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10/09/2010

n° 498 - Les Dossiers d'Irak - 09-09 : - Début : - : Ils s'en vont ?

n° 498  - Les Dossiers d'Irak - 09-09 : - Début  : - : Ils s'en vont ?


Aujourd'hui, face aux ambitions hégémoniques de l'impérialisme, l'information est une arme au service de la paix

Dénoncer ne suffit plus, il faut expliquer, informer, transmettre


Les Dossiers d'Irak

n° 498                                                      09/09/10

C.De Broeder & M.Lemaire



 Le " Dossier d’Irak  " est visible  sur ...

a) sur mes blog : 

http://journaldeguerre.blogs.dhnet.be/

http://journauxdeguerre.blogs.lalibre.be/

 

b) Sur le site de Eva Resis   :  no-war.over-blog.com

c) Sur le site de Robert Bibeau :   http://www.robertbibeau.ca/palestine.html & http://boycottisraelinternational.com  

d) Sur le site http://turkmenfriendship.blogspot.com/2007/10/journal-dir...

 

Si vous voulez-me contacter ou obtenir le Journal par mail, une seule adresse : fa032881@skynet.be



Sommaire : 

Dossier & Point de vue

1-1 Ce qu'ils laissent derrière eux.

1 Robert Fisk : Disons-le tout haut : nous ne partons pas.

2 Frédéric Courvoisier : Un retrait des troupes d’Irak en trompe l’œil: les soldats occupants états-uniens remplacés par des mercenaires.

3 Retrait partiel des troupes étasuniennes : Un avant-goût de défaite.

4 Gilles Munier : Résistants prisonniers: La grande évasion.

Suite

2 Déclaration, courrier des lecteurs & témoignage

2-1 Des milliers de marines rentrent traumatisés d’Irak.

2-2 Les traumatismes laissent des traces indélébiles.

2-3 Les riverains des bases américaines s'inquiètent de leur avenir économique.

2-4 L'armée américaine lance la mission de "conseil et assistance" en Irak.

2-5 Des experts américains réfléchissent sur les leçons stratégiques de la guerre en Irak.

2-6 Pascal Boniface : La guerre d’Irak légitimée a posteriori par le Quai d’Orsay ?

2-7 Le Monde’ : Retrait - Le vrai coût de la guerre en Irak.

Fin

3  Analyse -  Géopolitique et stratégie – Réflexion

3-1 Ils s'en vont ?

1 Jacques Lanctôt : La fausse retraite de l'Irak.

2 Vanina Giudicelli : Que va changer le retrait des troupes américaines?

3 L’armée irakienne reste handicapée par une logistique défaillante.

4-1 Nolwenn Weiler : Uranium appauvri : L’héritage cancérigène de l’armée américaine en Irak.

4-2 "Marchands d'anthrax", une enquête poussée sur la menace bio terroriste.

4-3 Alain Gresh : eau potable « L’Irak paiera ! »



Tiré à part

Avant propos

·                    Les militaires américains usent d’un terme générique- Al Qaida- pour désigner les résistants qui osent leur résister...



Dossier & Point de vue

Ndlr : La publication des articles ou analyse ne signifie nullement que la rédaction partage toutes les analyses des auteurs mais doit être vu comme information

1-1 Ce qu'ils laissent derrière eux.

1 Robert Fisk : Disons-le tout haut : nous ne partons pas.
Le fléau que les Américains laissent derrière eux en Irak
Quand vous envahissez un pays, il y a toujours un premier et un dernier soldat.
Le premier homme à la tête de la première unité de l’armée d’invasion américaine qui a atteint la place Fardous, au centre de Bagdad, en 2003 était le Caporal David Breeze du 3ème bataillon, du 4ème régiment de Marines. Et pour cette raison, il m’a fait remarquer qu’il n’était pas un soldat car les Marines ne sont pas des soldats. Ce sont des Marines. Comme il n’avait pas parlé à sa mère depuis deux mois, je lui ai offert mon téléphone satellite pour qu’il l’appelle dans le Michigan. Tous les journalistes savent qu’ils auront droit à une bonne histoire s’ils prêtent leur téléphone à un soldat en guerre. « Allo » a hurlé Breeze, « Je suis à Bagdad. Je vous appelle pour vous dire que je vous aime. Je vais bien. La guerre sera terminée dans quelques jours. A bientôt ».
Et oui, ils disaient tous que la guerre serait finie rapidement mais ils n’avaient pas demandé leur avis aux Irakiens sur cette agréable opinion. Les premiers attentats suicides – un policier en voiture et deux femmes - avaient déjà touché les Américains sur l’autoroute conduisant à Bagdad. Il y en aurait des centaines de plus. Il y en aurait des centaines d’autres en Irak à l’avenir.
Disons-le tout haut : nous ne partons pas
Aussi nous ne devrions pas être dupes de la farce recréée sur la frontière koweitienne dans les heures suivantes, le départ d’Irak des « dernières unités de combat » deux semaines avant la date prévue, ni des cris infantiles de « Nous avons gagné » de très jeunes soldats, dont certains ne devaient pas avoir plus de douze ans lorsque G. W. Bush a lancé son armée dans cette aventure irakienne catastrophique. Ils laissent derrière eux cinquante mille soldats, hommes et femmes, soit un tiers des forces d’occupation US, qui seront attaqués et qui auront de toute manière, encore, à combattre la résistance.
Officiellement, cependant, ils sont là pour entraîner les milices et les tireurs et les plus pauvres des pauvres qui rejoignent la nouvelle armée irakienne dont les commandants savent parfaitement qu’ils ne pourront assurer
la Defense de leur pays avant 2020. Mais ils seront toujours sous occupation car, il est certain que l’un des « intérêts américains » à défendre est leur présence, concomitamment à celle de milliers de mercenaires armés et indisciplinés, de l’Ouest et de l’Est, qui tirent à tout venant pour garantir la sécurité des diplomates et hommes d’affaires occidentaux.
Aussi disons-le tout haut : nous ne partons pas.
Au contraire, les millions de soldats américains qui ont traversé l’Irak laissent aux Irakiens un fléau qu’ils ont apporté d’Afghanistan : al-Qaïda. Ils y ont importé le virus de la guerre civile. Ils ont contaminé l’Irak avec une corruption sans commune mesure. Ils ont imprimé le sceau de la torture à Abou Ghraib et les honteuses prisons d’Afghanistan. Ils ont confessionnalisé un pays qui, malgré la brutalité du régime de Saddam, avait, jusqu’à présent, rassemblé les sunnites et les chiites.
Le Dawa était « des terroristes », maintenant ce sont des « démocrates »
Et parce que les chiites vont immanquablement gouverner cette « démocratie », les soldats américains ont offert à l’Iran la victoire qu’il avait cherchée à obtenir si vainement dans sa guerre contre Saddam en 1980-1988. Les hommes qui avaient attaqué l’ambassade américaine au Koweït dans les mauvais jours, alliés de ceux qui avaient soufflé la base des Marines à Beyrouth en 1983, aident maintenant à gouverner l’Irak. Le Dawa, à l’époque, était « des terroristes » maintenant, ce sont des « démocrates ». C’est drôle comme nous avons oublié les 241 conscrits américains qui ont péri dans l’aventure libanaise. Le caporal Breeze devait avoir, alors, deux ou trois ans.
Ils sont venus, ils ont vu et ils ont perdu
Le désastre américain d’al-Qaïda en Irak a infecté
la Jordanie avec les attentats à Amman, et le Liban de nouveau. L’arrivée des hommes armés du Fatah al-Islam dans le camp palestinien de Nahr al-Bared au nord du Liban, les 34 jours de guerre contre l’armée libanaise et les douzaines de civils morts ont été la conséquence directe du soulèvement sunnite en Irak. Al- Qaïda est arrivé au Liban et l’Irak, sous domination américaine, a réinfecté l’Afghanistan avec les attentats suicide, l’immolateur auto-consacré qui a fait des soldats américains des hommes qui se cachent au lieu d’hommes qui se battent.
Ils réécrivent l’histoire maintenant. Un million d’Irakiens sont morts. Tony Blair s’en moque, ils ne figurent pas, remarquez, parmi les bénéficiaires de sa générosité.

Ni d’ailleurs la plupart des soldats américains tués. Ils sont venus, ils ont vu et ils ont perdu. Mais, maintenant, ils disent qu’ils ont gagné.

Comme les Arabes, survivant avec six heures d’électricité par jour dans un pays désolé doivent espérer d’autres victoires comme celle-là !
Robert Fisk*
Traduction : Xavière Jardez – Sous-titres « France-Irak Actualité »
* Robert Fisk est le correspondant à Beyrouth du journal britannique The Independent. Il est considéré, à juste titre, par le Financial Times, comme « l’un des plus remarquables reporters de sa génération ». Ouvrages récents : La Grande Guerre pour la civilisation : l'Occident à la conquête du Moyen-Orient (1979-2005), La Découverte, 2005 et Liban, nation martyre, Editions A&R et du Panama, 2007.

The Sunday Independent (Afrique du Sud - 23/8/10)

Source : France-Irak.actualité

http://www.michelcollon.info/Le-fleau-que-les-Americains.html

http://www.france-irak-actualite.com/article-revue-de-pre...


2 Frédéric Courvoisier : Un retrait des troupes d’Irak en trompe l’œil: les soldats occupants états-uniens remplacés par des mercenaires.

Les Etats-unis ont confirmé que le nombre de soldats présents en Irak aujourd’hui est inférieur à celui au moment de l’invasion du pays, en 2003.

Ce fait va être utilisé dans le cadre d’une manœuvre de propagande qui a comme objectif de dissimuler le maintien d’une force occupante et le remplacement de soldats par des mercenaires.

La déclaration de Barack Obama, annoncant la fin de la mission de combat sur ce territoire et le début d’ « opérations contre-terroristes » menées par une « force de transition » jusqu’au retrait « des troupes nord-américaines en 2011 », avait déjà fait la une des journaux début août. Mais ce qui a fait, avec un écho encore plus important, les unes des journaux des médias dominants, c’est la confirmation que les Etats-unis conservent en Irak un nombre de soldats inférieur à celui qu’ils avaient au début de la guerre contre ce pays.

Effectivement, avec le retrait de la quatrième brigade pour le Koweit et le transfert d’hommes et de matériels de guerre de ce pays du Moyen-Orient vers l’Afghanistan, également occupé, le nombre total de soldats de Washington tourne autour de 55 000, pouvant même être réduit à 50 000 d’ici au 31 août.

Mais quant aux faits correspondants à la réalité, arrêtons-nous ici. C’est que surfant sur la vague du départ d’une partie du contingent – il convient de ne pas oublier qu’il reste en Irak 50 000 militaires étrangers – le gouvernement des Etats-Unis en profite pour faire croire que la force qui restera cessera de réaliser des opérations de combat, se limitant à former les militaires irakiens, et que la date limite pour le départ définitif serait la fin de l’année 2011.

Déclarations occultées

Maintenant, la vérité est que pour les fonctionnaires ayant une responsabilité élevée, comme le commandement militaire David Patreus, les Etats-unis non seulement ne sont pas prêts à sortir d’Irak puisque ils conservent « une énorme capacité [opérationnelle] », a-t-il déclaré dans une interview à CBS.

Dans le même sens, l’Inter Press Service a trouvé auprès de sources liées aux cercles gouvernementaux que les 50 000 soldats qui resteront ne se confineront pas à leurs missions de formation ou à des opérations de Défense du personnel et des installations nord-américaines.

Un autre qui semble avoir ignoré les propos du président est l’attaché du presse du général Patreus, Geoff Morrell, soulignant « que je ne connais personne qui ait déclaré la fin de la guerre ».

De même, pour le vice-assistant du secrétaire à la Defense, Colin Khal, les Etats-Unis sont en Irak « pour y rester encore longtemps » et toute décision est suspendue jusqu’à « ce que l’on voie ce que le gouvernement va faire ».

La phrase, apparemment énigmatique, a été déconstruite par la presse nord-américaine, qui spécule sur la possibilité que le futur gouvernement du pays se prépare à demander aux Etats-unis de rester au pays.

Les entreprises de sécurité doublent leur nombre

Par ailleurs, le maintien de dizaines de milliers de soldats en Irak – dans les termes de ceux qui les voit encore y rester pour longtemps et avec toujours les mêmes fonctions – est accompagné de la substitution de soldats sur le départ par des milliers de mercenaires au service des entreprises de sécurité.

La décision de remplacer la force militaire par une autre « civile » a été prise dans une réunion de hauts-responsables militaires nord-américains, qui s’est déroulé le 19 juin, bien que cela n’ait été clairement reconnu qu’à partir du 16 août.

Le plan est de donner au Département d’Etat un rôle plus effectif dans la coordination des opérations et d’entretenir des relations étroites avec les entreprises de sécurité privées. Celles-ci vont disposer d’hélicoptères, de chars d’assaut et de la technologie pour faire fonctionner des radars, de manière à ce qu’elles puissent demander des attaques aériennes et elles vont pouvoir téléguider des drones de combat, a informé le New York Times.

Le doublement du nombre d’entreprises sous-traitantes en Irak n’est pas une hypothèse. Le porte-parole du département d’Etat, P.J.Crowley, a admis que le total d’entreprises sous-traitantes en Irak pourrait atteindre les 7 000, admettant, également, que les Etats-Unis « ont des plans très spécifiques pour assurer la sécurité quand les militaires partiront ».

Actuellement, il existe en Irak 112 000 mercenaires au service de diverses entreprises, auxquels s’ajoutent plus de 11 500 individus inscrits en tant que personnel de sécurité privé et au moins 1 200 au titre de conseiller en sécurité, a publié de son côté le Guardian.

Le nouveau rôle de la CIA

D’après le New York Times, l’agence des services secrets nord-américaine prend de plus en plus un caractère para-militaire, approfondissant, depuis l’entrée en fonctions de Barack Obama, la réalisation d’attaques avec des drones et l’élimination des personnes suspectées de terrorisme.

L’assistant du président des Etats-unis, John Brennan, qualifie les nouvelles lignes directrices comme un remplacement de la politique du marteau par celle du bistouri.

Par ailleurs, le lien avec les entreprises de services de sécurité s’est également intensifié, surtout au Pakistan et en Afrique du nord avec la mise en œuvre d’opérations clandestines de détention et d’arrestation de groupes présumés extrémistes.

Article issu de la revue portugaise Avante

Article placé le 01 sept 2010, par Frédéric Courvoisier

Traduction : Solidarité Internationale

http://www.mecanopolis.org/wp-content/uploads/2010/09/mercenaires.png


3 Retrait partiel des troupes étasuniennes : Un avant-goût de défaite.

 « Ils sont partis comme des voleurs… comme des criminels », ont dit les Irakiens en apprenant que la 4ème brigade de combat Stryker, de la 2ème division d’infanterie de l’armée étasunienne, avait franchi la frontière du Koweït – sans tambour ni trompette -  à l'aube, le 19 août 2010. Partie d’Abou Ghraib, la soi-disant « dernière patrouille » a mis quatre jours pour couvrir 600km, roulant de nuit, protégée par des chasseurs F 16, des hélicoptères Black Hawk et, au sol, par des troupes du régime de Bagdad (1).

A part le carré pro américain, personne ne regrette leur départ. Les brigades d’infanterie Stryker qui tirent leur nom du véhicule blindé dont elles sont dotées, ont participé aux massacres ayant ensanglanté l’Irak  - notamment à ceux de Fallujah et de Tell Afar -, et aux opérations de ratissage contre la résistance et aux tortures de civils dans les régions de Baquba, Rawa, Mossoul et Diyala (2).

Tout le monde se prépare au pire

Si certaines troupes d’occupation s’en vont, d’autres restent. La guerre n’est pas terminée, n’en déplaise à Barack Obama en campagne électorale de mi-mandat. Sept ans et cinq mois après l’invasion du pays, environ 56 000 GI’s sont toujours en Irak, ainsi que plusieurs milliers de mercenaires (contactors). Tandis que l’armée américaine formera les troupes irakiennes, des forces spéciales – 5000 environ – combattront le terrorisme, c'est-à-dire la résistance. Personne ne sait quand les Etats-Unis se retireront vraiment d’Irak, surtout si le régime de Bagdad, aux abois, demande qu’ils restent. L’ancien chef rebelle kurde Babakr Zebari, actuel chef d’Etat major de l’armée irakienne, estime que le retrait américain est « prématuré » et que le régime ne pourra pas assurer, seul, sa sécurité… d’ici 2020. D’ailleurs tout le monde se prépare au pire. Signe qui ne trompe pas : les 2400 diplomates étasuniens en Irak seront protégés par une armée privée de 7 000 mercenaires disposant de 1300 véhicules blindés et de 29 hélicoptères. Chaque antenne diplomatique américaine aura une unité des forces spéciales à sa disposition (3). Dire que les Etats-Unis n’occupent plus l’Irak, ne participent plus aux combats, ou s’en abstiendront à l’avenir, sont des mensonges éhontés.

Notes:

(1) Last brigade of combat troops drives out of Iraq, par Teri Weaver et Heath Druzin (Stars and Stripes – 18/8/10).

http://www.stripes.com/news/middle-east/iraq/last-brigade...

(2) Stryker Brigade

http://cpedia.com/wiki?q=Stryker+Brigade&guess_ambig=...

(3) Irak : l'Amérique retire sa force de frappe, par Renaud Girard

Paru le 20 août sur le blog « France-Irak Actualité » -

 http://www.france-irak-actualite.com

 

http://www.lefigaro.fr/international/2010/08/19/01003-20100819ARTFIG00477-irak-l-amerique-retire-sa-force-de-frappe-et-change-de-mission.php


4 Gilles Munier : Résistants prisonniers: La grande évasion.

En Irak, la sécurité dans les prisons et les camps de prisonniers est évidemment maximale. Il n’empêche que, depuis 2003, de nombreux détenus se sont « fait la belle » à Bassora, Bagdad, Mossoul, Tikrit, Ramadi. La dernière grande évasion n’a pas retenu l’attention des médias : le 1er avril l’aube, à Mossoul, 23 prisonniers se sont échappés par un trou creusé dans le mur de la prison de la base américaine Al-Ghazlani. Leur disparition ne fut remarquée que l’après midi. En revanche, celle de quatre détenus du Camp Cropper, dont deux « ministres » de l’Etat Islamique d’Irak, groupement dont fait partie Al-Qaïda au Pays des deux fleuves, n’est pas passée inaperçue : elle s’est déroulée le 15 juillet, en plein transfert du pénitencier au régime de Bagdad ! Un gardien leur aurait fourni des uniformes de l’armée irakienne et accompagnés à l’extérieur grâce à une carte pass l’autorisant à escorter les officiels visitant la prison. Comme toujours, dès qu’il est question d’Al-Qaïda, les informations sont à prendre avec des pincettes, la signature étant aussi utilisée par la CIA et les services secrets iraniens. Pour Amin Al-Assadi, inspecteur en chef au ministère de la Justice, interviewé par le quotidien irakien pro-gouvernemental Al-Sabah, les forces américaines sont « impliquées dans l'évasion ». En Irak, ce genre d’accusation n’inquiète personne, à commencer par Nouri al-Maliki qui a demandé aux Américains de garder sous leur surveillance 200 prisonniers étiquetés Al-Qaïda.

Le tunnel du Camp Bucca

La première grande tentative d’évasion de prisonniers de guerre eut lieu au Camp Bucca, en 2005. Elle a échoué. Le pénitencier, situé en plein désert au sud de Bassora, fermé en septembre 2009, a été décrit dans Le Temps de Genève comme « un authentique camp de concentration au plein sens du terme ». Les prisonniers étaient enfermés, « sans jugement, sans avocat, sans même un mandat d’arrêt », dans des conteneurs et des tentes par 60° l’été et -10° la nuit, l’hiver. A l’époque, Bucca – du nom d’un pompier mort dans l’effondrement du World Trade Center - comptait environ 6 000 prisonniers. Quatre ans plus tard, leur nombre dépassait 28 000.

Le 27 mars 2005, les prisonniers avaient fini de creuser un tunnel avec des moyens de fortune. Ils attendaient que le temps s’améliore pour se faufiler en masse dans le boyau de 200m de long, passant sous les barbelées à 4m de profondeur et aboutissant dans le désert. Son entrée, bouchée par des pelletées de terre, était dissimulée sous le plancher d’un bâtiment. Elle a malheureusement été découverte lors d’une inspection de routine.

140 résistant libérés par le parti Baas clandestin

Le 9 décembre 2006, Ayman Sabawi al-Tikriti, neveu de Saddam Hussein, arrêté en mai 2005, condamné à la prison à vie pour son soutien financier et en armement à la résistance, a disparu de la prison Badoush, près de Mossoul. On apprendra qu’il était parti en compagnie d’un gardien de nuit ayant présenté un faux ordre de transfert. Selon le général Abdul Karim Khalaf, porte-parole du ministère de l’Intérieur, l’opération était l’oeuvre de « saddamistes » d’Al-Awda (le Retour), organisation de résistance baasiste fondée en juin 2003.

Trois mois plus tard, le 6 mars 2007, 300 moudjahidine attaquèrent Badoush au coucher du soleil, et libérèrent 140 détenus. Omar al-Baghdadi, ténébreux émir de l’Etat islamique d’Irak, revendiqua l’attaque trois jours plus tard … Mais le 7 décembre suivant, on apprit par un document trouvé dans une cache ayant abrité Izzat al-Douri que cette opération spectaculaire avait été organisée par le Commandement Suprême pour le Djihad et la Libération, la résistance baasiste qu’il dirige.

Bain de sang à la prison de Ramadi

A Ramadi, le 26 décembre 2008, l’évasion de Imad Farhan, surnommé « Imad Omeya » (le Tueur) est symptomatique du climat de violence régnant dans les prisons irakiennes. A une heure du matin, au retour d’un résistant d’un interrogatoire musclé, un de ses compagnons de cellule, Imad Farhan demanda à se rendre aux toilettes prétextant des nausées. Il y tua le gardien, lui subtilisa son fusil AK-47, ses clés, puis libéra la trentaine d’occupants de sa cellule. L’armurerie fut prise d’assaut. Une bataille s’engagea avec des policiers venus à la rescousse. Elle dura deux heures. On relèva 16 corps dont le directeur de la prison, 6 policiers. Imad Farhan s’évada avec deux prisonniers, mais fut abattu le lendemain dans le centre de la ville. Violement hostile aux Sahwa (Réveil), milices tribales financées par les Américains, formées d’anciens membres d’Al-Qaïda, il avait reconnu une centaine d’assassinats, sous la torture.

Le 25 septembre 2009, à Tikrit, où une aile d’une ancienne résidence de Saddam Hussein tient lieu de prison, seize prisonniers, dont cinq condamnés à mort étiquetés Al-Qaïda , se sont évadés peu avant minuit. La fenêtre de la salle de bain où ils priaient était ouverte et un outil « oublié » leur avait permis d’ouvrir l’entrée du système de ventilation. Le directeur de l’établissement et les gardiens – une centaine - ont été arrêtés par la brigade « anti-terroriste » provinciale pour interrogatoire. Un couvre-feu a été instauré et une chasse à l’homme lancée, aidée par des hélicoptères américains et des chiens policiers.

S’évader en temps de guerre est un acte de résistance protégé par la 3ème Convention de Genève de 1949. Ni les troupes étasuniennes ni les organes répressifs du régime de Bagdad ne la respecte, à ce bémol d’importance près que ces derniers, infiltrés par la résistance ou terrorisés, laissent parfois des prisonniers s’échapper.

Appendice 1

Le plan d’évasion de Saddam Hussein

Le Camp Cropper – rebaptisé en juillet Prison Karkh – situé près de l’aéroport de Bagdad, a compté jusque 4 000 prisonniers de guerre. Le plus célèbre, Saddam Hussein, avait lui aussi tenté de s’évader au cours de l’été 2006. Selon Khalil al-Douleimi, son avocat, la résistance devait attaquer la Zone verte pour détourner l’attention des Américains, pendant qu’un bataillon de moudjahidine prendrait d’assaut sa prison et libérerait le maximum de détenus. L’opération fut annulée suite au renforcement des mesures de sécurité provoqué par des incidents armés à proximité du camp.

L’exécution précipitée du Président irakien, quelques mois plus tard, est en partie due à la crainte partagée par Nouri al-Maliki et par l’Iran de le voir s’échapper et unifier la résistance.

Appendice 2

La prison de Bassora attaquée par les Britanniques

A Bassora, la preuve a été apportée, dès 2005, que les troupes d’occupation commettaient des attentats ensuite attribués à Al-Qaïda ou à des rivalités à caractère sectaire. Le 19 septembre, un policier irakien qui s’était approché d’une Toyota dont les deux occupants, vêtus d’habits traditionnels, lui semblaient suspects, fut reçu par une giclée de balles. Des policiers accourant en renfort, ils se rendirent. Les individus arrêtés étaient des SAS, des membres de forces spéciales britanniques. Leur objectif : commettre un attentat près d’un marché ou d’une mosquée. Leur voiture était piégée. Le général Lorimer, commandant la 12ème Brigade mécanisée, réagit rapidement : des hélicoptères et des tanks pulvérisèrent les murs du poste de police Jamiat où les deux SAS étaient supposés incarcérés. Bilan de l’incident : 7 Irakiens tués et 43 blessés… et presque autant de prisonniers en fuite par les murs éventrés !

On apprit plus tard que le capitaine Ken Masters, de la Royal Military Police, chargé d’enquêter sur cette opération, avait été trouvé mort dans de curieuses circonstances.

Gilles Munier

Jeudi 2 septembre 2010

G. Munier/X.Jardez

Publié le 3 septembre 2010 avec l'aimable autorisation de Gilles Munier

* Article de Gilles Munier (Afrique Asie – septembre 2010)

Source : France Irak
http://www.france-irak-actualite.com/...


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