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12/06/2010

n° 50 - Dossiers de Pakistan - 10-06 - : Début :- Une directive secrète prépare de nouvelles guerres américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale.

° 50 - Dossiers de Pakistan - 10-06 - : Début :- Une directive secrète prépare de nouvelles guerres américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale.



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



dossiers de PAKISTAN.  

                                                                                n° 50- 10-06

                                            C.De Broeder & M.Lemaire



 Le "DOSSIER de PAKISTAN" est visible sur les blogs :

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

 

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

1 Dossiers

1-1 Eric Margolis : L’empire américain est ruiné par ses guerres.

1-2 L’OTAN et le Pakistan sont prêts à approfondir le dialogue politique.

2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Inde, Pakistan et les Etats-Unis : Les Pousse au crime.

2-2 Sara Daniel : Les mercenaires de Blackwater constituent la plus grande armée privée au monde.

2-3 Le Nouvel Obs : Profession chiens de guerre.

Fin 

3 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Sécurité nationale : Obama marche dans les pas de Bush.

3-2 AfPak : Les Troupes US/OTAN Sous Commandement De L'Ex Commandant Des Escadrons De La Mort De Dick Cheney.

3-3 Washington et Islamabad auront bien du mal à atteindre leur objectif.

4 Annexe

4-1 L'OTAN de A à Z

4-2 Hiram Lee : Une directive secrète prépare de nouvelles guerres américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale.

4-3 Des médecins ont pratiqué des ''expérimentations humaines" pour la CIA'' 

4-4 "Torture made in USA".



Dossiers

Ndlr : La publication de l’article ne signifie nullement que la rédaction partage l’analyse de l’auteur mais doit être vu comme information.

1-1 Eric Margolis : L’empire américain est ruiné par ses guerres.

La crise financière de 2008 et l’effarant niveau d’endettement des USA n’ont pas eu de réel impact sur le budget militaire des USA.

Ou s’ils en ont eu, ça a plutôt été dans le sens de la hausse. De fait, les Etats-Unis accroissent années après années le budget de la "Défense" qui inclut celui des guerres en Afghanistan et en Irak. Qu’y a-t-il au bout de cette logique ?

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Les USA se ruinent à vouloir maintenir leur statut de super puissance par de coûteuses guerres et un budget militaire gigantesque financés à crédit. Pour Eric Margolis, le complexe militaro-industriel, contre lequel le président Eisenhower avait mis en garde lors de son discours d’adieu [NdlR. lire infra], entraîne le pays vers sa chute et Obama, comme son prédécesseur, abuse ses concitoyens en recourant à l’emprunt pour continuer à maintenir l’illusion d’un empire aujourd’hui vacillant.

Voici une analyse du journaliste Eric Margolis que nous avions pu entendre à propos de l’Irak lors de son passage chez Frédéric Taddeï en avril 2008.

Le président Obama a qualifié d’étape importante dans le rétablissement de la santé économique de l’Amérique le budget de 3 800 milliards de dollars US qu’il vient de soumettre au Congrès.

En fait, il s’agit d’une nouvelle forte dose donnée à un malade souffrant d’une grande dépendance à une drogue dangereuse : la dette.

Plus d’empires sont tombés à cause d’une politique budgétaire inconsidérée qu’en raison d’une invasion. Le dernier exemple en a été donné par l’Union soviétique, qui s’est ruinée en achetant des chars.

Le déficit budgétaire de Washington (la différence entre les dépenses et les revenus provenant des impôts) atteindra le montant vertigineux de 1 600 milliards de dollars US cette année. Cette somme énorme sera empruntée, principalement auprès de la Chine et du Japon, auxquels les États-Unis doivent déjà 1 500 milliards de dollars. A lui seul, le service de cette dette coûtera 250 milliards de dollars.

Dépenser 1000 milliards de dollars revient à avoir dépensé 1 million par jour, depuis le temps de la fondation de Rome, et durant les 2738 années écoulées jusqu’à aujourd’hui.

Le budget total de la défense approche les 1000 milliards de dollars. Cela inclut les dépenses du Pentagone, soit 880 milliards de dollars, auxquelles il faut ajouter les « blacks programs » secrets (environ 70 milliards de dollars), l’aide militaire à des pays étrangers comme l’Egypte, Israël et le Pakistan, le coût des 225.000 « contractuels » (mercenaires et salariés) et les dépenses pour les anciens combattants. Il faut encore ajouter 75 milliards de dollars (près de quatre fois le budget total de défense du Canada) pour les 16 agences de renseignement, qui comptent 200 000 employés.

Les guerres d’Afghanistan et d’Irak (1000 milliards de dollars à ce jour), coûteront 200-250 milliards de dollars supplémentaires cette année, y compris les coûts cachés et indirects. La décision d’Obama de renforcer de 30 000 hommes le contingent Afghan coûtera une somme supplémentaire de 33 milliards – supérieure au budget total de défense de l’Allemagne.

Le cours des actions des entreprises du secteur de la défense a évidemment augmenté après l’annonce du programme d’ « austérité » du Nobel de la paix Obama.

Les dépenses pour l’armée et le renseignement augmentent sans cesse alors que le taux de chômage s’approche des 10% et que l’économie continue de souffrir. L’Amérique est devenue l’homme malade de l’hémisphère occidental, un estropié économique à l’image du défunt Empire ottoman.

Le Pentagone représente maintenant la moitié du total mondial des dépenses militaires. Si on y ajoute les budgets des riches alliés de l’Amérique que sont les membres de l’OTAN et le Japon, ce chiffre atteint 75%.

La Chine et la Russie réunis ne consacrent qu’un petit 10% des sommes consacrées à la défense par les USA.

Il ya 750 bases militaires américaines dans 50 pays et 255 000 soldats stationnés à l’étranger, dont 116 000 en Europe et près de 100 000 au Japon et en Corée du Sud.

Les dépenses militaires engloutissent 19% des dépenses fédérales et au moins 44% des recettes fiscales. Sous l’administration Bush, les guerres d’Irak et d’Afghanistan – financées par l’emprunt – ont coûté plus de 25.000 $ à chaque famille américaine.

Comme Bush, Obama finance les guerres américaines par le biais d’autorisations supplémentaires d’endettement – en les empilant sur la carte de crédit de la nation qui a déjà atteint son maximum autorisé. Les générations futures payeront la facture.

Ce poker menteur joué par la présidence et les parlementaires est un comble de malhonnêteté publique.

Les guerres de l’Amérique doivent être financées par les impôts, pas par la fraude comptable.

Si les contribuables américains avaient dû payer les guerres en Afghanistan et en Irak, ces conflits s’arrêteraient à brève échéance.

Ce dont l’Amérique a besoin c’est d’un impôt pour la guerre, honnête et transparent.

Les États-Unis ont clairement atteint le point de rupture de leur ambition impériale. Les dépenses militaires et le service de la dette cannibalisent l’économie américaine, qui est la base réelle de leur puissance mondiale. Outre l’URSS sur le déclin, les Etats-Unis ressemblent également de plus en plus à l’Empire britannique agonisant de 1945, écrasé par les dettes immenses souscrites pour mener la Seconde Guerre mondiale, devenu incapable de continuer à financer ou à défendre l’Imperium, tout en restant imprégné de ses prétentions.

Il est de plus en plus évident que le président ne contrôle pas la fuite en avant du mastodonte militaire américain. Il ya soixante ans, le grand président Dwight Eisenhower, dont je garde le portrait dans mon bureau, avait averti les Américains de se méfier du complexe militaro-industriel. Six décennies plus tard, les partisans de la guerre permanente et de la domination du monde se sont unis aux prêteurs de Wall Street pour réduire l’Amérique en esclavage.

Un nombre croissant d’Américains redoutent les déficits incontrôlables et s’en indignent à juste titre. Mais la plupart ne comprennent pas que leurs dirigeants politiques ruinent également leur nation dans des guerres étrangères inutiles, en une vaine et orgueilleuse tentative de contrôler une grande partie de la planète – ce que les néo-conservateurs appellent la « Full spectrum dominance ».

Si Obama voulait réellement rétablir la santé économique de l’Amérique, il exigerait que les dépenses militaires soient réduites, mettrait rapidement fin aux guerres en Irak et en Afghanistan et démantèlerait les « Frankenbanks » géantes du pays.

Eric Margolis,

 Paru sur ContreInfo,

 le 10 février 2010

 Published on mai 19, 2010 par GeantVert


1-2 L’OTAN et le Pakistan sont prêts à approfondir le dialogue politique.

Le 4 juin, le premier ministre pakistanais, M. Yousouf Raza Gilani, accompagné d’une délégation importante composée de responsables gouvernementaux et de parlementaires, est venu en visite au siège de l’OTAN. Il a rencontré le secrétaire général de l’OTAN, M. Anders Fogh Rasmussen, et a pris la parole devant le Conseil de l’Atlantique Nord. Les débats ont principalement porté sur la lutte contre le terrorisme, les relations entre l’OTAN et le Pakistan, et la situation sur le plan de la sécurité en Afghanistan et dans la région.

Le secrétaire général et le premier ministre Gilani se sont accordés à reconnaître que l’OTAN, le Pakistan et l'Afghanistan partageaient un intérêt commun : venir à bout du terrorisme, qui menace la région et la communauté internationale.

M. Fogh Rasmussen a félicité le Pakistan pour les efforts importants et les réels sacrifices qu’il consent dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Il a par ailleurs salué la manière dont le premier ministre s'investit personnellement pour améliorer les relations du Pakistan avec les pays voisins, ces relations étant essentielles pour la stabilité de la région. « Il est en outre crucial que le Pakistan et l’Afghanistan unissent leurs efforts afin de contrer une menace qui fait fi des frontières », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne les relations entre l’OTAN et le Pakistan, le secrétaire général et le premier ministre ont reconnu qu’il était nécessaire que l’OTAN et le gouvernement pakistanais approfondissent leur coopération et leur dialogue politique.

Le premier ministre Gilani a déclaré : « Nous sommes satisfaits de constater que l’OTAN et le Pakistan poursuivent leurs consultations et leurs contacts réguliers, y compris au plus haut niveau, sur toutes les questions d’intérêt commun. […] Nous aimerions continuer à coopérer avec l’OTAN sur toutes les questions qui nous préoccupent tous deux, en particulier celles en rapport avec la guerre contre le terrorisme. »

Le secrétaire général a convenu avec le premier ministre que l'OTAN et le Pakistan devraient élargir leur dialogue politique. « Et personnellement, j'attache une très grande importance au dialogue avec les parlementaires, comme celui que nous avons eu aujourd’hui », a-t-il ajouté.

Plusieurs rencontres à haut niveau ont eu lieu récemment entre l’OTAN et le Pakistan, dont les visites au siège de l’Alliance effectuées par le président Asif Ali Zardari en juin 2009 et par le ministre des Affaires étrangères Makhdoom Shah Mehmoud Qureshi en février 2010. M. Robert Simmons, secrétaire général adjoint délégué de l’OTAN, s’est en outre rendu à Islamabad en mai 2010 pour procéder à un échange de vues avec les autorités pakistanaises sur une série de questions d’intérêt commun

04 juin 2010

http://www.nato.int/cps/fr/SID-F83487E1-FEECDFBD/natolive/news_64050.htm?



2 Courrier des lecteurs & trouvé sur le net & témoignage

2-1 Inde, Pakistan et les Etats-Unis : Les Pousse au crime.

Il y a ceux qu’on traine devant des tribunaux d’exception pour démontrer que les dirigeants qui s’opposent à l’ordre impérialiste sont châtiés, leur peuple ayant, quant à lui, subi directement l’épreuve de la faim ou celle des armes.

Et il y a ceux qui appellent à la guerre, ceux qui menacent et qui sont d’autant plus inquiétants qu’ils ont déjà mis leurs menaces à exécution. Dans ce rôle les Etats-Unis tiennent brillamment leur place de première puissance militaire mondiale, d’envahisseur en Irak et en Afghanistan et de puissance occupante dans les 170 pays où ils ont de bases militaires.

Ce rôle de semeur de guerre vient encore d’être confirmé au Pakistan. Bien avant que ne soit débrouillé l’écheveau des attentats de MUMBAI, bien avant que ne soit reconstituée, si elle doit l’être un jour, la filière qui remonte des petits malfrats mercenaires, acteurs directs d’une tuerie supérieurement organisée, aux organisateurs du complot et par eux aux bénéficiaires de la crise politique internationale ainsi engendrée, deux dirigeants politiques étasuniens viennent d’appeler à une action militaire contre le Pakistan.

Non pas la simple prolongation des incursions, déjà régulières depuis plusieurs mois, de l’armée US dans les zones frontalières de l’Afghanistan, mais le passage à la phase supérieure d’un affrontement direct avec l’armée pakistanaise pour occuper durablement une partie du territoire pakistanais et pour transformer le statut de ce pays qui perdrait définitivement celui de fidèle serviteur qu’il s’était acquis dans le combat contre l’armée soviétique pour passer à celui d’état croupion sous occupation étrangère, voire d’Etat-voyou s’il regimbe.

La meilleure preuve de ce changement de statut est la menace des Etats-Unis de poursuivre comme terroriste le général (en retraite) HAMID GUL qui était chef des services secrets pakistanais de 1987 à 1989 au moment où ces services ont, en formant et en approvisionnant en matériel US de pointe (tels les missiles sol-air STINGER qui ont ravagé l’armée de l’air soviétique) apporté une aide décisive aux moudjahidines afghans qui leur a permis de porter des coups très durs à l’armée de l’URSS jusqu’à son retrait. Il est vrai qu’HAMID GUL n’a pas craint de comparer devant une télévision étasunienne les attentats du 11 Septembre 2001 et ceux de Mumbai en disant que dans les deux cas il s’agissait, selon l’expression anglaise d’ « Inside Job », c’est-à-dire de complot intérieur. L’homme bien informé qu’il était est ainsi devenu un homme à abattre.

Ces deux personnages qui ont fait précipitamment le voyage à New-Delhi pour verser quelques larmes convenues sur les victimes de Mumbai , mais surtout pour bien montrer que désormais l’Inde est le principal allié des Etats-Unis dans la région, se sont ensuite rendus à Islamabad pour faire les gros yeux au gouvernement pakistanais

Il s’agit de CONDOLEEZZA RICE et de JOHN Mc CAIN. Oui Mc CAIN a été battu aux présidentielles mais il est toujours sénateur et toujours un des républicains les plus actifs dans la politique étrangère interventionniste de son pays. Il pourra continuer à l’être puisque son ami ROBERT GATES va rester en poste au Pentagone.

CONDOLEEZZA RICE a dit qu’il y avait des « preuves irréfutables » d’implications d’ « éléments » pakistanais dans les attentats de MUMBAI ( le FBI et le MI 6 britannique se sont d’ailleurs aussitôt offerts pour aider à faire la lumière sur les attentats et l’on sait que ce genre d’ « intervention amicale » permet aussi de faire disparaître des preuves dérangeantes) et elle a invité les dirigeants pakistanais à agir immédiatement et efficacement contre ces éléments faute de quoi les Etats-Unis « agiraient »... Comme toute leur Histoire contemporaine le montre, le « passage à l’acte » des Etats-Unis est habituellement un viol de souveraineté et de territoire étrangers.

Interviewée ensuite par FOX NEWS elle a réitéré cette affirmation de « preuves irréfutables » mais, interrogée quelques secondes plus tard sur les « armes de destruction massive » de l’Irak, n’a pas craint de reconnaître que dans ce cas son pays s’était trompé. Comme quoi, dans ce genre de bouche, les « preuves » ne sont que de fugaces arguments oratoires Comme quoi, la décision d’envahir l’Irak et de renverser le régime était déjà prise.

Mc CAIN, quant à lui, a repris la vieille argumentation antiterroriste en expliquant que si le gouvernement pakistanais ne faisait pas la chasse lui-même aux terroristes il lui arriverait ce qui est arrivé au gouvernement desrésistants Talibanqui n’ont pas voulu livrer Ben Laden en Octobre 2001...

Mais, plus prudent en apparence que CONDOLEEZZA RICE, il a précisé qu’il appartiendrait au gouvernement indien de passer à l’acte.

L’apparence est trompeuse. Ce que Mc CAIN prépare en fait, c’est l’après BUSH, c’est le retour au pouvoir en Inde du parti nationaliste Hindou BJP porté par une vague anti-musulmane et anti-pakistanaise suscitée par les attentats de MUMBAI. Ce retour pourrait se produire à l’occasion des prochaines élections générales du mois de Mai 2009 . (Heureusement les élections qui viennent de se dérouler dans quatre Etats de l’Inde et où le BJP a reculé donnent une indication contraire). Il est en effet persuadé qu’avec le feu vert de Washington le BJP irait à l’affrontement armé avec le Pakistan.

Façon de rappeler que le démantèlement du Pakistan fait partie de l’agenda impérialiste étasunien.

La carte qui suit montre bien les objectifs poursuivis :

- indépendance du Baloutchistan au détriment de l’Iran et du Pakistan et occupation du port de GWADAR construit par la Chine et assurant aux provinces occidentales de cette dernière un accès facile à l’Océan Indien

- coupure de la liaison terrestre CHINE-PAKISTAN par le col de Karakorum

- agrandissement au détriment du Pakistan d’un Afghanistan dompté et colonisé

- Cachemire repris par l’Inde

Sur cette carte le Soudan n’a pas encore été relooké au napalm, mais à en croire les derniers propos d’Hillary Clinton et d’Eve Rice (simple homonymie avec Condoleeza), future ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU son tour va venir !

COMAGUER

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http://www.legrandsoir.info/Inde-Pakistan-et-les-Etats-Unis-Les-Pousse-au-crime.html


2-2 Sara Daniel : Les mercenaires de Blackwater constituent la plus grande armée privée au monde.

Ils sont devenus, sous Bush, une pièce maîtresse de la machine militaire américaine. Qui sont ces nouveaux prétoriens qui multiplient les coups tordus et se pensent au-dessus des lois ?

Une enquête de Sara Daniel

Ils sont armés de M4 automatiques capables de tirer 900 balles par minute, portent des lunettes noires Oakley et des pistolets. Ils ont des couteaux fixés aux jambes par des Velcro et des écouteurs vissés aux oreilles. Arrogants, brutaux, ils exhibent leurs biceps de 50 centimètres de circonférence dans les rues de Bagdad, Kaboul ou Peshawar, où ils veulent en découdre avec les musulmans, qu'ils appellent « hadjis ». Ils sont précédés par ce parfum de testostérone et de bavures qui soulève la haine sur leur passage. Ce sont les mercenaires de Black water, la plus grande armée privée au monde. Leur chef s'appelle Erik Prince.
Tout a commencé en 1997, quand ce milliardaire chrétien fondamentaliste de 28 ans se sent investi d'une mission divine et crée une entreprise militaire privée pour former les soldats américains.

Après les attentats du 11 septembre 2001, elle va devenir l'une des pièces maîtresses du dispositif de guerre américain déployé par George W. Bush. Et l'administration Obama, engagée sur deux fronts, ne sait plus très bien aujourd'hui comment se passer de cette garde prétorienne. Car l'armée de Prince s'est rendue indispensable en se chargeant discrètement des basses besognes de la lutte contre le terrorisme.
Ses hommes sont au-dessus des lois et regardent avec mépris leurs camarades soldats qui doivent rendre des comptes à leur état-major. «Nous, nous sommes intouchables : si on est mis en cause, notre hiérarchie nous exfiltrera en douce dans le coffre d'une voiture... », racontait un employé de Blackwater, croisé en Irak. Car un décret établi par l'autorité provisoire de la coalition en 2004 protégeait les privés : selon « l'ordre 1 7», véritable permis de tuer, « les contractuels sont immunisés contre toute poursuite judiciaire émanant de l'Etat irakien » ... Depuis, le décret a été aboli. Le jeudi 16 avril 2010, deux anciens employés de Blackwater ont été arrêtés aux Etats-Unis pour avoir tué deux Afghans et blessé un troisième, en mai 2009, à Kaboul.
Les deux mercenaires, âgés de 27 et 29 ans, sont poursuivis pour « meurtres sans préméditation » et « tentative de meurtre ». Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Ce serait une première : contrairement à plus de 300 militaires, aucun employé de Blackwater, en neuf ans de guerre, n'a encore été condamné pour des exactions commises en Irak ou en Afghanistan.
La tuerie de la place Nissour
Et pourtant... le 16 septembre 2007, un convoi de gardes du corps de Blackwater ouvre le feu sur les automobilistes de la place Nissour à Bagdad. Bilan : 17 civils tués et une vingtaine de blessés. C'est une terrible bavure, l'action mercenaire la plus sanglante de l'occupation irakienne. Un mois après le massacre, le fondateur de Blackwater est convoqué devant le Congrès pour s'expliquer. Erik Prince a troqué son treillis contre un beau costume bleu. Entouré d'une nuée d'avocats qui le coachent comme un sportif, il se drape dans son patriotisme. Comment ose-t-on lui demander des comptes, à lui qui défend son pays contre les « méchants » ? Les démocrates espèrent alors que le carnage de Bagdad, qui, selon un militaire américain, a eu des conséquences aussi graves que le scandale des tortures à la prison d'Abou Graib, va enfin avoir raison de la première armée privée du monde. La tuerie de la place Nissour n'est-elle pas le 168e crime que la société se voit reprocher par le gouvernement irakien ? Hillary Clinton exige une loi qui interdirait tout simplement Blackwater en Irak.
Deux ans et demi ont passé et les démocrates, désormais au pouvoir, se montrent nettement moins sourcilleux. Hillary Clinton, devenue secrétaire d'Etat, a fait plusieurs fois appel à Blackwater pour assurer sa sécurité lorsqu'elle s'est rendue en Irak. En décembre 2009, un juge fédéral américain, alléguant des «irrégularités dans la procédure criminelle », a rejeté toutes les charges contre les mercenaires mis en cause dans la tuerie de la place Nissour. Aujourd'hui, les hommes de, Prince assurent toujours la sécurité de l'ambassade américaine à Kaboul, et Blackwater pèse 1,2 milliard de dollars.
La privatisation de la guerre serait-elle devenue un phénomène irréversible ? L'armée américaine, exténuée par deux guerres, n'arrive plus à se passer de ses « employés privés», et même des pires d'entre eux. Il y a aujourd'hui autant de chiens de guerre que de soldats réguliers en Irak. En Afghanistan, on compte 104 000 mercenaires pour 68 000 soldats américains. Fin 2010, ils seront environ 130 000 pour 120 000 militaires réguliers. Plus inquiétant : 50% des agents clandestins de la CIA sont des privés. Selon Michael Ratner, président du Centre pour les Droits constitutionnels, qui tente de traduire en justice les responsables de bavures, ce système est une subversion de la démocratie : « L'utilisation croissante de contractuels rend les guerres plus faciles à mener. Il faut juste de l'argent, pas l'accord des citoyens. » ?
L'entreprise de Prince, qui a décroché plus de 1,5 milliard de dollars de contrats publics entre 2001 et 2009 (dont plus de la moitié sans appel d'offres), est « une armée capable de renverser la plupart des gouvernements de ce monde », selon un membre du Congrès. Elle dispose de l'un des plus importants stocks privés d'armes lourdes, d'une flotte d'avions, d'hélicoptères Blackhawk, de navires, de véhicules blindés, de stands de tir, et ses bases américaines forment 30 000 policiers et militaires par an.
Son inquiétante puissance doit beaucoup aux liens qui unissent la famille Prince à la frange la plus religieuse du Parti républicain. Né en 1969 à Holland dans le Michigan, Erik Prince appartient à une riche et puissante dynastie d'équipementiers automobiles, qui contribue au financement de la droite religieuse. En 1992, le jeune homme, qui vient de soutenir la candidature de Pat Buchanan, leader de l'extrême-droite chrétienne, s'engage dans les Navy Seals, le corps d'élite des marines. Il servira en Haïti, au Moyen-Orient et en Bosnie. Lorsque son père meurt d'une crise cardiaque, Prince quitte à contrecoeur l'armée pour gérer la fortune familiale. Avec son héritage, qui s'élève à plusieurs centaines de millions de dollars, il décide de créer un centre d'entraînement privé pour les militaires américains. Il y a un marché à prendre : depuis les réductions budgétaires décidées par Dick Cheney, lorsqu'il était le secrétaire à la Défense de Bush père, l'armée a rogné sur ses budgets formation.
En 1997, donc, Prince crée Blackwater sur un terrain marécageux situé à Moyock, en Caroline du Nord. Il a compris le parti à tirer de la volonté du ministre de la Défense de sous-traiter à des entreprises privées une partie des tâches de l'armée. En 1999, à la suite du massacre du lycée de Columbine, dans le Colorado, au cours duquel 12 élèves sont assassinés par un de leurs camarades, Blackwater se voit confier le soin de former la police pour ses interventions en milieu scolaire. Mais c'est grâce à Ben Laden que l'entreprise va voir sa puissance décupler.
Après l'attaque suicide lancée contre le destroyer « USS Cole » en octobre 2000 dans le port d'Aden, Blackwater obtient un contrat de 37 millions de dollars avec la marine. Sur viennent les attentats du 11-Septembre. Pour l'administration Bush, le recours au privé devient une des clés de la victoire dans la «guerre contre la terreur». «Private is beautiful, explique Prince. Quand vous êtes pressé, avez-vous recours à la poste ou à Federal Express ?»
A l'époque, Rumsfeld vient de lancer sa campagne contre les prétendues armes de destruction massive irakiennes. Il cherche à réduire le pouvoir de la CIA, dont les démentis exaspèrent les conservateurs. «Notre ennemi est bien plus proche de nous. C'est la bureaucratie du Pentagone », déclare le ministre de la Défense. Selon lui, le recours à une garde prétorienne permettra de dissimuler certaines opérations sensibles à la vigilance du Congrès. C'est à ce moment que Prince ressent le besoin impérieux de reprendre le service actif. Le suprématiste chrétien, qui se sent investi d'une mission divine, ne veut pas se contenter d'engranger des contrats publics. Il contacte la CIA, qui l'éconduit dans un premier temps au motif qu'il n'a pas assez d'expérience de terrain... Ce n'est que partie remise.

Privatiser les casques bleus

En 2004, selon des sources proches desservices de renseignement américains, la CIA finit par intégrer Prince dans un réseau de citoyens-espions. Il prend du galon et coordonne des agents qui travaillent dans les pays de l'« axe du mal ». Il assure financer ses missions sur sa cassette personnelle : « Le Congrès me dépeint sous les traits d'un profiteur de guerre, alors que je paie de ma poche toutes sortes d'activités de renseignement pour renforcer la sécurité nationale des Etats-Unis», confie-t-il au magazine américain « Vanity Fair ». Blackwater se met à décrocher des contrats de plus en plus « sensibles ». L'entreprise avec sa filiale « renseignement » - Total Intelligence Solutions ressemble à une unité d'élite de la CIA. A ceci près que ses employés sont payés dix fois plus que les agents fédéraux. L'hémorragie des as du renseignement vers les officines privées est si importante que le directeur de la CIA, Porter Gross, demande aux sociétés privées d'arrêter de recruter dans la cafétéria de Langley (le siège de la CIA). Même Rob Richer, numéro deux du service des opérations clandestines de la CIA, a rejoint Blackwater...
L'entreprise s'est peu à peu rendue indispensable au dispositif militaire américain. L'assurance et l'ambition de Prince ne connaissent plus de limites. Il rêve de se substituer aux armées défaillantes du monde entier. Et d'abord à la plus vulnérable d'entre elles, celle des casques bleus : «Faites-moi la liste, si vous en êtes capable, des opérations de maintien de la paix que l'ONU aura vraiment menées à bien...», persifle le barbouze milliardaire en janvier 2006. Pour optimiser l'efficacité de l'organisation internationale, il a une idée : « Nous pourrions organiser une brigade internationale de professionnels. » Privatiser les casques bleus, l'idée est aussi irréaliste que choquante, mais elle séduit certains cercles influents de républicains évangélistes qui s'indignent des massacres au Darfour. Et aussi des experts plus indépendants, comme Max Boot, membre éminent du cercle de réflexion Council on Foreign Relations, qui publie dans le «Los Angeles Times » un article titré : « La solution pour le Darfour : envoyer des mercenaires ». C'est un véritable plaidoyer pour les guerriers privés : «Les géants moralisateurs qui dirigent l'ONU prétendent qu'employer des mercenaires est inacceptable. Plus inacceptable, semble-t-il, que de voter de vaines résolutions, d'envoyer des forces de maintien de la paix inefficaces et de laisser se poursuivre le génocide » (1).
Assassinats ciblés

Si Erik Prince, malgré le soutien de ses lobbyistes, ne réussit pas à convaincre « les géants moralisateurs » de privatiser les forces d'interposition de l'ONU, il collabore de 2004 à 2009 à la mission la plus secrète de l'histoire de l'administration Bush : les assassinats ciblés. Depuis le 11-Septembre, George Bush a en effet autorisé la CIA à supprimer des membres d'AlQaida sans laisser de traces. C'est dans la propriété personnelle de Prince, entre la piscine et le tennis, sur le stand de tir du domaine, que le commando va s'entraîner loin des curieux. Selon une gorge profonde de la CIA, ses cibles auraient été Mamoun Darkazanli (un financier d'Al-Qaida résidant à Hambourg) ou encore Abdul Qadeer Khan, le scientifique pakistanais qui a transmis son savoir-faire nucléaire à l'Iran et à la Corée du Nord. Washington décide finalement de renoncer à l'opération. Mais les Etats-Unis et Prince n'en ont pas encore fini avec le « business » des assassinats...
En juin 2009, Leon Panetta, nouveau directeur de la CIA, réunit les commissions du renseignement du Congrès. Il vient de découvrir que l'Agence a dissimulé un vaste programme d'opérations clandestines au centre duquel se trouvent Blackwater et Erik Prince. Le 20 août, le « New York Times » révèle que Blackwater se chargeait entre autres d'armer les bombes sur les drones, ainsi que de pourchasser, voire de tuer, des membres d'Al-Qaida. Erik Prince, le sous-traitant de la CIA, disposait d'un « permis de tuer » sur la terre et dans les airs. Comment ce programme secret a-t-il pu ainsi fuiter dans la presse ? L'homme aux influences occultes est amer. Pour la première fois depuis des années, il consent à s'exprimer dans la presse.
C'est Adam Ciralsky, un ex-avocat de la CIA devenu journaliste, qui dresse son portrait dans « Vanity Fair » au mois de janvier dernier. Le Darth Vader de la croisade contre le terrorisme y donne sa version des faits et laisse entendre qu'il détient des informations compromettantes pour le système de renseignement américain. Il se présente comme un homme bien mal récompensé de son engagement au service des Etats-Unis. Il prétend qu'il veut se mettre au vert et, pourquoi pas, enseigner dans un collège !
Faut-il croire sur parole Prince, le barbouze mercenaire mégalomane qui est aujourd'hui à la tête de l'armée privée la plus puissante au monde ? Il sait bien que l'Amérique ne peut plus s'en passer. La créature de la droite religieuse, hydre à plusieurs têtes, est présente sous différents noms (elle en compte des dizaines) en Irak, mais aussi au Japon, dans les zones tribales pakistanaises ou en Azerbaïdjan. Elle prend en charge la sécurité intérieure, la technologie de surveillance, la guerre contre la drogue ou les opérations de maintien de la paix. Elle a ses fans et ses lobbies dans cette Amérique des milices et des « tea parties », ces rassemblements populistes de la droite anti-Obama qui se développent à la faveur de la crise, vomissent l'Etat fédéral et voudraient tout privatiser, même la conduite de la guerre.
L'émergence d'armées privées autonomes pourrait-elle conduire à « envisager l'avènement d'intérêts oligarchiques transnationaux ? », se demandait Georges-Henri Bricet des Vallons, dans un livre très informé sur les armées privées en Irak (2). Ce serait bien dans l'esprit du dernier projet d'Erik Prince : la création d'une brigade à déploiement rapide qui, moyennant finances, pourrait se mettre au service de gouvernements étrangers. Une manière de s'affranchir un peu de la tutelle d'une administration américaine qui a publiquement pris des distances envers son « Prince de l'ombre », sans jamais cesser, pourtant, de l'utiliser en coulisses.

Sara daniel,

 Le Nouvels Obs,

 6 mai 2010
source: nouvelobs
(1) Cité dans «Blackwater. L'ascension de l'armée privée la plus puissante du monde », de Jeremy Scahill, Actes Sud
(2) «Irak, terre mercenaire », Favre

21 mai 2010

http://news.stcom.net/modules.php?name=News&file=arti...


2-3 Le Nouvel Obs : Profession chiens de guerre.

Published on mai 8, 2010 par GeantVert

Quel sens a une guerre quand elle est conduite non plus par des États, mais par des sociétés privées ? Pour quels intérêts se battent-elles exactement ? 

Cet article du Nouvel Observateur nous plonge dans les arcanes de la désormais célèbre société de mercenaires Blackwater, rebaptisée Xe Service , et de son fondateur Erik Prince.

Malgré les nombreux signaux d’alarme parvenus jusqu’au Congrès américain sur les exactions de ces "mercenaires", comme en mars dernier où le contrat d’1 milliard de Dollars pour la formation de la police afghane par Blackwater a été questionné par les Sénateurs américains – les services de "la plus grande armée privée du monde" sont encore largement utilisés par l’Administration Obama, notamment sur les terrains afghans et irakiens.

Sara daniel, Le Nouvels Obs, 6 mai 2010

Les mercenaires de Blackwater constituent la plus grande armée privée au monde. Ils sont devenus, sous Bush, une pièce maîtresse de la machine militaire américaine. Qui sont ces nouveaux prétoriens qui multiplient les coups tordus et se pensent au-dessus des lois ?

Une enquête de Sara Daniel

Ils sont armés de M4 automatiques capables de tirer 900 balles par minute, portent des lunettes noires Oakley et des pistolets. Ils ont des couteaux fixés aux jambes par des Velcro et des écouteurs vissés aux oreilles. Arrogants, brutaux, ils exhibent leurs biceps de 50 centimètres de circonférence dans les rues de Bagdad, Kaboul ou Peshawar, où ils veulent en découdre avec les musulmans, qu’ils appellent « hadjis ». Ils sont précédés par ce parfum de testostérone et de bavures qui soulève la haine sur leur passage. Ce sont les mercenaires de Black water, la plus grande armée privée au monde. Leur chef s’appelle Erik Prince.

Tout a commencé en 1997, quand ce milliardaire chrétien fondamentaliste de 28 ans se sent investi d’une mission divine et crée une entreprise militaire privée pour former les soldats américains. Après les attentats du 11 septembre 2001, elle va devenir l’une des pièces maîtresses du dispositif de guerre américain déployé par George W. Bush. Et l’administration Obama, engagée sur deux fronts, ne sait plus très bien aujourd’hui comment se passer de cette garde prétorienne. Car l’armée de Prince s’est rendue indispensable en se chargeant discrètement des basses besognes de la lutte contre le terrorisme.

Ses hommes sont au-dessus des lois et regardent avec mépris leurs camarades soldats qui doivent rendre des comptes à leur état-major. «Nous, nous sommes intouchables : si on est mis en cause, notre hiérarchie nous exfiltrera en douce dans le coffre d’une voiture… », racontait un employé de Blackwater, croisé en Irak. Car un décret établi par l’autorité provisoire de la coalition en 2004 protégeait les privés : selon « l’ordre 1 7», véritable permis de tuer, « les contractuels sont immunisés contre toute poursuite judiciaire émanant de l’Etat irakien » … Depuis, le décret a été aboli. Le jeudi 16 avril 2010, deux anciens employés de Blackwater ont été arrêtés aux Etats-Unis pour avoir tué deux Afghans et blessé un troisième, en mai 2009, à Kaboul.

Les deux mercenaires, âgés de 27 et 29 ans, sont poursuivis pour « meurtres sans préméditation » et « tentative de meurtre ». Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Ce serait une première : contrairement à plus de 300 militaires, aucun employé de Blackwater, en neuf ans de guerre, n’a encore été condamné pour des exactions commises en Irak ou en Afghanistan.

La tuerie de la place Nissour

Et pourtant… le 16 septembre 2007, un convoi de gardes du corps de Blackwater ouvre le feu sur les automobilistes de la place Nissour à Bagdad. Bilan : 17 civils tués et une vingtaine de blessés. C’est une terrible bavure, l’action mercenaire la plus sanglante de l’occupation irakienne. Un mois après le massacre, le fondateur de Blackwater est convoqué devant le Congrès pour s’expliquer. Erik Prince a troqué son treillis contre un beau costume bleu. Entouré d’une nuée d’avocats qui le coachent comme un sportif, il se drape dans son patriotisme. Comment ose-t-on lui demander des comptes, à lui qui défend son pays contre les « méchants » ? Les démocrates espèrent alors que le carnage de Bagdad, qui, selon un militaire américain, a eu des conséquences aussi graves que le scandale des tortures à la prison d’Abou Graib, va enfin avoir raison de la première armée privée du monde. La tuerie de la place Nissour n’est-elle pas le 168e crime que la société se voit reprocher par le gouvernement irakien ? Hillary Clinton exige une loi qui interdirait tout simplement Blackwater en Irak.

Deux ans et demi ont passé et les démocrates, désormais au pouvoir, se montrent nettement moins sourcilleux. Hillary Clinton, devenue secrétaire d’Etat, a fait plusieurs fois appel à Blackwater pour assurer sa sécurité lorsqu’elle s’est rendue en Irak. En décembre 2009, un juge fédéral américain, alléguant des «irrégularités dans la procédure criminelle », a rejeté toutes les charges contre les mercenaires mis en cause dans la tuerie de la place Nissour. Aujourd’hui, les hommes de Prince assurent toujours la sécurité de l’ambassade américaine à Kaboul, et Blackwater pèse 1,2 milliard de dollars.

La privatisation de la guerre serait-elle devenue un phénomène irréversible ? L’armée américaine, exténuée par deux guerres, n’arrive plus à se passer de ses « employés privés», et même des pires d’entre eux. Il y a aujourd’hui autant de chiens de guerre que de soldats réguliers en Irak. En Afghanistan, on compte 104 000 mercenaires pour 68 000 soldats américains. Fin 2010, ils seront environ 130 000 pour 120 000 militaires réguliers. Plus inquiétant : 50% des agents clandestins de la CIA sont des privés. Selon Michael Ratner, président du Centre pour les Droits constitutionnels, qui tente de traduire en justice les responsables de bavures, ce système est une subversion de la démocratie : « L’utilisation croissante de contractuels rend les guerres plus faciles à mener. Il faut juste de l’argent, pas l’accord des citoyens. » ?

L’entreprise de Prince, qui a décroché plus de 1,5 milliard de dollars de contrats publics entre 2001 et 2009 (dont plus de la moitié sans appel d’offres), est « une armée capable de renverser la plupart des gouvernements de ce monde », selon un membre du Congrès. Elle dispose de l’un des plus importants stocks privés d’armes lourdes, d’une flotte d’avions, d’hélicoptères Blackhawk, de navires, de véhicules blindés, de stands de tir, et ses bases américaines forment 30 000 policiers et militaires par an.

Son inquiétante puissance doit beaucoup aux liens qui unissent la famille Prince à la frange la plus religieuse du Parti républicain. Né en 1969 à Holland dans le Michigan, Erik Prince appartient à une riche et puissante dynastie d’équipementiers automobiles, qui contribue au financement de la droite religieuse. En 1992, le jeune homme, qui vient de soutenir la candidature de Pat Buchanan, leader de l’extrême-droite chrétienne, s’engage dans les Navy Seals, le corps d’élite des marines. Il servira en Haïti, au Moyen-Orient et en Bosnie. Lorsque son père meurt d’une crise cardiaque, Prince quitte à contrecoeur l’armée pour gérer la fortune familiale. Avec son héritage, qui s’élève à plusieurs centaines de millions de dollars, il décide de créer un centre d’entraînement privé pour les militaires américains. Il y a un marché à prendre : depuis les réductions budgétaires décidées par Dick Cheney, lorsqu’il était le secrétaire à la Défense de Bush père, l’armée a rogné sur ses budgets formation.

En 1997, donc, Prince crée Blackwater sur un terrain marécageux situé à Moyock, en Caroline du Nord. Il a compris le parti à tirer de la volonté du ministre de la Défense de sous-traiter à des entreprises privées une partie des tâches de l’armée. En 1999, à la suite du massacre du lycée de Columbine, dans le Colorado, au cours duquel 12 élèves sont assassinés par un de leurs camarades, Blackwater se voit confier le soin de former la police pour ses interventions en milieu scolaire. Mais c’est grâce à Ben Laden que l’entreprise va voir sa puissance décupler.

Après l’attaque suicide lancée contre le destroyer « USS Cole » en octobre 2000 dans le port d’Aden, Blackwater obtient un contrat de 37 millions de dollars avec la marine. Surviennent les attentats du 11-Septembre. Pour l’administration Bush, le recours au privé devient une des clés de la victoire dans la «guerre contre la terreur». «Private is beautiful, explique Prince. Quand vous êtes pressé, avez-vous recours à la poste ou à Federal Express ?»

A l’époque, Rumsfeld vient de lancer sa campagne contre les prétendues armes de destruction massive irakiennes. Il cherche à réduire le pouvoir de la CIA, dont les démentis exaspèrent les conservateurs. «Notre ennemi est bien plus proche de nous. C’est la bureaucratie du Pentagone », déclare le ministre de la Défense. Selon lui, le recours à une garde prétorienne permettra de dissimuler certaines opérations sensibles à la vigilance du Congrès. C’est à ce moment que Prince ressent le besoin impérieux de reprendre le service actif. Le suprématiste chrétien, qui se sent investi d’une mission divine, ne veut pas se contenter d’engranger des contrats publics. Il contacte la CIA, qui l’éconduit dans un premier temps au motif qu’il n’a pas assez d’expérience de terrain… Ce n’est que partie remise.

Privatiser les casques bleus

En 2004, selon des sources proches des services de renseignement américains, la CIA finit par intégrer Prince dans un réseau de citoyens-espions. Il prend du galon et coordonne des agents qui travaillent dans les pays de l’« axe du mal ». Il assure financer ses missions sur sa cassette personnelle : « Le Congrès me dépeint sous les traits d’un profiteur de guerre, alors que je paie de ma poche toutes sortes d’activités de renseignement pour renforcer la sécurité nationale des Etats-Unis», confie-t-il au magazine américain « Vanity Fair ». Blackwater se met à décrocher des contrats de plus en plus « sensibles ». L’entreprise avec sa filiale « renseignement » – Total Intelligence Solutions ressemble à une unité d’élite de la CIA. A ceci près que ses employés sont payés dix fois plus que les agents fédéraux. L’hémorragie des as du renseignement vers les officines privées est si importante que le directeur de la CIA, Porter Gross, demande aux sociétés privées d’arrêter de recruter dans la cafétéria de Langley (le siège de la CIA). Même Rob Richer, numéro deux du service des opérations clandestines de la CIA, a rejoint Blackwater…

L’entreprise s’est peu à peu rendue indispensable au dispositif militaire américain. L’assurance et l’ambition de Prince ne connaissent plus de limites. Il rêve de se substituer aux armées défaillantes du monde entier. Et d’abord à la plus vulnérable d’entre elles, celle des casques bleus : «Faites-moi la liste, si vous en êtes capable, des opérations de maintien de la paix que l’ONU aura vraiment menées à bien…», persifle le barbouze milliardaire en janvier 2006. Pour optimiser l’efficacité de l’organisation internationale, il a une idée : « Nous pourrions organiser une brigade internationale de professionnels. » Privatiser les casques bleus, l’idée est aussi irréaliste que choquante, mais elle séduit certains cercles influents de républicains évangélistes qui s’indignent des massacres au Darfour. Et aussi des experts plus indépendants, comme Max Boot, membre éminent du cercle de réflexion Council on Foreign Relations, qui publie dans le «Los Angeles Times » un article titré : « La solution pour le Darfour : envoyer des mercenaires ». C’est un véritable plaidoyer pour les guerriers privés : «Les géants moralisateurs qui dirigent l’ONU prétendent qu’employer des mercenaires est inacceptable. Plus inacceptable, semble-t-il, que de voter de vaines résolutions, d’envoyer des forces de maintien de la paix inefficaces et de laisser se poursuivre le génocide » (1).

Assassinats ciblés

Si Erik Prince, malgré le soutien de ses lobbyistes, ne réussit pas à convaincre « les géants moralisateurs » de privatiser les forces d’interposition de l’ONU, il collabore de 2004 à 2009 à la mission la plus secrète de l’histoire de l’administration Bush : les assassinats ciblés. Depuis le 11-Septembre, George Bush a en effet autorisé la CIA à supprimer des membres d’al-Qaida sans laisser de traces. C’est dans la propriété personnelle de Prince, entre la piscine et le tennis, sur le stand de tir du domaine, que le commando va s’entraîner loin des curieux. Selon une gorge profonde de la CIA, ses cibles auraient été Mamoun Darkazanli (un financier d’Al-Qaida résidant à Hambourg) ou encore Abdul Qadeer Khan, le scientifique pakistanais qui a transmis son savoir-faire nucléaire à l’Iran et à la Corée du Nord. Washington décide finalement de renoncer à l’opération. Mais les Etats-Unis et Prince n’en ont pas encore fini avec le « business » des assassinats…

En juin 2009, Leon Panetta, nouveau directeur de la CIA, réunit les commissions du renseignement du Congrès. Il vient de découvrir que l’Agence a dissimulé un vaste programme d’opérations clandestines au centre duquel se trouvent Blackwater et Erik Prince. Le 20 août, le « New York Times » révèle que Blackwater se chargeait entre autres d’armer les bombes sur les drones, ainsi que de pourchasser, voire de tuer, des membres d’Al-Qaida. Erik Prince, le sous-traitant de la CIA, disposait d’un « permis de tuer » sur la terre et dans les airs. Comment ce programme secret a-t-il pu ainsi fuiter dans la presse ? L’homme aux influences occultes est amer. Pour la première fois depuis des années, il consent à s’exprimer dans la presse.

C’est Adam Ciralsky, un ex-avocat de la CIA devenu journaliste, qui dresse son portrait dans « Vanity Fair » au mois de janvier dernier. Le Darth Vader de la croisade contre le terrorisme y donne sa version des faits et laisse entendre qu’il détient des informations compromettantes pour le système de renseignement américain. Il se présente comme un homme bien mal récompensé de son engagement au service des Etats-Unis. Il prétend qu’il veut se mettre au vert et, pourquoi pas, enseigner dans un collège !

Faut-il croire sur parole Prince, le barbouze mercenaire mégalomane qui est aujourd’hui à la tête de l’armée privée la plus puissante au monde ? Il sait bien que l’Amérique ne peut plus s’en passer. La créature de la droite religieuse, hydre à plusieurs têtes, est présente sous différents noms (elle en compte des dizaines) en Irak, mais aussi au Japon, dans les zones tribales pakistanaises ou en Azerbaïdjan. Elle prend en charge la sécurité intérieure, la technologie de surveillance, la guerre contre la drogue ou les opérations de maintien de la paix. Elle a ses fans et ses lobbies dans cette Amérique des milices et des « tea parties », ces rassemblements populistes de la droite anti-Obama qui se développent à la faveur de la crise, vomissent l’Etat fédéral et voudraient tout privatiser, même la conduite de la guerre.

L’émergence d’armées privées autonomes pourrait-elle conduire à « envisager l’avènement d’intérêts oligarchiques transnationaux ? », se demandait Georges-Henri Bricet des Vallons, dans un livre très informé sur les armées privées en Irak (2). Ce serait bien dans l’esprit du dernier projet d’Erik Prince : la création d’une brigade à déploiement rapide qui, moyennant finances, pourrait se mettre au service de gouvernements étrangers. Une manière de s’affranchir un peu de la tutelle d’une administration américaine qui a publiquement pris des distances envers son « Prince de l’ombre », sans jamais cesser, pourtant, de l’utiliser en coulisse.

par Sara daniel, Le Nouvels Obs, 6 mai 2010 

Références

Cité dans «Blackwater. L’ascension de l’armée privée la plus puissante du monde », de Jeremy Scahill, Actes Sud

«Irak, terre mercenaire », Favre

http://www.reopen911.info/News/2010/05/08/profession-chiens-de-guerre/


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