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01/07/2010

n°47- Géopolitique & stratégie d'Iran - 28-06 - : Suite :- : Clinton-la dominatrix et l’accord de la Turquie et le Brésil.

n°47- Géopolitique & stratégie d'Iran - 28-06 - : Suite :- : Clinton-la dominatrix et l’accord de la Turquie et le Brésil.



Géopolitique & stratégie d'Iran

                                                         n°47 du 28-06                                     C.De Broeder & M.Lemaire



Le dossier « Géopolitique et Stratégie d’Iran » est visible sur les blogs :

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-5 Robert Bibeau : Une attaque imminente contre le Pakistan et l'Afghanistan.

1-6 L'Iran est capable de lancer des "centaines" de missiles contre l'Europe, selon les Etats-Unis.

1-7 Nada Raad : Bouclier américain en Europe: se défendre pour attaquer Téhéran??

1-8 Marc Brzustowski : Convoi de navires de guerre à travers le Canal de Suez, pour protéger contre elle-même une Europe vindicative,... mais sans défense patente contre les missiles iraniens.

1-9 Chems Eddine Chitour : Mossadegh, Ahmadinejad : 60 ans après, l’histoire se répète...

2 Annexe

2-1 La Turquie s’éloigne de l’Occident, comme le reste du monde.

2-2 « Le monde post-américain et l’essor du reste du monde. »


 

1-6 L'Iran est capable de lancer des "centaines" de missiles contre l'Europe, selon les Etats-Unis.

L'Iran est capable de lancer une attaque contre l'Europe au moyen de "dizaines ou même de centaines" de missiles, ce qui a conduit les Etats-Unis a revoir son système de defense antimissile, a assuré jeudi le secrétaire américain à la Defense, Robert Gates.

La Maison Blanche avait décidé en septembre de troquer un projet de bouclier antimissile en Europe centré sur une menace de tirs de missiles iraniens de longue portée, pour un système protégeant plutôt les alliés de l'Otan de tirs balistiques de courte et moyenne portée. 

"Un des éléments (fourni par) les renseignements qui a contribué à la décision (de changer de système de defense antimissile) a été de prendre conscience que si l'Iran devait lancer une attaque de missiles contre l'Europe, il ne s'agirait pas de seulement un ou deux missiles ou même d'une poignée", a dit M. Gates lors d'une audition au Sénat.

"Il s'agirait plutôt d'une salve, dans laquelle on aurait potentiellement affaire à des dizaines ou même des centaines de missiles", a-t-il assuré, ajoutant qu'il soutenait le nouveau projet "capable de protéger nos troupes, nos bases, nos installations et nos alliés en Europe". 

M. Gates et la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, ont tenté jeudi de convaincre le Sénat que le nouveau traité START de désarmement nucléaire n'affaiblirait pas les plans de defense antimissile des Etats-Unis.

Le nouveau traité START prévoit d'importantes réductions des arsenaux nucléaires des Etats-Unis et de la Russie. Mais cette dernière a dit se réserver le droit de se retirer du traité si Washington poursuit le déploiement de systèmes antimissile en Europe de l'Est d'une manière qui ne conviendrait pas à Moscou.

AFP

17 juin


1-7 Nada Raad : Bouclier américain en Europe: se défendre pour attaquer Téhéran??

Les Etats-Unis jouent au conseiller sage sur la scène internationale.

Ayant réussi à durcir les sanctions sur l'Iran, Washington voudrait-elle rallier encore plus le continent européen à sa politique belliqueuse.

Quel sera alors le meilleur stratagème à adopter autre que de susciter la peur des Européens, notamment russes, quant aux intentions iraniennes?
"L'Iran est capable de lancer une attaque contre l'Europe au moyen de dizaines ou même de centaines de missiles, ce qui a conduit les Etats-Unis à revoir son système de Defense antimissile", a lancé jeudi le secrétaire américain à la guerre , Robert Gates devant le Sénat.   
Premièrement, ce responsable de guerre- (bien de guerre parce que les Etats-Unis déclenchent les guerres dans des régions trop éloignées de leurs terres, donc pas besoin de Defense nationale chez eux)- a averti toute "l'Europe" des dangers militaires iraniens.
Deuxièmement, il a justifié à son pays l'installation de bouclier de Defense antimissile, jusque là controversé et contesté par
la Russie.   
 "Un des éléments fourni par les renseignements qui a contribué à la décision de changer de système de Defense antimissile a été de prendre conscience que si l'Iran devait lancer une attaque de missiles contre l'Europe, il ne s'agirait pas de seulement un ou deux missiles ou même d'une poignée", a dit Gates lors d'une audition au Sénat .   
"Il s'agirait plutôt d'une salve, dans laquelle on aurait potentiellement affaire à des dizaines ou même des centaines de missiles", a-t-il assuré, ajoutant qu'il soutenait le nouveau projet "capable de protéger nos troupes, nos bases, nos installations et nos alliés en Europe ".    
Simultanément à ces assertions, un sondage a été publié par l'institut américain Pew Research Center, reflètant une soi-disant orientation nouvelle de l'opinion publique en faveur de prendre l'initative de lancer frappe contre l'Iran et non pas de se défendre. 
Selon cette enquête menée dans 22 pays, les Américains sont les plus enclins à un recours aux armes contre Téhéran, 66% d'entre eux jugeant que le plus important est "d'empêcher l'Iran de mettre au point des armes nucléaires", contre 24% qui jugent préférable "d'éviter un conflit armé".
Les Français apparaissent ensuite comme les plus belliqueux (59% contre 41%). Les Allemands (51% contre 39%) et les Britanniques (48% contre 37%) semblent plus partagés.
Mais les Turcs sont d'un avis contraire (37% pour éviter un conflit, 29% pour interdire l'arme nucléaire à l'Iran), de même que les Pakistanais (34% contre 21%). Les Russes sont partagés (32% dans chaque camp) tandis que les Chinois sont contre un conflit par 43% contre 35%.  
Ainsi, les Etats-Unis n'installent pas de bouclier en Europe pour se défendre, mais pour préparer une offensive contre
la République Islamique.

Nada Raad

18 Juin

http://www.almanar.com.lb

 

Vaste offensive au moins psychologique... Pas sûr que c'est uniquement pour forcer la main de l'Europe à 'acheter' le bouclier antimissile US.

Voici une bien grosse salve de propagande  sur ce site sioniste (le bien nommé desinfos.com), qui n'hésite pas à ressortir les vannes usées de la menace des "missiles chimiques ou biologiques", à l'irakienne

Convoi de navires de guerre à travers le Canal de Suez, pour protéger contre elle-même une Europe vindicative,... mais sans défense patente contre les missiles iraniens


1-8 Marc Brzustowski : Convoi de navires de guerre à travers le Canal de Suez, pour protéger contre elle-même une Europe vindicative,... mais sans défense patente contre les missiles iraniens.

Des sources maritimes de la ville de Suez ont révélé au journal al Qods al-Arabi, basé à Londres, qu’elles ont observé un vaste mouvement de 12 navires de guerre, 11 américains et un douzième, identifié comme israélien, franchir le canal vers la Mer Rouge, ce vendredi 18 juin. Le trafic régulier, la pêche et la circulation d’une rive à l’autre ont été interrompus pour permettre le passage de cette flotte menée par l’USS Harry Truman, ses 60 avions de chasse et 600 marins. Les témoins ont évoqué l’une des armadas les plus étoffées aperçues depuis des années. Les personnalités de l’opposition au régime Moubarak en Egypte ont vivement protesté contre cette coopération avec les Etats-Unis et Israël, alors que l’Iran, épaulé par Erdogan, poursuit ses provocations contre la Communauté Internationale. 

La veille, jeudi 17, Robert Gates, le Ministre américain de la Défense, annonçait que les USA devaient réviser drastiquement leurs plans de défense anti-missiles du continent Européen. Des renseignements lui sont parvenus, selon lesquels l’Iran pourrait chercher, dès aujourd’hui, à tirer des « salves de missiles » par centaines contre l’Europe. Cette option pour la démultiplication de tirs simultanés rompt avec les perspectives développées jusqu’à présent par les stratèges américains, de devoir contenir des menaces graves, mais limitées à quelques tirs d’ogives isolées. Les Etats-Unis ne pourront réellement parer à un tel danger éventuel qu’à partir de 2018-2020. L’OTAN ne dispose pas, à cette heure, de défense efficace contre ce genre d’agression préméditée.

A très court terme, l’Europe se trouve donc dans la ligne de mire de l’Iran, sans doute de façon moins « prioritaire », mais non moins exposée qu’Israël, vivant à portée de missiles et roquettes diverses en constante augmentation au cours des dernières années.

Le lien s’établit naturellement entre cette mise en garde de la hiérarchie américaine et le déploiement actuel en Mer rouge. De son côté, Téhéran a rétorqué de l’emploi "défensif", c’est-à-dire dissuasif de ces missiles pointés. L’Europe ne menace l’Iran qu’à travers des sanctions économiques, d’ailleurs remises à juillet prochain. Il s’agit donc d’intimider Bruxelles, Paris, Berlin, Rome…, tout en promettant des représailles, en cas de frappes des installations nucléaires iraniennes.

 

Ce constat dramatique intervient à l’issue de deux crises récentes :

- l’affaire des missiles Scuds présumés transmis ou en voie de l’être, par la Syrie au Hezbollah, sans qu’aucune mesure tangible ait été arrêtée. 

- Et, d’autre part, le net retournement de tendance diplomatique d’un membre de l’OTAN, la Turquie, favorable à la progression de l’influence iranienne à Gaza et au Levant.

 

L’affaire de la « flottille pour Gaza » et le large écho consensuel contre Israël qui en a résulté, notamment en Europe, apparaît, ici, jouer contre les intérêts du vieux continent, à portée de missiles chimiques ou biologiques, demain, nucléaires, tirés par les alliés de l’Iran ou par lui-même. 

D’après Jean Tsadik, de Menapress, seul le Hetz III israélien, largement opérationnel et répandu dans les unités de Tsahal, serait en mesure de contrer des tirs de salves simultanées du type d’engins en possession des affiliés à Téhéran. A force d’abonder dans le sens des agressions diplomatiques turques contre Jérusalem, l’Europe ne se met à l’abri que de façon purement conjuratoire contre les nouvelles menaces qu’elle ignorait largement la veille. L’alerte lancée par l’ancien premier ministre espagnol, José Maria Aznar, dès le jeudi 17, selon laquelle si Israël tombe, ses alliés occidentaux le suivraient de près dans cet effondrement, est, dans ce cadre, saisissante d’à propos.

 

L’action de l’OTAN se trouve doublement verrouillée par deux de ses alliés supposés : 

- à cause des incertitudes qui émanent d’Ankara, depuis que la Turquie s’aligne de façon ostentatoire sur la politique décidée par les Mollahs

- et par celles résultant d’un récent rapport quant aux manipulations des Talibans Afghans par l’ISI pakistanais.

La semaine passée, un exposé de la London School of Economics accusait l’Armée, les Services de renseignement et même les membres du gouvernement pakistanais d’apporter leur soutien aux insurgés afghans. Cette interdépendance y serait si puissante que plusieurs conseils ou Shuras talibanes, dont celle de Quetta, seraient sous le contrôle direct de l’ISI. Cela concernerait aussi bien des officiers d’active que des retraités disposant d’une autonomie considérable pour agir à leur guise. Le Premier Ministre en personne, Ali Zardari aurait promis leur libération prochaine à des dirigeants emprisonnés, dès que « cela serait politiquement possible ». C’est-à-dire, dès que les Occidentaux auront les yeux tournés ailleurs. Et ce ne sont pas les sujets de "distraction" qui manquent, si l’on peut dire. On se souvient que l’ISI a été in-directement impliqué, par l’entremise du Lashkar e-Taïba, dans les attentats anti-indiens, comme ceux de Mumbaï en 2008.

Le même Pakistan est soupçonné d’avoir trahi le chef légendaire du Jundallah, Abdelmalek Rigi. Il avait été arrêté dans un avion détourné en provenance de Dubaï et en direction du Kirghizistan, par un commando iranien, en février dernier. Après des mois d’interrogatoire et des aveux obtenus sous la torture. Rigi a été pendu pour avoir organisé des attentats mortels contre le haut du panier de crabes des Pasdaran et fortement déstabilisé, durant des années le régime des Ayatollahs. Le Kirghizistan recèle une base d’approvisionnement américaine importante pour les forces présentes en Afghanistan. Les troubles ethniques qui s’y déroulent sont une source permanente d’inquiétude pour le devenir de cette source de ravitaillement. La construction récente d’un tronçon ferroviaire traversant l’Ouzbékistan, doit, précisément, permettre de contourner les voies pakistanaises et afghanes du Khyber, devenues dangereuses... et pour cause. 

Les chefs de l’état-major de l’Otan en Afghanistan ont démontré, photos d’armements à l’appui, que l’Iran arme, finance et entraîne des Talibans. De l’autre côté, ceux-ci bénéficient de la bienveillance de l’armée et de l’establishment pakistanais. Encore ce mois-ci, un contrat gazier est signé, ce mois-ci, entre l’Iran et le Pakistan pour la livraison de 21, 5 millions de m3 par jour, à partir de 2014. On est saisi de vertige, face à cette complicité à peine dissimulée, n’attendant que la défaite des forces coalisées. Quand elle ne l’alimente pas directement, lors d’attentats qualitatifs particulièrement meurtriers contre les troupes stationnées ou leurs moyens logistiques.

Durant ce temps, plus au nord, dans la sphère d’influence américaine, l’armée turque prend pour cible les villages kurdes de la région d’Irbil, en plein Kurdistan irakien. Lors d’un bombardement de plus de 90 minutes, une jeune adolescente a été tuée, ce jour, alors que sa mère et son petit frère de 3 ans étaient blessés. Ankara prétend ainsi -en prenant les villages civils pour cible- répliquer aux attaques du PKK, qui se multiplient ces dernières semaines. L’une d’entre elles s’est soldée par la perte de 12 soldats de l’armée régulière turque et de dix membres du groupe insurrectionnel kurde. La stratégie suivie consiste, quant à elle, à faire place nette pour permettre la montée en puissance d’un marché commun entre la frontière sud-est de la Turquie, bassin des populations kurdes, le nord-Ouest de l’Iran et le Kurdistan irakien, bientôt débarrassé des Américains… et de leurs alliés, qui refuseront de se soumettre aux intérêts souverains du nouvel empire du Levant ? 

Force est de constater que la stratégie de repli préconisée par l’Administration Obama au Moyen-Orient et son incapacité structurelle à triompher en Asie centrale, tant que ses "alliés" à géométrie variable ne joueront pas selon les règles du jeu élaborées à la Maison Blanche, est menacée de bien des craquements. Elle risque même de tourner au fiasco, dont on est encore loin d’imaginer les conséquences désastreuses, si Obama ne révise pas radicalement son approche de "l’alliance des civilisations"...

 Marc Brzustowski pour http://lessakele.over-blog.fr et www.aschkel.info

lundi 21 juin 2010

http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=19304


1-9 Chems Eddine Chitour : Mossadegh, Ahmadinejad : 60 ans après, l’histoire se répète...

« La dissimulation est aux affaires ce que l’alliage est à la monnaie : un peu est nécessaire, trop la discrédite »
Proverbe iranien

Il y a près de 60 ans, le 19 août 1953 Mossadegh était sacrifié par le Shah d’Iran pour s’être opposé aux multinationales anglaises et américaines.

Les Britanniques lui reprochent d’avoir nationalisé les gisements pétroliers d’Iran.

Nationaliste farouche, il rejette une offre de l’Anglo-Iranian Oil Company de partager par moitié les profits et, dès le 1er mai 1951, fait voter la nationalisation.

Le Royaume-Uni menace en représailles de saisir les « bateaux pirates » transportant du « pétrole rouge ». Les marchés occidentaux se ferment au pétrole iranien, occasionnant une grave crise dans le pays et un conflit aigu entre le Premier ministre et le souverain, Réza Pahlévi.

En août 1953, Mossadegh dissout le Majlis. Mais le 16 août 1953, Mohammed Réza shah envoie ses gardes au domicile de son Premier ministre pour l’arrêter.

Surprise ! Les gardes de Mossadegh désarment ceux du roi... et ce dernier doit fuir son pays pour l’Italie dans la précipitation.

Dans les deux jours qui suivent, les habitants de Téhéran manifestent bruyamment leur joie et déboulonnent les statues du shah. Le shah déchu peut heureusement faire confiance aux services secrets occidentaux. La CIA américaine et le MI6 britannique apportent leur soutien au général Fazlollah Zahedi qui organise le 19 août un coup d’État dans les règles.

La résidence de Mossadegh est bombardée et le Premier ministre ne doit son salut qu’à une fuite par une échelle.

Le shah peut bientôt revenir et faire juger Mossadegh.

Celui-ci est condamné à mort. Les compagnies pétrolières retrouvent leurs biens et tout rentre dans l’ordre ! Un détail : l’Anglo-Iranian Oil Company devient la British Petroleum (BP).

L’éviction de Mossadegh consacre l’échec de la première tentative d’un pays du tiers monde d’acquérir la maîtrise de ses richesses naturelles.(1)

Le remake

Près de 60 ans plus tard, toujours pour l’énergie, Ahmadinejad est en train de subir une déstabilisation programmée qui risque de l’emporter au profit d’un gouvernement plus « ouvert », plus conciliant bref qui fait ce que l’Occident exige de faire, à commencer par arrêter son programme nucléaire.

Mercredi 9 juin, ce même Occident a réussi à faire passer une quatrième résolution imposant des sanctions encore plus drastiques contre l’Iran. Comment les membres du Conseil de sécurité ont voté tout en rappelant qu’il faut 9 votes pour valider une résolution, les voix des cinq membres comprises (pas de véto). Effectivement, 12 pays ont voté pour, une abstention, le Liban, deux pays ont voté contre la résolution, il s’agit des parrains de l’accord de Téhéran arraché à l’Iran et qui reprend dans ses grandes lignes les conditions américaines.

Les autres pays ont tous voté pour y compris le président du Conseil de sécurité, en l’occurrence, l’ambassadeur du Mexique. Cette résolution est passée parce que deux pays, en l’occurrence la Chine et la Russie ont « lâché » l’Iran.

D’abord, la Chine, ce revers dans la position est à première vue incompréhensible, la Chine a besoin de beaucoup de pétrole et de gaz de la part de l’Iran. De plus, le commerce entre les deux pays est florissant : 7 milliards de dollars en 2005, 30 milliards de dollars en 2009 et une prévision de 50 milliards de dollars prochainement. Une explication est donnée. Si on sait que la Chine a pesé le pour et le contre, elle tient au commerce avec l’Iran, mais elle tient encore plus à ses relations avec les Etats-Unis. Peut-être même que la Chine a reçu des assurances qu’en cas de conflit, l’Arabie Saoudite sera là pour ravitailler sur instruction des Etats-Unis. « L’Iran doit accorder la plus grande attention à la décision du Conseil de sécurité », écrit le quotidien officiel d’informations internationales Huanqiu Shibao,(..) C’est là où le rôle de la Chine en tant que « facteur d’équilibre » est particulièrement important.(...) Sur la question nucléaire iranienne, la position chinoise n’a pas changé. « La Chine continue de s’opposer à la prolifération nucléaire, tout en incitant toutes les parties à ne pas quitter la table des négociations. Alors qu’elle ne pouvait faire autrement que d’accepter les sanctions. (...) La Chine ne se défausse pas et ne renie pas ses principes, mais c’est en grand pays politique qu’elle fait face à une situation de crise. » (2)

S’agissant de la Russie, sa solidarité avec l’Iran n’a jamais été totale.

Certes, la Russie construit la centrale nucléaire de Bouchehr depuis dix ans. Certes, la Russie arme l’Iran, mais il ne faut pas oublier l’histoire au début du XXe siècle le mouvement des « réformateurs perses », qui voulait propulser dans la modernité, a été contrecarré dans son action par les puissances occidentales et la Russie tsariste ! C’est alors que les convoitises suscitées par le pétrole allaient se faire jour, en particulier dès la fin de la Première Guerre mondiale, lors des grands bouleversements territoriaux qui allaient en découler. La désagrégation de l’Empire ottoman fut incontestablement l’élément majeur des grandes transformations de la géopolitique du Proche et du Moyen-Orient. Le protectorat britannique fut imposé en 1919. Il n’empêche que jamais l’Iran ne fut autant convoité et manipulé par les puissances occidentales et les Soviétiques, tout à la fois à cause de son pétrole et de sa situation géostratégique.

Pour revenir aux deux pays qui ont voté contre pour la première fois, le Brésil et la Turquie, qui ont œuvré à une médiation dans ce contentieux, par l’accord le 17 mai 2010 à Téhéran, accord qui stipule en gros, l’acceptation de l’Iran des exigences des Américains et de leurs alliés, les réactions de ces deux pays sont différentes. Au Brésil, des voix s’élèvent contre la gestion de cette « affaire ». « En votant le 9 juin à l’ONU contre les sanctions imposées à l’Iran, le Brésil a commis une erreur lourde de conséquences pour son avenir, affirme l’expert brésilien des relations internationales Heni Ozi Cukier. La position du Brésil est étrange, à contre-courant de ce qui se passe dans le monde. Même les pays alliés de l’Iran ont pris position pour les sanctions. Le Brésil et la Turquie sont entrés dans la discussion sans en comprendre véritablement les enjeux. Il est bien clair désormais que l’accord brésilien [signé avec l’Iran] n’a aucune valeur et que le Brésil s’est trompé. (...) Les deux pays ont voulu être leaders sur une question sans en avoir la capacité. Je dirais que le Brésil a amoindri ses chances d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Autrement dit, en soutenant l’Iran, le Brésil va à contre-courant de tout ce qu’il est par essence et de ce qu’il essaie d’obtenir politiquement, c’est-à-dire le siège de membre permanent. »(3)

En clair, c’est le sauve-qui-peut ! Le Brésil officiel se tait. En l’espace de 10 jours, la Turquie vient de subir deux revers, d’abord, l’abordage de son bateau, le meurtre de ses 9 ressortissants dans l’impunité la plus totale et, le fait que sa coproposition pour le règlement de la crise iranienne n’est même pas examinée. Nul doute que la Turquie devra réévaluer ses relations avec l’Iran, la cause palestinienne si elle veut encore s’accrocher au wagon de l’Occident

Le président Mahmoud Ahmadinejad a jugé la nouvelle résolution de l’ONU « sans valeur », ajoutant qu‘« elle pouvait être mise à la poubelle ». Alors qu’une partie de la presse officielle iranienne a choisi de passer les sanctions sous silence, d’autres journaux s’en prennent violemment aux Occidentaux. « Il nous semblait écrit Hamid Amidi du quotidien conservateur iranien Kayhan , que les pays occidentaux se donneraient le mal d’étudier sérieusement l’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran, le Brésil et la Turquie Mais ils n’ont fait que donner une réponse à la va-vite, quelques heures avant de voter une nouvelle résolution contre la République islamique aux Nations unies. Cela montre aussi le peu de valeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea) et son absence de poids face au Conseil de sécurité. »(4)

Pour rappel, la résolution votée très coercitive, prévoit, notamment des mesures contre des banques iraniennes à l’étranger qui pourraient être soupçonnées de liens avec des programmes nucléaires ou militaires. Elle appelle également, à une vigilance accrue à l’égard de toutes les banques iraniennes, y compris la banque centrale d’Iran. Elle prolonge l’embargo de l’ONU sur les ventes d’armes à Téhéran et établit une liste noire d’entreprises et d’individus visés par les sanctions.

Des intérêts divergents

Dans la « question iranienne », écrivent Manlio Dinucci et Tommasco Di Franscesco, sont ainsi en jeu des intérêts divers et opposés. Il y a la Turquie, laquelle, avec sa position géostratégique entre Moyen-Orient et Europe, ne veut plus être un simple homme de troupe des Etats-Unis mais aspire à un rôle autonome de plus grand poids. Faisant référence aux Etats-Unis, le président turc Erdogan a déclaré : « Nous en sommes au moment où il s’agit de discuter si nous croyons à la supériorité de la loi ou à la loi des supérieurs. S’ils ont encore des armes nucléaires, quelle crédibilité ont-ils pour demander à d’autres de ne pas en avoir ?. » La Russie est en train de faire de même : Gazprom a signé en mars dernier un gros contrat avec la société iranienne Nioc. S’insère dans ce cadre la « guerre des oléoducs et des gazoducs » qui décidera, à travers quels corridors énergétiques le pétrole et le gaz de la Caspienne doivent être transportés vers les pays consommateurs. » (5)

Pour rappel, le 12 juin marque l’anniversaire de la « révolution verte » téléguidée par l’Occident. Les réformateurs représentés par M.Moussavi et M.Karoubi sont toujours restés fidèles à une évolution dans le cadre du régime islamique et ne souhaitent pas renverser le régime. Avec du recul, on peut penser que l’Iran s’oriente à petits pas vers l’après-Ahmadinejad.(6)

On l’aura compris, même si Ahmadinejad tombe, les suivants continueraient sur la ligne théocratique et aucun ne se permettrait de remettre en cause le programme nucléaire qui fait l’objet d’un large consensus de la société.

Pour Thomas Erdbrink, du Washington Post, « avec le scrutin du 12 juin 2009, l’Iran a connu un véritable séisme. (...) Le peuple iranien lutte depuis un siècle pour mettre en place une forme de gouvernement représentatif. La moindre des choses que les Occidentaux peuvent faire pour le soutenir, c’est de ne pas succomber à leurs impulsions punitives. (...)

Ni la pacification de l’Irak, ni l’apaisement de l’Afghanistan, ni le rapprochement entre Israéliens et Palestiniens ne pourront se faire sans une intervention de l’Iran. Depuis les années 1930, si ce n’est plus, l’Iran avance en zigzaguant entre une occidentalisation à marche forcée et une théocratisation imposée d’une main de fer, interdisant le port du voile, puis le rendant obligatoire, mettant en place un pluralisme avant de l’écraser, ouvrant la société avant de la fermer à double tour. Il est temps pour les Etats-Unis d’aider l’Iran à sortir de son isolement. Mais ce ne seront pas des sanctions vides de sens qui pourront le faire, encore moins des bombes. »(7)

Même approche du journal The Boston Globe. « Un Iran nucléarisé virtuellement, à l’instar des grandes puissances (Allemagne, Japon), pourrait satisfaire les dirigeants iraniens. De plus en plus nombreux sont ceux qui, à Washington, se résignent à l’idée de voir Téhéran capable de fabriquer une bombe atomique. Et envisagent une politique intégrant un tel développement. Tôt ou tard, l’Iran disposera des moyens nécessaires à la fabrication d’armes nucléaires. Pour les Etats-Unis et leurs alliés, le défi est aujourd’hui de composer avec cette réalité, aussi déplaisante soit-elle. Fin avril, The New York Times a rendu publique une note de service confidentielle dans laquelle le ministre de la Defense, Robert Gates, expliquait en substance que les Etats-Unis n’avaient pas de stratégie efficace à long terme pour contrer les ambitions nucléaires de Téhéran. Dans ce contexte, si la stratégie des sanctions échoue, il n’y a plus que deux options : soit lancer une opération militaire, soit se faire à l’idée que l’Iran possède la bombe atomique. La plupart des experts s’accordent à dire qu’une opération militaire ne ferait, au mieux, que retarder de quelques années tout au plus l’acquisition de la bombe par Téhéran. (...) »

« Par ailleurs, ouvrir un nouveau front contre un pays musulman serait la dernière chose que les Etats-Unis peuvent se permettre, tant sur le plan politique qu’économique, ce dont Robert Gates est parfaitement conscient. (...)

La seconde possibilité consiste donc à apprendre à vivre avec un Iran disposant de l’arme nucléaire. La secrétaire d’Etat, Hillary Clinton a, par exemple, laissé échapper, il y a quelque temps, que les Etats-Unis pourraient étendre leur bouclier nucléaire au-dessus de nos alliés du Moyen-Orient, comme nous l’avons déjà fait avec le Japon, afin de les dissuader de fabriquer leur propre bombe.

Les Iraniens ne sont pas suicidaires. Ils savent qu’Israël possède des centaines d’armes nucléaires. L’Iran peut être contenu, comme l’a été l’Union soviétique. (...) En réalité, la meilleure chose que nous puissions faire est de chercher à convaincre l’Iran d’opter pour un statut de puissance nucléaire « virtuelle » : cela signifie que le pays disposerait de la capacité nucléaire, mais ne fabriquerait pas de bombe. Cette solution serait satisfaisante pour l’orgueil national - un paramètre dont l’importance est trop souvent sous-estimée - et la volonté iranienne de se doter d’un moyen de dissuasion face à de nouvelles menaces. » (8)

En fait, nous pensons que l’Iran d’Ahmadinejad, continuera à se battre pour ce qu’elle pense être son bon droit, d’autant que l’Occident est très mal placé pour dicter la norme. Quand il s’agit de punir les faibles, l’Occident se légitime en convoquant la communauté internationale. Quand il s’agit d’Israël, la communauté internationale est priée de se taire. Pour la boucherie contre des humanitaires, pas de vote du Conseil de sécurité ! Israël sort indemne, aucune sanction contre elle. Mieux encore si on doutait de son impunité, d’après le Times du 1er juin, dans l’illégalité la plus totale, Israël pré-positionne des submersibles équipés d’armes nucléaires offerts par l’Allemagne au large des côtes iraniennes au cas où... Plus jamais il ne faut traiter comme quantité négligeable des petits pays par la population mais puissants par leur savoir . « Koumcha nhal khir man chouari dhabbane » !! « Une poignée d’abeille vaut beaucoup mieux que des couffins de mouches » dit un proverbe du terroir algérien. Le mythe de David et Goliath a vécu. Périssent les faibles et les ratés disait Nietzsche. Il n’est plus question de valeurs, de dignité humaine, seule compte la force . Ainsi va le Monde.

Pr Chems Eddine CHITOUR
Ecole Polytechnique enp.edu.dz

13 juin 2010

http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4609



2 Annexe

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

2-1 La Turquie s’éloigne de l’Occident, comme le reste du monde.

La Turquie et toutes les nations émergentes, rendues confiantes par leurs succès économiques, s’émancipent d’une tutelle occidentale moralisatrice de plus en plus mal supportée, écrit l’éditorialiste Semih Idiz, dans le quotidien turc Hurriyet. « Cette attitude à l’égard de l’Occident n’est à l’évidence pas spécifique aux Turcs. De la Russie à l’Inde, de la Chine à l’Afrique on assiste à une réaction croissante et forte contre l’Occident. Certains parlent d’un retour de bâton « post-colonial. », constate-t-il, --- Ce texte, écrit avant l’assaut israélien, qui met en perspective l’initiative de la Turquie et du Brésil dans le dossier iranien, souligne tout en le déplorant l’aveuglement apparent de l’occident sur les forces à l’œuvre. La séquence à laquelle nous venons d’assister illustre la distance croissante entre le monde qui nait et la façon dont il continue d’être perçu à l’ouest. Lorsque la Turquie, jusqu’alors fermement arrimée à l’OTAN, et le Brésil, peu suspect de complaisance islamique, offrent une solution avec l’appui de la Russie à une crise diplomatique qui risque en permanence de dégénérer en conflit ouvert, l’Ouest, loin de se réjouir de voir le dossier avancer, n’a montré qu’embarras et méfiance. Comment ne pas voir dans cette réaction une forme du mépris arrogant à l’égard de nations considérées comme de second rang, non habilitées à traiter des affaires du monde ? Le dessin de Plantu publié à l’occasion - que nous percevons comme profondément insultant - l’illustrait on ne peut plus crûment, avec ses chefs d’Etats caricaturés en trois singes, l’un dément, l’autre aveugle et le dernier sourd. Ce qui nous échappe, tant il est difficile de se défaire des réflexes de dominants, d’entamer un dialogue constructif et respectueux entre égaux, c’est que vu d’Istamboul, de Brasilia et d’ailleurs, l’occident n’est plus la condition sine qua non de la solution mais une partie du problème. Ce qui pour nous relève de l’exigence indiscutable - au nom d’une morale irréprochable, comme de bien entendu - est perçu comme l’alibi déguisant une volonté de puissance appartenant à un passé révolu, ou au mieux, pour les plus indulgents dont fait partie Semih Idiz, une rigidité contre productive. L’assaut sur la flottille turque, dans ce contexte, apporte une nouvelle pièce à un acte d’accusation déjà lourd. Israël, qui se vit comme un fortin occidental fiché au cœur d’un monde « barbaresque », porte à leur paroxysme tous les maux de l’ancienne domination coloniale, et résume la détestable injustice d’un ordre tout aussi ancien, qui refuse - ou est incapable - de se réformer. Les innombrables dénégations quant au rôle central du conflit israélo-palestinien n’y peuvent mais. Car si les voix ne manquent pas pour proposer une analyse en termes « culturels » sous l’aspect d’un différent avec un Islam forcément rétrograde et extrémiste, à l’échelle de la scène mondiale les querelles bibliques et leurs prolongations contemporaines relèvent au plus d’étranges et lointaines traditions exotiques. Mais reste un problème, bien réel lui, qui menace la paix et la stabilité du monde, et face auquel l’occident continue de pratiquer un deux poids deux mesures non seulement injustifiable mais d’abord et avant tout dangereux, frisant l’irresponsabilité. Comment s’étonner, dès lors, que d’aucuns tentent de contourner les blocages - et les blocus - nouent des liens et prennent des initiatives, dans une superbe indifférence à nos critères ? Contre Info.

Semih Idiz,

 Hurriyet Daily,

31 mai 2010 

Source : ContreInfo

lundi 21 juin 2010, par Comité Valmy


2-2 « Le monde post-américain et l’essor du reste du monde. »

Le best-seller de Fareed Zakaria titré « Le monde post-américain et l’essor du reste du monde. » est une lecture fascinante, un livre prémonitoire.

La question de l’Iran s’inscrit parfaitement dans cette perspective. Le problème va bien au delà des actuelles ambitions nucléaires de Téhéran. Cette affaire est en train de se transformer en une impasse qui dessine une nouvelle division du monde.

Cette division peut être caractérisée ainsi : « L’Occident et le Reste du monde, » pour reprendre l’expression de Zakaria. Le développement de pays comme l’Inde, la Chine, le Brésil et la Russie - en d’autres termes « le Reste » - dessine un nouveau paysage mondial qui ne répond pas aux vœux de l’Occident.

La Turquie, qui connait également une croissance rapide, montre des tendances plus en plus marquées en direction du « Reste », et moins vers « l’Occident ». Ceci est interprété comme par certains en Europe et aux États-Unis comme une « islamisation de la politique étrangère turque », mais cette évolution pointe vers quelque chose de bien plus significatif.

L’émergence de ce nouvel ordre mondial ne constitue bien évidemment pas une surprise. Il était prévu par ceux qui sont suffisamment compétents pour en déceler les signes avant-coureurs. Nombre d’historiens occidentaux, d’économistes, et des chercheurs en sciences humaines ont décrit ce processus depuis un certain temps.

Quelques noms viennent immédiatement à l’esprit, notamment ceux de Walter Laqueur (« Les derniers jours de l’Europe : une épitaphe pour le vieux continent »), Joseph E. Stiglitz (« La Grande Désillusion »), et Zakaria, mentionné ci-dessus.

Même un Timothy Garton Ash, apparemment optimiste dans « Monde Libre : l’Amérique, l’Europe et le futur inattendu de l’occident » décrit ce qui se adviendra si le lien de transatlantique n’est pas renforcé dans toutes ses dimensions, ce qui est bien sûr plus facile à dire qu’à faire, comme l’admet l’auteur.

Dans le même temps, l’anti-occidentalisme en général et particulièrement l’anti-américanisme deviennent de plus en plus palpable chez les Turcs. Rester partisan de l’orientation occidentale de la Turquie dans ce climat devient un défi pour une élite minoritaire. Mais l’éloignement de la Turquie des États-Unis et de l’Europe n’est pas quelque chose qui inquiète les Turcs dans leur majorité.

Cette attitude à l’égard de l’Occident n’est à l’évidence pas spécifique aux Turcs. De la Russie à l’Inde, de la Chine à l’Afrique on assiste à une réaction croissante et forte contre l’Occident. Certains parlent d’un retour de bâton « post-colonial. »

Roberto Fao, un doctorant à l’Université d’Harvard qui a écrit pour le Financial Times, a travaillé à la Banque Mondiale et été consultant pour des projets gouvernementaux, propose des vues intéressantes sur la question.

Dans une tribune publiée par EUobserver.com le 25 mai, M. Fao affirme que les Européens doivent aujourd’hui « se demander pourquoi ils provoquent si peu de respect dans le monde. » Il cite Kishore Mahbubani, le doyen de la Lee Kwan Yew School of International Affairs de Singapour, qui soutient que l’Europe ne comprend pas à « quel point elle devient peu pertinente pour le reste du monde. »

M. Fao rappelle également que Richard Haas, le président du Council on Foreign Relations, a déclaré publiquement « adieu à l’Europe en tant que puissance de haut rang. » M Fao ne croit cependant pas que l’on puisse négliger cette situation, en n’y voyant qu’une simple « jalousie » de la part des non-européens.

« Au contraire », écrit-il, « j’y discerne une vérité plus dérangeante. Les pays du monde entier ne supportent plus depuis longtemps l’ingérence et les leçons de morale de l’occident, et ont acquis assez de confiance pour parler haut face à une Europe dont l’influence mondiale n’est plus considérée comme assurée ».

Dans son livre, Zakaria parle de la même « confiance » que des nations ont gagnée face aux États-Unis, avec quelques raisons pour ce faire.

« Les plus grandes tours, les plus grands barrages, les films à succès, et les téléphones mobiles les plus sophistiqués sont tous réalisés désormais à l’extérieur de l’Europe et les États-Unis », note-t-il, en ajoutant que « les pays qui manquaient par le passé de confiance politique et de fierté nationale les acquièrent. »

A la suite du monde bipolaire, le monde unipolaire semble lui aussi en train de s’effondrer, donnant naissance à un monde multipolaire où les possibilités de « l’Occident » sont en déclin, tandis que celles du « Reste » augmentent progressivement.

De fait, si l’Iran doit bien sûr être empêché d’obtenir une arme nucléaire - tout comme Israël et tous les autres devraient être obligés de mettre fin à leurs programmes et d’abandonner leurs stocks d’armes nucléaires existants - l’enjeu va bien au-delà.

Il s’agit d’un nouvel ordre qui va exiger des réponses très différentes à ce que nous connaissons aujourd’hui, si l’on veut que les problèmes brulants ne mènent pas à des affrontements dont personne ne sortira gagnant au bout du compte.

http://www.comite-valmy.org:80/spip.php?article712

 

 



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19


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