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09/09/2010

n°497 - Journal d'Irak - 25/08 au 08/09/10 - : Fin :- : Le "retrait" américain vu par la résistance irakienne


n°497 - Journal d'Irak - 25/08 au 08/09/10    - : Fin  :- : Le "retrait" américain vu par la résistance irakienne



Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix. Sa diffusion est un acte de résistance.

Les médias occidentaux dans leur large majorité ont de tout temps accepté les versions des armées occupantes et ferment les oreilles aux autres sources.

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre!



Journal d'Irak

n°497                 du 25/08                   au 08/09/10

C.De Broeder & M.Lemaire



Le " Journal d’Irak  " est visible  sur ...

a) sur mes  blog :  http://www.dhblogs.be/categories/International.html

                              http://www.lalibreblogs.be/categories/International.html

b) sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dir...

c) sur le site de Eva Resis  :  no-war.over-blog.com

d) Et Sur le site de Robert Bibeau : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire :

5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

5-1 « Hiba », blogueuse en danger de mort.

5-2 Tony Blair évoque dans ses Mémoires le "cauchemar" irakien.

5-3 Mémoires de Tony Blair: la presse dénonce "un exercice d'autojustification".

5-4 Tony Blair chahuté à Dublin lors de la dédicace des "Mémoires" de Tony Blair.

6 Dossier & Point de vue

6-1 Le "retrait" américain vu par la résistance irakienne.

6-2 Alain Gresh : Guerre d’Irak, le crime.

 


 




5 Médias et Manipulation de l’opinion / Vidéos

Ndlr : la publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage les analyses ou point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information

5-1 « Hiba », blogueuse en danger de mort.

Hanan al-Mashadani, la blogueuse emprisonnée depuis 7 mois en Irak, a été transportée d’urgence dans un hôpital inconnu, apparemment victime d’un empoisonnement alimentaire.

Cette ophtalmologiste irakienne, résident à Amman, était incarcérée à la prison de Kadhemiya, connue pour l’extrême dureté de son régime pénitentiaire. En mission médicale en Irak avec une ONG indienne, Hanan al-Mashadani a été arrêtée en janvier dernier quand la police a découvert qu’elle était « Hiba », animatrice d’un blog dénonçant le régime de Bagdad et la double occupation de son pays. En Irak, cela équivaut à soutenir le « terrorisme ». Elle a donc été condamnée, en mars, à 3 ans de prison.

Paru  le 18 juillet 2010 août sur le blog  « France-Irak Actualité » -

 http://www.france-irak-actualite.com


5-2 Tony Blair évoque dans ses Mémoires le "cauchemar" irakien.

Tony Blair reconnaît dans ses Mémoires ne pas avoir imaginé au début de la guerre en Irak le "cauchemar" qui allait suivre, mais maintient qu'il ne regrette en rien de s'être joint à l'invasion emmenée par les Etats-Unis. …

UN "CAUCHEMAR"

Aujourd'hui émissaire du Quartet international de médiateurs sur le Proche-Orient, Tony Blair est le travailliste à être resté le plus longtemps Premier ministre, puisqu'il a remporté trois législatives consécutives avant de démissionner en 2007.

Il a fait savoir qu'il reversait à une organisation de charité venant en aide aux militaires, anciens ou en service, les 4,6 millions de livres sterling (5,5 millions d'euros) d'avances sur droits qu'il a touchés pour son livre.

A propos de l'Irak, l'ancien locataire du 10 Downing Street répète sa position, plusieurs fois exprimée, selon laquelle l'invasion était justifiée par la menace que représentait Saddam Hussein, qui aurait pu être en mesure de fabriquer des armes de destruction massive.

"Je ne peux regretter la décision de partir en guerre. (...) Mais jamais je n'ai imaginé le cauchemar qui allait se dérouler", dit-il sur les années de violences intercommunautaires qui ont suivi l'invasion.

"Je me suis souvent demandé si je m'étais trompé. Je souhaite que vous vous demandiez si j'ai pu avoir raison."

Tony Blair était le plus proche allié de l'ancien président américain George W. Bush concernant la décision d'envahir l'Irak de Saddam Hussein. Ce choix est le plus controversé des dix ans qu'il a passés à la tête du gouvernement britannique.

"Je pense que des paroles exprimant mes condoléances et ma sympathie seraient tout à fait insuffisantes. Ils sont morts, tandis que moi, qui ai décidé des circonstances dans lesquelles ils ont péri, je suis toujours en vie", ajoute-t-il à propos des victimes du conflit.

Reuters

1 septembre,

fr.news.yahoo.com/.../twl-gb-blair-memoires-mo-38cfb6d.html


5-3 Mémoires de Tony Blair: la presse dénonce "un exercice d'autojustification".

La presse britannique n'a pas été convaincue par les mémoires de l'ancien Premier ministre Tony Blair, publiés mercredi, dénonçant "un exercice d'autojustification", "hypocrite" voire "trompeur".
"Un exercice d'autojustification qui ne surprendra personne", écrit le Financial Times; un livre empreint de "vanité et d'aveuglement", selon le Daily Mail (droite); des "mémoires voyeuristes d'une célébrité", renchérit le Daily Telegraph (également de droite): "A Journey" ("Mémoires" dans l'édition française) dresse un constat sur les dix ans au pouvoir de Blair (1997-2007) qui est parfois loin de la réalité, selon les journaux.
Exercice d'"auto-gratification", le pavé de l'ancien chef du gouvernement travailliste est "hypocrite", juge le Daily Express (droite), dans un éditorial intitulé : "Ne vous laissez pas avoir". "Le livre est un immense exercice de manipulation de la part d'un acteur né" qui veut se présenter comme un "honnête" homme. Mais c'est "trompeur", ajoute le journal: "Blair a toujours baigné dans un ego gigantesque" et "toute sa carrière politique a été un acte spectaculaire de malhonnêteté".
La presse ne s'étonne pas que Tony Blair répète une nouvelle fois sa conviction d'avoir bien fait d'engager son pays dans la guerre en Irak en 2003, une décision très controversée et qui continue à ternir son image.
Mais le Guardian, de gauche, regrette que l'ancien chef du gouvernement n'ait "pas répondu à toutes les questions", en particulier "comment le monde moderne doit réagir face au terrorisme".
Dans ces "mémoires voyeuristes d'une célébrité", le Daily Telegraph voit "la vengeance tardive" de Tony Blair contre son ancien ministre des Finances Gordon Brown, rival qui allait le remplacer à la tête du gouvernement en 2007 et "qui a contrarié nombre des choses que Tony Blair aurait voulu accomplir".
Publié au moment où le Labour lance le processus qui doit mener le 25 septembre à l'élection de son nouveau leader, le livre relance "la guerre" entre le Old (vieux) et le New (nouveau) Labour, une version plus centriste du parti travailliste qu'avait créée Tony Blair. "C'est une question que le parti travailliste doit régler", rappelle le Times

02/09/2010

http://www.almanar.com.lb/NewsSite/NewsDetails.aspx?id=152654&language=fr


5-4 Tony Blair chahuté à Dublin lors de la dédicace des "Mémoires" de Tony Blair.

L'ex-Premier ministre britannique Tony Blair a été accueilli par des jets de projectiles samedi à Dublin

Trois personnes ont été arrêtées dans la capitale irlandaise pour avoir lancé des oeufs et des chaussures en direction de Tony Blair, samedi matin sous une pluie battante devant une librairie.
Il s'agissait de la première séance de dédicace, depuis la publication des "Mémoires" de Tony Blair, mercredi.

Aucun projectile n'a atteint l'ancien Premier ministre britannique, dont la décision, lorsqu'il dirigeait le gouvernement, d'engager les forces britanniques au côté des Etats-Unis en 2003 en Irak reste décriée.
"Tony, combien d'enfants as-tu tués aujourd'hui?" ou "Tony Blair criminel de guerre", ont scandé environ 200 manifestants. Ils ont été rejoints par des nationalistes irlandais protestant contre la présence britannique en Irlande du Nord et des incidents ont éclaté entre manifestants et policiers.
Dans son autobiographie, qui figure déjà parmi les meilleures ventes, Tony Blair défend une nouvelle fois sa décision d'avoir engagé son pays dans la guerre contre "le tyran" Saddam Hussein.
Des centaines de personnes ont fait la queue pour faire signer "A Journey" ("Un Voyage", titre anglais des mémoires). Figure très controversée dans son pays, l'ancien chef de gouvernement est crédité en Irlande pour avoir permis la signature des accords de paix de 1998 en Ulster.
Une autre séance de dédicace aura lieu mercredi à Londres.
L'ancien dirigeant travailliste a promis de reverser la totalité de ses droits d'auteur, dont une avance de 4,6 millions de livres (5,6 millions d'euros), à une organisation caritative venant en aide aux militaires.
Par ailleurs, un groupe créé sur Facebook a appelé les opposants à déplacer le livre de M. Blair des rayons "autobiographie" pour le mettre dans les étagères "Crime".
Le groupe "Subversively move Tony Blair 's memoirs to the crime section in book shops" ("Déplacer subversivement les mémoires de Tony Blair dans les rayons Crime des librairies") a été rejoint par plus de 2.000 fans en deux jours.

Publié le 04/09

http://info.france2.fr/europe/tony-blair-chahute-a-dublin-lors-d-une-dedicace-64690764.html



6 Dossier & Point de vue

6-1 Le "retrait" américain vu par la résistance irakienne.

   Aux Etats-Unis, dans les bases militaires, la fin de l’intervention en Irak n’est pas à l’ordre du jour. Tandis que les médias encensaient Barack Obama, la Colorado Springs Gazette rapportait, le 20 août, les propos du major Joe Bethel, de la 3ème Brigade de Combat de la 4ème Division d’infanterie, en partance pour l’Irak. Il déclarait, lors d’une conférence de presse à Fort Carson, que ses hommes allaient, certes, « aider les forces de sécurité irakiennes, les équipes provinciales de reconstruction, l'Organisation des Nations unies et les organisations non gouvernementales », mais que sa « mission n’avait pas changé ». L’Irak étant « un pays dangereux », il était hors de question que l’armée renonce à son « droit à la légitime défense » (1). Sa déclaration est passée inaperçue, comme la construction de nouvelles bases américaines « permanentes » en Irak.

   L’irakisation du conflit rappelle la vietnamisation de la guerre du Vietnam, période précédant quatre années de combats des plus sanglants, sans issue autre pour les Etats-Unis, et leurs collaborateurs locaux, qu’une cuisante défaite.  

Indépendance complète et libération totale de l’Irak

   Pour la résistance irakienne, le retrait partiel des troupes d’occupation n’est qu’une étape vers la libération. Dans son communiqué du 31 août, le Parti Baas irakien clandestin a simplement rendu hommage à ses moudjahidine, et à ceux des différentes factions de la résistance, qui ont contraint les GI’s à se calfeutrer dans leurs bases, puis à quitter le pays. Le Baas estime à plus de 33 000 le nombre de soldats ennemis tués, et à 250 000 ceux estropiés et blessés. Le communiqué poursuit : l’ «Aube nouvelle », nom de l’opération lancée par le Pentagone et le régime de Bagdad pour remplacer Iraqi Freedom, sera « l'indépendance complète et la libération totale » de l’Irak, une « défaite ignominieuse » pour les Etats-Unis.

   Le Front du Djihad, de la Libération et du Front de Salut National (JLNSF), dirigé par Izzat Ibrahim al-Douri, secrétaire général du Baas clandestin, a annoncé l’intensification des opérations contre les occupants et leurs « alliés sionistes et persans », l’objectif de la résistance étant l’instauration d’une démocratie « pluraliste, patriotique et socialiste ». Passant aussitôt à l’acte, le 31 août, à Tikrit, un sniper de l’Armée des hommes de la Naqshbandiyya – Jaysh Rajal al-Naqshbandiyya (2) -, membre du JLNSF, a tué un GI’s de la délégation du Commandement américain de la région de Salah Eddine qui inaugurait un commissariat de police (3).

Les Etats-Unis devront rendre des comptes  pour leurs crimes

 Guerre des communiqués ? L’Armée Islamique en Irak (IAI), autre organisation importante de résistance, a profité du retrait partiel des troupes d’occupation pour dresser, le 31 août, son bilan parallèle d’activités depuis avril 2003. Elle revendique 69 972 opérations, dont 35 412 poses d’engins explosifs improvisés (IED), avec pour résultat la mort de plus de 30 000 soldats américains, dont 200 officiers.

Ses snipers ont tué 2 549 GI’s et en ont blessé le double.

Pour ceux qui douteraient des chiffres, l’IAI rappelle qu’en 2006 la commission Baker-Hamilton dénombrait 1 100 attaques de la résistance par jour et que la Brookings Institution estimait que les pertes américaines étaient dues pour 40% aux IED et pour 30% aux snipers.

   Les rêves américains de « Grand Moyen-Orient » et de « Nouveau Moyen-Orient », ajoute le communiqué de l’IAI, se sont révélés des « mirages ». Tôt ou tard, les Etats-Unis devront « rendre des comptes pour leurs crimes », « reconnaître leur responsabilité juridique et morale », « présenter des excuses officielles au peuple irakien », et verser une indemnité « pour éliminer toutes les conséquences de l’agression ». Et, l’Armée islamique en Irak de conclure qu’ainsi : « Allah punit les incroyants ».

Notes:

(1) For Fort Carson soldiers in Iraq, our mission has not changed, par Lance Denzel (Colorado Springs Gazette – 20/8/10)
http://www.gazette.com/articles/fort-103325-carson-new.html

(2) Lire: Soufisme et résistance : La résistance naqshbandi en Irak, par Gilles Munier (Afrique Asie – octobre 2009)

http://www.france-irak-actualite.com/article-soufisme-et-resistance-en-irak-38293205.html

(3) Sniper kills U.S. soldier in Tikrit before combat troops withdrawal (Aswat al-Iraq – 31/8/10)

http://en.aswataliraq.info/?p=136361

Revendication de l’Armée des hommes de la Naqshbandiyya sur le site de l’Association des Oulémas musulmans (AMSI) :

http://www.heyetnet.org/eng/iraqi-resistance/5590-jaish-rijal-il-tareeqa-al-naqshabandiya-takes-responsibility-of-sniping-us-occupation-soldier.html

Gilles Munier 
5 septembre 2010  

http://www.france-irak-actualite.com:80/article-le-retrait-americain-vu-par-les-resistance-irakienne-56539558.html


6-2 Alain Gresh : Guerre d’Irak, le crime.

nb :Ndlr : la publication de l'analyse ne signifie nullement que la rédaction partage le point de vue des auteurs, mais doit être vu comme information.

Les dernières troupes combattantes américaines ont quitté l’Irak.

C’est ce qu’annoncent les Etats-Unis, même si 50 000 de leurs soldats, regroupés sur des dizaines de bases, demeureront encore jusqu’à fin 2011, « en appui » à l’armée irakienne.

Najaf, 2006 - ce père irakien tient dans ses bras le corps d’un de ses enfants, tué par une balle perdue...

Ce retrait s’opère conformément à l’accord-cadre stratégique signé par l’administration Bush sur le départ avec le gouvernement irakien à la fin 2008.

Obama a décidé de respecter ce texte et d’accélérer le désengagement.

On peut certes prétendre que, par rapport à la situation existante à la fin 2006, avec une insurrection active et des attentats quotidiens meurtriers, le contexte actuel est meilleur.

 Il faut néanmoins prendre du recul par rapport à cette vision et essayer de dresser un bilan de cette guerre qui ne fut pas seulement une faute, mais un crime dont on aurait tort de dédouaner les Etats-Unis (lire « “Leurs” crimes et les “nôtres” »).

Cette guerre d’agression, non provoquée, déclenchée sous le faux prétexte de chercher des armes de destruction massive, est d’abord une violation des principes des Nations unies qui, le 14 décembre 1974, à travers leur assemblée générale, adoptaient un texte définissant l’agression (PDF).

Son article 3 s’énonce ainsi :

« L’un quelconque des actes ci-après, qu’il y ait eu ou non déclaration de guerre, réunit, sous réserve des dispositions de l’article 2 et en conformité avec elles, les conditions d’un acte d’agression :

a) L’invasion ou l’attaque du territoire d’un Etat par les forces armées d’un autre Etat, ou toute occupation militaire, même temporaire, résultant d’une telle invasion ou d’une telle attaque, ou toute annexion par l’emploi de la force du territoire d’un autre Etat ;

b) Le bombardement, par les forces armées d’un Etat, du territoire d’un autre Etat, ou l’emploi de toutes armes par un Etat contre le territoire d’un autre Etat ;

c) Le blocus des ports ou des côtes d’un Etat par les forces armées d’un autre Etat ;

d) L’attaque par les forces armées d’un Etat contre les forces armées terrestres, navales ou aériennes, la marine ou l’aviation civiles d’un autre Etat ».

Au-delà de cette dimension juridique et des querelles qu’elle peut susciter, le bilan de la guerre américaine, menée sans l’aval des Nations unies, est accablant :

Le confessionnalisme, encouragé dès les premiers jours par l’occupant, a été institué dans toutes les fonctions, et la répartition des postes se fait désormais en fonction de l’appartenance communautaire ou nationale. Les principales forces politiques sont « chiites », « sunnites » ou « kurdes ». Et demeurent une série de bombes à retardement, comme la délimitation des « frontières incertaines du Kurdistan ». La question de Kirkouk, où un référendum est prévu depuis décembre 2007 (et sans cesse reporté) pour décider du rattachement ou non de cette ville à la région autonome du Kurdistan, n’est pas le moindre des défis.

Malgré les coups qui lui ont été portés depuis 2007, Al-Qaida, qui, rappelons-le, était absente d’Irak jusqu’en 2003, s’y est implantée.

Elle garde des structures efficaces, comme le prouvent les attentats coordonnées de ce mois d’août 2010. Des milliers de combattants du monde arabe et musulmans ont transité ces dernières années par l’Irak et ont ensuite porté le combat en Afghanistan, en Somalie, au Liban, en Afrique du Nord.

Seul point positif, la chute de la dictature de Saddam Hussein, l’une des plus brutales de la région. On ne peut que s’en féliciter, mais cela valait-il de telles souffrances ? D’autant que le risque est grand de voir émerger un « pouvoir autoritaire à dominante chiite ».

Et la question que personne ne posera : qui sera jugé pour ce crime ?

Comment s’étonner que nombre de pays ne suivent pas le Tribunal pénal international quand il inculpe le président soudanais Omar Al-Bachir, ou des criminels de tel ou tel petit pays africain, alors que MM. George W. Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld continuent tranquillement à couler des jours heureux en donnant des conférences sur le monde libre, la démocratie et le marché pour quelques dizaines de milliers de dollars la prestation ?

Personne n’affirme plus que les Etats-Unis ont gagné la guerre en Irak, surtout si l’on se reporte aux objectifs initiaux du président George W. Bush : installation à Bagdad d’un gouvernement allié, prêt à collaborer avec Washington, à lui accorder des bases et disposé à établir des relations diplomatiques avec Israël ; ouverture des ressources de l’Irak au marché libre ; démocratisation du Proche-Orient ; isolement du régime iranien.

Personne n’explique plus doctement que, certes, la guerre était une erreur, mais que si les Etats-Unis se retiraient ce serait encore pire. Il faut le répéter : c’est la présence américaine qui est la cause de l’instabilité, et non l’instabilité qui nécessite la présence américaine.

Les conséquences régionales de cette guerre sont aussi graves. Incontestablement et paradoxalement, elle a renforcé le poids de l’Iran, même s’il ne faut pas croire que les chiites irakiens regardent tous vers Téhéran, ni sous-estimer le poids du nationalisme irakien et arabe. L’absence de pouvoir central entraîne forcément l’ingérence des puissances voisines dans les affaires irakiennes : ni la Turquie, ni l’Arabie saoudite, ni la Syrie, ni bien évidemment l’Iran ne s’en privent. Ankara a ouvert plusieurs consulats, dont un à Bassorah, dans le sud chiite ; il a aussi développé ses relations avec le pouvoir autonome kurde, ce qui n’a pas mis un terme à ses bombardements contre les forces du PKK réfugiées au Kurdistan.

Quel est désormais le poids des Etats-Unis en Irak ? Les élections de mars 2010 ont débouché sur une impasse et le pays n’a toujours pas de gouvernement. Quatre forces se partagent le Parlement : un bloc kurde qui représente une région vivant sous autonomie de fait ; le bloc du premier ministre en exercice Nouri Al-Maliki, à majorité chiite ; le bloc de l’ancien premier ministre Iyad Allaoui, chiite qui a obtenu le vote de nombreux sunnites ; et, enfin, l’Alliance nationale composée de l’organisation de Moqtada Al-Sadr et du Conseil suprême islamique, deux formations chiites.

Joost Hiltermann, dans un article de la New York Review of Books (19 août 2010) intitulé « Iraq : The impasse », remarque :

« Ce qui est frappant avec l’approche actuelle de l’administration Obama n’est pas seulement sa préférence pour un parti donné, celui de Allaoui en l’occurrence, mais son manque de volonté inexplicable de pousser pour une solution donnée, un fait que tous les politiciens ont noté. Les Etats-Unis essaient d’exercer une forte pression uniquement de manière sporadique, sous la forme d’une visite du vice-président Joe Biden, l’envoyé spécial de facto de l’administration en Irak. » Mais leurs tentatives d’obtenir la formation d’un gouvernement d’unité entre Maliki et Allaoui avant leur retrait n’ont pas abouti. Et Hiltermann de conclure que les Etats-Unis sont « une puissance en déclin » en Irak.

Ce n’est pas l’avis de tous les commentateurs, comme en témoigne un éditorial de Seumas Milne dans le quotidien britannique The Guardian (4 août 2010), « The US isn’t leaving Iraq, it’s rebranding the occupation ». Pour Milne, les Etats-Unis donnent simplement un autre visage à une occupation qui se poursuit sous d’autres formes.

Alexander Cockburn lui répond vertement dans « Thank You, Glenn Beck ! » (CounterPunch, 27-29 août). Il reprend certains arguments de Rosen et explique aussi que, sur le pétrole, pour l’essentiel, ce ne sont pas les compagnies pétrolières américaines qui ont bénéficié des premiers contrats passés, mais des sociétés russe, norvégienne, chinoise, malaisienne, etc.

Alors, poursuite de l’occupation sous d’autres formes ou non ? Ce qui est sûr, c’est que, en ce XXIe siècle, aucune puissance ne peut gouverner durablement un pays étranger, lui imposer sa volonté. A ceux qui rêvaient d’un retour de l’empire, la guerre d’Irak a apporté un démenti flagrant. Un démenti qui sera confirmé demain en Afghanistan.

Document :

Un débat sur Al-Jazeera English, dans le cadre de l’émission « Empire » animée par Marwan Bishara, auquel j’ai participé : « The US between two wars. The US stands at a historic crossroads, but has its superpower status been eroded ? » (29 août 2010), sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak et le statut des Etats-Unis comme grande puissance.

Alain Gresh

Jeudi 2 Septembre 2010 : 
http://blog.mondediplo.net/2010-08-...

http://blog.mondediplo.net/2010-08-31-Guerre-d-Irak-le-crime



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  • " Déclaration Universelle des Droits de l'Homme  - Article 19

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