser dans l’outrance ».

« Les Etats-Unis ne peuvent pas être satisfaits de “semi-sanctions”, a déclaré le sénateur Joe Lieberman, mais doivent plutôt “mobiliser leurs capacités politiques et économiques et si nécessaire militaires” contre “le régime de fanatiques”. Le représentant Gary Ackerman a déclaré que les sanctions paralysantes ne l’étaient pas assez, insistant sur le fait que le monde doit imposer des sanctions “suffocantes” à l’Iran - et même alors, a-t-il poursuivi, “le succès de cet effort est peu probable” et l’Iran aura sans doute “une arme nucléaire dans moins de deux ans”. Le représentant de l’Indiana Dan Burton a fait monter les enchères en affirmant, l’écume aux lèvres, que les militaires à qui il avait parlé lui avaient dit que l’Iran pourrait avoir la bombe dans moins d’un an, ajoutant : “Nous devons faire tout ce qui est nécessaire pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.” Le représentant Brad Sherman de Californie a dénoncé ceux qui veulent imposer des seulement des sanctions ciblées, déclarant : “Les sanctions ciblées sont inefficaces.” Nous avons absolument besoin de “sanctions paralysantes”. Et le représentant Ed Royce a tonné que les Etats-Unis et leurs alliés doivent imposer des “sanctions écrasantes” ; il a ensuite ajouté : “Même de telles sanctions pourraient ne pas être suffisantes.” »

Et Dreyfuss de conclure son article en affirmant que, comme les sanctions n’amèneront aucun changement de position de l’Iran, les risques sont grands. Ira-t-on alors vers une intervention militaire ?

Alain Gresh
Le Monde diplomatique

14 Mai
Les blogs du Diplo

Vous pouvez consulter cet article à : http://blog.mondediplo.net/2010-05-...


3-8 Karl Müller : La campagne contre l'Iran et le droit international.

Karl Müller expose les menaces proférées contre l'Iran et les projets de guerre contre ce pays à la lumière du droit international.

Comme pour l'agression contre l'Irak, la volonté d'une poignée d'Etats, autoproclamés "communauté internationale", de bafouer la Charte des Nations Unies est un véritable obstacle à la paix entre les peuples. 

En adhérant aux Nations Unies, 192 Etats du monde ont pris les engagements suivants:
•    «Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin: prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces contre la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix;
•    Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du prin­cipe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde.»
De plus, il est inscrit dans
la Charte des Nations Unies, concernant les devoirs des Etats membres:
•    «Les membres de l’Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.
•    Les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.»

Le fait que certains Etats, membres des Nations Unies, ont contrevenu à maintes reprises à ces dispositions ne dispense pas le monde actuel de ces engagements. Bien au contraire: Toutes les guerres menées après la Seconde Guerre mondiale ont démontré de façon cruelle à quel point était vrai ce que, en 1945, les membres fondateurs des Nations Unies avaient écrit au début du préambule de la Charte: «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances.»
Est-ce compatible avec ces principes que des représentants de gouvernements et de médias attaquent verbalement avec force un pays et n’excluent pas une guerre contre lui?
C’est bien ce qui se passe depuis de nombreuses années envers l’Iran. Et avec un ­nouvel élan depuis ces dernières semaines et mois.
On ne tient pas compte du fait
•   
que ce n’est pas que le gouvernement iranien qui affirme depuis des années ne pas vouloir posséder des armes atomiques, mais les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) de même que les services secrets ne peuvent apporter de preuve tangible d’un programme d’armes atomiques de l’Iran. Les rapports actuels des services secrets américains ont même attesté que l’Iran ne mène pas de programme d’armes atomiques. Certains adversaires de l’Iran prétendent même qu’il ne s’agit pas de prouver l’existence d’un tel programme, mais que c’est à ce pays à prouver qu’il n’en a pas – mais comment est-ce possible alors que tout ce que l’Iran présente comme preuves est remis en question;
•   
que les déclarations du président iranien concernant Israël sont présentées dans les médias occidentaux de façon erronée et qu’on ne connaît pas de plans de guerre de l’Iran contre Israël;
•    que des plans de guerre israéliens ­contre l’Iran (et même des Etats-Unis) existent très probablement alors même que la Charte des Nations Unies interdit toute acte d’agression;
•    que l’Iran est menacé d’intervention guerrière par d’autres pays, voire par de hauts officiers allemands: Entre-temps le manuscrit du discours du général allemand de l’OTAN, Karl-Heinz Lather, tenu le 25 mars à Bonn devant la Communauté de soldats catholiques a été rendu public. Et c’est précisément lors de la Journée mondiale de la Paix 2010 qu’il a dit: «D’ailleurs, la communauté internationale [en fait les Etats membres de l’OTAN] pourrait se voir contrainte d’intervenir militairement si l’Iran ne renonce pas à ses ambitions d’un armement atomique. Il semble que l’action politique, la diplomatie et les sanctions n’apportent guère de solution.» Puis il ajouta – à l’encontre des obligations de la Charte de l’ONU – que «les Etats et les gouvernements [ceux de l’OTAN] acceptent en général [donc pas toujours] un mandat des Nations Unies comme condition d’une intervention militaire [ce qui, selon lui, n’est pas obligatoirement le cas];
•    que les propositions soumises à l’Iran ne respectent pas l’égalité des droits de tous les Etats inscrite dans la Charte des Nations Unies et on soumet l’Iran à des exigences sans aucun fondement dans le droit des traités touchant au nucléaire – ce que les décisions du Conseil de Sécurité de l’ONU au sujet du programme nucléaire iranien ne peuvent cacher;
•    que des Etats qui, comme Israël, le Pakistan et l’Inde, refusent de se soumettre au Traité sur la non-prolifération des armes nuclé­aires (TNP), et disposent d’un énorme arsenal d’armes nucléaires, ne sont pas contraints de rentrer dans le rang (sans parler des 5 puissances nucléaires «officielles», qui ont aussi signé le TNP et se sont engagés à réduire leurs arsenaux nucléaires, voire à les supprimer, mais qui sont à des lieues de leur application) – on travaille ici aussi à deux niveaux;
•    que ce n’est pas la «Communauté internationale» qui fait pression sur l’Iran, mais avant tout Israël, les Etats-Unis et l’UE, lesquels se sont unis contre l’Iran et exercent une pression sur les autres pays pour qu’ils se soumettent à leur volonté.

La plupart des Etats et des gouvernements, comme par exemple les 118 membres du Mouvement des non-alignés, considèrent la politique de l’Iran différemment et estiment qu’il y a une possibilité d’entretenir des relations avec ce pays et de résoudre les conflits, se démarquant ainsi nettement du bloc politique des 3 pays sus-mentionnés, lesquels ne représentent finalement qu’une petite minorité dans l’ensemble du monde.
On n’évoquera pas ici les vraies raisons des plans de guerre contre l’Iran. On se contente de signaler que toute cette agitation guer­rière est alarmante pour tout un chacun qui s’intéresse raisonnablement à ce problème. Il est vrai aussi que tous ceux qui menacent l’Iran ne veulent pas forcément la guerre. Toutefois, ils aplanissent le terrain pour ce petit groupe de pays qui veulent cette guerre, en violation de
la Charte des Nations Unies.
Il est particulièrement inquiétant de constater qu’on n’entend plus aucune voix contraire dans ces gouvernements et ces médias-là. Il n’y a aucun débat, on se contente de hurler avec les loups, alors même que ces cris n’ont rien à voir avec la vérité, mais ne sont poussés que pour soutenir des projets politiques inavouables.
Cette volonté d’ignorer
la Charte des Nations Unies n’est pas un délit mineur. C’est proprement une tentative de porter un coup à l’effort des peuples et des Etats de vivre en paix et dans la justice. C’est une menace pour l’humanité et c’est pourquoi, au sein de la Communauté internationale, ils sont nombreux à ne pas vouloir suivre cette voie.
Au cours des derniers 20 ans, plusieurs guerres ont été déclenchées contre la volonté de
la Communauté internationale, avec des conséquences dramatiques tant pour les victimes qu’en ce qui concerne les coûts. Il est donc important de réfléchir à la façon d’empêcher une nouvelle guerre et aux moyens à disposition pour faire respecter le droit international – et cela par tous les Etats.   

Karl Müller 

Source: Horizons et débats Horizons et débats

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4 Annexe

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

4-1 Le Moyen Orient entre  le mémorandum de Robert Gates et les manœuvres iraniennes dans le Golfe .

Quant à la situation au Moyen Orient, elle va de mal en pire.

En plus de l’escalade en Afghanistan et au Pakistan, le « problème iranien » a constitué un point très chaud durant les quelques dernières semaines.

Les Etats-Unis, qui n’ont pas encore « avalé » l’échec cuisant de leur tentative de profiter du soulèvement populaire pour s’immiscer dans les affaires intérieures de l’Iran, tentent, à nouveau, de prendre des sanctions économiques et politiques contre ce pays. Le but n’est nullement le nucléaire iranien mais, plutôt, l’Irak et l’Afghanistan, où Washington pensait pouvoir user de l’influence iranienne pour améliorer sa situation dans ces deux pays, ainsi que la région arabe du Golfe où l’influence iranienne grandit, faisant de l’ombre à la présence des troupes de Washington qui ne peut accepter aucune concurrence à proximité des gisements de pétrole et de gaz.

A la lumière de cette lecture de la situation, les positions des Etats-Unis deviennent plus claires, surtout celles contenues dans le mémorandum « secret »  de Robert Gates qui préconise, en plus des sanctions économiques, des mesures militaires pouvant, le cas échéant, faire face à la menace iranienne, si le gouvernement d’Ahmadi Nejjad persistait dans sa politique.

La même information fut reprise, quelques jours plus tard (le 19 avril), par la CNN qui cita « des sources bien informées » dans l’administration de Barak Obama. Selon ces sources, le haut commandement militaire œuvrait, de pair avec le Pentagone, à mettre au point des plans militaires nouveaux dont le but est de pouvoir asséner un coup aux positions stratégiques iraniennes, au cas où le président Obama décidait la guerre.

Ces « divulgations » sur une possible guerre en Irak furent accompagnées par une vaste campagne menée, conjointement, par Washington et Tel Aviv ; selon ces deux capitales, la situation au Liban serait « explosive », sous prétexte que la Syrie et l’Iran aurait pourvu le Hezbollah de missiles « Skud »… Et, n’oublions pas, dans ce sens, les positions déclarées du président étasunien lors du « Sommet sur le nucléaire » : il ne fut question que du danger iranien ; par contre, rien n’a été dit à propos de la possession par Israël  de la bombe atomique, ce qui constitue une menace constante pour toute la région arabe et moyen orientale.

Dans cette perspective, les manœuvres iraniennes dans le Golfe (troisième semaine d’avril) ne manquent pas d’attirer l’attention sur le sérieux des menaces faites par Washington, surtout si nous prenons en considération l’intérêt des leaders d’Israël de mettre le feu aux poudres sur plus d’un front. Cet intérêt exprimé dans l’escalade verbale qui marqua les discours politiques selon lesquels Israël est menacé de disparaître si le « monde libre » ne l’aide à liquider les dangers qui la menacent, dont, en premier lieu, l’Iran et la Résistance islamique.

30-04

Le Comité des relations internationales

        Du Parti Communiste libanais


4-2 L'OTAN adapte son concept stratégique pour la prochaine décennie.

nb _ Ndlr : la publication de l'article ne signifie nullement que la rédaction partage l'analyse des auteurs, mais doit être vu comme information.

L'OTAN doit gagner la guerre en Afghanistan, renforcer ses liens avec la Russie, contrecarrer la menace posée par les missiles ballistiques iraniens et assurer la sécurité de ses 28 membres.

Tels sont les principaux objectifs de l'Organisation de l'Alliance nord-atlantique pour la décennie à venir, selon l'avant-projet de concept stratégique dévoilé lundi. Par cette nouvelle doctrine, l'OTAN espère combler un fossé croissant entre les Etats-Unis, favorables à un rôle international accru de l'Alliance, et les pays européens qui préfèrent qu'il conserve son orientation défensive traditionnelle.

"L'OTAN doit être assez polyvalent et efficace pour agir loin de chez lui", mais "afin de conserver la volonté politique pour des opérations hors de la région, l'OTAN doit veiller à ce que tous ses membres sont rassurés sur la sécurité de leurs territoires nationaux", a déclaré l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, qui dirige le groupe d'experts chargés d'élaborer la nouvelle stratégie.

Le secrétaire général de l'Alliance, Anders Fogh Rasmussen, soumettra un projet de concept stratégique lors du prochain sommet de l'organisation en novembre à Lisbonne, au Portugal. "Dans le monde d'aujourd'hui, il nous arrive de devoir aller au-delà de nos frontières pour défendre nos frontières", a déclaré M. Rasmussen, citant l'Afghanistan.

Fondée en 1949 pour contrer la menace soviétique, l'alliance de 28 membres connaît aujourd'hui une crise de fonctionnement, se cherchant de nouveaux objectifs près de 20 ans après l'effondrement du bloc communiste.

La précédente doctrine stratégique de l'OTAN s'attachait surtout à son rôle de maintien de la paix, en Bosnie ou au Kosovo. Elle avait été adoptée en 1999, après la fin de la Guerre froide et avant les attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. L'OTAN a par la suite été amenée à assumer des missions telles que la guerre contre l'insurrection en Afghanistan. Cette mission qui mobilise plus de 100.000 soldats sur le terrain, des Américains pour les deux tiers, est la plus vaste qu'ait entreprise l'organisation.

L'avant-projet spécifie par ailleurs que l'OTAN doit s'efforcer d'améliorer les relations avec Moscou, qui a aidé l'OTAN en Afghanistan en ouvrant un corridor terrestre entre l'Europe et ce pays. L'OTAN et la Russie doivent travailler ensemble plus étroitement dans des domaines d'intérêt commun comme la défense anti-missile, le contre-terrorisme, le trafic de drogues et la sécurité maritime, précise le document.

L'avant-projet se prononce aussi en faveur du maintien des armes nucléaires américaines en Europe, autre héritage de la Guerre froide dont plusieurs gouvernements européens avaient demandé le retrait. "Tant que les armes nucléaires existent, l'OTAN devrait maintenir des forces nucléaires sécurisées et fiables (...) au niveau minimum requis par l'environnement sécuritaire qui prévaut", arguent les experts.

AP

Lundi 17 mai 


4-3 Michel Peyret :  Histoire de l'Union des militants communistes Iranien. 

 Extrait

présentation de cette diversité avec un marxiste iranien Mansoor Hekmat, 1951-2002, pseudonyme de Zhaobin Razani, fondateur dans un premier temps en 1978 de l'Union des militants communistes, qui prend part à la révolution iranienne de 1979.

Il sera très influencé par la création par la création de conseils ouvriers ( Shoras ).

REFUS DE TOUT SOUTIEN AU REGIME ISLAMISTE

Pour sa part, Mansoor Hekmat refuse tout soutien au régime islamiste de l'ayatollah Khomeiny, contrairement à la majorité de la « gauche », et dénonce le « mythe de la bourgeoisie nationale-progressiste ».

Contraints de fuir au Kurdistan en 1981 en raison de la répression, les militants de l'Union des militants communistes fusionnent avec une organisation kurde issue du maoïsme, Komala, avec laquelle ils fondent le Parti communiste d'Iran.

La nouvelle organisation dispose d'une véritable armée, laquelle tient tête au régime iranien et aux nationalistes. Dans leur « zone libérée », les droits des femmes sont respectés, ce qui leur vaut la haine des traditionalistes.

En 1991, en totale rupture avec le nationalisme kurde, Mansoor Hekmat quitte le Parti communiste d'Iran et entraîne avec lui une grande partie de l'organisation.

Il crée alors le Parti communiste-ouvrier d'Iran, puis en 1993, le Parti communiste-ouvrier d'Irak-né de l'insurrection des conseils ouvriers en 1991. Les deux partis sont étroitement mêlés dès l'origine.

L'OPPOSITION NATIONALISTE DE GAUCHE-COMMUNISME PROLETARIEN

Revenant sur la révolution iranienne dans un article de 1987, six ans après la vague de répression qui a assis le pouvoir islamique, Mausoor Hekmat précise cette opposition.

Il constate, non sans amertume, qu'au 20ème siècle, le mot « socialisme » sert de couverture idéologique pour trois conceptions différentes: à l'Est, au capitalisme d'Etat; à l'Ouest, au réformisme; dans le tiers-monde, au nationalisme.

Mais nulle part, il ne désigne le mouvement de la classe ouvrière pour abattre et dépasser le capitalisme.

En Iran particulièrement, le socialisme a été, dès l'origine, avec la formation du Parti Tudeh en 1941, un mouvement qui visait à réaliser « l'unité nationale, le développement économique, la démocratie bourgeoise et les réformes sociales », capable d'attirer à lui les classes moyennes iraniennes, pour lesquelles le voisin soviétique proposait un modèle de développement national réussi.

Ce parti prosoviétique était au centre d'une coalition anti-fasciste, le Front national, qui éclata en 1953, lorsque le Tudeh hésita à soutenir pleinement le gouvernement nationaliste du docteur Mossadegh.

La disparition de cette coalition laissa émerger, dans l'espace politique laissé vacant, un nationalisme de gauche plus marqué, de coloration maoïste.

La critique de l'URSS par Mao avait son pendant dans la critique du Tudeh par la gauche radicale, tandis que la caractérisation de l'Iran comme un « pays semi-féodal et semi-colonial » permettait de faire l'impasse sur le degré réel de développement des relations sociales capitalistes.

L'ennemi principal, pour le maoïsme iranien, c'était le propriétaire terrien féodal, allié de l'impérialisme – ceci au moment même où l'échec programmé des réformes agraires amenait massivement les paysans à la prolétarisation urbaine. Leur programme était celui de tout nationalisme: développement par l'industrialisation et la gestion étatisée de l'économie, ce qui impliquait naturellement le renversement de la monarchie.

La fascination pour les modèles chinois, mais aussi vietnamien et latino-américain, donnait une forme pratique à ce programme: la guérilla.

( tous ceux qui voudront approfondir leur connaissance de Mansoor Hekmat peuvent se rapporter notamment à la lecture de « La Bataille socialiste » qui publie l'essentiel de ses textes.)

Michel Peyret

29 mai 2010

http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/article-michel-peyret-peu-importent-les-marteaux-et-les-faucilles-51369709-comments.html 

 



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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