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05/08/2010

n°2 - L’Amérique d’Obama - 05-08 -: Début :- Comment faire payer leurs dettes aux pauvres: les mettre en prison

n°2 - L’Amérique d’Obama  - 05-08 -: Début  :- Comment faire payer leurs dettes aux pauvres: les mettre en prison



L’Amérique d’Obama

Comment faire payer leurs dettes aux pauvres: les mettre en prison

n°2

05-08

C.De Broeder & M.Lemaire

 



 " L’Amérique d’Obama de A à Z" est  visible  : 

a) sur nos blogs : http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                          http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site de Eva Resis :  no-war.over-blog.com

c) sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

 Si vous voulez nous contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be 



Sommaire :  

Tiré à part :

Education

 Mort programmée du système éducatif public aux Etats-Unis: le processus est désormais bien engagé.

Faillite de la société

Elizabeth Schulte : Les nouveaux sans-domiciles américains. 

Suite

Emcee: Comment faire payer leurs dettes aux pauvres: les mettre en prison

Hégémonie

Les Etats-Unis en guerre dans 75 pays...

Tom Dispatch : Le déclin précipité de l'hégémonie américaine.

Fin

Le FMI attaque l’Europe.

Immigration

Bill Van Auken : L'internationalisme socialiste et la Défense des travailleurs immigrés.



Ndlr : La publication des articles et  analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information.



”Si vous croyez que le monde ressemblera un jour à celui de Big Brother, détrompez-vous…

 Vous êtes en plein dedans !”
“Lorsqu’on ne s’étonne plus du traçage, de la vidéosurveillance ou de la conservation des données, c’est justement le signal qu’on est entré dans un monde Orwellien”.



Tiré à part :



Education

  Mort programmée du système éducatif public aux Etats-Unis: le processus est désormais bien engagé.
La majorité des états aux US sont "en faillite" et, par conséquent, ce sont tous les services publics et leurs salariés qui pâtissent des réductions budgétaires drastiques.
Dans le collimateur actuellement: les services publics d'éducation.
Des milliers d'écoles publiques non "performantes" ont été fermées (ou vont l'être à brève échéance) et leur personnel licencié ou en passe de l'être.
Et, évidemment, ces écoles "non performantes" sont situées dans les ghettos et autres quartiers pauvres. Les "charter schools" (appelées "écoles du choix", c'est dire le cynisme) absorbent les meilleurs élèves et les autres n'ont qu'une alternative: soit abandonner l'école, soit s'entasser dans les classes des écoles publiques restantes, qui, en conséquence, deviennent encore plus sinistrées, cela d'autant plus que le financement de ces écoles repose sur les résultats aux tests des élèves.
Et la "réforme" de l'éducation d'Obama ne fait qu'accélérer le processus déjà entamé par Bush: livrer les services marchands du secteur de l'Education aux prédateurs du secteur privé.
L'égalité des chances, l'éducation pour tous ne sont plus une priorité -même factice - pour les pouvoirs publics. C'est l'éducation de classe, la sélection par l'argent et la ségrégation sociale qui triomphent après une période un peu plus faste.
Les pauvres, eux, pourront toujours se trouver un job et un foyer d'accueil dans les prisons qui prolifèrent dans le pays.

Dans l'article qui suit: "Destroying Public Education in America: Part II", publié le 26 mai 2010, dans Dissident Voice, l'auteur, Stephen Lendman revient sur le démantèlement du service public d'éducation.

Cet article fait suite à un article paru en avril 2008 et replace la situation dans le contexte actuel, depuis la prise de fonction d'Obama et sa "réforme" du système éducatif.
Le premier article s'intéressait aux "charter schools" (écoles partiellement ou totalement privées) qui étaient créées dans tout le pays en remplacement des écoles publiques et plus particulièrement à Chicago, où vit l'auteur, et d'où est également issu le secrétaire d'état à l'éducation d'Obama, Arne Duncan, fossoyeur pressenti du système public d'éducation.

La destruction de l'enseignement public aux Etats-Unis
L'article précédent traitait du plan sordide élaboré pour détruire ce que Diogène avait appelé "le fondement de tout état" et ce qu'Horace Mann (le "père du système public d'éducation aux US") estimait être "la découverte la plus importante, le plus grand facteur d'égalité de l'être humain".
Fondée en 1635, la première école du Massachusetts, une institution vieille de 375 ans, est aujourd'hui progressivement détruite pour être livrée au secteur marchand, désengage la responsabilité de l'Etat, crée un nouveau secteur générateur de profits, sert les riches, restaure la ségrégation et les inégalités dans le pays, cantonne les enfants défavorisés à des emplois de service mal payés, privés d'avantages sociaux et sans avenir - et donc, à quoi bon leur faire bénéficier d'une éducation – ce qui place le rêve américain hors d'atteinte pour des millions de personnes.
C'est l'administration Obama qui orchestre cette entreprise de destruction, avec, en tête, le sinistre secrétaire de l'Education, Arne Duncan, qui a si bien réussi à anéantir les établissements scolaires publics de Chicago qu'il a été choisi pour en faire de même à l'échelle nationale.
Cet article est une remise à jour d'un article précédent qui évoque un problème important qui empire avec un gouvernement aussi pervers que le précédent qui prend prétexte de la crise économique pour anéantir les plus défavorisés et les plus vulnérables au lieu de les aider au moment où ils en ont le plus besoin - une possibilité qui leur serait offerte par une amélioration du système éducatif public, mais qui leur est refusée au bénéfice des priorités du marché.
Obama fait mieux que Bush: il remplace son programme “No Child Left Behind” (NCLB) ("aucun enfant à la traîne") par "la Course au sommet" ("Race to the top") , en reprenant tout ce qui n'a pas marché, comme le par-cœur, les tests, le bachotage pour les tests , la suppression de la carte scolaire et les réformes (avec peu de véritable réussite) fondées sur l'économie de marché.
Dans une attaque sans précédent contre l'éducation publique, il met en concurrence les états, encourage la fermeture d'écoles, les licenciements massifs d'enseignants, et les réductions de salaires et d'avantages sociaux, préconisant les mesures draconiennes et les privatisations pour avoir droit à des aides fédérales.Dans un discours prononcé le 1 mars dernier à la Chambre de Commerce, il approuvait la mise à pied de l'ensemble du personnel enseignant et non-enseignant de Rhode Island High School, à Central Falls pour avoir refusé d'effectuer des heures supplémentaires non payées – qui annonçait ce qui allait se passer au niveau national alors que les états se débattent avec les problèmes budgétaires en augmentant les impôts et supprimant les emplois, dont des licenciements massifs d'éducateurs.

(NB: les personnels enseignants et non-enseignants de Central Falls High conserveront leur poste à la suite d'un accord signé le 15 mai avec les syndicats, qui les oblige à accepter des exigences aussi mauvaises, voire pires, que celles qu'ils avaient rejetées. Parmi ces mesures: un allongement de la journée de cours, une nouvelle grille d'évaluation des enseignants, jusqu'à dix jours de stage de "développement professionnel" obligatoire pendant les vacances d'été, un accord pour des négociations collectives "simplifiées" et la promesse de l'abandon des poursuites judiciaires concernant leurs licenciements de février.
Cet accord montre à quoi sont exposés les enseignants et le reste du personnel des établissements scolaires au niveau national quand les syndicats sont du côté des autorités et non pas de leurs adhérents).

Face à un énorme déficit budgétaire récurrent (26 milliards de dollars depuis April 2010), Arnold Schwarzenegger, le gouverneur de Californie, vient d'annoncer son tout dernier programme d'austérité malgré les réductions des dépenses publiques, les suppressions de postes précédentes, et les hausses d'impôts. En plus d'autres services sociaux fondamentaux, le plan d'austérité comporte le gel des crédits alloués à l'éducation publique, qui affectera, entre autres, les programmes des études primaires et secondaires et ceux des IUT et des universités publiques. Les mesures précédentes comportaient des licenciements, l'augmentation des effectifs de classes, les congés sans solde et le chômage technique à l'Université de Californie (…).
Les villes de Californie en faillite sont tout autant paralysées par les déficits budgétaires. Par exemple, le district scolaire de Los Angeles, qui se retrouve avec un déficit de 640 millions de dollars, a approuvé le licenciement de plus de 5200 enseignants, formateurs et non-enseignants. Au total, 22000 professeurs du public sont sur le fil du rasoir et risquent de subir le même sort dans un avenir proche.
Avec environ 13 milliards de dollars de déficit, la dette par personne dans l'Illinois est encore plus élevée qu'en Californie, et contraint les élus à faire des choix terribles pour 2011. En hiver dernier, les versements des crédits alloués à de nombreux établissements publics ont été suspendus, dont 436 millions de dollars à l'Université de l'Illinois, 125 millions de dollars à la Southern Illinois University, et 62 millions de dollars à la Northern Illinois University.
En conséquence, 11000 enseignants et membres des administrations ont été mis au chômage technique pour des périodes de 10 jours jusqu'à la mi-juin. Il s'en est suivi que les embauches et les salaires ont été gelés de façon endémique dans tout l'état, en faillite tout comme la Californie, le Michigan et d'autres, à une époque où les conditions économiques s'aggravent et où, donc, des mesures encore plus douloureuses sont à prévoir.
En mars dernier, Christopher Koch, l'administrateur des écoles publiques de l'Illinois, a averti la commission du budget du sénat que les prévisions budgétaires pour 2011 nécessiteront 13.000 licenciements supplémentaires, une estimation qu'il qualifie de "prudente" étant donné qu'un quart des établissements scolaires publics n'ont pas encore annoncé leurs prévisions de déficits budgétaires, et alors que la tendance est à la hausse, pas à la baisse. (…).
En mars dernier, l'association de défense des enfants "Voices for Illinois Children" a qualifié les réductions budgétaires prévues pour 2011 de " fin du monde", réductions qui comprennent:
922 millions de dollars pour les écoles primaires et secondaires, qui touchent de façon disproportionnée les districts à revenus bas et moyens,
144 millions de dollars pour les universités et les IUT;
254 millions de dollars pour les bourses d'études;
386 millions de dollars pour divers programmes spécifiques, parmi lesquels: la formation alternative destinée aux parents adolescents, les activités extrascolaires destinées à 25.000 élèves en difficulté, ainsi que d'autres programmes destinés aux enfants.
Et, vu la détérioration de l'économie, ce n'est qu'un début, comme pour les autres états qui se débattent avec des difficultés budgétaires énormes, ces réductions n'ont jusqu'à présent servi à rien et ne sont pas près de le faire dans un avenir proche.
L'éducation, évidemment, va être particulièrement touchée, étant donné la frénésie pour les privatisations au détriment d'un système éducatif public fondamental, placé sur le billot pour être décapité, l'administration Obama orchestrant tout cela, et obligeant les états à s'exécuter.
Ainsi, à New York, par exemple, comme cela se passe partout ailleurs, il est prévu de licencier 15.000 personnels éducatifs.
En hiver dernier, les autorités scolaires de Kansas City, Missouri, ont approuvé la fermeture de 28 des 61 écoles publiques de la ville et la suppression de 700 emplois, dont 286 postes d'enseignants.
Dans le Michigan, le conseil d'administration du programme "Excellent Schools Detroit” appelle à la fermeture de 70 établissements publics, pour les remplacer par des charter schools. Robert Bobb, le directeur financier des écoles publiques, veut privatiser tout le système éducatif pour le livrer au secteur marchand.
Dans le Massachusetts, 35 écoles et leurs personnels sont menacés et à Boston, l'inspectrice d'Académie Carol Johnson propose des coupes budgétaires considérables s'élevant à des dizaines de millions de dollars en imposant des réductions ou des gels de salaires, des fermetures d'écoles, des réductions de ramassages scolaires, des journées de chômage technique, des économies de chauffage en hiver, et d'autres mesures qui permettraient d'économiser 57,7 millions de dollars. Parallèlement, les charters schools se multiplient et remplacent l'école publique – ce système éducatif qui m'a permis de recevoir une éducation dans les années 1940 et 50 est en voie d'extinction.
A la fin de l'année 2009, la ville de Boston a fait fermer six autres écoles. D'autres vont suivre étant donné l'acharnement qui est mis à réduire les coûts, à privatiser et à faire sombrer dans l'oubli des millions d'enfants défavorisés.
D'après Samuel Tyler du Boston Municipal Research Bureau, les fermetures d'écoles sont inévitables, un phénomène qui se répand dans tout le pays en transition inquiétante, exigé par Washington et renforcé par le refus de fournir des aides financières d'urgence pour se concentrer sur d'autres priorités – les subventions réservées aux guerres, à Wall Street, aux géants du pétrole, à Big Pharma, à l'Agrobusiness, à Big Telecom, à Big Auto, et aux autres intérêts privés, et que la population aille au diable.
Une étude réalisée en mars 2010 auprès de 453 administrateurs scolaires par une nouvelle association d'administrateurs scolaires (l'AASA) intitulée: " Comment les écoles publiques aux US continuent de subir les conséquences de la récession" met ce problème en évidence.
Elle montre que les districts scolaires ont des difficultés financières encore plus importantes que les deux années précédentes. Plus de 2 tiers d'entre eux ont réduit les effectifs en 2009-10, et 90% envisagent de le faire courant 2010-2011. Il en va de même pour les dépenses concernant les soins de santé, les retraites, les bibliothèques et d'autres outils et fournitures pédagogiques. En outre, les effectifs des classes vont augmenter, et les matières optionnelles seront réduites, voire supprimées, comme la musique et les autres enseignements artistiques, ainsi que l'éducation physique et sportive. Dans certains districts, on envisage de mettre en place des semaines de quatre jours, et de remplacer les titulaires à plein temps par des contractuels moins rémunérés.
Pire encore, les prévisions budgétaires de Washington pour 2011 annoncent de nouvelles mesures concernant l'attribution de fonds publics aux écoles où sont inscrits les enfants de familles aux bas revenus, et qui dépendront désormais de leurs “performances,” et non plus des besoins, ou, en d'autres termes, qui obéiront aux ordres de l'Etat, seront jugées sur leurs résultats ou seront désavantagées si elles désobéissent ou ne s'en sortent pas – l'idée étant de truquer le jeu pour mettre en place un nouveau système réactionnaire, basé sur les classes sociales et à but lucratif.
Pas la peine aux familles pauvres de se pointer, ni aux syndicats, ni aux enseignants qui veulent être bien rémunérés et bénéficier des avantages sociaux et de la sécurité de l'emploi, ni à ceux qui militent pour une Amérique égalitaire, désormais vouée à l'extinction, sacrifiée sur l'autel de l'éducation marchande.
On peut constater cela en voyant les probables suppressions de postes de centaines milliers d'enseignants et de formateurs, à la suite du déluge de préavis de licenciements de New York à la Californie, et dont beaucoup plus sont prévus — jusqu'à 300.000 à brève échéance, selon le Secrétaire de l'Education Arne Duncan.
En tant que "PDG" des établissements publics de Chicago, il les a démantelés, fermant les écoles, licenciant les professeurs, réduisant les subventions, créant des écoles militaires à la place des lycées publics de la ville, et livrant les établissements au privé, dont une centaine de charter schools quasiment privées, et dont beaucoup sont à but lucratif. Il envisage de faire de même pour l'Amérique toute entière, Obama l'ayant engagé pour détruire une institution vieille de 375 ans pour la remplacer par le système éducatif inégalitaire qu'engendre la loi du marché.

Plus d'infos (en anglais) : "Maintenant nous savons pourquoi les banques se sont tant intéressées aux "charter schools" ("Now We Know Why Banks Have Taken So Much Interest in Charter Schools")

Note perso:

Citation:

NB: les personnels enseignants et non-enseignants de Central Falls High conserveront leur poste à la suite d'un accord signé le 15 mai avec les syndicats, qui les oblige à accepter des exigences aussi mauvaises, voire pires, que celles qu'ils avaient rejetées. Parmi ces mesures: un allongement de la journée de cours, une nouvelle grille d'évaluation des enseignants, jusqu'à dix jours de stage de "développement professionnel" obligatoire pendant les vacances d'été, un accord pour des négociations collectives "simplifiées" et la promesse de l'abandon des poursuites judiciaires concernant leurs licenciements de février.
Cet accord montre à quoi sont exposés les enseignants et le reste du personnel des établissements scolaires au niveau national quand les syndicats sont du côté des autorités et non pas de leurs adhérents".

Ceci est l'épilogue édifiant de ce que j'avais raconté dans le billet "Le pays où on jette à la rue tout le personnel d'un lycée pour "incompétence" et où les banksters ont encore bien des sous à se faire" (voir le lien dans le texte ci-dessus)

Voilà, où on en arrive: "on sait que vous avez besoin de ce boulot, d'ailleurs vous êtes qualifiés pour le faire, alors autant vous reprendre, vous, mais à NOS conditions". Ou comment faire passer des titulaires au statut de précaires, réduire leurs salaires et augmenter leur charge de travail.
Tant qu'ils gagnent ils jouent, aussi!
Et bravo aux syndicats qui prennent le fric des salariés mais qui se placent du côté des patrons.
Et s'il ne s'agissait que des US, on se dirait qu'ils ne luttent pas assez, qu'ils auraient dû, chais pas, moi, monter par millions à Washington, tordre le cou aux caciques des syndicats et des partis, et puis, z'avaient qu'à pas voter pour eux et toussa.
Oui, mais voilà, Léon, on a les mêmes à la maison. La réforme des retraites, par exemple, elle va passer comme une lettre à la Poste (enfin, du temps où c'était un service public). Et ce n'est ni Gaston Chérèque ni Hippolyte Thibaut qui me contrediront, eux qui ont déjà fêté l'entente cordiale avec champagne et petits fours dans les salons feutrés de l'Elysée.
Pauvre de nous. C'est où qu'on s'inscrit pour l'apéro géant fatche de bouc?
Après tout, on nous remarquera sans doute plus que si on bat le pavé de Nation à Bastille (ou l'inverse) avec une régularité de métronome.

http://groups.google.fr/group/medias-mensonges-desinformation/browse_thread/thread/2ab4bfbc2f0ccd26#



Faillite de la société

Elizabeth Schulte : Les nouveaux sans-domiciles américains. 

Toutes les grandes villes des Etats-Unis – même celles qui sont très connues pour leur richesse et pour leur opulence – sont en train de devenir des lieux où l’on peut avoir faim et être sans domicile.

Au cours de l’année 2009, on a assisté aux Etats-Unis à une augmentation moyenne vertigineuse de 26% des demandes d’aide d’urgence de nourriture, selon les résultats récents de l’Enquête sur la faim et le phénomène des sans-domicile conduite par la Conférence des Maires des Etats-Unis.

Cela représente la plus forte augmentation moyenne de la demande au cours des 18 dernières années.

L’enquête, basée sur les données des 27 plus grandes villes des Etats-Unis, a constaté que les trois-quarts de ces villes connaissaient une forte augmentation du nombre de familles vivant sans domicile. Le nombre de ces familles vivant dans la rue y apparaît en effet stupéfiant, même si plusieurs villes ont prétendu que le nombre de personnes vivant sans domicile était resté le même ou qu’il avait même diminué.

La moitié des villes concernées par l’enquête ont déclaré que la demande d’assistance alimentaire avait augmenté de 30% et plus. Dans le comté de Hennepin, qui comprend la ville de Minneapolis (Etat du Minnesota), il y a eu une augmentation de 49% des demandes d’assistance alimentaire, demandes qui se concentrent dans l’aire urbaine de Minneapolis. Le Programme de Coupons Alimentaires est poussé jusqu’à ses limites, puisque, comme l’a déclaré au Minneapolis Star Tribune Bill Brumfield, le directeur régional des services humains et de la santé publique du comté de Hennepin, «ce genre d’événement - une perte d’emplois par la classe moyenne -  n’était initialement pas prévu».

Quant à Denise Jourdain, récemment licenciée par une organisation à but non-lucratif, elle a raconté comment elle s’était rendue dans un centre de distribution alimentaire du Catholic Charities à Minneapolis pour demander des coupons de nourriture, après avoir remis sa démarche au lendemain durant trois mois. Mais «la crainte de ne pas avoir assez de nourriture» l’a finalement poussée là-bas, comme elle l’a dit à un journaliste en ajoutant: «Que se passera-t-il si je n’ai pas de travail à la fin du mois ? Il faut que je fasse cela

Le rapport de la Conférence des Maires des Etats-Unis a établi que 22 villes sur 23 faisaient état d’une augmentation du nombre de personnes recourant à l’assistance alimentaire pour la première fois. Nashville a connu une augmentation de 74% de ces premières demandes, Seattle une augmentation de 30% et Los Angeles et Detroit des augmentations de 10 à 15%.

Selon le rapport des maires, des gens qui, il y a une année encore, distribuaient eux-mêmes des repas, se trouvent aujourd’hui à les demander:

«Six villes ont déclaré que des familles de la classe moyenne qui avaient l’habitude de distribuer des paniers de nourriture étaient maintenant obligées de demander elles-mêmes de l’assistance. La demande croissante provenant de familles de la classe moyenne a créé de nouveaux défis pour la distribution de ces paniers-repas. San Francisco a ouvert cinq nouveaux centres au cours de l’année dernière afin de pouvoir servir toutes les nouvelles personnes obligées de demander de l’aide en raison de la récession. La ville a même lancé une campagne médiatique agressive pour promouvoir ces distributions de paniers-repas, parce que beaucoup de gens ne savaient même pas qu’il existait des possibilités d’assistance.

La ville de Dallas rapporte que les familles de la classe moyenne ayant besoin d’assistance ne sont pas familiarisées avec la manière d’accéder aux services sociaux, qu’elles attendent trop longtemps avant d’essayer, et qu’elles n’hésitent pas à faire connaître leur point de vue sur les conditions d’accès aux services sociaux.»

De plus, les gens qui ont faim visitent plus souvent qu’auparavant les centres de distribution. La ville de Providence, dans l’Etat de Rhode Island, a rapporté le fait «qu'autrefois les gens s’organisaient pour venir chercher en même temps leur panier-repas et leurs coupons alimentaires, mais que maintenant elles devaient revenir plus tôt parce qu’en raison de l’augmentation du coût de la nourriture, leurs coupons ne permettaient pas de tenir jusqu’à la distribution prochaine.»

Lorsqu’on a demandé aux responsables municipaux quelles étaient. selon eux, les raisons de l’augmentation de la faim parmi leurs citoyens, 92% des villes interrogées ont dit que le chômage était la première cause, devant les loyers élevés (60%) et les bas salaires (48 %). Trente-deux% des villes ont cité les coûts médicaux élevés comme étant une des raisons principales de la faim – ce qui représente une forte augmentation par rapport à 2008 où seulement 8% des villes avaient désigné les factures médicales comme étant un élément responsable de la faim.

Les familles plus que les personnes seules sont en train de devenir le nouveau visage des sans-domicile aux Etats-Unis. San Francisco, Sacramento, Nashville, Dallas, Boston, Kansas City et Charleston, toutes ces villes ont évoqué des augmentations à deux chiffres du nombre de familles n’ayant plus de domicile.

A Norfolk, dans l’Etat de Virginie, où le nombre de personnes vivant sans domicile a augmenté de 15% au cours des douze derniers mois, la population de ces sans-domicile a changé, selon Linda Jones de l’Union Mission Ministries (structure chrétienne qui distribue de la nourriture, des habits, des hébergements) locale. Il y a plus de femmes et de jeunes qui perdent leur domicile, comme celle-ci l’a expliqué au journal Virginian-Pilot.

A la mission, des hommes dorment sur le sol du hall d’entrée et les femmes dorment dans des bureaux ou des chambres d’hôtel – presque 300 personnes chaque nuit. Ce nombre représente une augmentation de 10% par rapport à l’année précédente.

Norfolk avait déjà été durement touchée en 2007, lorsqu'un site d’assemblage de camions de Ford avait été fermé. Maintenant, les temps sont encore plus durs. Selon Linda Jones, les dons de privés en faveur de la mission auraient diminué de 23% en 2009. En 2008, l’organisation fournissait 2500 cartons de nourriture à des familles pendant les vacances [1], alors que l’année suivante, seuls 1’000 cartons étaient disponibles pour répondre à des besoins en si forte augmentation.

La crise de Norfolk représente un cas tout à fait ordinaire. Les exécutifs municipaux ont été obligés d’être «créatifs» pour répondre à la demande d’hébergement où passer la nuit. Sept villes, toujours selon la même enquête des maires américains, ont expliqué comment elles convertissent des immeubles commerciaux en des gîtes temporaires pour essayer de répondre aux besoins.

De nombreuses villes, incluant Detroit, Los Angeles et Nashville ont dit que de nouvelles villes de tentes pour les sans-domicile avaient fait leur apparition et d’autres villes, telles que Sacramento et Des Moines, ont déclaré quant à elles que les cités de tentes déjà existantes étaient en train de s’agrandir. (Traduction A l’Encontre)

1. La Fair Labor Standards Act aux États-Unis ne prévoit pas de paiement pour du temps non travaillé. «Un avantage» comme les vacances est une question à régler entre l’employeur et l’employé, ou le représentant des employés. De plus, des différences importantes existent entre les divers Etats. Deux semaines de vacances après 5 ans de travail… est une «norme acceptable» (Réd).

Elizabeth Schulte

* Elizabeth Schulte a écrit cet article pour l’hebdomadaire Socialist Worker (USA)

 (19 janvier 2010)

http://www.labreche.ch/Ecran/UsaSdf01_10.html


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