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11/08/2010

n°447 - Les dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 09-08 :- Fin - : Peter Galbraith : Nous ne pouvons pas gagner la guerre en Afghanistan".

n°447 - Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan - 09-08 :- Fin - : Peter Galbraith : Nous ne pouvons pas gagner la guerre en Afghanistan".



                          Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

                              Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre



Les  dossiers 'Géopolitique, Réflexion et Stratégie' de l'Afghanistan

n°447                                                                                                                             09/08/10

C.De Broeder    &   M.Lemaire



Le Dossier " 'Géopolitique, Réflexion et stratégie' de l'Afghanistan " est visible  sur ...

a) Sur nos blog :                           http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

                                                    http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

c) Sur le site de Eva Resis      :  no-war.over-blog.com

http://no-war.over-blog.com/ 

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

2 Spécial France :

2 Le débat que la France n'a pas eu…

3 L’enlisement Afghan : Question écrite d’André Gérin

4 Le PCF réclame un débat

5 Tout faux… ou presque

6 Soldats d’Afghanistan, le sentiment d’être oubliés.

3 Annexe

3-1 Silvia Cattori : Roger Waters, homme et artiste d’exception.

4 Tribune :

4-1 La drogue afghane : un outil de mobilisation en faveur de notre engagement aux confins centre-asiatiques ...



2 Spécial France :

1 Afghanistan, Liban : "l'armée française fera son devoir", dit Sarkozy

Le président de la République a affirmé mercredi à l'occasion du défilé du 14 juillet que l'armée française continuerait à "faire son devoir au service de la paix", "partout" où elle est présente, notamment en Afghanistan et au Liban.

"L'armée française fera son devoir au service de la paix avec nos alliés, nos amis, partout où nous sommes", a affirmé le chef de l'Etat sur France 2,

Publié le 14 juillet 2010

Des soldats "ont du sang sur les mains en ayant participé aux massacres de leurs propres peuples", selon plusieurs défenseurs des droits de l'homme.

L'Elysée et la Défense démentent.
Après le défilé, auquel ont pris part les troupes des anciennes colonies françaises en Afrique sub-saharienne, le président a salué des soldats français blessés en service, au Liban, en Afghanistan, à Djibouti. "
Ils ont fait leur devoir, et nous notre devoir c'est de les soutenir, les aider et de faire en sorte que jamais ils ne soient abandonnés. On a besoin d'eux", a dit M. Sarkozy. 4.000 soldats français environ sont actuellement déployés en Afghanistan.

La France y a perdu quarante-cinq militaires depuis janvier 2002.
 Selon un sondage Ifop, publié mercredi dans L'Humanité, seuls 29% des Français sont favorables à l'intervention militaire de la France en Afghanistan, 70% y étant opposés. Les Français sont également présents au Liban, dans la Finul, avec 1.500 soldats sur les 13.000 de cette force d'intervention des Nations unies.

 14 juillet

http://lci.tf1.fr/politique/2010-07/afghanistan-liban-l-armee-francaise-fera-son-devoir-dit-sarkozy-5926006.html

 

2 Le débat que la France n'a pas eu…

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information

Sur l'Afghanistan, les Français n'ont jamais eu droit à la vérité : on leur a servi des semi-vérités.

Dans ce lointain pays, la France participe à une guerre - légitimée par l'ONU - qui était destinée à en chasser l'organisation terroriste Al-Qaida.

C'est fait depuis 2002 : aucun expert ne soutient que le groupe du dissident saoudien Oussama Ben Laden est encore présent en Afghanistan.

Puis la guerre a changé d'objectif, Américains et Européens devant depuis quelques années faire face à l'insurrection des Talibans.

Mais, depuis le début, depuis les accords de Bonn de décembre 2001, les "Occidentaux" se sont donné une autre mission en Afghanistan.

Cela s'appelle le nation building. C'est au cœur de la conférence qui réunit à partir de mardi 20 juillet à Kaboul les quelque soixante pays fournisseurs d'aide civile à l'Afghanistan.

Le nation building est une affaire compliquée, dont on a peu débattu en France.

A tort. Il s'agit, ni plus ni moins, de reconstruire un Etat, sinon une nation.

C'est plus que de l'aide au développement.

C'est de l'assistance au jour le jour pour établir une administration centrale là où règne le chaos, installer une forme de gouvernement le plus démocratique possible là où il n'y en pas.

Certains évoquent le dernier avatar d'une vilaine habitude occidentale : le néocolonialisme.

Quoi qu'il en soit, on mesure l'ampleur de la tâche quand elle doit être menée en Afghanistan. Comment refaire un Etat, recréer du sentiment national dans l'un des pays les plus pauvres de la planète, ravagé par trente années de guerres, décomposé en clans, tribus et autres seigneuries guerrières ?

Première question : cette mission est-elle importante ?

Oui, sans doute. La cause de l'Afghanistan - celle des Afghanes encore plus - est défendable. Terrorisme et trafic de drogue fleurissent dans les Etats en faillite.

Le retour des résistants à Kaboul, peut-on soutenir, serait un désastre régional. Encore faut-il expliquer aux Français la raison de notre présence en Afghanistan en ces termes, ceux d'une opération de nation building, et non pas seulement comme un simple maintien de la paix.

Deuxième question : est-ce "jouable" ?

La réponse est moins garantie. Mais elle suppose que l'on dise la vérité : le nation building prend du temps et de l'argent - beaucoup. Il faudra encore des années avant que s'installe à Kaboul un gouvernement central digne de ce nom et disposant de l'approbation d'une majorité d'Afghans.

Et le temps, ici comme ailleurs, c'est de l'argent - beaucoup aussi.

On imagine volontiers la sous-productivité d'un euro d'assistance civile en Afghanistan : corruption et détournements en tout genre, y compris au profit du "business" qu'est devenue l'aide, sont au rendez-vous.

En Irak, le nation building, voulu par George W. Bush, s'est soldé par un échec d'ampleur historique : il n'y a toujours pas d'Etat central à Bagdad.

En Afghanistan, il y a des progrès, peut-être de l'espoir. On va en parler à Kaboul. Il eût été intéressant d'en parler aussi à Paris.

20.07

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/20/afghanistan-le-debat-que-la-france-n-a-pas-eu_1390053_3232.html#xtor=AL-32280184

 

3 L’enlisement Afghan : Question écrite d’André Gérin

Et de deux après J.J.Candelier,  un autre député communiste André gérin, dans l’inertie générale, interroge le ministre sur la guerre en Afghanistan, ce qui est dit ici est exact mais personnellement j’aurais clairement dénoncé les buts de cette guerre et son caractère d’invasion. En outre mais peut-être ne convient-il pas dans une question écrite de mélanger trop de problèmes, j’aurais posé la question de l’OTAN et du caractère aventurier de ces missions et surtout celle qui se dessine en Iran. Mais c’est déjà un pas important que les élus communistes à défaut de la direction du parti commencent à s’émouvoir de cette guerre. Sur le fond d’ailleurs la question est bien posée pour être comprise des Français. A quand une question sur ce qui se prépare en Iran et notre base d’Ormuz. Je voulais également vous dire en passant qu’à la rentrée je vais peut-être avoir non seulement un nouveau blog dans le cadre de la presse mais une émission de radio que je voudrais centrer sur la double tragédie que décrit Fidel et qui menace l’humanité, si nous sommes toujours en état d’avoir internet et une émission de radio.

Ce projet se fera avec marc Harpon mais aussi (‘pour la radio) des jeunes de mon université. 

  Monsieur André Gerin attire l’attention de Monsieur le Ministre de la défense sur l’évolution préoccupante de la guerre conduite en Afghanistan par la coalition internationale à laquelle la France participe.

Au cours de cet été, le seuil de 150 000 soldats étrangers présents sur le sol afghan sera franchi. 3247 militaires français en faisaient partie en 2009 contre 2726 l’année précédente.

Notre pays a donc renforcé son engagement et ce dernier mobilise 330 millions d’euros de crédits, soit près de 40 % des fonds consacrés aux opérations extérieures (OPEX), en augmentation de 9 % sur 2008.

Pour quels résultats ?

Durant le seul mois de juin, 102 soldats étrangers sont morts, soit le niveau de pertes mensuelles le plus élevé depuis la chute du régime Taliban à la fin de 2001.

Pour les six premiers mois de cette année, le nombre de tués de la coalition (322) a déjà dépassé celui de l’ensemble de l’année 2008 (295) et, à ce rythme, devrait excéder le bilan de 2009 (521). La France a, pour sa part, perdu 45 de ses soldats.

La rébellion semble, dans le même temps, poursuivre sa montée en puissance.

S’ils ne sont pas en mesure de rivaliser frontalement avec les forces de la coalition, ils pratiquent une guerre d’insurrection meurtrière. Ainsi, en 2009, 61 % des tués de la coalition ont été victimes de bombes artisanales. De janvier à avril, les attaques suicides se sont succédé au rythme de trois par semaine, tandis que les assassinats de civils liés au régime de Kaboul ont augmenté de 45 % par rapport à la même période. Des opérations de plus en plus audacieuses sont conduites, telles les attaques de type commando contre des aéroports militaires de Bagram, de Kandahar et de Jalabad.

Depuis décembre 2009, le commandement américain a décidé d’ajuster sa stratégie. La précédente avait provoqué la mort d’un grand nombre de civils afghans, victimes en particulier de bombardements aériens. La conséquence en fut la sympathie renforcée de la population à l’égard des résistants et le rejet de ces troupes étrangères vécues comme une armée d’occupation.

La stratégie dite de la « contre-insurrection » chère au général McChrystal récemment limogé par le Président Obama, mais poursuivie par son successeur le général Petraeus, tend à épargner davantage les civils, à gagner leur confiance et à conquérir du terrain sur les résistants.

Ce choix est contesté dans les rangs des militaires désormais plus dangereusement exposés. Il n’apparaît pas comme susceptible d’être plus efficace et la conviction que cette guerre ne peut pas être gagnée grandit.

La question de l’engagement de la France est posée. A l’évidence, il n’existe pas d’issue militaire en Afghanistan. Seule une aide occidentale politique, diplomatique, économique peut permettre à ce pays de construire son avenir par lui-même et de gagner la stabilité dont il a besoin pour se développer.

Le député souhaiterait connaître l’analyse que Monsieur le Ministre fait face aux revers militaires occidentaux, à la perte de nos soldats et comment il envisage que la France reconsidère son engagement actuel pour y substituer une alternative diplomatique et pacifique.
Permanence Parlementaire
27 rue Francis de Pressensé
69190 SAINT-FONS
Tél – Fax : 04 78 67 16 99

Assemblée Nationale
126 rue de l’Université
75355 Paris Cedex 07 SP
Tel: 01 40 63 69 70
Fax : 01 40 63 49 40

Publié 19 juillet 2010

depute.andregerin@gmail.com
http://www.blogandregerin.fr

http://socio13.wordpress.com:80/2010/07/19/lenlisement-afghan-question-ecrite-dandre-gerin/

 

4 Le PCF réclame un débat

Le Parti communiste français a réclamé aujourd'hui un "débat de fond" sur le conflit en Afghanistan, après la publication de documents américains confidentiels qui "confirment" que les opérations militaires "constituent un véritable désastre".
"La France et ses partenaires de l'Union européenne doivent s'engager dans une véritable politique pour la reconstruction et la sécurité en Afghanistan, ce qui passe par le retrait des forces de l'OTAN", écrit le PCF dans un communiqué.
"Le PCF demande qu'ait lieu à l'Assemblée nationale un débat de fond sur les solutions à apporter", estimant que "c'est toute la politique des Etats européens et des Etats-Unis qu'il faut revoir".
"Ces documents confirment ce que nous savons déjà", ajoute le PCF: "ces opérations militaires en Afghanistan constituent un véritable désastre". Ils confirment aussi "que les opérations militaires de l'OTAN en Afghanistan sont une véritable guerre, avec son nombre de morts et d'atrocités", poursuit-il. "Les détails contenus sur les tueries de centaines de civils sont effarants", écrit-il en demandant "que toute la lumière soit faite sur les responsabilités".

27/07

. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/07/27/97001-201007...

 

5 Tout faux… ou presque

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information

Hervé Morin a raison… sur ce point : le budget de la défense ne peut être totalement à l'abri de l'effort de rigueur demandé aux Français.

Tous les pays européens se préparent à des coupes claires dans leurs crédits militaires.

La France qui, en Europe, est le pays le plus dépensier pour ses forces armées ne peut pas faire exception.

Le malheur est que les restrictions vont porter sur le fonctionnement de nos forces, déjà réduites à la portion congrue et sur les équipements les plus utiles, les plus productifs. En revanche, sont totalement préservées les dépenses somptuaires qui depuis des années ruinent nos forces : le nucléaire et le Rafale.

Commençons par les avions. Il existe un excellent avion monoréacteur produit par Dassault : le Mirage 2000-D. Il était prévu de rénover cet avion, efficace et relativement peu coûteux, pour le rendre plus compétitif et lui permettre de se mesurer à l'exportation avec, par exemple, le Grippen suédois, lui aussi monoréacteur. Résultat des réductions budgétaires : cette modernisation passe à la trappe.

En revanche, le programme Rafale vient d'être renégocié à la hausse pour atteindre une somme proche de 40 milliards d'euros ! Cet avion, conçu au début des années 1980, a des performances remarquables et serait fort bien adapté à des combats…, contre les Soviétiques. En particulier, en matière d'interception et de combat "tournoyant" à haute altitude. Mais, il n'y a plus de Soviétiques et surtout les interceptions n'ont plus besoin d'un avion aux qualités spectaculaires. Ce qui compte ce sont les performances du radar et celles du missile intercepteur. En Afghanistan, comme dans tous les conflits récents, l'aptitude du Rafale à voler à Mach 1,8 ne sert à rien, coûte cher en endurance et – soyons gentils – n'aide vraiment pas à voir les insurgés.

Il y a vingt ans, Dassault et l'armée de l'air prévoyaient la vente de centaines, voire de milliers de Rafale à l'exportation. Chacun connaît maintenant la réalité. Une réalité qui s'explique fort bien : quand on s'obstine à vouloir faire tout seul un avion de ce type, la série initiale est ridicule, les prix de développement et d'industrialisation ne se partagent pas et l'avion final trop cher est invendable, sauf, bien sûr, à faire payer une fois de plus le contribuable pour satisfaire les caprices des acheteurs éventuels et vendre à perte.

NOUS AURIONS PU ÉCONOMISER DES MILLIARDS PAR DIZAINES

Aujourd'hui, la priorité devrait être de moderniser le Mirage 2000-D et de lancer un avion subsonique à bon marché adapté aux conflits réels du siècle. Mais personne ne le propose. Dans son obsession du Rafale, Dassault se tire lui-même une balle dans le pied et le gouvernement en fait autant.

Quant au nucléaire, les dépenses actuelles sont encore plus discutables si l'on veut bien s'éloigner des phrases creuses rebaptisées grands principes. Oui le nucléaire est utile. Oui de Gaulle avait raison de consacrer une part importante du budget militaire à sa création. Mais cinquante ans plus tard, il n'y a plus de composantes à créer, il n'y a plus qu'à entretenir une force significative. Sans gaspiller "tous azimuts", sans tolérer l'absence de tout contrôle parlementaire réel. Pourquoi jeter à la mer des missiles M 45 presque tout neufs pour les remplacer par des missiles M 51 dont on ne pourra même pas tester la nouvelle tête puisque les essais sont maintenant interdits ? Pourquoi augmenter spectaculairement le prix de nos porte-avions pour les rendre aptes au transport d'armes nucléaires? La fameuse dissuasion serait-elle amoindrie si, seuls, les Rafale de l'armée de l'air pouvaient lancer les missiles nucléaires ASMP ? Pourquoi dépenser – au moins – 3,5 milliards pour un laser mégajoule à l'intérêt peu évident ? Commandé en 1995, pour la simulation des nouvelles armes nucléaires il ne sera guère opérationnel avant 2020 alors que la nouvelle tête TNO devrait entrer en service en 2015, sans son aide ? Pourquoi dépenser beaucoup, beaucoup plus que les Britanniques en matière nucléaire ?

Le domaine nucléaire étant sacralisé, alors que les autres dépenses sont revues à la baisse, sa proportion dans le budget de la défense recommence à augmenter significativement. Sa part va atteindre 25 % des crédits d'équipement ! Petit détail : les missiles nucléaires se vendent peu à l'exportation. Avec plus de bon sens et un véritable effort pour se contenter d'une véritable mais stricte suffisance nucléaire, nous aurions pu économiser des milliards par dizaines. Des milliards qui auraient pu être investis dans des entreprises d'exportation. Nous aurions plus d'hélicoptères, plus de véhicules modernes de transport de troupe, plus de navires de surface, une meilleure balance commerciale, moins de fermetures de sites militaires et moins de chômage.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/19/tout-faux-ou-presque_1389809_3232.html

LEMONDE.FR | 19.07.

 

6 Soldats d’Afghanistan, le sentiment d’être oubliés.
Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information

Les troupes françaises sont engagées en Afghanistan depuis le début des années 2000.

Une opération à risques, qui fait régulièrement des morts.

Pourtant, ici, l’affaire fait peu de bruit
Vingt et un juillet 2009. Quatre véhicules blindés, dont un VAB sanitaire, roulent dans la poussière sur la route qui traverse la vallée de Tanguy. Une route unique. Une route dangereuse. Sébastien Sicard, médecin militaire du 126e régiment d’infanterie, 32 ans, occupe la place du passager, dans l’ambulance banalisée.
Debout dans la tourelle blindée, il scrute les versants de la vallée, essayant de détecter une possible présence ennemie. Il ne voit pas les résistants, cachés derrière les rochers, qui attendent le convoi. Il ne voit pas non plus l’IED (engin explosif artisanal), relié à un détonateur, qu’ils ont placé sur la route.
C’est le troisième véhicule qui est pris pour cible, le sien. L’explosion est terrible. Ses deux brancardiers sont touchés, dont l’un gravement.

Le jeune médecin, lui, est éjecté de l’ambulance : des dizaines de blessures et de fractures ; un pronostic vital sur le fil ; dix jours de coma artificiel.
Sébastien est finalement transféré à l’hôpital militaire de Percy, en région parisienne, pour des soins intensifs. Pendant quatre mois, il ne quitte pas l’hôpital. Un an après « l’accident », Sébastien marche toujours avec des béquilles. Les médecins n’ont pas su lui dire s’il pourra retrouver une «vie normale» : conduire, faire du vélo, nager… Il faut attendre. Une seule certitude : le médecin militaire ne retournera jamais dans une zone de combat.

"C’est très rare qu’un médecin soit blessé en opération"

Quand il est sorti de l’hôpital, Sébastien a demandé si l’accident avait eu un retentissement en France. Rien. Pas une ligne. « Ma famille a été étonnée qu’aucun média ne relate les faits, se souvient ce père d’une fillette de 2 ans. C’est très rare qu’un médecin soit blessé en opération. Le dernier à l’avoir été, c’était il y a plus de dix ans…
Les médecins sont censés être moins exposés que les soldats. S’ils commencent à être touchés, c’est que la situation est grave et qu’il faudrait peut-être commencer à en parler. Ceux qui se battent là-bas ont parfois le sentiment d’être oubliés. »
Sébastien a conscience d’être un miraculé. Les risques du métier, pourtant, il connaissait. Il dit qu’il ne s’est pas engagé pour « distribuer des roses ». Ni pour en recevoir. L’armée lui a remis un certificat portant la mention : « blessé de guerre ». De guerre.
« On est censés aider à la reconstruction de l’État afghan, mais on subit pas mal d’attaques, poursuit le médecin. En théorie, nos objectifs sont clairs. En pratique, c’est plus compliqué. Nous devons former l’armée nationale afghane. Mais dans cette armée, il y a des déserteurs, passés du côté des résistants. D’autres, parce qu’ils sont menacés, divulguent des informations aux résistants. D’autres enfin, parce qu’ils vivent dans un grand dénuement, viennent chercher dans l’armée une sécurité matérielle. On trouve une multitude de garrots au marché noir… La corruption est endémique. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. »

« On évite de penser au pourquoi. On se concentre sur ce qu’on doit faire là-bas »

Depuis que, à la demande des Américains, la France multiplie les missions « OMLT » (operational Mentoring and Liaison Team, soit équipe de liaison et de mentorat opérationnel) auprès de l’armée afghane, les attaques se sont faites plus nombreuses. En 2004, la France a perdu trois hommes en Afghanistan.
En 2005, deux. Trois encore en 2007. Mais en 2008, onze morts, dont la plupart dans l’embuscade de Surobi. Puis, onze morts encore en 2009 et déjà 9 tués, presque un par mois, depuis janvier dernier. Sans compter les blessés : plus de 220 depuis le début du conflit, selon la cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (Cabat). « On évite de penser au pourquoi, lâche Sébastien. On se concentre sur ce qu’on doit faire là-bas. »
L’adjudant-chef Franck Chemin, 47 ans, membre du 2e régiment étranger du génie, essaye de ne pas se poser de questions non plus. Il dit qu’il est soldat. Et qu’un soldat n’est pas censé discuter du bien-fondé d’une opération, si l’État l’a décidée. Les questions, c’est son père qui les posait : « Mais Franck, bon sang ! Qu’est-ce qu’on va faire là-bas ? » Ce spécialiste des déminages a 17 « opex » (opérations extérieures) au compteur. Il est parti pour son troisième séjour en Afghanistan en novembre dernier. « J’étais content de partir, assure-t-il. Il vaut mieux partir en mission que de rester au régiment ! »

"Quand on part, on sait que l’un de nous peut être ramené dans une boîte"

Son accident a eu lieu le 6 janvier, deux mois après son arrivée au poste de Nigrab. Son équipe ratissait un périmètre à la recherche d’armes cachées. Quand elles sont trouvées, les munitions sont détruites. C’est l’une d’elles, un obus chinois, qui a « déflagré » quand Franck a voulu le poser à terre. « Si l’obus avait fonctionné normalement, je serais mort coupé en deux », poursuit ce spécialiste des munitions. D’une certaine manière, Franck a eu de la « chance ». Amputé de la main gauche, il doit notamment soigner une fracture ouverte à la jambe droite.
Il se réveille cinq jours plus tard à l’hôpital Percy. Tous les deux jours, il doit descendre au bloc. Une vingtaine d’opérations, au total. « Les premiers mois, on ramasse », dit simplement ce père de deux enfants. Quand il est entré à la légion étrangère – « Ne me demandez pas pourquoi, ça ne se fait pas ! » – à l’âge de 17 ans, ce n’était pas par vocation. Mais Franck a appris à aimer l’armée. Sa femme, elle, n’a pas pu. Elle se tient à l’écart de la vie du régiment. Quand elle a su que son mari était blessé, elle a eu peur qu’il soit touché au visage.
Aujourd’hui, elle se bat contre « le regard des autres ». Le regard curieux ou gêné, souvent inquisiteur, de ceux qui découvrent que Franck n’a qu’une main. « Certaines familles ont du mal à accepter l’engagement militaire, observe l’adjudant-chef. Nous, nous sommes conscients du danger. Quand on part, on sait que l’un de nous peut être ramené dans une boîte. C’est difficile. Mais c’est comme ça. »

« Mon métier de soldat se termine, constate-t-il. Mais je reste militaire »

Cette blessure, Franck sait qu’elle va changer sa vie. Indépendamment des dommages physiques irréversibles, il ne pourra plus exercer le métier qu’il aime : le terrain, l’« opex », le déminage. « Ce n’est pas le moment de s’écrouler, dit-il. Rien ne changera, maintenant. C’est moi qui dois changer. » Franck restera dans l’armée aussi longtemps que celle-ci lui fera « une place ». Il espère pouvoir se reconvertir dans l’instruction des plus jeunes. « Mon métier de soldat se termine, constate-t-il. Mais je reste militaire. »
De la même manière, le brigadier-chef Stéphane Rouffet, 33 ans, serait heureux de mettre son expérience au service des plus jeunes. Mais le terrain, pour lui aussi, c’est fini. « Mon métier est entre parenthèses. C’est ce qui me fait le plus mal. » Soldat au 35e RAP de Tarbes, Stéphane a été grièvement blessé le 27 septembre 2008 dans la vallée de Kapisa. Il était auxiliaire sanitaire : le secouriste de la section.
Ce jour-là, il accompagne le 8e RPIMA et le 17e RGP dans leur mission : rechercher les caches d’armes, prendre contact avec la population, « faire de la présence ». Les tirs, en provenance d’une maison en surplomb, ont surpris les soldats quand ils entraient dans le village. Coincés dans un «ouabi», une rivière asséchée, ils sont à découvert. Il faut se replier. Et riposter.
Stéphane est touché à la jambe par des éclats des roquettes. Il pose lui-même un garrot. Avant d’apporter les premiers secours à ses camarades blessés. Deux chars de la Légion étrangère viennent en appui. Les deux régiments s’extirpent enfin de la nasse. Bilan : sur 39 hommes, 18 blessés.

Le décalage entre la saga des Bleus et le silence médiatique autour du 44e mort français

Le brigadier est transporté à l’hôpital de Bagram, puis à celui de Kaboul. Avant d’être évacué au Val-de-Grâce, à Paris. Après le fauteuil roulant, les béquilles. L’embuscade a eu lieu il y a deux ans ; comme ses camarades, Stéphane ne sait pas s’il pourra récupérer sa jambe à 100 %. À son retour, il a été surpris par le peu d’intérêt suscité par cette « vraie guerre » menée par son pays dans cette région lointaine.
Son camarade Steeve Cocol, brigadier au 1er régiment d’artillerie, est tombé là-bas, le 18 juin dernier, victime d’un « tir insurgé ». En pleine Coupe du monde de football. Stéphane n’a pas supporté le décalage entre la saga des Bleus, suivie en direct par des millions de Français, et le silence médiatique autour de ce 44e mort français en Afghanistan : « Ce jour-là, des hommes n’avaient pas respecté le drapeau et on parlait d’eux 24 heures sur 24, tandis que d’autres, tombés au même moment pour ce drapeau, étaient superbement ignorés. Où sont ces valeurs dont nous parle sans cesse le président de la République ? »
Le bien-fondé de l’engagement de la France aux côtés des alliés en Afghanistan, un conflit qui s’enlise depuis près de dix ans, Stéphane ne veut pas en parler. « On vous donne une mission, vous devez la remplir, tranche-t-il. Si vous avez des états d’âme, ce n’est pas possible. Et puis par respect pour mes camarades tombés au combat, c’est une question que je refuse de me poser. Je ne veux pas qu’ils soient morts pour rien. »

22/07/2010

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2433368&rubId=4077



3 Annexe

3-1 Silvia Cattori : Roger Waters, homme et artiste d’exception.

Le message engagé d’un musicien de légende.

Dans un monde où, de la Palestine à l’Irak en passant par l’Afghanistan, tant d’innocents sont brutalisés par des armées barbares, humiliés, privés d’espoir, de liberté, et de tout ce qui fait la dignité humaine, la voix d’artistes qui ont la probité de mettre leur talent, leur signature, à refuser l’ensauvagement, est un rayon d’espoir.

Roger Waters, le légendaire bassiste, guitariste et chanteur du mythique groupe Pink Floyd, aujourd’hui dissout, est l’un de ces artistes d’exception et de courage.

« Divertir les gens ne m’a jamais intéressé, ce que je veux est émouvoir », a-t-il coutume de dire.

Admiré bien au delà du monde du rock, sensible au sort de peuples écrasés par plus fort qu’eux, meurtris par des luttes inégales, Rogers Waters a quelque chose d’important à dire. Il a du reste dédié ses albums aux êtres « tombés à la guerre ». Pour lui, parler des souffrances que les guerres génèrent « c’est contribuer à les éviter, à les faire cesser ».

En 1979, l’album « The Wall », dont il a écrit paroles et musiques, est devenu l’hymne d’une génération. C’était une époque où le mouvement anti-guerre était encore puissant. Il est aujourd’hui éteint. Roger Waters, réfléchi et passionné, sait qu’il a sa part à jouer pour en rallumer la flamme.

« Quand nous avons sorti cet album, c’était après la fin de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, nous sommes en plein cœur des guerres en Irak et en Afghanistan. Il y a dans « The Wall » un puissant message anti-guerre : ce message qui existait à l’époque de sa sortie existe toujours aujourd’hui » disait-il récemment. Il ne peut supporter de voir des pays entiers jetés dans des guerres absurdes, injustifiées, de plus en plus cruellles et dévastatrices, et rester sans réagir. Ce qui donne tout son sens à sa prochaine tournée : « THE WALL TOUR » :

« La question qui se pose à présent pour moi est la suivante : les technologies de la communication dans notre culture, vont-elles servir à nous éclairer et nous aider à mieux nous comprendre, ou vont-elles servir à nous tromper et à nous tenir à distance ?

Je crois que c’est une question extrêmement pertinente. Il y a un fatras commercial sur le net, et beaucoup de propagande, mais j’ai le sentiment que, juste sous la surface, la compréhension gagne du terrain. Nous devons simplement continuer à blogger, continuer à twitter, continuer à communiquer, continuer à partager des idées. (…)

Cette nouvelle production de The Wall est une tentative de tirer quelques parallèles, pour éclairer les difficultés présentes ; elle est dédiée à toutes les innocentes victimes des années écoulées. (…)

Je crois que nous avons au moins une chance d’aspirer à quelque chose de mieux que la tuerie rituelle du loup qui dévore le loup et qui est notre actuelle réponse à notre peur institutionnalisée de l’autre. (…)

Je pense qu’il est de ma responsabilité, en tant qu’artiste, d’exprimer mon optimisme – optimisme contrôlé – et d’encourager les autres à faire de même. »

Et, pour rendre justice aux victimes des guerres, Roger Waters a invité les familles concernées à exposer, lors des concerts, les photos de leurs chers disparus :

« Je vous fais cette demande à la lumière de ma conviction que beaucoup de ces pertes tragiques en vies humaines, sont évitables. Je me sens en empathie avec les familles de toutes les victimes et je suis tout autant en colère contre “LES POUVOIRS EN PLACE”, qui en sont responsables.

Les humains ont besoin de la protection de l’État de droit. Il faudrait se mettre d’accord sur ce que la loi devrait être maintenant, (un acquis sur lequel nous avons travaillé quelques centaines d’années), mais aussi convenir que, en développant notre compréhension, à la fois de nous-mêmes et de notre environnement, cela devrait nous amener à modifier les lois qui nous gouvernent. La loi ne devrait pas être gravée dans le marbre. Prenez-en note, vous, disciples de Moïse et autres prophètes morts.

Cela m’amène au point suivant. À mon avis, la religion dresse un mur entre nous et la réalité de nos vies. Il y a aussi un mur entre : riches et pauvres, Nord et Sud, l’ancien et le nouveau monde, et le tiers monde. C’est un mur de peur et d’avidité !

Il y a assez de tout dans le monde pour que chacun de nous ait assez à manger ; pour que chacun soit au chaud et au sec et ait une télévision couleur et une voiture. On nous apprend à craindre que, si nous partageons ce que nous avons avec eux [les pauvres], il ne nous restera rien. Nous craignons aussi qu’ils essaient de nous prendre ce que nous avons, et ainsi nous dépensons beaucoup plus en armes que ce dont eux auraient besoin pour leur nourriture, leur logement, leurs vêtements et leur éducation - pour les empêcher de nous prendre ce que nous possédons.

Il y a aussi un autre mur entre nous et la réalité de nos vies. Ce mur s’appelle “les médias”. Ce mur est un outil qui sert à nous détourner de vérités dérangeantes. » [2]

Ses paroles, Roger Waters les confirme par ses actes.

En juin 2006, il a entendu l’appel - à refuser de donner son spectacle à Tel Aviv - que lui avait adressé le mouvement palestinien BDS [3], adhérant ainsi au boycott contre Israël. Il expliquait : « La souffrance endurée par le peuple palestinien depuis quarante ans d’occupation israélienne est inimaginable pour nous qui vivons à l’ouest ; je soutiens leur lutte de libération. J’ai fait changer le lieu du concert, qui aura lieu à Neve Shalom en signe de solidarité avec les voix de la raison, palestiniennes ou israéliennes, qui cherchent un chemin non-violent vers une paix juste. »

Soit dit en passant, Leonard Cohen, pressé à son tour en 2009 de ne pas se produire à Tel Aviv [4], a, lui, maintenu son concert ; et cela fait toute la différence.

En juin 2009, Roger Waters s’est rendu en Palestine occupée où il a visité le petit camp de réfugiés d’Aïda [5]. A l’issue de son voyage il a déclaré [6] :

« Les gens qui n’ont pas vu ce qui se passe ici, ne peuvent pas imaginer quelle impression cela vous fait : les malades, le bouleversement que vous ressentez dans votre cœur quand vous voyez cela, à quel point c’est déprimant ».

Atterré par ce qu’il a découvert, il a promis qu’il reviendrait donner un concert en ces lieux meurtris le jour où le mur de l’apartheid serait démantelé. C’était là, à l’évidence, une manière de réaffirmer son soutien à la campagne de boycottage contre l’État d’apartheid et de mettre le doigt sur le présent atroce et brutal des Palestiniens.

En décembre 2009, dans une lettre pleine d’émotion, il a manifesté publiquement son estime et son plein soutien aux milliers de gens, toutes nationalités confondues, engagés dans des actions concrètes pour forcer Israël à ouvrir les portes de Gaza et alerter l’opinion publique sur cette réalité brûlante :

« Je m’appelle Roger Waters. Je suis un musicien anglais et je vis aux États-Unis (…) Voilà un an, nous avons tous vu, horrifiés, l’agression particulièrement haineuse perpétrée par les forces armées israéliennes contre la population de Gaza ; agression qui n’a toujours pas cessé, puisque le blocus illégal de Gaza se poursuit.

Nous, de l’extérieur, ne pouvons imaginer les souffrances infligées à la population de Gaza, tant par l’invasion que par le blocus. Le but de la « Marche de la liberté » de Gaza est d’attirer l’attention du monde entier sur la situation abominable que vivent les Palestiniens à Gaza. Ceci, dans l’espoir que la gravité de leur sort sera enfin compris de toutes les personnes normales et dignes de la planète, et que en prenant connaissance de l’ampleur des crimes commis contre eux, elles exigeront de leurs gouvernements qu’ils fassent toutes les pressions en leur pouvoir afin qu’Israël lève enfin le blocus de Gaza.

J’utilise le mot « crime » en toute connaissance de cause puisque, aussi bien le blocus que l’invasion militaire ont été déclarés illégaux par les représentants des Nations unies et par les organisations des droits de l’homme les plus en vue.

Si nous ne respectons pas les lois internationales, si certains gouvernements se situent au-dessus des lois, nous ne sommes plus très éloignés de la barbarie et de l’anarchie.

La « Marche de la liberté de Gaza » est un message d’amour qui s’adresse à tous ceux d’entre nous qui considèrent que nous sommes tous frères et sœurs ; que nous sommes tous censés nous soulever pour construire un futur où tout un chacun pourra compter sur la loi et sur l’universalité des droits de l’Homme. Où la vie, la liberté et la poursuite du bonheur ne sont pas l’apanage du « petit nombre ». Donc, à ceux et à celles d’entre vous qui marcheront, je tire mon chapeau. Ce que vous faites est noble et courageux et, lorsque vous aurez atteint votre but, je vous demanderai de dire à nos frères et sœurs palestiniens que, de ce côté-ci, hors des murs de leur prison, nous sommes des centaines de milliers à être solidaires avec eux.

Aujourd’hui, des centaines de milliers, demain, des millions et, bientôt, des centaines de millions. Nous vaincrons. » [7]

Ceux qui ont suivi cette histoire n’oublieront jamais qu’en cette minute si cruciale où les Palestiniens, emprisonnés dans le ghetto de Gaza, au milieu des ruines, attendaient désespérement un geste de solidarité, Roger Waters était présent. À fin décembre 2009 - période de l’année où, dans nos sociétés, on s’amuse – il se consacrait à aider Gaza. Humain, splendide, solidaire, il composait : "We Shall Overcome" [“Nous vaincrons”], une chanson émouvante et porteuse d’espoir, qui, dit-il, lui a « été inspirée par le sort des Palestiniens - en lutte pour réaliser un Etat palestinien - et les horreurs de la guerre et du blocus qui leur sont imposés par Israël ».

Il accompagnait sa chanson de ce commentaire à l’adresse des journalistes et des gouvernements qui ne font pas ce qu’ils devraient, raison pour laquelle les gens se doivent d’agir à leur place :

« Durant la période du Nouvel An 2009 -2010, un groupe international de 1500 hommes et femmes venant de 42 pays s’est rendu en Égypte pour participer à une « Marche de la liberté » vers Gaza. Ils l’ont fait pour protester contre le blocus actuel de Gaza. Pour protester contre le fait que les habitants de Gaza vivent dans une prison virtuelle. Pour protester contre le fait que, une année après l’attaque terroriste des forces armées israéliennes, qui a détruit la plupart de leurs maisons, hôpitaux, écoles et autres bâtiments publics, ils n’ont aucune possibilité de les reconstruire parce que leurs frontières sont fermées.

Ces « marcheurs de la liberté » voulaient attirer pacifiquement l’attention sur la situation de la population palestinienne de Gaza. Et le gouvernement égyptien, (financé à hauteur de 2,1 milliards de dollars par an, par nous, les contribuables des États-Unis), ne veut pas permettre aux marcheurs d’approcher la bande de Gaza ? C’est une histoire lamentable ! Mais combien prévisible ! Je vis aux États-Unis et pendant ce temps, du 25 décembre 2009 au 3 janvier 2010, je n’ai pas vu la moindre nouvelle au sujet de Gaza, ni au sujet de cette « Marche de la liberté », ni au sujet de ce rassemblement (en Egypte) de manifestants cosmopolites. Quoi qu’il en soit, au vu de ces circonstances, cela m’a incité à enregistrer une nouvelle version de "We Shall Overcome" [“Nous vaincrons”]. » [8]

Quand un homme, un musicien, un poète, est capable de se hisser à ce niveau d’engagement et de loyauté, où tout est sincère et tout est vrai, ses paroles ont un poids énorme. Ce qu’il dit, comme il le dit, lui assure sa pleine grandeur. Et l’estime du public, cette douceur où l’artiste puise sa force.

Les Palestiniens, les Irakiens, les Afghans, et tant d’autres victimes, qui sont les premiers destinataires de son message d’amour, suspendus entre l’angoisse de la mort et l’espoir, savent que cette blessure qui est la leur, le poète, ici Roger Waters, la porte aussi en lui.

Son message va droit au cœur de centaines de milliers de gens qui, depuis les années 70, ont eu le privilège de le côtoyer dans l’un de ses concerts, où l’on se sent unis et solidaires, pour une heure, un soir, à l’écoute de « Mother », de « Wish You Were Here »... Et où, en cette ferveur, on comprend quelque chose de saisissant et vertigineux : qu’il ne dépend que de chacun de savoir si nous sommes capables d’aimer notre prochain, et de refuser que des barbares en uniforme fassent ce que l’on ne tolèrerait pas que l’on nous fasse.

26 juillet 2010 |

Silvia Cattori

http://www.silviacattori.net/article1279.html



4 Tribune :

4-1 La drogue afghane : un outil de mobilisation en faveur de ‘notre’ engagement aux confins centre-asiatiques ...

Ndlr : La publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue de l'auteur, mais doit être vu comme information

Par le commandant Esquerre  (petite main propagandiste : comme si la coalition s’était jamais souciée de la production d’opium, au contraire... et maintenant les “communicateurs” - qui ont le cerveau lent -) découvrent là un outil de mobilisation en faveur de notre engagement aux confins centre-asiatiques !!)
Article du chef de bataillon Hugues Esquerre, stagiaire au Collège interarmées de defense (CID) consacré à "l'Afghanistan, la drogue et la guerre" .
Cette année comme les années précédentes, l'héroïne et le cannabis afghans tueront à nouveau plus de jeunes Français que les combats en Afghanistan1 <
http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/#footnote1> . Dans les deux cas, l'adversaire est pourtant le même : les mouvements des insurgésafghans.

[+tôt le frère du Président Karzaï et les chefs de guerre en cheville avec la coalition otanesque ! De même le terme “insurgé” est proprement débile, il s’agit de résistance ethno-religieuses ou autre, bien évidemment]

Tandis que la production de pavot afghan assure aujourd’hui 93% de la consommation mondiale d’héroïne et représente l’équivalent de 70% du PIB local, (le qualificatif “local” me semble très révélateur !) cette manne alimente très largement le conflit dans lequel les pays de la coalition internationale placée sous l’égide de l’OTAN sont impliqués depuis maintenant neuf ans.
Par un effet pervers inévitable, l’intervention internationale a en effet rapproché deux mondes qui jusqu’ici se combattaient : celui des Résistants et celui des trafiquants, les premiers punissant de mort l’activité des seconds lorsqu’ils étaient au pouvoir. A présent, une part importante de l’argent provenant du trafic de drogue alimente l’insurrection. C’est ainsi que certains résistants se sont impliqués dans le trafic afin de financer leur combat (achat d’armes, recrutement de partisans, corruption de fonctionnaires) ou qu’ils ont initié une collaboration avec les trafiquants afin de protéger des zones ou diverses installations nécessaires à leur activité illégale.

De la même façon, des trafiquants, uniquement criminels à l’origine, sont pour leur part passés à la résistance pour lutter contre les forces internationales sans le départ desquelles leur activité est rendue plus compliquée.
De façon plus structurelle, les sommes que représente le trafic de drogue sont telles à l’échelle des finances et des salaires moyens afghans qu’elles créent une corruption endémique. Cette situation compromet l’établissement de conditions de gouvernance suffisantes pour envisager un transfert total de responsabilités aux autorités afghanes en vue d’un retrait ultérieur des troupes internationales.
Conscients de ces enjeux, certains pays de la coalition se sont engagés isolément dans des politiques de lutte contre la culture de l’opium.

L’échec a été total.

Les Etats-Unis ont ainsi pratiqué l’éradication systématique des cultures, ruinant les paysans concernés et leurs familles.

Les réseaux de trafiquants n’ont pas été fragilisés mais les populations se sont en revanche éloignées des troupes alliées, assimilées à des affameurs.

Les Britanniques ont de leur côté procédé au rachat de l’opium à un prix supérieur au cours habituel, ce qui n’a fait qu’accroître la production locale.

Au-delà de ces déboires, c’est surtout l’absence d’une ligne politique commune au niveau international qui est préoccupante car elle empêche le développement de la seule solution paraissant efficace dans le long terme et qui a notamment fait ses preuves en Colombie : la mise en place d’une agriculture de substitution subventionnée.
En effet, pour éliminer la culture d’opium, il faudrait parvenir à réimplanter différentes cultures vivrières sans réduire les revenus des paysans et en garantissant leur sécurité. Ce dernier point n’est pourtant pas le plus délicat tant la tâche politique est grande. S’appuyant sur des conditions qui ont jadis permis à l’agriculture afghane de prospérer au point d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, un subventionnement dans le cadre d’un plan international apparaît nécessaire. Ce plan devrait couvrir un temps raisonnablement long pour faire disparaître « l’habitude » du pavot et absorber en douceur la réduction des aides financières qui initialement garantiraient des revenus identiques aux producteurs. Un fonds international afférent au plan et un organe de gouvernance seraient donc nécessaires pour assurer la conduite à terme du projet en accompagnement du gouvernement afghan.
Pour parvenir à bâtir ce projet et ainsi envisager une sortie de crise, la communauté internationale doit faire preuve d’un engagement politique plus solide et cohérent sur cette question, tout en acceptant que ce terme soit lointain. Il faut donc vaincre les réticences et les préoccupations purement nationales pour y parvenir. Dans l’attente, les militaires ne peuvent que gagner du temps car il n’y aura de stabilisation du pays qu’avec de véritables résultats dans la lutte antidrogue à tous les niveaux.
1 La seule héroïne (essentiellement afgane) tue environ 300 personnes par an en France (source : www.drogues.gouv.fr <http://www.drogues.gouv.fr> )
et... 30 000 dans la Fédération de Russie !! Une autre dimension  !

<http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2010/07/tribune-la-drogue-afghane-tue-plus-de-jeunes-fran%C3%A7ais-que-les-combats-par-le-commandant-esquerre.html



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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