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08/09/2010

n°143 - Analyse - Géopolitique et stratégie - Réflexion du Liban. - : - 12-09 - Début - :Israël attaquera t-il le Liban pour lui voler son gaz ?

n°143  - Analyse -  Géopolitique et stratégie - Réflexion  du Liban. - : - 12-09 - Début  - :Israël attaquera t-il le Liban pour lui voler son gaz ?




Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix.

Les médias occidentaux dans leur large majorité acceptent les versions de l'armée américaine et ferment les oreilles aux autres sources. .

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!

Sa diffusion est un acte de résistance.



Dossiers  Analyse, Géopolitique et stratégie du Liban 

n°143 du 09-09

C.De Broeder & M.Lemaire

 



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Le " dossiers du liban" est  visible  sur mes blogs : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

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b) sur le site de Eva Resis   :  no-war.over-blog.com

c) Et sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

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Sommaire :  

1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 René Naba : VI -  La criminalisation du Hezbollah, une guerre de substitution contre l’Iran.

1-2 Lélia Mezher : Hezbollah-Israël : le temporaire et complexe équilibre.

1-3 Alfredo Jalife-Rahme : Israël attaquera t-il le Liban pour lui voler son gaz ?

Fin 

2  Annexe

2-1 Mohamed EL BACHIR : Liban : guerre civile ou déflagration régionale ?

2-2 René Naba : L’Arabie saoudite, un pompier pyromane d’enjeux qui la surpassent.

Pièce Jointe

Treizième rapport du Secrétaire général de l’ONU sur le suivi de la cessation des hostilités au Liban.

 



1 Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

1-1 René Naba : VI -  La criminalisation du Hezbollah, une guerre de substitution contre l’Iran.

La neutralisation d’un important lot d’agents israéliens, particulièrement dans le secteur sensible de la téléphonie cellulaire, dont les relevés fondent l’acte d’accusation, pose le problème de la fiabilité des preuves des enquêteurs internationaux. L’acte d’accusation a été divulgué par anticipation, en Mai 2010, sans que l’autorité compétente se ravise, aux mépris des règles les plus élémentaires de la procédure pénale internationale. Sa teneur a été communiquée officieusement au Hezbollah, non par la voie judiciaire compétente, mais par le propre chef du gouvernement du pays plaignant, et propre fils de la victime, Saad Hariri à Hassan Nasrallah dans une conversation à huis clos dans une démarche qui s’apparente à un marchandage. L’implication de «trois membres indisciplinés» du Hezbollah pour solde de toute compte du contentieux qui oppose sunnites et chiites dans le monde arabe depuis l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

L’offre a été refusée et portée sur la place publique. Quiconque connaît le fonctionnement du Hezbollah à la discipline toute spartiate, le pointage d’un membre «indiscipliné» de ce mouvement constituerait l’aveu d’un dysfonctionnement, d’une absence de contrôle du chef du mouvement sur ses troupes. Pis, elle stigmatiserait le Hezbollah de l’accusation de régicide à l’effet de le marquer du sceau de l‘infamie au regard des sunnites, le courant majoritaire de l’Islam dans le monde arabe et musulman, et de plomber du même coup la légendaire réputation du Hezbollah en tant qu’organisation disciplinée exclusivement consacrée à la lutte contre Israël. Une accusation qui constituerait le point de basculement vers une guerre sunnite – chiite sur l’ensemble du monde arabe, particulièrement au Liban et les monarchies du golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Koweït) où résident de fortes minorités chiites.  L’un des principaux inculpés, Jamil Sayyed, accusera publiquement à sa libération le tribunal de lui avoir demandé de se désigner comme «bouc émissaire» afin de conclure l’instruction et de clore le dossier. Un scénario identique semble se reproduire à l’encontre du Hezbollah.

Depuis L’assassinat de Rafic Hariri, le mouvement chiite fait l’objet d’une vive pression visant à le marginaliser, à défaut de le délégitimer. Initiée par l’interdiction en France de sa chaîne de télévision «Al Manar», en 2004, la pression s’est poursuivie par une vaine tentative de le désarmer, dans la foulée du coup de massue israélien, en 2006. Elle s’est poursuivie dans la foulée de la neutralisation du camp palestinien de Nahr el Bared, en 2007, avec, l’assassinat à Damas, en février 2008, de son chef militaire Imad Moughniyeh, elle-même suivie d’une épreuve de force avec ses adversaires de la coalition occidentale visant à neutraliser son réseau autonome de transmission, en mais 2008. Le tout couplé par des actions hostiles en direction de son protecteur, la Syrie, matérialisée par le bombardement d’un site nucléaire en novembre 2007, et l’assassinat de l’interface syrien du Hezbollah libanais, le Général Mohamad Souleymane, tué depuis un yacht, dans son chalet du bord de mer, à Tartous, (Syrie), en Août 2008.

Projet d’enfumage médiatique et de brouillage diplomatique visant à gommer l’implication du Clan Hariri dans l’exacerbation du courant intégriste sunnite dans les camps palestiniens du Liban, la neutralisation de Nahr el Bared s’est soldée par un lourd bilan, malgré l’appui logistique de l’armée syrienne à l’armée libanaise. 143 personnes (76 militaires libanais, 50 insurgés, 17 civils palestiniens) ont péri au cours des 32 jours d’affrontement qui se sont déroulés dans ce camp palestinien du Nord Liban, en Mai Juin 2007 dans une opération de diversion, visant à neutraliser les effets de la défaite israélienne de juillet 2006 et à mobiliser le camp sunnite face au Hezbollah. La reddition du camp signera la victoire morale du président Emile Lahoud, fondateur de la nouvelle doctrine militaire libanaise de la stratégie de la riposte, mis à l’index par les occidentaux qui cherchaient à le déstabiliser depuis l’assassinat de Rafic Hariri.

Une ténébreuse affaire à tous égards que l’attaque du camp palestinien de Nahr el Bared dans la mesure où celui qui a été célébré comme le héros de la bataille, le Colonel Mansour Diab, blessé au combat, s’est révélé être un agent israélien. Ancien directeur de l’école des forces spéciales et des commandos de marines, a-t-il favorisé dans l’exercice de ses fonctions durant la période de son mandat, le transbordement du matériel d’espionnage et de sabotage israélien? L’exfiltration d’agents démasqués? L’infiltration d’agents opérationnels du Mossad pour des opérations coup de poing? Sa bravoure au combat était-elle destinée à brouiller les pistes sur sa connivence israélienne, en anéantissant à Nahr el Bared les preuves de la collusion du clan Hariri avec l’intégrisme sunnite djihadiste?

Autant de questions légitimes qui rejoignent d’autres questions demeurées, elles,sans réponse concernant les connexions sulfureuses de Gébrane Tuéni, le comportement faussement désinvolte de Marwane Hamadé sur lequel il ne s’est jamais expliqué, de même qu’Elias el Murr, Monsieur gendre de la présidence libanaise, du temps de la mise en quarantaine de son beau père, le président Emile Lahoud, avant son spectaculaire retournement en faveur du clan Hariri, sans oublier l’omission intrigante du champ des investigations des deux personnalités particulièrement averties de la scène libanaise: le transfuge syrien Abdel Halim Khaddam, ancien vice président de la République, proconsul syrien au Liban pendant trente ans, en charge de la gestion de l’affairisme syro-haririen, dont le laxisme en faveur de son coreligionnaire sunnite, le milliardaire libano saoudien, pourrait avoir permis, en connexion avec l’intégrisme activiste de la mouvance wahhabite, le grenouillage du marigot libanais et son noyautage par les taupes israéliennes, ainsi que Johnny Abdo, homme de l’ombre par excellence, témoin muet des opérations clandestines de ses deux poulains politiques, le président éphémère du Liban, Bachir Gemayel et le premier ministre Rafic Hariri, tous deux tués dans un attentat, le chrétien en 1982 et le sunnite en 2005, signe patent de l’échec de cet homme du renseignement au rôle occulte, interface libanais des services occidentaux.

Concentré de toutes les turpitudes occidentales et saoudiennes, le groupe Fatah al Islam compte parmi ses fondateurs, le cheikh Naji Kanaan, issu de la mouvance des Frères musulmans. Il a été incarcéré une dizaine d’années dans les geôles syriennes (jusqu’en 2000) pour «activisme religieux antinational». Il sera par la suite responsable de la mobilisation sunnite pour «le Courant du Futur», la formation du premier ministre Saad Hariri, chargé des questions militaires et sécuritaires auprès du Colonel Ahmad al Khatib, ancien officier dissident libanais, fondateur de «l’armée du Liban arabe», durant la guerre civile libanaise (1975-1990). Chef du Mouvement de l’unification islamiste (MUI), implanté dans la région de Tripoli au milieu des années 1980, le groupe avait recruté nombre d’activistes saoudiens, yéménites salafistes, placés sous le commandement opérationnel au Nord Liban de Chaker al-Absi, ancien colonel de l’armée de l’air jordanienne. Rallié aux troupes islamistes, Chaker Absi sera désigné comme adjoint de Abdel Moussab al-Zarkaoui en Afghanistan, puis en Irak. Le groupe passe pour avoir bénéficié des largesses financières du prince saoudien Bandar Ben Sultan qui aurait financé, deux mois avant les affrontements de Nahr el Bared, les organisations «humanitaires et religieuses» sunnites opérant dans camps palestiniens du Liban en vue de faire pièce à l’expansion du chiisme au Liban et à contenir le Hezbollah. La dénomination «Fatah al Islam» n’est d’ailleurs pas le fruit du hasard, mais choisie à dessein en vue de brouiller les pistes du fait de la conjonction du terme Fatah, qui renvoie au mouvement palestinien, et Islam, qui renvoie plutôt à Al-Qaida. Hasard ou préméditation? Quoiqu’il en soit, force est de relever l’élimination opportune d’un dirigeant présumé du Fatah al Islam, Abdoul Rahman Awad, tué lors d’une fusillade samedi 14 Août à Chtaura, près de la frontière syrienne, dans la foulée des révélations de Hassan Nasrallah sur une possible implication d’Israël dans l’assassinat de Rafic Hariri.

Principale formation politico-militaire libanaise, dont le démantèlement est réclamé les Etats-Unis, le Hezbollah dispose d’une représentation parlementaire sans commune mesure avec l’importance numérique de la communauté chiite, sans commune mesure avec sa contribution à la libération du territoire national, sans commune mesure avec son prestige régional, sans commune mesure avec l’adhésion populaire dont il jouit sans chercher à en tirer avantage. Tant au niveau de la démocratie numérique que de la démocratie patriotique, la place qu’occupe le Hezbollah est une place de choix. Un positionnement incontournable.

Les Etats-Unis ont débloqué, en trois ans, depuis 2006, de l’aveu même des responsables américains,  à travers l’USAID et la Middle East Partnership Initiative (MEPI),  plus de 500 millions de dollars, pour neutraliser le Hezbollah, la plus importante formation paramilitaire du tiers monde, arrosant près de sept cents personnalités et institutions libanaises d’une pluie de dollars «pour créer des alternatives à l’extrémisme et réduire l’influence du Hezbollah dans la jeunesse» (10). A cette somme se superpose le financement de la campagne électorale de la coalition gouvernementale aux élections de juin 2009, de l’ordre de 780 millions de dollars, soit un total de 1,2 milliards de dollars en trois ans, à raison de 400 millions de dollars par an. En vain. Le Hezbollah est sorti victorieux de la totalité des épreuves de force qu’il a dû affronter, conférant une confortable marge de manoeuvre diplomatique à ses protecteurs, l’Iran et la Syrie. Infligeant deux revers militaires à Israël, la 7eme puissance atomique de la planète, le Hezbollah a bouleversé l’équation régionale avec infiniment moins de moyens qu’Oussama Ben Laden en Afghanistan (50.000 combattants arabo afghans et 2O milliards de dollars), développant, de l’aveu même d’un expert occidental, une version «basse technologie» de la furtivité, s’imposant comme un interlocuteur pivot de la scène libanaise.

Israël a annoncé le 29 juillet, que le principal accusé du meurtre de Rafic Hariri, n’est autre que Moustapha Badreddine, beau frère de Imad Moughnieh, qui lui a succédé à la tête de la branche militaire du Hezbollah. Israël n’a fait l’objet d’aucune mesure d’instruction durant cette enquête et n’a donc pas théoriquement accès aux pièces du dossier. Sauf à accréditer l’idée d’une connivence avec le tribunal spécial, la diffusion de cette information à la veille d’un sommet tripartite à Beyrouth entre l’Arabie saoudite, la Syrie et le Liban destiné à calmer le jeu pourrait relever de la manipulation et de la provocation.

Fait sans précédent dans les annales de l’humanité, le tribunal est financé à parité par le plaignant, le coupable désigné par avance par un pays partie prenante au conflit libanais, Israël, mais curieusement soustrait à l’enquête, l’innocent sommé de prouver son innocence et non le procureur de prouver sa culpabilité. Déjouant les pronostics, jouant de l’effet de surprise, Hassan Nasrallah, s’est dégagé du nœud coulant que les pays occidentaux lui glissaient autour du cou en vue de son étranglement en dévoilant, le 9 Août  2010, une série de documents sonores et visuels mettant en cause d’agents libanais à la solde des israéliens dont l’un se trouvait sur les lieux de l’attentat anti-Hariri la veille de l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais. En application de la théorie de la dissension sociale, un autre, Ahmad Nasrallah, un homonyme du dignitaire religieux, a avoué avoir jeté la suspicion entre le clan Hariri et le Hezbollah dès 1993, en avisant la famille du nouveau premier ministre du Liban des préparatifs d’attentat ourdis contre lui par le mouvement chiite. L’homme, convaincu de collaboration avec Israël, a été incarcéré en 1996, et, curieusement élargi par le gouvernement Hariri, en février 2000, quelques mois avant la libération du sud Liban par le Hezbollah. Le Clan Hariri ne s’est jamais expliqué sur les motifs de la remise en liberté de cet agent israélien qui vit désormais en Israël où il serait en charge du recrutement de nouveaux collaborateurs pour le compte de l’état hébreu. La présence dans la zone de l’Hôtel saint Georges d’un agent israélien, un officier de l’armée libanaise à la retraite, en repérage sur les lieux du crime la veille de l’attentat, Ghassane Gerges El Jed, ancien chef d’état major adjoint, en fuite, du fait du comportement dilatoire du pouvoir politique, pose le problème du laxisme du camp pro occidental au Liban dans la traque des preuves de l’assassinat de Rafic Hariri et la chasse aux espions israéliens.

Dans une démarche qui apparaît destinée à réduire l’impact des révélations de Hassan Nasrallah sur une possible implication d’Israël dans l’assassinat de Rafic Hariri et réduire les critiques quant à sa passivité dans la traque des espions, le gouvernement Saad Hariri a annoncé, coup sur coup, la neutralisation d’un agent israélien proche du général Aoun, le général Fayez Karam et l’élimination d’un dirigeant présumé du Fatah al Islam, Abdel Rahman Awad, tué samedi 14 Août  lors d’une fusillade à Chtaura, près de la frontière syrienne, en vue de semer la suspicion dans le camp de ses adversaires. La grandeur d’un homme dans l’épreuve se révèle dans sa dignité et son honneur est de veiller à l’égalité des armes dans son combat contre ses adversaires, non le recours à la tortuosité de témoins stipendiés et l’instrumentalisation du Tribunal Spécial sur le Liban en arme de destruction massive contre les contestataires de la «Pax Americana» au Moyen orient.

Sept ans après la gigantesque manipulation de l’opinion internationale sur la prétendue existence d’armes de destruction massive en Irak et des liens présumés entre le régime laïc du bassiste Saddam Hussein et l’organisation intégriste Al Qaida, la mise en cause du Hezbollah dans l’assassinat de Rafic Hariri, si les informations du dignitaire chiite et du journal libanais al Akhbar étaient confirmées, constitueraient une intoxication d’envergure planétaire à l’effet de discréditer durablement ce qu’il est convenu d’appeler «les grandes démocraties occidentales», dont la récidive aurait ainsi déshonoré et la démocratie et l’Occident, de même que la notion même de justice pénale internationale.

Dans la perspective du retrait américain d’Irak et de l’épreuve de force américano iranienne sur le nucléaire iranien, sa criminalisation aurait le quintuple avantage de:

-occulter la fragilité des indices recueillis via les communications, du fait de la multiplication des faux témoins et de la mainmise israélienne sur le réseau libanais,

-permettre au Tribunal Spécial de se ménager une sortie par le haut au terme de cinq ans de procédures aussi laborieuses qu’onéreuses,

-placer le Hezbollah sur la défensive, tributaire d’un agenda international d’ultimatum et de sanctions, comparable au calendrier observé à l‘encontre de Saddam Hussein, ou à tout le moins le contraindre à reprendre les armes pour se défendre, le privant ainsi  de toute la légitimité dont il bénéficie en tant que force combattante d’Israël.

-mener, par défaut, une guerre de substitution à l’Iran privant le camp antioccidental des bénéfices des exploits militaires de leur allié chiite libanais,

-faire diversion en détournant l’attention sur le règlement au rabais de la question palestinienne que les Israéliens et les Américains entendent imposer au président palestinien de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas, en état de grande faiblesse.


1-2 Lélia Mezher : Hezbollah-Israël : le temporaire et complexe équilibre.

Nb : Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

Dans le rapport rendu par l’International Crisis Group, il ressort clairement que c’est davantage l’équilibre de la terreur qui règne à la frontière libano-israélienne qui assure le calme sans précédent qui y règne, plutôt que l’efficacité - qui reste encore à démontrer - de la résolution 1701.

Le rapport sur le Liban de l’organisation non gouvernementale International Crisis Group (ICG), dont le siège est à Bruxelles, peut être résumé comme suit : le calme sans précédent qui règne à la frontière libano-israélienne a deux causes paradoxales. D’abord la présence renforcée de la Finul empêche toute confrontation directe, ensuite, et surtout, la prise de conscience aussi bien par le Hezbollah que par Israël de la gravité de la tension qui prévaut tant à la frontière libano-israélienne que sur le plan régional.

Le rapport présente le réarmement du Hezbollah - et la nature sophistiquée de ces armes - comme une évidence. Une autre évidence est la multiplication des menaces israéliennes. Ces deux éléments menacent, de manière claire, le fragile équilibre de la frontière, un équilibre atteint parce qu’Israël « n’aimerait pas se lancer dans une nouvelle guerre, mais aussi parce qu’il n’aime pas non plus ce qui se passe ». Autrement dit, le réarmement à peine discret du Hezbollah. « Dans le cas où des hostilités devraient avoir lieu, l’État hébreu devra frapper rapidement et d’une main de fer afin d’éviter de reproduire le scénario de 2006 », souligne le document. Israël sera de plus « beaucoup moins enclin à distinguer l’armée libanaise du Hezbollah », mais sera aussi beaucoup plus disposé à « viser la Syrie », précise le document. Aujourd’hui, « aucune des deux parties ne peut contempler avec quiétude la possibilité d’un conflit qui pourrait fort bien être sans précédent, imprévisible et hors de tout contrôle ». Comment empêcher cette tension de s’exprimer, de dégénérer en une guerre qui, cette fois, selon l’ICG, sera totale, catastrophique et qui risque fort probablement de s’étendre au niveau régional ? En reprenant - tout simplement - les pourparlers de paix sur le double plan syro-israélien et libano-israélien. « Pour l’heure, il n’y a pas d’autre réponse au dilemme que constitue le Hezbollah » ni « aux calculs de Téhéran », ajoute l’ICG. Le contexte international, notamment la politique étrangère de l’administration américaine actuelle, n’est pas non plus favorable à une escalade militaire, ajoute l’ICG. « Le président des États-Unis, Barack Obama, est désormais très loin du rêve du Grand Moyen-Orient de son prédécesseur et n’a aucune envie d’assister à une déflagration qui aurait pour effet de mettre en péril les efforts de paix de Washingon ainsi que la crédibilité de son pays dans la région. » Toutefois, « ce qui représenterait pour Israël une ligne rouge à ne pas dépasser par le Hezbollah demeure imprécis à l’heure qu’il est. C’est précisément ce manque de clarté qui suscite l’inquiétude » des observateurs. Aujourd’hui et contrairement à ce qui prévalait dans les années 1990, la communication entre les parties au conflit est quasi inexistante. Le comité de surveillance libano-israélien, auquel prenaient alors part les États-Unis, la France et la Syrie, assurait en son temps le minimum de communication requis pour rester dans le cadre des « règles du jeu ». Or aujourd’hui, le flux ne passe qu’entre deux acteurs, à savoir Israël et les États-Unis. Ces derniers gardent aussi à portée de main un autre interlocuteur, la Syrie, mais continuent d’ignorer totalement le Hezbollah tout en se montrant ouvertement hostile à l’Iran. L’ONU, souligne le rapport de l’ICG, n’a pas ce problème, « mais elle en a d’autres ». Principalement, le manque de coordination entre les différentes missions qu’elle envoie pour traiter du processus de paix et de la situation au Liban.

Lélia Mezher

publié par l’Orient le Jour

22 août 

http://www.lorientlejour.com/catego...


1-3 Alfredo Jalife-Rahme : Israël attaquera t-il le Liban pour lui voler son gaz ?
Ce n’est plus un secret : de très importants gisements de gaz et de pétrole sont situés en Méditerranée au large de Chypre, du Liban, de Gaza… et d’Israël. Compte tenu des appétits et des méthodes du régime de Tel-Aviv, le partage des richesses semble impossible. Pour le géopoliticien mexicain Alfredo Jalife-Rahme, la question est de savoir si Israël se contentera de voler les réserves de ses voisins en les siphonnant grâce à des technologies sophistiquées, ou s’il s’emparera de leurs gisements par la force.
Plusieurs analystes expérimentés ont compris que derrière la guerre d’Israël contre Gaza —gouverné par le groupe islamique sunnite Hamas— se trouve un enjeu caché : les pléthoriques gisements de gaz des côtes palestiniennes en Méditerranée.

Bien que doté d’un maximum de 400 bombes nucléaires et de la meilleure aviation de tout le Proche-Orient —à présent on ne peut plus affirmer qu’il possède la meilleure armée de la région après ses récents revers aussi bien au Sud du Liban contre la guérilla islamique chiite qu’à Gaza face au Hamas— Israël affiche deux points faibles incontestables :
- 1. l’eau, raison pour laquelle il ne se résout pas à restituer à la Syrie les territoires occupés du plateau du Golan, bordant le lac de Tibériade (Galilée) et
- 2. le pétrole, il importe plus de 300 000 barils par jour (pour la plupart, en provenance d’Égypte), tandis que sa production de gaz destinée à la consommation nationale est extrêmement réduite.

Je viens de rentrer d’un voyage d’un mois en Grèce, au Liban et en Turquie, où j’ai mesuré l’importance stratégique du gaz, aussi bien pour Gaza que pour le Liban, enfoui sous les eaux communes à Israël et à l’île de Chypre (elle même divisée en partie grecque et turque). 

Naharnet (28 juin 2010), un site libanais pro-occidental, dit très justement que les réserves de gaz reparties entre les eaux du Liban et d’Israël peuvent représenter une énorme manne financière, mais qu’elles peuvent également susciter une nouvelle guerre d’Israël contre son faible voisin du nord.

La situation est dramatique car les deux Etats, aussi bien le Liban qu’Israël, sont énormément tributaires des importations d’hydrocarbures. 

Quant au Liban, son cas est le plus grave car il est éprouvé par le piteux état de son système de production électrique, qui n’a pu être ni réparé, ni modernisé après 15 ans de guerre civile. 

Que cela plaise ou non, face à la cupidité israélienne, ce n’est rien de moins que la guérilla chiite du Hezbollah qui s’est chargée de la défense du gaz libanais. Jusqu’à présent, mis à part le Hezbollah [1], personne d’autre dans la vaste mosaïque libanaise n’a manifesté ouvertement sa position sur ce sujet, qui est loin d’être un sujet de moindre importance et qui peut dégager de grands bénéfices politiques et financiers ou, à défaut, dégénérer en une guerre d’Israël contre le Liban (et non le contraire).

Non sans se référer à des précédents et à des justifications historiques, le Hezbollah accuse Israël de programmer le “vol” du gaz naturel des eaux territoriales libanaises. Les chiites du Sud du pays en ont acquis une grande expérience lors du pillage par Israël des eaux du fleuve Litani.

De son côté, Israël rétorque que les champs pétrolifères et gaziers qu’il exploite ne s’étendent pas jusqu’aux eaux libanaises.

 Le problème réside en ce que les limites territoriales —et par extension, les limites maritimes— n’ont toujours pas été fixées, du fait que les deux pays sont techniquement encore en guerre.

Israël a déjà commencé —grâce à un développement technologique plus avancé et à la complicité des compagnies pétrolières et gazières anglo-saxonnes— à développer les deux champs de Tamar et Dalit, dont les abondantes réserves ont fait s’envoler la Bourse de Tel-Aviv, exactement le même jour où le duo Netanyahu-Lieberman était frappé de répudiation mondiale à cause de sa piraterie meurtrière en eaux internationales contre un navire turc d’aide humanitaire destiné à Gaza (la plus grande prison à ciel ouvert du monde).

 Les réserves découvertes dans les champs de Tamar et de Dalit sont colossales : 160 milliards de mètres cubes avec lesquels on peut satisfaire les besoins des Israéliens pendant deux décennies.

 La compagnie pétrolière et gazière texane Noble Energy, qui fait partie du consortium chargé des explorations des gisements gaziers de la partie soi-disant israélienne de la Méditerranée, a estimé que grâce à la découverte d’un troisième champ —dont le nom, d’intéressante portée sémantique, est Léviathan (de 450 milliards de mètres cubes, presque trois fois ce qui contiennent les gisements de Tamar et Dalit)— Israël pourrait devenir un riche exportateur vers l’Europe et l’Asie.

 Pour le moment, Nabih Berri, président du Parlement libanais, et de surcroît, allié du Hezbollah, a condamné le fait qu’Israël soit en train de se transformer en “émirat pétrolier” grâce à du gaz qui ne lui appartient pas, en déniant le fait que ces champs s’étendent jusqu’aux eaux territoriales du Liban. Le Liban reproduira-t-il face à Israël les expériences tragiques que le Mexique vit aujourd’hui face aux États-Unis pour ce qui est des gisements “transfrontaliers” dont il est dépouillé par les compagnies pétrolières et gazières texanes grâce à la technologie cleptomane du siphonnage ?

Les fonctionnaires de l’Infrastructure nationale d’Israël affirment —tel que l’affirme également, comme on aurait pu s’y attendre, la compagnie texane Noble Energy ainsi que la compagnie norvégienne Petroleum Geo-Services— que les trois champs découverts se trouvent en “zone économique” israélienne. Quelle précision de la géographie divine !

Al Manar (4 juin 2010), le média du Hezbollah fustige “Israël [qui] est sur le point de légaliser le vol du gaz libanais” par un amendement législatif. Il cite la télévision israélienne rapportant que le gouvernement du duo Netanyahu-Lieberman “considère la découverte des champs de gaz naturel dans la Méditerranée comme une découverte israélienne sur laquelle personne (super sic !) n’a de droit”.

 Nom d’un diable ! Qu’en est-il alors du droit international transfrontalier lorsque la technique du siphonnage de ce qui appartient à autrui est utilisée par les transnationales anglo-saxonnes dotées d’une meilleure technologie que celle des pays affectés, pour ne pas dire spoliés ?

Pire encore, selon la chaîne de télévision déjà citée, “le comité exécutif du gouvernement et la Knesset (Parlement) préparent une loi qui écarterait le droit des Libanais”. Au besoin, l’armée israélienne sera là pour appliquer de manière unilatérale la nouvelle loi de spoliation.

En dehors du légendaire saccage israélien des territoires occupés, sous tous ses aspects, avec ou sans “cartes géographiques” ou lois pour le justifier, la classe politique libanaise, à cause de ses querelles internes stériles sur l’identité de l’heureux exploitant et producteur de pétrole et de gaz, a laissé filer une précieuse décennie : un vide temporel et territorial qui a été exploité par Israël.

Au mois d’octobre dernier, la compagnie norvégienne Petroleum Geo-Services avait communiqué sur la forte probabilité qu’il existe de grands gisements aussi bien au Liban qu’à Chypre. À propos de ce dernier cas, il semblerait que les gisements seraient repartis entre les deux pays voisins. Que d’artifices souverains nous présente la géographie !

Pour le Liban, n’importe quel type de découverte pétrolière et gazière constituerait une bénédiction qui permettrait de réduire la formidable dette atteignant 52 milliards de dollars, l’une des plus importantes du monde proportionnellement (147 %) à son produit intérieur brut (PIB) de 33 milliards de dollars.

Cependant, il ne faut pas surestimer la dette libanaise, sans doute énorme, car elle est amortie par des dépôts bancaires colossaux allant jusqu’à 110 milliards, ce qui facilite sa gestion. 

Quoi qu’il en soit, les nouvelles découvertes de pétrole et de gaz au Liban —souveraines ou partagées avec Israël ou avec Chypre— atteigneraient le chiffre mirifique d’un milliard de milliard de dollars. 

Osama Habib, du quotidien libanais en anglais The Daily Star (28 juin 2010), a affirmé que “la richesse du pétrole et du gaz du Liban représente une bénédiction mitigée qui génère en même temps de l’enthousiasme et de l’angoisse” (de par ses conséquences géopolitiques). Elle a révélé au grand jour la lutte primaire des politiciens libanais pour l’obtention de la meilleure part du gâteau dans la gestion des hydrocarbures.

 Selon les experts, la production ne sera effective qu’après 15 ans d’exploration des eaux libanaises, mais le risque majeur vient de l’appétit insatiable d’Israël, qui serait capable, une énième fois, d’entreprendre une nouvelle guerre afin de s’approprier du gaz de Gaza et des hydrocarbures du Liban et de Chypre.
 Alfredo Jalife-Rahme

[1] Au début des années 2000. cette question avait opposé le président libanais Emile Lahoud d’une part, à son Premier ministre Rafic Hariri et au président français Jacques Chirac, d’autre part, lorsque des navires de la Marine française avaient illégalement entrepris de sonder les fonds marins libanais. Malgré la campagne médiatique internationale pour le dénigrer, le président Lahoud avait refusé de céder les intérêts libanais aux Français. Il s’en était suivi un blocage politique et le gel de l’exploration.

Alfredo Jalife-Rahme
 Alfredo Jalife-Rahme

Écrivain, spécialiste en affaires internationales. Auteur de plusieurs ouvrages sur les symptômes indésirables de la mondialisation. Il publie chaque semaine deux articles dans le quotidien mexicain La Jornada et une chronique dans l’hebdomadaire Contralínea.

18 août 2010

http://www.voltairenet.org/article166740.html


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