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23/07/2010

n°50 - Géopolitique & stratégie d'Iran - 21-07 : - Fin -: Le G-8, un anti-iranisme patent.

n°50 - Géopolitique & stratégie d'Iran - 21-07 : - Fin  -:     Le G-8, un anti-iranisme patent. 



Géopolitique & stratégie d'Iran

           n°50 du 21-07                                     C.De Broeder & M.Lemaire



Le dossier « Géopolitique et Stratégie d’Iran » est visible sur les blogs :

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 


Sommaire :  

2 Annexe

2-1 Le Moyen Orient : De l’Iran au Monde arabe et à la Palestine .

2-2 Semih Idiz : La Turquie s’éloigne de l’Occident, comme le reste du monde.

2-3 Pepe Escobar : Washington est préoccupé par les nouveaux blocs contre-hégémoniques.


2 Annexe

2-1 Le Moyen Orient : De l’Iran au Monde arabe et à la Palestine

Durant les deux mois passés, le Moyen Orient a vécu des développements rapides et imprévus, pour certains d’entre eux. Nous notons cela parce que nous pensons que ces nouveaux développements ne manqueraient pas de provoquer un nouveau rapport de forces, surtout à la lumière du dernier crime contre l’humanité commis par Israël à l’encontre de ressortissants turcs et autres, mais aussi des déboires de la guerre menée soi-disant contre le terrorisme en Afghanistan et des nouvelles sanctions prises contre l’Iran.

Les développements les plus significatifs peuvent se résumer dans les points suivants :

1-Israël poursuit son escalade contre l’Iran et le Liban, poussant les Etats-Unis à prendre des mesures plus restrictives contre ce qu’il appelle « l’infiltration iranienne » vers les frontières israélo-libanaise, tant à travers les positions prises par la Syrie que par la présence des militants du Hezbollah et des armes « nouvelles » qu’il détient… Et, si nous ajoutons à cela les articles parus dernièrement dans les journaux américains à propos d’une possible attaque israélienne qui se prépare (à partir de certaines bases de l’OTAN en Géorgie) ou, encore, les manœuvres qui ont eu lieu, au milieu du mois de mai près de la frontière Sud du Liban, ou, enfin, les menaces lancées par Tel Aviv contre le Liban à la suite de la découverte du pétrole dans les eaux territoriales libanaises, nous pouvons dire que les possibilités d’une agression sont devenues très claires, même si certains milieux dirigeants israéliens essaient de montrer une patte de velours envers la Syrie en appelant, selon « Maariv », au retour des négociations bilatérales et, même, à un traité de paix avec Damas afin de l’extirper de « l’axe du mal,  d’isoler le Hezbollah et de sauver le Liban ». Ces milieux, toujours selon « Maariv », partent  d’un état de fait qui dit que « l’axe des pays tempérés [entendre : à la solde de Washington] s’est écroulé et que tous se trouvent au pied du mur, craignant ce qui pourrait se passer ».

2-D’un autre côté, il est nécessaire de faire le point sur les points cumulés par le régime syrien dans le face-à-face qui l’oppose à Israël. Le président syrien Bachar Assad a pu obtenir de nouvelles armes, dont des bombardiers, sophistiquées en provenance de la Russie dont e président, en visite dans la région, avait déclaré que son pays ne « croisera pas les bras si le Moyen Orient est soumis à une nouvelle agression ». Medvedev a, de plus, assené un second coup dur à Washington et à Tel Aviv en rencontrant Khaled Meshaal, représentant du Hamas, et en déclarant ouvertement son appui à la nouvelle coalition économique formée par la Syrie, l’Iran et la Turquie ; d’ailleurs, au lieu de tenir compte des nouvelles sanctions prises par le Conseil de sécurité contre l’Iran, Medvedev a déclaré son intention de poursuivre l’exécution du contrat concernant la vente des missiles sophistiqués à ce pays… Cette position, ajoutée à celle de la Turquie à propos de l’uranium iranien, fut peut-être à la base du crime commis contre la flottille de la liberté.

Et, si nous nous arrêtons quelque peu sur les nouvelles positions de la Turquie, surtout celle concernant le vote contre les nouvelles sanctions au Conseil de sécurité, nous pouvons prévoir dans l‘immédiat deux situations contradictoires :

-Le premier est que les nouvelles positions prises par la Turquie ne manqueraient pas, pour un certain temps, de mélanger les cartes influant positivement sur la Syrie et l’Iran, mais aussi sur l’équilibre des forces au Moyen Orient, né durant la deuxième présidence de Georges W. Bush. En même temps, ces changements intervenus feront d’Ankara un adversaire réel à l’Arabie saoudite ou à l’Egypte dans le monde arabe.

-Le deuxième est que, malgré le crime commis par les commandos israéliens contre des ressortissants turcs, la tension entre la Turquie et Israël ne pourra pas aboutir, comme certains le pensent, à la rupture des liens diplomatiques et économiques entre les deux Etats, surtout si nous prenons en considération l’importance des échanges commerciaux entre les deux pays, mais aussi les projets militaires et industriels formés par eux.

Ces situations contradictoires laissent prévoir, à leur tour, que le conflit turco-israélien ne dépassera pas le stade du momentané, même si on a l’impression du contraire. C’est que le conflit sur le pouvoir entre le gouvernement et l’armée n’a pas penché la balance d’un côté ou d’un autre ; de plus, l’idéologie religieuse du Hizb Al-Adala au pouvoir ne fait pas le poids devant les intérêts économique d’un régime qui cherche de nouveaux marchés et de nouvelles alliances vers le Sud et l’Est après que l’Union européenne ait fermé ses portes devant lui.

3-Par rapport à l’Iran, le pouvoir de Mahmoud Ahmadinidjad a réussi à enregistre rune petite victoire face à ‘administration des Etats-Unis, en donnant au Brésil et à la Turquie le trophée concernant l’uranium enrichi; ce qui fait que la balle est passée dans la cour de Washington qui tente, en vain ou presque, d’imposer de nouvelles restrictions contre le gouvernement de Téhéran afin de le pousser à des positions plus flexible en ce qui concerne l’Irak et l’Afghanistan dans lesquels patauge l’administration de Barak Obama. Voilà pourquoi il est à penser que la dernière résolution du Conseil de sécurité constitue un péché mortel de la part des Etats-Unis, puisque ni la Chine ni la Russie ne résilieront aucun accord fait avec ce pays, ce qui veut dire que l’application est loin d’être faite.

4-A partir de cette vision des choses, nous disons que la politique suivie par l’administration des Etats-Unis tente de faire la difference entre la Syrie et l’Iran: retour à la normale avec le premier pays (et retour de l’ambassadeur étasunien) et preparation d’une agression contre le second, selon un plan mis au point par Robert Gates et qui englobe la région moyenorientale toute entière, à commencer par l’Irak et l’Iran et jusqu’au Liban.

Tout cela nous ramène à la question que nous nous étions posée, dans le bulletin précédent, sur un possible retour de notre région à la guerre, à commencer par la Palestine, où les solutions politiques sont au point mort malgré les grandes concessions faites par le régime de Mahmoud Abbas qui a consenti de revenir à la table des négociations indirectes, pendant trois mois, puis directes, à partir de septembre, compte non tenu de la poursuite par le gouvernement israélien du blocus de Gaza ou de la politique de colonisation en Cisjordanie et dans la région d’Al Quds.

Dans cet objectif, il est nécessaire de dévoiler les conditions nouvelles posées par Benjamin Netanyahu et Yuci Belin (chef des négociateurs é Oslo) et qui peuvent se résumer comme suit :

-Retarder la recherche d’une solution finale jusqu’à ce que les Israéliens soient prêts à l’accepter.

-Retarder la discussion des problèmes essentiels, à commencer par ceux concernant la domination des forces de sécurité israéliens sur les territoires contrôlés par le pouvoir palestinien et, surtout, l’avenir d’Al Quds. En même temps, le gouvernement israélien a réaffirmé clairement son refus du droit au retour de plus de 100 000 réfugiés palestiniens dans leurs terres, la possibilité de se retirer d’Al Quds ou d’accepter un Etat palestinien armé.

Et, au moment même où les représentants de ‘opinion internationale continuent leurs actions contre les ambassades d’Israël et des Etats-Unis ( le parti Communiste libanais avait appelé à une manifestation de la gauche devant les bureaux de l’ambassade américaine é Aoukar), au moment où de nouvelles flottilles se préparent à appareiller pour Gaza, les Israéliens poursuivent leur politique agressive et criminelle, avec l’appui de Washington, à commencer par les positions prises à l’ONU contre la formation d’une commission d’enquête internationale, ou encore les déclarations de Barak Obama et, surtout, de l’ex conseiller de G< W< Bush, Eliot Abrams qui vit dans la condamnation par certains pays du crime israélien « une position encourageant les terroristes » ( ?), d’où la nécessité pour l’administration étasunienne de la combattre…

5-En plus de ces problèmes essentiels, n’oublions pas :

-Qu’au Yémen, la tension se poursuit et s’étend au Sud cette fois où le gouvernement yéménite tente de porter un coup de grâce à l’opposition, de la gauche surtout.

-Qu’en Egypte, les préparatifs aux présidentielles se poursuivent entre deux candidats « sérieux » : Omar Souleiman (responsable de l’espionnage et du contre-espionnage et ayant l’aval des milieux politiques aux Etats-Unis, et Mohammad Baradei  (appuyé, lui aussi, par certains milieux étasuniens, mais surtout par le courant des Frères musulmans égyptiens).

-Qu’au Soudan, la répression est revenue à l’avant-scène à la suite des élections législatives ; l’exemple le plus flagrant en est la détention et la torture des chefs du comité de grève des médecins, la fermeture du journal « Al Midan » pro communiste.

-Qu’en Irak, enfin, la formation d’un gouvernement tarde, tant à cause de la politique étasunienne qu’à celle de l’Iran vis-à-vis de ce pays. Ce retard a déclenché une nouvelle vague de violence, de vols et d’instabilité.

le 22 juin 2010

 (Traduit le 1er juillet 2010)   

"Au regard du droit international cette résolution [1696] n’a pas de fondement juridique. La Charte des Nations Unies ne donne pas compétence au Conseil de sécurité pour exiger d’un Etat membre qu’il aliène un de ses droits pour « rétablir la confiance » des autres à son égard. [...] [La Charte des Nations Unies] stipule que les Etats membres ne sont tenus d’accepter les décisions du Conseil que si celles-ci sont conformes à la Charte".

Mais "Peu importent les faits et la logique, « La raison du plus fort est toujours la meilleure »."


2-2 Semih Idiz : La Turquie s’éloigne de l’Occident, comme le reste du monde.

La Turquie et toutes les nations émergentes, rendues confiantes par leurs succès économiques, s’émancipent d’une tutelle occidentale moralisatrice de plus en plus mal supportée, écrit l’éditorialiste Semih Idiz, dans le quotidien turc Hurriyet. « Cette attitude à l’égard de l’Occident n’est à l’évidence pas spécifique aux Turcs. De la Russie à l’Inde, de la Chine à l’Afrique on assiste à une réaction croissante et forte contre l’Occident. Certains parlent d’un retour de bâton « post-colonial. », constate-t-il, ---

Ce texte, écrit avant l’assaut israélien, qui met en perspective l’initiative de la Turquie et du Brésil dans le dossier iranien, souligne tout en le déplorant l’aveuglement apparent de l’occident sur les forces à l’œuvre. La séquence à laquelle nous venons d’assister illustre la distance croissante entre le monde qui nait et la façon dont il continue d’être perçu à l’ouest. Lorsque la Turquie, jusqu’alors fermement arrimée à l’OTAN, et le Brésil, peu suspect de complaisance islamique, offrent une solution avec l’appui de la Russie à une crise diplomatique qui risque en permanence de dégénérer en conflit ouvert, l’Ouest, loin de se réjouir de voir le dossier avancer, n’a montré qu’embarras et méfiance. Comment ne pas voir dans cette réaction une forme du mépris arrogant à l’égard de nations considérées comme de second rang, non habilitées à traiter des affaires du monde ? Le dessin de Plantu publié à l’occasion - que nous percevons comme profondément insultant - l’illustrait on ne peut plus crûment, avec ses chefs d’Etats caricaturés en trois singes, l’un dément, l’autre aveugle et le dernier sourd. Ce qui nous échappe, tant il est difficile de se défaire des réflexes de dominants, d’entamer un dialogue constructif et respectueux entre égaux, c’est que vu d’Istamboul, de Brasilia et d’ailleurs, l’occident n’est plus la condition sine qua non de la solution mais une partie du problème. Ce qui pour nous relève de l’exigence indiscutable - au nom d’une morale irréprochable, comme de bien entendu - est perçu comme l’alibi déguisant une volonté de puissance appartenant à un passé révolu, ou au mieux, pour les plus indulgents dont fait partie Semih Idiz, une rigidité contre productive. L’assaut sur la flottille turque, dans ce contexte, apporte une nouvelle pièce à un acte d’accusation déjà lourd. Israël, qui se vit comme un fortin occidental fiché au cœur d’un monde « barbaresque », porte à leur paroxysme tous les maux de l’ancienne domination coloniale, et résume la détestable injustice d’un ordre tout aussi ancien, qui refuse - ou est incapable - de se réformer. Les innombrables dénégations quant au rôle central du conflit israélo-palestinien n’y peuvent mais. Car si les voix ne manquent pas pour proposer une analyse en termes « culturels » sous l’aspect d’un différent avec un Islam forcément rétrograde et extrémiste, à l’échelle de la scène mondiale les querelles bibliques et leurs prolongations contemporaines relèvent au plus d’étranges et lointaines traditions exotiques. Mais reste un problème, bien réel lui, qui menace la paix et la stabilité du monde, et face auquel l’occident continue de pratiquer un deux poids deux mesures non seulement injustifiable mais d’abord et avant tout dangereux, frisant l’irresponsabilité. Comment s’étonner, dès lors, que d’aucuns tentent de contourner les blocages - et les blocus - nouent des liens et prennent des initiatives, dans une superbe indifférence à nos critères ?

Semih Idiz,

Hurriyet Daily,

31 mai 2010 

lundi 21 juin 2010

Comité Valmy

Source : ContreInfo


2-3 Pepe Escobar : Washington est préoccupé par les nouveaux blocs contre-hégémoniques
Intervieuw par Salvador López Arnal
Pour l’analyste Pepe Escobar, le déclin de l’Empire constitué par les Etats-Unis et leurs Etats-clients européens est inéluctable. Un monde multipolaire est en cours de formation autour de cinq nouvelles puissances, les BRICT. Le débat sur le nucléaire iranien illustre cette lente évolution : les Etats-Unis et leurs alliés atlantistes lancent de fausses accusations tonitruantes,
la Chine et la Russie font profil bas pour limiter les sanctions contre Téhéran, tandis que le Brésil et la Turquie prennent des initiatives.

Pepe Escobar, analyste politique brésilien, écrit régulièrement dans « Asia Times Online ». Il vient de publier un nouvel ouvrage : « Obama Does Globalistan »

  

Salvador López Arnal : Dans un article récent [1], vous parliez de la dominatrix. Permettez-moi de vous féliciter pour votre trouvaille terminologique. Pourquoi pensez-vous que ce terme convient si bien à la Secrétaire d’État états-unienne ? Dans l’ère Obama les méthodes de la politique extérieure des États-Unis ne se sont-elles pas améliorées ? Hillary est une dominatrix au sens où, au lieu d’admettre l’échec de sa diplomatie, elle est capable de soumettre à ses fins l’ensemble du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a peut-être appris cela de Bill … Ou peut-être seraient-ils tous des masochistes.

 

Pepe Escobar : Non, ce n’est pas le cas. La raison principale est que la Chine et la Russie se sont laissées “dominer”. Elles sont arrivées à la conclusion qu’il serait mieux de permettre à la bruyante Hillary de dominer la scène pendant quelques jours et œuvrer en silence afin d’atteindre leur objectif : des sanctions du plus léger des parfums sur Téhéran.

 

En ce qui concerne l’Iran, les États-Unis sont aveugles, ils voient tout en rouge. On peut dire la même chose en ce qui concerne Israël, ils voient tout en blanc céleste.

 

Salvador López Arnal : Le noyau central de votre récent article est l’accord entre les diplomaties du Brésil, de la Turquie et de l’Iran sur l’affaire du développement nucléaire de ce dernier. En quoi cet accord a-t-il consisté ?

 

Pepe Escobar : Pour l’essentiel c’est le même accord que celui proposé par les États-Unis en octobre 2009. La différence vient de ce que selon la proposition de 2009 l’enrichissement d’uranium s’effectuerait en France et en Russie alors que dans ce nouvel accord il aura lieu en Turquie.

 

La principale différence réside dans la méthode. La Turquie et le Brésil ont agi avec diplomatie, sans confrontation, en respectant les arguments iraniens. Un autre détail fondamental : tout ce qu’ils ont accompli avait déjà été discuté à Washington. Mais lorsqu’ils ont présenté un résultat concret, lorsqu’ils sont parvenus à un accord avec l’Iran, permettez-moi une métaphore guerrière, Washington leur a tiré une balle dans les côtes.

 

Salvador López Arnal : N’est-ce pas une nouveauté en diplomatie internationale si le Brésil et la Turquie, deux pays qui ne s’opposent pas aux États-Unis, jouent leurs propres cartes dans cette affaire ? Pourquoi ont-ils misé sur cette stratégie autonome ? Qu’est-ce qu’ils gagnent avec cela ? L’Iran n’est-il pas éloigné, très éloigné du Brésil ?

 

Pepe Escobar : Chaque pays a ses propres motivations pour accroître son rôle géopolitique. La Turquie veut se projeter comme un acteur de premier plan, qui compte vraiment au Proche-Orient. Elle poursuit une politique disons, post-ottomane, élaborée par le ministre des Affaires étrangères, le professeur Ahmet Davutoglu.

 

Le Brésil, grâce à une politique très intelligente de la part de Lula et de son ministre Celso Amorim, veut également se positionner comme un médiateur crédible au Proche-Orient. Le Brésil fait partie des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), groupe qui à mon avis constitue le véritable contrepouvoir actuel face à l’hégémonie unilatérale des États-Unis. La Turquie, dont l’adhésion a été formellement discutée à Brasilia il y a environ deux semaines, en ferait partie et le groupe serait alors nommé BRICT. Voilà la nouvelle réalité en géopolitique globale. Et à Washington, les élites de toujours en sont sans doute livides.

 

Salvador López Arnal : Comme vous le remarquiez, il semble que l’accord n’ait pas suscité d’enthousiasme auprès du secrétariat d’État états-unien ni des gouvernements européens. Pourquoi donc ? Désirent-ils faire échouer la voie diplomatique afin de poursuivre avec leurs sanctions et nous conduire à un scénario de guerre ? Si tel est le cas, qu’y gagneraient-ils ? N’y aurait-il pas beaucoup trop de fronts ouverts en même temps ?

 

Pepe Escobar : Du point de vue de la politique interne des États-Unis, Washington n’est intéressé que par le changement de régime. Il y a au moins trois tendances en lice. Les "réalistes" et la gauche du Parti démocrate, qui sont pour le dialogue, une partie du Pentagone et les services de renseignement, qui veulent au minimum des sanctions, et les républicains, néo-cons, le lobby pro-Israël et la section Full Spectrum Dominance [Spectre de Domination Totale] du Pentagone voulant à tout prix un changement de régime, y compris par la voie militaire si cela s’avérait nécessaire.

 

Les gouvernements européens suivent Bush ou Obama comme des toutous. Ils ne sont d’aucune aide. Des voix raisonnables s’élèvent dans certaines capitales européennes et à Bruxelles. Elles savent que l’Europe a besoin du pétrole et du gaz iranien afin de ne pas être prise en otage par Gazprom. Mais elles sont minoritaires.

 

Salvador López Arnal : Outre ses déclarations, croyez-vous que le Gouvernement iranien aspire à posséder de l’armement nucléaire ? Afin de se faire respecter ? Afin de faire plier Israël ? Pour l’attaquer ? Le Pakistan nucléaire, l’Inde nucléaire, Israël nucléaire, l’Iran nucléaire. Toute cette région ne constituerait-elle pas une véritable poudrière ?

 

Pepe Escobar : Je me suis rendu à plusieurs reprises en Iran et je suis convaincu que le régime iranien peut irriter mais ce n’est pas un système politique suicidaire. Le Guide suprême a prononcé une fatwa à plusieurs occasions en affirmant que l’arme nucléaire est "non islamique". Bien entendu, les Gardiens de la Révolution supervisent le programme nucléaire iranien mais ils sont parfaitement conscients du sérieux des inspections et du contrôle de l’AIEA, l’Agence internationale de l’énergie atomique. S’ils décidaient de fabriquer une bombe atomique rudimentaire, ils seraient immédiatement démasqués et dénoncés.

 

En fait, l’Iran n’a nul besoin d’une bombe atomique comme moyen de dissuasion. Un arsenal militaire high-tech, de plus en plus de haute technologie, lui suffit. La seule solution juste consisterait en une dénucléarisation totale du Proche-Orient, ce que bien sûr Israël, avec au moins deux cents ogives nucléaires, n’acceptera pas et ne respecterait jamais.

 

Salvador López Arnal : Quel rôle joue la Russie dans cette situation ? Vous rappeliez que la centrale nucléaire de Bushehr a été construite par la Russie et que l’on est en train d’effectuer les dernières vérifications avant son inauguration qui aura probablement lieu cet été.

 

Pepe Escobar : Après que l’on ait repoussé maintes fois l’inauguration de Bushehr, elle devrait avoir lieu en août. Pour la Russie, l’Iran constitue un client privilégié en matière de nucléaire et d’armement. Dans l’intérêt des Russes, l’Iran doit continuer sur la même voie, la situation ne doit pas changer. Ils ne veulent pas d’un Iran qui serait une puissance militaire nucléaire. Il s’agit d’une relation qui est constituée de beaucoup de liens, mais elle est essentiellement de type commercial.

 

Salvador López Arnal : Dans votre article vous citez l’ancien général [chinois], stratège et philosophe Sun Tzu qui a dit : "Permets à ton ennemi de commettre ses propres erreurs et ne les corrige pas". Vous affirmez que la Chine et la Russie, des maîtres stratèges, appliquent cette maxime en ce qui concerne les États-Unis. Quelles erreurs les États-Unis commettent-ils ? Leurs stratèges sont-ils si maladroits ? Peut-être n’ont-ils pas lu Sun Tzu ?

 

Pepe Escobar : Tout Etats-unien ayant fait ses études dans les universités d’élite a lu Sun Tzu. En revanche, savoir l’appliquer, c’est une autre affaire.

 

La Chine et la Russie, dans le cadre d’une stratégie commune aux BRIC, se sont mis d’accord pour faire en sorte que les États-Unis aient l’illusion d’être ceux qui déterminent les sanctions, tout en travaillant pour les alléger au maximum et, en dernière instance, approuver une série de sanctions très light. La Russie et la Chine veulent qu’il y ait de la stabilité en Iran, pour le bénéfice de leurs importantes relations commerciales. Dans le cas de la Chine, il ne faudrait pas oublier que l’Iran est un grand fournisseur de gaz, ce qui représente un sujet de sécurité nationale maximum.

 

Salvador López Arnal : Vous dites en résumant que nous sommes dans une situation où il y a, sur la table de négociations de l’Agence internationale de l’énergie atomique, un véritable accord d’échange approuvé par l’Iran tandis qu’aux Nations Unies un arsenal de sanctions contre l’Iran est mis en place. Vous posez la question suivante : à qui la véritable "communauté internationale" fera-t-elle confiance ? Je vous demande à mon tour : à qui fera-t-elle confiance ?

 

Pepe Escobar : La véritable "communauté internationale", les BRIC, les pays du G-20, les 118 nations en voie de développement du Mouvement des non-alignés, en somme, l’ensemble du monde en développement, est du côté du Brésil, de la Turquie et de leur diplomatie de non confrontation. Seuls les États-Unis et ses pathétiques toutous idéologiques européens réclament des sanctions.

 

Salvador López Arnal : Vous affirmez également que l’architecture de la sécurité globale, "assurée par une bande d’affreux gardiens occidentaux autoproclamés", est dans le coma. L’Occident atlantiste coule façon Titanic. N’exagérez-vous pas ? Ne prenez-vous pas vos désirs pour des réalités ? N’existe-t-il pas un réel danger qu’avec ce naufrage on entraîne presque tout avec soi avant de toucher le fond ?

 

Pepe Escobar : J’ai déjà été confronté à beaucoup d’horreurs partout dans le monde pour pouvoir croire à présent, au moins, en la possibilité d’un nouvel ordre, dessiné surtout par le G-20 et, à l’intérieur de celui-ci, par les pays du BRICT. Je l’écris avec un T à la fin.

 

L’avenir économique est en Asie et l’avenir politique est en Asie ainsi que dans les grandes nations en développement. Évidemment, les élites atlantistes ne vont abdiquer leur pouvoir qu’après avoir vu leurs cadavres gisant au sol. Le Pentagone poursuivra avec sa doctrine de guerre perpétuelle. Mais il n’aura pas de quoi la payer, et ce sera plus tôt que tard. Je ne nie pas que, dans un avenir proche, il existe la possibilité que les États-Unis, sous l’administration d’un républicain fou, d’extrême droite, s’engagent dans une période de guerre hallucinée, effrénée. Si tel était le cas, cela provoquera sans aucun doute leur chute, la chute du nouvel Empire romain.

 

Salvador López Arnal : Et quel est le puissant lobby états-unien qui est en faveur de la guerre perpétuelle à laquelle vous faites référence ? Qui sont ceux qui soutiennent et financent ce lobby ?

 

Pepe Escobar : La guerre perpétuelle relève de la logique du Full Spectral Dominance, la doctrine officielle du Pentagone qui comprend : l’encerclement de la Chine et de la Russie, la conviction que ces deux pays ne doivent pas devenir des concurrents narquois des États-Unis et en outre, le déploiement de tous les efforts afin de contrôler l’Eurasie ou du moins, la surveiller. Il s’agit de la doctrine du Dr. Folamour [2], mais également du positionnement des dirigeants militaires états-uniens et de la majorité de l’establishment. Le complexe militaro-industriel ne dépend pas de l’économie civile pour subsister. Il emploie un grand nombre de politiciens et compte avec l’étroite collaboration de toutes les grandes corporations.

 

Salvador López Arnal : Dans votre article, vous parlez de sa sommité le Dr. Zbigniew-conquérons l’Eurasie-Brzezinski. Encore une trouvaille, permettez-moi de vous féliciter de nouveau. Vous dites que l’ancien conseiller de la sécurité nationale a souligné le fait que "pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité les gens sont politiquement éveillés — c’est une réalité totalement nouvelle — il n’en a pas été ainsi auparavant". Êtes-vous véritablement de cet avis ? Quelle partie endormie de l’humanité est-elle à présent éveillée ?

 

Pepe Escobar : Pour les élites états-uniennes la donnée essentielle est que l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique sont en train d’intervenir politiquement dans le monde d’une manière qui aurait été impensable à l’époque coloniale, et pour ces élites, la décolonisation est un cauchemar sans fin. Comment faire pour dominer ceux qui savent à présent comment agir pour ne pas se laisser dominer à nouveau ? Voici leur question fondamentale.

 

Salvador López Arnal : Vous dites que Washington, unilatéral jusqu’au bout, n’hésite guère à faire un bras d’honneur même à ses amis les plus proches. Pourquoi ? Peut-être incarnent-ils l’axe du mal ? Peut-on produire de l’hégémonie avec des procédés si peu affables ? Jusqu’à quand ?

 

Pepe Escobar : On ne peut sous-estimer la crise états-unienne. Elle est totale : économique, morale, culturelle et politique. Mais également militaire puisqu’ils ont été battus en Irak et ils sont sur le point de subir un échec d’une ignominie totale en Afghanistan. Le nouveau siècle américain a déjà rendu l’âme en 2001. À présent on peut interpréter le 11 septembre comme le signe apocalyptique de la fin.

 

Salvador López Arnal : À propos, qu’en est-il de l’un des acteurs principaux de la politique états-unienne au Proche-Orient ? Israël est-elle donc endormie ? Quels sont les plans des caïds qui menacent Gaza ?

 

Pepe Escobar : Israël est devenue ce que j’appelle une Sparte paranoïaque hors-la-loi, ethno raciste, qui porte la profonde souillure de l’apartheid. Israël sera de plus en plus isolé du monde réel, il ne sera protégé que par les États-Unis, dont il est un État-client. Et le retour du refoulé sera son cauchemar, comme s’il s’agissait d’un film d’horreur hollywoodien : l’Histoire les fera payer pour toute les horreurs qu’ils ont commises et commettent encore contre les Palestiniens.

 

Salvador López Arnal : Quelle est votre opinion au sujet de l’action israélienne du dimanche 30 mai dernier ? Quel sens peut avoir leur attaque contre quelques pacifistes solidaires avec les citoyens de Gaza ?

 

Pepe Escobar : Cela participe de la même éternelle logique : nous avons toujours raison, ceux qui s’opposent à notre politique sont des terroristes ou des antisémites. À présent Israël est au stade où il défend l’indéfendable : le blocus de Gaza.

 

Mais à présent il est évident que tout le monde en est conscient et il ne pourra plus tromper par ses mensonges. La Palestine sera l’éternel Vietnam d’Israël. Mais je doute qu’un jour, comme dans le cas des États-Unis, ils soient capables de retenir la leçon.

[1] « Iran, Sun Tzu and the dominatrix », par Pepe Escobar, Asia Times Online, 22 mai 2010. Version française traduite par Petrus Lombard : « L’Iran, Sun Tzu et la dominatrice », Alternet.Info, 23 mai 2010.

 

[2] Dr. Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb, film britannique de Stanley Kubrick (1928-1999), réalisé en 1964, diffusé en français sous le titre Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe. Cette oeuvre de fiction est une critique acerbe de la doctrine de dissuasion états-unienne. Le personnage principal, le docteur Folamour, est inspiré par des personnalités bien réelles, à la fois Edward Teller et Werner von Braun.

Salvador López Arnal
24 juin 2010

Traduit par Marina Almeida,

révisé par Gérard Delbreil

http://www.voltairenet.org/article166028.html 



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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